Chapitre 14 – Le combat du dragon

Sur la table de chevet du dortoir d'un des pensionnaires de Poufsouffle, plusieurs articles étaient étalés, ayant visiblement été sélectionnés avec soin. Sur le plus vieil article datant du lundi 26 octobre 1942, une grande photo mouvante d'un Noir de Hébrides s'écrasant dans la forêt interdite prenait la majorité de l'espace. En gros titre on pouvait lire : « Un dragon s'échappe pendant la première épreuve du tournoi des quatre maisons à Poudlard ! Accident ou vengeance ? » Sous le titre, on pouvait lire :

« Samedi dernier, organisé par le très honorable Directeur Dippet, avait lieu la toute première rencontre entre des sorciers de chacune des maisons de Poudlard : Tom Jedusor, Peter Hornby, Millicent Bagnold et Mérida DunBrush. Cette dernière avait déjà suscité bien des réactions dans la presse, puisqu'elle n'était qu'en quatrième année à Poudlard dans la maison de Gryffondor et était née moldue de surcroit. Le choix du grand sorcier Dumbledore avait été, alors discuté. Après tout pour qu'une enfant de cet âge soit sélectionnée pour affronter trois des meilleurs sorciers de l'école, tout le monde avait cru qu'elle devait être exceptionnelle. Eh bien, elle le fut ! Mais disons que ce ne fut pas tant ses talents pour la magie qui impressionnèrent samedi dernier.

Mérida DunBrush, aussi connue pour être l'héritière des îles d'Highland au nord de la Grande-Bretagne chez les moldus, a décidé de libérer le dragon pendant l'épreuve ! Mais était-ce une simple décision stratégique impulsive et hasardeuse ou était-ce une façon pour cette née moldue de se venger de ses camarades ? Effectivement, une source anonyme nous aurait informés que Mérida DunBrush avait des rapports houleux avec la plupart des élèves de son année et même des autres années. Elle aurait d'ailleurs été l'autrice d'un scandale au début de l'année par rapport à un vol de baguette. Effectivement, Miss. DunBrush et sa famille moldue auraient dérobé une baguette d'un sorcier de sang pur. Bien que ses intentions n'aient jamais été confirmées, nous pouvons nous demander si la famille DunBrush ne cautionne pas des actes répréhensibles en lien avec les conflits du côté moldu et sorcier présentement. Il est aussi possible que Mérida DunBrush ne soit qu'une jeune fille naïve et un peu dérangée. Notre source nous a d'ailleurs confirmé que l'élève de quatrième année était loin d'être modèle et n'excellait dans aucun de ses cours.

Cette réflexion nous amène donc à nous poser de nouveau la question : Pourquoi Albus Dumbledore a-t-il choisi une telle élève pour représenter la maison des Gryffondors ? Nous avons tenté de rejoindre le professeur de métamorphose et directeur de la maison de Gryffondor et il refuse toujours de répondre à nos questions. Bien que ce ne soit pas une grande surprise, nous espérions que les conditions soient plus favorables pour une entrevue. Il nous faudra donc attendre, une nouvelle fois, pour espérer avoir une réaction du professeur.

Pour l'instant, Mademoiselle DunBrush a été transférée à l'hôpital Sainte-Mangouste en état critique. Elle aurait subi des brûlures très importantes sur l'ensemble de son corps après que le dragon l'ait carbonisée. Si sa stratégie était de se servir de cette créature pour nuire à ses adversaires, la situation se serait retournée contre elle.

Pour ce qui est du dragon, une équipe ministérielle de notre bon gouvernement a été dépêchée sur place pour aider à sa capture. Nous nous tiendrons au courant des avancées dans les prochains jours.

Lauren Walker »

Le prochain article avait été publié quelques jours auparavant et portait le titre : « L'épopée du dragon »

« Pour rappel, lors de la première épreuve du prestigieux tournoi des quatre maisons, nouveau concept monté par l'honorable Directeur de Poudlard Armando Dippet et son équipe, la plus jeune des participants et des participantes, Mérida DunBrush, née moldue et Gryffondor, avait libéré un dragon de la race Noire des Hébrides. Nous en savons un peu plus sur l'histoire de ce dragon.

