Chapitre 1

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Le gardien des clés de Poudlard, école de magie et de sorcellerie, lui avait indiqué comment rejoindre la voie 9¾. Harry avait encore des étoiles plein les yeux de sa traversée du pilier. Foncer dedans tête la première n'avait pas été un geste instinctif du tout et il avait dû lutter de longues secondes pour se donner le courage nécessaire de faire cet acte fou.

Une fois sur le quai, encore vide à cette heure, Harry pris le temps de retrouver ses esprits. Il observa longuement la locomotive rouge à la carlingue rutilante. C'était la première fois qu'il voyait un véritable train à vapeur. Dudley avait l'habitude de le narguer avec ses petites figurines et il n'avait jamais pu en profiter. L'inscription en lettres d'or « Poudlard Express » sur les wagons le réconforta, il était au bon endroit.

Lorsque ses yeux en furent repus, il se dirigea vers le wagon le plus proche, celui directement reliée à la tête du train, et monta dedans. L'intérieur était aussi impressionnant que l'extérieur, tout était recouvert de velours pourpre, de cuir noir lustré, de boiserie aux teintes de miel et de ferrures dorées. Sa tante n'aurait pas renié le luxe de ces compartiments. Et le confort des banquettes aurait été tout autant apprécié par les grosses fesses de son oncle ou de son coussin. Harry s'enfonça dedans, relâchant un petit soupir de plaisir coupable.

Il était à peine 8h30 et, sur son ticket, il était inscrit que le départ était à 11h. Il avait donc 2h30 à tuer. N'ayant que ses livres de cours avec lui, il en piocha un au hasard et commença à le feuilleter. Il l'avait déjà lu, comme tous les autres, mais il ne cessait d'être émerveillé par toutes les informations qu'il contenait.

Harry était tellement plongé dans « Histoire de la magie, par Bathilda Tourdesac », qu'il ne s'était pas aperçu que le quai s'était rempli. De nombreux élèves envahissaient maintenant les couloirs du train à la recherche de compartiments où passer le voyage, ou de camarades déjà installés.

Il ne releva la tête que lorsque la porte de son propre compartiment s'ouvrit sur une jeune fille qui devait avoir seize, peut-être dix-sept ans.

- Oh, s'étonna-t-elle. Tu dois être un première année, ce compartiment est normalement réservé aux préfets. Je suis moi-même préfète en chef de Serdaigle, je me présente : Lucy O'Nara.

La jeune fille ne lui laissa même pas le temps de répondre qu'elle enchaîna :

- Je vois que tu lis déjà. C'est bien ! Il est toujours bon de commencer à s'intéresser à ses cours avant qu'ils ne commencent. Ainsi, tu pourras comprendre plus facilement et mieux répondre en classe, afin de faire gagner plus de point à ta maison, mais surtout d'avoir de meilleures notes. Et qui dit bonnes notes, dit bon dossier scolaire. Et qui dit bon dossier scolaire, dit grandes chances d'être accepté là où tu le souhaites à la sortie de l'école. Bon réflexe à prendre, donc. Normalement, tu ne devrais pas rester là, mais bon, puisque tu es studieux et que de toute façon les autres ne sont pas encore arrivés, tu peux rester pour l'instant. Au fait, comment t'appelles-tu ?

Harry soupira, autant pour se donner du courage que pour se laisser le temps de se remettre du long discours passionné. La jeune fille avait l'air gentille, cependant.

- Harry. Harry Potter, répondit-il finalement, en lui adressant un petit sourire timide.

- Harry Potter ? Potter, comme Gaëlian Potter ? Le Survivant ? C'est un cousin à toi ?

Harry ne comprit pas un mot de ce qu'elle avait dit.

- Euh, non vous devez vous tromper, je ne connais pas de Gaëlian.

- Tu ne connais pas de … Mais d'où sors-tu ? Oh, se reprit-elle rapidement ! Tu dois être un né-moldu !

- Un quoi ? Demanda Harry de plus en plus confus.

- Mais comment es-tu venu ici ?

Cette fois, la jeune fille devait attendre une réponse, car aucun autre long monologue dénué sens n'arriva, comme précédemment.

- Eh bien, commença Harry d'une voix faible, n'ayant pas l'habitude qu'on s'intéresse tant à lui. Je vivais chez mon oncle et ma tante qui … enfin, ils m'ont toujours dit que …

Il rougit. S'il avait bafouillé autant devant son oncle, il aurait sûrement déjà reçu une bonne claque sur la tête.

