Chapitre 16 : Trap

Si l'allée n'avait prit que peu de temps grâce à la guide incomparable qu'était Sélène, le retour prit bien plus de temps dû aux nombreux combats qu'ils ne cherchèrent cette fois pas à éviter.

Sidon se battait toujours avec ses deux lances, mais l'une d'elle était désormais celle d'écaille radieuse. Il se lança avec Link et Sélène dans un concours pour savoir lequel des trois vaincraient le plus d'ennemis.

Ce fut sans surprise la Zora noire qui gagna, leurs mettant une bonne dizaine de Lézalfos dans la vue.

En chemin, ils croisèrent un Hylien aux courts cheveux bruns que Link reconnu immédiatement comme Mabbou, le jeune homme correspondant par lettre-bouteilles avec la Zora Alfine. Link avait rencontré la demoiselle en question la veille au soir, à l'auberge. C'était une fillette Zora d'une dizaine d'année. Il salua Mabbou et continua son chemin avec Sidon et Sélène.

Le trio atteignit finalement le pont d'Ingogo, où ils s'étaient rencontrés si peu de temps plus tôt. Link retrouva Sulkik à l'endroit où il l'avait laissée, en parfaite santé et particulièrement occupée à dévorer les pommes rouge et dodues alourdissant les branches d'un pommier. La jument caracola autour de lui en hennissant doucement et il eut toutes les peines du monde à la calmer le temps de l'harnacher à nouveau et de fixer les sacoches à sa selle.

_ Moi aussi je suis content de te voir ma toute belle !

Elle frotta ses naseaux délicats contre sa joue avant de retourner manger. Tout comme son maitre, manger semblait être sa préoccupation majeure.

Link se tourna vers Sidon et Sélène et leur sourit.

_ Merci de m'avoir raccompagné.

_ C'est normal ! Le Domaine Zora te sera toujours ouvert, Link. Repasse nous voir lorsque tu auras le temps, nous serons ravis de retourner à la chasse aux monstres avec toi !

_ Je ne promets pas de vous laissez gagner, les garçons, mais ça sera avec plaisir ! Prend soin de toi, Link.

_ Vous aussi.

La gorge nouée, le jeune Hylien se mit en selle et regarda les deux Zoras. Ses amis… Les quitter l'attristait. Il les salua une dernière fois et les regarda plonger dans le courant de la rivière coulant sous le pont, le remonter avec aisance et disparaitre de son champ de vision.

_ Aller Sulkik, en route… Mais pour aller où ?

Il pressa les flancs de sa monture et prit le chemin qu'il avait emprunté pour venir. Il s'arrêta quelques mètres plus loin au croisement de deux routes. Un panneau de bois aurait dû indiquer les destinations, mais le temps l'avait rendu illisible. Un groupe de cinq marchands s'était installé un peu plus haut sur le chemin menant vers le nord. L'un d'eux, aperçut le chevalier errant et décocha un coup de coude à son voisin, un homme replet s'empiffrant de bananes Lame. Le petit groupe se leva d'un même mouvement et Link eut un désagréable pressentiment. Leur tourner le dos et partir lui semblaient être une très mauvaise idée, aussi continua-t-il dans leur direction.

_ Elle avait raison, la lieutenant !

_ Bien sûr qu'elle avait raison ! Le Héros des Landes nous tombe dans les bras !

Une femme aux cheveux d'un blanc terne coupés en un carré sommaire tira une lame jusque là dissimulée dans ses vêtements amples et sourit.

_ Elle avait raison de nous laisser en arrière pour l'empêcher de lui mettre des bâtons dans les roues. Aller les gars, écorchons-le tout vif, ce soi-disant Héros, qu'il sache de quel bois sont fait les Yigas !

Link n'eut que le temps de tirer son épée et son bouclier que les cinq Yigas déguisés se refermaient sur lui. Sulkik tenta de mordre, mais ils avaient l'habitude des chevaux. Le jeune homme décocha un violent coup de pied dans le visage du Yiga replet, qui s'effondra contre un rocher avec un craquement sinistre, et effectua un moulinet avec son épée, tranchant sans difficulté le cuir bouilli protégeant le premier à l'avoir aperçut. Le Yiga s'effondra dans une gerbe écarlate qui décupla la rage de ses comparses. L'un d'eux parvint à lui planter sa lame traitresse dans la cuisse, le jetant à bas de sa monture.

