Chapitre 17 – Une journée d'automne morose

Jack n'avait jamais été aussi populaire. Il avait marqué le but victorieux de justesse, contrant l'égalité. Son équipe l'acclamait et l'attrapeuse, Althea Shackelbolt, semblait tellement reconnaissante qu'elle avait décidé qu'elle ferait tout ce qui lui était possible pour remercier Jack. Elle lui apportait à boire, lui proposait son aide constamment, ventait ses talents de Quidditch. Elle avait même osé reprendre Liesa, qui l'avait traité de pauvre idiot, pour il ne savait plus quelle raison. Cependant, Jack se doutait qu'elle ne réessaierait plus. Un sourcil levé de Dietrich avait suffi pour lui faire ravaler sa salive. Liesa l'avait traitée à son tour de pauvre idiote et toutes les deux s'étaient depuis tenues loin l'une de l'autre.

Au début, Jack avait trouvé cela plutôt amusant. Elle aussi était nouvelle dans l'équipe et dans la même année que lui, mais maintenant ça commençait légèrement à devenir étrange et déplacé. Il avait commencé à la fuir, ce qui n'était pas si facile vu qu'il partageait tous ses cours avec elle, et c'était encore plus difficile lorsqu'il s'était retrouvé seul à tous les cours qu'il partageait habituellement avec Mérida et à ceux qu'il partageait avec Raiponce, puisqu'elle s'était soudainement liée d'amitié avec Myrtle.

D'ailleurs, en parlant de Raiponce… si Jack regrettait une seule chose dans sa vie c'était de l'avoir embrassée. Elle le fuyait. Et même si elle lui avait assuré qu'elle se tenait avec Mimi seulement, car, la pauvre, vivait l'enfer à cause d'Olive, et que soudainement elle requérait son appui, Jack n'était pas dupe. Elle n'avait pas envie d'être avec lui et elle n'avait juste pas le courage de lui avouer.

Par Merlin.

N'en pouvant plus, Jack avait tenté de se confier à Dietrich, mais la conversation ne s'était pas réellement déroulée comme il l'avait souhaité.

Jack retrouva Dietrich assez tôt dans les dortoirs. Si cela pouvait paraitre étrange, cela l'arrangeait bien, puisque Liesa laissait habituellement son frère tranquille quand il était là et Jack n'avait pas du tout envie de lui confier ce qu'il voulait confier à Diet'. En fait, il aurait surtout voulu en parler à Harold, mais en plus d'être introuvable, il n'était pas certain d'être encore capable de lui parler. Il se demandait toujours, au fond de lui, si Raiponce avait réagi comme ça, car elle l'aimait, lui. En plus, il en voulait légèrement à Harold de n'avoir même pas assisté à son premier match. Lorsqu'il l'avait évoqué dans le cours d'enchantement, le dragonnier avait à peine réagi. Et Jack n'avait pas insisté plus que cela.

Rendu dans le dortoir, il appela Dietrich qui avait ses rideaux fermés.

Une autre raison pour laquelle il était content que Dietrich se trouve dans le dortoir et non dans la salle commune, c'était que Jack évitait cet endroit depuis quelques temps. Depuis que les parents de Mérida avaient remis une lettre et une espèce de broche à Jedusor, les moqueries envers son amie, sa famille et les nés moldus en général étaient devenues insupportables. Il avait voulu intervenir, mais il ne voyait pas ce qu'il aurait pu dire, en fait. Le geste était un peu étrange ou pouvait le sembler pour des sorciers. Comme si un objet moldu pouvait avoir une valeur quelconque pour eux. Mais Jack était certain que ce n'était pas pour mal faire, un simple geste de reconnaissance.

