Chapitre 5 - Le secret des Bach

À la table des Serpentards, les gens se racontaient leur été avec un total manque d'entrain selon Jack qui lui aurait eu plein d'anecdotes hilarantes à raconter, puisqu'il n'avait pas vraiment eu le temps de le faire dans le train étant donné l'attitude de Mérida et l'absence d'Harold. Il était assis entre un de ses camarades de chambrée et sa sœur jumelle, Dietrich et Liesa Bach.

Tous les deux avaient eu la vie difficile depuis leur première année, mais particulièrement l'année dernière à cause de leur origine allemande, jusqu'à ce que Liesa mette par « inadvertance » une potion aveuglante dans toutes les boissons de la Grande Salle. Cela avait suscité une panique générale chez les élèves, mais les enseignants avaient rapidement compris que la coupable était nulle autre que Liesa. Après tout, uniquement elle et son frère avaient bien pris le soin de ne rien consommer. Heureusement, Slughorn avait été capable dans un temps record de fabriquer des potions occulus avec l'aide de l'infirmière et celle forcée de Liesa qui s'était tenue de ne pas rater volontairement les potions de guérison. Le sablier des Serpentards n'avait jamais été aussi bas. Après tout, depuis que Tom Jedusor était à l'école, les Serpentards gagnaient systématiquement la coupe et c'était donc la première fois qu'ils se retrouvaient derrière les gryffondors. Néanmoins, personne n'avait osé répliquer, puisque la potion qu'avait faite Liesa n'était apprise qu'en cinquième année et cela suscitait le respect dans leur maison. Aussi, à peine un peu de temps plus tard, des rumeurs comme quoi Dietrich faisait de la magie noire avaient mystérieusement commencé à circuler. Jack, qui par on ne sait quel moyen était devenu proche du duo, avait appris que ces rumeurs étaient complètement inventées d'une source inconnue, mais que les deux les avaient entretenues sans vergogne et avec un certain plaisir. Ils aimaient qu'on les laisse tranquilles et Jack les suspectait aussi d'aimer être craints des autres élèves.

Malgré tout, la haine des autres élèves envers eux les écœurait. À un moment, lorsque Jack s'était retrouvé seul dans le dortoir avec Dietrich, il lui avait expliqué que lui et sa sœur avaient fui l'Allemagne avec leurs parents deux ans avant la guerre. Ils étaient juifs et ses parents avaient eu un mauvais pressentiment par rapport à la force du nazisme en Allemagne. Jack avait alors été étonné, puisqu'étant sorcier, le gouvernement moldu-allemand ne devait pas tant leur faire peur, mais c'est le visage grave que Dietrich lui avait révélé que ses parents ne pratiquaient pas la magie.

Jack fronça les sourcils :

« Pourtant, il faut être de sang pur ou au moins mêlé pour être à Serpentard… À moins que t'aies été adopté », blagua-t-il, un sourire au visage.

Dietrich sembla d'abord surpris, puis un peu mal à l'aise. Apparemment, il n'était pas au courant de ce détail pour être un Serpentard ou ne croyait pas qu'il fut vraiment vrai. Il regarda de part et d'autre de la chambre, comme pour être certain que personne ne les espionnait puis il chuchota à Jack :

« Promets-moi de ne rien dire, surtout pas aux gens de notre maison, ok? »

Jack sourit :

« Me vois-tu souvent être avec les gens de notre maison? Ils me reprochent d'être un traitre, car j'ai le malheur de trainer avec Mérida. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour me ramasser avec une telle tête brûlée », plaisanta-t-il.

Dietrich ne rit pas et continua :

« Non, mais sérieux, même pas à tes amis. »

Curieux, Jack fit un signe de croix sur sa poitrine, comme il avait souvent vu Mérida le faire lorsqu'elle promettait quelque chose, et le Serpentard sembla rassuré :

« Mon père est un cracmol. Il vient d'une famille très connue de sang pur en Allemagne. Sa famille serait même proche de Grindelwald à ce qu'il parait. Mais il a été renié aussitôt qu'il a eu l'âge de partir de la maison sans que sa mère se sente coupable. Mon père leur en veut beaucoup, même s'il n'a plus aucun contact avec eux. Ma mère, elle, est juive d'une famille de moldue. Mon père ne lui avait rien dit à propos de la sorcellerie, car il ne pensait pas que nous, ma sœur et moi, pourrions être sorciers. Apparemment oui. Je crois que ça l'a d'abord déçu quand on a manifesté nos premiers signes de magie. »

Dietrich fit une pause dans son histoire, cherchant sans doute dans sa mémoire ce qui s'était produit. Après un instant, il continua :

