Pardon pour cette longue absence. Mais je pense que votre patience et votre fidélité vont être récompensées. Ce chapitre et le suivant vont être chauds ;)
Merci pour tous vos commentaires, ça m'aide au-delà de ce que vous pouvez imaginer.
ilai : Merci beaucoup !
fairycub974 : Et bien si ça peut t'apporter un peu de réconfort c'est toujours ça de pris XD
Cara : Kylo Ren est un être humain et Fénide est une belle femme. Il ne faut pas voir dans son érection autre chose qu'une réaction naturelle à un stimulus visuel. Et en effet, j'essaie de donner vie au lien de Force en Rey et Kylo. Je dois être plus subtile que R. Johnson parce que techniquement, Rey et Ben se trouvent au même endroit, et peuvent se parler quand ils veulent (ou presque).
Et je sais déjà comment je veux que cette histoire se termine. Ma plus grande peur est de me perdre dans les péripéties avant d'arriver à bon port ;)
Je ne réponds pas au reste de ton commentaire, car je crois qu'une bonne partie de tes questionnement trouveront leur réponse dans les deux prochains chapitres.
PS : Les Guests c'est pas que je vous snobe, mais je peux répondre nominativement qu'à des personnes dont j'ai au moins le pseudo :D Mais je lis vos commentaires avec aussi beaucoup de plaisir.
Le temps des grandes espérances
Ces derniers jours, une terrible canicule s'était abattue sur l'ancien domaine des Penza. Les paysans s'étaient tués à la tâche pour récolter les dernières céréales. Les chantiers ralentissaient également. Le sol était tellement sec que les pelles et les pioches s'émoussaient sur les cailloux. Il fallait constamment refaire aiguiser les outils. Sans parler de la poussière qu'on prenait dans les yeux. Finn recevait constamment des plaintes des chefs des ouvriers. Ils réclamaient constamment plus de vivres, plus de rations d'eau, plus d'heures de repos. L'apprenti gouverneur faisait son possible pour les satisfaire. Mais avec la chaleur, l'eau était de plus en plus rare – il devait déjà rationner celle des soldats – et il fallait tenir en attendant les pluies.
C'était pour cela qu'il avait insisté pour faire réparer le barrage et l'écluse au Nord du domaine. Des structures laissées à l'abandon depuis des années par feu l'ancien propriétaire, au point de ne plus être bonnes à grande chose. Alors qu'elles pourraient s'avérer d'une nécessité vitale dès que la saison des pluies reviendrait : pour concentrer l'eau à un endroit et éviter qu'elle n'inonde les champs et se perde dans les prairies.
On ne lui avait alloué qu'un faible tribut pour gérer le domaine, alors Finn devait fixer des priorités. C'était une tâche pénible et ingrate, mais s'il se montrait trop laxiste ou trop généreux, ils courraient droit à la catastrophe.
Les paysans avaient déjà bondi lorsqu'il leur avait été annoncé que l'intégralité des récoltes allait être mis en commun et redistribuée en fonction des besoins. La coutume voulait qu'on leur en laisse toujours au moins un quart – un tiers en période de disette – pour assurer leur subsistance. Finn avait eu beau jurer que des distributions quotidiennes seraient organisées pour que personne ne soit lésé, il y avait eu pas mal d'émeutes. Il avait dû faire mettre au cachot les principaux agitateurs pour donner l'exemple et calmer la foule. Ca lui avait arraché le cœur.
Il avait fait en sorte que les ouvriers ne travaillent que le matin et le soir – pour éviter les fortes chaleurs – doublé les rations d'eau et de nourriture. Mais au bout d'un moment, il fallait que les choses avancent.
L'un de ses lieutenants avait suggéré le fouet pour les motiver. Finn l'avait vertement rembarré.
Mais quand un messager était revenu le voir le soir même avec une nouvelle liste d'exigences, il avait remis l'idée en perspective.
Finn alla se coucher, à la nuit tombée. Complètement épuisé. Une migraine lui vrillait les tympans. Et il n'avait même pas de quoi se faire une tisane pour la faire passer. Il s'était fait installer son lit dans l'ancienne cave à vins de Lord Tulak. D'abord parce que c'était l'endroit le plus frais du château et ensuite parce qu'il avait remarqué que les gardes avaient pris la fâcheuse habitude de chiper des tonneaux en fin de journée pour se désaltérer ensuite autour des feux de camps.
En soi, ça ne dérangeait pas Finn que ses camarades s'amusent un peu aux dépends des réserves du défunt seigneur Sith. Mais quand ils s'enivraient au point d'avoir la gueule de bois le lendemain et de ne pouvoir assurer leur tour de garde, ça devenait son problème.
Quand Finn eut rejoint son lit, il eut la surprise de découvrir que quelqu'un l'y avait précédé. Une boule de poils orange et blanche, avec un long museau, des oreilles pointues et une queue touffue…
Avant que Finn puisse articuler un mot, il sentit la pointe d'une lame lui piquer la nuque.
- A ce que je vois tu t'es bien installé ? murmura une voix masculine à son oreille.
- Poe… ?
Le chef des rebelles le retourna et le plaqua contre un tas de tonnelets. Finn put voir son visage. Depuis le temps qu'ils se connaissaient, le jeune homme avait déjà eu l'occasion de voir son camarade en colère. Mais c'était la première fois que cette colère était dirigée contre lui.
Poe fronçait tellement les sourcils que ceux-ci se rejoignaient presque au-dessus de son nez. Ses yeux sombres brûlaient de fureur. Sa bouche était tordue par un rictus de mépris. Et ses narines dilatées palpitaient comme celles d'un taureau sur le poing de charger.
- Poe… je… je peux t'expliquer…
- Tu sais…, le coupa son interlocuteur. Quand Rose nous a dit que tu avais refusé de la suivre parce que tu ne voulais pas abandonner tes camarades dans la tourmente, j'ai vraiment été admiratif… et un peu déçu. Parce que je pensais que nous étions tes camarades, ta famille… Mais maintenant, je me demande si tout ça n'était pas qu'une illusion…
- Non, non, non !… Poe tu te trompes !…
- Alors explique-moi comment un simple troufion comme toi a pu se retrouver à la tête d'un des fiefs seigneuriaux les plus anciens du Clan ? qu'as-tu donné pour l'avoir ? Qui as-tu trahi ? Quel secret as-tu vendu à nos ennemis ?
- Rien de tout cela, je te le jure !
- Comment alors ?!
- J'ai entassé des cochons…
- Tu te fous de moi !
- C'est une histoire compliquée, je te la raconterai en détail, si tu veux. Mais retire cette dague de ma gorge,… ça me rend un peu nerveux.
La paupière de Poe frémit. Il parut hésiter. Sans doute, s'il s'était agi de n'importe qui d'autre que Finn, il l'aurait égorgé sans remords. Mais après toutes ces années, après toutes ces épreuves, clore sur une telle trahison, sans pardon, sans un mot d'explication… Même pour lui, c'était trop dur à avaler. Alors Poe écarta lentement sa lame de la carotide de Finn. Ce dernier poussa un profond soupir de soulagement en se massant le cou machinalement.
