Chapitre 4 - Atterrissage forcé
« ARGHHHHH! ARRÊTE! NON! NE T'ARRÊTE SURTOUT PAS! ARRGHHH! »
Dans un immense fracas à faire réveiller les morts, Harold et une énorme bête noire s'écrasèrent entre les arbres de la forêt interdite. Heureusement, la bête, le monstre, avait, au dernier moment, réalisé que la chose qu'il portait sur son dos n'était pas aussi solide que lui et avait tout fait pour amortir le choc. Alors, même si Harold s'en sortait avec une multitude d'égratignures sur le visage, sur les mains et sur les bras, ainsi qu'un bout de pantalon déchiré, il était vivant et entier. Le jeune sorcier, respirant fortement, étendu sur le sol, commençait à réaliser peu à peu ce qu'il venait d'accomplir. Il avait réussi à apporter un dragon à l'intérieure de la forêt interdite sans se faire repérer par le ministère de la magie et les moldus! Du moins, il l'espérait. En tout cas, il ne s'était pas fait viser par un missile moldu et aucun sorcier en balai n'était venu l'accoster pour détruire sa baguette et détruire ses chances de devenir un sorcier accomplit un jour. Il venait sans doute de franchir des dizaines de lois et était maintenant étendu dans la forêt la plus dangereuse de Grande-Bretagne, mais il ne s'était jamais senti aussi fier et soulagé.
« Wouuuuu! » hurla-t-il de joie alors que le dragon sur lequel il était perché un instant plus tôt relevait la tête, inquiet de voir son maitre dans un tel état d'ivresse.
Harold se releva et fit une petite danse de la victoire avant de se retourner vers Krokmou et de le prendre dans ses bras.
« On y est arrivé, mon beau! On est à Poudlard! »
Ledit Krokmou ne sembla pas rassuré du tout. Il ne connaissait cette forêt ni d'Ève ni d'Adam. Il jeta un regard inquiet à Harold. Était-ce trop tard pour retourner à Beurk?
« Bon, on a juste à marcher un peu pour trouver un ruisseau plein de poissons et une façon pour moi d'aller à l'école. Je vais pouvoir t'apporter à manger tous les soirs comme ça. Ça va super bien se passer, ok ? »
Krokmou baissa la tête, pas rassuré le moins du monde. S'il avait pu, il aurait tout simplement accompagné Harold à la Grande Salle et participer au buffet. Malheureusement, si les sorciers étaient aussi vilains que ceux de Beurk, il valait mieux qu'il reste tapi dans ce milieu hostile et inconnu.
À peine l'adrénaline retombée, Harold commença à sentir un étrange poids s'insuffler dans sa poitrine. Cette forêt ne lui disait rien qui vaille et semblait pire que tout ce qu'il avait imaginé dans les dernières années lorsque le professeur Dippet leur avait interdit d'y pénétrer. Les deux n'eurent même pas le temps de se mettre en marche avant d'entendre des bruits de sabots venir vers eux. Krokmou se mit aussitôt à côté d'Harold prêt à attaquer pour protéger son petit humain. Harold, lui, sortit sa baguette. Il avait entendu toute sorte d'histoires sur la forêt interdite et naïvement, il avait espéré qu'elles soient exagérées comme l'avaient été les histoires sur le caractère des dragons.
Soudain, deux centaures apparurent dans leur champ de vision. Le plus grand avait les cheveux blond cendré et semblait assez âgé et très musclé. Le deuxième, un enfant, visiblement, avait les cheveux blond clair et des yeux bleu profond. En apercevant le dragon qui grognait, le père, semblait-il, mit son bras devant son fils pour l'empêcher d'avancer plus proche et cria :
« Firenze va chercher les autres, c'est surement elle! »
« NON! » hurla Harold prêt à lancer un sort au poulain s'il s'en allait chercher du renfort « Krokmou, arrête! Monsieur, ne faites pas ça, s'il vous plait, il n'a nulle part où aller. Il est blessé et il a besoin de moi. »
Le centaure, qui avait d'abord ignoré le jeune sorcier, dévisagea Harold. Le petit, Firenze, apparemment, s'arrêta, trop curieux pour obéir à son père immédiatement.
« Poulain. Est-ce toi qui as apporté cette créature dans nos bois? » demanda l'homme-cheval après une seconde de flottement.
Impressionné, Harold se cala sur Krokmou qui entourait sa queue sur le sol autour de lui.
