Chapitre 41 : Where do we go from here ?

Link para de son bouclier la première attaque du Yiga face à lui. Il avait déjà affronté un homme lui ressemblant, dans son passé oublié et qui devait le rester. Il reconnaissait ce masque. C'était celui du chef de clan, le Grand Kogha. Le chef d'un clan d'assassins, de meurtriers et de voleurs… et aussi d'hommes, de femmes et d'enfants.

Il rechigna à tirer son épée pour contrer un nouveau coup de la lame circulaire. Si les crans venaient à mordre sa chair, ils le déchiquèteraient. C'était une arme redoutable, à défaut d'être maniée par un guerrier redoutable.

_ Je ne veux pas… me battre contre vous !

_ Alors tu n'en mourras que plus vite. Que le poids de tes crimes ait finit par alourdir ta conscience ne changera rien. Tu n'obtiendras pas notre pardon, ni ma clémence.

Le Grand Kogha s'éloigna de la fosse circulaire et inclina la tête. Link resta en garde haute et s'en félicita lorsque son adversaire fondit sur lui de tout son poids. Il écrasa son corps replet sur le bouclier et glissa sa lame circulaire sur le côté.

Link hurla lorsque les crans arrachèrent des lambeaux de chair sans la moindre difficulté. Le Grand Kogha recula vivement, aggravant la blessure en en arrachant sa lame dégoutante de sang.

_ Cette arme s'appelle Tranche-démon… Nous nous la transmettons de Grand Kogha en Grand Kogha depuis la fondation de notre clan. Elle est aussi vieille que nous.

_ Les démons à trancher… ce sont tous ceux qui vous ont fait du mal ?

_ Tu comprends vite, je te le concède.

Link recula de quelque pas, son sang laissant des gouttes vermeilles dans le sable d'un doré incongru sous le soleil moqueur.

Son adversaire était un piètre bretteur, mais il était redoutablement intelligent, et savait tirer parti autant de ses erreurs que de ses atouts.

Les passes d'armes qu'ils échangèrent de longues minutes durant en témoignaient. Ils s'affrontaient autour de la fosse circulaire, tentant de ne pas y tomber.

Link regarda leurs lames se heurter une nouvelle fois et sentit son bras trembler. Il n'arrivait pas à se battre.

Ne voulait pas se battre.

Mais s'il renonçait, il mourrait.

Le Yigas n'étaient pas que les monstres qu'il avait cru, ils étaient humains, l'homme qu'il combattait été humain, mais ils étaient ses ennemis. Ils le tueraient s'il ne se ressaisissait pas. Et s'il mourrait, alors il ne pourrait pas aller aider Zelda à combattre un ennemi autrement plus effroyable qu'une bande de criminels.

S'il mourrait là, le Fléau Ganon finirait par détruire Hyrule. Aucun autre Héros ne pourrait naitre à temps pour l'arrêter, et il refusait que les anciens reprennent un combat qu'ils avaient déjà mené et gagné, jusqu'à ce que lui vienne tout gâcher. L'un d'eux en avait déjà payé le terrible prix et il ne savait toujours pas comment le libérer de la pierre.

Le jeune homme raffermit sa prise sur la poignée bleue de son épée et enfonça son pied dans le sable pour prendre un appui solide. Il repoussa la lame de son adversaire et reprit un peu de latitude.

Il ne voulait pas tuer son adversaire, mais il devait se battre sérieusement et le neutraliser.

Ils reprirent leur affrontement, que Link dominait de plus en plus. Malgré sa blessure, son épée virevoltait au bout de son bras sans difficulté. Il soupçonnait l'esprit à l'intérieur de sa lame de l'aider.

Le Grand Kogha le regarda non sans une certaine admiration. Le Héros des Landes était bien des choses, mais il savait se battre, bien plus que lui ! Il comprenait mieux pourquoi même sa fille s'était retrouvée en difficulté face à lui, au point de frôler la mort.

Il chargea en brandissant Tranche-démon. Son adversaire avait blessé sa fille, il n'aurait aucune pitié pour lui. Son arme siffla en tranchant l'air. Son adversaire plongea pour éviter l'attaque.

Emporté par son élan, le Grand Kogha bascula en avant. Il vit la fosse circulaire s'ouvrir juste devant lui.

_ Papa !

Le Grand Kogha tourna la tête alors qu'il basculait en avant, comme au ralentit. Asahi accourait vers lui, si vite… D'où sortait-elle ? Depuis son retour du village Piaf, elle ne quittait pour ainsi dire pas le repaire.

Il tenta de rétablir son équilibre mais il n'avait jamais été vraiment très adroit.

