Chapitre 5
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Le visage de Harry se ferma complètement. Craignant une crise de panique, Blaise intervint :
- Harry, tu n'es pas obligé de …
- Si, le coupa-t-il. Si, Gaëlian m'a bien raconté son enfance, je peux le faire.
Gaëlian fut soudainement anxieux. Qu'avait donc Harry ? Il voulut interroger Blaise du regard, mais celui-ci avait toujours son attention portée sur le petit brun à ses côtés.
Si Harry n'avait presque rien dit à son ami sur son enfance, ses gestes et réactions à quelques situations particulière, parlaient pour lui. Blaise n'était pas idiot et se doutait qu'il avait du vivre quelque chose de traumatisant, soit un événement ponctuel, soit un mauvais traitement de sa famille, il n'en savait encore rien, mais Harry n'agissait pas comme les autres enfants.
Harry prit une grande inspiration avant de commencer d'une voix un peu tremblante :
- Je ne suis pas la seule famille qu'il te reste.
Immédiatement, il eut toute l'attention de son frère. Il ne pouvait le regarder dans les yeux et, comme il ne savait pas où poser le regard, il gardait la tête baissée, Blaise à son côté caressait le dos de sa main qu'il tenait toujours.
Si Harry avait regardé son frère, il aurait pu voir la pointe de douleur qui était passé sur son visage, ses sourcils froncés et son visage fermé. De quelle autre famille pouvait-il donc bien parler ? Pourquoi Albus avait eu sa tutelle si, quelque part en Angleterre, il lui restait des parents ?
- Maman avait une sœur. J'ai été recueilli par tante Pétunia, comme tu l'as été par le professeur Dumbledore.
Harry avait pris une voix détachée et continuait son explication.
- Oncle Vernon, tante Pétunia et Dudley, leur fils, sont des « moldus », comme vous dites. Leur maison est dans le Surrey, à Little Whinging et ils habitent au numéro 4, Privet Drive. J'ai été à l'école du quartier de la maternelle à la primaire avec Dudley et je n'ai appris que j'étais un sorcier que cet été, lorsque j'ai eu 11 ans et que Hagrid est venu me chercher.
Blaise savait déjà tout ça. Harry le lui avait dit ce matin, presque mot pour mot. Et Gaëlian avait déjà appris que Harry était du monde moldu ce midi quand il les avait abordés, lui et Blaise, en sortant de la Grande Salle.
Harry conta sa journée sur le chemin de traverse et sa découverte du monde magique. Son ton avait repris un peu d'entrain, même s'il gardait la tête baissée. Il raconta comment il s'était senti trahi par ses tuteurs quand il avait compris qu'ils lui avaient caché la vérité depuis le début. Et il finit son récit par son voyage dans le train et la cérémonie de répartition. À la fin, il avait relevé les yeux et avait souri à son ami.
Gaëlian était un peu sidéré. Il avait un oncle et une tante et même un cousin et il n'en avait jamais rien su. Ce soir, il demanderait des explications à Albus. Fois, de Potter, il aurait des réponses !
À aucun moment, il n'avait relevé le fait que Harry n'avait jamais appelé la maison de ses tuteurs comme SA maison, ni que, dans le peu qu'en avait dit son frère, rien n'expliquait le comportement qu'il avait eu dans le couloir avant de rejoindre la salle et qui l'avait alors pourtant intrigué.
Il cogitait encore sur les questions qu'il allait poser au directeur quand Blaise fit remarquer qu'il était bientôt l'heure du dîner.
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Ils allaient sortir de la Salle sur Demande pour rejoindre la Grande Salle quand Harry se tourna timidement vers son frère.
- Dis, tu aurais une photo de papa et maman à me montrer ?
Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure et ses yeux étaient suppliant en regardant son jumeau.
