Chapitre 18 : Memory Girl
Le vieux phare reconverti en laboratoire antique se trouvait sur une pointe rocheuse dominant la mer. Le chemin avait été calme pour monter jusque là, interrompu seulement par un petit groupe de Bokoblins en vadrouille et par la découverte inopinée d'un sanctuaire à proximité du relais de l'est d'Akkala.
Le vent chargé d'iode ébouriffait les cheveux de Link alors qu'il regardait le bâtiment avec curiosité. Des dizaines de carcasses de Gardiens jonchaient les alentours, tous à moitié dévorés par les herbes folles. Au nord, perdu dans l'océan, le jeune homme distinguait un curieux complexe noyé dans les brumes, beaucoup trop rectiligne pour être naturel. Quelque chose de dangereux et d'oppressant se dégageait de ce monolithe lointain, et Link s'en détourna bien vite pour revenir au laboratoire.
Des cris lui parvinrent de l'intérieur, attirant son attention. Il songea immédiatement à une attaque et se précipita vers la porte de bois ferré à l'aspect solide. Cette dernière s'ouvrit à la volée alors qu'il se trouvait juste derrière et le heurta de plein fouet, l'envoyant rouler dans la poussière du chemin avec un gout de sang sur la langue.
Une femme visiblement Sheikah sorti comme une furie du laboratoire, ses cheveux blancs s'échappant de son chignon en mèches désordonnées, renforçant son aspect de fureur pure.
_ Si tu l'aimes tant que ça, ta machine, tu n'avais qu'à l'épouser elle et pas moi ! Espèce de vieux salopard !
Un tout petit homme d'un âge vénérable sorti en courant alors que la femme s'éloignait, Sheikah lui aussi. Aucun d'eux ne prêtait la moindre attention à Link toujours assit dans la poussière et bien trop sonné pour réagir.
_ Mais enfin ma chérie, où vas-tu aller ?
_ Chez Nad, notre fils, tu te souviens ?! Celui que tu n'aurais jamais put avoir avec ta maudite machine ! Lui au moins préfères les humains aux créatures artificielles !
La femme repoussa le vieil homme qui tomba sur les fesses à quelques pas de Link. Elle s'éloigna d'un pas furibond sans le moindre coup d'œil en arrière. Le vieillard et Link se regardèrent avec la même expression un peu stupide. Le premier finit par sourire joyeusement.
_ Tiens ! Bonjour Link, ça faisait longtemps ! Navré que tu ais assisté à ça, ma femme Jérine a un sacré tempérament !
Link cilla, de plus en plus perdu, alors que le petit vieux se relevait avec un dynamisme étonnant pour son âge. Il avait l'air d'avoir au moins cent ans, et sa femme moitié moins, du peu qu'il avait réussi à en voir. Il se releva avec prudence et scruta avec attention le vieillard. Il semblait parfaitement le connaitre et l'entrainait à l'intérieur du laboratoire en lui demandant où était passé sa tunique bleue.
_ Ma quoi ?
_ Tu ne te rappelles pas ? C'est logique je pense, j'aurais dû m'en douter, et Pru'ha disait que ça risquait d'arriver. Je suppose que tu ne te souviens pas de moi non plus. Je m'appelle Faras. Il y a cent ans, j'étudiais la technologie antique avec la princesse Zelda et Pru'ha ; et puisque tu étais le chevalier servant de la princesse, tu étais forcément là, toi aussi. Un garçon bien taciturne, tu ne décrochais jamais un mot, sauf pour dire que tu allais manger un morceau. Je me souviens que tu avais un sacré appétit, à l'époque, c'est toujours le cas ? Tu veux te joindre à moi pour manger ?
Le vieillard ne paraissait pas avoir reprit son souffle de toute sa tirade, et débordait encore d'énergie.
Link accepta son offre sans se faire prier, le lapin chassé dans le bois de la Grande Fée n'étant plus qu'un lointain souvenir avec toute la route parcourue à pied. Et puis il serait bientôt l'heure de diner, le soleil déclinant doucement à l'ouest le lui indiquait tout autant que son estomac gargouillant.
