Chapitre 19 - Le réveil de Mérida

Mérida avait les yeux clos. Elle avait mal partout. C'était comme si quelqu'un s'était amusé à lui arracher chaque bout de peau et avait déposé de l'alcool à friction alors qu'elle avait sa chair à vif. Elle se souvenait de la brûlure, du picotement que les tampons d'alcool que sa mère lui mettait sur sa peau pour désinfecter ses blessures lui infligeaient. Elle se souvenait d'avoir hurlé à sa mère qu'elle préférait encore endurer la douleur d'une infection plutôt que de subir le terrible châtiment de l'alcool à friction. Elinor n'était cependant pas très conciliante et hurlait à Mérida en tentant de la retenir par le bras qu'« une princesse ne se débattait pas et écoutait les sages conseils de sa mère ». Était-ce sa mère venue la hanter et venger leur dernière dispute en lui mettant plein d'alcool à friction sur tout son corps ?

À un moment, quand la douleur s'était peu à peu moins faite sentir, Mérida était tombée dans un tourbillon sans fin. Elle chutait. Elle ignorait pourquoi elle avait cette sensation constamment, elle qui n'avait jamais vraiment eu le vertige, mais elle avait l'impression de tomber, sans être capable de s'accrocher à quoi que ce soit. Elle tentait d'attraper ce qui lui passait sous la main : des branches, de l'herbe, des roches ; mais ses mains se mettaient à saigner par l'effort et elle ne faisait que tomber encore plus. À un moment, il y eut comme un bruit d'explosion et Mérida eut l'impression que tout son corps s'était affaissé sur le sol. Elle avait alors pu se relever, mais autour d'elle tout était noir, noir à l'infini. Il faisait froid et lorsqu'elle cria pour appeler à l'aide, son écho lui répondit. Effrayée, Mérida s'était mise à courir, à courir longtemps avant de s'effondrer au sol pour pleurer. Elle n'arrivait pas à sortir, elle ne savait pas où était la sortie, elle était coincée ici.

Après un nombre de temps incalculable, quelque chose changea. Mérida avait d'abord entendu une voix douce, mélodieuse, une chanson dont elle n'arrivait pas à déchiffrer les paroles, puis, peu à peu, elle s'était senti éclairer. Elle s'était doucement relevée, regardant la lumière qui l'aveuglait, la réchauffait, la guidait. Ses peurs avaient peu à peu disparu et Mérida avait suivi la lumière. Un ange venait de passer.

« Elle se réveille, je crois... », dit une petite voix fluette que Mérida savait pertinemment qu'elle reconnaissait.

« Bien sûr qu'elle va se réveiller. Ce n'est pas la flamme de Gryffondor qui va se laisser avoir par de simples brûlures, haha », rit une voix plus enjouée et plus grave.

« C'est pas exactement ce que tu m'affirmais hier, pourtant… Et puis, c'est quand même le feu du dragon qui l'a carbonisée… » répondit la première voix un ton étrange que Mérida était incapable d'identifier.

« Elle est beaucoup plus forte que le feu d'un vulgaire dragon. C'était certain qu'elle se réveillerait. »

Un rire léger s'éleva.

« Vous n'vous débarrass'rez pas d'moi comme ça », dit faiblement Mérida ressurgissant peu à peu à la surface.

« Oh ! Mérida ! » s'écria Raiponce, ravie, en l'enlaçant.

Jack éclata de rire :

« T'as bien raison, princesse ! Franchement, t'avais suffisamment impressionnée le public par ton chevauchement de dragon, mais faut toujours que tu sois certaine qu'on t'ait vraiment bien remarqué, hein ? »

« Voulais faire comme les affiches des gryffons, mais le dragon n'a pas compris que c'tait qu'mes ch'veux qu'il fallait enflammer… mauvaise communication… »

Jack éclata de rire alors que Raiponce ne la lâchait tout simplement plus. Mérida souriait, elle était contente de les voir, même si Raiponce l'étouffait légèrement. Cependant, elle cherchait des yeux quelqu'un d'autre :

« Yé où Harold ? »

Jack cessa de rire d'un coup. Raiponce se passa une main dans ses cheveux en jetant un coup d'œil vers l'infirmier :

« Oh, il doit être dans la… dans sa salle commune, j'imagine… »

Mérida sentit comme un pincement lui poignarder le cœur. Harold ne voulait pas la voir ? Il préférait être avec ses amis les Poufsouffles ? Ou, à moins que…

« Y m'en veut pour ce que j'ai fait au dragon? J'voulais pas y faire mal, mais fallait que j'me dépêche et le dragon y'était pas très… »

« Non, non ! Mery ! Il t'en veut pas, t'inquiète ! Il est juste occupé… » coupa Raiponce, paniquant légèrement.