La créature aurait été attrapée quelques jours avant l'épreuve après avoir été aperçue dans le ciel le 1er septembre au nord de l'Écosse où elle se cachait dans une forêt moldue. Le département de la régulation et du contrôle des créatures magiques du ministère a réussi à se saisir de la créature et détruire ses œufs afin d'éviter le repeuplement de cet animal hautement dangereux. Sous la surveillance ministérielle, le dragon a donc pu être prêté à l'école de Magie Poudlard pour son tournoi. Il était encagé et les participantes et les participants devaient réussir à contourner les jets de flammes de la créature afin d'accéder à la prochaine étape de l'épreuve. Néanmoins, Mademoiselle DunBrush a libéré la créature afin de la chevaucher. Elle est toujours hospitalisée à Sainte-Mangouste en état stable.

Depuis samedi dernier, le ministère n'a toujours pas retrouvé la trace du dragon qui s'était écrasé dans la forêt interdite. Nous avons appris qu'un conflit avec les centaures pouvait en être la cause. Le chef du département de la régulation et du contrôle des créatures magiques s'est récemment expliqué :

« Nous continuerons notre surveillance accrue [à Poudlard] jusqu'à ce que nous soyons certains, sans l'ombre d'un doute, que la créature ne reviendra pas. Il semblerait néanmoins qu'elle soit morte de ses blessures. »

Il semblerait que l'épopée du dragon de Poudlard soit terminée. Nous resterons tout de même à l'affut s'il venait à notre oreille qu'il en fut autrement.

Lauren Walker »

Le dernier article visible datait du milieu de la semaine et portait sur un tout autre sujet : « Grindelwald : une percée en Grande-Bretagne ? » pouvait-on voir en gros sur la une du journal :

« De retour en Allemagne, Grindelwald rassemble de plus en plus de fidèles et les meurtres de moldus se multiplie. Selon les derniers évènements, on compte des dizaines d'avions moldus, des boites en acier volantes, qui ont été abattues. Les adhérents à Grindelwald feraient souvent passer ces attentats pour des attaques des camps opposés dans la guerre moldue opposant les Alliés et l'Axe. Nous rappelons de rester vigilant en tout temps, la guerre moldue est souvent utilisée comme prétexte par des sorciers pour attaquer des villages et des villes à l'aide de la magie, ce qui peut s'avérait très… (suite page 3) »

À côté de la table chevet, il y avait le seul lit du dortoir qui était complètement vide. Pourtant le soleil n'était pas encore levé. L'occupant du lit ne se trouvait même plus dans le château, à vrai dire. Il était déjà loin dans un endroit interdit.

Harold ne comprenait pas quel genre d'idée avait bien pu lui traverser l'esprit. Il ne savait même pas où était tombée la Noire des Hébrides. Car oui, avant que Mérida ne monte sur la dragonne, le Viking avait eu le temps de l'observer en détail et il avait même réussi à identifier qu'il s'agissait d'une femelle. Elle était d'abord beaucoup plus grande que les mâles et ses crêtes étaient beaucoup plus petites. Il ne savait pas exactement quand il s'était mis dans l'idée qu'il devait la retrouver. Et il ne savait même pas ce qu'il ferait lorsqu'il et s'il la retrouvait. Elle avait mis Mérida dans un état critique, même si elle était maintenant dans un état stable à Sainte-Mangouste. Cependant, lorsqu'il avait lu dans la Gazette que la dragonne n'avait pas été retrouvée et qu'elle était de toute façon surement morte, une idée avait germé et il était maintenant parti à sa recherche dans l'endroit le plus dangereux de la Grande-Bretagne. En plus, la Gazette avait expliqué que la Noire des Hébrides avait été attrapée quelques jours seulement avant le tournoi et qu'elle avait été rajoutée au dernier moment par le directeur Dippet. En effet, à la base, il n'était pas censé y avoir de dragon dans l'arène, mais puisque la Grande-Bretagne en disposait d'un et qu'elle n'avait pas décidé ce qu'elle en ferait encore, Dippet avait profité de cela pour rajouter du spectacle. Harold n'était pas certain d'avoir apprécié. En plus d'être extrêmement dangereux, c'était pour lui de la simple torture envers ce pauvre animal. Néanmoins, il savait bien que c'était probable que son père ait fait la même chose dans des circonstances semblables. Après tout, « l'examen final » pour devenir un vrai Viking était de tuer un dragon dans son village.

