NoChaDaiSAlamander : Il va sans dire que cet attentat manqué va renforcer la détermination de Kylo à écraser tous ceux qui voudront se mettre sur son chemin. La romance entre Rey et Ben est concrétisée, mais tu te doutes bien que les amoureux ne sont pas au bout de leur peine. ;)

Hela Stark : La pierre faisait surement partie des conjurés antireylo ;) XD

Moongrim : Bon, comme tu as corrigé ce chapitre (merci, soit dit en passant), tu n'auras pas de grosse surprise. Encore merci pour ton soutien.

Amycybille : Oui, ils se sont enfin embrassé ! \o/ Mais les ennuis ne sont pas terminés… loin de là. :s Moi, une sadique ? Oui. ^^'

Ethel Crowley : Une nouvelle lectrice, ça fait toujours plaisir ! ^^' J'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes.

Saga d'Asynes : Heureuse que la scène de combat t'ais plu. Je suis rarement à l'aise quand je dois en écrire. Mais on est dans du Star Wars héroïco-Fantasy, je peux pas me contenter de leur faire prendre le thé. Et pour tenter de répondre à ta question, les seuls écrits que j'ai publié (sur Internet) jusqu'à présent son des fanfictions. J'ai plusieurs fois tenté de commencer une histoire originale, mais aucune n'a abouti jusqu'à maintenant. :-/

Allie Neyge : Ouah ! Merci du compliment. =^^=… J'espère que tu penseras toujours la même chose après ce chapitre.


Le vent se lève

La nuit était tombée sur Korriban depuis plus de trois heures. Les veilleurs parcourant les rues en tenant leurs lanternes à bout de bras s'assuraient que les habitants respectaient le couvre-feu, bien à l'abri dans leurs maisons. A l'heure du hibou, en principe, seuls les animaux errants et la vermine étaient de sortie. Pour sa part, DJ préférait se considérer comme appartenant aux premiers. Le Ciel savait pourtant qu'il aurait préféré mille fois se trouver au fond de son lit, ou bien affalé sur le divan crasseux de quelques fumoirs ou tripots clandestins.

Malheureusement, boire, fumer et profiter de la compagnie de filles ou de garçons conciliants, tout cela se payait. Et à la longue, ça vous ruinait un homme !

Heureusement pour le truand, même s'il se trouvait souvent sans moyens, il n'était jamais à court de ressources. DJ avait autant de talents que de vices : les premiers lui permettant d'entretenir les seconds.

Des talents de crocheteurs, de décodeur et traducteur en tous genres. Des talents qu'il était parvenu à faire apprécier de personnes qui savaient se montrer reconnaissantes de ses services et le récompensaient en espèces sonnantes et trébuchantes que DJ s'empressait d'aller dépenser dans le premier bouge infâme.

Et cette nuit, il devait justement s'acquitter d'une mission auprès de l'un de ses plus importants « mécènes ». Et vu ce que racontait le message plié dans sa poche, nul doute que ce dernier le récompenserait en conséquence.

C'était ce que DJ se répétait tandis qu'il ramait au-dessus des eaux usées nauséabondes des égouts du château. Même pour lui, qui n'était pourtant pas très à cheval sur l'hygiène, l'odeur était insoutenable ! Mais c'était le passage le plus discret et le plus sûr pour entrer dans le château.

DJ arrima sa barque devant une porte en bois vermoulu dont les gonds et la serrurerie étaient depuis belle lurette rongés par la rouille. Le plus dur n'était pas tant de crocheter le verrou que de parvenir à pousser cette maudite planche en bois qui s'obstinait à lui résister, même après tant d'années.

Enfin, il déboucha sur un escalier en colimaçon qu'il savait mener aux étages nobles. DJ ne prit même pas la peine d'allumer une torche. Il connaissait les marches par cœur et aurait pu les gravir les yeux fermés. En plus, la lumière aurait rendu sa volonté de rester discret plus compliquée.

Il savait exactement à quel niveau s'arrêter. Appuyant les mains contre la paroi glacée couverte de mousse et de lichen, il trouva la fameuse pierre branlante qui lui permettait d'actionner le passage secret. Le mur se décala de quelques centimètres à peine, lui laissant juste assez d'espace pour passer et se retrouver dans l'âtre d'une immense cheminée. Au fond de la pièce, un jeune valet était assoupi sur son tabouret, devant l'entrée des appartements de son maître.

Avec prudence, et un brin de malice, DJ s'approcha du dormeur et le tira de ses songes d'un coup de pied aux chevilles. Le garçon ouvrit les yeux, décontenancé. DJ crut bien qu'il allait s'évanouir lorsque son regard tomba sur lui. En même temps, l'intrus avait de quoi faire peur : entre la crasse des égouts et la suif de la cheminée, il devait ressembler à un mort-vivant échappé de sa tombe.

- Va pré…prévenir ton maître, lui ordonna DJ, sans s'émouvoir.

Le garçon poussa un soupir de soulagement en reconnaissant sa voix.

- Sa Grâce est occupée, répliqua-t-il renfrogné.

Au même moment, des soupirs et gémissements lascifs s'échappèrent de derrière la porte.

- Je vois ça, commenta placidement DJ. Lady Yama est finalement r…rentrée de s…son es…ca…capade avec le Roi…

Le valet se contenta de hausser les épaules. DJ se retint de lui demander combien de fois il s'était pignolé derrière la porte avant de s'endormir, pendant que Lord Frak et sa nièce fêtaient dignement leurs retrouvailles.

