Chapitre 9 : Homecoming

La lame du Yiga Ghoji émit des étincelles en heurtant l'épée d'acier de Link, crissant tout le long de sa surface avant de heurter la garde. Link émit un grognement douloureux en sentant ce choc se répercuter dans son flanc blessé. Il savait la blessure moins grave que prévue grâce à la fine côte de maille qu'il portait sous sa tunique, mais la lame avait tout de même réussi à atteindre sa chair. L'armement du Yiga était de bonne qualité. Et c'était un très bon combattant, bien que son niveau soit loin d'égaler celui d'Asahi lorsqu'il l'avait vue combattre Durann.

Link parvenait à lui tenir tête malgré sa blessure, contrer ses attaques, les repousser de son bouclier, le maintenir à distance.

Le Yiga fit un bond de côté pour éviter l'assaut imprévu de Sulkik. La jument poussa un cri strident en se cabrant, battant l'air de ses antérieurs. Ghoji grinça des dents et recula.

_ Tu ne perds rien pour attendre, Héros. Nous attendons notre vengeance depuis un siècle, nous pouvons attendre quelques jours de plus.

Il joignit ses doigts devant son visage est disparu dans un panache de fumée et de morceaux de papier rouge. Link garda son épée levée quelques instants et, constatant que son ennemi était bien parti, il la rangea dans son fourreau dorsal. Il se tourna vers Sulkik, dont les oreilles plaquées sur son crâne et les yeux roulant dans leurs orbites témoignaient de sa fureur. Il lui parla doucement pour la calmer, flattant son encolure couverte de sueur.

_ C'est finie ma jolie… Merci, tu as été parfaite.

L'animal renâcla et approcha ses naseaux du sang souillant le flanc de son maitre.

_ Ce n'est rien, je vais guérir. Je crois que j'ai déjà connu pire. Tu sais, je ne sais pas d'où elles viennent, mais j'ai pleins de cicatrices sur le corps. J'étais un chevalier il y a cent ans… je crois…

Il appuya son front contre sa monture, savourant sa chaleur et son odeur, y puisant le courage de se remettre en route. Elimith n'était plus très loin, son nouveau but à atteindre. Il remonta en selle et remit sa monture au pas. Toute autre allure aurait été bien trop douloureuse à supporter pour son côté blessé.

_oOo_

Très loin de là, au fond des ténèbres les plus opaques, Zelda avait réussi à repousser l'être qui n'aurait pas dû être là. La Lumière émanait d'elle avec une force comme elle ne pensait plus en avoir depuis longtemps. Le Mal s'était calmé, et la créature rampant dans l'obscurité était retournée dans les profondeurs. La jeune fille savait qu'il reviendrait, mais elle était prête à l'accueillir comme il se devait.

Elle se demanda où était Link, ce qu'il faisait depuis son réveil. S'il était toujours égal à lui-même, il avait probablement reprit le combat. Ou alors se remplissait la panse quelque part.

Elle sourit avec amusement en l'imaginant manger, ses beaux yeux bleus brillant de gourmandise. Elle avait toujours aimé le regarder manger, lécher sur ses doigts le jus de viande, racler son assiette jusqu'à la dernière miette…

Comme la toute première fois qu'elle l'avait vu, alors qu'il n'était encore qu'un simple chevalier anonyme parmi tant d'autres, alors que l'épée de légende ne l'avait pas encore désigné, alors que son destin ne s'était pas encore mit en marche…

Link souriait, heureux, levant une choppe de lait Lon Lon, provenant d'un ranch du même nom situé dans la plaine d'Hyrule depuis la nuit des temps. Le jeune homme avait retiré son heaume à panache rouge, comme ses camarades, trinquant avec lui à la fin de leur entrainement du jour. Zelda l'avait vu par hasard, en passant devant l'auberge pour se rendre avec Impa, sa magistrate adjointe, à un rendez-vous avec les Sheikahs Pru'Ha et Farras. Les recherches sur leur antique civilisation et leur technologie la fascinaient, elle voulant tant en apprendre d'avantage. Un jour, cela servirait peut-être ! Mais en passant devant cette auberge… Il avait vraiment un si beau sourire, même ourlé d'une moustache de lait qui faisait rire ses amis. Attablé devant un simple ragout, il semblait avoir atteint les sommets du bonheur en mangeant avec appétit.

Zelda sourit en revenant à l'instant présent.

Oui, c'était ce que Link devait probablement être en train de faire, manger.

_oOo_

_ Tu as un sacré bon coup de fourchette, ça fait plaisir à voir !