Faras posa une marmite dégageant un délicieux fumet d'épices sur une tale de bois déjà dressée. Link observa l'intérieur du laboratoire pendant ce temps-là. C'est une vaste pièce circulaire en bois, aux murs couverts de livres et de schémas. Une machine à l'apparence étrangement humaine, toute noire brillant de bleu pour former son visage trônait au centre de la pièce, cliquetant doucement.
_ C'est ma machine qui t'intrigue ? Je te comprends, elle est si belle… Je te présente Cherry ! C'est d'elle que parlait ma femme lorsque tu nous as vus nous disputer. Nous allions passer à table et j'ai dit que c'était dommage que Cherry ne puisse pas gouter à la cuisine de ma femme. Jérine n'a pas aimé et tu as bien vu la suit.
_ Est-ce que ça va aller, avec votre épouse ?
_ Mais oui, ça arrive souvent ce genre de scène ! Elle est jalouse de ma relation avec Cherry. Jérine reviendra lorsqu'elle sera calmée. Mange donc, Link, ça va refroidir !
Pour un si petit homme, Faras avait de l'appétit. Il engloutissait son curry à grands coups de cuillère en bois, accompagné de franches rasades de bières et de pain blanc encore tiède.
_ Dis-moi plutôt, Link… Qu'est qui t'amènes jusqu'ici ? Puisque tu ne te souviens pas de moi, je doute que ce soit l'envie de revoir un vieil ami !
_ J'ai besoin de flèches archéoniques, et on m'a dit que je pourrais en trouver ici.
_ Tu as frappé à la bonne porte ! Ma petite Cherry t'en fabriquera en un tour de main ! Mais mangeons d'abord. Tu reveux du riz ? De la viande ? C'est du sanglier, je l'ai chassé dans le petit bois au nord d'ici. Je dois y aller régulièrement pour alimenter en flamme bleue le fourneau antique à l'entrée du laboratoire, j'en profite pour chasser !
Link se resservi de bon cœur. Ce Faras lui était fort sympathique et, en le regardant avec attention, il lui semblait même vaguement se rappeler d'un grand jeune homme lui ressemblant, avec déjà ces cheveux blancs partant comme des ailes sur son crâne et ce dynamisme débordant.
_oOo_
A l'ouest du laboratoire antique d'Akkala se dressait le majestueux volcan d'Ordinn, crachant lave et magma sans discontinuer. Il régnait sur ses flancs une chaleur intense qui pourtant ne dérangeait pas Asahi. La Yiga observait le village Goron en contrebas avec un petit sourire en coin particulièrement satisfait.
_ Regarde-les, Ghoji… Ils ne savent que pleurer et prier la Déesse pour que quelqu'un vienne les aider… Ils n'ont pas encore comprit qu'ils vont mourir.
_ Ce n'est que justice. Myrthie est vengée.
_ Myrthie… Elle était si jeune… Son seul crime a été de vouloir découvrir le monde. Son tout premier voyage à travers Hyrule, j'ai l'impression que c'était hier qu'elle prenait le départ, alors que cela fait déjà trois ans… Il ne fait pas bon d'être Yiga sur cette terre.
_ Elle devait simplement être curieuse en voyant un Goron sur la route, mais lui l'a tuée sans autre forme de procès, simplement parce qu'elle portait le rouge œil pleurant inversé de notre clan.
Asahi serra les poings, ses yeux écarlates lançant des éclairs de rage. Un Goron avait assassiné l'une des leur, elle assassinerait le peuple entier. Trois longues années… mais les Yigas étaient patients, et n'oubliaient jamais. Quand la Créature Divine avait commencé à s'agiter, son peuple avait vu l'opportunité d'enfin prendre sa revanche.
A ses côté, Ghoji scrutait avec autant de colère les Gorons mourant de faim au cœur même de leur village. Il retira son masque, révélant un visage marqué par les années mais dont les yeux d'un vert un peu délavé possédaient une grande sagesse.
_ Lieutenant !
Asahi se retourna et descendit de son perchoir en voyant l'un de ses sbires arriver, le rouge de ses vêtements assombrit par endroit d'un pourpre plus sinistre.