Bibi avait sauté du lit et était venu frotter sa tête contre la jambe de Poe, qui tenait toujours sa dague d'un air menaçant. Alors le jeune soldat se fit un devoir de tout lui expliquer en détail : la tactique pour faire sauter la muraille, la reconnaissance de Kylo Ren et sa promotion en tant qu'intendant. Poe l'écouta attentivement, sans l'interrompre. Mais plus Finn avançait dans son récit, plus l'incrédulité se peignait sur le visage du chef rebelle.
- Une fois installé à la tête du fief, conclut Finn. J'ai bien sûr voulu vous prévenir, toi et les autres. Mais j'ignorais s'il y avait des compagnons à nous sur les terres de Tulak... Avec mes nouvelles responsabilités, je ne pouvais pas investiguer moi-même… Et si j'attirais trop l'attention, je risquais de tous vous mettre en danger…
- Je n'arrive toujours pas à croire que Ren t'as nommé à la tête du fief, déclara Poe dans un souffle.
- Ca n'est que provisoire pour le moment, temporisa Finn. Mais si je parviens à faire mes preuves, ça pourrait devenir définitif…
- Il y a forcément un piège quelque part…
- Je l'ai pensé aussi. Et je t'avoue que je ne suis pas toujours serein. Entre la gestion des récoltes, les missives qui me viennent de Mustafar, les travaux de rénovation… Gérer un domaine, c'est beaucoup plus difficile qu'on pourrait le croire…
- Finn, tu ne t'aies jamais dit qu'il t'avait percé à jour et qu'il t'a donné cette promotion pour avoir ta confiance et que tu le mènes jusqu'à la Rébellion ?
- Mais comment aurait-il pu ?
- Je ne sais pas… Par son écuyère par exemple… La fille avec qui tu avais sympathisé… Je ne sais plus son nom…
- Rey ?... Non, elle ne ferait jamais une chose pareille !
- Tu m'as bien dit qu'elle était la créature de Kylo Ren…
- Elle m'a aidé à te libérer…
- Ca aurait pu être une diversion…
- Poe !
C'est pas parce qu'elle a flirté avec toi lors d'une fête, qu'elle est au-dessus de tout soupçon…
Cette fois-ci, Finn était réellement offusqué. Au point qu'il prêta à peine attention au regard brulant de jalousie de Poe.
- A force de vivre dans la clandestinité, cracha-t-il à son ami, tu finis par voir le mal partout.
- Et toi, répliqua Poe, acerbe, à force de trainer avec l'ennemi, tu as fini par oublier à quel camp tu appartiens. Ou alors, tu as bien fini par retourner ta veste…
- S'il s'était agi de n'importe qui d'autre, tu aurais déjà pris mon poing sur la gueule ! s'emporta Finn, furieux. Après tout ce que j'ai fait pour la cause, c'est comme ça que tu me vois ?...
Leur échange fut brusquement interrompu par le grincement d'une porte qui s'ouvre. Par réflexe, Poe alla se planquer derrière une rangée de tonneaux, avec Bibi sur ses talons. Finn demeura planté au milieu de la cave.
- Qui va là ?
- C'est moi, Finn… Pardon, cap'taine !… Euh non, je veux dire Monsieur l'Intendant… Arf ! Décidément, je m'y fais pas à ce nouveau titre…
- Qu'est-ce que tu veux, Marek ? demanda Finn au nouvel arrivant.
- On a de la visite là-haut. Une délégation venue de Mustafar. Y a Lord Frak à leur tête. Je me suis dit que tu voudrais être tenu informé…
- Lord Frak ?! Ici ?
- Ouaip, comme je te le dis.
- Qu'est-ce qu'il vient faire là ? Que veut-il ?
Marek haussa les épaules.
- Aucune idée. Il a juste demandé l'hospitalité, pour lui et sa suite. C'est pas à des simples soldats qu'il va dire le fond de sa pensée…
- Conduis-moi à lui ! ordonna Finn.
Marek se plia au souhait de son commandant et lui emboita le pas dans les escaliers.
Depuis sa cachette, Poe avait suivi leur bref échange. Savoir que Lord Frak, le Grand Intendant de Korriban, se trouvait entre ces murs en même temps que lui, voilà une occasion qu'il ne pouvait pas manquer.
Il se précipita vers l'entrée du passage secret qu'il avait emprunté pour se glisser dans la demeure seigneuriale. Diwa, une recrue de la Rébellion, avait été servante des Tulak il y avait des années de cela. C'était elle qui lui avait donné le secret pour se glisser dans le château sans être repéré par le guet.
Le passage était un étroit couloir, dans lequel un homme d'une carrure moyenne et assez fin comme Poe pouvait à peine tenir. Le chef rebelle progressait donc lentement, avec sa renarde se faufilant entre ses jambes. Il savait exactement où il devait se rendre. Il espérait juste ne pas rater la partie la plus intéressante. De ce qu'il entendrait pouvait dépendre qu'il épargne ou non la vie de Finn.
Cette idée lui remplissait le cœur d'amertume. Le jeune homme était son plus vieux compagnon. Ils avaient partagé tant d'épreuves ensemble – parfois même échangé du réconfort la veille de bataille. Même si Finn était en définitif tombé amoureux de Rose, peu de temps après que cette dernière ait rejoint les rangs de la Rébellion, Poe ne s'était jamais totalement défait de son béguin pour le jeune soldat. Etre son assassin était la dernière chose au monde qu'il désirait. Mais Finn savait trop de choses, sur l'Alliance rebelle et sur lui. S'il s'avérait qu'il les avait trahis et que Poe devait le tuer pour sauver tous les autres, il n'hésiterait pas.
- Je vous suis gré de votre hospitalité. La route est longue jusqu'à ma destination et les étapes pour se reposer se font rares en cette période de grands troubles.
La voix de Lord Frak lui parvint entre les murs. Poe supposa qu'il devait se trouver à côté de la salle de réception à présent. Le couloir secret passait juste derrière la grande cheminée. D'ici, il pourrait espionner sans que les deux interlocuteurs se doutent de sa présence. Une chance que toutes ses vieilles demeures disposent de recoins comme celui-là. La paranoïa des seigneurs Sith avait du bon parfois.
- C'est tout naturel, Votre Grâce, répondit la voix de Finn, obséquieux. Je ne pouvais décemment laisser le Grand Intendant Royal coucher à la belle étoile. J'espère seulement que vous ne trouverez pas votre séjour ici trop incommodant. Beaucoup de modifications ont été apportées à l'organisation du château depuis votre dernier passage.
- Oui, j'ai pu le constater en pénétrant les lieux. Vous respectez avec zèle les consignes de Sa Majesté.