Sulkik se cabra, ses sabots fracassant le crâne de la seule femme du groupe qu'elle piétinant allègrement pendant que Link s'attaquait aux deux restant. Son épée éventra le plus proche et le dernier Yiga préféra battre en retraite. Il avait les yeux d'un vert délavé qui semblait vaguement familier à Link, et une blessure au bras dû sans doute aux dents redoutables de Sulkik.

_ Tu nous le paieras, Héros…

Il disparu dans un panache de fumée et de morceaux de papier rouge.

Link vacilla, une fois seul. Son sang coulait à flot de sa cuisse blessée, maculant son pantalon, remplissant sa botte. Il prit appuis sur sa jument en se demandant si elle serait capable de franchir l'éboulis rocheux qui lui interdisait l'accès au Domaine Zora et aller chercher de l'aide.

Sidon et Sélène nageaient vite et avait sans doute déjà presque atteint le Domaine, mais la Zora aveugle avait l'ouïe fine, peut-être que s'il criait suffisamment fort, elle l'entendrait…

Sa vision devint noire alors qu'un simple râle s'échappait de ses lèvres. Il ne voulait pas mourir, pas comme ça, pas maintenant… Ce souffle glacial, il l'avait déjà connu une fois… Non, plus jamais, ne pas se souvenir, ne pas revivre ça… à aucun prix…

_ …aide…

_oOo_

Le relais du pied de la montagne était calme, accueillant un ballet de visiteur tentant l'escalade de la montagne de la Mort toute proche. Beaucoup renonçaient dès le début de l'ascension, la chaleur infernale du volcan de la région d'Ordinn décourageait même les plus intrépides aventuriers n'ayant pas jugé utile de se préparer.

Le marchand itinérant Terry avait l'habitude lorsqu'il faisait halte dans ce relais de voir partir des voyageurs pour revenir quelques heures plus tard, la queue entre les jambes.

Quand ils revenaient.

Beaucoup laissaient leur vie sur les flancs abrupts de cet enfer de lave et de roche.

Terry était un homme très maigre vêtu d'un pantacourt bleu et d'un court haut blanc orné d'un scarabée rouge lui couvrant à peine les côtes. Il avait un nez rougeaud, les joues constellées de taches de rousseur et les cheveux brun chaud. A cet instant, son énorme sac en forme de scarabée était posé à côté de lui alors qu'il installait sa marchandise. Son regard fut attiré par une libellule piment voltigeant sous son nez.

Il sourit avec bonheur, ayant depuis toujours une passion dévorante pour les insectes.

La libellule s'échappa lorsqu'il tenta de l'attraper, ce qui le fit rire.

Il finissait d'aligner des flèches de bois sur son étal lorsqu'un jeune homme s'approcha de lui en boitant fortement.

_ Vous êtes Terry ?

_ Et toi tu es le voyageur imprudent que j'ai ramassé hier, agonisant dans son propre sang.

Le jeune homme esquissa un sourire contrit et passa sa main dans ses cheveux châtains rassemblés en une queue de cheval basse.

_ Oui… Heureusement que vous passiez par-là à ce moment, sinon je crois que je serais mort…

_ Comment t'es-tu retrouvé avec une blessure aussi impressionnante ?

_ Je me suis fait attaquer par des Yigas.

_ Ah ceux-là… J'aime autant ne pas les croiser, à chaque fois il me vole toute ma marchandise. Au moins me laisse-t-il la vie sauve en échange ! La pire, c'est leur lieutenant, ou je ne sais quoi. Une jeune femme avec de longs cheveux blancs. Je ne l'ai croisée qu'une seule fois, cette garce.

Terry leva sa main gauche et Link remarqua qu'il lui manquait le petit doigt.

_ J'ai tenté de me défendre lorsqu'elle m'a détroussé, elle m'a coupé le doigt en représailles. C'est une vraie cinglée. Si tu la croise, crois-moi, fiche-le camp ou donne lui ce qu'elle veut.

_ C'et ma mort qu'elle veut…

_ Alors ravi de t'avoir connu, jeune homme, je garderais de toi un souvenir ému si cela peut te consoler.

