Non, vous ne rêvez pas ! On n'est pas encore Noël, mais je viens de publier un nouveau chapitre !

\o/

NoChaDaiSAlamander : Et bien tu vois tout arrive, puisque tu auras la suite avant 2020. Je suis ravie qu'en tant que Fan de Medieval Fantasy, tu apprécies l'univers que j'essaie de développer.

Hela Stark: Longue oui, mais pas tant que ça finalement ?... =^^=

x-Beautiful Blass-x : Et bien la suite la voilà ;D

Vronik : Parce que je suis une mauvaise personne ?... \o/

Moongrim : Heureuse que tu adores. Hâte de connaître ton opinion sur la suite.

Lilou 007 : Merci énormément pour ton commentaire. Savoir que mon modeste travail puisse t'apporter une "bouffée d'oxygène" est très gratifiant.

Cara : Encore merci pour tes commentaires. J'ai de grands projets pour Fénide, mais elle se remettra vite de la mort de son prétendant. Quand à Kylo et Rey, je vais bien sûr continuer à les torturer, mais je vais aussi leur accorder un peu plus de "friandises" ;)… Wait and see.

Saga d'Asynes : Très heureuse que cette histoire te plaise. Je pense que tu ne seras pas déçue de leur confrontation.


La conjuration des seigneurs Sith

Tout alla très vite. Kylo eut le bon réflexe de plonger sur le côté, au moment où il vit le poignard fondre lui. Mais il ne put l'éviter complètement et la pointe aiguisée lui taillada le visage et manqua de peu s'enfoncer entre ses clavicules. Le Roi se retrouva à plat ventre sur le pavement du Temple. Alors que tout se déchainait autour de lui. Les épées dégainées. Des cris s'élevèrent de l'assemblée des fidèles, amassés sur les bancs à l'arrière. Des bruits de chaises renversées, de métal qui s'entrechoque, de pas affolés et de portes qu'on claque. Le havre de paix et de recueillement s'était transformé en un enfer de violence et de chaos,

Kylo Ren était encore à terre, le sang – son sang – voilant ses yeux, lorsque le poignard fondit à nouveau sur lui. Mais cette fois, une épée vint à sa rencontre et trancha la main qui tenait l'arme traitresse. Solak avait bondit par-dessus le corps de Ren et jetait sa rapière en direction de l'agresseur, l'obligeant à reculer.

Revenu de sa surprise, Kylo entra dans une rage folle. Se redressant sur ses ergots, il dégaina sa propre épée, et se mit en devoir de trancher tout individu se trouvant sur son chemin. Le voyant à nouveau debout, les conjurés – Lord Azrakel, Lord Penza, Lady Moe, Lady Tulak, Lord Vazarii, et bien d'autres dont Kylo ne put se rappeler les noms – se rassemblèrent tel une meute de hyènes, prêts pour la curé.

Voyant le péril où il se trouvait, les chevaliers de Ren firent front autour de leur maître. Mais leur situation demeurait précaire, face à une bande de tueurs déterminés. Le chaos régnant dans le Temple rendant difficile le secours de la garde, ou de n'importe quel groupe armé chargé de maintenir l'ordre.

Les deux clans se faisaient autour du cadavre de Lord Muraka, laissé gisant dans son propre sang. Kylo Ren croisa alors le regard de Lord Azrakel, débordant de haine et d'arrogance. Sa colère atteint son paroxysme. Il voulut se jeter sur le seigneur sith pour le mettre en pièces. Il s'était déjà rapproché, très imprudemment, de la ligne des assaillants. Si ses chevaliers n'avaient pas eu le réflexe de le tirer en arrière, Kylo se serait probablement empalé sur l'épée de Lord Vazarii. A moins que Lady Tulak ne lui ait d'abords tranché la gorge.

Acculés, en minorité, les chevaliers de Ren et leur maître reculaient, cédant toujours plus de terrain. Jusqu'à ce qu'Enor s'avisa d'une porte dérobée qui n'avait pas été verrouillée. D'un même mouvement, les cinq chevaliers s'engouffrèrent par cette voie de secours inespérée. Trainant pratiquement Kylo à leur suite, qui n'en démordait pas de vouloir en découdre avec les renégats. Jusqu'à ce qu'un autre ne le frappe au flan gauche avec son poignard. Sous le choc, il se laissa enfin poussé de l'autre côté de la porte par ses compagnons qui s'empressèrent de la barricader avec tous les meubles et objets qui leur tombèrent sous la main.


Rey n'avait pas vu qui avait donné le premier coup. Alors qu'elle tentait de se recueillir et de suivre la litanie du prêtre, elle avait été déconcentrée par des cris s'élevant depuis le premier rang. Levant les yeux vers l'autel, elle vit plusieurs seigneurs sith, épées au clair et poignards brandis. Un flot de fidèles paniqués fonçait droit sur elle. La jeune femme du se réfugier derrière un pilier pour ne pas être piétinée par la foule. Risquant un autre regard vers les premiers rangs, elle aperçut Ben Solo, le visage en sang, se remettant péniblement debout.

Ce fut comme si les portes de l'enfer s'ouvraient devant elle. Comme un cauchemar qui se répétait, elle était de retour dans le Temple Jedi, de nouveau la violence et la mort avaient envahi son univers. Elle revoyait les cadavres jonchant le sol et le visage blême de Luke au moment où la lame de son ennemi lui avait percé le flan.

Un sentiment de révolte la prit aux tripes. Non, elle ne pouvait pas laisser l'histoire se répéter. Elle ne pouvait pas regarder mourir un autre être cher. Cela lui était juste insupportable.

Bondissant de derrière son pilier, Rey se saisit d'un grand candélabre illuminant la galerie latérale. Les bougies tombèrent sur le sol pavé et s'éteignirent en répandant leur cire rouge autour d'elle. Un premier conjuré l'aperçut et lui fonça dessus, une masse à la main. Rey tendit le candélabre à l'horizontal, comme elle l'aurait fait de son bâton de combat. L'objet était plus lourd, mais elle était plus forte. L'entrainement intensif imposé par Daeron avait développé ses muscles. Elle fit balancer son arme improvisée, donna un coup violant dans la tête de son adversaire. Elle entendit un craquement sinistre et celui tomba au sol, inerte.