- Je m'efforce seulement d'être un bon serviteur de la Couronne.
- Oui… Nous sommes entre serviteurs fidèles… N'est-ce pas ?
Lord Frak laissa exagérément trainer ces dernières syllabes. Poe n'avait jamais eu affaire directement au Grand Intendant, mais il connaissait sa réputation. Ce ton employé annonçait quelques magouilles à n'en pas douter.
- Depuis combien de temps servez-vous le Clan ?
- Je… Je crois que ça remonte à plus de quinze ans… J'ai intégré l'armée peu de temps après la prise de pouvoir du Vieux Snoke… Je veux dire, le Roi Snoke !
- Il était vieux vous pouvez le dire. Le dernier fruit pourri d'une lignée éteinte. Il sentait le cadavre avant même que Kylo Ren ne le coupe en deux. Quand vous dites « intégré », c'était en tant que tribut pour l'armée après une prise de guerre, n'est-ce pas ?
- Euh… oui, en effet…
- De quelle région veniez-vous avant cela ?
- Des Côtes Coralliennes. Je ne sais plus où exactement… Ca remonte à tellement loin…
- Vous n'avez jamais été tenté de repartir là-bas ?
- A quoi bon ? Plus rien ne m'y attend.
- Je vois. Il est vrai que quand le Clan passe par une région étrangère, nos troupes font rarement dans le détail…
- Même à travers les murs de pierres, Poe pouvait ressentir la gêne de son ami.
- Donc vous n'êtes pas un natif du Clan, poursuivit Lord Frak. Votre allégeance, contrainte et forcée, est due à un concours de circonstances…
- J'ai toujours servi loyalement dans l'armée ! Jamais aucun de mes supérieurs n'a eu à se plaindre de moi…
- Bien sûr, c'est d'ailleurs grâce à cette soumission aveugle et désintéressée que vous occupez votre poste actuel…
Un silence pesant s'éternisa dans la salle. Poe ne pouvait plus entendre que le pas claudiquant de Lord Frak sur le pavement.
- Vous avez servi dans le même régiment que Poe Dameron.
Le chef rebelle se raidit instinctivement, sur le qui-vive.
- Je…
- Tss tss… Ce n'est pas une question. Evitez de me mentir, mon garçon. Je ne suis peut-être plus en odeur de sainteté auprès du nouveau Roi, mais j'ai encore le bras long…
Bien que la menace ne lui soit pas directement adressée, Poe sentit une sueur froide lui couler le long de l'échine. Bibi, recroquevillée près de lui, frotta sa tête contre son genou pour tenter de le rassurer. D'une main, il serra le poignard qu'il gardait attaché à la cuisse droite. Tandis qu'il apposa sa main gauche sur une pierre devant lui, qui permettait d'actionner l'ouverture du passage dans le mur de la cheminée. Poe se tint prêt à bondir hors de sa cachette, si d'aventure le seigneur Sith menaçait Finn d'une manière ou d'une autre.
- Si vous en veniez au fait, Messire, le défia roidement le jeune homme. Qu'attendez-vous de moi ?
- Je sais que vous n'avez pas coupé les ponts avec votre ancien frère d'armes, lâcha Lord Frak. Je sais que vous servez d'informateur à la Rébellion. Et je suis certain que vous avez aidé Dameron à s'évader des geôles de mon beau-frère…
Poe commença à presser la paume de sa main sur la pierre.
- Vous êtes venu m'arrêter ?
Le rire de Lord Frak résonna dans la salle.
- Pourquoi faire ? Quel intérêt y gagnerais-je ?
Poe arrêta de respirer.
- Vous… vous livreriez un traitre à Kylo Ren… ?
- Je pourrais aussi lui apporter un rat que j'aurais surpris en train de grignoter une miche de pain dans ses cuisines, il ne m'en estimerait pas d'avantage. La Rébellion des hilotes l'indiffère. Savoir Hux dans la nature l'inquiète bien plus. Surtout maintenant qu'une partie du Clan s'est officiellement déclarée contre lui. Que représente les escarmouches de quelques malandrins et paysans pouilleux en comparaison ?
- Alors pourquoi… ?
- Savez-vous pourquoi je me trouve sur les routes, en direction vers les Marais de Dagobah, alors que d'ici quelques jours doit se tenir à Mutafar une des réunions au sommet les plus importantes de ce siècle, où seront représentées les contrées les plus riches et les plus puissantes de cette partie du Monde ?...
- Vous m'avez dit que le Roi vous envoyait en mission diplomatique auprès du peuple des Marais afin qu'ils nous aident à sécuriser les frontières…
- Oui, bien sûr, mes capacités sont indispensables afin de convaincre un peuple de petits gnomes de faire ce qu'ils font depuis des millénaires : empêcher quiconque de passer par leurs précieux marais.
Frak ne faisait même plus d'effort pour masquer son sarcasme.
- Ren ne veut pas m'avoir dans ses pattes pendant qu'il tisse ses nouvelles alliances. Et je crois qu'il m'a pris en grippe depuis que j'ai eu l'outrecuidance de mettre en lumière l'existence de sa précieuse Jedi…
- Vous semblez en fâcheuse posture…
- J'ai connu pire. Kylo Ren peut bien courtiser les cours étrangères à sa guise. Tous les seigneurs du Clan me connaissent. La majorité me fait confiance pour tenir les rênes et veiller à leurs intérêts. Pendant que ce jeune fanfaron joue les chevaliers de conte pour enfants et se prend pour le nouveau Dark Vador. Mais un homme prudent se doit d'avoir plusieurs cartes dans sa manche. Je ne tiens pas à rallier le camp des renégats. Ce sont des fanatiques pour la plupart. Ils ne rêvent que d'un retour aux anciennes coutumes, du temps des Grandes Conquêtes et de noyer le Clan dans un bain de sang. Ca ne serait profitable pour personne. Et surtout pas pour vos amis…
- Alors… que proposez-vous ?
- Par le passé, j'ai proposé une alliance à la Rébellion…
- Et au final, vous vous êtes rétracté.
- Mes plans ne tenaient plus. La situation avait changé. Contrairement à votre cher Dameron, je ne suis pas une tête brûlée. J'avais besoin de voir à quel genre d'homme j'avais à faire, en la personne de Kylo Ren.
- Et maintenant, qu'il cherche à se débarrasser de vous…
Frak rit de nouveau. Son rire n'avait rien de communicatif. Il évoquait le sifflement d'un serpent.
- Il peut toujours essayer. Mais si vous comptez sur lui pour améliorer votre sort, vous vous bercez d'illusions. Ce… château qu'il vous a offert n'est rien d'autre qu'un cadeau empoisonné. Comment escomptez-vous défendre cette place, sans remparts, avec la moitié d'une garnison descente ? Vous n'êtes rien d'autre qu'un leurre pour appâter de plus gros poissons. Il espère qu'un seigneur renégat voudra se faire les dents sur votre misérable bastion. Ainsi, lui et ses chevaliers pourront s'abattre sur des troupes épuisées et en récolter toute la gloire, tandis que vous et vos hommes aurez été balayés.