Terry vit le jeune homme grimacer sans pour autant protester. Lui aussi devait savoir qu'être sur la liste noire de cette Yiga si redoutable signifiait que la mort serait la seule finalité. Il secoua la tête et regarda à nouveau Terry.

_ Comment vous remercier de m'avoir sauvé la vie ?

_ Offre-moi à manger et nous serons quittes. La nourriture de ce relais est délicieuse, mais cher, et il n'y a pas de petites économies !

Le jeune homme acquiesça et s'éloigna.

_oOo_

Il y avait du monde à l'intérieur du relais de la montagne pour acheter à manger, et Link faisait la queue depuis de longues minutes lorsque la conversation de deux voyageurs attira son attention.

_ Puisque je te le dis ! Ils étaient déguisés en marchand, mais c'étaient des Yigas ! Ils se sont joins à ma caravane durant la grimpette de la montagne de la mort, et nous ont attaqués en arrivant à proximité du village Goron. Ils nous ont tous tués, et la chef du groupe était la pire !

_ S'ils vous ont tous tué, comment tu fais pour être là ?

_ Je me suis enfouit pour prévenir ceux qui voudraient monter jusqu'au village Goron, pardi !

_ Lâche…

_ Je tiens à ma peau, moi !

Link fronça les sourcils. Les Yigas qui l'avaient attaqués avez parlé d'être resté en arrière pour l'empêcher d'avancer, ou quelque chose d'approchant. Peut-être que c'était pour l'empêcher de venir les embêter durant leurs manigances dans la région.

_ Excusez-moi ? Qu'est-ce qu'il se passe au village Goron ?

Les deux voyageurs se tournèrent vers lui et celui qui avait survécu à l'attaque se pencha avec un air mystérieux.

_ Rien de très joli, tu peux me croire. Quand je suis parti, j'ai entendu la fille, Asa-quelque chose, dire qu'ils allaient laisser mourir les Gorons de faim en bouclant le village. Ils mangent des cailloux, les Gorons, mais pas n'importe lesquels ! La montagne regorge de filons, mais entre les Yigas qui cernent le village d'un côté, et la Créature Divine Vah'Rudania complètement détraquée qui arpente le volcan, impossible pour eux de se nourrir.

_ Asahi… Pourquoi les Yigas s'en prendraient-ils aux Gorons ?

_ Apparemment l'un des leur a tué un Yiga, et ils se vengent.

Link hocha la tête sans répondre. Avec les quatre Yigas qu'il avait occis la veille lorsqu'ils l'avaient attaqués, il ne doutait pas que le prix de sa tête venait de doubler. La blessure à sa cuisse se rappela à son bon souvenir en repensant au combat. De ce qu'il savait, Terry l'avait trouvé inconscient et l'avait ramené au relais où le fils du gérant l'avait soigné et recousu. Il avait également nettoyé la plus grosse partie du sang ayant maculé ses vêtements durant son inconscience. Le jeune homme avait toujours mal lorsqu'il s'appuyait sur sa jambe, mais il avait bon espoir que ce n'était que passager.

_ Vous avez bien parlé d'une Créature Divine ?

_ Oui, ça fait longtemps qu'elle est là, mais jusque là, elle était calme et se contentait de tourner en rond autour du cratère du volcan. Mais maintenant, elle attaque tout ce qui bouge et ponds des espèces de Gardiens volants qui tue tout ce qui bougent aussi. Avant que les Yigas n'attaquent, plusieurs combattants ont tentés d'aller la neutraliser… aucun ne sont revenus.

Une autre voyageuse se mêla à la conversation.

_ C'est parce que aucun n'avait de flèches Archéonique !

_ Des quoi ?

_ Ce sont des flèches spécialement conçues pour faire de lourds dégâts aux Gardiens. Il y a un savant un peu fou qui en fabrique, pas loin d'ici, dans la région d'Akkala. Il a installé son laboratoire dans l'ancien phare sur la pointe.

Link resta silencieux alors que les voyageurs continuaient de parler entre eux. Il venait de trouver une nouvelle Créature Divine et donc sa prochaine destination. Mais il allait devoir faire un détour par Akkala et ce fameux savant un peu fou.