- Le gardien des clés, arriva-t-il finalement à répondre. C'est lui qui est venu me chercher. Il m'a dit que mes parents étaient sorciers et que ma venue à Poudlard était déjà organisée alors je devais y aller. Ils n'ont pas de pouvoirs magiques, eux. Je veux dire, mon oncle et ma tante.

- Je vois, fit pensivement la préfète. C'est donc Hagrid qui t'as appris que tu étais sorcier, ça a dû te faire un choc.

Harry hocha la tête, observant le visage de sa camarade. Elle était blonde, aux longs cheveux relevés en une haute queue de cheval qui dégageait des yeux aussi bleu qu'un ciel d'été et mettait en avant son nez, un peu plus grand que la moyenne. Elle était plutôt mince et de grande taille. En revenant à ses yeux, Harry vit qu'elle les avait plissés.

Après une minute de silence, elle plongea les bras dans son sac tout en s'asseyant aux côtés du jeune garçon. Elle en ressortit un livre épais qu'elle lui tendit aussitôt.

- Tiens, voilà un livre qui devrait t'aider un peu à mieux t'intégrer.

Harry prit le livre dans ses mains et lu le titre « L'histoire de Poudlard ». Il releva les yeux.

- Je te le prête, le devança-t-elle. Tu me le rendras quand tu l'auras fini. Je l'ai déjà lu vingt fois, de toute façon.

Il haussa les sourcils. Vingt fois ?

- Merci beaucoup, dit-il d'une voix admirative.

Il aurait voulu interroger sa voisine sur la magie, sa pratique, ce monde qu'il découvrait à peine, mais il garda le silence. Son oncle et sa tante lui avait bien apprit à ne jamais poser de question. Ce que ne fit pas la jeune fille.

- Pourquoi vis-tu chez ton oncle et ta tante et pourquoi ne savais-tu pas que tu étais sorcier ? Désolée si je suis indiscrète, j'ai toujours détesté ne pas comprendre les choses et je dois avouer que tu m'intrigues.

Harry rougit fortement face à l'intérêt porté sur sa personne. Lui qui était toujours une ombre pour tout le monde et surtout pour sa famille. Jamais personne n'avait posé ce genre de questions. Sûrement pas un copain d'école, Dudley, son cousin, s'en était assuré.

- Hum, mes parents sont morts dans un accident de voiture, murmura-t-il la tête baissée. Alors la sœur de ma mère m'a pris … Je vis chez eux depuis que je suis bébé.

Harry jeta un coup d'œil à travers sa frange et voyant que Lucy attendait la suite, il poursuivit.

- Ils ne savaient pas que la magie existait ... Enfin, ils voulaient me le faire croire, parce que quand, hum … Hagrid est arrivé, ma tante a avoué qu'elle savait pour ma mère, qu'elle était une sorcière, mais elle ne m'a jamais rien dit …

Il soupira faiblement, frustré par son baragouinage et essaya de retenir les larmes qui s'étaient soudainement accumulées aux coins de ses yeux à cause de ces mauvais souvenirs. Il souffla une dernière fois pour finir son récit.

- Quand Hagrid a frappé chez moi et m'a demandé pourquoi je n'avais pas répondu aux lettres de Poudlard, je ne savais même pas de quoi il parlait. Mon oncle me les avait cachés.

Une larme coula sur sa joue sans qu'il ne puisse l'arrêter. Lucy avait les yeux écarquillés et une main sur sa bouche.

- Je suis désolée, souffla-t-elle.

Harry haussa les épaules.

- Quand Hagrid m'a dit que c'était une école pour sorciers, où j'étais inscrit depuis ma naissance … Ma tante a crié que je n'irai pas et là j'ai compris qu'elle m'avait caché beaucoup de choses. Qu'ils m'avaient caché beaucoup de choses. Depuis le début ils savaient que j'étais sorcier aussi et que c'était pour ça que je faisais des choses bizarres …

Il s'étrangla dans un sanglot réprimé, pleurer n'arrangeait jamais rien. La jeune préfète, cependant, fut attristée par ce qu'elle venait d'apprendre et passa un bras qu'elle voulait réconfortant sur les épaules du garçon. Harry sursauta, ne comprenant pas le geste, alors elle s'excusa.

