Chapitre 6 - Le tournoi des quatre maisons
Complètement rouge, Harold regagna sa table. Les Poufsouffles le dévisageaient et le Viking avait l'impression que c'était à cause de la démonstration de Mérida. La rousse avait réussi à complètement transformer son sentiment de nervosité dû à son retard à la Grande Salle, à son sac à dos minable qui transportait un maximum d'effets personnels qui devrait bien lui suffire jusqu'à Noël, à Krokmou qui s'apprêtait à passer sa première nuit dans la forêt interdite, à la perte de point qu'il venait d'engendrer pour sa maison alors que l'année n'était pas encore commencée et, et… Bon sang, elle réussissait décidément à toujours lui retourner la tête, même après quatre ans. Séléna, l'une de ses camarades à Poufsouffle, avec qui il s'entendait plutôt bien, et aux côtés de laquelle il était assis lui chuchota à l'oreille :
« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Tu as l'air de sortir tout droit de la forêt interdite. »
La nervosité qui s'était momentanément envolée serra les tripes d'Harold avec force. Est-ce qu'on avait déjà compris ce qu'il avait fait ?
« Qu-quoi ? » s'étrangla-t-il un peu trop fort.
Philip, un camarade de chambre, étouffa un rire dans sa robe. Le choixpeau s'en allait commencer son discours et le silence dans la Grande Salle aurait surement fait en sorte qu'il soit remarqué sur le champ s'il éclatait de rire.
« Si c'est aujourd'hui que vous m'découvrez,
Ouvrez vos oreilles pour bien m'écouter,
Ce que je vais vous dire vous retiendrez,
Car l'expérience du temps, l'on m'a confiée. »
Harold dévisagea Philip qui tentait toujours de se retenir de rire. Ce dernier, étouffé par la voix du choixpeau, se pencha par-dessus la table et chuchota :
« T'as pas vu ta tête, mon gars. Je ne sais pas ce que tu caches, mais c'est sûr que les profs vont trouver si t'as l'air aussi stressé. C'est toujours trop évident quand tu as quelque chose à cacher. »
« Il sera bientôt l'heure de vous placer,
Dans la maison qui vous sera donnée,
Pour cela je verrai vos qualités,
Et votre passé me s'ra dévoilé », continuait le choixpeau.
Harold passa une main dans ses cheveux et Séléna mit une main sur son avant-bras pour le rassurer :
« Mais non Harold, ne t'inquiète pas. Tu ne peux pas avoir fait quelque chose de très grave de toute façon. »
Harold se sentait griller, il n'avait pas eu l'impression que ce qu'il avait fait se verrait comme un bouton dans le milieu de la figure non plus. Il pensait qu'il entrerait dans la Grande Salle et personne ne se douterait même qu'il ait pu faire quelque chose d'illégal.
« Avant toute chose, mieux vaut vous prévenir,
Une maison, une famille qu'il faut chérir,
Cependant, c'est ensemble qu'il faut s'unir,
Pour que le monde puisse se rebâtir. »
« En tout cas », conclut Philip, « Je suis absolument certain que les gryffondors et les serpentards ne souhaitent pas s'unir, eux. »
Séléna et Harold eurent un regard éloquent, ils n'avaient aucune idée de quoi parlait leur camarade de maison.
« Oh ! Mais écoutez un peu le choixpeau. Il fait juste un discours par année, quand même. Pis Harold, t'étais cramé au moment où ta furie... »
Harold figea au mot « furie », ce n'était quand même pas possible que Philip sache qu'il cache une furie nocturne dans la forêt, si ?
« ... de rouquine est entrée dans les toilettes des hommes dans le train, car elle te cherchait. Tu peux me dire où t'étais ? »
« C'est grâce au courage des preux gryffondors,
Que le monde sera toujours assez fort,
Si des serdaigles l'on a l'intelligence,
Vous contrerez toutes les convergences. »
Harold sentit un sourire s'élargir sur ses lèvres lorsqu'il s'imagina Mérida parcourir tout le train dont les toilettes pour le trouver. Une boule s'était aussi créée au fond de son ventre lorsqu'il réalisa que la lionne s'était surement inquiétée de son absence. Il se tourna vers la table des gryffondors où son amie était assise avec les plus vieux et non avec Olive et Élizabeth, comme à son habitude. En même temps, Harold était habitué que Mérida se fâche régulièrement avec ses camarades de chambre. Il n'aimait pas particulièrement Olive, même si son frère était le préfet en chef de sa maison qui lui, était fort sympathique.