Le temps jusque là ralenti s'accéléra implacablement. Asahi referma sa main sur le bras enrobé de son père. Elle le tira en arrière et fit contrepoids pour l'éloigner de la fosse. Le Grand Kogha laissa échapper un cri d'horreur lorsqu'il réalisa que sa fille avait inversé leurs places pour l'empêcher de chuter. Mais elle, il n'y avait plus rien pour l'empêcher de basculer.

Elle afficha une expression soulagée juste avant de tomber dans la fosse.

_ ASAHIII !

Ses genoux se dérobèrent sous son poids et il se retrouva dans le sable, tétanisé, incapable de détacher son regard de la fosse circulaire où venait de disparaitre Asahi. Personne ne savait quelle profondeur elle faisait, mais jamais personne n'en était jamais remonté.

Avec la rapidité d'un flash, il revit le jour où il avait trouvé Asahi dans les ruines du Temple du Temps, nourrisson sans défense jeté là. Il revoyait sa petite fille adorée grandir, devenir plus forte et plus belle chaque jour. Il revoyait ses premiers pas, et les bêtises qu'elle apprit très vite à faire une fois sur ses deux petits pieds ; son sourire ravi lorsqu'il lui avait offert sa première arme, et sa moue plus que septique lorsqu'il lui avait proposé de l'entrainer ; sa vivacité, et l'inquiétude qu'il ressentait lorsqu'elle était trop calme. Asahi était sa fille, et qu'elle ne soit pas de son sang n'y changeait rien. Elle était sa fille chérie, il s'était juré de toujours être là pour elle, de la choyer… et il avait été incapable de la protéger.

Il n'avait jamais sut se battre, et avait pourtant voulu jouer au plus malin avec un combattant chevronné. Il avait fait une erreur grotesque, et sa fille avait sacrifié sa vie pour lui. Une longue plainte s'échappa de ses lèvres.

Derrière son masque, les larmes ruisselèrent sur son visage.

_oOo_

Teba se posa au sommet d'un pic rocheux recouvert de neige et scruta les environs. Asahi lui avait décrit cet endroit, et beaucoup d'autres, il savait être sur la bonne route menant au repaire Yiga. Il ne devait même plus en être loin. La jeune femme ne lui avait bien sûr pas dit exactement où vivait son clan, mais elle lui avait parlé d'une fosse à ciel ouvert, un endroit charmant où les Yigas jetaient les imprudents tentant de les attaquer directement sur leurs terres, et aussi les Yigas commettant un crime contre le clan, jugés et condamnés à mort.

Il devait trouver cette fosse… et éviter de se faire tuer par les Yigas qui, selon la propre lieutenant du clan, avez la fâcheuse manie de tuer d'abord et de poser les questions ensuite.

Le Piaf aux plumes blanches reprit son envol, prenant de l'altitude pour scruter l'ensemble des hauteurs Gerudo, chaine montagneuse dominant la région, et terrain de jeu des Yigas. Quoi de plus normal à ce qu'ils soient si forts, en grandissant dans un environnement si inhospitalier ?

Son regard perçant finit par trouver ce qu'il cherchait, niché au fond d'une cuvette cernée de montagnes. Deux silhouettes s'agitaient tout au bord du gouffre, menaçant d'y basculer à chaque instant. Teba inclina les ailes pour se rapprocher.

Une troisième silhouette surgit pour protéger l'un des deux combattants, et Teba reconnu autant son uniforme écarlate que sa longue chevelure blanche.

_ Asahi…

Son sang se glaça lorsqu'il la vit basculer dans la fosse circulaire sans fond, disparaissant si vite dans ses profondeurs dissimulées de brume.

_oOo_

Le Lac Hylia était plongé dans un calme dérangeant. Sélène n'aimait pas l'atmosphère régnant sur les lieux. Un cri résonna à ses oreilles sensibles. Elle se tourna dans sa direction, le plein milieu du lac, du moins le devinait-elle, et Sidon le lui confirma.

_ Il y a quelqu'un sur un ilot… Ohé ! Qui êtes-vous !

_ Je m'appelle Majeurie ! Je suis une Zora comme vous ! A cause de Vah'Ruta, je me suis éloignée du Domaine pour pêcher et je suis coincée ici depuis tout ce temps !

_ Vous êtes la femme de Nelsine ?

_ Oui ! C'est moi !

_ Il nous a envoyé à votre recherche !

_ Ça pour une surprise, je la croyais morte… Mais pour qu'une Zora se dise coincée en plein milieu d'une étendue d'eau, c'est qu'il y a un problème.