Dietrich ne répondait pas. Il fronça les sourcils, trouvant la situation plutôt étrange. Il dut l'appeler une deuxième fois en s'approchant du lit pour avoir une réponse :

« Ja, une seconde. »

Jack s'assit sur son lit, qui était à côté de celui de l'Allemand et attendit de longues secondes avant que les rideaux fussent tirés. Dietrich était assis, les jambes croisées, un chat roux borgne dans ses bras, sur son lit dans la pénombre et regardait obstinément ses genoux. Jack sentait que quelque chose n'allait pas, mais c'était la première fois qu'il remarquait son ami ne pas aller. Il se demandait bien ce qui pouvait s'être produit et à qui appartenait le chat, accessoirement :

« Euh… Ça va? » demanda le brun.

« Oui, désolé, je dormais. »

Jack fronça les sourcils de plus belle. Dietrich n'avait pas sa tête du réveil. Il lui mentait et il ne comprenait pas pourquoi.

« Euh, je peux te lai… »

« Non, c'est bon. J'ai juste eu une mauvaise soirée », se reprit-il.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est Lies' ? » demanda Jack qui ne voyait qui d'autre aurait pu mettre Dietrich dans cet état.

Et même là, il n'avait jamais vu les deux se disputer au point que Dietrich s'enferme dans son lit. C'était une situation un peu étrange et Jack n'était pas certain d'être à l'aise.

« Non, Lyly n'a rien à voir là-dedans. »

« Tu veux que j'aille la chercher alors ? »

« Non, je l'ai assez emmerdé aujourd'hui. »

Jack ne comprenait absolument rien. Il n'avait pas beaucoup vu les Bach aujourd'hui, passant sa soirée à circuler dans l'école afin de trouver Harold. Il avait fini par se rendre à l'évidence que le Poufsouffle devait être dans la forêt interdite et il était passé plusieurs fois devant le miroir sans qu'il y apparaisse. Abandonnant sa première idée, il avait fini par revenir à sa salle commune.

« Qu'est-ce qui s'est passé, alors ? »

« Je me suis juste disputé avec Arctus, c'est vraiment con. »

« Arctus? » s'étonna Jack.

« Avery. »

Dietrich avait relevé la tête. Le clair de lune laissait apparaitre maintenant clairement ses yeux rougis avec lesquels il défiait Jack de dire un commentaire. Mais Jack ne comprenait juste absolument rien. Depuis quand Avery et Diet' se parlaient ? Ils n'étaient pas dans la même année et ils ne les avaient jamais vus ensemble. À la limite, qu'ils s'engueulent, d'accord, mais de là à le faire pleurer ? C'était vraiment étrange.

« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? » redemanda Jack.

Dietrich détourna la tête, parti dans une longue réflexion et après plusieurs secondes d'un silence gênant, Jack redemanda :

« C'est à cause de la chose pour tuer les nés-moldus ? Liesa a dû te dire la conversation qu'elle avait surpris entre lui et Mulciber le jour de l'Halloween. Avery était certain que tu n'en étais pas un. Tu ne devrais pas t'inquiéter… »

« Je sais. »

« Mais alors… Il a fait quoi ? Faut pas se mêler des manigances d'Avery et Mulciber, ils font toujours tout pour… »

« Écoute Jack, ça n'a rien à voir avec Mulciber », l'interrompit Dietrich abruptement.

Jack hocha la tête alors qu'un nouveau silence s'alourdissait entre les deux. Jack était en train de se dire qu'il aurait peut-être dû tenter de trouver Harold dans la forêt interdite, finalement, même si cela lui faisait toujours aussi froid dans le dos.

« J'ai embrassé Raiponce », déclara-t-il soudain considérant que de toute façon Dietrich ne dirait rien de plus.

Le Serpentard se retourna vers lui :

« Et alors ? »

« C'était après le match de Quidditch. Elle m'évite depuis. »

« Au moins tu as ta réponse. »

Jack ne releva pas le jeu de mot accidentel. L'humeur n'était pas à ça.

« Ouais », fit-il.

Dietrich semblait être incapable de rajouter quoi que ce soit, mais il finit par se lever :

« Je crois que je vais aller prendre une douche. »

Jack le suivit du regard, alors que le chat borgne fuyait la salle commune. Il avait encore l'impression de ne pas comprendre les Bach. Toujours pas.

