Chapitre 16 - Le match de Quidditch
Raiponce avait eu l'impression que Jack l'avait évité dans les dernières semaines et depuis une semaine, Harold semblait se joindre à la partie. Elle s'était levée de bonne heure ce matin. Elle avait attendu ses amis dans le Grand Hall, en espérant pouvoir y trouver un peu de réconfort. Les parents de Mérida lui avaient écrit une lettre et cela n'avait fait que le démoraliser. Elle aurait aimé pouvoir en parler à ses amis, puisqu'elle avait toujours peur que sa mère découvre qu'elle échangeait des lettres avec des moldus. Raiponce ignorait comment depuis deux semaines maintenant, elle avait réussi l'exploit de tenir sa langue. Évidemment, Mère Gothel avait été mise au courant de ce qui s'était produit. Elle s'était inquiétée pour Raiponce, mais n'avait proposé qu'une seule fois que Raiponce retourne à la maison et c'était uniquement au moment où la jeune fille avait laissé une larme se faufiler entre ses cils. Mère Gothel semblait avoir suffisamment confiance en le ministère pour attraper un dragon qui avait failli tuer deux élèves.
Malgré tout, Raiponce se sentait affreusement mal de mentir aussi effrontément à sa mère, qui ne s'était d'ailleurs pas du tout rendu compte qu'elle lui avait menti sur l'heure du tournoi. En fait, Raiponce se rendait compte qu'il était maintenant possible de mentir à sa mère et que la sorcière n'avait aucune raison de douter de ses propos, car elle lui faisait complètement confiance. Cela rendait la situation que plus douloureuse pour Raiponce qui avait l'impression de trahir toutes les personnes qu'elle aimait.
Les minutes passaient et Harold ne descendait toujours pas les marches. Elle n'aurait pas dû être surprise. Elle ne le voyait plus qu'en cours depuis une semaine. Elle commençait à regretter sa compagnie sombre et effacée et remplie de culpabilité de la semaine précédente. Oui, il était d'une humeur massacrante à jeter toute la faute sur lui, mais au moins il lui portait compagnie. Tous les deux souffraient de l'absence de leur meilleure amie et ils se comprenaient dans leur état d'esprit. Maintenant, Harold n'était qu'un fugace passage. Il semblait tout autant coupable, lorsque le sujet de Mérida était mentionné, mais il avait une nouvelle lueur étrange dans le regard lorsque Raiponce le croisait dans la bibliothèque, entouré de livres. Elle s'était un jour approchée de lui pour tenter de voir ce qu'il lisait. La plupart étaient des livres de médicomagie et Raiponce s'était demandé s'il ne cherchait pas un moyen miraculeux pour faire guérir et revenir Mérida rapidement. Malheureusement, lorsqu'elle lui avait dit qu'elle était certaine que les médicomages faisaient déjà tout en leur pouvoir pour ramener Mérida à la conscience, il ne l'avait regardé qu'étrangement en lui disant qu'il le savait bien.
Raiponce était inquiète pour Harold, mais elle n'arrivait que rarement à le trouver. Elle se doutait qu'il devait être avec Krokmou dans la forêt et elle avait un jour pensé le rejoindre, il devait s'ennuyer de la présence de Mérida qui avait l'habitude de l'accompagner en ces lieux, mais elle avait renoncé. La première raison était qu'elle ne se sentait pas à sa place là-bas. Elle avait l'impression que ce moment appartenait à Mérida et Harold depuis le début et qu'il se retrouvait là-bas justement parce qu'il ne voulait pas la voir, ni elle, ni Jack. En plus, s'il avait réellement souhaité sa présence, il lui aurait surement demandé lui-même de l'accompagner. La deuxième raison, qui était surement la plus importance, était qu'elle avait promis à sa mère de ne pas retourner dans la forêt et que Raiponce avait l'impression de la trahir déjà suffisamment.