Sélène fit un pas en avant, s'enfonçant dans l'eau jusqu'aux genoux. L'eau picota ses écailles noires, désagréablement, comme un courant électrique.

_ N'approchez pas ! Il y a un monstre dans le lac ! Un dragon ! Il crache la foudre, j'ai faillit me faire tuer, juste avant de parvenir à me réfugier sur cet îlot ! Il surgit dès que quelque chose s'avance dans le lac.

_ Formidable…

Sélène recula et Sidon regarda la surface du lac se rider alors qu'il ne soufflait pas la moindre brise.

_ On dirait que nous l'avons réveillé…

_ A hurler comme nous l'avons fait, c'est parfaitement logique. Nous l'aurions réveillé même s'il était mort ! On dirait qu'on ne va pas avoir le choix, Sidon, il va falloir nous battre.

_ Contre un dragon maitrisant la foudre ? On va se faire tuer !

_ Nous avons survécu à Vah'Ruta, nous devrions nous en sortir.

Sélène fit tournoyer son trident et esquissa son sourire le plus effroyable. Elle frappa la surface de l'eau de son arme de bois et le lac paru exploser lorsque qu'un immense dragon serpentin aux écailles jaunes jaillit dans un tourbillon furieux.

_ Bien, il est temps de voir si les leçons de mes ancêtres sont utiles…

_oOo_

Teba n'avait jamais volé aussi vite de toute son existence alors qu'il fondait vers la fosse circulaire du repaire Yiga comme un rapace sur sa proie. Il s'engouffra à l'intérieur sans hésiter, passant sous le nez d'un homme rondouillard qui devait être le Grand Kogha. Il replia ses ailes contre ses flancs pour accélérer, plissant les yeux.

Asahi était tombée à peine quelques secondes plus tôt, il pouvait la rattraper.

Il devait la rattraper.

S'il n'y arrivait pas, autant s'écraser en bas avec elle.

La brume épaisse gênait sa vision, mais un bref éclat rouge suffisait à le guider. Il se redressa, serres en avant, et les referma de toutes ses forces sur une chose vivante, faites de chair et de sang, il le savait puisque les griffes de ses serres s'y enfoncèrent légèrement. Il rouvrit ses ailes pour arrêter leur chute infernale.

Il eut l'impression que le calme était assourdissant.

_ Asahi ! tu m'entends ?

La jeune femme pendant au bout de ses serres leva doucement les yeux vers lui, visiblement étonnée de le trouver là. Elle esquissa un infime sourire.

_ Tu me retrouves toujours au bon moment, Teba… C'est presque trop beau pour être crédible.

_ Ça doit être le destin, que veux-tu. La Déesse Hylia doit se dire que ce n'est pas si mal que ça que nous soyons ensemble.

_ Il faut croire… Ou alors c'est juste ton instinct. Il parait que ça ne se trompe jamais, ce truc…

Teba sourit et battit furieusement des ailes pour reprendre de l'altitude. Il parvint à rejoindre le haut de la fosse et s'écrasa sur le sable avec son précieux chargement.

_ Asahi, tout va bien ?

_ Je crois que oui…

Le Piaf regarda les taches pourpres assombrir l'écarlate du vêtement de la jeune femme, là où il l'avait blessée pour la rattraper. Il avait eut tellement peur…

_ Asahi !

Le Grand Kogha se précipita vers sa fille, bouleversé. Il arracha son masque pour le rejeter au loin et serra la jeune femme contre lui.

_ Ma chérie, j'ai eut tellement peur ! Qu'est-ce qui t'a prit de faire ça, bon sang !

_ Le Héros des Landes t'aurait tué…

_ Ta vie est bien plus importante que la mienne !

_ Pas à mes yeux, papa.

L'homme s'écarta et contempla le visage de son enfant avant de regarder le Piaf.

_ Vous ave sauvé ma fille, alors que moi, je n'ai fait qu'envoyer la mort dans votre village… Mes hommes sont en route pour vous présenter nos excuses, mais je doute que ce soit suffisant pour réparer le mal que nous vous avons causé… Comment vous remercier d'avoir rattrapé Asahi, comment vous demander pardon…

_ Vous pensiez votre fille en danger, vous avez réagi comme n'importe quel père. J'ai moi-même un fils, et je ne reculerais devant rien pour le protéger. Je ne sais pas si, en tant que Piaf, je pourrais pardonner les meurtres commis envers mon peuple, mais en tant que père, je vous comprends tellement…

Le Grand Kogha esquissa un sourire incertain auquel répondit Teba. Il se rappela soudainement de la présence de Link et se retourna.