Le lendemain, Dietrich était parti tôt du dortoir et Jack avait fini par croiser Harold qui parlait avec Dumbledore dans le Grand Hall. Il se tourna vers le banc où Raiponce avait l'habitude de les attendre le matin, mais c'était peine perdue. Elle n'était pas venue là depuis trop longtemps déjà. Lorsqu'Harold eut terminé, Jack s'approcha de lui. Il s'en allait en cours d'histoire de la magie ensemble, de toute façon.

« Il te voulait quoi ? »

Harold sursauta avant de se retourner vers lui. Jack fut choqué de voir à quel point son ami était l'ombre de lui-même. Blême, de larges cernes sous les yeux, il faisait peine à voir. Au moins, il ne semblait pas triste comme Dietrich et Jack se dit qu'il n'avait pas à marcher sur des œufs.

« Et alors ? »

Harold jeta un coup d'œil à sa poche alors qu'il venait de comprendre la question :

« Oh, il m'a juste parlé de Mérida. »

« Ah oui ? Il t'a dit qu'elle allait bien? »

« Non, il m'a juste rappelé que le dragon de Mérida avait brûlé lui aussi. »

« Oh… »

Harold haussa les épaules et voyant l'air indéchiffrable de son ami et le fait qu'il était en silence depuis beaucoup trop de temps maintenant il constata :

« T'as une mine affreuse. »

« Je ne suis pas trop fatigué », assura Harold.

Jack le dévisagea et lorsqu'il rencontra le regard d'Harold tous les deux éclatèrent de rire. Après s'être calmés, Jack et Harold commencèrent à marcher vers le cours d'histoire de la magie. Binns passa devant eux, une pile de livres dans les mains. Une première année, clairement en retard à un cours de botanique vu les gants qu'elle transportait dans sa bouche, bouscula carrément le vieil enseignant qui rattrapa sa pile de livres juste à temps :

« Non, meh. Attention, je ne suis pas un fantôme, quand même. »

Binns grommelait et la petite prit peur. Elle ne prit même pas le temps de s'excuser avant de s'enfuir. Harold et Jack ricanèrent en entrant dans la salle d'histoire de la magie. Ils s'installèrent au fond de la classe. Les autres élèves s'installèrent et lorsqu'Althea entra dans la classe, Jack dut se cacher en dessous de son bureau afin de l'éviter. Harold se pencha alors que le Serpentard secouait la tête :

« Fais semblant que je ne suis pas là. »

Harold se redressa et fit mine de feuilleter son manuel alors que déçue, Althea allait s'assoir plus loin. Jack se redressa et ce fut au tour de Dietrich et Liesa d'entrer. Ils semblaient en pleine conversation à voix basse, visiblement en allemand. Même si conversation était un grand mot vu que Dietrich ne disait rien se contentant d'écouter sa sœur. En croisant le regard de Jack, Dietrich se racla la gorge et détourna la tête en chuchotant quelque chose comme :

« On en reparle plus tard. »

Jack ne put s'empêcher de se demander si c'était lié à ce qui s'était passé hier dans le dortoir. Mais le cours commençait et Harold avait commencé à prendre des notes. Jack, pas plus intéressé que ça par la guerre des gobelins, chuchota :

« Pourquoi t'es toujours dans la tu sais-quoi ? Tu fais quoi, là-dedans ? »

Harold se raidit d'un coup, même s'il ne détourna pas son regard de son parchemin :

« C'est une longue histoire… » se contenta-t-il de chuchoter d'un ton étrange.

Jack fronça les sourcils, depuis quand Harold leur cachait des choses ?

« C'est à cause de ton tu-sais-quoi ? »

Harold secoua la tête :

« Pas exactement. »

« Alors quoi ? »

« Je ne peux pas te l'expliquer ici. »

Harold désigna du menton le reste de la classe. Certains chuchotaient entre eux et d'autres semblaient carrément endormis sur leur chaise, même après seulement quelques minutes de cours. Binns était un vrai somnifère.