Gaëlian n'hésita pas un instant :
- Bien sûr ! Albus m'a transmis toutes les affaires de nos parents et il y avait plusieurs albums photos. Si tu veux on se les partagera, ils sont dans ma chambre au Square Grimmaurd, mais je pourrais demander à un prof de me les ramener !
Harry avait les yeux exorbités et regardait son frère presque avec adoration. Il allait enfin pouvoir savoir à quoi ressemblaient ses parents.
- Merci, dit-il sincèrement. Merci beaucoup !
- Bah, c'est normal qu'on se partage notre héritage. Si tu veux, je te ferais l'inventaire de tout ce dont on a hérité.
Ils s'engagèrent tous les trois dans les couloirs, prenant la direction de la Grande Salle pour aller manger. Harry prenait compte de ce que venait de dire son frère. Son héritage ?
Sur le chemin, Gaëlian commença à lui énumérer toutes les propriétés dont ils avaient hérité, ainsi que les titres de noblesse, les sièges au Magenmagot, les placements économiques, les coffres à Gringott, etc.
Juste avant de pénétrer dans la Grande Salle, son frère les arrêta.
- Je suis désolé, Blaise, mais finalement, comme je vous ai parler de l'Ordre, vous allez devoir faire un serment. C'est pour la sécurité de tous les membres et donc la vôtre -aussi à présent, même si vous n'êtes pas membres actifs.
- Oui, bien sûr.
Blaise sortit alors sa baguette et se tourna vers Harry.
- Fais comme moi, Harry. Je jure sur ma magie que je ne révélerais rien sur tout ce que j'ai appris qui concerne l'Ordre du Phoenix, que je n'en parlerais à personne d'autre que ceux déjà au courant.
Gaëlian acquiesça et Harry répéta les gestes et les mots de son ami.
- Merci. Maintenant, je vais rejoindre Ron. Le pauvre, je l'ai abandonné depuis deux heures. Bon appétit !
Et sans attendre de réponse, il passa les portes de la Grande Salle et se dirigea vers la table des Gryffondor. Blaise le regarda partir, se tourna vers Harry, haussa les épaules et franchit à son tour le seuil de la porte, traînant son ami par la main.
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Harry fut silencieux tout au long du repas. Il se refaisait le récit de son frère dans la tête, repassait chaque élément au crible et déliait toutes les informations amassées. Il y en avait énormément et il lui fallut bien toute l'heure du repas pour les classer et les ranger précieusement dans sa tête.
Blaise le laissa tranquille, reconnaissant le besoin de s'isoler de son ami et respectant son silence. Lui discuta avec Théo qu'ils avaient rejoint à la table des Serpentard. Harry resta silencieux même après qu'ils soient rentrés tous les trois dans leur salle commune et qu'ils aient fini leurs devoirs.
Cependant, alors qu'ils s'étaient brossés les dents, mis en pyjama, que Harry avait préparé le tas de vêtements qu'il porterait le lendemain et qu'ils s'apprêtaient à se coucher, Blaise rejoignit Harry sur son lit.
- Harry, tu veux bien me dire ce que tu n'as pas dit à ton frère tout à l'heure ?
Harry lui jeta un regard d'incompréhension alors Blaise ajouta :
- Sur ton enfance chez ton oncle et ta tante.
De nouveau, le visage de son ami se ferma.
- S'il te plaît, Harry. Je te jure que je ne dirais jamais rien à personne. Je veux juste t'aider.
Harry resta muet. Blaise soupira et, encore une, fois son ami se crispa, interprétant mal ce geste. Il allait perdre son seul ami. Cette idée lui fit mal et le rendit incroyablement triste, mais il lui était totalement impossible de raconter ce qu'il avait vécu. Son oncle le battrait sûrement à mort s'il apprenait qu'il avait révélé sa vie chez les Dursley et il pourrait faire du mal à son ami et à sa famille par simple vengeance, comme il l'avait fait avec l'infirmière de son école.