« Ou-oui… Je ne pouvais pas le laisser chez moi… »
Bari sortit son arc et banda une flèche, prêt à la lâcher sur Krokmou. Harold leva ses mains en l'air signe qu'il demandait l'armistice, prêt à défendre sa créature coûte que coûte.
« Depuis quand vous êtes ici? » demanda Bari d'une voix plus calme que ce dont pouvait s'attendre Harold :
« Cinq minutes, peut-être dix. Pas plus, je vous le jure. On va partir si vous insistez, ne lui faites juste pas de mal… » supplia le dragonnier qui espérait tout de même ne pas avoir à repartir.
Après un instant, Bari baissa avec surprise son arc. Harold se sentit instantanément soulagé et recommença à respirer alors qu'il n'avait même pas remarqué qu'il commençait sérieusement à manquer d'air.
« Que fais-tu dans nos bois avec ce dragon venant d'une contrée lointaine, jeune poulain? »
Le cœur d'Harold recommença à battre sérieusement. S'il avait l'impression que le centaure ne tenterait plus de les tuer, il devait gagner sa place afin de rester dans la forêt. Après tout, elle n'appartenait ni à Krokmou dont l'espèce ne venait pas de Grande-Bretagne, ni à Harold où sa présence était tout simplement interdite par le directeur lui-même.
« Je su-suis un étudiant du château », commença-t-il prudemment en espérant que lui révéler qu'il venait de Poudlard lui apporterait plus de points positifs que négatifs. « Cette furie nocturne est de chez nous, de Beurk, en Scandinavie. Je, euh, elle a été blessée. Elle a perdu un aileron et ne peut plus voler sans moi. Krokmou ne peut se nourrir suffisamment seul, alors je l'aide. S'il vous plait, ne lui faites pas de mal. Il ne fera pas de mal à personne. Il doit juste rester pas trop loin de moi pour que je puisse le nourrir régulièrement. Nous voulons juste un endroit calme, proche d'un cours d'eau et je vais revenir juste pour le nourrir, jamais plus loin dans les bois. »
Le centaure dévisageait toujours Harold avec force, mais il se tourna aussi pour observer Krokmou. Firenze s'était approché de son père. Visiblement, il était impressionné par la créature.
« Quel est ton nom, jeune sorcier. »
Harold n'en revenait pas. Il avait beaucoup lu sur les centaures et il avait été persuadé, pendant quelques instants qu'il serait soit mort ou aurait dû filer à vive allure avec Krokmou.
« C'est-C'est Harold, Harold Haddock, Monsieur. Vous? »
« Bari et mon fils ici, c'est Firenze. Pourquoi devrions-nous vous faire confiance? Cette forêt n'appartient pas aux sorciers. »
Le poufsouffle sembla surpris par la question, même s'il n'aurait pas vraiment dû l'être. Pour qui se prenait-il de venir cacher une créature crainte par la plupart des animaux dans l'un des seuls lieux de la Grande-Bretagne qui n'était pas contrôlée complètement par les sorciers? Il aurait dû s'attendre à ce que ce ne soit pas l'école ou même le ministère de la magie qui lui interdise sa venue, mais carrément les créatures qui peuplaient cette forêt. Et, en réalité, il ne savait pas ce qu'il pouvait dire pour qu'ils aient confiance en lui. Le sorcier, étant un passionné de toutes les créatures fantastiques, il ne comptait plus le nombre de fois qu'il avait lu le livre de Norbert Dragonneau, savait pertinemment que lui et ses semblables n'avaient pas une bonne réputation auprès des êtres humanoïdes. Il ne savait pas quoi répondre, mais il devait tenter quelque chose.
« Vous ne me devez rien du tout. Mais je vous promets que je serai digne de confiance. Je cache ce dragon ici, car il ne peut pas voler seul et il ne peut pas rester sur mon île qui ne respecte pas cette créature. Vous pouvez penser que je serai comme les gens de Beurk, ça serait dans votre droit, mais je vous garantis que je ne suis pas comme eux et que je protègerai mon ami sans blesser de créatures de cette forêt. »
Bari scruta Harold longuement, cherchant une faille dans ses paroles et un doute qu'il n'était pas honnête. Firenze s'était approché davantage et observait son père attentivement. Il n'y avait aucun doute pour Harold que le poulain admirait énormément le centaure.