Un nouveau silence.
Poe, toujours replié derrière son mur, osait à peine respirer. Devait-il jaillir hors de sa cache et ouvrir la gorge de cette vermine ou attendre encore… ?
- En somme, articula la voix de Finn, à peine audible, il n'y a qu'en vous que je pourrais me fier ?... Croyez bien, Messire, que j'aimerais de tout cœur vous plaire. Mais cela fait des mois que je n'ai plus de nouvelle d'aucun membre de la Rébellion. J'ai peur que ma nomination au poste d'Intendant de cette forteresse ne m'est fait passer pour un traitre à leurs yeux. Je pourrais m'estimer heureux si je rencontrais l'un d'eux sans qu'il tente de m'égorger.
Poe entendit des pas claquer sur le sol et la voix de Finn se rapprocher du mur.
- Je crois que nous nous sommes tout dit, Votre Grâce. Je m'en voudrais de vous accaparer d'avantage. J'ai cru comprendre que la route jusqu'à Dagobah est encore longue. Vous voudrez sans doute, vous levez de bonne heure, demain.
Il n'y eut plus une parole échangée après cela. Poe entendit la démarche claudicante de Lord Frak s'éloignant progressivement. Il demeura un instant immobile, comme étourdi par toutes ces révélations. Soudain, le mur devant lui coulissa et Finn apparût.
Les deux hommes se regardèrent dans le blanc des yeux, à travers la pénombre du couloir étroit. Bibi la renarde, avait sauté dans la salle pour attraper un rat qui grignotait une tenture.
Ils étaient si proches l'un de l'autre que leurs poitrines se touchaient presque. Poe devait lutter contre lui-même pour ne pas baisser les yeux vers la bouche de son vis-à-vis.
- Tu as tout entendu, j'imagine…
Dameron hocha la tête.
- Veux-tu toujours me tuer ?
Il existait un nombre incalculable de choses indécentes que Poe aurait voulu lui faire, mais le tuer n'en faisait plus partie. Ca ne l'avait jamais été.
- Je pense qu'il faut faire venir les autres ici. Je pense qu'on peut faire de ce bastion le nôtre. Au nez et à la barbe de Kylo Ren. Et de tous les Sith.
- C'est ce que je pense aussi.
Les deux hommes s'étreignirent alors. Ils se serrèrent d'autant plus fort dans les bras l'un de l'autre qu'ils avaient bien cru devoir se séparer pour toujours.
Depuis que Rey lui avait révélé l'emplacement de la tombe d'Amidala, Kylo venait s'y recueillir chaque jour. A défaut d'une chapelle, c'était devenu son nouveau lieu de prière et de méditation. Il tentait de profiter de ses moments de solitude et de calme pour faire le point. Les missives d'Alvarr au sujet des négociations avec Lord Ventress n'avançaient pas aussi vite qu'il l'espérait. Ventress ne paraissait pas empressé de récupérer sa fille Bazine saine et sauve. Il voulait l'assurance qu'on la reconnaîtrait comme Dame de la forteresse des Penza et son futur rejeton comme héritier.
« Sans ce château, elle et son bâtard ne me sont d'aucun intérêt. »
Tels étaient les mots fidèlement retranscrits par Alvarr dans sa lettre. Il laissait également entendre que Lord Ventress voulait que sa fille se remarie rapidement, avec un noble du Clan.
« Si vous parvenez à me trouver des terres et à me faire anoblir, je pourrais tenter de ramener notre brebis égarée par ce biais… »
Evidemment, le chevalier n'oubliait pas de prêcher pour sa paroisse.
Du côté de Sir Katrak et Sir Allen, les choses s'enlisaient. Vazarii tenait ferme malgré le siège de son château. Et les hobereaux étaient très récalcitrants à accepter ne serait-ce qu'une simple rencontre.
La situation ne trouverait pas d'issue avant le début de l'hiver.
Sa principale préoccupation était de sécuriser les voies empruntées par les délégations étrangères, afin qu'aucune attaque intempestive des renégats ne fasse obstacle à l'image de maître incontesté du Clan qu'il voulait donner. En ce but, il avait envoyé des émissaires et des troupes à leur rencontre.
Mustafar était entrée dans une sorte de léthargie, comme une princesse endormie par un sortilège, avant l'effervescence prochaine.
Les servantes s'occupaient en tressant des guirlandes de fleurs pour décorer les banderoles. Les palefreniers nettoyaient de fond en comble les écuries. Au point que Silencieux – l'étalon noir de Kylo – avait fini par en blesser trois : ne supportant plus de les voir tourner autour de son box. Les couturières mettaient la dernière main aux vêtements de cérémonie commandés pour l'occasion.
Rien ne devait être laissé au hasard, si Kylo voulait convaincre.
Il poussa un soupir.
Voilà que ses pensées l'avaient de nouveau entrainé loin de sa méditation et accaparé par des réflexions terre-à-terre. Parfois, Kylo se demandait s'ils n'étaient pas plusieurs à l'intérieur de sa tête. Comme aimait à dire Luke pour plaisanter à chaque fois qu'il se montrait étourdi…
Luke…
Que penserait Luke de tout ceci ?
Oh, il n'avait jamais aimé la vie de château ! Mais aurait-il salué les efforts que faisait son neveu pour tenter d'apaiser les relations avec ses voisins ?
Et sa mère ?
- Parfois, j'ai l'impression que seul vous me comprenez…
Ce n'était pas tant à la tombe d'Amidala que Kylo s'adressait, qu'à l'esprit de Vador. Luke lui avait raconté par le passé que les cendres de son grand-père avaient été répandues sur le lieu d'inhumation de sa défunte épouse. Quelque part au fond de lui, Ren espérait entrer en contact avec l'esprit de Vador.
- Vous avez su tenir le Clan d'une main ferme pendant tant d'années, n'avez-vous jamais douté ?...
Comme toujours, seul le silence lui répondit.
En vain, Kylo avait tenté de fouillé dans sa mémoire pour retrouver le souvenir de son ultime rencontre avec son grand-père. Il était persuadé que le vieux roi lui avait délivré un message important cette nuit-là. Malheureusement, la méditation et les prières demeuraient sans effet. Le fantôme de Dark Vador demeurait sourd à ses appels.
Le carillon sonna, annonçant qu'il était le milieu de l'après-midi. Kylo se redressa et quitta le jardin, non sans avoir déposé un petit bouquet de bruyères sur la tombe, comme il en avait pris l'habitude à chacun de ses passages.
Alors qu'il émergeait d'un bosquet, une voix douce l'interpela.
- Majesté ! Auriez-vous un instant à m'accorder ?
Kylo se figea en reconnaissant Lady Muraka. Il aurait préféré éviter cette entrevue. Depuis la mort de son frère, tous les entretiens qu'il avait pu avoir avec la noble Dame lui avaient laissé un goût acide.