La veille – mon dieu, ça n'était que la veille ! – son oncle lui avait bien rappeler ce point : ne jamais raconter de mensonges sur sa vie. À traduire par : ne jamais dire à personne qu'il était maltraité, car c'était tout ce qu'il méritait, qu'il n'avait pas le droit de se plaindre, au contraire, qu'il devait les remercier.
Mais son ami le surprit lorsqu'il posa une main doucement sur son épaule et lui dit :
- Ce n'est pas grave, tu me le diras quand tu seras prêt.
Et Harry lui fit un sourire. Petit et un peu triste, mais un sourire tout de même, auquel son ami répondit avant de se diriger vers son propre lit et de s'enfouir sous les couvertures.
- Bonne nuit, Harry.
- Bonne nuit, Blaise.
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Harry ressassa la conversation dans sa tête. Quand il serait prêt. Quand serait-il prêt à avouer qu'il dormait, la veille encore, dans un placard à balais, sous les escaliers, sur une vieille mousse défoncée, avec pour seule couverture un vieux tissus délavé et usé, dans lequel les Dursley l'avait trouvé lorsqu'ils l'avaient recueilli, bébé ? Qu'il n'avait pour seul jouet qu'un petit soldat en plastique qui avait perdu ses deux bras ? C'était une telle honte. Non, il ne croyait pas pouvoir être prêt à raconter tout ça un jour.
Puis il repensa à sa journée, elle avait été complètement folle. Il avait fait de la magie ! Et il n'avait pas été puni pour ça ! C'était tellement libérateur de contrôler cette force qu'il avait toujours eu en lui, mais qu'il n'avait jamais comprise. Et Blaise avait été génial, il l'avait attendu ce matin, s'était assis à côté de lui en cours, il ne l'avait jamais abandonné derrière lui, où qu'il aille et l'avait même défendu. Il avait un vrai ami et ça suffisait à faire de cette journée-là plus magnifique qu'il n'ait jamais vécu. Il avait un frère aussi, il n'était plus seul et il allait enfin pouvoir voir à quoi ressemblaient ses parents, c'était simplement incroyable. Il espérait pouvoir vivre avec lui l'été prochain. Il ne le connaissait pas encore, mais rien ne pouvait être pire que les Dursley et il avait l'air tellement cool, comme le grand frère d'un de ses anciens camarades de classe.
Et le lendemain, il avait cours d'histoire de la magie et potion ! Deux cours qu'il attendait avec impatience après avoir dévorer les deux manuels, cet été. Le premier parce qu'il avait toujours adoré l'histoire et que celle de la magie ne pouvait être que passionnante et le second, car, lorsqu'il avait lu tout ce qui pouvait être fait avec celles-ci, il n'en était pas revenu. Et puis, les recettes se lisaient comme des recettes de cuisine, domaine où il excellait depuis ses six ans, bien que les ingrédients soient un peu moins ragoûtants.
Lorsqu'il avait ouvert son livre de potion, pour la première fois, il n'y avait pas compris grand-chose. Il avait dû veiller tard le soir, seul moment de véritable liberté, puisqu'il n'y avait qu'après le dîner qu'il n'avait plus de corvées, pour déchiffrer chacune des potions, une à une, feuilletant, en parallèle, son deuxième livre des potion, qui expliquait pourquoi il fallait procéder de telle façon plutôt que d'une autre, et son livre de botanique, qui le renseignait sur la plus grande partie des ingrédients cités. Il y avait malheureusement quelques-uns de ces ingrédients qu'il n'avait trouvé nulle part et dont il était bien incapable de savoir ce que c'était. Il fallait d'ailleurs qu'il se renseigne dessus à la bibliothèque le lendemain, sur l'heure du midi, seul temps libre qu'il aurait dans la journée puisque le mardi était sa journée la plus chargée de la semaine avec le jeudi.