Cependant, outre l'indignation qu'il avait ressentie en voyant la bête dans cette situation avant qu'elle ne carbonise Mérida, c'était la douce voix de la culpabilité qui s'était installée dans son esprit (comme si elle ne l'était pas déjà suffisamment), lorsqu'il avait lu l'article jusqu'au bout.

Lors du premier septembre, il semblerait que des sorciers avaient aperçu un dragon noir voler. Ils n'avaient pas trouvé la bête immédiatement, mais les recherches avaient commencé et même si ce n'était pas exactement dans les mêmes directions, ils étaient tombés sur une dragonne avec ses œufs. Ils avaient donc détruit les œufs et rapporté la dragonne à Poudlard. Mais Harold savait que la dragonne n'était pas le dragon qui avait été aperçu. C'était Krokmou qui avait volé au-dessus de l'Écosse le 1er septembre. Harold était donc responsable de la destruction d'œufs de dragon, de la capture de la dragonne, donc responsable de sa présence pendant la première épreuve et finalement encore plus coupable de la presque mort de Mérida. Heureusement, selon le directeur Dippet, Mérida allait s'en sortir. Il n'avait donc, au moins, pas sa mort sur la conscience. Par contre, il restait cette histoire de dragonne. Jack lui avait dit qu'elle avait été touchée dans l'aile. Elle devait donc être quelque part. Et vu que moins d'une semaine s'était écoulée, elle était surement en vie et aucun animal n'avait surement encore osé s'approcher si elle n'était pas morte.

Harold se fiait donc aux histoires approximatives de ses camarades qui l'avaient aperçue tomber dans la forêt. Il avait des directions imprécises, mais s'il avait réussi à trouver Krokmou de la même façon, il devait bien être capable de retrouver cette dragonne. Le seul hic, c'était qu'il n'était pas à Beurk, mais plutôt dans une forêt immensément plus dangereuse qu'il ne connaissait pas.

Il avait hésité à amener Krokmou avec lui et il avait finalement décidé de le laisser là-bas. Il ne voulait pas rompre le contrat avec Bari et Krokmou se remarquerait beaucoup trop facilement même dans les bois. En même temps, juste le fait d'explorer la forêt était un peu comme rompre son contrat. Au fond, Harold savait que la raison pour laquelle il n'avait pas amené Krokmou c'était la culpabilité. Depuis ce qu'il s'était passé, il n'arrivait plus vraiment à le regarder en face. Le simple fait de se tenir avec un dragon le faisait sentir mal. Après tout, sa mère était morte due à un dragon et maintenant Mérida avait failli y laisser sa vie, elle aussi. Parfois, il se demandait si son père n'avait pas un peu raison. Toutes ses contradictions empêchaient Harold de dormir depuis la fin de cette horrible première épreuve.

Se fiant à une boussole qu'il avait apportée de chez lui et à l'aide de sa baguette, il marchait dans la forêt, inquiet. Il y avait toutes sortes de bruits étranges et même s'il avait eu l'occasion de la survoler à plusieurs reprises et qu'il avait donc eu l'occasion de repérer quelques lieux qui pouvaient parfois être moins fréquentables, vus d'en bas, ce n'était pas du tout la même chose et il peinait à se repérer et tous les bruits le faisaient violemment sursauter.