Ghoji sauta à son tour et se précipita vers le blessé.
_ Maih ! Mon frère ! Que t'est-il arrivé ?!
_ Nous sommes tombé sur le Héros des Landes… Il a massacré les autres, j'ai réussi à m'enfuir pour vous prévenir… Nous l'avons blessé, mais c'est un route passante, il a dû être sauvé… Pardonnez-moi d'avoir fuis…
_ Ce maudit Link… J'aurais dû le tuer sur le chemin d'Elimith…
Ghoji grinça des dents en se glissant sous le bras de son frère pour le soutenir. Il y avait une certaine ressemblance entre les deux hommes, possédant le même regard délavé. Asahi secoua la tête et posa sa main sur l'épaule du blessé. Maih avait été son maitre d'arme, elle le savait tellement fort, alors le voir blessé ainsi la peinait.
_ Vous n'êtes pas à blâmer, ni l'un, ni l'autre… Maih, je suis désolée, moi aussi j'aurais put tuer ce salopard au village de Cocorico, mais je voulais le laisser à mon père. C'est son ancêtre que le Héros a tué, c'est à lui que reviens le droit du sang… Ghoji, emmène Maih au camp de base et soigne-le. Vous prendrez les chevaux les plus rapides et rentrerez au repaire le plus vite possible, je ne veux plus vous voir prendre de risque. Je préfère des lâches en vie que des courageux morts.
_ A vos ordres… Merci.
Asahi sourit doucement et les regarda partir avant de remonter à son poste d'observation. Elle leva les yeux vers le ciel encombré de cendres volcaniques et soupira. Ses yeux rouges brillaient d'une rage meurtrière difficile à contenir.
_ J'aurais ta vie, Link… Et ce jour-là, tu regretteras d'être venu au monde.
_oOo_
Le lendemain matin, dans la région d'Akkala, le soleil pointait à peine ses premiers rayons que Link quittait le laboratoire antique, son carquois rempli de dix flèches archéonique. Il avait passé la nuit là et fait la connaissance de la machine Cherry. Son intelligence était troublante, si proche de celle d'un humain qu'il en devenait difficile de faire la différence. Faras avait avoué qu'il n'avait en vérité pas bridé l'intelligence de sa machine mais qu'elle le faisait toute seule lorsque Jérine était dans les parages.
Link marchait derrière sa propre ombre en s'amusant de sa taille démesurée. Un éclair bleu passa soudainement devant ses pieds et s'enfonça dans le taillis bordant le chemin. Intrigué, le jeune homme se lança à sa poursuite.
C'était une chose toute petite, sans doute un animal, qui brillait en bondissant entre les hautes herbes. Rapide, Link ne pouvait qu'entrapercevoir ses longues oreilles. Courir après la créature l'éloigna du chemin mais l'amusait. Il aimait cette curieuse partie de chasse, cette sensation familière de pister le gibier… Il bondit en avant mais la créature lui fila au bout des doigts. Sa fourrure était douce lorsqu'il la frôla, lui donnant davantage encore envie de l'attraper.
Il s'éloigna du chemin pour poursuivre à travers une plaine vallonnée. La créature bondissait à toute vitesse en prenant des virages imprévisibles. Link se jeta à nouveau en avant pour le rattraper et parvint cette fois à refermer ses bras sur la petite bestiole. Il n'avait pas prévu en revanche de bondir tout droit dans un large trou dans le sol. Il dégringola une paroi rocheuse abrupte, protégeant la petite bête de son mieux. Sa chute s'arrêta finalement dans un petit étang où florissaient les nénuphars. Link attrapa la créature par la peau du cou et l'examina avec un air émerveillé.
_ Qu'est-ce que tu es, toi ?
Elle ressemblait à un lapin bleu azur, avec d'étranges oreilles rappelant des feuilles de fougère dorée. Sa face en forme de cœur était plus claire que le reste de son corps, faisant ressortir l'orangé de ses grands yeux ronds.
La créature pencha la tête sur le côté en dévisageant Link avait de disparaitre dans un nuage de flocons lumineux, laissant quelques rubis dans les mains du jeune homme.