« Les serpentards, eux, trouveront le bon chemin,
Grâce à l'ambition et leur côté malin,
Mais on pourrait tout oublier sans l'amitié,
Que promeuvent les Poufsouffles de façon acharnée. »
Séléna retira sa main du bras d'Harold qui n'avait pas remarqué qu'elle lui tenait toujours. Philip, lui s'impatientait :
« Mec, je t'ai posé une question. T'arrives d'où ? T'étais pas dans le train, non ? »
« Oh, mais tu taies, là, Gordon. On essaie d'écouter nous », s'excéda Casey, une autre fille de leur année, en s'adressant à Phillip.
Harold en profita donc pour ne pas répondre et observer un peu encore Mérida. Elle semblait s'ennuyer complètement, même si elle avait un petit sourire aux lèvres et Harold espérait que ce fût un peu à cause de lui.
« Choisissez bien les valeurs que vous bâtirez,
Car se sont d'elles dont vous vous servirez,
Pour l'ensemble et plus encore des prochaines années,
Soyez fiers comme les fondateurs l'ont, eux, été », finit le choixpeau.
« Oh, mais pour mademoiselle, je me tairai jusqu'à la fin de mes jours », répondit Phillip sur un ton charmeur alors que Casey grimaçait de dégoût.
Le choixpeau venait de finir sa chanson et le silence était revenu. Leur nouvelle préfète en cinquième année se retourna vers eux pour les avertir de tous se taire du regard, alors que la répartition commençait. Harold ignorait un peu ce qui se passait à sa table. Séléna le ramena sur terre lorsqu'elle lui dit à l'oreille :
« Pourquoi tu ne lui dis pas ? »
Harold se sentit rougir pendant qu'un salve d'applaudissement s'élevait de la table des serpentards.
« Dis quoi ? »
Séléna leva les yeux au ciel :
« Allons Harold. Philip a raison, tu sais. Tu ne sais pas très bien cacher tes secrets. Je le sais bien que tu en pinces pour Mérida. »
Harold avala difficilement sa salive. Il en « pinçait » pour Mérida, comme le disait Séléna, depuis le tout début de sa scolarité. Cependant, il savait bien que ce n'était pas réciproque. Pour la lionne, ils étaient de bons copains, même des meilleurs copains, mais ça n'irait jamais plus que ça. La rousse était le typique genre de fille qui se tenait avec des garçons et qui restait leur bonne amie indéfiniment. Un jour, Harold était certain qu'elle rencontrait un prince charmant qui serait fort et courageux et dont Mérida en tomberait follement amoureuse. Malheureusement pour lui, il n'entrait pas dans les caractéristiques de ce genre d'homme. Au grand désespoir de son père et de tout son clan, d'ailleurs. Harold ressemblait autant à un Viking que son dragon à un niffleur. Il devait tenir de sa mère, qu'il n'avait jamais connue, et qui venait d'une famille de moldue à Londres. C'était bien pour cette raison qu'Harold avait choisi d'aller à Poudlard, il n'avait pas envie de se retrouver à Dumstrang avec les enfants de son âge qui au village ne faisaient que l'embêter à cause de son incompétence en toutes aptitudes dites vikings.
« Je n'en pince pour personne. Je suis juste inquiet pour elle, car, car… elle n'est pas assise avec Élizabeth et Olive. C'est bizarre. »
Séléna leva un sourcil. Elle n'était clairement pas dupe de son histoire, mais laissa tomber. Au moins, à chaque fois que la Poufsouffle relevait des doutes sur sa relation avec Mérida, elle se laissait facilement convaincre du contraire. Cela satisfaisait bien Harold qui n'était pas près d'avouer ses sentiments, surtout qu'ils ne mèneraient jamais à rien.
Lorsque le souper commença, Harold écoutait ses amis raconter leur été en mangeant. Lorsqu'on lui posait directement des questions, le Viking répondait de façon vague et concise. Il ne pouvait s'empêcher de penser à Krokmou et des dernières paroles que Bari lui avait dites lorsqu'il lui avait montré sa façon de rentrer au château.