Le jeune homme acheta le repas promit à Terry, ainsi que le sien, lorsque son tour arriva. Il porta le repas, un ragout de mouton savoureusement odorant, au marchand qui l'avait sauvé et mangea avec lui, lui demandant le chemin le plus court pour se rendre au laboratoire. Terry déplia une carte tracée sur un parchemin et posa son doigt vers le centre-nord-est.

_ Nous sommes ici, au relais de la montagne. Si tu retournes sur tes pas et prend le chemin qui remonte quand tu atteindras cette fourche, tu seras dans la région d'Akkala. Là, c'est le relais du sud d'Akkala, continu vers le nord et tu tomberas sur le laboratoire. J'ai déjà été vendre des marchandises au vieux fou qui habite là-bas. Il est marié à une Sheikah, mais je suis sûr qu'il est plus amoureux de sa machine parlante que d'elle.

Link termina son ragout et se leva en remerciant Terry.

_ Si on se croise à nouveau, n'hésite pas à venir m'acheter des trucs !

Le jeune homme hocha la tête et s'éloigna. Il avait repéré un nouveau sanctuaire, encore un, et l'activa avant de remonter en selle. L'après-midi venait à peine de commencer, il avait encore le temps pour au moins atteindre le relais suivant. Il laissa Sulkik prendre un petit galop confortable sitôt le périmètre du relais franchi. C'était grisant de parcourir ainsi des lieux et des lieux. La blessure à sa cuisse le lançait un peu mais quelque chose lui disait qu'il avait déjà connu tellement pire…

Tellement pire dont il ne devait pas se souvenir.

Jamais.

Il s'oublia dans un galop un peu plus rapide qui ravi autant sa jument que lui.

_oOo_

Link ralenti l'allure en arrivant à proximité d'un pont de pierre qui avait dû être magnifique cent ans plus tôt. Il dominait un gouffre dont le fond semblait avoir été aménagé, bien des années plus tôt.

Il croisait le fer avec ses camarades chevaliers, revêtus comme lui de l'armure grise d'Hyrule et ornée du seau royal rouge sur fond blanc. Le jeune homme pirouetta sous le regard sévère du capitaine de la garde de la forteresse d'Akkala et lança un dernier assaut avec son épée d'entrainement, désarmant son adversaire du jour.

_ Tu t'améliores à chaque visite, Link, c'est impressionnant. Beaucoup de chevalier tuerait pour avoir ton talent à l'épée.

Il ne pouvait que hausser les épaules, sachant très bien qu'aucune réponse n'était appropriée. A quoi bon parler dans ce cas ? Si ses amis au sein de sa petite unité à la citadelle d'Hyrule se fichait comme d'une guigne qu'il soit meilleur qu'eux ou encore le fils du capitaine de la garde de la citadelle d'Hyrule, à Akkala il en allait autrement. Il n'était venu avec son père que pour une simple inspection des lieux, mais s'était forcément retrouvé défié par les plus envieux des chevaliers de la place. Il leva les yeux vers le pont permettant de franchir le gouffre au fond duquel il se trouvait, aménagé en place de parade et d'entrainement, puis les leva encore, plus loin, vers le ciel d'azur qu'un faucon fendait à cet instant.

Pourquoi avait-il fallut qu'il naisse prodige de l'épée ?

Link fronça les sourcils en contemplant les ruines en contrebas du pont. Si la silhouette de cette immense forteresse lui paraissait familière, c'était donc parce qu'il était déjà venu en ces lieux, dans une autre vie oubliée. Il mit pied à terre et s'approcha du parapet pour s'y accouder, laissant son regard se perdre dans le lointain. Sa main se leva pour toucher la poignée de son épée Zora dépassant au-dessus de son épaule.

L'ancien lui avait-il vraiment regretté d'avoir choisi la voie de l'épée ?

Un hurlement mit un terme à ses pensées.

Le jeune homme se redressa vivement et scruta l'autre côté du pont. Un groupe de Moblins noirs et bleus chargeait un pauvre voyageur courant en tout sens pour leur échapper. Link le vit disparaitre derrière une petite colline, les monstres à ses trousses. Il remonta immédiatement sur Sulkik et s'élança au grand galop pour venir en aide au pauvre homme. La pensée qu'il pouvait s'agir d'un piège des Yigas lui traversa l'esprit. C'était de cette façon que Ghoji l'avait trompé, après tout, lorsqu'il se dirigeait vers le village d'Elimith.