- J'allais me rejoindre mes chevaliers pour l'entrainement. Ca ne peut pas attendre ?
- Il n'aurait pas dû se montrer aussi sec, mais cette femme avait le don de le rendre nerveux.
- C'est que… je souhaiterais que cette entrevue demeure informelle, expliqua Lady Senyse sans se défaire de son irréprochable politesse.
Ren soupira.
- Je vous écoute.
- N'allons pas par quatre chemins. Vous n'êtes pas sans savoir, Majesté, que d'aucun parmi nos alliés souhaitent nous voir unis.
Kylo fut tellement pris de cours par une déclaration aussi franche qu'il se mit à bafouiller.
- P… Pensez-vous vraiment… que le moment soit approprié… pour… ?
- Je sais que cette idée ne vous enthousiasme pas. Moi non plus d'ailleurs.
Le Roi contint un autre soupir : allait-elle encore trouver le moyen de lui faire des reproches ?
- Mais je pense que nous pourrions tirer la situation à notre avantage.
Elle s'approcha doucement de lui, si proche que Kylo put sentir les fragrances d'eau de rose et de jasmin dont elle parfumait ses vêtements.
- Sire, ne voyez pas autre chose dans les remarques qu'une mise en garde. Mais votre indifférence non dissimulée à mon égard agace de plus en plus les vassaux de mon défunt frère. Je crains que vous ne finissiez par vous les aliéner.
- Je vous traite sur un pied d'égalité avec Lady Yama Fénide, et elle est bien plus entreprenante que vous…
- Justement, je pense qu'il existe certaines choses dont vous devriez être informé au sujet de cette femme…
A l'évocation de Lady Fénide, le ton Senyse était devenu plus acerbe. Un peu comme Rey à chaque fois que le nom de la noble dame était prononcé devant elle.
- Saviez-vous qu'elle et mon frère étaient fiancés ?
Ren haussa un sourcil.
- Non, je l'ignorais. Certes, à la manière dont votre frère en parlait, je me doutais qu'il y ait eu quelque histoire entre eux. Mais je ne les pensais pas engagés à ce point…
- Fénide a séduit mon cher Hamet en lui faisant miroiter qu'ils pourraient ensemble renverser Snoke et s'emparer du trône. « L'union parfaite entre les seigneurs des deux parties orientales et occidentales. » Mais votre soudaine apparition sur l'échiquier a bouleversé leur plan.
- Oui, il semble que mon existence ait mis à mal beaucoup d'ambitions…
- Je ne me fais pas d'illusions. Même si leurs plans avaient réussi, c'est Lord Frak qui aurait tenu les rênes. Fénide lui aurait donné les pleins pouvoirs et mon frère n'aurait plus été qu'un monarque fantoche. Jusqu'au moment où ils ne l'auraient plus trouvé utile.
- Je m'étonne que vous ayez laissé faire.
- J'ai tenté de mettre mon frère en garde. Mais cette garce l'avait littéralement ensorcelé. Tous mes avertissements ont été vains. Quand j'ai appris que Lady Yama s'était rapprochée de vous, j'étais certaine qu'elle venait de ferrer un plus gros poisson et que les jours de mon frère étaient en danger.
- Seriez-vous en train d'accuser les Frak et les Yama d'avoir joué un rôle dans l'assassinat de Lord Muraka ?
- Pour être honnête, j'étais convaincue que vous vous étiez entendu avec eux pour éliminer Hamet. Mais je vous ai observé ces derniers jours : vous êtes loin d'être en bon terme avec Lord Frak, et même si vous feignez la courtoisie, les avances de Lady Fénide ont le don de vous agacer. C'est ce qui m'a décidé à vous faire cette proposition : faisons alliance ensemble. Oh je ne vous parle pas d'amour, encore moi de mariage ! Mais si vous faisiez mine de me faire la cour, et si moi, de mon côté, je faisais semblant d'y être sensible, cela pourrait déstabiliser nos adversaires, tout en rassurant les seigneurs orientaux qui se sont alliés à vous…
- Et cela ferait enrager Lady Fénide.
- Tout ce qui peut indisposer cette femme me remplit d'allégresse, je ne le nie pas.
- Vous ne cessez de me surprendre, Ma Dame.
Le visage tendre et serein de Senyse se voila d'inquiétude.
- Je vous prenais pour le modèle parfait de la noble jeune fille pure et docile. Hautaine, frigide, belle, mais sans la moindre volupté. Incapable de la moindre rouerie. Cette nouvelle facette que j'entrevois ne manque pas de m'intriguer.
Puisque nous parlons à cœur ouvert, de mon côté je vous prenais pour un rustre, sans finesse, ni la moindre éducation. Qui ne manquerait pas de faire couler le sang comme tant d'autres l'ont fait avant vous. Mais votre façon de gérer cette crise et de tenter de nouer des alliances avec les contrées voisines m'intrigue également. Je suis curieuse de voir où tout cela va nous mener.
Ils se quittèrent après s'être accordés sur l'attitude qu'ils devraient adopter lors de leur prochaine entrevue publique.
Le Roi se rendit sur l'ère d'entrainement qui avait été aménagée non loin de la salle des gardes. Imaze était déjà en train d'échanger quelques passes avec Phasma. La grande chevalière était la seule qui, en terme de taille, pouvait rivaliser avec Kylo Ren. Elle était aussi l'une des rares à ne pas avoir peur de se mesurer au Wookie. Elle ne ratait jamais une occasion de s'entrainer avec lui. Et si des soldats sous son commandement pouvaient assister aux combats, cela la réjouissait d'autant plus. Car il n'y avait rien de mieux – selon elle – pour renforcer son autorité sur eux.
Les deux chevaliers interrompirent leur duel en voyant le Roi s'avancer sur la piste. Phasma et Imaze s'inclinèrent de concert et tirèrent au sort lequel des deux affronterait Kylo Ren. Phasma fut la première.
L'après-midi était chaude, le soleil avait brillé sans nuage toute la journée. Les adversaires se battaient en chemise, avec des épées en bois. Phasma se montra redoutable, comme à l'accoutumée. Mais ce fut la chaleur, le plus terrible des adversaires. Au bout d'une heure, la grande chevalière déclara forfait. Elle transpirait tellement que ses fins cheveux blonds collaient à ses tempes et que le lin de sa chemise soulignait sa pourtant très mince poitrine.
Mais Ren n'était pas encore fatigué. Imaze prit le relais de Phasma. Le duel fut beaucoup plus énergique et d'autant que le Wookie avait eu le temps de se reposer. L'épée en bois se mit à peser lourd au bout du bras de Kylo. Et ses reflexes s'émoussèrent en même temps que ses vêtements prenaient la poussière.
Et puis, il y eut un éblouissement, un mouvement mal calculé, et l'épée de bois d'Imaze frappa la tempe du Roi.