Bari lui mit une main sur l'épaule et le regardait de façon très solennelle, alors que Krokmou et Firenze jouaient à un jeu en arrière-plan que seuls eux semblassent comprendre qui consistait à se cacher derrière un rocher ou un arbre puis ressortir avec un changement soit dans leur émotion ou dans leur physique. Distrait par le spectacle, Harold avait un peu de difficulté à se concentrer sur le centaure qui tentait de lui parler, surtout que Krokmou faisait une drôle de grimace, si les dragons pouvaient faire de drôles de grimaces, en ramenant ses épines dorsales de gauche à droite ce qui faisait semblait bien amuser Firenze. Harold ne put réprimer un rire qui se transforma en toux lorsqu'il aperçut le regard dur que lui jetait Bari. Il se tut et attendit la suite :
« Jeune poulain, aujourd'hui je vous offre un droit qu'aucun sorcier auparavant n'a disposé. J'espère que vous mesurez tout l'impact dont il s'agit. »
Harold hocha la tête automatique. Il réalisait certes qu'il s'agissait d'un immense honneur, mais il savait qu'il n'avait pas nécessairement conscience de tout ce que le centaure venait compromettre en lui accordant sa confiance de la sorte.
« J'ignore encore quel impact votre présence aura, mais les étoiles ont parlé et m'ont indiqué que vous auriez un grand rôle à jouer dans cette forêt. »
« Vous faites référence à la chose que vous pourchassiez ? »
Bari sembla songeur un moment et mesura ses mots en répondant :
« Une chose, effectivement. »
« Mais vous savez de quoi il s'agit, non ? Vous pensiez qu'il s'agissait de Krokmou ? »
Bari le sonda, prenant toujours un temps interminable pour lui répondre, comme s'il cherchait ses mots pour s'assurer qu'Harold soit apte à le comprendre :
« Personne ne sait, mais vous aurez certainement un rôle à y jouer. »
Harold se sentit blanchir en sentant un poids s'abattre sur ses frêles épaules. En voulant cacher Krokmou dans la forêt interdite, il ne s'était pas du tout imaginé que l'on puisse lui demander un service. En plus, Bari ne semblait pas réellement lui demander un service, il semblait carrément croire qu'Harold était la solution, du moins en partie. Le Poufsouffle secoua lentement la tête. Il n'avait que 14 ans, il n'était pas très doué en sortilèges et même s'il excellait en créatures magiques et en runes, il ne voyait absolument pas comment il pouvait bien aider Bari dans quelconque lutte contre une figure sombre qui s'attaquait à une forêt déjà sombre.
« Je ne crois pas que… » commença Harold, mais Bari le regardait avec tellement de dureté qu'il ne put finir sa phrase.
« La voute céleste a parlé, jeune poulain, alors soyez alerte. »
Harold hocha rapidement la tête. Il aurait été incapable de contredire Bari et de toute façon, la conversation semblait terminée puisque le centaure s'était retourné vers son fils qui avait maintenant l'intégralité de sa crinière devant les yeux, alors que Krokmou se roulait sur le sol, clairement amusé.
Harold n'arrivait pas à sourire.
« Eh oh… Harold ! Toujours dans la lune ? » demanda soudain Philip.
Le Poufsouffle le regarda sans comprendre. Dans la quoi ?
« Dans la quoi ? » s'exclama Casey faisant écho à son questionnement.
« Dans la lune, voyons. Vous n'avez aucune culture moldue ! » s'étonna Philip
« Parce que toi, tu en as une ? » répliqua la jeune fille en levant un sourcil.
« Ma propre mère est une née moldue, tu sauras et donc mes grands-parents et certains de mes cousins sont des moldus. J'en connais bien plus que tu le penses sur les moldus ! »
Casey leva les yeux au ciel alors que toutes les assiettes disparaissaient sous les exclamations ahuries des premières années qui n'avaient jamais assisté à un tel spectacle. Peter s'apprêta à se lever pour guider les premières années, lorsque Monsieur Dippet prit la parole :
« Avant que vous regagniez vos dortoirs, j'aimerais rappeler que la forêt entourant le collège est strictement interdite aux élèves. Il s'agit d'un lieu hautement dangereux où vous y rencontrerez une mort certaine. Mais si, par malheur, vous y survivez, vous serez automatiquement et sans préavis renvoyé du collège Poudlard. »
« Bon sang », chuchota Philip un peu pour tout le monde. « Il n'a jamais été aussi sévère. Je me demande si quelqu'un y a été retrouvé l'année dernière… »
Harold l'ignora. Il avait une idée de la raison pour laquelle le directeur était si sévère. Il avait dû être mis au courant qu'il se passait quelque chose d'étrange dans la forêt et ce n'était pas pour le rassurer. Il avait l'impression qu'on finirait par le découvrir. Le Poufsouffle sentait une sueur froide lui parcourir la nuque. Dans quoi s'était-il embarqué ?
