Chapitre 26 : Rain
Link se réveilla au son d'une lyre, lent et mélancolique, filtrant à travers le rideau de lierre. Il mit quelques instants à se rappeler où il s'était endormi, dans une source perdue au milieu d'une forêt de ténèbres et habitée par un démon aussi beau que dangereux, un Sheikah millénaire et un Héros de la Lumière qui était tout aussi vieux. Il était arrivé là guidé par une fillette bleutée habitant dans son épée.
Résumée ainsi, sa situation lui paraissait être assez loufoque.
Il se leva en rejetant ses couvertures de fourrure et sorti de la petite grotte où il avait dormit.
La source était calme, le soleil à peine levé jetait ses rayons pâles sur l'eau cristalline.
La mélodie provenait du démon à la peau cendrée, assit sur un rocher et laissant courir ses doigts gantés de blanc sur une lyre de bois toute simple mais parfaitement accordée. Il y avait quelque chose de si triste dans cet air que le jeune homme senti sa gorge se nouer. Il resta silencieux, trouvant absurde l'idée d'interrompre le démon.
_ Je sais que tu es là, tu sais.
Ghirahim se tourna vers lui, dardant ses profonds yeux noirs dans les siens.
_ C'était magnifique…
_ Je suis bien moins doué que mon tendre Skychild. C'est sa lyre, et sa musique également. Un requiem. Il a toujours aimé les requiems…
Le démon fit disparaitre la lyre dans un tourbillon de losanges noirs et or et se leva souplement.
_ Tu vas repartir bientôt ?
_ J'aimerais bien ne pas m'attarder, oui, j'ai encore un long voyage qui m'attend… Deux Créatures Divines à libérer, et un nombre inconnus de sanctuaires à dénicher, entre autre.
_ Cette lassitude dans ta voix… Elle est typique des Héros qui commencent à en avoir marre de leur destin décidé d'avance. Mon Skychild a carrément cessé sa quête pendant deux mois pour les passer avec moi, et si mon maitre n'avait pas eut l'idée lumineuse de se rappeler à notre bon souvenir, il n'aurait sans doute jamais été l'affronter.
_ Si je cesse ma quête, Ganon se libérera t détruira le monde. Et j'y tiens, à ce monde, je fais parti des gens qui vivent dedans, alors je n'ai pas vraiment envie de le voir se faire atomiser.
Le démon esquissa un vague sourire et hocha la tête.
_ Mon fils et Sheik ne devraient pas tarder, ils ont sans doute encore des choses à te dire. De toute façon, tu pourras revenir ici si le besoin s'en fait sentir. Cette source est un refuge pour les Héros, après tout.
Comme pour lui donner raison, le Héros du Temps et Sheik arrivèrent dans la source avec suffisamment d'œufs et de fruits pour faire un très bon petit déjeuner. Cette fois ce fut le plus vieux Link qui s'occupa avec enthousiasme du repas sous le regard gourmand du plus jeune, faisant rire Sheik qui était en train de manipuler la tablette Sheikah avec des outils de précisions.
_ L'amour de la nourriture est commun à tous les Link. Tu auras toujours de bons repas qui t'attendront quand tu viendras te ressourcer ici.
_ Raconte lui l'utilité de ce lieu, c'est ton tour.
Le Sheikah secoua avec amusement la tête en entendant la voix distraite du Héros du Temps. Le regard curieux du jeune Link le poussa à lui faire face.
_ Comme on te l'a expliqué brièvement, il y a eut plusieurs Link à travers l'Histoire qui ont eut le plaisir douteux de tous recevoir le rôle du Héros. Si mon compagnon a commencé son aventure à dix ans, il n'a même pas eut droit de se voir grandir. Il a passé sept ans enfermé dans le Temple du Temps, laissant à Ganon la joie d'accéder au Saint-Royaume car il avait malencontreusement laissé une ouverture, puisque la princesse Zelda n'avait pas cru bon de prévenir Link de ce détail. À l'origine, on devait se retrouver à Cocorico après qu'il y ait déposé des pierres sacrées. Évidemment, ça n'a pas été si simple. Se réveiller brusquement dans le corps d'un jeune adulte de dix-sept ans alors qu'il avait encore le mental d'un enfant de dix ans à qui l'on apprend qu'il a le poids du monde sur les épaules… Je te laisse imaginer son état.