Harry était tellement ignorant du monde sorcier, qu'il fallait qu'il se renseigne sur un nombre incalculable de choses et s'en aurait été presque décourageant, si le sujet n'en avait pas été si fascinant. D'ailleurs, il fallait qu'il demande à Blaise ce que pouvait bien signifier le terme « vol » sur leur emploi du temps. Qu'entendaient-ils par-là ? Il n'y avait aucun manuel qui était dédié à cette matière. Son frère lui avait dit avoir ce cours dans l'après-midi et il s'était dirigé vers l'extérieur ensuite. Se pourrait-il que Poudlard apprenne aux élèves à voler ? Voler dans les airs ?
Dans sa réflexion, Harry se passa une main dans ses cheveux et se mordilla les lèvres. Il devait vérifier son emploi du temps. Il alla ouvrir discrètement les rideaux de son baldaquin, sortit de son lit sans un bruit et marcha sur la pointe des pieds, dans le noir, jusqu'à son cartable tout neuf, acheté avec Hagrid. Il l'attrapa tout entier et le déposa sur son lit avant de s'y glisser à son tour. Il tâtonna un peu sur sa table de nuit et attrapa sa lampe de chevet, la posa sur ses couvertures et referma consciencieusement les rideaux. Il ne fallait pas que la lumière dérange ses camarades de dortoir.
Quand il fut sûr que tous les interstices étaient bouchés, il alluma la lumière. D'abord complètement éblouit, il dut se cacher les yeux derrière son bras. Puis il s'accoutuma à la luminosité et put enfin farfouiller à l'intérieur de son sac avant de détecter au toucher le parchemin que le directeur de sa maison leur avait distribué le matin même. Il l'en sorti et, délaissant son sac à côté de lui, s'attela à sa lecture.
C'est alors qu'il constata que, non seulement il avait bien deux heures de « vol » le lendemain après le repas du midi, mais il remarqua aussi que son premier cours, deux heures d'histoire de la magie, était en commun avec les Gryffondor et donc avec son frère. Il avait aussi une heure d'astronomie avant manger, sûrement de la théorie puisqu'il ferait encore jour. À moins que la magie puisse régler ce genre de problème.
Pris d'une curiosité soudaine, il ressortit le livre que Lucy lui avait prêté dans le train. Peut-être que « L'Histoire de Poudlard » pourrait lui en apprendre davantage. Il s'installa confortablement sur le ventre, ses pieds battant l'air, le livre calé debout sur l'oreiller, la lampe derrière lui pour éclairer les pages.
Il devait être minuit passé lorsqu'il finit par s'endormir. La lumière s'était éteinte d'elle-même. Le livre était toujours ouvert devant ses yeux fermés. Ses jambes, bien trop petites pour ne serait-ce qu'atteindre le rideau au pied du lits, avaient cessées de se balancer depuis longtemps et ses bras repliés sous l'oreiller, supportaient sa tête lourde de sommeil.
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Alors que la grande majorité du château avait gagné son dortoir et qu'une bonne partie des élèves dormait déjà, Gaëlian avait rejoint le bureau de son mentor pour une confrontation qu'il attendait depuis qu'il avait découvert l'existence d'un frère, le matin-même.
Devant la gargouille qui gardait le bureau directorial, il donna facilement le mot de passe qui lui était toujours communiqué et gravit les marches deux à deux. Il frappa quelques coups sur le panneau de bois et reçut rapidement l'autorisation d'entrer. Se présentant devant son mentor, il ne s'assit pas sur l'un des très confortable fauteuil, comme il en avait l'habitude. Il se planta plutôt face à Albus, les mains sur les hanches et le regard dur.
- Tu attends des explications quant à l'existence de ton frère, je présume, fit le directeur avant même que Gaëlian n'ait pu prendre la parole.
- Tu présumes bien ! Pourquoi je ne savait pas que j'avais un frère jumeau, de la famille encore en vie quelque part ? Pourquoi je n'ai pas grandi avec lui ? Harry m'a dit qu'il avait vécu chez notre tante et notre oncle ! Pourquoi avons-nous été séparés ?