Frappe pour tuer.

Un autre assaillant fonça sur elle. Cette fois, elle pointa le candélabre comme une fourche et parvint à repousser son adversaire qui s'empala sur une grille qui délimitait l'espace d'une chapelle. Il resta plié ainsi sur la structure en fer forgé, comme un pantin désarticulé. La rapière qu'il tenait à la main tomba avec fracas sur le sol. Rey s'en empara, abandonnant le candélabre. Une épée serait plus facile à manipuler. Personne d'autre ne vint sur elle.

La foule du Temple s'était scindée en deux groupes. Le gros de l'assistance, des fidèles affolés, pris malgré eux dans le chaos, s'était agglutiné – formant un ensemble compact - contre les portes de l'entrée principale, poussé par la menace de gens armés qui cherchaient visiblement à les écarter le plus possible du maître-autel.

Maître-autel devant lequel se jouait le second acte de ce chaos, les chevaliers de Ren – et ce dernier – faisant face aux groupes des conjurés. Chacun tentant de prendre l'ascendant sur l'autre. Mais les chevaliers en minorité étaient peu à peu repoussés vers un recoin de la nef.

Rey constata que Kylo Ren s'était remis sur ses jambes et, malgré sa blessure sanguinolente, faisait face vaillamment. Son instinct la poussa à courir vers lui. Mais alors qu'elle se glissait entre les piliers délimitant la nef, elle manqua de peu trébucher sur une forme recroquevillée au sol.

Baissant le regard, elle reconnut Pyrcel. Le jeune adolescent s'était retranché entre deux bancs renversés et – accroupi, les mains collées de chaque côté de la tête – se balançait d'avant en arrière comme un enfant terrifié par un orage. Rey s'agenouilla près de lui et lui secoua l'épaule, l'appela par son nom pour tenter d'attirer son attention. Pyrcel finit par relever la tête. Il fixa quelque chose dans le dos de Rey et poussa un cri. La jeune femme se retourna pour voir un autre assassin fondre sur elle, un poignard à la main. Elle eut juste le temps de lever sa rapière et d'ouvrir d'un mouvement latéral le ventre de l'assaillant. Ce dernier émis un gargouillis en voyant ses boyaux former une masse informe à ses pieds, avant de s'effondrer.

Pyrcel et Rey en profitèrent pour se remettre debout. A part le mercenaire que la jeune écuyère venait d'éliminer, personne ne semblait les avoir repérer. Les conjurés continuaient de faire reculer Ren et ses chevaliers. Tandis qu'à l'opposé, les portes du Temple étaient en train de céder sous la pression de la foule. Entre les deux, des cadavres abandonnés ici ou là, poignardés, piétinés, simplement fauchés par la main aveugle de tueurs sans scrupules prêts à frapper dans le tas.

- Il n'y a aucune issue, murmura Pyrcel désespéré.

- Si, répliqua Rey.

Elle entraina le jeune sith vers un recoin d'une chapelle. Là où elle savait se trouver une porte dérobée donnant sur la rue. Celle par laquelle elle avait quitté le Temple en trombe la nuit dernière, après avoir manquée être prise en position délicate. Le verrou n'avait pas été remis, c'était sa chance.

Elle ne voulut pas jeter de regard en arrière. Vers le fond de la nef, vers les conjurés et les chevaliers. Tenter de voir Ben Solo…

Son devoir était de mettre Pyrcel à l'abri. On lui avait confié la garde du jeune homme. Sa survie dépendait d'elle. C'était sa priorité.

Elle poussa avec force le battant, entrainant l'adolescent à l'extérieur, hors de cet enfer qu'était devenu ce lieu saint du Côté Obscure.


La pièce où Kylo et ses compagnons s'étaient réfugiés devait servir de débarras – et occasionnellement de salle de réunion – aux prêtres du Temple. Ils ne manquaient ni tables, ni de sièges, ni de bancs à entasser devant la porte pour barrer la route à leurs poursuivants. Seul problème, c'était aussi la seule sortie.

- Le mur n'est pas si haut. En cassant les carreaux et en tordant la structure en métal, on pourrait sauter en bas sans trop de dégâts.

Montée sur les épaules de Naïs, Solak regardait à travers les grandes fenêtres à meneaux, pour tenter d'évaluer leur possibilité de fuite. Daeron et Sen-Adge faisaient le tour de la pièce, ouvrant les placards, tâtant les murs et les boiseries, à la recherche d'un passage secret ou d'une éventuelle porte dérobée. Mais jusqu'à présent, leurs tâtonnements étaient sans succès.

Assis sur le seul siège qui n'avait pas été entassé contre la porte, Kylo Ren comprimait sa blessure du mieux possible, avec un bout d'étoffe découpé dans son manteau. Par chance, la plaie n'était pas profonde, le poignard n'avait pas eut le temps de toucher un organe vitale. Mais il devait empêcher le sang de couler. Sa main tremblait, ni de peur, ni à cause de la douleur, mais de rage. Son esprit en ébullition ne parvenait tout simplement pas à accepter qu'il ait pu se faire avoir comme un lapin de dix jours par ces traitres.

Car il n'avait vraiment rien vu venir !

Comment aurait-il pu imaginer qu'ils iraient jusqu'à profaner le sanctuaire de leur propre Temple et attaquer durant l'office ? Aucun n'acte de ce genre ne s'était encore jamais produit. Il n'était fait mention nulle part dans les annales du Clan qu'un Roi ou seigneur puissant n'ait jamais eu à craindre pour ses jours durant les rites religieux. C'était une règle tacite à laquelle tous les Sith obéissaient. Jusqu'à lui…

Quelle ironie ! Sans doute aurait-il dû le voir venir après le saccage du Temple Jedi. En profanant un lieu aussi sacré, Hux avait franchi une limite jusque là tabou. Quoi de plus normal que son cousin Azrakel et tous ses suppôts s'engouffrent dans la brèche ? D'ailleurs, il ne serait pas surpris que cet attentat ait été prévu de longue date par les deux cousins. Ce serait bien le genre de Hux d'avoir prévu un plan de secours, si ça tentative de diversion ne fonctionnait pas et que Snoke disparaissait.