- Va qu…quand même le p…prévenir.

Son interlocuteur écarquilla les yeux, l'air scandalisé.

- Si je les interromps maintenant, Lord Frak va m'étriper.

- C…crois-moi, si… si tu n'y vas p…pas maint…tenant, il t'é…tripera p…pour ne pas l'avoir fait plus tôt, qu…quand il aura lu le mess…message.

Le garçon poussa un profond soupir, sembla hésiter, regarda avec crainte le panneau de la porte close, de derrière laquelle continuait de s'échapper des gémissements équivoques. Il reporta encore son attention sur DJ qui s'était mis à admirer les boiseries du plafond et des murs, tapotant du bout des doigts – désinvolte – le manteau de la cheminée.

Après un dernier profond soupire de détresse, le valet se leva enfin et toqua à la porte. Il dût s'y reprendre à deux fois, car les soupirs des deux occupants de la chambre couvraient ses faibles tentatives.

- Qu'est-ce !? finit par rugir la voix exaspérée de Lord Frak.

Faisant la grimace comme s'il s'apprêtait à monter sur l'échafaud, il actionna le loquet de la porte et passa la tête à travers l'entrebâillement.

- Messire, dit-il d'une voix chevrotante, un visiteur est arrivé porteur d'un message.

DJ perçut les bruits de draps froissés et le grincement du lit.

- Quel message ?

Le garçon se retourna vers lui, en quête de soutien.

- Les c…corbeaux ne sont p…lus po…posés sur leur branche à l'est ! lança DJ depuis l'antichambre.

Des bruits d'agitation lui parvinrent. Il entendit un pas claudiquant précipité se rapprocher et Lord Frak émergea de la chambre, emmitouflé pêle-mêle dans une robe de chambre. Lorsque son regard d'acier tomba sur DJ – tout couvert de suif et toujours appuyé nonchalamment sur le manteau de la cheminée – celui-ci lui fit un petit signe amical. Faisant fit de l'état crasseux de son visiteur, Frak boita droit sur lui, la main tendue.

- Les nouvelles ?

DJ extirpa de son manteau élimé une dizaine de morceaux de parchemin aux coins rongés et dont l'écriture minuscule était à peine lisible à cause de l'humidité.

- C'est a…arrivé cette après-midi par p…pigeon, expliqua DJ, devant l'air perplexe du seigneur Sith qui déroulait le message entre ses doigts. J'ai p…pris soin de tra…traduire le code et tout syn…synthétiser avant de venir.

Il tendit à Lord Frak une feuille de papier soigneusement enroulée. L'Intendant s'en saisit immédiatement et réclama de la lumière à son serviteur. Ce dernier, tout tremblant, lui amena une bougie à la flamme vacillante, encastrée sur un chandelier en argent. Lord Frak resta silencieux durant toute sa lecture. Imité par DJ, qui étudiait sur les lignes de son visage combien cette commission allait lui rapporter.

- Que dit-il ?

Lady Yama Fénide avait fini par quitter la chambre, elle aussi. DJ la soupçonnait d'avoir pris grand soin de se rendre présentable avant de daigner paraître devant son visiteur : ses cheveux noirs soyeux cascadaient sur ses épaules et sa poitrine, contrastant avec la blancheur de sa chemise de nuit, dont la transparence laissait deviner son nombril. Et même le reste, si DJ osait risquer son regard un peu plus bas…

- Fénide, répondit Lord Frak d'une voix douce, je suis au regret de devoir t'apprendre la mort de ton fiancé.

- Lequel ? demanda l'intéressée, plus curieuse qu'émue par la nouvelle.

- Muraka, précisa Lord Frak.

Tandis qu'il gardait son attention rivée sur le message – il devait en être à sa troisième lecture – sa compagne s'était rapprochée de lui, lisant par-dessus son épaule, une main caressante posée sur son bras. DJ essayait encore d'étudier discrètement quelques détails à travers les longues vagues noires de ses cheveux et la soie blanche de sa chemise, lorsqu'il se sentitlui-même observé. Levant les yeux, il croisa les iris sombres de Lady Yama. Cette dernière lui jeta un regard moqueur et plein de défi. Le truand rougit comme un gamin pris en faute, la main sur le panier de pommes, et baissa les yeux vers le bout de ses chaussures trouées.

- Ils ont osé, commenta la voix caverneuse de l'Intendant. Attaquer Kylo Ren en public,…au beau milieu du culte… Ont-ils perdu toute raison ?!

Il froissa le papier entre ses mains.

- Ca n'a rien d'une a-t-taque im…pro…provisée, répondit DJ. Ils devaient pré…préparer leur coup de…p…puis un long moment. P…peut-être même bien avant la chute de S…Snoke…

- Nous nous étions tant focalisés sur Hux et ses soutiens à la cour, que nous en avons complètement négligé ses liens avec la partie orientale.

- Tu penses que Hux est l'instigateur ? demanda Lady Yama.

- Ce blasphème porte sa signature. Aucun autre membre du Clan n'aurait osé pousser l'ignominie jusqu'à profaner le Temple durant la messe.

- Bla…blasphème ou p…pas, reprit DJ, c'est com…compliqué de diriger un at…tentat à distance. Il doit bien les tenir pa…par quelque part, tous ses s…seigneurs orientaux, pour qu'ils aillent aussi loin.

- Et le Roi ? demanda Lady Yama. En a-t-il réchappé ?

- Oui, le message est formel.