Harold entendit un sifflement aigu. Il figea quelques instants, pointant sa baguette où il avait entendu le bruit. Même si le soleil venait de se lever, il n'arrivait pas à voir grand-chose à cause des arbres qui cachaient le ciel. Pendant de longues secondes, rien ne se passa. Le cri avait cessé et il n'entendait que son propre souffle et son cœur battre dans sa poitrine. La peur lui nouait le ventre, même s'il savait qu'il devait continuer. Soudain, quelque chose sauta juste devant lui. Ne se souvenant plus du sortilège de défense que Raiponce avait appris à Mérida, il ne fit que reculer, trébucha sur une racine et se ramassa le cul sur terre. Néanmoins, il se sentit aussitôt soulagé en voyant que ce n'était que Firenze, l'enfant centaure qu'il avait vu la première fois qu'il était venu.

« Harold Haddock ? » demanda Firenze tout aussi surpris que lui.

« Oui, oui, c'est moi Firenze ! Ton père est… il est ? » demanda Harold, inquiet.

Il n'était pas certain que Bari apprécie sa venue aussi loin de l'endroit qui lui était désigné.

« Non, il est parti faire un tour pour essayer de trouver la créature… Mais je croyais que tu n'avais pas le droit de venir aussi loin, non ? »

Le court soulagement qu'Harold avait éprouvé s'évapora à la mention de la créature. Il ne voulait étrangement pas qu'on fasse davantage de mal à la dragonne, même s'il s'en voulait de penser ça. Mais il savait qu'au fond ce n'était pas de la faute de la dragonne, elle ne faisait que se défendre lorsqu'elle avait carbonisé Mérida.

« Quelle créature ? Un dragon ? »

« Un dragon ? Non, non… la même créature qu'il cherchait quand on est tombé sur toi il y a trois lunes… »

« Oh, d'accord… »

Harold s'était remis à respirer, même s'il savait qu'il aurait peut-être dû être inquiet qu'après près de deux mois, la fameuse créature qui semait le chaos dans la forêt était toujours là. La forêt n'était visiblement pas du tout un lieu sécuritaire.

« Pourquoi ? Ta furie s'est échappée ? »

« Non ! Non, pas du tout… C'est juste qu'un dragon, ou plutôt une dragonne s'est écrasée dans la forêt et j'essaie de la retrouver. »

« Tu rapportes beaucoup de dragons dans notre forêt… », fit Firenze suspicieux.

Harold sentait que Firenze hésitait à simplement le dénoncer directement à son clan. En même temps, le Viking savait qu'il ne le ferait pas sauf si Harold était un réel danger immédiat. Son père l'avait fait jurer de ne rien leur dire. Le camp n'approuverait pas qu'ils eussent permis à un sorcier d'être dans la forêt.

« Ce n'est pas ma dragonne, mais c'est de ma faute si elle s'est écrasée. Disons que des sorciers du ministère l'ont attrapée et l'ont utilisée pour un tournoi à Poudlard, mais elle s'est échappée et a brûlé une sorcière, donc les gens du ministère ont essayé de l'attraper et elle a été touchée dans l'aile avant de s'écraser dans la forêt interdite. »

Firenze fronçait les sourcils. Visiblement, l'histoire d'Harold était assez compliquée pour un jeune centaure qui n'avait pas beaucoup de connaissances sur les sorciers et leur monde.

« Mais… je ne comprends pas quel est le lien avec toi. Ce n'est pas toi qui l'as blessée, non ? »

« Non ! Certainement pas ! Mais, les gens du ministère ont trouvé la dragonne, car ils cherchaient Krokmou. Ils nous avaient aperçus quand nous sommes venus ici… Donc c'est de ma faute si elle a été trouvée. »

Firenze avait du mal à tout comprendre, mais il hocha la tête.