- Je vois, tu as déjà parler à ton frère.
Abus passa une main sur ses yeux et souffla avant de faire signe à son pupille.
- Assieds-toi, Gaël. C'est une longue histoire.
À contrecœur, Gaëlian finit par prendre place en face du bureau de son tuteur. Il ne décolérait pas et attendait avec impatience ses explications. Et Albus commença à conter les événements qu'il connaissait déjà, mais la fin changea légèrement, cette fois-ci.
- Quand je suis arrivé, repris Albus la voix plus faible. Ton frère dormait et tu pleurais, assis dans votre petit lit. Vos parents étaient morts en voulant vous protéger, mais ils n'étaient pas de taille face à Voldemort lui-même.
Gaëlian, face à lui, silencieux et attentif, essuya une larme qui dévalait sa joue. Il avait beau connaître une bonne partie de ce récit, la seule nouveauté étant la présence d'un frère à ses côtés, il le trouvait toujours aussi triste et ne pouvait s'empêcher de pleurer.
- Je vous ai récupéré et vous ai mené dans l'ancien QG de l'Ordre. Ton père et ta mère étaient appréciés de beaucoup et tous ont été bouleversés, tant par leur mort que par la disparition soudaine du Mage noir qui mettait fin à la guerre.
Albus laissa une poignée de secondes passer pour que son pupille se reprenne, avant de poursuivre.
- Nous avons débattu toute la nuit à votre propos. Personne n'était d'accord. Votre parrain était écarté, sa trahison déjà mise en lumière et je faisais valoir que vous étiez trop jeunes pour subir cette soudaine célébrité. De plus, comme je te l'ai toujours dit, je suppute fortement que Voldemort n'ait pas totalement disparu, mais qu'il se cache en attendant de reprendre des forces.
- Comment ? Pourquoi ? L'interrogea Gaëlian avec colère et incompréhension. Comment peux-tu en être si sûr ? Qu'est-ce qui m'empêchait de pouvoir grandir avec mon frère ?
Albus pris une grande inspiration. Il avait toujours su que ce jour viendrait, il avait espéré avoir un peu plus de temps, mais il ne s'était pas fait d'illusion sur la question. Harry réapparaîtrait en même temps que les autres première année, entraînant cette avalanche de questions avec lui.
- Peu avant ta naissance, une prophétie a été faite. Je t'en ai parlé, même si j'ai toujours refusé de t'en donner les termes. Aujourd'hui, j'imagine que je ne peux plus la garder pour moi.
« Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche… il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois… et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore… et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit… Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois… ».
Gaëlian en était sidéré.
- C'est pour ça que vous m'entraîniez ? Je dois le tuer ?
- Je suis sincèrement désolé, Gaël. Jamais un tel poids ne devrait reposer sur les épaules d'un seul, encore moins d'un enfant. Mais les prophéties ne peuvent être détournées, elles se réalisent toujours, quand bien même on essaie par tous les moyens de la contourner, Sibylle te l'a enseigné.
Le jeune garçon acquiesça d'un air absent. Il ne parvenait pas à avaler la nouvelle et tout ce qu'elle signifiait. Sachant qu'il faudrait du temps à son pupille pour digérer tout ça, Albus poursuivit son explication quant à l'éviction de Harry dans la vie de son frère.
- Sachant cela, je ne pouvait que me résigner à vous séparer. Je ne l'ai pas fait de gaîté de cœur, crois-le bien. Mais il fallait mettre Harry à l'abri. Il pouvait être épargné. C'est pourquoi je l'ai placé dans la seule famille qu'il vous restait. La sœur de votre mère venait d'avoir un enfant, elle aussi. J'ai supposé qu'elle prendrait soin d'un autre enfant, surtout s'il était du même sang. Tandis que je t'ai élevé comme un fils, avec l'aide de tous les membres de l'Ordre qui se sont portés volontaires, afin de t'apporter le plus de billes possibles pour que ton avenir soit assuré.