- Le connaissant, il ne va pas en rester là, renchérit Lord Frak. Il va vouloir se venger. Mettre la région à feu et à sang…

- C'est surement ce qu'il fait en c…ce moment même. Les pia…piafs ont dû mettre au moins c…cinq jours pour tra…traverser le pays. C'est plus de temps qu…qu'il n'en faut à Ren pour d…déclarer la guerre à la moitié des f…familles du Clan.

- Je dois me rendre là-bas, déclara Lord Frak, pour essayer de rattraper les dégâts autant que possible.

- Il vous faudra at…tendre les nou…nouvelles of…fi…cielles, conseilla DJ. Vous aurez du mal à ju…justifier que vous soyez au courant de c…ce qui se passe dans l'est avant le prin…principal conseiller du Roi.

- Ce Wookie… grommela Frak. Je ne peux pas faire un pas dans le palais sans me heurter à lui. Et toute sa clique de mercenaires se comporte comme s'ils étaient les maîtres.

- Ren lui fait aveuglément confiance, intervint Lady Fénide. A coup sûr, il le réclamera à ses côtés pour mâter la rébellion.

Lord Frak acquiesça.

- Je m'arrangerais pour l'accompagner.

- Je viendrais également…

- Non !

Le ton catégorique surprit Lady Fénide. Elle voulut protester, mais son compagnon la fit taire d'un geste.

- Mieux vaut que tu restes loin du Roi pendant un certain temps.

- Et Lady Senyse ! s'emporta Fénide. Elle me déteste. A tous les coups, elle va médire de moi devant Ren.

- Aucune femme ne peut t'apprécier : tu représentes une menace trop sérieuse. Et je doute fort que l'opinion que Senyse a de toi influence celle de Kylo Ren.

- Et si… Fénide baissa d'un ton. Et si elle lui parle de l'arrangement que nous avions passé avec son frère ?

- Raison de plus pour que tu ne sois pas à proximité. J'aurais déjà bien assez de problèmes à gérer sur place sans devoir faire l'arbitre entre vous trois.

La noble dame aurait sans doute voulu défendre encore sa cause, mais le regard de l'Intendant l'en dissuada. Ce dernier reporta alors son attention vers DJ.

- Pensez-vous pouvoir réactiver les contacts que vous aviez avec les renégats ?

- Je peux tou…toujours essayer, répondit le truand en se grattant le menton. Mais ça ne va pas se f…faire sans fr…frais. Ils doivent tou…jours avoir en travers de la gor…ge la ru…rupture de votre pré…précédente alliance.

Lord Frak retourna dans la chambre et revint avec une bourse en cuir, pleine à craquer, qu'il jeta aux pieds de DJ. Des pièces d'or s'en échappèrent et se mirent à rouler sur le plancher.

- Alors ne lésinez pas à la dépense ! Il faut combattre le feu par le feu !


A des kilomètres de là, depuis près d'une semaine, la ville d'Aleema, cité ancestrale de la famille Muraka, était devenue un immense piège se refermant sur tous ses habitants. Les soldats royaux avaient investi chaque lieu public, chaque maison bourgeoise, chaque échoppe de marchandises et chaque entrepôt : confisquant tout document – lettres, relevés de comptes – jugés suspects et arrêtant ses propriétaires dans la foulée. Les moins chanceux avaient été massacrés par une foule de badauds enragés qui, se sentant protégés par l'égide de Kylo Ren, voulait venger leur seigneur lâchement assassiné devant l'autel du Temple. Les procès étaient expéditifs.

Le soir même suivant l'attentat, les cadavres des mercenaires qui avaient participé à la conjuration étaient pendus aux murs de la citadelle. Le lendemain, on fit exécuter en place publique un couple de tenanciers accusés d'avoir offert le gîte et le couvert à des conjurés. Lady Tulak et Lord Vazarii avaient été lynchés par la foule, mais cela n'empêcha pas leurs corps en lambeaux d'être exposés sur les remparts. Le spectacle semblait par ailleurs amuser les citadins, qui se servaient d'eux comme cibles en leur jetant des pierres et des fruits pourris, faisant des paris sur qui arriverait à viser la tête ou l'entrejambe, ou encore à détacher une épaule, un coude, un genou ou une cheville.

Azrakel était introuvable. Le seigneur Sith était parvenu – on ne savait trop comment – à quitter la ville sans se faire prendre. Kylo Ren était convaincu qu'il avait bénéficié d'aides internes. Et cela le faisait enrager. Chaque jour, il sentait le fiel lui remonter le long de la gorge. S'il s'était écouté, il aurait fait entasser des barils de poudre dans les galeries sous-terraines de la cité et aurait fait tout sauter. Un immense cratère à la place de la perle de l'Empire Sith oriental : voilà un message fort à envoyer au reste du Clan.

Pourtant le Roi modérait encore ses ardeurs et sa soif de sang. Car pour le moment, il devait d'abord penser à la manière dont il allait pouvoir gérer cette conjuration. Les quelques renseignements qu'il était parvenu à extirper des esprits de Lord Penza et de ses fils avaient confirmé ses craintes : les fiefs de l'Est avaient renfloué leur garnison et se tenaient prêts à tenir un état de siège. Une stratégie préparée de longue date – par Hux lui-même apparemment – destinée à fragiliser son pouvoir, en attendant de l'éliminer définitivement.

Sa chance était d'avoir échappé à l'attentat qui avait coûté la vie à Lord Muraka. Il devait maintenant rameuter toutes ses troupes à la frontière Est et étouffer la révolte dans l'œuf.

