Chapitre 10

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Rémus se sentait lourd, comme si son corps pesait plusieurs tonnes et que l'attirance de la Terre s'était soudainement démultipliée. Même son esprit avait du mal à fonctionner correctement, comme prisonnier de ce poids, de cette masse. Il mit une éternité à sortir de sa profonde torpeur et quand sa conscience refit surface, il prit encore de longues minutes à réaliser qui il était, quand et où il était, ce qu'il faisait là et pourquoi.

Il était à Poudlard. Avait-il raté un cours ? Non, il avait quitté les bancs de l'école depuis de nombreuses années. Plusieurs épisodes de sa vie repassèrent devant ses yeux et il avait l'impression qu'ils étaient tous plus tristes les uns que les autres. Non, son dernier souvenir était celui de deux enfants qui avaient besoin d'aide, besoin d'amour et qui étaient symbole d'espoir.

Rémus se fit violence pour se lever, mais son corps protesta, il était complètement engourdi. Il n'avait plus l'habitude d'être envahi par tant de pensées. Son loup l'avait protégé, comme anesthésié, enfouissant ses idées moroses, déprimantes, voire légèrement suicidaires, parfois. Il fallait qu'il sorte de ce cercle vicieux et se reprenne. Qu'il reprenne du poil de la bête, sans mauvais jeu de mot.

Quelle heure était-il ? Où était sa baguette ? Une image se matérialisa sous ses paupières, envoyée directement par son alter-ego à griffes. Il l'avait laissé dans le coffre, sous le lit de la chambre où il passait ses nuits de pleine lune durant sa scolarité, dans la cabane hurlante. Il n'avait donc aucun moyen de savoir combien de temps il avait dormi. Trop, sûrement, il était arrivé tellement épuisé, exténué. Mais il devait se lever, se rendre présentable autant que faire se peut. Puis, il voulait rencontrer ces garçons, ils devaient être si grands maintenant. Se souvenaient-ils de lui ? Quel âge avaient-ils ? Il avait été absent si longtemps.

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Harry et Blaise atteignirent la Grande Salle en silence, tous deux perdus dans leurs pensées.

- Bah alors ? Il s'est passé quelque chose ? Demanda Gaëlian qui les attendait devant la porte. Vous en tirez une tête !

Les deux Serpentard relevèrent la tête d'un même geste. Blaise étudia un court instant son vis-à-vis avant de hausser les épaules.

- Certains camarade de Maison s'en sont pris à Harry.

À ces mots, le visage de Gaëlian se transforma. Le jeune homme fronça les sourcils et son frère fut inquiet de ce changement drastique dans sa posture qui devint soudainement menaçante.

- Qui ?

- Drago Malefoy, mais c'est un imbécile jaloux, rien de plus. Ceux qui posent un peu plus problème, c'est sa clique de Sangs-purs conservateurs et rétrogrades.

Gaëlian grogna :

- Mmm, m'en parle pas. De vrais boulets ! Mais faites attention. Si eux ne peuvent pas grand choses, surtout entre les murs de Poudlard, leurs pères, eux sont des hommes d'influence, souvent bien placés au Ministère et pouvant réellement causer du tort à n'importe qui. N'en ayez pas peur, mais ne les sous-estimez pas, c'est ce que m'a toujours répéter Albus à leur sujet.

Blaise acquiesça facilement, mais Harry, lui, fut encore plus inquiet. Son frère le sentit immédiatement par leur lien et son regard, à nouveau calme, se posa sur lui.

- Tout va bien Harry. Tu ne crains vraiment rien ici. Et, tu ne le sais probablement pas, mais la famille Potter est loin d'être insignifiante, aucun d'entre eux ne sera une véritable menace pour toi. Ce sont des roquets, fiers et arrogants qui peuvent montrer les crocs et impressionner, mais qui ne mordent pas. En tout cas, ils ne nous mordrons pas nous.

Il se tourna vers l'autre Serpentard et ajouta :

- Je crois qu'il en est de même pour les Zabini.

Blaise grimaça.

- Nous n'avons certainement pas la même influence que vous dans le monde sorcier britannique, mais notre poids est suffisant pour me protéger à Poudlard.

- Bien. Ainsi, tu ne seras pas une cible, ni Harry à travers toi. Par contre, ne baissez pas la garde non plus. Les Serpentard, et ceux là en particuliers, peuvent être retords et … Un accident est si vite arrivé … Si vous voyez ce que je veux dire.

- Oh, je vois parfaitement ! Commenta Blaise.

Puis il se tourna vers Harry, conscient que son ami pouvait être angoissé par cette nouvelle pression.

- Ne t'inquiète pas, Harry. Je ne te lâche pas d'une semelle !

Il lui fit un clin d'œil et un sourire mutin, lui donnant l'air canaille, ce qui fit glousser son ami et lui redonna un peu de baume au cœur. Gaëlian, satisfait de cette conclusion, tapa dans ses mains et lança joyeusement :

- Bon, on va manger ? Je meure de faim !

Et tous les trois rejoignirent la table des vert et argent, s'installant à son extrémité. Ron, l'ami de Gaëlian ne les avait pas suivit.

- Il n'est pas très à l'aise avec cette maison et certaines fréquentations qui s'y trouve, avait expliqué le Gryffondor du trio.

Ça ne dérangeait pas vraiment ni Harry, ni Blaise qui ne le connaissaient de toute façon que très peu. À peine avaient-ils été présentés, mais n'avaient jamais échangé, sur quel que sujet que ce soit.

Le repas était bien entamé quand Harry remarqua que son frère se frottait le front.

- Tu vas bien ? Demanda-t-il timidement. Tu as mal à la tête ?