Link releva les yeux, la bouche pleine. Il avait atteint le village d'Elimith un peu plus tôt. Son état après l'attaque du Yiga avait alerté une femme répondant au nom d'Onag, très jolie avec son visage avenant et ses cheveux chocolat tombant en carré long sur ses épaules. Elle tenait l'auberge du village, et lui avait immédiatement offert le gite et le couvert. Elle avait soigné sa blessure et porté sa tunique au teinturier pour qu'il nettoie le sang, sans garantie qu'il le lui rendrait à l'identique. C'était un homme un peu excentrique, et s'il jugeait déplaisante la couleur choisie par un client, il la changeait.

En attendant, Link portait une simple chemise de toile crème prêtée par l'aubergiste.

_ Votre cuisine est drôlement bonne, Onag ! Merci pour votre gentillesse.

_ Allons, allons, c'est normal d'aider son prochain !

_ Onag ! Ma belle Onag !

_ Oh c'est pas vrai…

Onag leva les yeux au ciel alors qu'un homme entrait à grands fracas. Link se pencha pour l'observer. C'était un homme au physique ingrat dégageant une grande suffisance. Il avait un bon embonpoint et un double menton qui tremblotait lorsqu'il parlait.

_ Onag ! Veux-tu m'épouser ?

_ Pas plus aujourd'hui qu'hier, Hamel. Et maintenant fiche le camp, tu ennuies mon client.

_ Ce gringalet ?

Onag secoua la tête et ignora son soupirant pour resservir une bonne portion de purée à Link, accompagnée de délicieux morceaux de volaille marinés.

Finalement, excédée d'entendre Hamel lui déclarer sa flamme, elle se retourna, les poings sur les hanches.

_ Puisque tu as du temps à perdre et que tu sembles vouloir m'aider, va donc me chercher des sauterelles Enduro ! Au moins cinquante !

_ C'est comme si c'était fait !

Hamel s'éclipsa en se dandinant. Onag soupira et se retourna vers Link avec un sourire désolé.

_ Il ne devrait pas revenir avant un bon moment, maintenant. Tu vas pouvoir manger tranquillement. Tu n'as plus mal à ta blessure ?

_ Non, encore merci.

_ Je t'en prie. Je vais chercher ta tunique, elle doit être nettoyée maintenant.

Link la remercia d'un hochement de tête, attaquant sa seconde assiette avec appétit.

Onag revint quelques minutes plus tard avec une expression contrariée.

_ Désolée, Link… Soje n'aimait pas le rouge original… Tu as quelque chose contre le vert ? Il a dit que c'était une couleur parfaite pour toi…

Elle déploya le vêtement, désormais d'un beau vert chatoyant aux broderies claires et discrètes. Link l'observa et sourit. Cette couleur était faite pour lui.

_oOo_

Link passa la nuit à l'auberge, rattrapant tout le sommeil qu'il avait en retard. Il fallait dire qu'il n'avait que peu fermé l'œil, la nuit précédente, à chercher une statue maudite avec Caly ! Et le voyage mouvementé jusqu'à Elimith ne l'avait pas aidé.

Il se leva néanmoins de bonne heure et, après avoir prit un copieux petit déjeuner, il quitta l'auberge pour visiter le village avant de partir à la recherche du laboratoire qu'Impa lui avait dit de trouver.

Il traversait un pont lorsqu'une nouvelle certitude l'assailli.

_ Je suis déjà venu ici…

Les maisons aux murs clairs, le clapotis discret d'un ruisseau, le soleil jouant dans les feuilles des arbres… Oui, il était déjà venu dans ce village. Oubliant le laboratoire, il déambula dans les rues, regarda les enfants se poursuivre en criant joyeusement, s'arrêta pour regarder un moulin tourner lentement… Il aimait ce village, sa quiétude, sa paix. Il sut qu'un jour, il viendrait vivre ici. Il voulait vivre ici.

Il avait déjà vécu ici, après tout !

Link fronça les sourcils, étonné. Il laissa ses pas le guider, monta une volée de rondins installés en escalier pour faciliter la montée, passa devant d'étranges maisons cubiques aux couleurs vives qui n'avaient rien de familier et franchi un pont de bois enjambant un profond fossé rempli d'eau.

Il se retrouva alors devant une vieille maison en ruine, au toit effondré, aux murs décrépis et dont la porte et les fenêtres avaient depuis longtemps disparu. Les mauvaises herbes envahissaient tout, le lierre rongeait la façade et les arbres poussaient en désordre tout autour.

Sa maison était si belle. Il se sentait si fier en la regardant, lui qui l'avait bâtie de ses propres mains. Il vivrait là, un jour, il le savait.

_ Là, il faudrait mettre des fleurs, pleins de fleurs, ça serait tellement joli !

Il se tourna vers cette voix si chaleureuse, vers sa lumière. Il voulait tant lui montrer cet endroit, espérant secrètement qu'elle l'aimerait. Elle était si lumineuse, presque éblouissante. Il ne parvenait pas à voir son visage à contrejour avec le soleil de midi dans le dos, mais il voyait son sourire. Il esquissa un léger sourire et hocha la tête.