Plusieurs dépêches – pigeons voyageurs et coursiers – avaient été envoyées vers Korriban, adressées directement à Imaze pour lui faire comprendre que l'heure était grave et qu'il devait le rejoindre au plus vite avec le reste de leurs compagnons et tout ce que les régions de l'Ouest comptait d'individus valides et de combattants aguerris.

En attendant, Kylo continuait de ronger son frein en parcourant – au moins pour la centième fois – les cartes de la région et des vieux plans de villes et de forteresses trouvés au fond de la bibliothèque du palais Muraka. Il lui était impossible de savoir si ces documents étaient encore valables – les maîtres des fiefs avaient pu procéder à des changements – mais aumoins, cela lui donnait une vague idée des stratégies qu'il pouvait mettre en place.

Et puis, il y avait Lord Penza et ses fils, emprisonnés dans les geôles de la citadelle, qui depuis cinq jours subissaient un interrogatoire en règle. Enor, Naïs et Solak étaient aux anges ! Cela faisait des mois qu'ils n'avaient pas pu se faire les dents sur des prisonniers. Kylo leur avait donné pour seule consigne de les garder en vie. La torture était inutile puisqu'il avait déjà tiré d'eux par la Force tout ce qu'il pouvait. Mais il voulait que soit à jamais imprimé dans leur chair la conséquence de leur trahison.

Kylo détacha son attention des cartes et des plans, qu'il ne lisait plus attentivement depuis un moment. Par la haute fenêtre de la bibliothèque, il pouvait entendre les croassements des corbeaux au dehors, occupés à se repaître de la chair des cadavres suspendus aux murailles.

Un rayon de lumière filtrait à travers les carreaux et venait éclairer la banquette rembourrée de coussins en velours sur laquelle reposait la fine silhouette de Rey. Sa tête émergeait à peine des plis de l'épais manteau noir que Kylo avait posé sur elle, après avoir constaté qu'elle s'était endormie.

Cela faisait des jours qu'elle ne le quittait pas d'une semelle – ou qu'il ne la laissait pas quitter son champ de vision – le suivant comme une ombre dans les couloirs du château ou dans les rues de la ville. Kylo réalisait combien sa présence lui avait manqué durant des semaines, et comme le simple fait de la savoir à ses côtés l'apaisait. Et le fait de l'avoir crue morte – durant ce qui furent les pires instants de cette désastreuse aventure – ne faisait que renforcer ce besoin viscéral de l'avoir avec lui.

Et pour être franc, le fait que Rey soit toujours en vie était la seule raison pour laquelle la cité d'Aleema n'était pas un tas de cendres à l'heure actuelle.

Quittant son siège, Kylo vint prudemment s'assoir sur le bord de la couchette improvisée.

Recroquevillée sous son manteau, ses petits chignons ébouriffés dépassant à peine du tissu, sa respiration soulevant les plis sombres sur son épaule et son torse, Rey paraissait si paisible que, pour rien au monde, Kylo n'aurait dérangé ce tableau. Bien au contraire, il aurait voulu s'en repaître les yeux jusqu'à ce qu'il pût la redessiner de mémoire.

Avec des gestes délicats, il approcha sa main nue de son visage, rajustant le manteau sur son épaule, repoussant une mèche de cheveux derrière son oreille. Du bout des doigts, il retraça le profil de son nez, le contour de ses yeux et de sa bouche. Se rapprochant encore un peu plus, il huma le parfum de ses cheveux et embrassa doucement le haut de son front.

Rey poussa un soupir dans son sommeil et remua doucement la tête et les épaules. Kylo s'écarta vivement, le cœur serré par la culpabilité d'avoir interrompu le rêve de sa protégée. En ouvrant les yeux, la jeune femme croisa le regard du Roi Sith et lui sourit. Kylo se dit fugacement qu'il serait prêt à ravager le Clan tout entier pour ce sourire, tandis que Rey s'étirait sous sa couverture et se redressait sur sa banquette.

- Pardon de m'être endormie…

- Ne t'excuse pas pour ça, lui dit Ben. Ces derniers jours ont été éprouvants, et tu t'es à peine reposée…

- Vous non plus.

Elle passa une main caressante sur son visage. Son pouce tâta prudemment sa cicatrice. Les points avaient été retirés la veille. Une longue et fine ligne rose divisait désormais son visage en deux, s'étendant de l'arcade sourcilière à sa mâchoire et lui donnant un air féroce. Même si Rey aurait plutôt passé le reste de sa journée à en redessiner les contours avec ses doigts et sa bouche.

- Vous devriez prendre du repos, insista-t-elle avec une moue mutine qui suggérait bien plus.

Ils n'avaient plus partagé de moment intime depuis le jour de l'attentat, après avoir été interrompus par le jet d'une pierre à travers la vitre. Bien sûr, Rey comprenait que dans le tumulte de la répression et de la menace qui pesait toujours sur eux, Ben avait d'autres préoccupations que la bagatelle. Mais maintenant qu'elle était sûre de ses sentiments et des siens, elle trouvait d'autant plus difficile à supporter la distance que leur imposait le protocole. Ben parut lire dans ses pensées, car il se pencha doucement vers elle et sembla lui tendre ses lèvres.

Lorsqu'on toqua à la porte.

Enor entra, sans prendre la peine d'attendre qu'on lui en donne l'autorisation.