« Trop occupé pour venir me voir ? » s'étonna amèrement Mérida, qui ne comprenait pas pourquoi Harold n'était pas aussi avec Jack et Raiponce.

Jack sembla soudainement légèrement mal à l'aise, alors que Raiponce se relevait doucement. Mérida fronça les sourcils, mais la sensation était étrange, comme caoutchouteuse. Elle leva sa main pour les toucher et elle ne put s'empêcher de faire une petite exclamation de surprise, ce qui sembla alerter Monsieur Jones qui apparut. Il avait l'air d'avoir passé une sale nuit :

« Oh ! Miss DunBruch ! Vous voilà enfin réveillée. Miss. Gothel, Monsieur Overland, je vous prierai de ne rien faire qui puisse aggraver l'état de ma patiente. Miss. vous avez subi de terribles brûlures, mais nous avons fait repousser votre peau, vos cheveux et vos sourcils. D'ici quelque temps, le traitement devrait être terminé et vous devriez être apte à retourner dans votre salle commune. Cependant, il faudra éviter un maximum le soleil dans les prochaines semaines. C'est compris ? »

Mérida hocha la tête et l'infirmier reprit :

« Très bien. Miss et Monsieur, je vous laisse dix minutes et après vous devrez laisser votre camarade se reposer. Compris ? »

Jack sourit et Raiponce hocha la tête sans oser regarder l'infirmier. Elle semblait très mal à l'aise. L'infirmier retourna d'où il venait et Mérida insista :

« Pourquoi Harold n'est pas venu ? »

« Oh, mais, il est venu plusieurs fois ! Il n'est juste pas là en ce moment… » expliqua Raiponce.

Mais Jack soupira :

« On ne voit plus trop Harold en dehors des cours. Harold se sentait mal. Il croit que tu n'as pas fait attention dans l'arène à cause de lui et de ses histoires sur les dragons. Il croit que t'as failli mourir par sa faute. »

Raiponce pinça les lèvres :

« J'ai bien essayé de lui expliquer que ce n'était pas de sa faute, mais tu le connais… »

Jack passa une main dans son cou. Mérida le dévisagea légèrement :

« Et toi, tu lui as dit, n'est-ce pas, que ce n'était pas de sa faute ? » demanda Mérida.

Jack regarda ailleurs et cette fois, même Raiponce le dévisagea :

« Tu lui as dit, n'est-ce pas Jack ? » insista Mérida.

« Écoute, il ne voulait rien entendre de toute façon. Et puis, il avait des arguments convaincants. »

« Mais t'es qu'un imbécile ! Bien sûr qu'il avait des arguments convaincants ! On parle d'Harold. Et toi, t'es entré dans son jeu. C'est sans ses connaissances en dragons que j'aurais tout simplement crevé ! S'il n'était pas venu m'offrir son dragon avant l'épreuve, j'me serais jamais rappelé quoi faire… Mon dragon ! Jack, regarde dans la poche de mes pantalons ! Est-ce qu'il y a toujours le dragon ? »

Un peu perdu, Jack fronça les sourcils, même s'il était heureux que Mérida change de sujet, n'ayant visiblement pas envie de se disputer avec elle :

« Quoi ? »

Raiponce intervint :

« Mery, ton pantalon, enfin, tous tes vêtements ont brûlé dans l'arène, hein. Quand t'es arrivée à Sainte-Mangouste, des spécialistes ont dû séparer tes vêtements des restants de peau. Il ne restait plus rien. »

Mérida se sentit pâlir. Son dragon avait lui aussi brûlé. Le cadeau d'Harold. Cela devait être ce qui lui faisait le plus mal au cœur dans l'histoire. Elle aurait peut-être dû laisser l'animal en bois à Harold, au final.

