Chapitre 28 : First Blood

Link suivit à travers le village Piaf le petit Piaf s'étant présenté comme Babil, descendant plusieurs volées de marches de bois pour atteindre finalement une maison comme les autres, sans murs et toute en bois. Deux Piafs se trouvaient à l'intérieur, une femelle aux plumes rose repliant un bandage, et un mâle alité au plumage noir.

_ Maman ! Le monsieur humain il veut voir papa !

La Piaf se tourna, son visage dégageait une grande douceur.

_ Vous cherchez mon mari Teba ?

_ Il s'entraine en montagne. Avec un peu de chance, vous le trouverez au terrain d'entrainement.

Link se tourna vers le Piaf noir à l'expression revêche. L'une de ses ailes était entourée d'un bandage fraichement changé mais où de légères tâches rouges commençaient déjà à percer.

_ Vous êtes Harfor ? Le chef Kaï m'a parlé de ce qu'il vous est arrivé.

_ Qu'est-ce qui m'a trahi ? Mon aile déchiquetée, peut-être.

_ Ne sois pas si rabat-joie, Harfor.

_ Ferme-là Dézelle, ce n'est pas toi qui ne voleras plus jamais à cause de cette saloperie de Medoh.

_ Et ce n'est pas ton mari qui va retourner risquer sa vie contre cette chose !

_ Non c'est vrai, juste mon meilleur ami.

Link eut envie de tourner les talons et de partir sans demander son reste. Les deux Piafs se regardaient avec colère. Il avait l'impression qu'ils avaient dû être amis, avant la blessure d'Harfor. La dénommée Dézelle soupira finalement et se tourna vers le jeune Hylien.

_ Pardonne nos enfantillages, nous sommes tous un peu sur les nerfs à cause de Vah'Medoh. Dire que nous considérions cette créature comme notre protectrice… Et maintenant, elle tue nos guerriers les plus braves…

_ Mais elle tuera pas mon papa ! Mon papa c'est le plus fort ! Et moi je serais comme lui quand je serais grand !

_ Je te l'interdis, Babil.

_ Moi je veux être comme papa et puis c'est tout !

Le jeune Piaf tourna le dos à sa mère en croisant ses ailes. Dézelle secoua la tête et adressa un regard contrit à Link.

_ Harfor a sans doute raison. Tu auras plus de chance de trouver mon mari au terrain d'entrainement. S'il en en montagne, tu n'as aucune chance de le trouver.

_ Retourne au relais et suit le chemin qui va vers le nord jusqu'au bout. Tu arriveras dans une gorge avec un gouffre au bout, et une bâtisse en bois. C'est là.

_ Merci.

_ Jeune homme… Si tu vois mon mari… Je t'en prie, dissuade-le de retourner risquer sa vie contre Medoh. Je ne veux pas le perdre…

_ Je lui transmettrais le message.

Link ne pouvait rien promettre de plus. Si ce Teba était un guerrier aussi fier qu'il semblait l'être, ça ne serait pas les inquiétudes de sa femme qui l'empêcheraient de se battre.

Il prit congé des trois Piafs et se dirigea vers la sortie du village.

_oOo_

Quelque part dans les hauteurs de la chaine d'Hébra, Teba se tapissait contre un rocher recouvert de neige, priant pour que la blancheur de ses plumes se confonde avec l'environnement. Il serra les doigts sur son arc en entendant la neige craquer légèrement sous le poids d'un corps se déplaçant en douceur. Sans se précipiter, il encocha une flèche, le cœur tambourinant dans sa poitrine.

Il se sentait comme un animal traqué par un prédateur particulièrement fort, et particulièrement vicieux.

Il se souvenait du regard de la femme en rouge, rivé au sien, de cet instant semblant s'étirer d'interminables secondes alors qu'ils se sondaient dans un silence total. Puis elle avait bougé, et la chasse avait commencé. Lui qui était si fier de son adresse devait bien admettre avoir rencontré un adversaire à sa mesure. Il ne ratait pour ainsi dire jamais sa cible, mais la femme en rouge se contentait de trancher ses flèches et se rapprochant, ce qui l'avait poussé à prendre son envol pour tenter de la piéger… comprenant trop tard que c'était exactement ce qu'elle attendait.

Elle surgit devant lui sans prévenir, ses deux lames sifflant doucement en tranchant l'air.

_oOo_

Link se retrouva à la sortie du village Piaf, face au relais. Il consulta la carte à disposition dans le relais, n'ayant pas activé la tour de la région, et trouva l'endroit correspondant au terrain d'entrainement, au nord du village. Y aller à cheval serait plus rapide, mais il se répugnait à demander à Sulkik de fournir de nouveaux efforts, aussi décida-t-il de prendre la route à pied. Ce ne serait pas difficile de trouver, de toute façon, il avait simplement à suivre la courbe du cratère rempli d'eau !