« La forêt n'est pas faite pour les créatures qui ne la connaissent pas et encore moins pour des sorciers, jeune poulain. Particulièrement en ce moment », déclara Bari qui semblait peu à peu se laisser convaincre par le discours d'Harold.
« Je sais », répondit l'intéressé, « mais je n'ai pas d'autres choix si je ne veux pas qu'on le retrouve et qu'on lui fasse du mal. Je vous en pris », conclut Harold.
Bari mit une main sur sa barbe et réfléchit un long moment :
« Vous promettez que jamais vous ne dérangerez cette forêt et jamais vous ne vous éloignerez de l'endroit qui vous aura été désigné à vous et ce dragon? » demanda-t-il au bout d'un moment.
Harold hocha vivement la tête, il n'en croyait pas ses oreilles. Il semblait que Bari lui faisait suffisamment confiance pour l'aider. C'était incroyable! Au même moment, une étoile filante passa au-dessus de leur tête. Harold la regarda, admiratif. Il savait que pour les centaures les étoiles et les comètes étaient particulièrement importantes. Bari la regarda justement filer et hocha la tête à son tour :
« Je sens quelque chose de bon en vous, brave poulain. Vous avez une chance de me prouver votre respect. Mon fils ou moi passerons régulièrement vérifier que vous respectez les lieux et notre entente. Les créatures qui peuplent cette forêt sauront rapidement qu'un dragon sera ici, mais ils ne devront pas savoir que vous aussi passerez lui prêter main-forte. Certaines ne s'approcheront tout simplement pas, mais personne ne connaît réellement tout ce qui peuple cette forêt. Un grand danger tombera sur vous si vous vous y perdez. »
« Un danger? Une créature? » demanda Harold, soudain hésitant.
Bari l'observa, ou plutôt le scruta un moment, ce qui était mauvais signe. Les bruits de la forêt autour des quatre animaux magiques semblaient s'intensifier pour Harold qui attendait que le centaure lui explique ce qu'il insinuait. Si le vent dans les arbres était un bruit plutôt agréable en temps normal, il faisait frissonner Harold et faisait crier les immenses arbres qui ployaient sous sa force. Les craquements des animaux qui les observaient certainement en ce moment le faisaient de temps à autre sursauter. Mais le pire devait être l'étrange absence de chant ou de cris d'oiseaux, comme si leur présence était trop joyeuse pour cette forêt lugubre. Le poufsouffle avait l'impression que tout dans cette forêt lui demandait de partir, lui indiquait que la pire décision était d'être ici. Il avait l'impression que le vent et même les créatures qu'ils percevaient sans les voir cherchaient à l'avertir d'un danger. Et apparemment, Bari lui confirmait précisément que ses impressions étaient réelles.
« Personne ne sait, mais la forêt n'a jamais été aussi sombre », dit finalement Bari, sortant Harold de ses rêveries.
Le Viking frissonna. Il commençait à se demander si l'idée de cacher Krokmou dans un endroit aussi dangereux était une bonne idée.
« Maintenant, suivez-moi. Je connais un endroit où il vous sera plus facile de rentrer au château qui se trouve à proximité d'une source d'eau pour le dragon. »
Harold se retourna vers Krokmou, prêt à changer de plan et retourner à Beurk, se cacher sur son île quelque part ou son père ne les trouveraient pas, mais assez près pour intercepter les lettres de Poudlard et de ses amis qui se demanderaient bien où il était. La tête de Mérida lui revint en mémoire. La gryffondor aurait honte de lui s'il agissait de la sorte après avoir accompli autant. Oui, cette forêt craignait et semble craindre encore plus que d'habitude selon Bari, ce qui n'était pas pour le rassurer. Krokmou releva la tête et croisa son regard. Le dragon d'abord craintif sortit sa langue qu'il laissa pendouiller. Un signe de sa part que malgré sa peur il faisait totalement confiance à Harold.
« On vous suit! » s'exclama Harold.
Harold sourit, fier de lui, presque heureux, en réalisant sa chance malgré le climat tellement pesant de cette forêt. Maintenant, grâce à, il ne savait quel dieu qui le protégeait, il avait eu droit à une chance de prouver son respect envers cette forêt hostile. Il avait l'impression que tout se déroulait trop bien. Il lança un regard heureux à Krokmou qui n'avait rien compris et laissait toujours la langue pendouiller. Le poufsouffle se tourna vers Bari et le remercia. Le centaure ne réagit pas et ils se mirent tous en marche.