Sur ces derniers mots, Albus se leva et contourna son bureau pour se placer face à face avec son pupille. Il s'agenouilla devant lui et posa ses mains sur celles plus petites de l'enfant.
- Je suis sincèrement désolé, Gaël. J'ai pensé que ce que tu ne savais pas ne pouvait pas te faire souffrir et ait décidé de ne pas te parler de ton frère jusqu'à présent. Maintenant que tu as fait sa connaissance, j'espère que tu pourras me pardonné et que ton frère et toi pourrez retrouver toute la complicité que vous partagiez avant.
Le vieux sorcier passa une main affectueuse dans les cheveux de son pupille avant de la placer sur sa joue.
- J'ai appris à t'aimer comme un fils, Gaël, et j'espère t'avoir offert la plus belle enfance possible au vu des circonstances. J'espère qu'il en a été de même pour Harry et qu'il a pu vivre innocemment ses premières années loin du monde de la magie, de ta célébrité et des attaques qui t'ont visé.
Gaëlian laissa échappé un sanglot, cela faisait plusieurs minutes qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes et qu'il s'était totalement laissé aller.
- Mon garçon, s'il-te-paît, sèche tes larmes.
Albus pris l'enfant dans ses bras et le serra contre lui. Gaëlian se fondit dans l'étreinte de cet homme qui avait toujours été là pour lui.
- Pourquoi personne n'a jamais rien dit à ce sujet ? L'Ordre n'était pas le seul au courant de la naissance de mon frère …
- Excellente question, mon garçon. Tu es toujours si perspicace. Vois-tu, j'ai placé sur ce secret une sorte de Fidélitas. Quiconque était au courant pour Harry, s'est vu scellé son souvenir. Il est toujours quelque part dans leur esprit, mais il n'y aura pas accès ou s'en souviendra si faiblement, qu'il n'y prêtera pas attention. Ainsi, rien n'a pu âtre divulguer.
- Mais … Et à la répartition ? Tout Poudlard a été témoin de son arrivée !
- Oui, j'ai du lever le sort hier soir. Mon sortilège ne peut porter sur tant de faits récents. Tant que ce n'était qu'une petite information, au fond de la tête des gens, ça ne posait pas de problème, mais l'esprit d'un enfant est si volatile et à la fois si terre à terre, que je n'ai pu le maintenir si longtemps.
Gaëlian, toujours dans les bras de son tuteur, réfléchit longuement à la situation et à tout ce qu'elle engendrerait. Il imaginait déjà la presse s'emparer de l'événement.
Le directeur berça longtemps sont pupille, resté muet après leurs derniers échanges. Il crut même que le jeune garçon s'était endormi lorsqu'une petite voix étouffée par le tissus s'éleva :
- Harry, il m'a parlé de sa famille … Je n'ai pas relevé sur le moment, mais il ne paraissait pas beaucoup l'apprécier … Il est tellement petit et chétif … Nous sommes pourtant de vrais jumeaux, non ?
Albus l'écarta un peu de lui pour plonger son regard dans celui brouillé par les larmes de son pupille. Gaëlian avait les yeux rouges, encore humide et présentait de nombreux signes de fatigue.
- Nous en parlerons plus tard. Il est temps d'aller te coucher.
- Mais … Résista l'enfant.
- Pas de mais, jeune homme. Je te promets que j'interrogerai moi-même Harry à ce sujet. Cependant, à cette heure, ton frère doit dormir et tu ferais bien d'en faire autant.
Vaincu, Gaëlian se laissa guider jusqu'à la tour Gryffondor où il se fit escorter par Albus. Au tableau de la Grosse Dame, le directeur prononça le mot de passe et ouvrit le passage. Il souhaita la bonne nuit à son pupille, lui embrassa le front et le força à prendre le chemin du dortoir.
- Fais de beaux-rêves, murmura-t-il alors que l'enfant disparaissait dans la salle commune.
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