Jack, de son côté, était simplement distant. Présent, mais distant depuis ce qui était arrivé à Mérida. Quelque chose avait changé chez lui et Raiponce ne comprenait pas pourquoi il agissait froidement avec elle. Il passait une bonne partie de son temps avec son équipe de Quidditch et parfois avec les Bach. Si Raiponce n'avait pas eu l'occasion de remarquer beaucoup les amis du Serpentard auparavant, elle avait maintenant l'impression de les croiser constamment, même en dehors des cours. Elle ne comprenait pas tellement pourquoi Jack était leur ami. Le garçon était plutôt discret, même si toutes sortes de rumeurs circulaient à son sujet, mais c'était la fille qui était la plus imposante. Si elle avait été un animal, elle aurait surement été un serpent, ce qui était tout à l'honneur de sa maison.
À chaque robe à l'uniforme vert et argent, Raiponce sursautait. Elle espérait tellement croiser le regard de Jack. Elle ne tomba, après plus trente minutes assise sur le banc dans le Hall, que sur Tom Jedusor. Ce dernier ne sembla pas la remarquer, mais Raiponce se leva pour lui parler.
La veille, le directeur avait remis une médaille de la bravoure au préfet de Serpentard pour sa remarquable réaction dans l'arène qui avait, selon les médicomages, sauvé la vie de Mérida. Grâce à ses connaissances en magie, Tom avait pu maintenir en vie la gryffondor suffisamment longtemps pour que les autorités la prennent en charge. En plus, son sort de protection, d'une puissance remarquable pour son jeune âge, avait permis à Mérida d'éviter au moins les quelques dernières secondes de chaleur extrême qui les avait enveloppés tous les deux.
Elle rattrapa rapidement Tom qui haussa un sourcil en la voyant, visiblement surpris. Après tout, ils ne s'étaient jamais adressé la parole.
« Euh, Tom, je suis Raiponce, une amie de Mérida… »
« Oui, je sais qui tu es. »
Raiponce en fut surprise. Elle était étonnée qu'un cinquième année puisse la connaitre.
« Oh, euh… Je voulais juste te dire merci. Bon, je sais que ce n'est pas grand-chose en comparaison de la médaille que tu as reçue, mais merci d'avoir sauvé Méry… C'est une grande amie à moi. »
Tom hocha la tête, acceptant visiblement les paroles de Raiponce, il tourna soudain la tête légèrement vers la gauche.
« Overland », salua-t-il.
« Salut Jedusor », répondit le vert et argent.
Raiponce crut voir légèrement la bouche de Tom se crisper, comme si quelque chose l'indisposait dans le ton de Jack. Mais il redevint de marbre si rapidement qu'elle crut avoir tout simplement halluciné. De toute façon, elle était trop heureuse de sentir la présence de Jack à ses côtés pour porter attention au préfet plus longtemps. Elle avait trop eu peur que ses amis préfèrent ne plus lui parler.
« Que faisiez-vous ? » demanda Jack d'un ton étrange.
Tom se désintéressa de la conversation, même si elle s'adressait en partie à lui, Raiponce répondit :
« Je venais le remercier pour Mérida. Il lui a sauvé la vie, c'est incroyable, non ? Tu as été incroyable dans l'arène, Tom. »
Tom se tourna vers Raiponce et sourit, d'un sourire tout à fait charmant. En fait, la Serdaigle remarquait pour la première fois que le préfet de Serpentard était assez beau, à sa manière.
« Est-ce que j'ai réussi à te faire compter pour moi, alors ? »
Raiponce ne put s'empêcher de ricaner d'un petit rire aigu.
« Tu as clairement tes chances de gagner, mais je vais encourager Mérida quand même, lorsqu'elle va revenir. »
« Pas ta préfète, alors ? »
« Oh, c'est mon deuxième choix, haha. »
« Même en sauvant ton amie, je ne suis pas mon remonté à la deuxième position ? », l'agaça Tom.