_ Oui, les fleurs, c'est une bonne idée… Je pourrais planter un pommier à côté de l'étang, aussi…

_ Link, tu ne penses vraiment qu'à manger !

Le rire de sa lumière résonnait encore dans son esprit alors que Link revenait à l'instant présent. Il contourna la maison écroulée et trouva sans surprise un vieux pommier juste derrière. Il devait être au moins centenaire, avec ses larges branches chargées de fruits rouges et mûrs ombrageant un petit lac couvert de nénuphar en fleurs.

Il était chez lui.

_ Bien le bonjour mon mignon ! Tu ne devrais pas rester là tu sais, c'est dangereux. La ruine pourrait s'effondrer à tout moment.

Link se retourna et regarda l'homme se trouvant derrière lui, peinant à trouver comment le décrire. Fluet, efféminé, presque chauve, vieux, avec une veste bleue et un pantalon rose assorti au bandeau autour de son crâne. Il respirait pourtant la bienveillance. Ghoji aussi respirait la bienveillance, avant de littéralement lui planter un couteau dans le dos.

_ Tu m'entends mon chou ?

_ Ah, oui… Mais cette maison…

_ Nous allons la détruire. Je suis Sérasieh, de l'entreprise Sérasieh et associés. Nous sommes dans le bâtiment, mes gars et moi. Tu as vu les maisons carrées en venant ? Elles sont notre œuvre ! Un jour, il y aura tout un village avec ces maisons, quelque part en Hyrule, tu verras ! Mais passons. La ruine juste ici est dangereuse pour les enfants qui semblent n'avoir d'autre envie que d'aller l'explorer. Les habitants nous ont demandé de la détruire.

Link regarda la bâtisse avec le cœur serré. Il ne voulait pas qu'elle disparaisse.

_ Je l'achète.

_ Je te demande pardon ?

_ Je l'achète !

Le jeune homme prit la bourse suspendue à sa ceinture, toujours remplie du trésor qu'il avait bien involontairement trouvé. Il la mit dans les mains calleuses de Sérasieh avec un regard suppliant.

_ C'est tout ce que j'ai… S'il-vous-plait, ne la détruisait pas…

Sérasieh se gratta la tête en réfléchissant, visiblement mal à l'aise.

_ Tu es bien mignon, mais ça ne résous pas le problème de la sécurité.

_ Vous pourriez construire une barrière et mettre une pancarte indiquant que c'est une propriété privée… S'il-vous-plait… C'était ma maison, il y a longtemps… je devais m'y installer, mais… mais les choses ont mal tournés et…

Sérasieh l'observa et finit par sourire doucement. Il ouvrit la bourse et scruta son contenu avant de hocher la tête.

_ Oui, ça suffira. La maison est à toi, mon mignon. Je construirais aussi une palissade. Si tu veux, je pourrais m'occuper de la remettre en état, moyennant finance, bien sûr.

_ Non, merci… Je veux la construire moi-même.

_ Entendu. Je m'occupe des formalités, mais tu es désormais chez toi.

Link sourit, se sentant soudainement plus léger. Il était peut-être amnésique, mais avait au moins un chez lui. En ruine, certes, mais à lui.

Le laboratoire antique définitivement oublié, il passa de longues heures à débarrasser les plus gros gravas, les entassant sur le côté. Quand tout serais finit, il planterait des fleurs à cet endroit, il y en avait eut, un jour, alors il n'y avait aucune raison pour qu'elles ne repoussent pas.

_ Dis monsieur, tu fais quoi ?

Link se retourna et observa le bambin tenant une épée en bois le regarder en penchant la tête sur le côté, ses lunettes de travers sur son nez et ses cheveux marron soigneusement coiffés.

_ C'est ta maison ?

_ Oui… Je vais faire des travaux, alors ça va être dangereux. Il ne faudra plus venir jouer ici, d'accord ? Tu pourras le dire aux autres ?

_ D'accord !

Le gamin fit demi-tour et s'apprêtait à repartir jouer lorsqu'il s'arrêta. Il se retourna et prit un air inquiétant en se frottant les mains

_ Il parait que personne ne veut habiter ici depuis cent ans, tu es courageux monsieur. C'est à cause de la statue maléfique juste à côté. Des gens on essayé d'habiter là, mais à chaque fois ils sont partis au bout de quelques jours parce qu'ils entendaient des voix et voyaient des choses.

Link fronça les sourcils à la mention de cette statue. Il se rappelait de la demande de l'esprit démoniaque qu'il avait involontairement délivré avec Caly. Se pourrait-il que trouver l'autre statue renfermant son compagnon soit si simple ?