« Donc, tu veux la retrouver pour faire quoi ? »

« Euh, je ne sais pas trop… Je veux voir si je peux la soigner. Ça serait bien un premier pas. Après, je ne sais pas. J'espère qu'elle sera capable de voler un jour et de trouver un lieu sécuritaire pour vivre, j'imagine. »

« D'accord », fit le poulain acceptant les paroles d'Harold sans plus. « Tu sais où elle est ? »

« Euh, pas exactement. Vers le nord-est à peut-être deux kilomètres ou peut-être même plus… »

« Hum, ce n'est pas très précis… Tu veux de l'aide ? »

Harold dévisagea un instant le poulain. Il était surpris de l'amabilité des centaures qu'il avait rencontrés jusqu'à maintenant. Après tout, dans les livres, on racontait que ces créatures étaient souvent très réticentes aux contacts avec les sorciers et gares à ceux qui osaient entrer sur leur territoire. Bari et son fils, Firenze, étaient différents et Harold ne pouvait s'empêcher de se rappeler qu'ils lui avaient prédit un rôle à jouer dans ce qui se passait dans cette forêt. Même si sur le coup cela l'avait inquiété, il n'y avait plus réellement pensé depuis qu'ils le lui avaient annoncé. Était-ce pour cela que l'enfant centaure se proposait pour l'aider ? Était-ce car il croyait qu'il aurait un rôle important à jouer dans la sauvegarde de leur forêt ?

« Oui, oui. Merci. Tu dois connaitre bien mieux la forêt que moi. »

« Oui, je crois. »

Harold sourit. Firenze était chouette, même s'ils ne se comprenaient visiblement pas tout à fait. Tous les deux se mirent à marcher. Harold avait l'impression de guider plus la marche que Firenze, mais il se doutait que s'il y avait un problème, le jeune centaure lui dirait. Au bout d'un moment, Firenze demanda :

« Harrold Haddock? »

« Euh, oui ? »

« Je ne comprends pas quelque chose… Pourquoi veux-tu aider cette dragonne ? »

Harold jeta un coup d'œil à Firenze. Cette question semblait lui tourner dans la tête depuis de nombreuses minutes. Puis, au final, Harold aussi ne savait pas vraiment quoi répondre à ça.

« Euh, je ne sais pas. Pourquoi je ne le ferais pas ? Les sorciers maltraitent ces créatures depuis tellement longtemps. Il y a tellement de coins dans le monde où on ne les retrouve déjà presque plus, surtout depuis le décret. Et puis, mon village fait tout pour les anéantir. Mais je crois qu'ils méritent une chance comme tout le monde. Ce sont des créatures brillantes, complexes et sensibles. Je ne veux pas qu'on leur fasse plus de mal. Et vu que je n'ai aucun pouvoir là-dessus, la seule chose que je peux faire c'est de tenter de sauver ceux qui tombent sur mon chemin, j'imagine. »

Firenze ne répondit pas immédiatement. Harold eut le temps de croire qu'il était sans doute d'accord avec lui ou au contraire, n'avait rien compris, jusqu'à ce qu'il demande encore :

« Mais, Harrold Haddock, tu n'as pas dit que cette dragonne avait carbonisé une des tiens ? »

« Euh oui », dit Harold se sentant saisir par l'émotion.

Firenze mit une main sur son épaule pour le forcer à le regarder.

« Et tu aimes cette sorcière, non ? »

Harold s'empourpra devant tant d'honnêteté. Il baragouina :

« Oh, euh, aimer, je ne sais pas, c'est mon amie… »

« Donc tu l'aimes ? »

« Euh, oui, comme amie, j'imagine. »

Firenze parut pensif un instant et Harold se demandait quand cet interrogatoire finirait :

« Donc tu veux sauver une créature non-sorcière, malgré le fait qu'elle ait carbonisé ton amie ? »

« Oh, euh, je… ne… », dit Harold n'étant pas capable de fournir une meilleure explication.