_ Ça ne devais pas être facile à gérer…
Link pouvait comprendre le Héros du Temps, lui qui s'était réveillé amnésique sans même savoir qui il était. Ce sentiment d'être totalement perdu, inconnu à son propre corps, à se retrouver forcé de devoir composer avec pour avancer et mener une quête confiée par un vieil ours, il ne souhaitait ça à personne.
_ C'est Fay qui l'a guidé jusqu'à cette source, où mon tendre Skychild et moi-même demeurions de temps à autre. Une longue histoire passionnante, je te l'ai déjà dit. Mieux vaut t'épargner les détails, tu aurais envie de te planter ta propre lame dans le corps pour échapper à ton destin de Héros. Tu as déjà plus que comprit à quel point il est cruel, ce maudit destin.
Link grimaça devant cette perspective peut reluisante et reporta son attention sur Sheik.
_ Donc c'est endroit sers aux Héros pour se reposer de leurs combats, c'est ça ?
_ C'est ça. C'est le premier Link et Ghirahim les premiers gardiens. Ils ont eut la délicate mission d'aider psychologiquement mon doux enfant des bois pendant une période plutôt longue.
_ Heureusement qu'ils étaient là, j'aurai sans doute sombré dans le désespoir sans eux.
_ Quand Link a accompli sa mission avec moi et Haku à ses côtés, un ami Zora albinos, nous sommes revenus tous les deux ici pour être tranquille pendant que Haku allait revendiquer sa place d'époux de la princesse Ruto qui allait devenir reine des Zoras. Ils veillent d'ailleurs toujours sur leurs descendants et viennent régulièrement à la source. Moi-même et Link sommes les gardiens actuels de ces lieux, même si ce n'est pas notre demeure principale.
_ Tous les Link sont passés par ici d'une façon ou d'une autre. Certains n'avaient que douze ans quand ils ont affrontés le Mal Absolu, même pas le droit de devenir adultes…
Le plus vieux semblait amer et Sheik posa une main sur son épaule avec douceur, détendant Link.
_ Un Zora albinos épousant la princesse Ruto… Les ancêtres de Sélène ! Elle m'a raconté cette histoire en me guidant vers le Domaine Zora. Alors l'histoire de son trident offerte par le Héros des Cieux…
_ Elle est vrai, c'est mon Skychild qui l'a fabriqué et l'a offert au jeune Zora. Il a dû se transmettre dans leur famille, et grâce à mes pouvoirs rester en bon état. De ce qu'on m'a dit, sa propriétaire actuelle est très douée.
_ Ça oui. Sans elle et Sidon, je serais mort, et sans doute une partie d'Hyrule aussi, noyée sous les eaux.
Link découvrait avec une certaine excitation que tout été lié, que les fils du destin s'enchevêtraient les uns aux autres depuis des millénaires, s'éloignant parfois pour mieux se rejoindre.
Le jeune Hylien regarda Sheik qui manipulait la tablette Sheikah tout en lui racontant le passé des Héros, intrigué.
_ Fay est apparut pour les différents Héros, si ils avaient besoin d'elle. Heureusement, certains ont eut des alliés à leurs côtés. Deux Link ont par exemple étaient soutenue par deux hommes de la même famille à quelques générations de différences. Linebeck, de mémoire. Vantards, un peu peureux et profiteurs mais qui n'ont pas hésités à prêter navire ou marchandises aux jeunes Héros. Voilà, maintenant tu ne devrais plus avoir de problème avec les modules et j'ai mis une restriction pour que celui de transport ne te téléporte plus jamais. Par contre, j'ai un bijou qui lui pourra t'emmener dans les lieux que tu as visité mais je dois d'abord le peaufiner et je le testerai devant toi pour montrer que tu ne risque rien. J'ai aussi amélioré la fonction des modules, si jamais dans l'urgence tu as besoin d'une fonction précise, il te l'affichera. Ça pourra te sauver la vie.
Sheik tendit la tablette Sheikah à un jeune Link éberlué. Le plus vieux servit de copieuses assiettes de petit déjeuner et le Sheikah sourit, les Héros et la nourriture... c'était une histoire d'amour éternelle !