« Personne ne nous regarde. »

Harold secoua la tête. Jack n'aurait rien de plus de lui ici et il changea de sujet :

« Est-ce que Raiponce t'a parlé du match ? »

« Le match ? Ah oui… c'est vrai, je suis désolé. J'étais trop endormi la dernière fois que t'en as parlé. Et je suis parti tellement tôt le matin que j'ai complètement oublié le match. J'ai compris après… Les Poufsouffles n'ont pas vraiment fêté la chose vue comment tu les as laminés. »

Jack eut un sourire fier. Il aimait toujours qu'on vante ses talents de Quidditch. En plus, il était assez content qu'enfin Harold reconnaisse qu'il l'avait complètement oublié.

« Mais non, je n'ai pas vu Raiponce depuis un moment. Je ne la vois pas plus que je t'aie vu toi, à vrai dire. J'ai été assez occupé. »

Jack se sentit légèrement soulagé. Raiponce et Harold n'avaient pas trainé ensemble. Cependant ça n'expliquait pas plus pourquoi elle le fuyait autant… Peut-être que l'histoire de Mimi était vraie, après tout.

« Veillez… », commença Binns avant de s'étouffer.

Jack fronça les sourcils, alors qu'une fille Poufsouffle en avant disait à son amie :

« Je te le dis, une fois il ne se réveillera pas. Il a l'air tellement vieux et malade… »

Jack n'aurait pas pu dire mieux, surtout que le vieil enseignant avait bien de la difficulté à reprendre son souffle. Un autre garçon de Poufsouffle leva la main que Jack reconnaissait comme un ami d'Harold :

« Monsieur, vous voulez de l'eau ? »

La fille de Poufsouffle qui était à côté de lui lui donna un coup de coude en levant les yeux au ciel. Binns le fusilla du regard et finit par reprendre son souffle. Jack et Harold échangèrent un regard alors que Binns continuait son cours.

Lorsqu'ils sortirent du cours, Jack et Harold s'éloignèrent ensemble. Le Serpentard tenait à savoir ce que tramait Harold. Ils sortirent du château et lorsqu'aucune oreille indiscrète fut à proximité dans les gradins du stade de Quidditch, Harold s'expliqua :

« J'ai retrouvé la dragonne. »

La tête un peu baissée, Harold sembla guetter la réaction de Jack. De son côté, Jack n'avait juste pas saisi.

« T'as quoi ? »

« J'ai retrouvé la dragonne. Celle qui a blessé Mérida. »

« Carbonisé, tu veux dire. »

« Oui, oui… J'essaie de la soigner avec Firenze, tu sais l'enfant centaure dont je vous ai parlé. C'est de ma faute cette histoire. Elle n'aurait jamais dû être capturée par le ministère. Comme ça, un jour, elle pourra retourner d'où elle vient. Le ministère ne l'a toujours pas retrouvée vu que les centaures font pression pour qu'il ne puisse rentrer et tout le monde la croit morte de toute façon. »

Jack dévisagea Harold en se demandant s'il était sérieux. Il était en train de soigner la créature qui avait failli causer la mort de l'une de leurs meilleures amies. Dans quel monde vivait-il ? Cette créature n'aurait jamais dû se retrouver là, certes, mais les dragons en général étaient des êtres indomptables, dangereux, mortels. En plus Jack avait entendu que les dragons cherchaient toujours à se venger et si elle se vengeait sur Mérida ou sur l'école une fois qu'Harold l'eut soigné ? Il ne fallait pas s'approcher d'eux.

« Jack, tu ne dis rien? » demanda Harold.

« Mais t'es complètement idiot, en fait. Tu passes ton temps à soigner un dragon qui a failli tuer Mérida? Tu ne penses pas à elle? Et s'il se venge, s'il… »

« C'est une femelle… », corrigea Harold.

Jack lui jeta un regard confus et légèrement méprisant. Il n'en revenait pas. Lui, il avait passé ses dernières semaines à s'inquiéter et Harold guérissait la chose qui avait fait du mal à Mérida.

