Kazuha attendait tranquillement son ami d'enfance à l'accueil, la jeune fille n'avait pas voulu qu'il se rende seul au commissariat après avoir vu dans quel état il était le matin. Elle était en train de se demander comment pourrait-elle remonter le moral d'Heiji, quand tout à coup elle vit ce dernier arrivé. Il marchait d'un pas rapide et semblait énervé. Son expression vide qu'il avait le matin avait totalement disparut. Elle put voir aussi qu'il était suivi d'un policier. Sur le coup, elle pensa que le détective lycéen venait vers elle, mais en réalité il passa devant l'adolescente sans la regarder et continua son chemin en direction de la sortie.

« Non Hattori-kun, vous ne devez pas quitter le commissariat. Ordre du chef. » dit l'agent qui suivait Heiji en tentant de le retenir par le bras.

« Lâchez-moi ! Je n'ai pas d'ordre à recevoir de ce vieil homme ! » Il essaya de se débattre, mais face à un officier entraîné, il était mal parti.

« Heiji ! Que s'est-il passé avec ton père ? Pourquoi es-tu énervé ? » demanda-t-elle en s'approchant de l'adolescent avec un regard inquiet.

« Je te le dirais si tu dis à ce sale flic de me lâcher. » répondit-il furieusement.

« S'il vous plaît, lâchez-le, je vais le calmer, il ne sortira pas. » assura-t-elle. Le policier hésita mais il avait des choses à faire, il décida de faire confiance à Kazuha et vaqua à ses occupations.

« Maintenant dis-moi ce qu'il t'arrive Heiji, je t'ai rarement vu aussi en colère… »

« Il se passe qu'oyaji, veut me mettre sous protection parce que le mec qui a tiré sur Otaki-han voulait me kidnapper lui et un autre type. »

« Quoi ?! Mais pourquoi ils voulaient t'enlever ?! » s'étonna la fille à la queue de cheval.

« J'en sais rien, c'était peut-être d'anciens criminels que j'ai fait arrêter…Tous ce que je veux c'est qu'ils payent pour la mort d'Otaki-han. Je vais tout mettre en œuvre pour les retrouver. » fit le garçon en serrant les poings.

« Calme-toi Heiji, tu n'as pas les idées claires, tu es toujours sous le choc de la mort d'Otaki-han, tu risques de faire une erreur si tu fonces tête baissée. » Elle mit une main réconfortante sur l'épaule de son ami.

« AHO ! Arrête de me traiter comme si j'étais un enfant. » cria-t-il en repoussant la main de la jeune fille. « Est-ce que tu sais ce que c'est de voir un homme que tu considérais comme ton deuxième père, mourir sous tes yeux sans que tu puisses rien faire ? »

Dans une autre situation l'osakienne aurait répondu en lui criant dessus à son tour, mais elle savait que son ami n'était pas comme d'habitude et avait surtout besoin de réconfort.

« Non je ne le sais pas non…mais ce n'est pas en réagissant ainsi que tu feras avancer l'affaire… »

A ces mots le détective lycéen de l'Ouest prit conscience qu'il avait agi de manière excessive. Il se laissa tomber sur une chaise et mit une main sur sa tête.

« Je…Je suis désolé de t'avoir crié dessus Kazuha, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. » s'excusa-t-il avec un air abattu.

« Ce n'est rien Heiji, c'est normal après ce que tu as vécu. » Elle s'assit à son tour à ses côtés. Je…suppose que si je m'étais retrouvée dans cette situation, j'aurais été en colère moi aussi. » soupira la jeune fille. « Maintenant que tu es plus calme, raconte-moi en détail ce qu'il s'est passé hier soir…enfin si ça ne te dérange pas… »

Le garçon à la peau foncée raconta ce qui s'était passé le soir du meurtre d'Otaki. Le récit du garçon fit frissonner son amie.

« Voilà tu sais tout…le dernier acte de bravoure d'Otaki-han fut d'avoir évité mon enlèvement. » soupira Heiji tristement.

« Il a toujours été un excellent inspecteur. » dit Kazuha en baissant les yeux.

« Oui…et c'est une des premières personnes qui a cru en moi…il a cru en moi jusqu'au bout…d'ailleurs les derniers mots qu'il m'a adressés étaient 'Tu es un excellent détective n'en doute jamais'. » dit-il avec de l'émotion dans sa voix.

« Il n'avait pas tort tu sais. » sourit légèrement la jeune fille. « En tout cas c'est vrai, qu'il a toujours été un peu comme ton mentor et qu'il ne s'est jamais moqué de ton rêve de devenir détective…En plus de tout c'était vraiment un grand homme… » elle avait un peu les larmes aux yeux en prononçant ces mots. Elle n'estimait pas Otaki autant que son ami d'enfance, mais elle appréciait beaucoup l'inspecteur.

« Tu comprends, pourquoi je veux lui rendre justice…surtout que ces criminels auraient pu être arrêté rapidement si je n'avais pas laissé tomber l'arme avec laquelle l'autre m'avait menacé… Ils auraient pu rapidement l'identifier avec ses empreintes digitales… » culpabilisa-t-il.