Oui… plus Kylo y réfléchissait, plus cela lui paraissait logique. Quel naïf il avait été de croire qu'il serait à l'abri à l'intérieur du Temple !

Dire qu'à peine une heure auparavant, il était agenouillé devant l'autel, faisant semblant de prier et imaginant quelles friponneries il pourrait faire avec Rey…

Rey !

Kylo bondit d'un coup sur ses ergots, surprenant ses compagnons qui tournaient en rond dans la pièce et l'avaient presqu'oublié. Leur chef regardait à présent avec effroi la porte bloquée.

Il avait laissé Rey de l'autre côté. Avec ces traitres, ces assassins, ces tueurs sans scrupules…

- Dégagez le passage ! ordonna-t-il à ses chevaliers. Nous devons sortir d'ici.


Rey et Pyrcel courraient à travers les ruelles étroites, rasant les murs et évitant les grandes artères pour ne pas être repérés par d'éventuels partisans des conjurés. Leur objectif était de rejoindre le palais Muraka ou se trouvait la garnison des soldats royaux. Ils pourraient alors donner l'alerte et envoyer des renforts pour sortir Kylo Ren et ses chevaliers du guet-apens dans lequel ils se trouvaient.

Oui, la garde royale ! C'était leur meilleure option.

Phasma était restée au palais pour assurer le commandement. Il y aurait Finn également. Et Lady Senyse ! Elle ne pourrait pas rester sans réagir en apprenant que les conjurés avaient assassiné son frère.

Mais combien de temps, Ben pourrait tenir avant qu'on vienne à son secours ? Rey avait vu le sang sur son visage : il était gravement blessé.

La jeune écuyère était tellement aux prises avec ses craintes et ses incertitudes, qu'elle fonça vers une place découverte sans prendre garde que personne ne la remarque. Ce fut Pyrcel qui dut l'empoigner par les épaules et la ramener derrière le pilastre d'une porte cochère. Juste au moment où une troupe de gens armés passa dans la rue, marchant droit vers le palais.

Rey reconnut à leur tête lord Azrakel et lord Penza.

- Pourquoi ont-ils quitté le Temple ? souffla Pyrcel contre son oreille, tandis qu'ils restaient tous les deux écrasés contre le mur. Qu'ont-ils fait du Roi ?

Rey ne voulait pas y penser. Etait-il déjà trop tard ?


Le silence régnait dans la pièce. Les chevaliers n'osaient pas même respirer. Guettant le moindre bruit suspect de l'autre côté de la porte. A l'instance de Kylo, ils avaient dégagé le passage, gardant seulement le loquet verrouillé. De l'autre côté de la palissade, se trouvait soit la mort, soit le salut. Les conjurés pouvaient très bien être en embuscade, attendant que l'un d'eux ose s'aventurer à l'extérieur pour le mettre en pièces. Les chances qu'ils aient renoncés à les éliminés et aient préféré prendre la fuite avant l'arrivée des secours étaient dérisoires.

Mais Kylo ne supportait plus cette incertitude. S'il devait mourir en ce jour, ce ne serait pas emprisonné entre quatre murs comme un rat pris dans une souricière. En sachant qu'il avait laissé Rey, seule et sans défense, aux mains de ces brutes.

D'un signe de tête, il donna à Solak l'ordre de tirer le loquet. A l'instant où le battant s'entrouvrit, tous tirèrent leur épée et se précipitèrent vers l'intérieur du Temple. Seul leur répondit l'écho de leur propre cri de guerre.

Ren et ses chevaliers restèrent un instant éberlués, devant le spectacle de la nef vidée de ses fidèles. Plus aucun occupant, si ce n'était les cadavres abandonnés sur le pavé. Celui de lord Muraka était encore étendu devant le maître-autel. Le tissu de velours rouge, qui décorait d'ordinaire la table durant l'office, avant glissé de son socle pour recouvrir son corps, tel un drap mortuaire.

Kylo promena sur la grande salle un regard anxieux. Un sentiment de déjà vu le prit à la gorge. Il repensa au jour où il s'était rendu seul jusqu'au Temple d'Endor. Où il avait trouvé son ancien foyer jonché des cadavres de ses anciens camarades. Force ! L'angoisse qu'il ressentait en cet instant, de trouver le visage de Rey au milieu des morts, ne le tourmentait pas encore en ce temps-là !

- Ils ont filé ! lança Enor après avoir fait le tour de la nef. Ils ont dû croire que votre blessure était mortelle et qu'ils pouvaient nous laisser moisir ici.

- Mais s'ils ne sont plus là, rétorqua Solak, où sont-ils allés ?

Pour Kylo, il ne pouvait y avoir qu'un lieu où se rendre après leur forfait.

- Ils vont tenter de prendre le palais.


Une haie d'hommes et de femmes, armés jusqu'aux dents, était soudain apparue devant l'entrée du palais. Finn pouvait les voir depuis le sommet d'une des tours d'entrée, barrer le passage à la foule qui se massait sur le parvis. Les cris affolés montaient jusqu'à lui :

- Il y a eu un attentat dans le Temple ! On a poignardé le Roi ! Lord Muraka est mort ! On a assassiné Lord Muraka !

Au côté de Finn, Phasma demeurait impassible. La grande chevalière observait toute cette agitation d'un air circonspect.

- Les portes sont bien fermées ?

Finn sursauta en entendant la capitaine de la garde royale s'adresser directement à lui.

- Ou…oui, répondit-il le souffle coupé. Des soldats sont en poste devant, pour parer à toute intrusion…

- Que se passe-t-il ?!