« En fait, c'est Liesa qui a fait la première de la magie. D'abord, les plantes que nous avions dans notre chambre poussaient dix fois plus vite que dans le reste de la maison, parfois on avait l'impression que notre chambre était une jungle! Les animaux, eux, avaient une étrange attirance envers elle. Elle était capable de parler, bien qu'ils ne lui répondaient pas, à des petits animaux sauvages qui venaient nous voir dans le jardin. Mais c'est lorsqu'elle a réussi à sauter au-dessus des armoires de façon tout à fait illogique qu'elle s'est mise à dire qu'elle était une magicienne. Notre père faisait comme s'il ne se passait rien que c'était seulement l'imagination de Liesa qui lui jouait des tours. Une fois, lorsqu'elle a réussi à faire léviter nos peluches lors d'un jeu, il s'est fâché contre elle tellement fort qu'il l'a giflé en lui disant qu'elle était folle et que la magie n'existait pas. C'est la première fois que moi j'ai fait de la magie. Il est tombé et s'est cogné la tête contre une table. Maman ne comprenait rien, mais ça a fini par rentrer dans l'ordre et je crois qu'aujourd'hui il en veut moins à la magie. »

Jack releva un sourcil, il trouvait le secret des Bach fascinant.

Ensuite, Dietrich avait bien dû avouer à sa sœur qu'il avait mis Jack au courant de leur secret. Cette dernière les avait boudés pendant un bon moment, jusqu'à ce qu'un gryffondor de cinquième année la coince dans un couloir, un soir de mai, pour lui mettre sur le dos toute la guerre en Allemagne.

Samuel Henry était un né moldu qui avait un père d'origine française et une mère anglaise. Son père avait rejoint le sud de la France afin d'aider un groupe qui voulait la libérer. Samuel était très fier d'eux. On l'entendait régulièrement dire que grâce à sa famille, Hitler serait vaincu. Les gens savaient, qu'en bon gryffondor, que si sa mère n'avait pas été aussi stricte, il aurait lui aussi été au front malgré son jeune âge. Il était très au courant de l'actualité moldue et tenait sa maison et les autres au courant. Les professeurs devaient régulièrement lui dire de faire attention à ses propos parfois agressifs et remplis de jugements pour tous ceux et celles qui ne se battaient pas.

Au début du mois de mai, Samuel était reparti chez lui une semaine. Tout le monde savait qu'il s'était passé quelque chose. De fait, ses deux frères ainés, des moldus, son père, son oncle et un cousin avaient été tués. Tous étaient morts dans le même bombardement, toute la division avait été détruite. En revenant, le gryffondor avait exprimé sa tristesse et sa culpabilité de ne pas avoir été là, n'étant pas un adulte encore, par la vengeance envers la seule famille allemande de l'école. Il avait d'abord voulu trouver Dietrich, mais il était tombé sur sa sœur. Jack ignorait pendant combien de temps il lui avait fait subir sa haine, mais lorsqu'il était arrivé sur la scène, Liesa était en boule sur le sol, du sang lui recouvrait le visage et les cheveux. Sa baguette était à l'autre bout du couloir et tout ce qu'elle arrivait à dire c'était : « Bitte, bitte. », s'il-te-plait. Samuel avait l'air complètement fou et lui hurlait dessus des paroles incompréhensibles. C'était peut-être du français ou peut-être n'était-ce rien du tout. Jack avait immobilisé Samuel d'un sort. Il était bien trop aveuglé par la haine pour l'avoir remarqué. Puis, il avait reconduit Liesa à l'infirmerie. Il était resté avec elle et Dietrich, qui avait été rapidement mis au courant, ce soir-là jusqu'à ce qu'elle s'endorme et que l'infirmière les mette dehors. Dumbledore, le directeur de la maison des gryffondors, avait pris Samuel sous son aile et il avait été renvoyé chez lui.

Depuis, l'Allemande considérait Jack comme, si ce n'était pas ami, un allié. Du moins, sa présence était tolérée et elle s'assoyait avec lui et son frère lors des repas. Malgré tout, lorsqu'elle avait empoisonné tout le monde, elle s'était bien gardée de lui dire. C'était peut-être sa façon à elle de garder une certaine fierté et distance depuis l'incident avec le cinquième année.

Dietrich se pencha par-dessus Jack pour parler à sa sœur :

« Hey, Lili, sieh mal. »

Liesa se retourna vers la direction que son frère lui pointait.

« Arschloch », jura-t-elle clairement en allemand.

Sentant que la situation lui échappait Jack intervint :

« Vous savez que si vous vouliez juste discuter entre vous il aurait suffi de vous asseoir à côté et non d'un côté et de l'autre de moi. »

Liesa croisa les bras et détourna la tête. Ça commençait bien l'année. Au moins, Dietrich sembla enfin réaliser la présence de son camarade :

« Ah oui, désolé. C'est juste que le gryffondor, il est revenu. »

« Il aurait dû se faire expulser », dit sèchement Liesa d'un fort accent allemand.

« Vois ça du bon côté, tu vas maintenant pouvoir te venger », proposa Dietrich.

