Chapitre 3 - Née moldue

En sortant du train, Mérida regarda tout autour d'elle. L'hypothèse que Harold était sagement dans le train, mais avait été coincé à l'intérieur d'un autre compartiment, restait possible. Bon, si c'était le cas, elle serait momentanément soulagée, même si Harold en payerait le prix cher. Il les avait tout de même abandonnés durant tout le trajet! Néanmoins, pas d'Harold en vue. Mérida soupira. Elle ne voulait pas avoir l'air trop inquiète devant les autres, mais les attaques de dragon perpétuelles dans le village de son ami l'inquiétaient un peu. Après tout, dans sa dernière lettre Harold avait semblé vague et imprécis. Et pour la première fois cette année depuis leur deuxième année, il avait même eu quelque chose qui l'avait empêché de se rendre à Pré-Au-Lard pour acheter son matériel. La lettre dans laquelle il lui avait annoncé ça avait semblé particulièrement inquiétante aux yeux de Mérida :

« Chère Mérida, »

Mérida soupira, Harold avait tendance à toujours commencer ses lettres de cette façon. Cela l'agaçait, puisqu'elle n'aimait pas particulièrement être appelée « chère ». Pour elle, cela sonnait trop « Madame ». Assise sur le comptoir de la cuisine, elle croqua dans une pomme avant de continuer sa lecture :

« J'espère que tu vas bien. De mon côté, on a eu plusieurs attaques de dragons cet été. Ils ont incendié une partie du village, alors j'aide Gueulfort à reconstruire les maisons. Heureusement que j'ai le droit de me servir de ma baguette chez moi, je n'ose imaginer si on avait subi cette attaque en Grande-Bretagne combien cela aurait été compliqué de tout soulever et tout réparé à la main. Gueulfort m'a même dit qu'il était impressionné par mes Wingardium Leviosa ! On remercie l'effort de Raiponce de m'avoir fait pratiquer et pratiquer à le faire en première année pour les examens ! Mais bon, j'imagine qu'il me dit juste ça, car lui-même n'a jamais réussi à faire sortir quoique ce soit d'une baguette magique…

Bref, tout ça pour dire que je ne pourrai malheureusement pas être là à Pré-Au-Lard après-demain, donc demain pour toi, le temps que tu reçoives la lettre. Hier soir, j'ai eu quelques complications. Je t'expliquerai quand on va se voir, de toute façon.

Amitié,

Harold »

Quelques complications. Mérida n'aimait pas le ton de cette lettre. Harold ne disait jamais « quelques complications ». Il racontait ce qui se passait et voilà.

« Hey! Mérida! »

« 'passée un bel été? »

Pendant que Jack voulait jouer les chevaliers galants et porter sa valise ainsi que celle de Raiponce, ce qui les faisait trainer de la patte, Mérida était allée déposer sa valise avec les autres, perdue dans ses songes en repensant à la fameuse lettre. Elle n'avait d'ailleurs pas osé révéler le contenu de la lettre à Jack devant Raiponce. Elle avait bien vu comment Raiponce s'inquiétait constamment pour Harold et les dragons. Alors qu'elle se retournait pour rejoindre les carrioles, elle avait croisé Elizabeth et Olive, deux de ses camarades de chambre.

« Ouais, c'était super. Vous? »

« Oh, ça pouvait aller. Nous avons dû encore reporter notre voyage à Paris. À cause de la guerre moldue. Tellement nuls, ces moldus. N'est-ce pas Élizabeth? »

« Ouais, hihi. »

Mérida serra les dents en se disant que découper en morceaux une de ses camarades de chambrée alors qu'elle n'était même pas arrivée à Poudlard lui vaudrait certainement une suspension et l'empêcherait de revoir Harold. En même temps, elle les trouvait absolument stupides et irrespectueuses. Paris était aux mains de l'Allemagne depuis deux ans maintenant. Il fallait vraiment être des sorcières ignorantes pour être aveugles sur ce fait. Mérida était persuadée que l'état des routes et des bâtiments suite aux derniers bombardements à Londres n'avaient suscité que du dégoût de la part des gryffondors. Elles avaient probablement jugé toute cette partie de la population en les traitant de nuls et en se croyant tellement supérieures. Elles n'éprouvaient pas de respect envers toutes les familles qui mourraient à cause des Allemands. Ça avait toujours été ainsi et si au moins elles avaient été les seules, Mérida aurait pu mettre ça sur le compte d'un dérèglement du cerveau applicable à deux seuls individus. Malheureusement, plusieurs sorciers au sang pur ou n'ayant pas de famille moldus proches, particulièrement des serpentards de son point de vu, pensaient comme elles et Mérida avait l'impression que ce sentiment et ce dégoût s'intensifiaient d'année en année. Grindelwald réussissait même à torturer les esprits si « purs » de la Grande-Bretagne et ça, même Dumbledore ne pouvait l'en empêcher.