Kylo entendit des carillons résonner dans son crâne avant de tomber à genoux sur la piste. Aussitôt des valets se précipitèrent pour l'aider à se relever. Imaze et Phasma voulurent également lui prêter assistance. Ren les chassa d'un geste agacé. Mais aussitôt le monde se mit à tanguer autour de lui.
Le médecin du château fut appelé. Il lui examina les pupilles, tâta son crâne, pour le plus grand déplaisir de Kylo. Puis il recommanda que le Roi soit raccompagné jusqu'à ses appartements pour prendre du repos.
Ce qui fut fait.
Lorsqu'il franchit la porte de ses appartements, Kylo Ren eut une vision qui lui fit douter un instant de s'être bien remis du coup qu'Imaze lui avait donné sur le crâne. Devant lui, Rey se tenait près de la fenêtre, enveloppée dans une robe de soie vaporeuse, aux tonalités bleu-gris, serrée sur sa poitrine et cascadant en plis majestueux jusqu'à ses chevilles. Ses cheveux étaient relevés comme à leur habitude en ses trois chignons basiques, qui dégageaient sa nuque et donnaient, pour le coup, plus de sophistication à sa tenue.
Devant le regard incrédule de son Roi, Rey se sentit obligée de fournir une explication.
- Les couturières ont débarquées tout à l'heure avec ceci.
D'un geste vague, elle désigna la robe. Le moindre de ses mouvements faisait froufrouter le tissu lourd et soyeux dans un murmure sensuel que Kylo trouva tout simplement grisant.
- Elles ont insisté pour me l'enfiler et pour que je vous la montre, affirmant qu'il s'agissait d'une commande de votre part. Il doit y avoir un malentendu quelque part… Elles ont dû faire une erreur…
Kylo mit quelques minutes à comprendre de quoi Rey lui parlait. Il fallait dire que la manière dont l'étoffe enveloppait ses seins, soulignait ses épaules, tout en dégageant ses clavicules et la naissance de son cou, le distrayait fortement. Elle n'avait plus rien d'une sauvageonne dans cette tenue, ni même d'une adolescente mal dégrossie. Et tous les efforts que Kylo faisait depuis des mois pour s'en rappeler étaient en train de partir en fumée.
- Un malentendu ? répéta-t-il l'air légèrement absent tandis qu'il tournait autour d'elle, le sourcil froncé. Oui, surement… J'avais dit qu'il te fallait une tenue de cérémonie pour la visite des diplomates étrangers. Je ne pouvais décemment pas te laisser paraître dans tes habituelles guenilles… Mais je pensais à une tenue d'écuyer… Elles ont dû mal comprendre…
- Oui, c'est bien ce qui me semblait…
Rey paraissait songeuse, elle aussi.
- Eh bien, je n'ai plus qu'à la leur rendre et leur expliquer le malentendu. Dommage, elles paraissaient si fières de leur travail…
- Tu devrais la garder.
Kylo se mordit la lèvre. Et devant le regard incrédule que lui jeta Rey, il se dit qu'il aurait mieux fait de se mordre la langue.
- Et qu'est-ce que j'en ferais ? rétorqua la jeune padawan. Je ne vais pas aller chasser avec ! Et j'aurais l'air de quoi en me baladant dans le château ? D'une souillon qui se déguise en grande dame…
- Personne ne te prendrait pour une souillon…
Kylo Ren se mordit la bouche de nouveau.
- C'est du bon tissu, ajouta-t-il. Un fripier honnête te la rachèterait un bon prix.
- Ça existe les fripiers honnêtes ?...
Ils rirent ensemble du trait d'esprit de la jeune femme. Et Kylo sentait monter en lui une vague de chaleur qu'il avait de plus en plus de mal à réprimer.
- Tu n'en veux vraiment pas, alors ?
- Honnêtement, je ne vois pas quand j'aurais l'occasion de la mettre. C'est une chose trop belle pour moi. Une nouvelle tunique me suffira amplement.
- Dommage, soupira Kylo, je doute fort que cette robe aille aussi bien à quelqu'un d'autre…
Ils échangèrent un regard. Durant un bref moment, ni l'un ni l'autre n'osa plus faire un geste, ni prononcer une parole. Même respirer leur parut dangereux en cet instant. Ce fut Rey la première qui osa briser le silence.
- Je… je vais avoir du mal à l'enlever… toute seule. Tout à l'heure, elles étaient au moins deux pour me la lacer dans le dos.
Ils n'avaient pas rompu le contact visuel. Kylo voyait brûler tellement de questions au fond de ses yeux. Tellement d'attentes aussi. D'espoirs et de craintes mêlés. Il les devinait sans peine, car c'étaient aussi les siennes.
- Je vais t'aider.
Empêcher sa voix de dérailler lui parut relever de l'exploit.
Doucement, Rey se retourna lui présentant son dos. Kylo avança ses mains vers le laçage, s'étonnant que ses doigts ne tremblent pas. Il tira calmement sur les cordons, les faisant glisser doucement entre les agrafes. Progressivement, le dos de Rey se présenta à sa vue. D'abord le sommet de sa colonne vertébrale, puis ses omoplates. Même là, sa peau avait ce hâle cuivré hérité du soleil de Jakku. Elle lui parut veloutée et sans défauts. Contrairement à la sienne qui était couverte de cicatrices gagnées sur le champ de bataille.
C'est une chose trop belle pour moi…
Comment pouvait-elle penser cela ? Quand lui ne rêvait que de couvrir son corps de soie et de velours. Que sa peau ne connaisse aucune autre caresse que celle des étoffes les plus fines… et de ses mains… de sa bouche…
Avant même qu'il n'ait pu réfléchir ou anticiper quoique ce soit, son visage avait déjà plongé, tel un oiseau de proie, vers cette nuque qui le tentait depuis trop longtemps. Cela dura à peine une seconde. Sa bouche effleura son épiderme, avant que tout son être se fige, conscient qu'il venait de franchir une frontière et qu'il ne pourrait plus revenir en arrière.
Au moment où il s'écarta, Rey fit volteface et noua ses bras autour de son cou. Leurs Lèvres se heurtèrent comme la foudre s'abattant sur un arbre. Kylo oublia ses bonnes résolutions : son serment de se marier dans l'intérêt du clan, sa promesse d'éviter les ennuis à Rey, de la préserver autant que possible des intrigues de cour et surtout de fermer son cœur à l'Amour.
Maintenant, tout ce qu'il voulait c'était elle. Elle toute entière. Sans plus aucune barrière, ni aucune réserve.
Après leurs bouches, ce fut au tour de leurs langues de s'unir. Partageant leurs souffles comme deux noyés. Les mains recommencèrent à s'activer. Celles de Kylo avaient repris leur besogne dans le dos de Rey, tirant sur les dernières agrafes et écartant les pans de la robe. Electrisé par le velouté de sa peau qui se dévoilait sous ses doigts. Il sentit ceux fins et agiles de son écuyère glisser sur la boutonnière de son pourpoint, desserrant fébrilement le carcan de cuir qui enserrait sa poitrine.