« Je me fiche du sexe de ce foutu dragon. Il faut que le ministère soit au courant et qu'il soit exécuté, c'est tout. »

« Tu ne penses pas ce que tu dis, Jack. C'est pas de la faute à la dragonne… »

« C'est de la faute à qui, alors ?! » cria Jack un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu.

« C'est de ma faute, toute cette histoire est de ma faute, Jack ! Si j'avais eu le cran de tuer Krokmou comme un vrai Viking cet été, rien de tout ça ne se serait passé ! Les bébés de la dragonne seraient encore vivants et bien cachés et Mérida serait ici, avec nous ! »

Harold cacha son visage dans ses mains et Jack se radoucit un peu, sonné par toute la culpabilité que semblait endurer Harold.

« Je le sais bien que je suis un bon à rien. Je fais planter tout ce que je fais. À mon village, tout le monde pense que je n'ai pas ma place. Tu sais que c'est moi qui devrai le diriger un jour ? Je n'en serai jamais capable. Personne ne m'apprécie là-bas, tout le monde croit que je suis un truc bizarre, une déformation. Et quand j'ai voulu leur montrer que moi aussi j'étais capable de tuer un dragon, j'en ai été incapable. Je ne suis pas courageux, je ne suis qu'un lâche. Et là, par ma faute il s'est passé tout ça. Pis moi, encore, quand j'ai trouvé la dragonne, au lieu de la tuer comme n'importe qui dans mon village l'aurait fait, j'ai passé je ne sais pas combien de nuits blanches à la soigner avec des sorts. L'argent que Derviche m'a donné pour mes sculptures, je l'ai passé au complet à acheter des potions à ton amie de Serpentard. »

« Liesa ? Elle ne m'a rien dit », l'interrompit Jack.

« Car je lui ai fait promettre, car je ne voyais pas comment t'annoncer, justement, que je guérissais la bête qui a tué ma mère et failli tuer Mérida ! »

Harold essuya une larme qui s'était faufilée et fixa l'horizon.

« J'aimerais juste que Mérida revienne… »

Jack hocha la tête.

« Moi aussi. »

Harold hocha la tête à son tour alors qu'une tête blonde bien connue courait en bas des estrades. Elle leur fit de grands gestes pour les interpeller. Le cœur de Jack se serra : Raiponce venait le voir. Bon, c'était plutôt les voir, mais c'était déjà bien.

Ils descendirent, alors que Raiponce montait :

« Les gars ! Mérida, elle est revenue ! »

Jack et Harold se regardèrent :

« Quoi ? » s'exclamèrent-ils ensemble.

« Elle est réveillée ? » demanda Harold.

« Non, pas encore, mais son état est stable, qu'on m'a dit. »

Raiponce se tourna vers Jack, puis vers Harold et les prit dans ses bras. Jack l'entoura, alors qu'Harold faisait de même. Ils se serrèrent un moment dans les bras de l'autre :

« Vous m'aviez tellement manqué, les gars. »

Jack raffermit sa prise, puis, lorsqu'ils se lâchèrent, ils prirent la direction de l'infirmerie.

Monsieur Jones releva la tête lorsqu'ils franchirent le pas de la porte de l'infirmerie.

« On vient voir Mérida ! » s'exclama Raiponce, pendant qu'Harold regardait partout et que Jack avançait déjà.

« Elle n'est pas réveillée. »

« On le sait », assura la blonde.

L'infirmier hocha la tête et leur désigna un lit plus loin, mais ce n'était pas nécessaire, Jack avait déjà vu la chevelure rousse de son amie dépasser.

Le trio s'avança et resta silencieux. Mérida était différente et pareille à la fois. Elle était extrêmement pâle. Déjà, la rouquine était clairement la plus pâle d'eux quatre, mais aujourd'hui, c'était comme si même le léger bronzage de l'été accumulé d'année en année avait complètement disparu. Ses cheveux étaient plus courts, mais semblaient plus garnis qu'avant et plus fins. Ils avaient toujours été frisés, mais maintenant c'était encore plus intense. Sa peau semblait lisse et très douce.