« Oh, mais toi, tu es née-moldue, non? Tu n'as pas de famille à la guerre? »

Mérida vira rouge.

« Et vous, vous êtes nées-sorcières, vous n'en avez pas de la famille à la guerre? La guerre n'est pas juste côté moldue, alors on peut dire qu'on est tous des nuls. Sur ce, je dois trouver Harold, alors salut. »

Mérida les bouscula en passant entre les deux et monta dans la première diligence qu'elle vit. Elle eut néanmoins le temps d'entendre Olive s'exclamer :

« Elle se prend toujours pour la reine du monde. Dommage qu'on ne puisse pas l'échanger contre quelqu'un d'autre. »

Elle n'osa pas se retourner pour voir si Raiponce et Jack comprendraient qu'elle ne les avait pas attendus. Elle n'avait pas du tout envie de se retrouver coincée avec Elizabeth et Olive. Elle se retrouva plutôt avec un gros garçon qu'elle ne reconnut pas tout de suite. Ce qui était un comble vu sa taille.

« Sa-salut, Mérida… » bégaya le troisième année ce qui la fit sursauter.

L'interpellée se tourna vers Rubeus.

« Oh, salut », se contenta-t-elle, n'ayant pas le cœur d'engager la conversation.

Elle était trop préoccupée par Harold et redoutait le moment où elle devrait dormir dans son dortoir s'il ne se pointait à la cérémonie.

« Tu as passé un bel été ? »

« Ouais, c'était bien. Toi? »

Mérida espérait que la réponse du géant serait brève, mais à son plus grand désarroi, elle vit qu'il avait les larmes aux yeux. Bon sang. Elle n'avait pas couru se sauver pour prendre une diligence seule pour se coltiner un troisième année pleurnichard.

« Oh. Ça s'est passé. »

« Je vois ça… Qu'est-ce que tu as? »

« Oh, rien. Des allergies », mentit-il clairement.

« T'es allergique à la nature toi? Je pensais que tu ne vivais que pour la nature. »

« Ce n'est pas parce que je l'aime, qu'elle m'aime », répondit-il d'un ton bourru.

« Ouais, c'est sûr. »

Mérida ne comprenait pas trop où la conversation s'en allait, mais elle avait l'impression de marcher sur des œufs, redoutant la crise de larmes qu'elle ne se sentait pas du tout apte à gérer. Rubeus n'avait pas des amis pour le réconforter? Un moment passa, jusqu'à ce qu'un éclair bleu illumine le ciel au-dessus de la forêt interdite. Mérida regarda le phénomène avec un drôle de pressentiment.

« Dans le train, j'ai cru voir un dragon noir qui nous suivait. Mais pourtant, de loin, ça ne ressemblait pas à un noir des Hébrides », commenta Hagrid de nouveau stable émotionnellement, qui semblait lui aussi avoir remarqué l'étrange lueur.

« Je pensais qu'il n'y avait pas de dragons dans la région. Harold m'a dit que le ministère s'était chargé de les déménager. »

« Oh! J'aimerais bien qu'ils les aient vraiment déménagés, mais pendant très longtemps les sorciers les ont juste pourchassés et détruits. Personne n'a pris le temps d'apprendre à les connaître. »

Mérida sourit. Il s'entendrait bien avec Harold vu l'intonation tendre avec laquelle il parlait des dragons, alors que le poufsouffle, lui, se faisait constamment attaquer. Harold lui avait d'ailleurs dit un jour :

« Je suis certain que si on arrêtait de répliquer, il arrêterait de nous attaquer. »

« Ouais, ils vous auraient sans doute tous cramés, alors ils n'auraient plus rien à brûler», rit Jack.

Harold leva les yeux au ciel alors que Mérida riait et Raiponce lui tapotait l'épaule comme pour lui dire que c'était beau de rêver.

