Chapitre 12

.

Rémus avait été contrarié de devoir attendre un jour supplémentaire pour rencontrer les jumeaux, mais il l'avait été plus encore lorsqu'il avait appris pourquoi. Il s'était pleinement rétabli physiquement, le mental suivrait dès qu'il aurait constaté la bonne santé des deux garçons qu'il était venu voir. Il avait épluché toutes les coupures de journaux fournis par Albus et n'avait pas décoléré.

Harry avait vécu toute son enfance chez Pétunia, quand Gaëlian avait été élevé par l'Ordre. Quelle était cette absurdité ? Qui avait proposer la séparation des jumeaux ? Plus qu'une absurdité, c'était une aberration ! Il craignait que cela n'ait des conséquences aujourd'hui sur leur relation et espérait vraiment que ce ne soit pas le cas.

Il finit de boutonner la plus belle chemise qu'il avait pu trouver dans ce fameux coffre des « objets trouvés ». Elle était loin d'être neuve et à la mode, mais n'avait aucun trou ni tache. Puis il passa un coup de peigne dans ses cheveux, se regarda dans le miroir et grimaça. Il avait toujours un certain nombre de cicatrices sur le visage, témoin de ses années d'errance et nuits de pleine lune. Il n'y avait de toute façon rien à faire, il ne serai jamais beau. Ce fut en soupirant et les épaules basses, mais gardant toujours à l'esprit qu'il devait être optimiste, qu'il parcourut les couloir de l'école jusqu'à l'infirmerie.

De la bonne volonté, il en avait à revendre, et du courage il en avait aussi, en temps normal. Cependant, il avait bien réfléchit à la façon dont il devait se présenter aux garçons, mais n'avait pas trouvé de bonne solution. Il les avait abandonné pendant dix ans, après tout. Il prit une dernière grande inspiration et franchit les portes de l'infirmerie, regardant droit devant lui.

Il progressa comme un automate jusqu'à un espace entouré de paravents qui dissimulaient le seul lit occupé et d'où provenait un bruit tamisé de conversation. Lorsqu'il fut devant l'espace où il aurait enfin une vue sur les personnes de l'autre côté des cloisons, il ferma les yeux et fit le dernier pas. Il entendit alors les conversations cesser, le silence s'installer et perdurer plusieurs seconde. Ce ne fut qu'alors qu'il ouvrit les yeux. Là, devant lui, se tenait deux garçons presque identiques.

Immédiatement, Rémus les identifia comme les enfants de ses meilleurs amis et la fragile apparence qu'il avait maintenu jusqu'à présent s'ébranla. Son visage se décomposa, tous ses membres se mirent à trembler et son souffle se coupa. Il ne tint qu'une poignée de secondes supplémentaire avant de tomber à genoux en larmes.

.

Harry et Gaëlian avaient regardé cet homme s'avancer vers le lit du premier et s'immobiliser avant de s'effondrer. Ils n'y comprenaient rien. Qui était-il ?

Naturellement, Harry tenta de se lever pour aider cet homme qui semblait très mal en point, mais son frère l'en empêcha en barrant son torse de son bras. Le plus petit des deux fixa alors le plus grand et attendit un mouvement de sa part. Gaëlian, lui, se montra plus prudent et préféra observer attentivement le nouvel arrivant pour juger de ses intentions.

- Gaël ? Finit par murmurer Harry pour obtenir une réponse de son frère.

- J'ai l'impression de l'avoir déjà vu, mais impossible de remettre le doigt dessus, rétorqua sur le même ton son jumeau sans quitter leur visiteur du regard.

Il se déroula une autre poignée de longues secondes avant que Gaëlian ne sursaute et ne se mette à fouiller frénétiquement dans l'album photo qui se trouvait encore sur les genoux de Harry. Il tourna plusieurs pages jusqu'à s'arrêter sur une photographie en particulier qui représentait plusieurs hommes autour de deux bébés. Il y avait son frère et lui au centre, tenus par leur père et un grand brun, et deux autres hommes les encadraient. L'un était petit, rondouillard, brun et aux yeux chocolat, l'autre était de taille moyenne au cheveux châtains clairs tirant sur le blond et aux yeux d'une étrange couleur ambre.

- Là, c'est lui ! S'exclama soudainement Gaëlian.

Il fronça les sourcils avant de poursuivre plus bas :

- Albus m'a toujours dit qu'il était mort. Rémus Lupin, se remémora-t-il difficilement.

Son tuteur lui avait parlé d'eux et de leur sort tragique quelque fois, mais cet homme n'avait joué aucun rôle direct dans la mort de leurs parents, ni dans leur séparation et placement respectif, contrairement à Sirius qui avait trahi ses meilleurs amis et filleuls, et Peter Pettigrow, victime du premier.