L'infirmier revint et le teint encore plus pâle de sa patiente sembla l'alerter, car il jeta immédiatement la Serdaigle et le Serpentard en dehors de l'infirmerie. Mérida savait, elle, qu'elle se sentait bien, mais n'insista pas pour qu'ils restent. Elle se retrouva seule en ne pensant qu'à son petit dragon déjà en cendres.

Plus tard dans la journée, lorsqu'elle se réveilla de nouveau — elle n'avait rien d'autre à faire que dormir —, Mérida parut particulièrement surprise en voyant qu'à son chevet ne se tenaient pas ses amis, mais le professeur Dumbledore, ce dernier lisant la Gazette en fronçant les sourcils. Elle sentit sa peau se tendre étrangement et inconfortablement lorsqu'elle tendit le cou pour apercevoir la lecture de son directeur. Elle réussit à voir Grindelwald sur la première page. Un frisson lui parcourut l'échine dorsale. Les derniers soulèvements n'étaient pas passés inaperçus pour la rousse qui savait que si Grindelwald gagnait la guerre, sa famille en payerait le prix cher.

« Monsieur, vous croyez que Grindelwald… Il va gagner la guerre ? » demanda avec inquiétude la lionne.

Dumbledore ferma doucement la page de son journal et eut un sourire triste. Il sonda du regard Mérida avant de répondre :

« Je crois que les temps sombres ne resteront pas sombres très longtemps. »

Mérida fronça les sourcils. En plus d'être ensommeillée, elle avait toujours détesté les énigmes ou les sous-entendus.

« Je ne comprends pas… »

Dumbledore hocha la tête, toujours avec son sourire triste, mais ne rajouta rien sur ce sujet. Mérida voulut lui demander s'il partirait le combattre, comme la Gazette et beaucoup de sorciers le souhaitaient, mais son professeur ne semblait pas enclin à la laisser faire plus de commentaires ou poser plus de questions.

« Vous avez eu une idée intéressante dans l'arène, Miss. DunBrush », déclara Dumbledore.

Mérida rougit, ne sachant pas s'il s'agissait d'un compliment ou d'une façon de lui dire qu'il était déçu que cela ait failli finir par sa mort.

« Je n'avais pas pensé que le dragon voudrait se venger après que je l'aie obligé à m'obéir. »

Dumbledore hocha la tête.

« Vous semblez en connaître beaucoup sur les dragons, Miss. »

« Oh, euh non, pas tant que ça. Je me suis juste souvenue de ce qu'on m'avait dit à leur sujet. »

« Pourtant », continua Dumbledore, « je ne crois pas que la communauté sorcière n'ait jamais entendu parler de quelqu'un qui avait réussi, avec un certain succès, de chevaucher un dragon. »

« Ah oui ? » s'étonna Mérida qui pensait à Harold et Krokmou.

Dumbledore eut un petit sourire, comme s'il arrivait à lire dans son esprit et Mérida rougit de plus belle.

« J'étais certaine que c'était possible, mais je suis née moldue, donc je ne sais pas ce que la communauté sorcière sait ou ne sait pas », bafouilla Mérida incertaine.

« Parfois, l'ignorance des préjugés nous permet de faire les plus belles découvertes. »

« Yep ! » assura Mérida, n'étant pas tout à fait certaine de ce que Dumbledore voulait dire par là.

Dumbledore sortit un rouleau parchemin de sa poche et le tendit à Mérida. La jeune fille l'ouvrit, mais n'y trouva rien à l'intérieur. Elle fronça les sourcils et dévisagea Dumbledore.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« L'indice pour la deuxième épreuve, ils ont été brûlés dans l'arène, alors nous en avons fourni un nouveau à chaque compétiteur », sourit Dumbledore.

Mérida rouvrit le parchemin, dans l'espoir de voir quelque chose apparaitre, mais il n'y avait toujours rien.