Mérida n'avait jamais eu l'occasion de discuter avec Rubeus. Évidemment, tout le monde dans l'école le connaissait. Il était tellement grand et gros qu'on ne pouvait pas, ne pas le remarquer. La jeune fille se souvenait très bien de sa répartition. Elle avait même vu des enseignants retirer leurs lunettes en croyant qu'elles avaient été déréglées. Lorsqu'il avait été réparti à gryffondor, les gens avaient pris beaucoup de temps avant d'applaudir. Un serpentard avait crié quelque chose, puis la préfète en chef des lions de l'époque s'était levée :

« Rubeus Hagrid, au nom des gryffondors, nous sommes fiers de t'accueillir parmi nous. »

Jane avait commencé à applaudir et tout le monde chez les lions s'était levé pour l'applaudir avec elle. Mérida n'avait absolument pas compris quel était le problème avec Rubeus à l'époque. Pour elle, il était seulement surdimensionné. Elle avait cru qu'il s'agissait d'une maladie. Chez elle, donc chez les moldues, Maude, sa bonne, lui avait un jour raconté qu'il existait une maladie qui pouvait faire en sorte que l'on soit immense sans qu'on ne puisse rien y faire. C'est après qu'elle avait entendu Olive expliquer à Elizabeth qu'on ne pouvait pas faire confiance aux géants ou demi-géant qu'elle comprit que Rebeus ne souffrait d'aucune maladie. Elle avait alors demandé des éclaircissements à ses amis et ils avaient tous semblé mal à l'aise. Raiponce avait fini par lui répondre :

« Ce qu'a fait Jane est à l'honneur de votre maison, Mérida. Il y a beaucoup de préjugés sur les géants. Mère m'a dit qu'elle en avait rencontré quelques fois. Elle devait toujours faire très attention, car il s'agissait d'êtres sanguinaires qui n'avaient pas peur de manger des hommes. On dit que les parents sorciers de demi-géants doivent être des personnes avec aussi peu de valeurs pour avoir des enfants avec des géants. Mais rien ne nous prouve que ce Rubeus soit réellement un demi-géant. »

« Aller Raiponce. Tu as vu à quoi il ressemble… Il a juste 11 ans », avait interrompu Jack.

Raiponce avait haussé les épaules.

« En tout cas, Rebeus, je l'ai croisé à la bibliothèque et il avait l'air très gentil. Il m'a même donné un livre que je n'arrivais pas à attraper. Le sortilège d'attraction de la bibliothèque devait avoir un problème. »

Jack avait alors commencé à taquiner Raiponce et Mérida s'était retournée pour avoir l'avis d'Harold :

« Ben, chez nous, les géants ne sont pas vraiment bien vus non plus. »

Depuis, même si Mérida n'avait pas réellement pris en compte les rumeurs le concernant, elle n'avait pas non plus eu l'occasion de lui parler.

« Et toi, Hagrid, tu vas vouloir faire ça plus tard? Sauver des dragons? »

« Tu peux m'appeler Rubeus, tu sais. »

Mérida hocha la tête, mais ne répondit pas, attendant plutôt ce que Hagrid dirait :

« J'aimerais vraiment beaucoup ça travailler avec les dragons. En élever un. Ça serait génial. »

« Je suis certaine que tu peux y arriver, alors. »

Rubeus haussa les épaules :

« Je ne sais pas trop, c'est difficile pour les gens comme moi de travailler parmi les sorciers. Surtout en ce moment. Tu dois comprendre ça, je crois que tu es née moldue, non? Et puis, c'est vrai que je ne suis pas très habile avec ma baguette. »

Mérida serra les dents. Même Hagrid transpirait de préjugés à son égard. Pour elle, être née moldue n'était pas un handicap et elle n'aimait pas qu'on le considère comme tel.

« Je suis certaine que tu seras excellent. D'où on vient, ne veut rien dire. Ne laisse pas les autres t'embobiner l'esprit. »

Mérida détourna la tête. Au début, elle avait été contente de parler avec le demi-géant, mais maintenant, elle n'en avait plus du tout envie. Elle souhaitait seulement qu'on oublie le fait qu'elle soit une née moldue, mais apparemment, tout le monde la croyait moins capable à cause de ça. Hagrid sembla sentir qu'il avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas, car lui aussi se renfrogna. Les deux lions finirent la balade en silence.