- « Les Maraudeurs et leur relève », lu Harry sur la légende de la photo. Qu'est-ce que ça veut dire ? Demanda-t-il à son frère en se tournant vers l'homme qui sanglotait au sol.

- Je suis sincèrement désolé, gémit l'inconnu. Je n'aurais jamais dû partir, vous n'auriez jamais dû être seuls. Je suis si désolé.

Harry, le plus prompt à se montrer empathique, lui demanda de venir s'asseoir et de leur expliquer de quoi il parlait. Gaëlian, lui, fronça les sourcils, ayant peur de comprendre que cet homme avait participé d'un manière ou d'une autre à leur situation.

.

Rémus essuya son visage et tenta de reprendre contenance. Il se redressa, déployant son maigre corps, et vint se laisser tomber sur la chaise disposée à côté du lit d'infirmerie qu'occupait celui qu'il savait être Harry. Ses yeux étaient toujours humides et une larme s'en échappait parfois, mais il reprit le contrôle de son souffle et réussi à expliquer :

- Lorsque l'Ordre … Vous savez ce qu'est l'Ordre du Phoenix, n'est-ce pas ?

Gaëlian acquiesça sèchement, tandis que Harry le fit plus doucement, et il poursuivit :

- Lorsque l'Ordre du Phoenix apprit que … Que certaines familles seraient spécifiquement visées par Voldemort, nous avons organisé plusieurs stratégies de mise à l'abri. Cependant, nous savions qu'il y avait un traître parmi nous et tout le monde se méfiait de tout le monde. Je … J'ai été suspecté d'être le Mangemort infiltré parce que je suis … Enfin, ils avaient de bonnes raisons de croire que j'étais du côté de la Magie noire …

- Parce que vous êtes un loup-garou ? Demanda Gaëlian sans pouvoir s'en empêcher.

- Qu'est-ce qu'un Mangemort ? Demanda en même temps timidement Harry à son frère.

- Oh, je vois que vous êtes au courant … Répliqua Rémus gêné.

- Un Mangermort est un partisan de Voldemort, répondit doucement Gaëilan à son frère. Tu te souviens, je t'en est parlé l'autre soir, avec Blaise …

Rémus laissa les deux enfants interagir en les observant, curieux. Il vit donc Harry froncer un instant les sourcils avant de voir son visage s'étirer de compréhension. Malgré la situation, il ne put s'empêcher de le trouver mignon et ce constat lui donna un nouveau coup au cœur.

- Ah oui ! Je me souviens ! Pardon, ajouta-t-il penaud en constatant que l'adulte avait interrompu son discours.

- Je t'en prie, Harry. Pose autant de questions que nécessaire, fit Rémus avec un doux sourire, heureux d'échanger avec eux.

Harry rougit, puis acquiesça et l'adulte continua :

- C'était une période très sombre et on ne se voyait plus beaucoup … La dernière fois que je les ai vu … Vos parents … Ils étaient très angoissés et James m'a envoyé sur les roses et …

- Et comme vous venez de le dire, les temps étaient sombres, Rémus.

Rémus a sursauté à l'intervention d'Albus qui apparut derrière lui.

- James n'a jamais réellement cru que vous étiez le traître, seule la situation l'a poussé à s'écarter de vous. Il ne parlait plus à grand monde, de toute façon, continua le directeur. Même Sirius et moi avons fini par être écartés. Tout ce qui comptait pour James et Lily, à la fin, était la sécurité de leurs bébés. Malheureusement, ça n'a pas suffit.

Rémus eut de nouvelles larmes aux yeux. Ainsi, il n'avait pas été écarté pour la seule raison de sa condition. Il s'en voulu alors encore plus pour son abandon des jumeaux.

- Excusez ma venue impromptue, ajouta Albus avec sa bonhomie typique de directeur bienveillant. Je venais m'assurer que ces jeunes hommes n'oubliaient pas leur repas.

- Oh, oui ! Bien sûr ! S'exclama Rémus très gêné. Je n'avais pas réalisé qu'il était si tard, pardonnez moi.

- Calmez-vous, mon garçon. Il est tout juste midi, mais notre patient ici présent a une certaine capacité à ne pas se soucier de lui.

Harry rougit et Gaëlian se plaça devant son frère de manière protectrice. Albus allait ajouter quelque chose quand une petite voix retentit.

- Vous pouvez manger avec nous, enfin … Si vous voulez …

Rémus se tourna vers Harry, qui venait de faire cette proposition, n'en croyant pas ses oreilles. Albus, de son côté, sourit et tapa des mains comme un enfant.