- Pardon de vous déranger, Majesté, s'excusa-t-il d'un ton qui n'avait rien de contrit. Est-ce que j'interromps quelque chose ?

- Non, répondit le Roi précipitamment en quittant la banquette, laissant dessus une Rey désappointée et légèrement furibonde.

- Les Penza sont prêts à vous parler. J'ai pensé que vous voudriez en finir rapidement. Oh ! Et… Lady Senyse sollicite une audience.

Kylo réprima un soupir. Depuis six jours, la noble dame était retranchée dans ses appartements. Elle n'en sortait que pour veiller la dépouille de son frère. Lord Muraka avait été ramené dans la chapelle du palais. Les domestiques avaient nettoyé son corps, recousu ses plaies et l'avaient vêtu de ses habits d'apparât. Il reposait à présent sur un linceul de velours noirs. La coutume voulait que le corps soit exposé durant neuf jours et neuf nuits, avant d'être inhumé.

Ren n'avait plus adressé la parole à Lady Senyse depuis l'attentat. Il doutait fort qu'elle ait des choses agréables à lui dire.

- Soit, dit-il. Je la verrai après mon entretien avec les Penza.

Il se préparait à sortir pour suivre Enor, lorsqu'il se retourna vers Rey.

- Retourne avec Lord Pyrcel. Je t'enverrai chercher quand ce sera terminé.

La jeune femme obéit. Moins par docilité que parce qu'elle savait que Ben n'aimait pas l'idée de la savoir seule dans le palais, sans protection. Il lui avait même demandé pourquoi Bibi n'était plus avec elle. Gênée, Rey avait dû improviser un mensonge, disant que la renarde s'était enfuie la nuit de l'attaque du manoir des Yama, que cela remontait à des semaines et que si elle ne s'était pas donné la peine de lui en parler, c'était parce qu'il lui avait fait comprendre qu'il ne voulait pas entendre parler de soucis à cause de cet animal. Il avait eu l'air de la croire et Rey s'était senti incroyablement coupable.

Sans doute aurait-elle dû lui dire la vérité. Mais après la trahison d'Azrakel et de ses alliés, elle craignait que le coup soit trop dur à encaisser. Elle ne lui aurait pas menti si elle n'avait pas eu la certitude que l'évasion de Dameron et la conjuration des Sith étaient sans rapport l'une avec l'autre.

Du moins, c'était ce qu'elle se répétait pour se convaincre. Les rebelles et les seigneurs Sith étaient deux factions qui se détestaient viscéralement. Jamais ils ne se seraient alliés contre Kylo Ren. Sauf qu'il y avait eu une tentative de conciliation entre Lord Frak et les renégats pour renverser Snoke. Mais les choses étaient différentes…

Oh Force ! Si seulement Finn pouvait lui en donner la confirmation.

Mais depuis sa sortie héroïque lors de la capture des conjurés, Phasma l'avait catapulté lieutenant de troupe. Il devait coordonner les patrouilles royales dans la ville et passait peu de temps au palais. Rey ne le croisait presque plus.


Kylo Ren monta au sommet de la plus haute tour de la citadelle. De là, on surplombait l'horizon jusqu'à la chaîne de montagnes à l'Ouest. Et à l'Est, on apercevait la frontière orientale qui s'étendait jusqu'à plus de cinq cents kilomètres. Le Roi évita de s'attarder sur la pensée que cette partie de son royaume était infestée d'ennemis qui complotaient en ce moment même pour le renverser.

Sur le chemin de ronde, il trouva lord Penza et ses deux fils. Le plus âgé devait avoir son âge, ou un peu moins. Le plus jeune devait avoir aux alentours de vingt ans. Leur pèreétait trapu, avaitla mâchoire carrée et le regard patibulaire. Sa face était constellée d'ecchymoses et de coupures : souvenirs de son passage dans les geôles et de l'interrogatoire musclé des chevaliers de Ren. Il se tenait plus vouté que dans ses souvenirs : peut-être une ou deux côtes brisées. Ses fils n'avaient pas meilleure mine : œil tuméfié, cheveux arrachés, nez cassés…

- J'espère que mes chevaliers ont été courtois avec vous, lança Kylo Ren en guise de préambule.

- N'ayez crainte, Majesté, rétorqua Lord Penza. Ils nous ont traité avec toute la noblesse qu'on peut espérer de la part d'individus de leur espèce.

Kylo se retint de sourire. Cet homme ne manquait pas de mordant. Ce qui était admirable au vu des circonstances.

- Bien… Ont-ils pu vous convaincre de l'intérêt que vous auriez à vous repentir de votre folie, ployer le genou et reconnaître mon autorité ?

Lord Penza éclata d'un rire tonitruant.

- Me prenez-vous pour un lapin de dix jours ?! Je montais déjà à l'assaut des forteresses de Mandalore et de Corellia, que tu te mouchais encore dans les jupes de ta mère, Bâtard.

Enor et Naïs étaient déjà prêts à dégainer pour corriger l'insolence du prisonnier, mais Kylo les arrêta d'un geste.

- En ce moment même, poursuivit le seigneur Sith, tous mes bannerets sont assemblés autour des murs de mon fief. L'ordre a été donné de rassembler tous les vivres à l'intérieur. Et de brûler tout le reste. J'espère que vos soldats aiment sucer les cailloux. Parce que c'est tout ce qu'ils auront à se mettre sous la dent, si vous tentez de faire le siège de notre fief.

- Et qui tiendra la forteresse si vous et vos fils êtes mes otages ?