Gaëlian, qui avait baissé la tête pour mieux masser ses tempes, se redressa et plongea son regard dans celui identique de son jumeau.

- Ouai … J'ai eu cours de DCFM et j'ai une migraine depuis. Ça s'est un peu atténué quand je vous attendait dans les couloirs, mais c'est revenu depuis le début du repas …

Sa bouche se tordit un peu et Harry put presque sentir le malaise de son frère.

- Tu devrais en faire part à quelqu'un, il y a sans doute quelque chose à faire … Y a-t-il des médecins dans le monde sorcier ? Demanda-t-il maladroitement en jetant un œil à Blaise.

- Des médecins ? L'interrogea son ami semblant s'étonner.

Harry fut un instant confus. Pourquoi son ami ne pensait-il pas que c'était la chose à faire. Est-ce que ce genre de personne n'existait pas dans le monde sorcier ? Est-ce que la magie résolvait ce genre de problème d'un coup de baguette ? Si c'était le cas, il était bien embêté, il ne connaissait aucun sort capable de soulager son frère.

- Harry parle de médicomages, de soignants, d'infirmiers, de docteurs, reformula alors Gaëlian, éclairant les deux Serpentard sur leur méprise mutuelle.

- Oh ! S'exclama Blaise.

- Bien sûr que le monde magique en a, répondit Gaëlian. Il y a même un hôpital à Londres, Sainte Mangouste. Mais ici, à Poudlard, je devrais aller voir Poppy, Mme Pomfresh, l'infirmière du château. Elle me soulagerait sûrement rapidement, mais comme la douleur semblait passé après le cours, je n'ai pas jugé bon d'y aller. J'ai eu tort, de toute évidence.

- Alors, tu iras après, suggéra Harry. En attendant, bois un grand verre d'eau, ça me soulage toujours lorsque j'ai mal à la tête, en fin de journée, parce que j'ai trop travaillé …

- Tu as raison, approuva Gaëlian.

Il fit suivre le geste à la parole et engloutit un grand verre d'eau fraîche. Il soupira ensuite de contentement. Ce n'était pas miraculeux, mais il se sentait au moins un peu mieux. De toute façon, il fallait que ça fasse l'affaire jusqu'à la fin du repas.

- Au fait, comment avez vous fait pour « découvrir » que certains Serpentard n'étaient pas fréquentables ? Que s'est-il passé ?

Blaise rapporta alors les faits qui s'étaient déroulés juste avant le dîner, sans rien omettre de l'altercation, ni du rôle de chaque protagoniste. Il tut, cependant, la petite crise d'angoisse que Harry avait fait ensuite dans leur dortoir. Si son ami voulait en parler à son frère, c'était à lui de le faire.

- Alors comme ça, tu vas passer les sélections pour entrer dans l'équipe de Quidditch ? Dès ta première année ? Mais c'est génial, ça ! C'est une première depuis au moins cent ans ! Tu te rends compte ? Le plus jeune joueur depuis un siècle !

- Je ne suis pas encore pris dans l'équipe, modéra Harry rouge de gêne.

- Pff ! C'est comme si c'était fait ! Intervint Blaise avec un geste de la main. Tu l'aurais vu volé, ajouta-t-il à l'attention de Gaëlian. Un oiseau ! Il s'est débrouillé comme un chef ! Et c'était la première fois qu'il volait !

Blaise décrivit le cours de vol durant lequel Harry s'était fait remarqué, relatant chaque détail et grossissant parfois un peu les traits. Ce que lui reprocha d'ailleurs son ami, devenu écarlate. C'était la première fois que quelqu'un montrait ce genre de chose pour lui, une sorte de fierté pour un acte qu'il avait fait de lui-même, sans l'aide de personne. Et cela lui procura une douce chaleur dans la poitrine.

Harry fut alors poussé par son frère aussi.

- Je veux voir ça ! S'exclama-t-il surexcité. Et fermer le clapet de Malefoy au passage, c'est un bonus !

Il claqua des mains, comme s'il allait lui même jouer un bon coup au petit blondinet si arrogant de Serpentard. Il se perdit un instant dans ses pensées, s'imaginant sûrement une scène où son frère mettait une raclée au petit prétentieux, le remettant à sa place. Avant de poursuivre un peu plus sérieusement :

- Passe les sélections, Harry. Même uniquement pour toi. D'après ce que dit Blaise, tu as vraiment toutes tes chances et tu as toi même avoué avoir aimé ça, alors n'hésite pas, deviens attrapeur ! J'aimerai bien, moi aussi, entrer dans l'équipe. J'aime beaucoup le Quidditch !

- Qui ne l'aime pas ? Rétorqua Blaise avec une moue comique.

Harry demanda à nouveau quelles étaient les règles et son ami et son frère se firent un plaisir de lui expliquer en détail tous les aspects du jeu, relatant des anecdotes qui étaient arrivées dans des matchs professionnels et échangeant sur les différents scores et niveaux des plus grandes équipes connues. Harry, entraîné par tout cet enthousiasme, finit par acquiescer et promettre qu'il passerai les sélections.

Ils continuèrent à parler de Quidditch jusqu'à ce que la salle soit pratiquement vide. D'ailleurs, Blaise réalisa soudainement le vide autour d'eux et ils s'aperçurent de l'heure. Il fallait qu'ils aillent en métamorphose tous les trois. Ils avaient un cour théorique commun avec la professeure McGonagall. Ils avaient déjà eu leur premier cours pratique et elle leur avait demandé de lire les trois premiers chapitres de leur manuel, ceux-ci formulaient une définition de la discipline et une très brève explication sur ses principes primordiaux.

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