« On verra après la deuxième épreuve, hihi. »
Raiponce se sentit rougir, sans comprendre ce qui lui prenait, elle sentit le bras de Jack entourer son épaule et la Serdaigle frissonna en sentant son cœur s'accélérer. Que faisait Jack ? Elle lui jeta un regard perplexe. Il fronçait les sourcils, légèrement frustré de la situation. Pourquoi n'était-il pas tout simplement reconnaissant envers son préfet ? Raiponce savait que Jack avec toujours été agacé par Tom, mais elle ne le comprenait pas du tout. Le cinquième année était gentil, drôle et c'était maintenant un héros.
Jack sembla capter son regard, puisque sans quitter celui de Tom, il dit :
« Oui, merci Tom. On est très content que tu aies pu sauver Mérida du pire. C'est juste dommage que tu ne l'aies pas inclus dans ton sort dès le moment où la flamme est venue vers vous. »
Tom arqua les sourcils et Raiponce fronça les siens.
« Mais Jack, ça s'est passé tellement vite, c'est déjà bien qu'il ait pu l'inclure vers la fin. Nous, nous n'aurions même pas su quoi faire. On aurait brûlé avec elle, tout simplement. »
Jack haussa les épaules, Raiponce sentait qu'il s'agaçait, mais c'était totalement injustifié selon elle. Tom sourit.
« Ce n'est pas grave Raiponce, il m'en veut, car votre amie lui manque. Merci d'être venu me voir pour me dire merci. Je l'apprécie. »
Le sourire de Raiponce réapparut, alors que Jack baissait la tête, sans répondre.
« C'est normal. Bonne journée. »
Tom hocha la tête et il continua d'avancer où il se dirigeait avant qu'elle ne l'intercepte. Lorsqu'il ne fut plus en vue, Raiponce croisa les bras et se retourna vers Jack, attendant des explications. Ce dernier ne dit rien, il avait enlevé son bras qui passait derrière les épaules de Raiponce lorsqu'elle avait croisé les siens. Étrangement, ce contact manquait à Raiponce. Jack lui avait manqué ces derniers temps et ce genre d'attention aussi. La jeune fille remarqua finalement qu'il était en uniforme de Quidditch et elle ne put s'empêcher d'être déçue. Il n'était pas venu la rejoindre intentionnellement, il n'était que de passage avant d'aller s'entrainer.
« Il se pense tellement supérieur », marmonna Jack, un peu à personne.
« Mais non, » ne put s'empêcher de s'opposer Raiponce « Il n'est pas humble, certes, mais il sait ce dont il est capable. »
« Il le sait trop, à mon avis », renchérit Jack, un peu plus sèchement.
« Tu n'as pas été très gentil de lui reprocher de n'avoir pas plus protégé Mérida… Il a déjà fait énormément et j'imagine que lui aussi a été bouleversé par les évènements. Il a failli mourir et voir quelqu'un mourir juste à ses pieds. »
« Il l'a seulement sauvé, car il savait que tous les enseignants et toutes les enseignantes le regardaient à ce moment-là. Il n'en a que faire de sauver qui que ce soit. Tout ce qui compte pour lui, c'est de se faire admirer. Je ne serai pas son chien. Il y a déjà assez de gens qui lui lèchent le cul. »
Raiponce ouvrit la bouche, outrée par les propos crus et vulgaires de Jack. Elle n'aimait pas quand il parlait de cette façon. Pour elle ce n'était pas nécessaire et cela démontrait juste un manque de sang-froid. En plus, elle se sentait légèrement vexée, elle avait l'impression qu'il insinuait que toutes les personnes qui aimaient bien Tom étaient des personnes insignifiantes et faibles, donc elle aussi.
