Le lendemain matin, Shizuka Hattori se trouvait au côté de son fils, ce dernier dormait sur le canapé, elle le regardait avec un visage inquiet. La veille, elle avait vu son mari franchir la porte, il soutenait comme il pouvait un Heiji endormit. Dès qu'il fut arrivé dans le salon, Heizô aidé par sa femme avaient allongé l'adolescent sur le canapé. Madame Hattori avait d'abord eu peur en voyant son enfant aussi pâle et surtout avec du sang sur ses vêtements. Cependant son époux lui avait rapidement expliqué, ce qui s'était passé du moins ce qu'il savait pour le moment. La mère de l'osakien était choquée et pouvait à peine imaginer ce que son enfant pouvait ressentir. Elle savait qu'Heiji considérait Otaki comme son deuxième père et savoir que ce dernier était mort sous ses yeux la peinait. Le chef de la police était parti très tôt au commissariat d'Osaka. Il avait néanmoins demandé à son épouse de dire au garçon de le rejoindre là-bas dès son réveil, afin qu'il puisse apporter son témoignage. Shizuka était en train de se demander si c'était raisonnable que son fils aille témoigner aujourd'hui, quand tout à coup elle le vit en train d'ouvrir les yeux.

« Heiji ça va ? » demanda-t-elle instantanément et en caressant gentiment ses cheveux.

« Okan ? » dit-il d'une voix encore endormie et avec un air un peu perdu, il se demandait comment il s'était retrouvé dans le salon. Au même moment les évènements de la veille lui revinrent à l'esprit. Il se rappela son dîner tranquille avec Otaki puis sa tentative d'enlèvement et enfin la mort de l'inspecteur. Une fois que ses souvenirs furent remontés son visage s'assombrit.

« Heiji…Je suppose que tu te souviens de ce qu'il s'est passé hier soir ? » osa-t-elle demandé en voyant son expression.

« Oui. » répondit-il d'une voix terne sans regarder sa mère.

« Ton père m'a demandé de te dire de te rendre au commissariat dès ton réveil, mais si tu veux te reposer encore un peu je comprendrais… »

« Non c'est bon, je vais juste prendre une douche et j'y vais. » fit-il toujours sans émotions. A la suite de ses mots, il se dirigea vers la salle de bain.

Quand il retira ses vêtements, il pouvait constater qu'ils étaient couverts de sang…le sang d'Otaki. Il resta un bon moment à les fixer, il avait comme une boule dans la gorge. Après avoir longuement observer ses vêtements, il prit sa douche mit des habits propres et retourna dans le salon afin de récupérer la clé de sa moto pour se rendre au poste de police. Mais quand il arriva dans le living-room, il vit une jeune fille aux yeux vert avec une queue de cheval assise sur le fauteuil. Cette fille, c'était son amie d'enfance Kazuha Toyama, dès qu'elle vit Heiji elle se précipita vers lui et le prit dans ses bras.

« Heiji…Mon père m'a appris la nouvelle…pauvre Otaki-han, il ne méritait pas ça. » dit-elle en sanglotant. « Comment tu te sens ? J'ai appris que tu étais présent lorsque… » elle n'osa pas finir sa phrase.

« Je vais bien Kazuha. » Sa réponse sonnait fausse, il ne regarda même pas son amie dans les yeux, son visage était vide.

« Heiji… » dit-elle avec les larmes aux yeux. Elle n'avait jamais vu son ami d'enfance avec ce regard, cela l'inquiétait.

« J'allais me rendre au commissariat pour apporter mon témoignage. » déclara-t-il.

« Je viens avec toi. » répondit l'adolescente.

« Comme tu veux. » Il haussa les épaule, on aurait dit que plus rien n'avait d'intérêt pour lui.

« Heiji attends ! Je t'ai fait un bon petit-déjeuner et ton père vient de me prévenir qu'il avait envoyé une voiture te récupérer… » annonça sa mère qui sortait de la cuisine.

« Je n'ai pas faim, Okan merci. Et je préfère m'y rendre tout de suite… » dit-il comme un automate. Sa mère essaya de le retenir mais le garçon ne l'écouta pas et partit, Kazuha le suivit.

Quand les deux adolescents arrivèrent au poste de police d'Osaka, ils furent rapidement accueillis par le chef Toyama.


« Ohayo Heiji-kun ! Nous t'attendions ton père et moi. Tu te sens capable de témoigner ? » questionna-t-il en sachant que le jeune osakien n'était pas au meilleur de sa forme la veille.

« Oui. »

« Entendu. Suis-moi. » dit le subordonné d'Heizô. Ça lui faisait de la peine de voir ce garçon qu'il avait toujours connu pleins d'énergies avec un air sans émotions. « Kazuha attends nous ici. » demanda-t-il à sa fille.

Quand Heiji et Toyama entrèrent en salle d'interrogatoire, ils trouvèrent Heizô Hattori.

« Heiji, je vois que tu as repris tes esprits. Installe-toi et raconte-nous ce qu'il s'est passé hier. » ordonna le père du détective de l'Ouest.

Le garçon s'assit et raconta ce qu'il avait vécu, la façon dont l'homme en noir l'avait abordé puis comment il l'avait menacé et l'intervention d'Otaki pour empêcher sa tentative d'enlèvement. Il continua son récit en racontant qu'au moment où il allait découvrir le visage de l'homme en noir, un autre individu a tiré sur l'inspecteur et que c'est à ce moment-là que tout est allé très vite.