« Ah ouais… » constata Jack en se tournant vers la table de gryffondor. D'ailleurs, il apercevait Mérida qui ne semblait pas tenir en place.

Il n'avait pas pu lui reparler depuis qu'elle les avait foutus là, Raiponce et lui, en sortant du train. Mais vu la tête qu'elle arborait, elle semblait encore moins encline à discuter que dans le train. Jack avait l'impression d'avoir manqué quelque chose, surtout que Mérida était assise avec les plus vieux, dont le fameux Samuel, et non les gens de leur année. Liesa semblait aussi avoir remarqué :

« Tiens donc! Ta petite rouquine s'entoure bien. »

Jack leva les yeux au ciel.

« Oh ça va, Lies'. Tu m'as fait promettre de ne rien leur dire, j'ai tenu ma langue. »

Liesa siffla à l'entente du surnom que lui donnait Jack.

« N'empêche », continua Dietrich, « Ce sont tous des brutes à gryffondor ».

Jack soupira. Ce début d'année n'était franchement pas super agréable et il cherchait un moyen de changer de sujet.

« Bon. J'avais une question. Vous avez une idée de ce que je peux envoyer à ma sœur cette année? Faut que ce soit encore plus glorieux que le morceau d'armure de l'an dernier. »

Liesa leva les yeux au ciel, alors que Dietrich le dévisageait avec étonnement. Ces deux-là n'étaient franchement pas très drôles et Jack avait oublié ce détail avec l'été qui s'était écoulé.

« C'est pas un peu stupide d'envoyer des morceaux de l'école ? J'veux dire, tu risques de te faire prendre et elle va faire quoi avec un morceau d'armure, ta sœur? »

« Oh, mais on s'en fout Diet'. Ça la fait rire et c'est tout. L'an prochain, elle sera avec nous à Poudlard de toute façon. D'ici là, ça ne me demande pas grand-chose de lui faire plaisir. »

« Tu fais plaisir à ta sœur en lui envoyant de l'armure… Décidément, vous êtes vraiment étranges dans ta famille. À moins que ce soit les Anglais tout court », déclara Liesa hautainement.

« Et, bah, Mer' a fait la même chose pour ses frères et ils ne sont pas anglais, ils viennent des îles d'Highlands. »

« Je croyais que les Highlandois faisaient juste semblant d'être indépendants, mais appartenaient en fait à la Grande-Bretagne », fit remarquer Dietrich.

Jack voulut corriger son ami qui confondait apparemment l'Angleterre et la Grande-Bretagne, bien que Mérida considérait effectivement ne pas être britannique, mais Liesa fut trop rapide :

« Pis, parle-moi pas de cette tête brûlée. Elle est à gryffondor, la stupidité est leur mot d'ordre. Toi par contre tu devrais être un peu plus décent », renchérit Liesa en s'adressant à Jack.

Jack éclata de rire alors que le duo le dévisageait.

« Vous pouvez tellement être lourds. C'est incroyable quand vous vous y mettez », s'expliqua-t-il.

Liesa fronça les sourcils, vexée, et Dietrich semblait trop surpris pour réagir. Néanmoins, Jack ne les laissa pas réagir, car la porte de la Grande Salle venait de s'ouvrir et il entendit clairement Têtenjoy crier :

« Et que cela vous serve de leçon, jeune homme! »

Rouge, des branches partout dans les cheveux, ses habits déchirés et des coupures plein le visage, Harold franchit les portes derrière lesquelles attendaient sûrement les premières années. Jack se leva, beaucoup plus soulagé qu'il ne l'aurait cru de le voir ainsi. Il croisa le regard de Raiponce qui s'était elle aussi levée. Il ne put s'empêcher de rougir.

« Tu rougis pour Haddock? » demanda Avery en rigolant.

Jack ne prit même pas la peine de se retourner et demanda :

« Tes jaloux? »

« Si t'es homo, ça me dérange », dit Mulcibert.

« C'est toujours mieux que d'être un gros con », renchérit Liesa en lui jetant un regard noir.

Mulcibert se leva, sa baguette en main, puis Liesa, Avery et Dietrich.

« Je n'ai pas peur de toi Dietrich. »

« Tu devrais. »

« Ça suffit. Rassoyez-vous », dit simplement Tom d'un ton si autoritaire que même Jack se rassit, surtout que maintenant le Serpentard arborait l'insigne du préfet.

Quelques professeurs s'étaient en effet tournés vers leur table et semblaient commencer à se demander ce qui s'y passait.

Jack se tourna vers Harold qui venait d'être rejoint par Mérida qui l'avait pris dans ses bras avant de le taper. Il n'entendait pas ce qu'ils se disaient, mais il entendit clairement le directeur retirer des points à gryffondor ce qui suscita des sifflements à leur table. Harold regagna sa table et Mérida la sienne. Le silence fut rapidement rétabli et les élèves de premières années entrèrent.