« Tu es un sorcier fascinant, Harold Haddock. »

« Oh, mais, je sais que je ne devrais peut-être pas, mais ce n'est pas de la faute à la dragonne ni à Mérida. Mérida, elle ne savait pas, elle ne pouvait pas savoir. Elle a cru pouvoir faire comme moi. C'est juste de ma faute, en fait. »

« C'est ce que je dis, Harold Haddock. Tu es fascinant et comme mon père, je crois que tu vas pouvoir nous aider. »

Harold rougit, il avait l'impression que Firenze le prenait pour quelqu'un d'autre. Qu'il pensait qu'il avait des pouvoirs qu'il n'avait pas.

« Non, Firenze. Je ne pourrais pas. Je ne pourrais surement pas. J'aimerais, mais j'en suis incapable. »

Firenze mit une main sur sa poitrine et dit :

« Les étoiles le savent, elles. »

Harold resta sans voix, intimidée face au jeune centaure qui paraissait tellement plus sage que lui. Il détourna les yeux et il aperçut finalement ce qu'il cherchait depuis plus d'une heure. Des arbres cassés, d'autres carbonisés. Il y avait des branches partout, mais la forêt était encore si épaisse qu'on ne pouvait toujours pas voir les filets de lumières entre les arbres. Néanmoins, il y avait aucun doute qu'une créature énorme était passée par là.

« Firenze… » dit Harold en pointant les arbres.

Le centaure se retourna et hocha la tête.

« Oui, il y a eu un vacarme énorme dans la dernière semaine. Il y a eu beaucoup de disputes au clan à propos de ça. Ils parlaient des sorciers qui cherchaient à entrer dans la forêt. »

« Oui, j'ai lu dans le journal que les gens du ministère avaient cherché à venir, mais qu'une dispute avec les centaures avait éclaté. »

Firenze hocha la tête.

« Papa dit qu'il ne faut pas permettre aux sorciers de venir dans notre forêt, sinon il se pourrait qu'un jour nous n'ayons plus de forêt. »

Harold rougit.

« Sauf moi… »

« Sauf toi, mais le clan n'est pas au courant. Papa préfère laisser ça aux étoiles. »

Harold n'était pas certain de ce que cela signifiait de laisser sa découverte des autres centaures aux étoiles, mais il décida qu'il verrait en moment voulu. Pour le moment, il devait trouver la dragonne.

Tous les deux s'avancèrent entre les arbres qui étaient de plus en plus abimés. Ils sentaient une odeur de cendre et de soufre qui s'intensifiait plus ils approchaient du centre. Harold n'avait jamais vu une scène aussi triste. La dragonne devait affreusement souffrir. Cela eut le don de rassurer Harold sur sa position d'aider la dragonne. À côté de lui, Firenze plissait les yeux, cherchant la créature du regard. Après plusieurs minutes de recherche, Harold vit finalement un bout de queue noir. Ils y étaient.

En approchant, Harold put distinguer la créature entièrement. Sa respiration était sifflante, visiblement douloureuse, elle manquait surement de force. Elle devait avoir de la difficulté à chasser pour s'alimenter. Après tout, en plus de ne pas être dans son territoire, elle avait été grièvement blessée par les sorciers. S'il ne voulait pas que lui ou Firenze, particulièrement vu qu'il pouvait, sous certains angles, ressembler à de la nourriture tout à fait appétissante, se fasse manger, ils devaient être très prudents. Harold contourna donc la bête, alors que le centaure le suivait prudemment, copiant ses pas. Il se positionna en face de la créature et s'inclina respectueusement. Croiser le regard d'une dragonne était considéré comme un manque de respect.

Voyant que cela n'avait aucun effet, Harold releva les yeux. Si la bête l'avait aperçu, elle ne ferait rien pour tenter de l'attaquer. Elle était dans le pire état qu'une créature aurait pu se trouver à cet instant. Cela fit chavirer le cœur du dragonnier. En plus de plaies béantes recouvertes de sang séché, deux des pattes de la créature formaient de drôles d'angles. Elle était couchée sur son flanc droit, ce qui permettait à Harold de voir que l'aile gauche de la dragonne était complètement perforée, l'empêchant sans doute de voler. Du pus infectait les plaies et même des vers blancs s'y étaient installés et trouaient la chair. Cette vision d'horreur faisait remarquer à Harold l'odeur écœurante qui se dégageait des blessures de la dragonne. Le Viking sentait son estomac se torde douloureusement.