- Ma femme, répliqua crânement Lord Penza. Et dès qu'il s'agit de défendre son bien, elle est pire qu'une chienne à qui on voudrait retirer son os. Je sais de quoi je parle ! Trente ans que nous sommes mariés, j'ai dû batailler ferme pour lui faire ces deux-là !

Il avait désigné de la tête ses deux rejetons.

- Même la plus féroce des louves garde des instincts maternels. Si je lui offre de retrouver sa progéniture…

- J'égorgerai mes fils moi-même plutôt que de permettre que cela n'arrive !

- Dans ce cas, je me passerai de vous, Lord Penza. Je n'ai besoin que d'un seul otage.

Sur ce, Kylo Ren empoigna brusquement le seigneur Sith et le poussa contre le crénelage. Naïs et Sen-Adge étaient déjà prêts. Ils rattrapèrent Lord Penza et le jetèrent dans le vide. Son cri fut bref avant de s'écraser aux pieds de la muraille.

Ren se tourna ensuite vers les deux fils de Penza qui affichaient des yeux écarquillés et des bouches béantes.

- Un commentaire ? demanda le Roi.

Pour toute réponse, l'aîné lui cracha au visage.

- Crève ! Maudit Bâtard !

- Lui aussi, ordonna Kylo à ses chevaliers en s'essuyant la face avec sa main gantée.

Ceux-ci s'exécutèrent et le fils alla rejoindre le père au bas de la muraille. Ne restait plus que le cadet, les genoux tremblants et la face livide comme s'il allait vomir ses tripes à tout moment.

Kylo prit le temps d'observer les nuées de corbeaux qui se rassemblèrent au-dessus de la tour, avant de fondre en piquet vers leur nouveau festin. Il se tourna ensuite vers le jeune homme, malade de terreur. Il le toisa encore un long moment, plongeant son regard noir dans ses prunelles grises. Faisant mine de l'examiner, comme on évalue une marchandise, en se demandant si cela vaut la peine de la conserver.

- Voulez-vous les rejoindre ?

Instantanément, le jeune homme tomba à genoux, pleurant comme un enfant, suppliant, jurant qu'il ferait tout ce qu'on lui demanderait. Il tirait sur le manteau de Ren et s'accrochait si fort à ses mollets qu'il manqua de peu le déséquilibrer. Il fallut les efforts conjoints d'Enor et de Sen-Adge pour l'arracher aux bottes de leur maître.

- Reconduisez-le en cellule, ordonna Kylo Ren. Et servez-lui un repas chaud.

Naïs et Sen-Adge emmenèrent le prisonnier. Tandis qu'Enor demeura auprès du Roi qui rassemblait ses esprits, appuyé contre un cré nausée lui remontait le long de la gorge. Son estomac se contracta machinalement.

- Il vous reste Lady Senyse à aller voir, lui rappela le chevalier. Voulez-vous passer avant par les cuisines, histoire de vous servir un verre de vin ?

Non. Là, tout de suite, tout ce qu'il voulait, c'était aller caler sa tête entre les cuisses de Rey, presser un de ses seins – peut-être même les deux – entre ses mains, la laisser passer ses doigts dans ses cheveux, picorer des baisers sur sa bouche…

Depuis quand était-il devenu aussi sensible ?

Il fallait vraiment qu'il se reprenne ! Cela ne serait pas les derniers morts qu'il provoquerait avant la fin de la semaine.

- Ca va ! grogna-t-il. Finissons-en.


La chapelle du palais avait été tapissée de tentures vertes et noires, couleurs de la maison Muraka. Des brûles parfums remplis d'encens, fumaient aux quatre coins de la salle, remplissant l'air de vapeurs entêtantes. Le corps de Lord Muraka Hamet reposait sur l'autel, les bras croisés sur sa poitrine. Ses traits étaient figés dans une expression froide et austère. Même dans la mort, il conservait une beauté aristocratique. A moins que le mérite en revienne aux embaumeurs qui s'étaient chargésde la toilette mortuaire.

Kylo se trouvait presque ridicule à présent d'avoir pu jalouser – même très fugacement – sa beauté et son aisance. A présent que le jeune seigneur Sith reposait, mort, sur son linceul, tandis que lui – Kylo Ren – se tenait debout et vivant devant lui, qu'il pouvait respirer, boire, manger, étreindre Rey dans ses bras, tout le reste paraissait bien dérisoire.

Lady Senyse était agenouillée, en prière, devant l'autel. Entièrement vêtue de blanc – couleur du deuil – le visage blême, vierge de tout maquillage, ses beaux yeux verts rougis par les larmes et cernés de fatigue. La noble dame ressemblait bien plus à un fantôme qu'à un être de chair et de sang.

Voulant faire preuve de mansuétude, Kylo s'agenouilla à ses côtés dans une attitude de recueillement. Le sol était dur et lui meurtrissait les articulations. L'encens lui donnait le mal de tête et renforçait sa nausée. Le silence était pesant. Mais il ne savait pas quoi dire pour engager la conversation. Que dire à une sœur qui venait de perdre un frère, ayant eu le malheur de se tenir entre lui et son assassin ? Il n'avait jamais eu de sœur, ni de frère. Il avait vu mourir beaucoup de gens, certains même de sa main. Mais il n'avait jamais eu à présenter des condoléances.

Il ne se rappelait pas en avoir jamais reçu non plus. Pas même lors de la mort de sa mère.