- Désolée, je voulais juste … je ne sais pas, te réconforter, mais si tu ne veux pas …

- Non, c'est moi qui suis désolé, on ne m'avait jamais pris dans les bras, j'ai eu peur …

Harry rougit de plus bel et cacha son visage dans ses mains.

Lucy n'en revenait pas. Elle ne pouvait assimiler ce que venait de dire ce petit première année. Elle resta un instant interdite, ne sachant quoi faire pour améliorer l'humeur du jeune sorcier à ses côtés. Puis son regard tomba sur une cage, posée sur le porte-bagages. Il y avait à l'intérieure une magnifique chouette blanche comme la neige.

- Comment s'appelle-t-elle ?

Harry releva la tête, étonné par le changement de sujet et la réaction de la jeune fille. Il vit que son visage était tourné vers le cadeau de Hagrid, alors il s'efforça de répondre :

- Elle s'appelle Hedwige, répondit-il obligeamment.

Puis, sa propre attention détournée comme l'avait voulu la jeune préfète, il expliqua :

- C'est un nom que j'ai trouvé dans un de mes livres de cours, je ne sais plus lequel. C'est Hagrid qui me l'a offerte pour mon anniversaire. C'était le jour même où il m'a emmené au … hum … la rue où il y a pleins de magasins sorcier, à Londres !

- Le Chemin de Traverse ?

- Oui, c'était aussi le jour de mon anniversaire, c'était merveilleux ! S'exclama-t-il retrouvant le sourire. C'était le premier cad … enfin bref.

Son sourire partit aussi vite qu'il était venu et il retrouva son air sombre.

- J'imagine que découvrir ces magasins sorciers a dû être quelque chose, s'empressa de dire la blonde afin de changer à nouveau les idées de son petit camarade.

- Oui, c'est peu de le dire ! Quand j'ai acheté ma baguette et que j'ai ressenti ces picotements dans mon bras et tout à l'intérieur de moi … C'était magique !

La jeune fille sourit. Voilà bien une réplique de né-moldu. Enfin, d'éduqué moldu, devrait-elle dire. Harry du s'en apercevoir, car il rougit aussitôt, encore.

- Je suis bête, c'est exactement ce que c'est : magique !

- Tu n'es pas bête, simplement pas familier avec tout ça, l'apaisa-t-elle.

- Merci, bredouilla-t-il.

- Pas de qu …

Elle fut interrompue par un garçon qui rentrait dans le compartiment.

- Oh ! Lucy. Salut ! Comment se sont passées tes vacances ? Bonjour, toi !

Le grand brun s'était tourné vers Harry après s'être aperçu que son amie n'était pas seule.

- Bonjour, répondit timidement Harry.

- C'est un première année, le présenta la blonde. Nous faisions connaissance. Harry, je te présente Stephen Mallory, l'autre préfet en chef de Serdaigle. Stephen, je te présente Harry Potter.

Comme Lucy avant lui, le jeune homme écarquilla les yeux au nom du première année.

- Potter ? Comme Gaëlian Potter ?

- Non, je ne le connais pas, répéta Harry.

- Tu ne le... Oh. OK. Né-moldu, présuma-t-il.

- Éduqué moldu, corrigea Lucy, faisant un clin d'œil à son voisin.

Harry lui sourit tandis que le préfet s'installait à son tour, en face d'eux.

Un silence paisible s'était installé dans le compartiment quand Harry, prenant son courage à deux mains, osa poser une question :

- Qu'est-ce que Serdaigle ? Et c'est quoi un préfet ? Murmura-t-il.

Deux visages se tournèrent brusquement vers lui et il rougit, comprenant qu'il avait encore dit une énormité quand il constata les deux paires d'yeux écarquillées posées sur lui.

- Désolé, oubliez ça …

Lucy se reprit et entreprit d'expliquer le fonctionnement de Poudlard. Stephen complétant ses propos.

Une fois encore, ce fut de nouveaux arrivants qui les interrompirent. Harry rencontra alors, sans réussir à retenir tous les noms et prénoms, tous les préfets de toutes les maisons de Poudlard. Ils lui permirent de rester avec eux pendant le trajet, du moment qu'il ne dérangeait pas la réunion.

Il se pelotonna alors dans un coin, « L'histoire de Poudlard » sur les genoux et plongea dans sa bulle de lecture. Ce livre était passionnant !

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