_ Tu peux me montrer ?

_ Oui, suis- moi monsieur ! Au fait, je m'appelle Pico ! Et toi ?

_ Link.

Le gamin hocha la tête et parti en courant, forçant Link à l'imiter. Ils retraversèrent le pont de bois et tournèrent sur un sentier couvert d'herbe partant à gauche, visiblement oublié depuis longtemps.

Il ne leur fallut que quelques minutes pour arriver devant une statue de pierre noire, représentant un être recroquevillé sur lui-même.

Link passa sa main sur sa surface et fut étonné de la trouver glacée. Il ne faisait pas froid ce jour là, et le soleil tapait sur la pierre.

Il tenta bien de tirer des flèches, comme pour la première, mais rien ne se passa. Si un esprit était enfermé là-dedans, il ignorait comment le libérer. Il se redressa et secoua la tête. Au moins avait-il sans doute trouvé la statue. S'il recroisait le démon un jour, il pourrait le lui dire.

L'enfant le regarda avant de remonter ses lunettes sur son nez

_ Bon, moi j'y vais ! J'ai dit aux copains que j'irais avec eux voir la petite fille au laboratoire antique, tout là-haut sur la colline. Koryl dit qu'elle est trop jolie, mais Lariz et Sépharo ne le croient pas, et on va essayer de la voir

_ Le laboratoire… J'avais complètement oublié ! Pico, tu pourrais m'y emmener ? Je dois rencontrer quelqu'un là-bas.

_ Si tu veux !

_oOo_

Très loin de là, tout à l'opposé d'Elimith, dans un désert aride à la chaleur écrasante, Asahi faisait tournoyer ses courtes lames, attentives. Elle voyait le sable se gondoler, soulevant un peu de poussière. Coinçant une lame entre ses dents, elle libéra sa main pour attraper une petite pierre et la jeta sur le sable, là où il bougeait.

Aussitôt, un monstre gigantesque jaillit, ouvrant une large mâchoire aux dents pointues, une excroissance striée lui servant de menton. Il ressemblait à une sorte de baleine aux nageoires osseuses.

_ Le voilà… Le Moldarquor qui nous ennuie en tournant à l'entrée de notre repère ne nous ennuiera plus très longtemps.

La Yiga attendit que le monstre retombe sur le sable pour fondre sur lui, enfonçant ses lames dans ses petits yeux rougeâtres. Elle recula avant d'attaquer à nouveau l'intérieur de sa mâchoire. Le reste de son corps était trop solide pour qu'une lame, même du meilleur acier, puisse le pénétrer.

_ Mais les muqueuses, c'est beaucoup moins bien protégé.

Asahi attrapa un explosif posé sur une pierre et le jeta dans la gueule du monstre.

_ Aller mon grand, mange-moi ça.

Elle recula vivement et se protégea de ses bras couverts de manchettes de cuir bouilli lorsque le monstre explosa. La déflagration souffla le sable sur plusieurs mètres à la ronde, projetant des morceaux de Moldarquor partout.

La jeune femme abaissa les bras et sourit joyeusement. Elle rangea ses lames et se retourna en entendant des cris enthousiastes. Des Yigas se précipitaient vers elle en agitant joyeusement les bras.

_ Lieutenant, vous êtes la meilleure !

_ Même les Moldarquors ne vous fait pas peur !

La plupart avaient retirés leurs masques blancs et lisses ornés de l'œil pleurant rouge à l'envers, et elle pouvait voir leurs visages si familiers, leurs sourires épanouis, leurs regards joyeux.

_ Félicitation, Asahi, tu as tué ton dixième Moldarquor. Il faudra faire une fête pour l'occasion.

Elle se tourna et sourit en voyant la silhouette replète du Grand Kogha en personne, chef du gang des Yigas reconnaissable à son masque orné de cornes, s'avancer vers elle, ses sous-fifres s'écartant respectueusement sur son passage.

_ Merci papa, mais j'ai eut un bon professeur !

_ Je sais, Je sais ! Je ne suis pas devenu le chef pour rien !

_ Je ne parlais pas de toi. Tu n'es même pas capable de tuer un Bokoblin malade, je ne sais pas par quel miracle tu es le chef. C'est Maih qui m'a apprit à me battre, je te rappelle !

Le Grand Kogha parti d'un franc éclat de rire avant d'ébouriffer les cheveux blancs de sa fille. Autour d'eux, les Yigas riaient aussi, adorant presque autant que les bananes Lame de les voir se chamailler ainsi.

Si quelqu'un les avait vus tous rire ainsi, jamais il n'aurait cru se trouver en présence du groupe d'assassins et de voleurs le plus craint de tout Hyrule.


Je suis désolée, j'ai eut un empêchement hier et je n'ai pas put poster le chapitre, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop ! .