La route s'annonçait paisible, et Link se surprit à savourer l'air frais et vivifiant, le soleil réchauffant légèrement son visage et la faune sauvage l'entourant, les animaux fuyant à son passage, les insectes chantant discrètement… S'il n'ya avait pas eut l'ombre inquiétante de Vah'Medoh dans le ciel, il aurait vraiment put trouver cette situation agréable.

Il se souvenait vaguement avoir déjà prit cette route, mais il neigeait à l'époque, et la lumière de sa vie offrait à son regard son dos emballé dans un manteau blanc. C'était un vague souvenir, brumeux, indistinct, une vision fugace s'échappant déjà de son esprit, mais il se souvenait pourtant très bien avoir eut très froid, ce jour-là, sous son armure d'acier.

_oOo_

Teba regarda son sang tâchant ses plumes blanches au niveau de son aile et grinça du bec.

_ Le premier sang est pour moi. J'ai gagné.

Il leva les yeux vers la femme en rouge, rangeant ses lames après avoir nettoyé celle qui avait entaillé sa chair. Il soupira et se releva.

_ Je capitule. Ça faisait longtemps que je n'avais pas rencontré quelqu'un d'aussi fort.

La jeune femme sourit, ses yeux écarlates brillant d'amusement. Teba inclina la tête. Entre guerriers, ils se comprenaient.

_ J'ai entendu dire qu'on ne survivait pas à un combat contre un Yiga.

_ Seulement si le Yiga a une raison de vouloir ta mort. Les Piafs n'ont jamais rien fait à mon peuple, je n'avais aucune raison de te tuer. Mais tu as réussi à m'approcher sans que je ne te repère, je me suis dit que tu devais être un adversaire à ma mesure ; et je ne me suis pas trompée. Je m'appelle Asahi.

_ Et moi Teba.

Il avait sut à l'instant où elle se jetait sur lui au début de leur combat qu'aucun d'eux ne perdrait la vie, que l'affrontement s'achèverait au premier sang. Ils étaient juste deux combattants se rencontrant par hasard et que l'envie de croiser le fer avait saisi. D'ailleurs, sa blessure n'était qu'une éraflure, et ne saignait déjà plus.

Asahi présenta sa main à Teba, qui l'accepta sans hésiter.

Ils se séparèrent comme ils s'étaient rencontrés, sans un mot superflu, partant chacun dans une direction différente.

Teba décolla et prit de la hauteur sur un courant d'air. Il baissa les yeux vers le sol et repéra rapidement la tâche rouge qu'était Asahi. Elle leva la main et l'agita pour le saluer avant de sauter au fond d'un ravin et se ralentissant grâce à la paroi.

_oOo_

_ Tu es un idiot, Sidon, tu aurais dû me prévenir plus tôt.

Longeant toujours la rivière s'écoulant en direction du lac Hylia, Sidon baissa la tête, penaud, alors que le regard aveugle de Sélène semblait l'accuser avec colère. Il grimaça lorsqu'elle planta une petite lame dans son bras blessé. Elle l'ouvrit en se guidant du bout des doigts, et ce qu'elle sentait ne semblait pas lui plaire.

_ C'est plein de pus là-dedans, et l'odeur… On dirait que tu as déjà commencé à pourrir sur place.

_ Désolé…

_ Qu'est-ce qui t'es passé par la tête de me cacher cette blessure ?

_ Je pensais qu'elle guérirait toute seule, comme la tienne.

_ La mienne est due à une lame, pas à des crocs de monstre décomposé.

Sélène retroussa les lèvres sur ses dents effilées alors qu'elle pressait la plaie ouverte. Sidon regarda un liquide jaune écœurant s'écouler sous son action. Il n'aurait jamais cru possible que son bras contienne autant de pus.

_ Je ne sais pas comment soigner ça, moi, à part vider le pus et désinfecter… Le plus simple serait de te couper le bras pour éviter que la gangrène ne s'installe. Parce que sinon…

_ Je risque d'en mourir.

_ Oui.

Le prince Zora grinça des dents. Il ne voulait pas mourir, pas avant d'avoir vécu une longue vie remplie de bonheur avec sa douce Sélène.

Sélène… S'il mourrait là, seul avec elle et si loin du Domaine, elle serait forcément accusée de son meurtre. Les Zoras la détestaient, ils seraient ravis d'avoir une excuse pour la tuer. Parce qu'il ne se leurrait pas, s'il mourrait, son père ferait porter le chapeau à la Zora noire et réclamerait sa tête, et peut importe que la vérité soit simplement imputable à la bêtise de Sidon.