« Ils lui ont refait toute la peau du visage… » souffla Raiponce « Ça a dû être très douloureux, je me demande si elle a senti quelque chose. »

Jack hocha la tête. C'était donc ça, la différence. Mérida avait l'habitude de compter une multitude de petites cicatrices, souvenir d'expériences dangereuses et de son imprudence. Maintenant, elle semblait toute neuve et tous les trois étaient figés devant elle.

« On lui administre encore des potions de régénération de l'épiderme », dit l'infirmier en s'approchant « Le feu du dragon l'a brûlée si profondément qu'elle a un peu de difficulté à en produire elle-même. Par contre, pour les cheveux et le poil, elle a été très réceptive, ce qui est une chance. Après, nous devrons la surveiller pendant les mois à venir. »

Jack hocha la tête, alors qu'Harold, qui ne semblait n'avoir rien écouté, fixait Mérida toujours avec une expression étrange, comme sous le choc. Raiponce, de son côté, clairement plus réactive demanda :

« Vous pensez que ça prendra beaucoup de temps pour qu'elle se réveille ? »

Monsieur Jones passa une main dans sa barbe :

« Hum, c'est difficile à dire. Son corps a vécu un traumatisme énorme. Certaines personnes ayant vécu un choc semblable sont décédées au bout de deux ou trois ans dans le coma. »

Jack se tourna vers Jones, un regard épouvanté. Raiponce leur avait qu'elle était dans un état stable, non ? Elle, de son côté, avait bien pâli et ce fut Harold qui eut la plus grande réaction, puisqu'il se tourna et se sauva de l'infirmerie. L'infirmier sembla se rendre compte de son erreur, car il se corrigea :

« Par les eaux de… Ce que je voulais dire, c'est que parfois, c'est long, nous ne pouvons pas savoir quand elle se réveillera. »

« Ok… merci Monsieur… On devrait aller retrouver Harold… » dit Raiponce la gorge serrée.

Jack, sachant qu'il valait mieux qu'il ne dise rien, suivit Raiponce, alors qu'ils marchaient dans le couloir en sachant très bien où était Harold et sachant aussi pertinemment qu'ils n'iraient pas le retrouver là-bas. Raiponce marchait rapidement, clairement préoccupée et Jack dû accélérer le pas pour être à sa hauteur. Finalement, quand il ne comprit réellement plus ce que faisait Raiponce, il l'attrapa par le bras et la força à se retourner :

« Raiponce, arrête. Harold, il est parti au quatrième étage, de toute façon. »

Raiponce hocha la tête rapidement.

« Elle va se réveiller, ne t'inquiète pas… » tenta de rassurer Jack autant pour lui que pour elle.

« Je sais, je sais… »

Le Serpentard était surpris qu'elle, elle savait, car lui, honnêtement, il ne savait pas. Elle s'assit sur un banc et se frotta les yeux. Jack la regarda faire. Elle semblait fatiguée, mais était toujours aussi belle.

« Ça va? » demanda-t-il.

« Moyen je dirais… »

Jack hocha la tête. Un silence s'installa et Jack restait planté devant Raiponce, sans bouger.

« Jack, hum… je sais que ça a pris du temps, mais hum… tu voudrais qu'on reparle du match ? »

Jack rougit et détourna la tête. Il avait assez honte pour le coup.

« On n'est pas obligé… Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, je n'aurais pas dû… »

« Disons que ça m'a surprise. »

Il hocha la tête derechef.

« On oublie, tu veux, Raip ». »

Raiponce rougie à son tour.

« D'accord, d'accord… » assura la jeune fille « Je vais essayer de voir si Harold revient. »

Raiponce se leva et partie en direction du quatrième étage. Jack la regarda marcher, sa longue tresse se balançant de droite à gauche et il sentit son cœur se serrer, une nouvelle fois.