« Tu crois que je lui lèche le… tu sais quoi… parce que moi, je le trouve gentil et oui, j'admire son courage pendant l'épreuve et tout ce qu'il a fait alors que tout s'est déroulé très rapidement. »
Jack sembla se radoucir d'un coup, alors qu'il la regardait avec surprise.
« Mais non, toi tu n'es pas comme eux. »
« Eux qui, Jack ? Tous ceux qui sont reconnaissants pour ce qu'il a fait ? Tous ceux qui sont d'accord qu'il ait reçu cette médaille ? Tous ceux qui l'admirent ou qui voudraient lui ressembler, car il s'agit surement du sorcier le plus puissant de notre génération ? »
Jack semblait perdu, ne sachant pas quoi répondre. Il passa une main dans son cou, mal à l'aise, et Raiponce remarqua qu'il tremblait un peu.
« Tu es certain que c'est une bonne idée que tu ailles t'entrainer ? Tu ne sembles pas très bien. »
« Je ne vais pas m'entrainer, c'est mon premier match à 11h. »
« Oh ! »
Raiponce sentit aussitôt un léger sentiment de culpabilité lui gonfler dans la poitrine, elle avait totalement oublié que c'était le premier match de Serpentards contre Poufsouffles aujourd'hui. Elle avait été beaucoup trop préoccupée par tous les derniers évènements.
« Désolée Jack, j'avais oublié. Tu dois être nerveux ? »
Il haussa les épaules, faisant mine d'être dégagé de la situation, cependant Raiponce voyait qu'il n'en menait pas large.
« Tu veux qu'on aille déjeuner ? On peut récupérer quelques petites choses à la Grande-Salle et manger dehors avant ton match ? »
Jack haussa les épaules derechef.
« Je préfère rester pas loin, au cas où l'équipe aurait besoin de moi. »
« Oui, oui, évidemment », accepta Raiponce.
« Tu n'es pas avec Harold ce matin ? » demanda Jack d'un drôle de ton.
« Non… Je crois qu'il m'évite depuis une semaine. Il est parfois à la bibliothèque le soir, mais je ne le croise plus qu'en cours. Je crois qu'il a été très perturbé par ce qui s'est produit. Il s'est plongé dans des livres de médicomagies, mais je ne crois pas qu'il pourra trouver quelque chose que les médicomages ne savent pas déjà. »
« Toi, tu connais quelque chose qu'ils ne savent pas déjà. »
Raiponce se sentit blêmir. À quoi Jack faisait-il allusion ? Il était au courant pour ses cheveux ?
« Quoi ? » dit-elle d'une petite voix.
« Ben oui, après l'épreuve tu disais que tu savais comment la sauver… Tu ne m'as jamais dit comment tu comptais faire… »
« Oh ! Euh, non en fait. Ma mère, elle connait une sorte de pommade anti-brûlure très efficace, mais je suis certaine qu'ils la connaissent déjà de toute façon. J'étais vraiment en état de choc quand c'est arrivé. »
« Ah d'accord… » dit Jack en lui déplaçant une mèche de ses cheveux qu'elle avait mal tressés derrière son oreille.
Raiponce laissa faire ce contact. Les frissons étaient revenus et elle aurait vraiment souhaité ne pas être en centre du Grand Hall. Elle se sentait tout de même un peu mal de lui mentir aussi effrontément, surtout qu'elle le faisait maintenant si facilement. Elle détestait devoir mentir constamment à tout le monde.
« Jack… »
« Hum ? »
« Tu m'as manqué ces deux dernières semaines. »
« Je ne suis pas parti. »
« Tu n'étais pas toi-même. »
Raiponce se rapprocha et l'entoura de ses bras.
« Miss. Gothel et Monsieur Overland, distance… » dit Têtenjoy en passant devant eux.
« Oh, mais ma chère Galatea, laissez-les donc. Mon cher Jack s'apprête à vivre son tout premier match, qui n'aurait pas besoin d'un peu de réconfort ? » s'opposa Slughorn.