_ Perdre mon bras… Un guerrier manchot n'ira pas loin.

_ C'est pour ça que je préfère repousser cette échéance.

Sélène soupira et continua de panser la plaie en espérant que cela suffirait.

_oOo_

Au nord du village Piaf, Link regarda le bâtiment sans mur tout au bord d'un gouffre où soufflait un vent violent. Il s'approcha prudemment du bord et regarda au fond. Le vent s'engouffra dans sa capuche Hylienne et ses cheveux. Il était glacial, faisant larmoyer ses yeux. Ça ne l'empêcha pas de voir que le fond était inondé par un petit lac. Une colonne de roche s'érigeait depuis les profondeurs et remontait jusqu'en haut du gouffre. Des cibles de tirs étaient accrochées tout autour, de ce que Link pouvait en voir, et portaient de nombreuses traces d'impacts de flèches.

_ Un humain par ici, c'est rare. Alors en croiser deux dans la même journée, ça l'est encore plus !

Link se retourna et regarda un Piaf aux plumes blanches se poser juste derrière lui. Une de ses ailes était tachée de sang, mais la blessure ne semblait pas le gêner. Le Piaf remarqua son regard et haussa les épaules.

_ Les risques du métier, je suis tombé sur une sacrée adversaire. Dis-moi plutôt ce qui t'amènes ici.

_ Je cherche un dénommé Teba. Est-ce vous ?

_ Ça dépend qui le demande, et qui t'envoie. Si c'est ma femme pour me dire de renoncer à attaquer Medoh et rentrer sagement à la maison, elle peut toujours rêver. Dézelle et moi ne nous comprendrons jamais sur ce point. Je suis un guerrier, et plutôt mourir l'arc à la main que de laisser la blessure de mon ami impunie.

_ Harfor… Je l'ai rencontré aussi. Je… vous comprends. Je m'appelle Link, et je suis venu pour arrêter Vah'Medoh.

_ Tu vas droit au but, j'aime beaucoup ! Je suis bien Teba. Mais je ne vais pas laisser un humain faire le travail d'un Piaf.

Link scruta le visage de rapace du Piaf. Il ressemblait à un aigle, et ses yeux perçants le scrutaient en retour. Le jeune homme savait qu'il n'avait pas le droit à l'erreur pour convaincre le Piaf de le laisser lui prêter main forte.

_ J'ai déjà combattu à l'intérieur de deux Créatures Divines, chez les Zoras et les Gorons. Je n'ai jamais été seul, à chaque fois quelqu'un m'a aidé. Seul, je serais mort. Sans moi, ils n'auraient pas réussi à apaiser les Créatures, car il faut la tablette Sheikah pour relancer la machine.

_ Je vois… Et si tu me donnais cette tablette et que j'y allais seul ?

_ Si vous veniez à mourir, la tablette serait perdue et plus personne ne pourrait rien faire, ni pour Vah'Medoh, ni pour la Créature Divine des Gerudos.

Teba s'avança et détailla le visage de Link.

_ Le grand Revali lui-même s'est allié à un Hylien… Il a dû déceler quelque chose en lui qu'il a apprécié pour accepter.

_ Revali ne m'aimait pas.

Teba fronça les sourcils et Link se demanda d'où lui venait cette certitude. Il ne savait même pas à quoi ressemblait le Prodige des Piafs, mais il était certain qu'ils ne s'étaient jamais entendus. Leur entente n'était que temporaire, le temps de lutter contre Ganon. S'il n'avait pas été tué, Revali l'aurait sans doute défié ensuite. Et Link savait qu'il aurait accepté.

_ Tu parles comme si tu avais connu le grand Revali…

Link se mordit la lèvre, cherchant une façon d'éviter cette question gênante impliquant la réponse encore plus gênante qu'il était revenu d'entre les morts, sort peu enviable qu'on lui reprocherait pourtant de ne pas avoir partagé avec les autres. Son regard tomba sur l'arc de Teba, puis sur les cibles sur la colonne rocheuse.

_ Si je mets dans la cible plus que vous, vous me laisserez vous aider contre Medoh. De toute façon, je ne pourrais pas l'atteindre seul, je ne vole pas.

_ Je relève ton défi !

Teba prit son arc et se mit en position, visant depuis le bord les cibles. Aucune flèche ne manqua le centre.

Link hocha la tête et se mit en position à son tour. Ses flèches sifflèrent dans l'air, se plantant tout contre celles de Teba, rendant le départage impossible.

Le Piaf attendit de voir la dernière atteindre le centre à son tour et inclina la tête.

_ Rentrons au village. Et demain matin, nous irons nous occuper de Medoh.

_ Vous acceptez que je vous aide ?

_ Si tu commences à me tutoyer.