« Heiji tout est allé si vite, tu ne pouvais pas penser à tout… » essaya-t-elle de convaincre.

Les mots de Kazuha ne réconfortèrent pas son ami. L'adolescent s'était plongé dans le silence.

« …Mais en fait tu n'as vraiment aucune idée de pourquoi ils voulaient t'enlever ? » interrogea-t-elle pour faire parler le détective. Le fait qu'il ne dise rien l'inquiétait, elle ne voulait pas qu'il retourne dans le même état dans lequel elle l'avait trouvé le matin même.

« Non enfin… je ne crois pas… » répondit-il en mettant sa main sur son menton. Il essaya de se souvenir d'un élément qu'il aurait pu avoir oublié.

Vu qu'il était largement plus calme qu'auparavant, cela lui permit de mieux réfléchir sur cette histoire. Tout à coup un détail sur l'affaire lui traversa l'esprit.

« Oyaji… » dit-il soudainement en écarquillant les yeux.

« Quoi ? Ton père ? Tu penses qu'il a un rapport avec ça ? » s'étonna l'osakienne.

« Il faut que je vois oyaji ! » déclara-t-il.

« Quoi ? Mais pourquoi ? » demanda Kazuha incrédule.

« Heiji-kun ? Kazuha ? » fit Ginshiro Toyama qui apparut près des deux adolescents.

« Toyama-han, je dois voir oyaji tout de suite ! » exigea Heiji en fronçant les sourcils.

« Je suis désolé, mais il est occupé. A moins que ce ne soit important ? »

« Connaissant ce vieil homme, je suppose que grâce à mes déclarations, il a deviné que ces hommes voulaient m'enlever par rapport à lui ? » dit-il en regardant l'inspecteur droit dans les yeux.

« Quoi ? Par rapport à ton père ? » fit la fille à la queue de cheval.

« Le mec qui m'a menacé m'a dit que j'étais arrogant comme oyaji et vu le ton qu'il a pris, je ne crois pas qu'il éprouvait la moindre sympathie pour lui. »

Toyama resta quelques seconde silencieux avant de répondre au fils d'Heizô.

« Je suis désolé Heiji-kun, mais il vaut mieux que tu restes loin de cette affaire. Si tu interviens tu risques plus de te mettre en danger. » répondit-il avec un air sévère. « Je sais que tu veux rendre justice à Otaki et je comprends, je l'appréciais beaucoup moi aussi…Mais pour une fois écoute ton père et laisse la police régler cette histoire. »

Heiji baissa la tête et serra les poings, on aurait dit qu'il tremblait de colère.

« Très bien. » finit-il par dire avec un visage plus détendu. Les deux Toyama furent surpris par sa réponse, ils s'attendaient à ce que le garçon rétorque, mais il n'en était rien.

« Sage décision. » dit Ginshiro. « Maintenant, je vais vous raccompagner toi et Kazuha. Ça ne te dérange pas ? »

« Non ça ne me dérange pas. »


Toyama arriva donc en voiture chez les Hattori avec les deux jeunes.

« Voilà Heiji-kun, nous sommes arrivés. Je vais ramener Kazuha à la maison puis retourner au bureau. »

« Merci de m'avoir déposé Toyama-han. » remercia-t-il en sortant de la voiture. « Au revoir Kaz...

« Heiji tu es sûr que ça ira pour toi ? » question la jeune fille avec une mine inquiète. Bien que son ami était maintenant plus calme, elle savait néanmoins qu'il ne pouvait aller mieux comme ça en un claquement doigt. Elle trouva d'autant plus étrange son renoncement soudain à sa vengeance.

« Oui ne t'inquiète pas ! Je vais rentrer et me reposer. » déclara-t-il avant de tourner les talons en faisant un dernier signe de la main. Il voulait éviter que son amie lui pose d'autres questions, il souhaitait surtout se retrouver seul.


Shizuka était assise dans le salon quand elle le vit arriver. Elle était soulagée de voir Heiji avec une expression moins vide que lorsqu'il était parti le matin.

« Heiji tu es rentré ! J'étais sur le point de faire le repas. Tu vas manger cette fois-ci ? » demanda sa mère.

« Oui Okan. »

« Très bien, va te reposer un peu, je file préparer le déjeuner. » dit-elle avant de le laisser.

Dès que le détective lycéen se retrouva seul, son visage devint plus sombre.

« Si vous croyez que je vais abandonner aussi facilement c'est mal me connaître, je rendrais justice à Otaki-han. J'en fais la promesse. » pensa-t-il déterminé. « En principe, personne ne sera à la maison demain, même si on me met sous protection, la police ne rentrera pas à l'intérieur…A ce moment-là j'irai dans les affaires d'oyaji, s'il est réellement la raison de ma tentative d'enlèvement, je dois chercher un indice de son côté. » planifia-t-il.