Lady Senyse était entrain de gravir les marches des remparts. Sa chevelure blonde était dénouée sur ses épaules et elle avait revêtu un simple manteau par-dessus une robe en lin. Visiblement, elle avait quitté en trombe ses appartements, sans s'apprêter. Arrivée au niveau de Phasma et de Finn, la noble dame se pencha par-dessus de muret et jeta un regard affolé vers la foule, qui continuait de scander toujours les mêmes imprécations.

- Que disent-ils ? Pourquoi parlent-ils de mon frère ?

- Des rumeurs parlent d'un attentat au Temple, Ma Dame, expliqua Phasma. Ce groupe de gens armés a tenté de forcer les portes du palais. Et maintenant, ils essaient d'exciter la populace pour qu'elle force l'entrée.

- Mais c'est lord Azrakel !

Senyse venait de reconnaître le seigneur sith parmi les agitateurs.

- Et lord Penza ! Pourquoi mon frère n'est pas parmi eux ? Il faut leur ouvrir. Il faut qu'ils nous expliquent ce qui s'est passé…

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, répliqua encore Phasma.

- Pourquoi ?

Senyse paraissait incrédule.

- La foule est sous contrôle, pour l'instant. Mais si on n'ouvrait les portes, nous ne pourrions pas les contenir.

- Mais enfin, allez-vous laissé ces nobles seigneurs se faire lyncher. Abaissez le pont-levis ! C'est un ordre !

- Sauf votre respect, lady Senyse. Je ne réponds qu'aux ordres de Kylo Ren. En son absence et celle de lord Muraka, mon devoir est d'assurer la défense de ce palais. Fut-ce contre votre propre jugement.

- De quel droit me parlez-vous ainsi ? Ouvrez ces portes, je ne le répèterai pas une troisième fois !

- Soldats.

Phasma avait à peine élevé la voix et déjà deux gardes se matérialisèrent près d'elle.

- Lady Senyse n'est pas en sécurité. Ramenez-la dans ses appartements et assurez-vous qu'elle y reste en sécurité.

Les deux hommes acquiescèrent et empoignèrent délicatement – mais fermement – lady Senyse par les épaules et la guidèrent vers l'intérieur du palais, malgré les protestations de cette dernière.

Ce ne fut que lorsqu'ils eurent disparu, que Finn osa prendre la parole.

- Capitaine, avec votre permission, puis-je faire une suggestion ?

Phasma opina du chef.

- Peut-être devrait-on envoyer une escouade vers le Temple ? Pour vérifier ce qu'il en ait de ces rumeurs…

- Dois-je comprendre que vous êtes volontaire, soldat ?

Finn se mit instinctivement au garde-à-vous.

- Si vous m'y autorisez, Capitaine !

- Et bien, si vous trouvez d'autres compagnons près à vous suivre, vous avez mon accord.

Le jeune homme s'inclina brièvement, avant de courir au bas des remparts.


Les bruits de la foule leur parvinrent avant même que les murailles du palais soit en vue. Plus ils se rapprochaient, plus les clameurs montaient, plus ils croisaient de monde dans les rues. La panique provoquée par l'attaque du Temple s'était répandue comme une traînée de poudre. Lorsque Pyrcel et Rey arrivèrent devant les fosses de la citadelle, une marée humaine leur barrait la route. Le pont-levis avait été relevé. Il était donc impossible de passer par l'entrée principale.

Rey sentit la panique l'envahir lorsqu'elle reconnut Lord Azrakel, monté sur une estrade de fortune, qui haranguait la foule.

- Aujourd'hui est un grand jour ! hurlait-il. Aujourd'hui le Clan s'est libéré d'un tyran, d'un impie qui menaçait l'équilibre de la Force, nos lois et nos traditions !...

Un torrent de sueur froide parcourut Rey le long de l'échine. Elle était arrivée trop tard…

- Justice a été faite ! continuait de vociférer Azrakel devant une foule de badauds éberlués. Le fils de la Parricide a été abattu comme le chien qu'il était !

Comme poussée par une sorte d'attraction invisible, Rey se rapprochait inconsciemment de l'estrade, indifférente aux inconnus qui se pressaient contre elle, aux regards curieux qui la dévisageaient. Elle ne songeait même pas aux seigneurs Sith qui se trouvaient près d'Azrakel et aurait pu la reconnaître comme l'écuyère de Kylo Ren. Tout c'à quoi elle pouvait songer, c'était cet homme qui ne cessait de crier en répétant ces paroles qui la mettaient en lambeaux.

- L'Usurpateur est mort ! scandait la voix de Lord Azrakel. Justice à été rendue au Clan ! La Force est avec nous !

- Menteur !

Un cri s'était élevé de la foule.

Rey vit avec stupéfaction Pyrcel s'avancer, pointant un doigt accusateur vers Lord Penza, qui se tenait debout à côté d'Azrakel.

- Ces hommes sont des traitres et des blasphémateurs ! Ils ont attaqués Kylo Ren et Lord Muraka dans le Temple ! Ils ont répandu le sang pendant le culte !

La jeune femme était partagée entre la consternation et la panique. Mais à quoi jouait cet idiot ? Et d'où lui venait d'un coup autant d'audace ? Il allait les faire massacrés !

Mais l'assistance autour du jeune noble parut faire corps autour de lui, l'air scandalisé. Lord Penza lui-même sembla frémir devant les accusations portées contre lui.

- Allez-vous prêter attention aux fariboles de cet enfant ? lança-t-il à la foule.

- Jurez sur le Journal des Whills que vous n'avez pas poignardé Lord Muraka devant le maître-autel, durant la prière.

Rey ne comprenait pas ce qui se passait. Jamais elle n'aurait pu concevoir que l'attentat qui venait de se perpétrer puisse être un acte si grave aux yeux des Sith. Après tout, la violence et le meurtre étaient leur pain quotidien. C'était oublier que le respect des rites étaient pour eux une règle inviolable. Interrompre un culte ou perturber la paix d'un lieu sacré, c'était attirer sur le Clan la colère du destin, c'était perdre la faveur de la Force et condamner tout le Clan à mort.