À côté de lui, Firenze avait l'air démoli. En voyant ses yeux embués, sa bouche entre-ouverte, son cœur chaviré, Harold se rappela qu'il ne s'agissait que d'un enfant. Un enfant centaure, certes, mais un enfant tout de même. Harold, qui avait toujours l'impression que c'était de sa faute, se sentait étranglé par la culpabilité. Il posa une main sur l'épaule de son nouvel ami :

« Elle va survivre. Je vais la guérir. Je suis désolé. »

Firenze referma la bouche et se tourna vers Harold.

« On a commencé à m'apprendre un peu la médecine dans mon clan. Je vais t'aider. »

Harold sourit, reconnaissant. Il aurait trouvé que seul, la tâche aurait été bien lourde à porter, considérant l'état de la dragonne.

« Je vais avancer en premier, voir si elle nous laisse faire. Mais j'ai peur que je doive la ligoter, elle pourrait nous tuer si elle a peur. Elle est trop blessée pour comprendre qu'on lui veut du bien et ses blessures trop inquiétantes pour développer sa confiance avant de tenter notre chance », décida Harold.

« Je connais une chanson qui apaise qui est chantée aux grands malades. Elle sert à endormir. »

Harold hocha la tête, ravi de cette idée bien plus douce que de devoir enchainer la dragonne. Alors que Firenze se mettait à chanter, Harold s'approcha, sur ses gardes.

« Ferme les yeux,

C'est le temps de te reposer,

C'est le temps de te laisser bercer, »

Il examina les blessures une par une, sans les toucher alors qu'il sentait le souffle de la dragonne s'apaiser à chacune des paroles du centaure.

« Ferme les yeux,

Laisse-toi glisser au profond des bois,

Les tiens sont au-dessus de toi, »

Même si les blessures des ailes étaient impressionnantes, elles n'étaient sans aucun doute pas la priorité. Harold devrait surement faire repousser les tissus, ce qu'il n'avait aucune idée de comment faire, mais elles n'étaient pas infectées.

« Ferme les yeux,

L'étoile du Nord est apparue au-dessus des cieux,

Elle te guidera dans ton sommeil,

Te permettra de sombrer dans le monde des merveilles. »

Harold sortit un carnet et classa les blessures en dessinant un croquis du dragon rapidement.

« Ferme les yeux,

Dans tes songes tu glisseras,

De ta bataille sans doute tu rêveras, »

Il nota le type de blessures et décrivit le plus possible chacune d'elle. Il devrait trouver ce qu'il devrait faire. Au moment où il rentrerait, il devrait aller à la bibliothèque et trouver un livre sur la médicomagie ou encore mieux, la médicomagie pour les dragons, si ça existait et tenter tout ce qu'il pouvait pour guérir la créature.

« Mais garde tes yeux fermés,

Combats toutes les chimères,

Détruits toutes les misères,

Et maintenant, dors. »

Harold releva la tête et entendit la fin de la chanson de Firenze. Il avait une voix magnifique, douce et enfantine. Harold comprenait pourquoi elle était utilisée pour calmer les esprits des centaures blessés. La dragonne s'était assoupie et même si sa respiration était toujours sifflante, elle s'était calmée.

« Merci… », fit Harold.

« Tu sais ce qu'on doit faire pour la guérir ? » demanda Firenze.

« La première étape sera de nettoyer ses plaies et de la faire boire. On va se laver les mains et retirer tous les vers à la main et avec ma baguette. »

Firenze hocha la tête, prêt pour cette tâche dégoutante et Harold était heureux de l'avoir rencontré le 1er septembre.