Link mangea avec appétit sans se faire prier. La saveur des œufs avait quelque chose de familier faisant remonter un souvenir lointain. Ses yeux le brûlèrent furieusement alors même qu'il ignorait pourquoi. Ce n'était pas une sensation douloureuse, plutôt une douce réminiscence d'une époque paisible et révolue. Il secoua doucement la tête et continua de manger.
Une fois son ventre plein, il se leva et regarda ses hôtes, sachant très bien qu'il les reverrait.
_ Je vous remercie pour votre accueil et vos explications. C'est rassurant quelque part de savoir que je ne suis pas le premier à arpenter Hyrule pour arrêter un ennemi surpuissant…
_ J'aurais certainement fini l'amulette quand tu reviendras. Fay saura te guider avec facilité.
_ J'ai donné à ta jument les meilleures herbes et les pommes les plus juteuses possibles. Elle me rappelle ma douce Epona, ma fidèle monture pour mon propre voyage. Tiens, prends ça.
Il lui tendit une sacoche contenant quelques potions rouge et plusieurs rouleaux de bandages.
_ Des potions de soins et des bandages en cas de saignement. Surtout, n'hésite pas à te soigner avec, ça peut te sauver la vie. Fais attention à toi. Fay, nous te le confions.
L'esprit de l'épée hocha la tête d'un air solennel et se tourna vers son maitre actuel.
_ Pouvons-nous y aller ?
_ Oui.
Link les salua en souriant légèrement et suivit sa guide pour quitter la source.
_oOo_
Suivant le courant de la rivière descendant vers le sud, Sélène et Sidon continuaient leurs recherches de la Zora disparue. Pour l'heure, ils n'avaient rien trouvé d'autre que des cadavres. Le prince Zora observait sa compagne avancer en s'appuyant sur son trident un peu plus lourdement qu'à son habitude. La nuit de la Lune de Sang ne les avait pas épargné, et s'ils s'en étaient sortis vivants, ce n'était pas sans dommages. Les écailles noires de Sélène étaient tordues au niveau de sa jambe droite, abimées, déchiquetée, révélant sa chair de poisson presque blanche comme le lait. La plaie était propre et en bonne voie de guérison.
Sidon ne pouvait pas en dire autant de celle sur son bras, pointant à travers ses écailles pourpres et révélant une chair à l'air bien plus douteux. Il était heureux que Sélène soit aveugle et ne puisse pas la voir. Il n'avait pas jugé utile de la prévenir qu'un Moblin décomposé lui avait mangé un morceau du bras.
_ Tout va bien, ma douce Sélène ?
_ Tu as vraiment envie de tâter de mon trident, Sidon.
Il se mit à rire. Sélène avait beau le menacer à chaque fois, elle n'avait jamais rien fait. Son sourire effroyable était toujours amusé.
_ Tu traines un peu le pied, non ? Ta jambe te fait mal ?
_ Un peu, mais c'est supportable. De toute façon aller trop vite serait contre-productif, nous risquerions de passer à côté de quelque chose. Comme je doute de retrouver la femme de Nelsine en vie, il faudra au moins lui rapporter quelque chose d'elle, si tant est que nous trouvions quoi que ce soit.
_ Tu es tellement pessimiste, ma douce.
_ Réaliste, Sidon, juste réaliste.
_oOo_
Au nord d'Hyrule, Link émergeait à la lumière du jour avec la sensation d'avoir fait un rêve particulièrement déroutant. Les améliorations de sa tablette Sheikah lui confirmèrent pourtant qu'il n'avait pas halluciné. Un grondement de tonnerre l'accueillit et le fit grimacer. Il rabattit sur sa tête sa capuche Hylienne dès les premières gouttes de pluie et rejoignit Sulkik, l'attendant tranquillement non loin de là, occupée à délester un pommier de ses pommes. La jument l'accueillit d'un léger hennissement.
_ Bonjour ma toute belle, tu as l'air en forme !
Il flatta ses naseaux veloutés, s'assura que son harnachement était bien en place et se mit en selle, espérant pouvoir cheminer un peu avant que l'orage n'éclate pour de bon.