« Mais Monsieur… ? »

« Parfois, ce qu'on ne peut voir ne demande qu'à être trouvé. »

Dumbledore se leva, signe que la conversation était terminée. Mérida voulut le retenir, perdue dans toutes les paroles étranges de son directeur. Celui-ci se tourna vers elle :

« Vous pourrez sortir bientôt, Miss. DunBrush. Vous semblez être dans une bien meilleure forme qu'on l'aurait cru. Un miracle en somme. »

Lorsqu'il parla de miracle, Mérida eut aussitôt un souvenir vague d'un rêve qu'elle avait fait avant de se réveiller. Il y avait une chanson, une lumière, un ange. Mérida mit sa main au cou, où une nouvelle croix y était. L'infirmier lui avait dit qu'elle avait été à Sainte-Mangouste et que c'était surement ses parents qui lui avaient apporté ses vêtements moldus et sa petite croix. Avant qu'elle ait pu demander quoi que ce soit, Dumbledore continua de parler :

« D'ailleurs, je suis désolé pour votre petit dragon. Au moins, Monsieur Haddock pourra être fier, il vous aura surement évité de beaucoup plus graves blessures. »

Si Mérida avait été plongée momentanément dans ses pensées, elle se redressa au nom d'Harold. Elle était réveillée depuis le début de la matinée et Harold n'était toujours pas venu la voir. Il n'était pas fier, il se cachait d'elle, il ne voulait même pas la voir. La lionne ne pouvait s'empêcher de le trouver lâche de l'abandonner seule dans cette chambre.

« Il est juste ironique que le jour où vous réveillez, il ne soit pas là. Ce doit être lui qui ait passé le plus d'heures dans cette infirmerie. »

Mérida tourna les yeux vers son directeur qui portait encore son petit sourire. L'espoir venait de naitre au creux de son estomac. Ce dernier se retourna et quitta l'infirmerie. Légèrement rassurée, Mérida se laissa couler dans son lit.

Lorsque Mérida sortit de l'infirmerie, le lendemain, elle eut l'impression que tout le monde dans les couloirs la dévisageait. Pourtant, elle s'était regardée dans le miroir et elle avait l'impression d'être à peu près normale. Bon, elle avait perdu la plupart de ses taches de Soleil, son teint rosé ne semblait pas très naturel et pratiquement maladif, ses sourcils avaient pâli et ses cheveux avaient repoussé encore plus frisés et populeux qu'auparavant. Si bien qu'après plusieurs jours après ne pas se les être brossés, elle avait l'impression d'avoir un nid sur la tête plus qu'autre chose. Sa plus grande déception devait être la disparition de ses cicatrices d'antan. Elle avait l'impression d'avoir perdu une part d'elle.

L'infirmier et une médicomage de Sainte-Mangouste, qui étaient venus la voir pour s'assurer qu'elle allait bien, étaient tout simplement stupéfaits de cette guérison surnaturelle. Elle ne semblait avoir aucune séquelle physique due à son immobilité. Elle semblait pratiquement aussi en forme qu'avant la brûlure. C'était un miracle en somme. Tout le monde était persuadé que la guérison prendrait encore plusieurs semaines, voire plus, et elle s'était complètement rétablie, comme ça, en une nuit. Lorsque Mérida leur avait dit qu'elle croyait qu'un ange était passé, la médicomage avait ri en soupirant quelque chose comme : « Ah ! Ces moldus !», alors que l'infirmier était soudainement devenu émotif. Mérida n'avait pas compris ce qu'il lui prenait, de toute façon, elle avait été trop occupée à être légèrement insultée par les propos de la médicomage contre ses croyances. Et puis, elle, elle restait convaincue. Un ange lui avait sauvé la vie.

Malgré tout, cela ne justifiait pas une telle attention sur elle. Elle avait même l'impression qu'on chuchotait à son propos dès qu'elle avait le dos tourné. Cependant, ce ne fut que réellement lorsqu'elle entendit de la part de deux Serpentards : « T'as vu, elle a survécu la sang de bourbe » qu'elle accepta que réellement on parlât d'elle.

Offusquée, Mérida se retourna en sortant, plus rapidement qu'elle-même l'aurait cru, sa baguette. Elle prit par le collet l'un des deux, qui heureusement devaient être en première ou en deuxième année vu leur taille et leur lança les dents serrées :

« Je peux savoir de qui vous parliez comme ça. »

Tremblant, le Serpentard ferma les yeux. Si le gamin était surpris de sa vigueur, Mérida l'était encore plus. Après tout, elle avait vu des membres de sa famille devoir être réhabilités après un accident, son père, par exemple, et aucun n'avait été aussi en forme qu'elle. Ce fut son acolyte qui répondit avec un peu trop d'assurance finalement :

« On disait juste qu'on était surpris que t'aies survécu. Il faut bien une idiote de Gryffondor pour ne pas faire attention au feu d'un dragon. »

« Cette idiote de Gryffondor a surtout réussi à chevaucher un dragon », lança Jack, un petit sourire aux lèvres qui marchait accompagné de Raiponce qui fronçait les sourcils.