La directrice de Serdaigle soupira et répliqua :
« Peut-être bien, mais ce n'est pas une raison pour ne pas avoir un peu de contenance dans l'école. Allez plutôt manger, Monsieur Overland, pour prendre des forces. »
Jack hocha la tête, son petit sourire charmant était revenu. Cela faisait des semaines que Raiponce ne l'avait plus vu, ce sourire.
« Oui, M'dame. Je ferai tout pour être à mon meilleur. Si on gagne, on jouera contre les Serdaigles après Noël. »
« Effectivement, mais ne comptez pas sur moi pour vous donner des conseils si cela se produit. »
« Ouais, haha. On est déjà suffisamment fort pour ça. »
« Ne vendez pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué, Monsieur Overland. »
« C'est une expression moldue, non ? » demanda Raiponce.
« Disons qu'une certaine née-moldue l'avait utilisé dans ma classe il y a quelques années et qu'elle m'avait beaucoup plu. »
« Ah, ces nés-moldus ! Vous savez que même certains d'entre eux se révèlent excellents en magie », commenta Slughorn. « Prenez Miss. DunBrush, j'ai été stupéfait qu'elle enchante la trompette de cette façon à son âge. Mathilda doit être très fière de son élève, c'est un très haut niveau d'enchantement. J'ignorais qu'elle montrait à faire jouer des instruments de musiques dans ses classes. »
« Professeure Rehus ne nous l'a jamais montré, Monsieur », dit Raiponce qui partageait le cours avec Mérida et qui maintenant qu'elle y pensait, était aussi surprise que lui qu'elle ait pu enchanter un instrument de musique dans l'arène.
La fin l'épreuve avait réussi à éclipser tout le reste.
« Alors ce n'est que plus remarquable ! Vous qui l'avez dans votre classe de défense contre les forces du mal, Galatea, se démarquait-elle des autres élèves ? »
« Mérida se démarque toujours des autres élèves », coupa Jack.
« Effectivement, Monsieur Overland. Si elle était plus assidue en cours, je suis certaine qu'elle pourrait aller très loin en magie. Je me rappellerai toujours notre cours au lac l'année dernière. »
« Avec les strangulots ! » se rappela Jack.
Raiponce se souvenait vaguement que Jack et Mérida lui avaient raconté leur cours de défense contre les forces du mal où ils devaient affronter des strangulots dans le lac. Des élèves s'étaient arrangés pour que tous les démons des eaux se ramassent autour d'elle, coincée. Tout le monde ou presque était déjà retourné à la rive et avait capturé un strangulot. Néanmoins, la gryffondor était encerclée et n'arrivait pas à nager pour se sortir de ce pétrin dans lequel les autres élèves l'avaient mise.
Il y avait des dizaines de créatures autour d'elle, le temps s'écoulait et le sortilège de respiration de Mérida prenait fin. En désespoir de cause, sans réellement réfléchir à ce qu'elle faisait, elle avait pointé le sol et au moment que son tête en bulle avait éclaté, elle avait lancé herbivicus au sol. Son sort avait été tellement puissant que les algues l'avaient éjectée du lac et elle était tombée sur la rive aux pieds de Têtenjoy. La directrice des Serdaigles lui avait donné 15 points pour sa débrouillardise et sa vitesse d'esprit. Mérida s'était néanmoins cassé le bras.
« Effectivement, Monsieur Overland. Disons qu'elle réfléchit différemment. »
« Vous pensez que c'est une caractéristique des nés moldus ? Étant donné qu'ils sont en constante découverte, l'absence de connaissance antérieure sur la magie leur permet de s'éviter de se limiter dans son utilisation ? » proposa Slughorn.
« Je ne sais pas ce qu'il en est des autres nés moldus, Horace, mais pour ce qui est de Miss. DunBrush, il est évident que sa façon de penser est unique », répondit Têtenjoy.