- Merveilleux ! Fit-il, avant d'appeler : Usty !

Un petit elfe de maison apparut dans un « crack » sonore qui surprit les jumeaux.

- Le grand Maître directeur a appelé Utsy, monsieur ? Que peut faire Utsy pour le grand Maître directeur, monsieur ?

- Apporte donc un plateau repas pour nos trois amis, Utsy, je te prie.

Les oreilles du petit elfe s'agitèrent un instant avant que le petit être ne s'incline profondément.

- Bien sûr, grand Maître directeur, monsieur. Utsy fait ça tout de suite, grand Maître directeur, monsieur.

L'elfe disparut dans un autre craquement bruyant qui fit à nouveau sursauter les deux enfants et, à peine dix secondes plus tard, trois plateaux bien garnis apparurent sur la table de chevet, les genoux de Harry et ceux de Gaëlian. D'ailleurs, de surprise, ils faillirent tous les deux les envoyer valser. Heureusement, grâce à la magie, rien ne se renversa, pas même les verres remplis de jus de citrouille pourtant remplis à ras-bord.

Après cette petite frayeur, le directeur souhaita un bon appétit à tout le monde et s'en alla gaiement. Harry regarda entre son plateau et la porte un long moment, jusqu'à ce que son frère éclate de rire.

- C'est tout lui, ça ! Qu'est-ce qu'il m'agace quand il fait ça ! S'exclama-t-il.

Rémus ne put qu'acquiescer à cette déclaration. Albus était un manipulateur né, il arrivait toujours à ses fins, c'en était désespérant. Il en avait fait plusieurs fois les frais, mais en l'occurrence, il n'allait pas s'en plaindre, puisque ça servait son objectif de parler plus avec les jumeaux pour faire leur connaissance.

Le trio mangeait calmement, dans un silence relatif où seuls les bruits de couverts qui s'entrechoquaient, qui cognaient l'assiette, ou de verres posés sur le bois du plateau retentissaient. Harry jetait de fréquents coups d'œil à l'étranger, l'étudiant discrètement, tandis que son jumeau le faisait ouvertement sans scrupules.

Rémus, lui se sentait très mal à l'aise. Cependant, il était l'adulte, il était celui qui avait déserté depuis tant d'années leur entourage, c'était donc à lui de faire l'effort de se pencher sur eux et non à eux de l'accueillir à bras ouverts.

- Hum, au fait, je n'ai pas répondu à votre question tout à l'heure …

Aussitôt, les deux garçons se figèrent en plein geste et leurs regards se tournèrent vers lui.

- Hum … Je suis bien Rémus Lupin. J'étais un bon ami de votre père, nous étions à l'école ensemble. J'étais à l'hôpital aussi quand vous êtes nés. Je me souviens de vous, vous teniez sur mes genoux tout allongé.

Il gloussa un peu, alors que les jumeaux rougissaient.

- Malheureusement, je n'ai pas pu vous revoir beaucoup. À peine deux mois plus tard, ils passaient sous Fidelitas, vous avec, et je ne vous ai jamais revus, ni vos parents, d'ailleurs.

Rémus baissa un instant la tête, mais se repris vite. Il ne devait pas refaire la même erreur, il ne devait pas rejouer le passer. Il devait être présent aujourd'hui pour les garçons.

- Vous connaissez ma condition et … Cela m'a souvent, trop souvent arrêter. De très nombreuses portes m'ont été fermées à cause d'elle. Mais je dois avouer que, parfois, je me suis auto-censuré.

Il soupira lourdement, plongea son regard dans ceux des deux enfants et leur annonça gravement :

- Je n'aurai jamais du vous perdre de vue, je n'aurai jamais dû vous abandonner. Je vous promet, je vous en fait le serment, que je ne partirai plus. Je resterai à vos côtés, je me battrai pour vous. Je ne sais pas si j'en aurai le droit officiel, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous garder ensemble, prendre soin de vous, voire vous prendre avec moi, si vous acceptez. Je serai là pour vous, quelque soit ce dont vous aurez besoin.

.

Lorsque Albus avait quitté l'infirmerie, il avait rencontré sa résidente pour s'entretenir avec elle.

- Quelles sont les nouvelles, Poppy ?

- J'ai contacté un médicomage officiel du Ministère des droits de l'enfance. Il arrivera demain pour débuter l'enquête.

- Bien, bien, fit Albus en caressant sa barbe.

L'homme quitta les lieux plongé dans ses pensées, tandis que sa collègue retournait à son patient.

.