Il s'approcha de Mérida et des deux jeunes de sa maison et posa une main sur l'épaule de son amie qui lâcha doucement l'enfant en serrant les dents.

« Et si elle est capable de monter sur un dragon, exploit que même Tom n'a pas réussi à faire, je vous conseille de la laisser tranquille », rajouta le brun.

Les deux enfants reculèrent en jetant un regard mauvais à la lionne, mais ils n'osèrent pas défier Jack et partirent. Mérida croisa les bras, furieuse. Elle entendait les deux jeunes dire des choses incompréhensibles à propos d'une soi-disant broche. Elle se retourna vers Jack qui cessa de sourire en voyant l'air de Mérida. Celle-ci cracha presque littéralement :

« J'aurais pu gérer ça toute seule. »

Jack leva les yeux au ciel en levant les bras, signe de paix.

« Bien sûr. Tu aurais eu l'air très maligne à blesser deux premières années sans défense quelques minutes seulement après ta sortie de l'infirmerie. Qu'est-ce qui t'a pris au juste ? »

Mérida serra les dents, elle ne voulait même pas entendre Jack lui dire d'ignorer encore lorsqu'on la traitait de sang de bourbe, que lui il n'y voyait pas l'importance et que c'était juste de l'ignorance.

« Rien », trancha la rousse.

Jack fronça les sourcils, avant de faire disparaitre sa lueur d'inquiétude pour la remplacer par un sourire, comme s'il était soulagé que ce problème soit réglé. Raiponce en profita pour soupirer de joie et enlacer sa lionne préférée :

« Tu nous as tellement inquiétés ! Je suis tellement contente que tu sois enfin sortie ! »

Raiponce la fit tourner sur elle-même et le regard de Mérida s'arrêta sur la vitre menant au-dehors. Il y avait de la neige partout. Elle crut s'étrangler de stupeur. Pour elle, deux jours plus tôt, il faisait encore 27 degrés. Elle se défit des bras de son amie et s'approcha de la fenêtre. Un léger manteau de neige recouvrait la pelouse du château. On voyait encore l'herbe au travers, mais cette neige ne semblait pas prête à fondre pour autant.

« Je suis restée à l'infirmerie combien de temps ? », s'étrangla-t-elle.

Raiponce et Jack se regardèrent et la blonde prit la parole :

« On ne te l'a pas dit ? Tu es restée endormie plus d'un mois. Le feu du dragon est vraiment dangereux Mérida, on a vraiment cru te perdre par moment. Tu as été à Sainte-Mangouste la plupart du temps, mais quand il y a eu des bombardements à Londres et une attaque de sorciers à l'Ouest contre une ville moldue, ça a rempli l'hôpital. Et vu que tu étais en état stable, ils t'ont transféré ici il y a un peu plus d'une semaine. »

Mérida pâlit. C'est vrai, on lui avait dit pour Sainte-Mangouste, mais elle n'avait pas réalisé que c'était… autant de temps.

« Ta famille n'est pas touchée, hein », s'empressa de continuer Raiponce. « Têtenjoy me l'a dit. Ils ont dû retourner dans les Highlands et même s'ils voulaient que tu viennes avec eux, lorsqu'ils ne savaient pas quand tu te réveillerais, ils ont décidé que c'était plus sage qu'ils restent dans les Highlands et toi ici, le temps… que ça se calme. »

Mérida hocha la tête. Elle avait l'impression d'avoir été sur pause, mais que tout autour d'elle avait progressé à une vitesse fulgurante. Elle n'avait jamais réalisé la dangerosité de la guerre. Après tout, elle vivait soit isolée dans les îles des Highlands ou à Poudlard, une vraie forteresse à l'abri de tout danger. La seule fois qu'elle avait été inquiète avait été en 39 où ils avaient appelé les soldats. Heureusement, trois ans plus tôt, elle avait pu être égoïstement soulagée, car son père avait été exempté de la Deuxième Guerre mondiale à cause de sa jambe manquante. Elle avait bien des oncles qui faisaient la guerre, mais personne d'assez proche d'elle pour qu'elle puisse y penser. Maintenant, de savoir que pendant les dernières semaines de convalescence, sa mère n'avait pas pu lui rendre visite à cause de cela, cela rendait les choses trop réelles.