Espoir rapidement déçu, une violente averse se déversa sur la région, accompagnée d'une profusion d'éclairs et de fortes rafales de vent. Au galop, Link rejoignit une petite grotte formée sans doute par un ancien déplacement de terrain. Elle était plus vaste qu'il ne l'aurait cru.
_ Bonjour à toi, voyageur. Viens te sécher près du feu !
Le jeune homme tourna la tête et dévisagea le Piaf assit au fond de la cavité, ses plumes bleues légèrement ébouriffées et un accordéon ouvert à côté de lui pour le faire sécher. Il l'avait déjà vu.
_ Vous êtes Asarim, n'est-ce pas ? Le ménestrel qui va de relais en relais.
_ Asarim est mon nom, oui. Je voyage pour faire connaitre au monde les chants de mon maitre, et achever son ultime œuvre. C'était un Hylien, mon maitre, il travaillait au palais royal il y a cent ans. Approche donc je t'ai dis, tu vas attraper la mort !
_ Si seulement…
Link fut surprit de sa propre réponse. Il préféra l'ignorer et gagna le feu de camp diffusant une chaleur agréable. Il s'installa à côté du Piaf avec un léger sourire pour le remercier.
_ Je ne pensais pas vous trouver autant au nord, il n'y a pas de relais par ici, je crois.
_ Non, effectivement. Je suis en route pour rentrer chez moi. J'ai promis à mon maitre de ne rentrer au village Piaf qu'une fois ma mission de transmission accomplie, mais il se passe des choses inquiétantes, là-bas, et je voudrais m'assurer que ma famille est en sûreté.
_ Des choses inquiétantes ?
_ Vah'Medoh est devenue incontrôlable. C'est un Créature Divine, la protectrice de notre peuple. Sauf qu'un Piaf que j'ai croisé au dernier relais m'a dit qu'elle commençait à tirer sur tout ce qui vole et s'approche d'elle. Il y aurait déjà eut des mort parmi mon peuple.
Link hocha la tête. Il venait d'avoir sa prochaine destination. Mieux valait espérer que la Créature Divine des Gerudos ne soit pas en train de tout anéantir non plus. N'ayant pas le don de duplicité, Link ne pouvait pas être partout à la fois ! Il se demanda si un Héros avait un jour put se dédoubler… il faudrait qu'il demande aux anciens de la source, à sa prochaine visite.
_ Je vous accompagnerais au village Piaf, je dois justement m'y rendre.
_ Ça pourrait être dangereux pur un Hylien. Le Héros d'il y a cent ans était certes un Hylien aussi, mais c'était un être à part.
_ Juste un humain comme un autre qui a eut de la chance, je pense. Il ne devait rien avoir de si spécial.
_ Il brandissait l'épée de légende, tu sais ! Nul ne sait ce qu'il est advenu de cette lame prodigieuse après sa mort, ni même à quoi elle peut bien ressembler…
Link se retint de jeter un regard à l'épée rangée dans son fourreau dorsal.
_ Ne vous inquiétez pas pour moi, Asarim. J'irais au village Piaf avec vous, et je ferrais de mon mieux pour vous aider.
_ Si tu es sûr de toi, je ne t'en empêcherais pas… et merci de nous offrir ton aide.
_oOo_
Asahi avait froid. Très froid.
Horriblement froid.
_ Bon sang, si je tenais le crétin qui a inventé la neige…
Elle rajusta sa lourde cape de voyage sur ses épaules, ayant le double avantage de dissimuler son uniforme de Yiga et de lui tenir chaud. Elle en venait à maudire l'idée tordue lui ayant traversé l'esprit de venir s'entrainer dans les glaciales montagnes de la chaine d'Hébra. Elle aurait pourtant dû être habituée au froid, les nuits dans sa région natale était glaciales. Mais ce n'était pas le même froid, et les foyers chaleureux brûlant toujours au repaire de son clan laissaient au dehors les températures négatives.
Vraiment, Asahi détestait cet endroit.
Mais si elle voulait devenir plus forte et retourner prendre sa revanche sur le gardien du volcan qui l'avait vaincue, elle devait être capable de résister au climat inhospitalier de la région, et aux monstres tout aussi peu accueillants.
En parlant de monstre, un Lynel solitaire se dirigeait justement dans sa direction.