Mais en arrivant de l'autre côté de la colline, il eut la certitude que l'homme n'était pas un Yiga. Il était acculé au bord du précipice par le groupe de monstres, sur un pont en partie effondré. L'homme aperçut Link et agita les bras.

_ Va-t-en vite, avant qu'ils ne t'attaquent toi aussi !

Le jeune homme tira son épée pour toute réponse et sauta à bas de sa monture. Il chargea les Moblins.

Cent ans plus tôt, il s'était battu dans la forteresse de l'autre côté du gouffre contre ses collègues chevaliers, simplement pour les remettre à leur place et faire cesser les moqueries tombant sur lui comme de la pluie, il s'en rappelait alors que sa lame fendait cette fois les chairs des monstres pour sa propre survie et celle de l'inconnu.

Que certains lieux ravivent ses souvenirs était-il une bonne chose ? Ou alors cela signait-il le début de sa propre fin ?

Link repoussa avec son bouclier de voyageur l'espadon de mauvais acier brandit par un Moblin noir plus grand que les autres. Il feinta sur la droite avant de faire passer son épée dans la main gauche et de porter un coup fatal.

Ainsi donc, il savait se battre avec ses deux mains…

Il ne s'attarda pas sur ce détail et acheva le reste des monstres sans récolter de blessures. Les Yigas avaient été tellement plus retors…

Le voyageur le regardait avec effarement, la bouche ouverte et les yeux écarquillés.

_ Tu es fort… Ah, pardon, je ne t'ai même pas remercié de m'avoir sauvé ! Comme tu es tout gringalet, je pensais que tu te ferais tuer, mais je me suis trompé ! Je m'appelle Fenouh.

Avec un sourire, l'homme tendit la main à Link. Le jeune homme le scruta avec attention. L'homme devait avoir une petite trentaine, il avait un visage plutôt beau encadré par des cheveux blonds flottant au-dessus de ses épaules, une frange ombrant son front. Si son pantalon et ses bottes de voyage avaient l'air de bonne qualité, la côte de maille qu'il portait, frappée d'un oiseau stylisé rouge sur champ blanc, semblait avoir au moins un siècle, et l'attaque des Moblins l'avait abimée plus encore.

Link décida que cet homme n'était pas dangereux comme l'avait été Ghoji et serra sa main en se présentant à son tour avant de désigner le sang coulant entre les mailles de l'épaule.

_ Vous êtes blessé.

_ C'est celui avec l'espadon qui a fait ça. J'ai réussi à contrer une bonne partie de l'attaque avec mon bouclier, mais il n'a pas tenu et la pointe m'a éraflé, ce n'est pas grand-chose.

_ Il faut soigner ça, je connais un chevalier qui a été blessé de façon similaire mais n'a pas jugé utile de se soigner. La gangrène s'est installée dans son bras et l'a fait pourrir. Le chevalier est mort dans d'atroces souffrances, son capitaine a dû l'achever.

Link fronça les sourcils en parlant, se demandant d'où lui venait cette histoire qu'il savait pourtant être vrai. Il en avait l'intuition… Sans doute lui venait-elle de son ancienne vie. Cela dit, qu'elle soit une pure invention ou non, elle convainquit Fenouh de se soigner. Link sorti onguent et bandages propres de sa sacoche de selle et aida son compagnon d'infortune à nettoyer et panser sa blessure moins superficielle qu'il ne voulait l'admettre.

L'après-midi touchait à sa fin lorsqu'ils terminèrent.

_ Tu vas explorer la forteresse, Link ?

_ Oui, je voudrais atteindre la tour à son sommet.

_ Mieux vaudrait attendre demain. La nuit va tomber et ce n'est déjà pas commode d'y aller en pleine journée…

Le jeune homme ne pouvait qu'être d'accord. Ils gravirent la petite colline pour installer un campement sommaire à son sommet. Le feu les rendrait certes plus visible, mais au moins verraient-ils les monstres approcher. La nuit en regorgeait…