Le jeune homme avait rangé sa lame dans son fourreau dorsal et son visage était pâle. Il était à genoux dans le sable, comme tombé là.

Il ne représentait plus une menace.

Le Grand Kogha se leva et s'avança vers le Héros à genoux.

_ Tu m'as laissé entendre que tu étais venu chercher quelque chose ici.

_ Le trésor que vous avez dérobé aux Gerudos… J'en ai besoin pour approcher de la Créature Divine qui agite tout le désert, je dois la calmer.

_ Elle nous ennuie aussi depuis qu'elle est incontrôlable. Nous voulions utiliser l'artéfact nous-mêmes pour la calmer, mais nous n'avons jamais trouvé le moyen d'entrer à l'intérieur. Si tu penses pouvoir y arriver, alors autant te le rendre.

Link releva les yeux pour dévisager le Grand Kogha. Quelques minutes plus tôt, l'homme cherchait à le tuer et le voilà pourtant en train de discuter avec lui.

_ Pourquoi ?

_ Tu aurais put profiter d la chute de ma fille pour me tuer, la tuer elle lorsqu'elle est remontée, et décimer mon peuple en traversant notre repaire. Mais tu ne l'as pas fait. Aussi, et seulement pour aujourd'hui, je vais te laisser repartir en vie, et avec ce que tu es venu chercher.

Link resta à terre et baissa la tête.

_ Je suis désolé…

_ Nous nous ressemblons, Héros des Landes.

Le jeune homme releva les yeux pour dévisager le Grand Kogha. Il avait le visage rond et sympathique d'un bon vivant, les joues rouges et les pattes d'oie au coin de ses yeux trahissaient de nombreux sourires.

_ N'ais pas l'air si étonné, mon garçon, nous faisons des erreurs. Tu as du sang sur les mains, mais moi aussi. En tant que père je ne te pardonnerais jamais ce que tu as fait à ma fille, mais je te remercie d'avoir épargné mon peuple aujourd'hui.

_ Je ne suis pas assassin. Enfin, plus, je crois…

Le jeune homme se releva et esquissa un léger sourire.

_oOo_

Asahi regarda Link quitter le repaire quelques minutes plus tard, le trésor Gerudo sous le bras.

_ Il était différent des autre fois. Comme si une chose lui était revenue en mémoire, de particulièrement insoutenable.

_ Tu dis ça, mais toi tu as toujours autant envie de le tuer !

La jeune femme tourna la tête vers Teba, observant avec elle le départ du Héros depuis un pic rocheux. Elle sourit avec amusement en hochant la tête.

_ Je suis d'un naturel très rancunier. Et puis mon père a bien dit que c'était seulement pour aujourd'hui. Dès demain, je pourrais me lancer à nouveau sur ses traces pour tenter de le tuer.

_ Je te reconnais bien là… et c'est comme ça que je t'aime.

Asahi le regarda d'un air interloqué sans pour autant être surprise. Elle finit par sourire et laissa l'aile du Piaf envelopper ses épaules, posant sa tête contre son épaule.

_ Je suis désolé Asahi. Je t'ai accusée sans même te laisser t'expliquer.

_ Les circonstances jouaient contre moi.

_ Mais je pensais que je valais mieux que ceux qui t'accusent à la moindre goutte de sang…

Asahi sourit et leva la tête. Elle déposa un baiser sur la joue du Piaf.

_ Laissons ça derrière nous, d'accord ? L'avenir ne sera déjà pas facile, alors autant ne pas nous encombrer avec le passé en plus.

_ L'avenir ?

_ Un Piaf et une humaine, nous savons parfaitement que ça ne se fait pas. Enfin, tu as de la chance, au moins mon père semble beaucoup t'apprécier, et puisque tu m'as sauvée la vie deux fois, il ne saura rien te refuser. Oh, il va sans doute te tester un peu pour la forme, mais rien de vraiment sérieux. C'est mon père, après tout !

Teba l'observa avant de sourire. Il hocha la tête, prêt à affronter tout les tests du monde que lui enverrait le Grand Kogha.

Asahi se releva en s'étirant.

_ Bon, c'est bien mignon tout ça, mais je ne vais pas rester plantée là à contempler le Héros diminuer à l'horizon ! Teba, je te fais visiter le repaire ? Et te présenter à nos plus fines lames ? Je suis sûre qu'un duel entre toi et Maih serait vraiment intéressant.

_ Avec plaisir !

Le Piaf commençait à suivre la jeune femme lorsque cette dernière se retourna dans un chatoiement de sa longue chevelure blanche.

Elle avait un magnifique sourire.

_ Au fait Teba, il faut que je te dise… Moi aussi je t'aime !