_ Ça me va.

Link esquissa un léger sourire et tendit la main à Teba. Le Piaf l'examina et la serra.

_ Décidément, vous vous ressemblez beaucoup, vous les humains !

Link le suivit ensuite vers la sortie de la gorge, laissant le Piaf entamer la discussion. Lorsqu'il s'agissait de parler de technique de combat, Teba était un interlocuteur intarissable, et Link se révéla étonnamment loquace.

_oOo_

Ils arrivèrent au village Piaf en fin d'après-midi. Les gardes surveillant l'entrée saluèrent Teba avec une certaine déférence indiquant qu'ils le voyaient comme un supérieur. Link les comprenait, le simple temps de faire la route avec lui lui avait fait comprendre que le Piaf était un guerrier ayant accompli plus d'un exploit.

Teba guida Link jusqu'à chez lui, où ils retrouvèrent Dézelle tentant d'inculquer à son fils l'art de cuisiner. Babil ne trouvait en la chose qu'un intérêt modéré.

En entendant son mari rentrer, Dézelle se retourna et poussa un soupir de soulagement. Elle posa sa louche de bois et se précipita vers Teba pour l'inspecter sous toutes les coutures, l'enveloppant dans ses ailes rose.

_ Je suis si soulagée de te voir revenir… Par la Déesse, tu es blessé ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

_ Une rencontre intéressante. Ce n'est rien, rassure-toi.

_ Je déciderais si ce n'est rien lorsque tu m'aurais laissé examiner ça.

_ Papa, tu vas avoir une cicatrice ?

_ J'espère bien Babil, j'espère bien !

_ Trop classe !

Dézelle fronça les sourcils d'un air réprobateur mais son fils ne s'en souciait pas, trop occupé à admirer le sang sur les plumes de son père. Link remarqua à quel point père et fils se ressemblaient, autant par l'apparence que par le caractère.

Dézelle s'écarta de son mari et remercia Link de le lui avoir ramené. Le jeune homme se retrouva invité à diner avec la petite famille sans trop savoir comment.

Ce fut un repas simple mais bon, composé pour l'essentiel de poisson en meunière et de riz. Dézelle tenta bien de parler de choses légères, mais Teba ne l'entendait pas de cette oreille, préférant planifier le combat du lendemain avec Link. Même s'il se sentait un peu contrit pour la Piaf, le jeune Hylien trouvait la conversation de Teba bien plus intéressante que la chorale des enfants du village que Dézelle avait surveillé ce jour-là. Babil semblait être de cet avis, observant les deux guerriers avec des yeux brillant d'admiration.

_ Je pourrais venir avec vous ?

_ Certainement pas !

_ Désolé mon grand, mais cette fois ta mère a raison.

_ Mais je suis presque un Piaf fait ! J'ai réussi à voler jusqu'à la porte de la maison, l'autre jour !

_ C'est non.

Le jeune Piaf croisa les ailes d'un air boudeur et tourna le dos à ses parents qui secouèrent la tête de concert. Link se senti un peu de trop dans cette dispute et garda les yeux rivés à son assiette.

Il resta jusque tard dans la soirée avec Teba pour régler les derniers détails de la bataille du lendemain. Teba ne semblait pas vouloir réitérer l'erreur qui avait couté son aile à son meilleur ami en fonçant bille en tête. Cette fois, il se montrerait prudent.

Link prit congé alors que le village entier était endormi et rejoignit sans bruit le relais à l'entrée. Les Piafs montant la garde de nuit le saluèrent d'un hochement de tête lorsqu'il passa entre eux.

Le gérant du relais ne dormait pas encore, faisant une dernière ronde dans les écuries pour s'assurer que ses chevaux et la jument de Link ne manquaient de rien. Il guida le jeune Hylien jusqu'au lit qu'il avait réservé et lui donna une épaisse couverture supplémentaire.

_ Tu vas en avoir besoin, mon gars. Les nuits pas ici son terrible. Dors avec tes chaussettes, et si tu as des choses qui risque de geler, garde-les avec toi sous les couvertures.

_ Merci.

_ Si tu as envie d'uriner, retiens-toi jusqu'au matin, j'ai retrouvé un marchand mort de froid une fois, dans sa marre d'urine gelée et l'attirail encore à l'air. Gelé aussi, d'ailleurs. Ce n'était pas très beau à voir.

_ Je m'en souviendrais.

Le gérant inclina la tête et laissa son seul client seul. Link retira ses bottes et ses baudriers, gardant le reste de ses chauds vêtements Piaf. Il se glissa sous les couvertures, ses pieds rencontrant la surface dure d'une brique chaude mise là en guise de bouillote. C'était agréable, et il se focalisa sur cette chaleur en s'endormant.