En temps normal, ça l'aurait rendu fou de rage que quelqu'un cherche à lui retirer sa carapace, le laissant à découvert, mis à nu. Mais il s'agissait de Rey en ce qui le concernait, elle n'irait jamais trop loin. Et lorsqu'elle glissa ses petits doigts dans l'ouverture de sa chemise, touchant directement sa poitrine brûlante, son sang ne fit qu'un tour. Passant un bras autour de ses épaules et un autre sous ses genoux, Kylo souleva Rey et la porta jusqu'au lit à baldaquin qui trônait derrière eux.
Elle chassa ses bottines d'un coup de pied, au moment d'atterrir sur le matelas de plumes, qui s'affaissa à peine sous le corps gracile de la jeune femme. Dans le feu de l'action, deux de ses chignons s'étaient défaits ; ne restait que le premier, qui pointait drôlement au sommet de son crâne. Le reste de ses cheveux s'étaient éparpillés autour de sa tête et de ses épaules. Le col de sa robe était descendu : dévoilant ses épaules et la naissance de ses seins. Tandis que sa jupe était remontée au niveau à mi-cuisses.
En la voyant ainsi étendue, Kylo la trouva plus magnifique qu'une reine. Et toutes les princesses et nobles dames qu'on avait pu lui présenter faisaient pâle figure en comparaison. En cet instant, il aurait déposé sa couronne et son royaume à ses pieds si elle le lui avait demandé. Mais Rey resta muette, le dévorant des yeux, avec cette avidité dans le regard qui le rendait complètement fou.
Il se défit de ses bottes avant de la rejoindre sur le lit. Reprenant possession de ses lèvres, il approfondit leur baiser. Enroulant ses bras autour de ses épaules et de sa taille, il la serra davantage contre lui. Tandis qu'elle répondait à son étreinte : caressant sa joue d'une main et emmêlant ses doigts dans ses cheveux de l'autre. Ils étaient si étroitement entremêlés qu'un intrus aurait eu du mal à les distinguer l'un de l'autre, au milieu des vêtements froissés, des bruits de succion et des respirations saccadées.
Kylo Ren n'arrivait pas à se rappeler la dernière fois qu'il avait été aussi proche d'une femme, ou même d'un autre être humain. Mais ce n'était pas encore assez. Glissant sa main droite de sa gorge vers sa poitrine, il agrippa son sein. Rey gémit contre ses dents mais ne fit rien pour l'écarter. Son mamelon était si menu que la paume de Kylo l'englobait tout entier. Et sous la chair, il pouvait sentir son cœur battre la chamade. Du pouce, il agaça la pointe du téton, qui se durcit progressivement sous ses attentions. Tandis qu'il descendait son autre main entre ses cuisses, caressant de l'index sa fente moite.
Submergée par cette double stimulation, Rey se détacha de leur baiser. Une main sur la poitrine de Ben, les seins nus aux pointes dressées, la gorge palpitante, les cheveux ébouriffés, les yeux brillants et les lèvres rouges entrouvertes : elle était l'incarnation même de la volupté. Elle passa alors sa jambe par-dessus la hanche de son amant, l'incitant à s'étendre sur le dos tandis qu'elle se plaçait à califourchon au-dessus de lui.
Rey parvint à lui faire ôter sa chemise et à dénuder entièrement le torse de Ben. Elle fut frappée de voir autant de cicatrices consteller la poitrine et le ventre du seigneur Sith, comme autant d'étoiles sur une carte du ciel. Bien sûr, elle savait que les blessures et les stigmates étaient monnaie courante chez les guerriers à plus forte raison chez un peuple aussi belliqueux que les Sith. Et avec une vie aussi mouvementée que celle de Kylo Ren, ça n'avait rien de surprenant.
Elle passa le bout de ses doigts sur une ligne blanche barrant son flanc gauche. Le tissu cicatriciel y semblait plus épais, signe que la blessure avait dû être très profonde.
- Comment est-ce arrivé ? demanda-t-elle en appuyant doucement dessus.
- Un guerrier Gamorréen et sa hache, lui répondit-il dans un souffle. Il a bien failli me couper en deux ce jour-là…
- Et celle-ci ?
Rey désigna un creux juste à la jointure de l'épaule.
- Une sentinelle Twi'lek et sa lance. Rapide, mais pas assez précis.
- Et celle-là ?
- Une brûlure. Due à un marron qu'un imbécile avait jeté dans le feu de camp. Pas mon souvenir le plus glorieux, j'en conviens…
La peau de Ben Solo était comme un parchemin retraçant chaque épisode de sa vie. Loin de trouver ses marques repoussantes, Rey était fascinée par les histoires qu'elles avaient à raconter. Leurs formes et leurs emplacements étaient parfois incongrus, ce qui renforçait sa curiosité.
C'était aussi un bon prétexte pour le toucher en de multiples endroits. Lui d'habitude si secret, se livrait sans la moindre gêne. Ce qui encouragea Rey à s'enhardir. Elle fit glisser sa main sur son abdomen. Là où une fine ligne blanche disparaissait sous le pantalon.
- Et là ?
Ben rougit et ne répondit pas immédiatement. Ce qui intrigua d'autant plus Rey qu'il ne s'était pas fait prier pour lui parler de la morsure que lui avait infligée un chasseur de prime alcoolisé lors d'une bagarre dans une taverne. Ou lui raconter la fois où un sanglier avait manqué l'éventrer lors d'une chasse.
- Et bien ?... insista-t-elle
- Je n'en suis vraiment pas fier de celle-là, voulut-il se justifier.
- Dis-moi.
Sa voix s'était faite autoritaire et menaçante. Et pour appuyer son ordre, Rey donna un coup de bassin sournois juste au niveau de son entrejambe. La friction fut suffisante pour que Kylo sente ses orteils se rétracter.
- Une prostituée mandalorienne, lâcha-t-il dans un souffle.
Rey papillonna des paupières. Elle s'attendait à autre chose. La croyait-il naïve au point d'ignorer qu'un homme comme lui pouvait fréquenter des bordels ?
- Devant son air perplexe, Kylo se sentit obligé de préciser :
- Quand elle m'a annoncé son prix, je lui ai balancé que je n'en paierais pas la moitié pour un laideron pareil…
- Ça n'était pas très élégant.
- J'avais vingt ans et j'étais soûl. Et elle m'a bien corrigé pour mon manque d'élégance.
Rey reporta son attention sur la ceinture du pantalon qui continuait d'enserrer la taille de Ben. Ses doigts jouaient distraitement avec la boucle, semblant ne pas se décider à faire sauter cette dernière barrière entre elle et la nudité de son Roi.