- Et quand bien même ?! rétorqua Lord Penza, fou furieux. Kylo Ren n'était pas un vrai Sith. C'était un usurpateur, fils d'une usurpatrice. Aussi impie qu'ait été mon geste, il était légitime. Preuve en est, c'est que la Force m'a permis de l'abattre au cœur du Temple.

- Et pour Lord Muraka ? répondit Pyrcel. C'était le descendant d'une des plus grandes familles du Clan. Et vous l'avez tué de votre main durant la prière. Vous êtes un blasphémateur, Lord Penza. Que la Force vous refuse à jamais sa faveur !

Le visage de Lord Penza devint un masque de pure haine.

- Abattez-moi ce chien ! vociféra-t-il, désignant Pyrcel à ses soldats.

Sans réfléchir, Rey bondit devant le jeune noble, l'épée au clair. Elle toucha à la main le premier garde qui s'approcha de lui. Un autre à l'épaule. Encore un à la cuisse. Bientôt, ils furent une dizaine autour d'elle et de Pyrcel. La foule autour d'eux s'étant écartée, inquiétée par le fracas des armes et la violence du combat.

Rey ne réfléchissait pas. Elle n'était plus qu'une épée au bout d'un bras. Dos à dos avec Pyrcel, qui avait dégainé sa propre rapière, ils combattaient ensemble pour repousser leurs assaillants. Avec l'énergie du désespoir.

Lorsque soudain un cri fit trembler l'atmosphère.

- TRAITRES !

Toutes les têtes se retournèrent vers la source du cri. Les yeux s'écarquillèrent, les mâchoires se firent pendantes, les visages blêmirent. Azrakel et ses partisans perdirent eux-mêmes toute couleur sur leurs visages.

Car devant eux se tenaient Kylo Ren. La face en sang, écumant de rage comme un démon sorti des enfers, il dardait sur les renégats un regard plein de haine. Son épée ensanglantée vers le groupe réuni autour d'Azrakel.

- J'offre mille pièce d'or à celui ou celle qui capturera ces assassins ! Et ceux qui voudront les aider à s'enfuir, au coucher du soleil, j'empalerai leurs cadavres sur les murs de la ville !

Comme si le vent avait soudainement changé de direction, l'assistance se retourna vers les seigneurs Sith. Mais cette fois-ci, leurs faces n'étaient plus empreintes de peur ou de doute, mais d'avidité et de férocité. Comme une meute de chiens lâchée sur un gibier.

Bien qu'armés, il fut impossible aux mercenaires de se défendre face à la pression d'une foule déchainée prête à les dépecer avec la bénédiction de leur Roi. Comprenant que la force n'était plus en leur faveur, les Sith commencèrent à se replier. Azrakel sauta à bas de son estrade et courut à travers la masse en se taillant un passage à coup d'épée. Penza et ses fils firent de même, mais se retrouvèrent acculés aux bords des douves de la citadelle. D'autres parvinrent à contourner la fosse vers une voie latérale. Mais une troupe de gardes arborant le blason royal leur barra la route.

Finn se trouvait à leur tête. Avec une trentaine de ses camarades, ils étaient passés par la poterne ouest, faisant le tour afin de rejoindre l'entrée du pont-levis. Les renégats se retrouvèrent pris en tenailles, cette fois face à des soldats en armes. Beaucoup prirent le parti de se rendre immédiatement, espérant ainsi échapper au sort le plus funeste.

Kylo Ren marcha droit vers Finn en le reconnaissant.

- Le gros de la garnison est-elle toujours dans le palais ?

Finn eut du mal à rester stoïque devant l'apparence du Roi. La balafre sanglante qui lui coupait le visage en deux, lui donnait un air effrayant. Déjà que Ren n'était pas d'un naturel avenant en temps normal.

- Ou… oui, articula le jeune soldat.

- Très bien, ramenez ses prisonniers à l'intérieur. Ensuite, je veux qu'une dizaine de patrouilles écument la ville. Fouillez chaque maison, chaque recoin. Rechercher la moindre preuve, le moindre indice de leur conspiration. Trouvez leurs complices et ramenez-les au palais, vivants ou morts.

Finn s'inclina, avant de s'exécuter.

Après son départ, Kylo traina son regard sur le parvis déserté par les agitateurs. Les badauds avaient commencé à se disperser après l'arrivée de la garde royale. Le silence était presqu'assourdissant après les cris et les échauffourées qui s'étaient tenu au même endroit, à peine quelques minutes auparavant. Mais ce ne serait rien, comparé au carnage qu'il comptait leur servir. Sa vengeance serait à la hauteur de l'affront. Tout le Clan allait trembler. De l'est à l'ouest, ce jour serait à marquer d'une pierre blanche : celui où le fils de la Parricide allait tailler les branches de tous les arbres généalogiques de chaque famille, de chaque fief et de chaque maison. Il pourrait le surnommer le Moissonneur, s'il leur restait encore des langues pour parler.

Et alors qu'il était plongé dans ses projets funestes, son regard tomba sur Rey.

La jeune femme était encore tremblante, ses doigts crispés autour du pommeau de sa rapière, qu'elle n'arrivait pas à lâcher. Pyrcel se tenait toujours à ses côtés presqu'aussi transi qu'elle. Après avoir frôlé la mort tous les deux, c'était comme si un torrent avait emporté tous les périls autour d'eux, les laissant esseulés sur la berge, tremblants et en état de choc.

Quand elle croisa enfin le regard de Ben, ce fut comme si tout son corps se changeait en eau et disparaissait avec le torrent. D'ailleurs, elle sentit des gouttes tomber sur son nez. Levant les yeux, elle vit que des nuages gris s'étaient amoncelés au-dessus des tours de la citadelle. Une pluie fine aspergea la ville. Le tonnerre grondait. Et Rey se sentait comme cette pluie et comme le tonnerre. A la fois fébrile et libérée.