Monsieur Dippet fit soudainement apparaître une étrange boite au centre de l'estrade où étaient les enseignants et les enseignantes. Harold, comme la totalité des étudiants et étudiantes dans la Grande Salle l'observa avec fascination, ce qui avait au moins le mérite de le sortir un peu de sa peur panique que lui eût introduit le discours du directeur.
La boite était magnifique. Elle était entièrement faite de bois de cerisier, entouré d'aubépine. Elle était décorée d'or et d'une peinture rouge dont Harold ignorait la provenance. On aurait dit un coffre aux trésors.
« Dans un autre ordre d'idées, je voudrais prendre un moment pour vous annoncer que cette année vous aurez l'occasion de faire une saine compétition entre les différentes maisons. Un élève par maison sera choisi par votre directeur de maison pour être le représentant. La personne choisie devra combattre des créatures, résoudre des énigmes et trouver des solutions ingénieuses grâce à toutes ses compétences en magie. Le vainqueur du tournoi recevra 300 points pour sa maison et son nom sera à jamais gravé sur ce trophée. »
Armando, à l'aide de sa baguette, souleva le coffre et libéra une grande coupe en pierre. Elle n'était pas particulièrement jolie ou spéciale, alors les élèves ne semblèrent pas particulièrement impressionnés. Cependant, le directeur repris d'un ton autoritaire qui fit taire tous les débuts de chuchotements :
« Cette coupe aurait subi de puissants enchantements et permettrait de répondre à des questions sur le passé, le présent ou l'avenir. Le vainqueur pourra s'en servir pour poser une question, n'importe quelle question. »
Harold observa avec fascination l'étrange trophée. Il se demandait bien quelle question, lui, aurait pu demander. Sûrement quelque chose en lien avec son supposé rôle dans la forêt interdite. Apparemment, tout le monde réfléchissait à la même chose puisque partout dans la Grande Salle des voix s'élevèrent.
« Silence ! » dit Armando tellement fort que certains élèves plus près durent se boucher les oreilles. « Vous aurez le loisir de discuter plus tard. Pour le moment, vous devez être en silence comme dans n'importe quelle réunion. Les dissidents se verront remettre aux mains de Madame Crane, est-ce clair ? »
Aucun son ne parvint. Aucun élève n'était assez fou pour répondre et les premières années, qui ne la connaissaient pas encore, prenaient exemple sur leurs nouveaux camarades de maison chez qui elle semblait aspirer la peur. Tout le monde savait, en effet, que Madame Crane était connue pour des châtiments plutôt désagréables au fin fond des cachots.
« Bon, comme je disais, pour participer, vous devrez remettre votre candidature à votre directeur de maison. La liste se trouve déjà dans votre Salle commune. Vous devrez remplir un rouleau de parchemin d'une dizaine de centimètres expliquant pourquoi vous seriez le meilleur candidat. En inscrivant votre nom sur la liste, votre rouleau de parchemin avec l'objet "candidature pour le tournoi" sera automatiquement transmis à votre directeur de maison. Oh et en passant, quiconque tenterait de poser une question à la coupe, mais n'étant pas autorisé, d'ici les prochains mois, se verrait ensorcelé de sortilèges que même Sainte-Mangouste aurait bien de la difficulté à retirer. Sur ce, bonne soirée. »
Le silence persista après la fin du discours du directeur Dippet. Tout le monde semblait se demander s'ils avaient le droit ou non de recommencer à parler. Lorsque les professeurs, à leur table, recommencèrent à avoir des conversations privées en se levant, les tables finirent peu à peu par reprendre leurs discussions et les préfets regroupèrent les nouveaux pour leur montrer le chemin pour se diriger vers les différentes salles communes. Harold se tourna vers Mérida à la table des gryffondors qui parlaient avec enthousiasme avec les gens de sa maison. De son côté, il savait déjà qu'il ne mettrait pas son nom. Il n'était qu'en quatrième année, il n'avait aucune chance d'être choisi et encore moins de gagner. Il se doutait que ce serait les plus âgés qui participeraient. En plus, il aurait suffisamment à faire avec Krokmou. Néanmoins, cela n'empêcha pas ses camarades de rêver et Harold écouta d'une oreille ce qu'ils se disaient en se demandant bien comment il allait faire cette année pour visiter Krokmou tous les jours sans se faire voir.