Il n'eut pas le temps de réagir, à peine vit-il la cape de voyage onduler avant que la Yiga ne lui tranche la tête.
_oOo_
Au nord d'Hyrule, Link contemplait l'arrière du château d'Hyrule. Il n'en avait jamais été aussi proche, pouvant distinguer les volutes d'un rose malsain tournoyant autour de sa silhouette noire. La corruption de Ganon semblait dévorer les murs de pierre grise.
Cette vision faisait remuer quelque chose au fond de son esprit de particulièrement violent.
Ne pas se souvenir, ne pas se souvenir, ne pas se souvenir…
_ Link, tout va bien ?
Le jeune homme sursauta et s'arracha à la contemplation morbide du château pour se tourner vers Asarim.
_ Oui…
_ Tu es pâle comme un mort.
_ Ce n'est rien… C'est ce château, je crois.
_ Je l'ai toujours connu dans cet état, mais mon maitre me disait qu'il était magnifique, avant que le Fléau Ganon ne s'abatte sur lui. On pouvait admirer sa majesté de tout Hyrule.
_ Oui, il était magnifique…
Link en était certain, mais préféra ignorer le regard interrogateur du Piaf l'accompagnant. Un mouvement dans l'herbe verte attira l'attention des deux voyageurs. Link resserra sa main sur les rênes de Sulkik, prêt à se battre.
Mais le mouvement n'était qu'une simple grenouille bondissant joyeusement entre les fleurs colorées…
_ Les fleurs d'Hyrule ne se contentent pas d'être belles, ce sont aussi des matériaux de premier ordre !
La lumière de sa vie lui tournait le dos, admirant les fleurs multicolores, les nommant pour lui. Sa voix était si chaleureuse, et lui se sentait si serein…
_ Celle-ci… C'est une Princesse de la Sérénité. Son espèce est menacée d'extinction, malheureusement.
Link s'agenouilla à côté de la jeune fille à la chevelure dorée pour contempler avec elle une sublime fleur bleue. Le visage de la jeune fille était dissimulé par ses cheveux, mais il voyait une certaine mélancolie chez elle.
_ C'est sans doute là le destin de la princesse, de disparaitre…
Il leva la main, hésita, et finit par la poser doucement sur l'épaule de la jeune fille. Elle commençait à se tourner vers lui lorsqu'un mouvement dans l'herbe attira leur attention. Il se posa la main sur la poignée de son épée, mais la lumière de sa vie éclata de rire.
_ Calme-toi, Link, ce n'est qu'une grenouille, regarde !
Le batracien bondit à cet instant. La jeune fille l'attrapa et sa voix se teinta d'une douce malice.
_ Tu savais que sa chair était délicieuse ? Et nous avons découvert récemment qu'elle a de nombreuses propriétés pour décupler nos capacités ! Tu ne voudrais pas la gouter pour voir ?
_ Quoi ? Non !
_ Allons Link, tu ne rechignes pourtant jamais à de nouvelles expériences culinaires, d'habitude !
_ Mais… les grenouilles, et vivantes en plus…
La jeune fille se mit à rire en s'approchant de lui, grenouille en avant. Link recula mais elle avançait. Il se sentit basculer en arrière et se rattrapa au bras de la jeune fille, inutilement puisqu'ils s'effondrèrent tout deux au milieu des fleurs. Ils éclatèrent de rire comme deux enfants complices alors que la grenouille s'échappait…
Link sentit ses larmes rouler le long de ses joues, incapable de les retenir. C'était si douloureux… Il aurait voulut retourner à cet instant de bonheur, et ne plus le quitter. Le vide dans son cœur ne lui avait jamais paru aussi intolérable… Il ne se souvenait pas de ce qu'il avait de plus précieux, à peine la vague impression d'une chevelure d'or, l'éclat d'un rire… Il ne se souvenait pas de son visage, pas de ce qu'ils avaient vécus pour passer du méprit à autre chose… Il ne se souvenait pas de comment il était tombé amoureux… Il savait juste qu'il ne se souvenait pas de celle qu'il aimait.
Asarim le regardait, interrogateur, alors qu'il se mettait à pleurer pour de bon sans pouvoir se retenir.