Il était en vie. Il était sain et sauf.

Des gardes vinrent les entourés, Pyrcel et elle. Le jeune Yama avait échappé de peu à la mort. Il devait être mis à l'abri. C'était un otage précieux. Et après son coup d'éclat devant les renégats, Kylo Ren allait sans doute réviser son jugement le concernant.


A l'intérieur, le palais était en ébullition : les gardes et les soldats royaux se regroupaient en rangs serrés dans la cour, avant que sur un signe de Phasma ou d'un autre officier, ils aillent s'engouffrer dans la ville dans les couloirs, les domestiques couraient d'un bout à l'autre, comme des poulets dont on aurait coupé la tête. Leur seigneur et maître avait été assassiné et leur maîtresse était consignée dans ses appartements.

Il n'y avait plus que les membres de la suite royale pour faire régner un semblant d'ordre dans ce petit monde sorti de son axe. Une confusion comparable à celle qui s'étendait dans les rues. Les portes de la ville avaient été scellées et étroitement gardées. Comme un piège se refermant sur ses habitants.

Rey n'avait pas quitté Pyrcel. Le jeune homme était toujours sous bonne garde, confiné dans ses appartements. Mais les factionnaires semblaient lui manifester davantage de sympathie – ou bien était-ce juste une vue de l'esprit ? - : il ne s'agissait plus seulement de le surveiller, mais d'assurer sa sécurité.

Plus tard, un serviteur vint trouver Rey, pour lui dire que le Roi voulait lui parler. On la conduisit devant les appartements royaux. Lorsqu'elle entra dans la pièce, Ben était à moitié affalé dans un fauteuil. Son visage était pâle comme un linceul et la partie gauche, que le poignard avait tailladée, était maculée de sang. Un chirurgien se tenait penché au-dessus du Roi et s'efforçait de nettoyer la plaie, malgré les grondements de son patient et ses gestes brusques.

- Arrêtez-les tous ! rugit-il en direction de Phasma, qui se tenait à sa droite. Les femmes et les enfants, les domestiques… Je n'en veux plus un seul en liberté d'ici ce soir. Si l'un d'eux s'avise de protester ou de résister, abattez-le comme un chien. C'est clair !?

Phasma hocha la tête. A ce moment, les yeux de Kylo Ren se posèrent sur Rey. Le Roi se figea brièvement au point qu'on aurait pu le prendre pour une statue de marbre. Il reporta ensuite son attention sur Phasma, lui intimant l'ordre de s'en aller.

Une fois la grande chevalière partie, Rey osa s'approcher du siège où se tenait le Roi.

- Toujours en vie, constata laconiquement Ren.

- Je fais mon possible, répondit Rey sur le même ton.

Soudain Ben fit volteface et agrippa la main du praticien qui tenait une fine aiguille à coudre.

- Qu'est-ce que tu crois faire avec ça ?

- Sire, se défendit le chirurgien, il faut recoudre la plaie, sans quoi elle risque de s'infecter…

- Et moi, je vais t'ouvrir les entrailles, si tu me touches avec ça ! Qu'est-ce qui me dit que tu n'as pas empoisonné la pointe ? Ces chiens t'ont-ils payé pour m'achever ?...

- Mais…

- Je vais m'en occuper !

Les deux hommes se tournèrent vers l'écuyère.

- Il a raison, dit-elle, vous ne pouvez pas rester avec cette plaie ouverte. Et moi, personne ne peut m'accuser de vouloir vous tuer.

- Tu sais suturer ?

- Lors de notre première rencontre, je vous ai dit que j'étais douée pour réparer les choses…

Ren relâcha la main du chirurgien et lui ordonna de ficher le camp. Ce dernier s'exécuta de bonne grâce : bien content d'être débarrassé d'un patient aussi récalcitrant. Il laissa même ses ustensiles sur la table à l'intention de Rey. Et qu'on ne vienne pas le blâmer ensuite si la jouvencelle faisait n'importe quoi !

Calmement, avec des gestes précautionneux, Rey se saisit d'un fil et d'une aiguille. Elle prit soin d'en chauffer la pointe à la flamme d'une bougie après l'avoir trempée dans l'alcool. Elle s'approcha ensuite de Ben qui ne la quittait pas des yeux. Ses épaules étaient raides et ses traits contractés.

- Rassurez-moi. C'est pas la première fois qu'on vous recoud ? demanda Rey d'en l'espoir d'alléger l'atmosphère.

- Tu me jures que tu sais ce que tu fais, répondit Ben en dardant sur la main qui tenait l'aiguille un œil suspicieux.

- C'est moi ou le chirurgien. A vous de voir. Mais montrez-vous coopératif, sinon je vous laisse avec ce sillon sanglant sur la face.

Ben inspira profondément et rejeta la tête en arrière. Rey se pencha au-dessus de lui et enfonça l'aiguille dans la chair. Il tressaillit à peine, mais l'expérience ne devait pas être agréable. Sa mâchoire était crispée et ses yeux fixés sur un coin du mur devant lui. Rey pouvait voir ses narines se dilater à chaque fois qu'elle tirait sur le fil. Mais en dehors de cela, il ne disait rien. Elle se força cependant à rester méticuleuse. C'eut été dommage que le Roi Sith se retrouve avec une cicatrice affreuse en plein milieu du visage. Déjà qu'il n'avait pas un physique facile.

Après quelques minutes, Ben se détendit et Rey devait moins lutter contre le tremblement qui s'agitait sous ses doigts. Heureusement qu'elle avait l'expérience des blessures. A force de courir et de tomber dans des coupes gorges, il fallait bien apprendre à se soigner.

Elle entendait le souffle de Ben Solo résonner dans ses oreilles.

Ses immenses narines se dilataient à un rythme régulier. Elle pouvait sentir sous ses doigts sa peau pâle se réchauffer. Rey réalisa soudain qu'ils n'avaient pas été aussi proches l'un de l'autre, emmitouflés dans cette intimité étrange, depuis un long moment. Exception faite de son bref passage sous sa tente – c'était la veille pourtant ! - qui lui paraissait remonter à des mois. Lui, passif et soumis, tandis qu'elle manipulait son visage et sa peau comme une ravaudeuse.