« Mais ce n'est pas une mauvaise chose… », dit Jack, un peu sur la défensive.
Raiponce aussi avait trouvé que le ton de Slughorn et Têtenjoy à propos de Mérida sonnait dur, même s'ils étaient clairement impressionnés.
« La plupart du temps, c'est une très bonne chose, Monsieur Overland. Mais parfois, cela peut entrainer des conséquences très graves. L'impulsivité n'est pas une qualité. »
« Mais Mérida n'est pas qu'impulsive, elle réfléchit différemment, c'est vous qui le dites », contra Jack.
« Effectivement, elle est un peu des deux. Mais elle est très chanceuse de s'en être sortie. Nous pourrons savoir son cheminement de pensée lorsqu'elle sera de retour parmi nous », dit Têtenjoy.
« Elle ne pensait pas que les dragons pouvaient être si dangereux », se justifia Jack.
« Et c'est bien là son erreur. »
Jack ouvrit la bouche pour rajouter quelque chose, mais Raiponce lui mit une main sur le coude. Têtenjoy ne pouvait pas savoir pourquoi Mérida avait eu raison de croire ça. Heureusement, le Serpentard sembla comprendre, car il ne rajouta rien.
« Eh bien, bonne chance Monsieur Overland pour votre premier match. Je me souviens que le mien avait été une catastrophe, mais nous avions une drôle de capitaine… » conclut Têtenjoy en reprenant sa marche avec Slughorn qui semblait soudain intéressé par la courte carrière de Quidditch de la directrice des Serdaigles.
« Ce n'est pas la faute à Mérida », dit Jack une fois qu'ils furent plus loin.
« Je sais », dit doucement Raiponce « Mais ce n'est pas de la faute à Harold non plus, tu sais… »
Raiponce avait depuis un moment compris que Jack était fâché contre le Poufsouffle et elle avait fini par deviner que c'était au moins en partie pour cette raison. À chaque fois qu'Harold culpabilisait, Jack ne répondait pas, ce qui était tout comme approuver ses paroles.
« Viens, je dois manger un peu », répondit simplement Jack.
Raiponce laissa tomber. Lorsque Mérida reviendrait, tout serait réglé.
Dans les gradins, Raiponce attendait nerveusement que les joueurs de Quidditch apparaissent. Elle n'avait pas vu Harold après qu'elle ait déjeuné avec Jack et elle se doutait qu'il devait surement avoir complètement oublié le match. Harold était devenu une ombre de lui-même. Raiponce était donc allée s'installer dans ses gradins, n'osant pas aller dans ceux de Poufsouffles pour espérer y trouver le Viking.
Lorsque le gong sonna, l'ancienne trompette avait été trop abimée par Mérida pendant l'épreuve, les joueurs se mirent en place. Le vif d'or fut libéré, les cognards s'envolèrent et le souaffle lancé. Raiponce suivit avec une attention toute particulière la joute. Elle n'écoutait que d'une oreille le commentateur. De toute façon, il n'était pas très doué. Il était nouveau depuis cette année occupant cette place, l'ancien ayant fini sa scolarité, et il n'avait même pas fait l'effort d'apprendre les noms des joueurs.
Jack volait extrêmement bien. Lorsqu'il était en possession du souaffle, il contournait agilement les joueurs adverses, faisant des feintes contrôlées qui induisaient les joueurs de l'autre équipe en erreur et même si son balai était visiblement un peu plus lent que les autres, il se trouvait toujours pile-poil où il devait être. Le poursuiveur et la poursuiveuse de son équipe, qui étaient tous les deux des anciens joueurs, lui passaient souvent la balle près des buts et il marquait presque à chaque lancer. Le score finit par être particulièrement distancé, même après quinze minutes de jeu où le vif d'or n'avait toujours pas été aperçu. Les Serpentards jouaient très bien en équipe et le travail des poursuiveurs était incontestablement remarquable. Raiponce ne voyait pas comment son équipe pouvait perdre cette année.