_ Drôle de bestiole… Il était mignon ! Ça avait l'air bon…
Il se releva, l'étang peu profond lui arrivant en dessous des genoux. Le jeune homme rejoignit la terre ferme, un chemin de pierre cerné par l'eau. L'étang entourait également une haute statue de la Déesse, de petites cascades coulant le long du mur rocheux derrière. L'espace où se trouvait Link était circulaire, et dégageait une atmosphère paisible et pure.
Les ruines de pierre menant à la statue avaient dû être majestueuses, quelques siècles plus tôt, mais le temps les avait détruites. Ces lieux étaient… familier…
La jeune fille aux cheveux d'or lui tournait le dos, prostrée dans l'eau glaciale, les mains jointes. Link ne pouvait que monter la garde alors qu'elle priait la Déesse avec ferveur depuis des heures.
_ J'ai beau prier, ça ne sert à rien… Mon père me réprimande sans cesse, je me concentre trop sur mes recherches au sujet de la technologie antique et pas assez sur l'éveil de mes pouvoirs…
Link la vit frapper l'eau de ses poings sous l'effet de la frustration. Elle semblait se parler à elle-même plus qu'à lui.
_ Je prie depuis mon âge le plus tendre, j'implore la Déesse, en vain… Ma mère me parlait de la présence qu'elle sentait au fond d'elle, des voix divines qu'elle entendait… Mais moi je ne ressens rien de tout ça… Comment éveiller mon pouvoir, si ce n'est pas la prière et la dévotion ? Urbosa m'a raconté qu'il n'avait suffit que d'une séance à ma mère pour éveiller le sien, alors pourquoi ça ne marche pas ? Qu'est-ce qui cloche chez moi ?
Link se retourna pour observer la jeune fille. Il aurait voulut la tirer de cette eau glaciale où ses lèvres bleuissaient à force de prier, la prendre dans ses bras et la réconforter, mais ça ne se faisait pas. Elle était princesse et lui vulgaire chevalier. Et en plus elle le méprisait, il le sentait dans son attitude à son égard, dans le moindre de ses mots et à la façon d'éviter son regard…
Link secoua la tête pour revenir au présent. Il les récupérait dans le désordre, ses souvenirs, il le savait. Sa lumière oubliée le méprisait lorsqu'ils étaient venu à cette source, pourtant il se souvenait d'elle lorsqu'il lui avait présenté sa maison, bien plus heureuse.
Il observa la statue de la Déesse avec scepticisme. Est-ce que prier avait suffit à la princesse pour éveiller son pouvoir ? Il en doutait.
Le flash de Lumière la plus absolue surgit du néant alors que sa vie le quittait par ses innombrables blessures… la douleur vrillant son corps…
Non, ne pas se souvenir de ça. Jamais, à aucun prix.
Le jeune homme tourna les talons et se dirigea vers la sortie de la source, si c'en était bien une, creusée dans la roche. Link se retrouva de l'autre côté, dans ce qui ressemblait à un gouffre hérissés de piliers rocheux naturels et d'arbres plusieurs fois centenaires. D'autres au contraire étaient très jeunes, et certains semblaient avoir été pulvérisés par une force colossale. Link leva les yeux en voyant une ombre se découper sur la roche et recula à l'abri du petit tunnel d'où il venait d'émerger.
Un Gardien volant passa sans le voir. Le jeune homme tira sans bruit une flèche archéonique de son carquois et examina la pointe s'illuminant d'une énergie bleue étrange. La technologie Sheikah ne cesserait jamais de l'émerveiller. Sauf les sanctuaires et leur moyen de téléportation. Ça, c'était une chose qu'il ne voulait plus connaitre. Il encocha sa flèche et visa le Gardien dont l'œil balayait le sol à la recherche d'une cible. Cet œil se retrouva dans sa ligne de mire et il relâcha la corde.
La flèche vrombit curieusement dans l'air et atteignit sa cible. Le Gardien explosa à l'impact et ses pièces s'éparpillèrent sur le sol. Link s'avança dans ses restes et récupéra sa flèche intacte.
_ Je n'en ai pas beaucoup, mais je vais pouvoir les réutiliser.