Quand elle eut terminé, Rey alla chercher un petit miroir et le tendit à Kylo Ren pour qu'il puisse juger de son travail.

- Affreux, commenta froidement le Roi.

- J'ai fais de mon mieux. Quand la blessure aura cicatrisée, elle se remarquera moins.

- Ca n'en fera jamais qu'une de plus…

Las, Ben reposa le miroir sur la table. Et demeura affalé sur son siège. Perdu dans ses pensées.

- Je ne m'attendais pas à être accueilli à bras ouverts, dit-il calmement, comme s'il se parlait à lui-même. Ni même qu'on manifeste beaucoup d'enthousiasme pour mon accession au trône. Mais je pensais que j'aurais droit à deux ans de répit avant ma première tentative d'assassinat publique.

Il faisait peine à voir. Sa peau était plus pâle que jamais, accentuée par des cernes sous ses yeux.

- Vous n'avez jamais eu parfois envie de tout abandonner ? demanda Rey.

Comme il fronça les sourcils en reportant son attention sur elle, la jeune écuyère se sentit obligée de préciser le fond de sa pensée.

- D'abdiquer ? De rendre le trône et de partir ?

- Partir ? Pour aller où ?

- Où vous voulez ! Sur une île. Une montagne. Une cité étrangère. J'ai entendu dire que Naboo et Alderaan étaient les plus belles contrées du monde.

- Non, dit-il catégorique. C'est ici, chez moi. Ce trône est mien. C'est le seul héritage que ma famille m'ait laissé.

- Votre famille a pratiquement été détruite par ce Clan.

- Et mon devoir est de les venger. Je dois achever ce que mon grand-père a commencé.

Rey s'écarta pour mieux le voir : l'expression de son visage semblait déterminée.

- Comment pouvez-vous prêté allégeance à la mémoire d'un homme qui a fait tant de mal autour de lui ?

- Tu ne peux pas comprendre. Tu n'as jamais eu à supporter le poids qu'il avait sur les épaules. Qui est aujourd'hui le mien. Parfois, des situations extrêmes entrainent des décisions extrêmes…

- Vous ne le connaissiez même pas. Vous ne l'avez jamais rencontré…

- Si. Une fois.

Elle le fixa droit dans les yeux. Il ne mentait pas. Ses pupilles brillaient d'une flamme étrange.

- Je devais avoir cinq ans, raconta-t-il. Un soir, une des Gardiennes est venue me chercher dans ma chambre. Elle m'a conduit par la main à travers les couloirs. Luke était absent du Temple. Dans le cloître, nous nous sommes retrouvés face à deux hommes. Je m'en souviens comme si c'était hier. Ils étaient entièrement vêtus de noir. Il y avait un Zabrak, avec des tatouages rouges et noirs sur le visage – et probablement tout le corps, même si je ne les ai pas vus. Et Lui. J'ai su qui il était sans même qu'on ait besoin de me le dire. J'étais haut comme trois pommes à l'époque, alors il s'est accroupi devant moi et il m'a regardé droit dans les yeux. – Comme tu le fais. - Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Je ne sais plus s'il a dit quelque chose ou pas. Mais au moment où j'ai croisé son regard, j'ai eu le sentiment qu'il voyait clair en moi. Qu'il me comprenait. Mieux que Luke ou ma mère ne m'ont jamais compris.

Les traits de son visage se détendirent progressivement alors qu'il partageait son souvenir. Prenant une candeur juvénile. Si bien que l'espace d'un moment, Rey eut l'impression d'avoir un autre homme face à elle.

- Je ne me souviens presque plus de son visage, ni de sa voix. Je ne me rappelle plus des paroles qu'il a prononcé, ni comment je suis revenu dans mon lit. Mais ce sentiment, cette sensation, d'être enfin à ma place… Ca je ne l'ai jamais oublié. Même si j'ai cru pendant longtemps qu'il s'agissait d'un rêve. Je n'en ai parlé à personne : ni à Luke, ni à ma mère… Un mois plus tard, il était mort.

Tué par Luke ou Leia. Peut-être les deux.

C'était peut-être sa mine triste. Peut-être le fait qu'il se soit si spontanément confié à elle. Ou parce qu'il venait d'échapper à un attentat mortel…

Quoiqu'il en soit, Rey eut envie de le consoler. D'avoir un geste compatissant envers lui. Comme elle l'aurait fait pour un enfant. Sans réfléchir, elle écarta quelques mèches de ses yeux, et déposa un baiser au-dessus de ses yeux. Un baiser chaste, tendre, presque maternel. Mais à l'instant où ses lèvres touchèrent la peau lisse de son front, que le bout de son nez respira l'odeur de ses cheveux, quelque chose d'autre s'éveilla. Comme une faim qu'elle avait tenté d'ignorer et qui se rappelait brusquement à elle.

Rey s'écarta vivement. Les joues et la nuque brulantes, le cœur battant vite. Trop vite pour un chaste baiser sur le front. Mais une force plus puissante qu'elle la ramena d'autorité contre Ben. Celui-ci avait noué ses bras derrière son dos et la maintenait immobile, assise sur ses genoux. Il avait enfoui son visage dans son cou. Rey pouvait l'entendre respirer. Il respirait fort. La chaleur de son souffle sur sa peau était électrisante. Elle pria pour qu'il n'entende pas les battements affolés de son cœur. Sinon qu'allait-il penser ?

Elle n'avait pas le cœur de le repousser. Il lui faisait l'effet d'un enfant apeuré, mendiant tendresse et réconfort. Hésitante, elle glissa sa main dans ses cheveux. C'était comme enfouir ses doigts dans la fourrure d'un ours. Ils étaient épais, foisonnants, soyeux. Sans réfléchir, elle rapprocha son nez de son crâne. Leur odeur lui rappelait celle du cuir, de la bruyère et du camphre.