Une partie d'elle en mourait d'envie, mais l'autre en craignait les conséquences. Elle n'était personne. Elle n'avait pas de dote ou d'influence politique à mettre dans la balance. Quand Kylo Ren prendrait une épouse, Rey n'aurait d'autre choix que de s'effacer. Mais parviendrait-elle à le supporter ?...
Elle fut interrompue dans ses pensées lorsque Ben lui prit les mains. Faisant doucement glisser ses doigts contre ses paumes, il décrivit des cercles sur leurs dos avec ses pouces, comme des caresses. Elle releva la tête, se perdant à nouveau dans ses yeux sombres.
- Rey, dit-il dans un souffle… Si tu as changé d'avis… Je ne veux pas te forcer… Je ne te forcerai jamais… Jamais à faire quoi que ce soit,… dont tu n'aies pas envie…
Il fut interrompu lorsqu'elle plongea sur lui pour l'embrasser. Un baiser tendre, presque chaste. Alors même qu'il ne restait plus qu'un mince rempart de tissu, bien dérisoire, entre leurs chairs brûlantes. Rey déposa un autre baiser, sur sa joue cette fois, là où se trouvait la dernière cicatrice en date, celle du poignard. Puis sur sa clavicule, son épaule… Puis sa poitrine : refaisant l'inventaire de ses marques du bout des lèvres. Chacun de ses baisers était comme une goutte d'eau fraiche sur ses anciennes plaies. Paradoxalement, il se sentait bouillir de l'intérieur. A chaque nouveau contact, il lui semblait que son cœur loupait un battement. Quand elle arriva sur la dernière cicatrice – celle qui commençait sur son abdomen et qui se terminait sous la ceinture -, il lui attrapa la nuque. Pas de façon brutale, mais assez fermement pour que Rey se laisse remonter vers la tête du lit. Kylo la plaqua sur le matelas de plumes, le visage si près du sien qu'il pouvait sentir le parfum de son haleine.
Il attrapa les pans de la robe et les remonta au-dessus de ses hanches, révélant ainsi sans pudeur ses jambes nues, ses cuisses fuselées, ses hanches rondes, son ventre ferme et, au milieu de tout cela, le fin duvet de poils sombres qui dissimulaient à peine la divine cicatrice.
Kylo se pencha sur elle, jusqu'à avoir la tête enfouie entre ses cuisses, face à cette entaille de chair prête à s'ouvrir pour lui livrer passage. Du pouce, il en caressa les lèvres roses et moelleuses. Provocant un frisson chez Rey, qui laissa échapper un petit geignement. Elle était déjà humide et glissante. Il aurait pu la prendre sur le champ. Mais la voir ainsi offerte à lui était déjà en soi une image bouleversante.
Il ne comptait plus les fois où il avait rêvé de la posséder, tout en se morigénant et se traitant de monstre : elle lui avait été confiée par son oncle. Il avait fait la promesse à Luke de veiller sur elle et d'assurer son avenir pas d'abuser de son autorité pour profiter d'elle et de l'utiliser comme une vulgaire putain.
Mais non ! Rey ne serait jamais une catin ! Elle était son cœur, sa lumière. L'épaule sur laquelle il pouvait reposer sa tête quand ses pensées devenaient trop lourdes.
Et elle était là, étendue devant lui. Frémissante, impatiente et offerte.
Kylo enfonça son index en elle, tandis que du pouce il taquinait son bouton de nerfs qui surplombait sa fente. Rey gémit de plus belle. Elle devint plus humide entre ses doigts. Kylo pouvait voir ses cuisses trembler, alors qu'il ajoutait son majeur. Elle plia les genoux, s'étirant davantage pour lui permettre de venir en elle. Comment mieux lui faire comprendre qu'elle était prête ? Qu'elle le voulait…
Elle crut mourir quand elle sentit sa langue laper sa fente. Elle dut mordre dans un coussin pour ne pas crier son plaisir. Son bassin ondula naturellement pour venir à la rencontre de sa bouche.
Les quelques amants qu'elle avait eu dans sa courte vie ne lui avaient jamais procuré de telles sensations. C'était comme si la salive de sa langue était de l'eau bouillante, se déversant en elle, s'accumulant dans son ventre avant de remonter dans ses veines. Transformant le reste de son corps en une lame chauffée à blanc. Son sens du touché était multiplié par dix : la rugosité des draps, la dureté du bois de la tête de lit à laquelle elle s'agrippait, la mollesse des oreillers dans lesquels elle enfonçait sa tête… et lui…
Mon Dieu, Lui !
La soie de ses cheveux frôlant sa peau, la vigueur de ses mains pétrissant ses cuisses, la chaleur de son souffle et l'agilité de sa langue… explorant les replis de son intimité, caressant sa chair sensible à vif… Comme si elle était un met délicat qu'il voulait savourer. En serait-elle jamais rassasiée ?...
Rey ondulait comme une chatte s'étirant au soleil, sa peau couverte d'une fine pellicule de sueur. Kylo pouvait voir ses abdominaux se contracter, son ventre se creuser. Il la voyait plisser des yeux et se mordre les lèvres. Ses cheveux totalement défaits frisotaient autour de son visage en sueur. Ses joues étaient maintenant aussi rouges que des pivoines. Il ne l'aurait jamais trouvée plus belle.
- Ben…
Le nom avait franchi ses lèvres dans un soupir plaintif. Et ce simple mot, le fit frissonner des pieds à la tête.
- Maintenant,… pitié…vite… plus…
Comment résister à une demande aussi charmante ? Surtout quand son propre désir tiraillait son bas-ventre et menaçait de déchirer son pantalon.
La bouche encore trempée du plaisir de Rey, il remonta entre ses cuisses. De nouveau face-à-face avec sa bien-aimée, il avait déjà fait sauter la ceinture et desserré le laçage de sa braguette, lorsqu'on tambourina à la porte.
- Sire, êtes-vous là ?
Qui que soit l'énergumène et la raison pour laquelle il frappait, Kylo Ren le voua instantanément à tous les démons de l'Enfer. Il tenta d'ignorer les tambourinements à la porte et de ne se concentrer que sur Rey, et sa petite chatte accueillante qui n'attendait plus que lui…
- Sire, c'est de la plus haute importance ! L'ambassadeur de Naboo vous attend dans la salle du trône !…
Maudit soit-il ! Lui et tous ceux de Naboo !
La douce main de Rey vint caresser son visage.
- Je pense que tu devrais y aller.
Il lui jeta un regard navré, auquel elle répondit par un tendre sourire. Ils restèrent un instant appuyés front contre front, essayant l'un et l'autre de retrouver une respiration normale, tout en faisant le deuil de cet instant d'ivresse trop vite envolé.
- Un instant ! cria Kylo à travers la pièce.
A contrecœur, il se détacha de Rey et sauta à bas du lit. Récupérant ses bottes et sa tunique, il s'efforça de se donner une allure présentable, avant d'ouvrir la porte.
Avouez, vous me détestez, là tout de suite ... xxxx
La suite arrivera dans une semaine. Si j'ai plein de critique XP