Soudain, alors que le score était à 170 à 20, après 30 minutes de jeu les attrapeuses des deux équipes s'élancèrent. Les gens dans les gradins commencèrent à s'activer, Raiponce se leva afin de mieux voir. Les deux attrapeuses se poussaient, côte à côte. La jeune fille avait peur que l'une d'elles tombe en bas de son balai. Elles descendirent à raz le gazon et la Poufsouffle referma sa main sur le vif. Raiponce leva la tête, déçue, alors que tous les Serpentards hurlaient de joie. Elle se tourna vers le tableau des scores et vit : 180 à 170 pour les Serpentards.
Dans les airs, Jack avait les poings bien haut dans le ciel. Les joueurs de son équipe l'entouraient, lui donnait une tape dans le dos. Il s'envola vers l'attrapeuse, qui était aussi nouvelle dans l'équipe et qui était restée un peu plus bas déçue et l'entoura d'un câlin amical, alors qu'elle éclatait de rire. Le restant de l'équipe les rejoignit au sol et les Serpentards dans les gradins se mirent à descendre. Même si dans son gradin, la victoire des Serpentards était plutôt vue comme indifférente, même si le retournement de situation était impressionnant, Raiponce sautilla sur place, avant de courir rejoindre Jack en bas. Elle sauta les marches quatre à quatre jusqu'à arriver au bord de la pelouse. Elle n'osait pas aller dessus alors que les Serpentards la remplissaient.
Heureusement, Jack eut tôt fait de la remarquer. Après tout, ses cheveux étaient tellement longs qu'elle se fondait difficilement dans une foule. En plus, elle avait l'uniforme des bleus, ce qui la faisait inévitablement voir parmi tous les verts. Il courut vers elle et Raiponce ouvrit les bras pour le serrer dans les siens, mais il déposa une main sur sa joue et l'embrassa. Raiponce figea de surprise. Jack s'éloigna presque aussitôt. En voyant le visage étonné de son amie, il commença à s'excuser.
Raiponce était complètement perdue. Elle voyait Jack parler sans vraiment l'entendre. En plus, le bruit de la foule et les exclamations n'aidaient en rien à sa compréhension des évènements. Elle ne s'était jamais réellement posée de questions sur ses sentiments par rapport à Jack. Oui, le Serpentard lui avait dit des phrases comme pour la draguer, mais il agissait comme ça avec toutes les filles. En fait, la seule avec il n'agissait pas de cette manière était Mérida. À la rigueur, Raiponce aurait surement pu s'imaginer que ces deux-là finiraient un jour ensemble. Ils avaient toujours été très complices, très blagueurs. Et puis, Jack passait son temps, depuis les dernières semaines à défendre Mérida, à la déresponsabiliser du tournoi. Il avait toujours semblé plus proche d'elle. Raiponce n'avait jamais pu envisager que Jack l'aurait aimée, elle. Et elle, que ressentait-elle pour Jack ?
Toujours figée, Raiponce ouvrait la bouche sans être capable de dire quoi que ce soit. Elle voulait dire des mots, mais rien ne sortait.
« On oublie, Raip', d'accord… C'était une erreur, avec le match et tout… » continuait Jack.
« Je dois y aller, Jack. Je dois… »
Raiponce désigna le château. Elle n'avait pas envie de donner une réponse à Jack pour le moment. Elle avait besoin de faire le point.
« Oui, oui… t'inquiètes, je vais retourner avec les autres. »
Jack souriait, mais Raiponce voyait que son sourire était complètement faux. Elle s'en voulait de lui faire de la peine, mais elle n'était pas en état de faire mieux. Elle lui sourit à son tour et se retourna pour se diriger vers le château. Elle vit du coin de l'œil Jack la suivre du regard, alors que ses coéquipiers le ramenaient au centre pour célébrer leur victoire.