Il la rangea et reprit son chemin.
Deux autres Gardiens volant succombèrent sous ses flèches le temps qu'il atteigne la sortie du gouffre. Il retrouva là le chemin que l'étrange lapin bleu lui avait fait quitter et le suivit à travers un petit bois rempli de gibier.
Il chassa un oiseau bien dodu à la chair savoureuse une fois cuite. Il l'accompagna d'un drôle de gros radis rosé en forme de cœur arraché de terre, au gout sucré.
Le jeune homme finit par atteindre un relais que sa carte lui désigna comme celui du sud d'Akkala. C'était dans ce relais que Fenouh avait promit de déposer Sulkik. Il espérait que l'homme rencontré aux abords de la forteresse était honnête. Dans le pire des cas, sa jument le lui ferait regretter.
Mais sa méfiance était inutile, et il retrouva Sulkik et Fenouh, qui ne semblait pas avoir envie de repartir tout de suite. L'homme salua Link d'un large sourire avenant et s'avança vers lui.
_ Heureux de te revoir ! Encore merci de m'avoir prêté ta jument ! C'est une brave monture, et très intelligente. Je m'inquiétais de ne pas te voir revenir de la forteresse, je l'avoue.
Link se contenta d'un hochement de tête devant cette avalanche de bavardage.
_ Tu vas reprendre la route ?
_ Oui, je dois aller au village Goron. Je vais tenter de rejoindre le relais du pied de la montagne avant la nuit.
_ Alors mets-toi en route sans tarder, la route est longue jusque là-bas ! Je suis content d'avoir fait ta connaissance. J'espère te croiser à nouveau, à l'occasion. Pour ma part, je ne vais pas tarder à rentrer chez moi. Si tu passes par le village d'Ecaraille, dans le sud-est d'Hyrule, n'hésite pas à demander Fenouh !
_ Je n'oublierais pas !
Link salua l'homme et retrouva Sulkik avec joie. Il put lui remettre ses sacoches de selle et reprendre la route quelques minutes plus tard.
_oOo_
Un peu au sud de la position de Link, à proximité du Domaine Zora, Sidon faisait tournoyer ses deux lances. Elles s'envolèrent l'une après l'autre, arrachées de ses mains par la force impitoyable du modeste trident de bois de Sélène. L'aveugle lui envoya la hampe de son arme dans les jambes, le faisant finalement tomber lourdement sur l'herbe et rejoindre ses deux lances.
_ Je me rends, tu gagnes… pour la troisième fois.
_ Sur trois, un bon score.
_ Comment tu fais pour savoir où je suis à chaque fois ?
_ Tu respires trop fort, et tu as le pas lourd. Encore moins discret qu'une baleine en plein saut.
Sidon regarda l'aveugle dont le hideux sourire était un brin malicieux. Il devait bien être le seul à le trouver beau, ce sourire. Il accepta le trident qu'elle tendait dans sa direction pour l'aider à se relever.
_ Dis-moi Sélène, est-ce qu'un petit voyage en ma compagnie te plairait ?
_ Tout dépend de la destination.
_ Sans doute le lac Hylia. La femme de Nelsine n'est toujours pas revenue, et il s'inquiète de plus en plus. Même leurs enfants commencent à s'en faire.
_ Tu as envie d'aller la chercher, c'est ça ?
_ C'est moi le prince. Maintenant que la menace de Ruta est écartée, le Domaine ne risque plus rien et je me dois d'aider mon peuple.
_ Oui… Bon, on dirait que je n'ai pas le choix !
Sidon sourit joyeusement.
_ Tu vas venir ?
_ Sidon, si je te laisse partir tout seul, tu te perdras à ton tour et je devrais voler à ton secours. Alors autant que je sois déjà là. Parfois, je me demande lequel de nous deux est aveugle.
Le prince Zora éclata de rire et attira Sélène dans ses bras. Il la fit tournoyer, lui arrachant un cri de surprise, avant de la reposer sur ses pieds et de l'embrasser.
_ Tu es merveilleuse !
_ Et toi un sacré profiteur…
Il pouvait pourtant parfaitement discerner l'amusement dans le ton de sa voix.