Elle eut conscience de sa bouche, près de son sein, de ses mains posées sur ses hanches. Si quelqu'un était entré dans la pièce à ce moment-là et les avait surpris dans cette position, plus personne n'aurait pu croire qu'ils n'entretenaient que des rapports de chevalier et d'écuyère.

Mais tout ce que ça lui faisait, c'était qu'elle sentait son entrecuisse se mettre à mouiller et un creux se former au fond de son ventre. S'il relevait la tête. Si elle croisait son regard. Elle fondrait sur ses lèvres. Elle gouterait leur saveur du bout de la langue, s'enivrerait de sa salive. Elle glisserait ses mains sous ses vêtements pour palper sa chair, sentir ses muscles…

Mais se furent ses mains à lui qui glissèrent en premier. Lentement, de ses hanches, elles remontèrent sur son dos, passant sous sa tunique. Le contact rugueux de ses paumes avec sa chair brulante, lui fit exhaler un soupire mélancolique. Mais comme elle ne protestait pas, il s'enhardit et passa ses doigts sur l'échancrure de sa veste. Ses doigts longs et nerveux couraient tels des araignées sur le laçage du vêtement. Incapable de se décider à agir, à franchir cette frontière qui briserait à jamais leur traité de paix.

Rey le sentit écarter son visage, basculer la tête en arrière, cherchant ses yeux, cherchant son accord… Cette fois, elle n'hésita plus et fondit sur sa bouche. Elle aspira ses lèvres tendres et pulpeuses entre les siennes. Et fut surprise de leur trouver un goût familier.

Elle sentit sa tunique s'ouvrir sous ses mains, ces dernières se faufilant sous l'étoffe matelassée. Fouillant et trouvant un sein qu'il palpa tendrement entre ses longs doigts. Rey gémit contre sa bouche. Quand son pouce commença à jouer avec la pointe de son téton, elle resserra sa poigne sur la racine de ses cheveux. Il bascula une fois de plus sa tête en arrière, avant de plonger à nouveau sur elle. Mais cette fois-ci, sa bouche rejoignit son pouce et captura son sein entre ses dents.

Rey dut se mordre le talon de la main pour étouffer un cri, lorsqu'il commença à aspire son téton entre ses lèvres. Sa langue taquinait la pointe. Et à chaque nouvel assaut, elle avait l'impression que l'humidité entre ses cuisses se changeait en rivière.

Elle se cambra, appuyant ses mains sur ses genoux. Lui offrant son torse tout entier pour qu'il puisse laisser libre cours à sa fantaisie. Saisissant l'invitation, il attrapa les pans de la tunique et les écarta d'un coup sec. Puis il relâcha son sein, pour aussitôt fondre sur l'autre. Aussi menus qu'ils soient, Ben les tétait goulument avec extase et reconnaissance.

Rey n'avait jamais eu une poitrine développée. Même quand elle avait pu manger à sa faim. Même quand son corps de femme avait pu s'épanouir, elle avait toujours eut une poitrine d'adolescente – d'éphèbe, disaient les autres filles pour se moquer.

Ca ne l'avait jamais vraiment déranger. Les gros seins attiraient trop l'attention des hommes. Et ils finissaient par tomber, devenir flasques et informes. Elle avait été frappée, gamine, par ces scènes de femmes amaigries, aux poitrines tombantes et desséchées. Auxquelles s'accrochaient souvent des nourrissons affamés. Ces souvenirs lui faisaient horreur. Et elle se jurait, en ce temps-là, qu'elle ne laisserait jamais un homme l'engrosser.

Mais pourtant, la vue de Ben goûtant son sein comme s'il en coulait du miel, lui inspirait des sentiments bien différents. Dire qu'elle tenait contre elle l'homme le plus puissant de ces terres. Qu'elle avait sa tête entre ses mains et ses lèvres contre sa peau. Cela lui inspirait un sentiment d'ivresse et de vertige incomparable.

Dire que quelques heures auparavant, elle l'avait cru mort, se vidant de son sang au fond de quelque chapelle sinistre ! Et maintenant, il était au chaud, en sécurité, entre ses bras…

Un bruit de verre brisé, les fit tous les deux sursauter. Une pierre énorme venait de passer à travers la fenêtre et de s'écraser au milieu de la chambre. Kylo bondit de sa chaise, après avoir doucement poussé Rey sur le côté. Il alla ramasser le projectile qui tenait à peine dans sa main. S'il se l'était pris en pleine tête – ou Rey !-, nulle doute qu'il aurait été trépané instantanément.

Un papier était attaché à la pierre, sur lequel était inscrit : « Mort au bâtard de la Parricide ».


Petite anecdote historique :

Pour l'écriture de ce chapitre, je me suis inspirée d'un évènement réel qui s'est produit à Florence en 1478. A cette époque, les Médicis étaient en rivalité avec les Pazzi, une autre famille influente de Florence. Le conflit entre eux dégénéra au point que le 26 avril, alors qu'ils assistaient à une messe pour fêter Pâques, Laurent de Médicis et son frère Julien furent brutalement attaqués par les Pazzi et leurs complices. On dit que Julien succomba à 19 coups de poignard. Tandis que Laurent, protégé par ses partisans, échappa de peu à la mort en se réfugiant dans la sacristie. L'un des assaillants l'ayant blessé à la gorge, croit lui avoir porté un coup fatal (en réalité, la blessure était superficielle). Les conjurés abandonnent du coup l'église pour prendre la ville. Mais Laurent réussit alors à quitter son refuge et se présente devant les Florentins, accusant publiquement les Pazzi d'avoir tenté de l'assassiner. C'est là que la situation se retourne contre les conjurés : ils sont arrêtés, certains lynchés puis jetés dans l'Arno, leurs biens confisqués et les rares survivants condamnés à l'exil. Ainsi, l'attentat qui devait faire disparaître Laurent de Médicis lui permet d'éliminer ses derniers rivaux et de s'assurer le contrôle de Florence. Ironie quand tu nous tiens... ;)