« Le mec qui a tiré a sur Otaki-han est sorti de sa cachette pour ramasser celui qui voulait m'enlever…et je n'ai rien pu faire parce que je compressais la blessure d'Otaki-han. » il termina sa phrase en soupirant. Son visage qui jusqu'à présent avait été vide devint triste.

« Et c'est tout ? Tu ne te souviens de rien d'autre ? D'un détail qui pourrait nous aider. » interrogea le chef de la police.

L'adolescent réfléchit un instant et soudain des détails importants lui revint en tête.

« Le premier homme a dit un moment que j'étais arrogant comme toi et le second qui a tiré a dit que je saurais une autre fois ce qu'ils me voulaient…et qu'ils voulaient juste m'enlever… » déclara-t-il avec maintenant un air pensif.

« Je vois… » il se leva et croisa les mains dans son dos en tournant, il semblait réfléchir. « Dis-moi tu es bien arrivé avec la voiture de police ? J'avais dit à ta mère que j'enverrai une te chercher. » demanda-t-il après quelques minutes de silence.

« Non j'ai pris la moto et je suis venu avec Kazuha. »

Le chef de la police fit un long soupir puis jeta un regard noir à son fils.

« Hier ne t'a pas servi de leçon ? Tu as failli te faire enlever Heiji ! En plus, tu mets Kazuha-chan en danger. » dit-il en tapant du poing.

« Désolé je n'y ai pas pensé… » fit le détective de l'Ouest la tête baissé.

« Evidemment, tu agis toujours sans réfléchir ! »

Heiji ne savait pas pourquoi, mais tout à coup il se sentit en colère, il ne savait pas si c'était dû à la disparition d'Otaki ou parce que son père lui faisait des reproches.

« Tu n'avais qu'à le dire plus tôt que tu envoyais une voiture me chercher ! Et excuse-moi d'être venu témoigner pour faire avancer l'enquête sur l'assassinat d'un homme que j'estimais plus que toi ! » cria presque le garçon à la peau foncée en se levant et en faisant tomber sa chaise.

Heizô qui affichait d'habitude toujours un visage froid, eu pendant une fraction de seconde un regard surpris face à ce que son fils venait de lui dire.

« Heiji-kun calme-toi. » intervint Toyama qui avait jusque-là fait qu'écouter l'interrogatoire de l'adolescent. « Si ton père a voulu envoyer une voiture au dernier moment, ce n'est pas sa faute. C'est ce matin que je l'ai informé du témoignage de la propriétaire du restaurant, c'est elle qui m'a dit que tu avais été victime d'une tentative d'enlèvement. » dit-il pour défendre le chef de la police. « On a fini avec toi pour le moment, va à l'accueil rejoindre Kazuha et attends-moi, je vais vous ramener. A partir de maintenant, tu es placé sous protection policière. » ajouta-t-il.

« Sous protection ?! Otaki-han est mort et vous croyez que je vais rester là les bras croisés ? Vous croyez que je vais compter sur la police pour lui rendre justice ? Si ces saletés de flics étaient arrivés plus rapidement, ces criminels auraient déjà été arrêtés. » répondit le jeune homme toujours avec colère. Il n'était plus la coquille vide qui était arrivé une heure auparavant, mais on ne pouvait pas dire qu'il était lui-même en ce moment.

« HEIJI ! » cria son père en l'attrapant par le col. « Maintenant tu te tais tu vas à l'accueil comme l'a dit Toyama. » il ouvrit la porte de la salle d'interrogatoire et jeta violemment son fils à terre dans le couloir, sous le regard surpris d'un officier qui passait par-là. « Vous ! Accompagnez-le à l'accueil et faîtes en sorte qu'il ne quitte pas le commissariat jusqu'à nouvelle ordre ! » ordonna-t-il au policier avec un air sévère.

« Oui chef ! » répondit l'agent de police en se mettant au garde à vous.

« Si tu crois que je vais en rester-là. » grogna Heiji en se relevant et en partant. L'agent de police le suivit.

Heizô et Toyama restèrent tous deux dans la salle. Le subordonné du chef de la police était assez mal à l'aise par ce qu'il venait de se passer entre le père et le fils.

« Heizô, je sais qu'il ne devait pas nous parler comme ça, mais là tu as agi de manière irréfléchie. Tu sais très bien que ta réaction risque de le pousser encore plus dans son idée de vengeance. »

« Heiji j'en fait mon affaire, je ferais en sorte qu'il reste loin de cette histoire cette fois-ci. » dit sèchement le père Hattori. Au fond de lui, il savait qu'il avait exagéré en traitant son fils ainsi. Il était lui-même étonné de constater qu'il avait perdu malgré lui son sang-froid. Le fait qu'Heiji lui avait dit qu'il estimait plus Otaki que lui, l'avait plus affecté qu'il ne le pensait.

« D'accord. Bon maintenant qu'on a le témoignage d'Heiji-kun. On va pouvoir avancer sur cette affaire. Est-ce que tu as une idée sur les identités des personnes qui voulaient l'enlever ? Si tu veux mon avis, vu ce qu'ils ont dit à Heiji-kun concernant ton…'arrogance', il semblerait que ce soit quelqu'un qui t'en veule personnellement. » déclara Toyama.

« Tu as raison et je crois savoir pourquoi, ils ont tenté d'enlever Heiji. » répondit Heizô d'un ton plus calme.