Il se rappelait du jour où un messager avait franchi les portes du Temple. C'était un après-midi d'automne. Les feuilles mortes jonchaient le cloître où les padawans avaient l'habitude de s'entraîner. Ratisser la cour faisait partie des corvées des apprentis et Luke avait lourdement insisté pour que Ben prenne part à la tâche.

Le garçon ne tenait pas en place depuis le début de la matinée. La veille, des nouvelles leur étaient parvenues du champ de bataille. Et elles n'étaient pas bonnes. Beaucoup de fiefs n'avaient pas répondu à l'appel de Leia. Certains seigneurs Sith s'étaient barricadés dans leurs forteresses, rassemblant leurs bans autour des murs pour les protéger. La Reine ne pouvait compter que sur une poignée de fidèles et ses chers combattants Ilotes. Mais est-ce que cela suffirait à faire la différence ?

Luke savait que Ben brûlait d'aller rejoindre sa mère. Pas besoin de lire dans ses pensées pour le deviner. Le jeune prince avait quinze ans, ses maîtres ne tarissaient pas d'éloges sur ses talents d'escrimeur, de lutteur et sur sa maîtrise des arts martiaux. Mais ils déploraient son tempérament emporté et la facilité avec laquelle il pouvait se déconcentrer et se montrer imprudent.

Comme beaucoup de jeunes adolescents, Ben découvrait sa force et pensait qu'elle le rendait invincible, voir immortel. Et Luke avait toutes les peines du monde à tempérer ses ardeurs. Devant les Gardiennes et les autres Maîtres, il prenait sa défense, répétant qu'il était jeune, que le temps lui apprendrait la patience. En privé, il tançait Ben à chaque fois que l'occasion se présentait.

« Ce n'est pas en agissant sans discernement que tu réussiras à obtenir ce que tu veux… Tu te crois malin, mais tu ne sais rien jeune Solo… Continue à te laisser guider par ta colère et tes émotions, et elles finiront par te consumer comme elles ont consumé Dark Vador… T'imagines-tu que ta mère serait ravie que tu empruntes la même voie ?... Par la Force, j'aurais plus de succès en jetant des cailloux dans le vent ! »

C'était un hennissement qui avait attiré son attention, et des bruits de sabots martelant la terre battue au triple galop. Ignorant les ordres scandalisés des Gardiennes, Ben avait lâché son râteau et couru vers le petit muret qui délimitait l'espace du cloître. A quinze ans, il dépassait déjà la plupart de ses condisciples. En deux sauts et une enjambée, il fut dans la cour principale.

Un cavalier, monté sur un destrier couvert de boue et de poussières, tendait à Luke – venu l'accueillir - une missive, frappée du sceau royal.

- La Reine Leia Organa est morte ! lança-t-il d'une voix tonitruante. Vous avez ordre de vous rendre à Korriban pour prêter allégeance à Snoke, notre nouveau souverain !

- MENTEUR !

La voix de Ben avait résonné dans la cour comme un cri de bête blessée. Il ne réfléchissait plus. Il ne pensait plus. Tout ce sur quoi son esprit été focalisé, était qu'il devait mettre en pièce le misérable qui osait se présenter ainsi sous son toit, porteur d'une si terrible déclaration. De quel droit osait-il fouler le sol de cette cour ? Qui l'avait autorisé à prononcer le nom de sa mère avec une telle insolence ? De quel droit vivait-il si Leia était morte ?!...

Il ne se rappelait pas combien ils étaient pour le maîtriser. Il se rappelait juste de la sensation que tout le poids du monde lui était brusquement tombé sur le dos et les épaules.

Des bras qui l'enserrent. Des mains qui le tiennent. On lui bloque les poignets dans le dos. On appuie sur ses chevilles et ses genoux. Il a le visage dans l'herbe. De la terre lui rentre même dans la bouche. Il hurle, il se débat. Mais contre qui ? Contre quoi ?

Une réalité qu'il ne peut pas changer. Leia est morte. Sa mère est morte. Elle ne reviendra pas le chercher. Elle ne l'emmènera jamais loin d'ici. Il est seul désormais. Et pour toujours…

Revenu au présent, dans la chapelle, aux côtés de Lady Senyse, Kylo Ren se racla la gorge et essaya de réajuster sa position sur le sol carrelé, pour épargner ses genoux endoloris.

- Vous vouliez me parler, ma Dame ?

Lady Senyse parut enfin se rendre compte de sa présence et quitta sa prière pour lui accorder son attention.

- Oui, Sire. Je vous suis reconnaissante d'accorder un peu de votre précieux temps à la misérable sœur endeuillée que je suis.

Décidément, cette femme avait l'art et la manière de le faire se sentir minable, tout en se montrant la plus douce et la plus soumise des créatures.

- Les mots ne peuvent exprimer la perte que représente pour moi la mort de votre frère, articula-t-il pour tenter de se rattraper. Je puis vous assurer que je mets tout en œuvre pour punir ses assassins.

- En dépit de tous mes efforts, je ne parviens pas à comprendre pourquoi les conjurés l'ont tué en premier, si leur but était de vous atteindre. Non pas que je déplore que vous en ayez réchappé, Sire.

Mais ça ne l'aurait pas contrariée outre mesure, supposa Kylo Ren.

- Ce fait me laisse aussi perplexe que vous, dit-il. J'étais en prière, lorsque le premier coup a été porté. Je ne sais pas ce qui s'est passé, ni comment votre frère s'est retrouvé sur le chemin de la lame de Lord Penza…

La noble Dame resta pensive. Kylo crut un moment qu'elle était retournée en prière, lorsqu'elle lui demanda :

- Quand comptez-vous repartir ? Car j'imagine que vous avez désormais bien des opérations à mener pour ramener l'ordre au sein du Clan.

- En effet, acquiesça Ren. Je ne me suis pas encore fixé de date de départ. J'attends pour le moment l'arrivée de troupes fraîches…

- Vous comptez donc attaquer les seigneurs de la partie orientale ?...

- Seulement s'ils ne me laissent pas d'autre choix. Mais puisque les Sith ne comprennent que la force, je dois bien faire étalage de la mienne. D'ailleurs, je comptais joindre les troupes de votre maison à la mienne. En voyant les bannières des Muraka aux côtés de celles de la maison royale, mes opposants sauront que nous sommes alliés.

Lady Senyse frissonna. Un frémissement à peine perceptible, mais que Kylo Ren releva néanmoins.

- Vous laisseriez la citadelle d'Aleema sans protection ?

- Non. Une garnison restera en avant poste, évidemment. Pour assurer la stabilité de la frontière.

- C'est aimable de votre part.

Senyse Muraka avait de plus en plus de mal à cacher son agacement. Kylo se demanda furtivement jusqu'où il pouvait encore pousser l'audace pour faire craqueler le verni de bonnes manières de la jeune femme. Plus il passait de temps en sa présence, moins il croyait à la comédie de la jeune dame douce et soumise qu'elle affichait en public.

- Je suis heureuse de voir que ma sécurité vous importe.

- Elle m'importe grandement. D'ailleurs je n'ai nulle intention de vous laisser seule sans défense entre ses quatre murs. Lorsque je partirai à l'Est avec mon armée, vous serrez escortée sous bonne garde jusqu'à Korriban.

Cette fois, Senyse bondit littéralement sur ses jambes.

- Dois-je comprendre que vous me prenez en otage ?

- Je veille uniquement à votre sécurité, répondit Kylo en se levant à son tour. Vous êtes désormais la dernière héritière de la maison Muraka. En tant que telle, vous représentez une cible de choix pour les coureurs de dots, les aventuriers et des conjurés peu scrupuleux qui n'hésiteraient pas à vous forcer la main pour que vous rejoigniez le camp de mes ennemis.

- En somme, vous défendez mon libre-arbitre en me mettant sous votre coupe.

- Si vous êtes une alliée, vous serez traitée comme telle. Dans le cas contraire, je ne vais pas attendre sagement que vous alliez grossir les rangs de mes ennemis.

- Des assassins de mon frère !?

- Qui ont fait de vous l'unique maîtresse de cette citadelle…

La main de Senyse vola vers son visage avant qu'il n'ait terminé sa phrase. Sa gifle avait moins de vigueur que celle de Rey, mais elle lui piqua tout de même la peau.

- Je demanderais réparation de cet affront par un duel judiciaire, cracha Senyse. Si je ne savais pas que dans votre lignée, il est courant que les filles assassinent leurs propres pères.

Elle n'avait employé ni le mot « Bâtard », ni « Parricide ». Kylo lui en sut gré. Même au summum de la fureur, la noble dame Sith ne perdait rien de sa courtoisie.

- Moi de même je ne demanderais pas réparation pour votre geste. Mettons cela sur le compte du chagrin que provoque votre deuil.

Il tourna les talons, prêt à laisser cette sainte-nitouche avec son macchabée. Il n'avait pas encore franchi la porte de la chapelle lorsque la voix de Senyse le rappela.

- J'ai ouïe dire que vous étiez en relation étroite avec Lady Yama Fénide.

Kylo se retourna, le sourcil froncé, pas certain de comprendre où elle voulait en venir.

- La rumeur a toujours tendance à exagérer, se défendit-il. Mais oui, j'ai eu régulièrement l'occasion de fréquenter Lady Fénide et sa famille ces derniers temps.

- Peut-être n'êtes vous pas au courant, mais elle et mon frère avaient convenu de fiançailles secrètes…

Kylo haussa les épaules. La nouvelle le prenait complètement au dépourvu, mais pour rien au monde il ne l'aurait laissé voir à Senyse. Cela expliquait sans doute la déception de Muraka de ne pas voir Fénide débarquer avec le reste de la suite royale.

- Je suppose qu'il n'y a rien de surprenant… Lady Fénide est le genre de femme à avoir foule de prétendants.

- Des prétendants, certes. Des hommes jeunes et naïfs sur lesquels elle peut aisément se faire les griffes. Mais lorsque notre père a eu vent de leur arrangement, il s'est empressé d'interdire à Hamet de la revoir. Après son décès, le dernier obstacle à leur union semblait levé. Il était persuadé qu'elle allait tenir son engagement et venir le retrouver. Mais puisqu'il est mort… La voilà à nouveau libre comme l'air… Et disponible pour un nouveau prétendant…

Ren sentit poindre une accusation à peine dissimulée. Il aurait pu la détromper et lui dire qu'il n'avait pas le moins du monde l'intention de prendre la place de Muraka sur la liste des soupirants de Fénide. Mais à vrai dire cela l'arrangeait de laisser planer le doute. Peut-être que la jalousie et la rivalité féminine seraient un bon levier pour découvrir ce qu'on essayait encore de lui cacher…

- Dans ce cas, dit-il, je souhaite bon courage au prochain prétendant.

Et sur ce, il quitta la chapelle.