« Je vais aller dans ma salle com… », commença-t-elle.

« Mérida ? »

La jeune fille se retourna pour faire face à Harold qui avait un petit paquet dans ses mains. Elle eut un étrange fourmillement dans ses membres en revoyant le dragonnier.

« Je voulais venir te voir à l'infirmerie, mais tu étais déjà sortie… donc… » la voix d'Harold tremblait légèrement en tendant le paquet cadeau à Mérida.

La jeune fille parcourut la distance qui restait entre elle et le garçon et le prit dans ses bras.

« Merci, je serais morte sans toi », déclara-t-elle.

Harold la repoussa un peu.

« Non, c'est à cause de moi… »

Mérida le coupa :

« Non, Harold, sans tes connaissances, je n'aurais jamais su quoi faire. Par contre, j'ai brûlé ton dragon, je suis tellement désolée… »

« Non, mais ce n'est pas de ta faute, c'est le dragon qui… »

Jack éclata de rire en arrière. Mérida et Harold se retournèrent. La rouquine le dévisagea :

« Vous êtes pathétiques. Arrêtez donc de vous excuser et soyez juste contents que ça se finisse bien, par Merlin. »

Harold rougit et Mérida fronça les sourcils et s'apprêta à bondir sur ce qu'elle considérait comme l'élément de trop, même si elle ne comprenait pas ce qu'avait fait changer d'avis Jack aussi rapidement. Même Raiponce regardait Jack avec étonnement et d'une façon… étrange. Néanmoins, elle n'eut pas le temps de se poser davantage de questions, car Harold la retint par le poignet :

« Attends, tiens. »

Le paquet dans les mains, la colère de la rousse retomba. Elle déballa son cadeau et y découvrit un dragon. Il n'était pas pareil que le premier, il ressemblait plutôt en tout point au :

« Noir des Hébrides » dit Harold « Je me suis dit que ça remplacerait bien l'ancien. Finite. »

Aussitôt, le dragon prit son envol et Raiponce parut émerveillée.

« Oh wow Harold ! Je ne savais pas que tu avais autant de talent ! »

Mérida ne décrochait plus son regard du Poufsouffle et demanda

« Comment t'as su ? »

« Le professeur Dumbledore m'a parlé un matin et il m'a fait réaliser que tu avais perdu ton dragon. »

« Je vais essayer de le garder plus longtemps cette fois. »

Harold rougit. Un silence inconfortable s'installa que Jack finit par briser :

« Oh, en passant, Raiponce et moi avions quelque chose à vous dire. »

Raiponce devint rouge, alors qu'elle jetait un regard inquiet à Jack.

« On sort ensemble ! »

Mérida ouvrit la bouche, surprise.

« Mais depuis quand ? » s'étonna Mérida.

« Avant-hier », déclara Jack alors que Raiponce souriait, un peu mal à l'aise.

Mérida eut encore plus l'impression d'avoir manqué quelque chose, mais en se retournant vers Harold, elle réalisa qu'au moins ce n'était pas qu'elle qui avait manqué un pan de l'histoire. Elle dévisagea Raiponce, qui ne la regardait pas. Il faudrait qu'elles en discutent.

Les dernières semaines de cours semblèrent passer à la vitesse de la lumière. Mérida avait beaucoup à rattraper et heureusement, Harold lui donnait un sérieux coup de main en la matière, puisque Jack et Raiponce étaient occupés à roucouler quelque part dans le château. Elle n'arrivait d'ailleurs jamais à voir Raiponce seule à seule. La gryffonne et le Poufsouffle passèrent de nombreuses heures dans la bibliothèque à revoir des sortilèges, des potions, des plantes et un paquet de principes de métamorphose que Dumbledore voulait qu'ils comprennent. Le petit dragon d'Harold flottait au milieu des parchemins et rappelait à Mérida qu'elle n'avait toujours pas déchiffré son parchemin d'apparence vierge.

Heureusement, Jack et Raiponce prenaient le peu de temps qu'ils ne passaient pas ensemble pour tenter d'aider la lionne, lorsque Harold allait voir Krokmou. Mérida, elle, n'avait pas eu le temps d'y retourner et le Viking ne lui proposait jamais. Raiponce avait trouvé un sortilège qui permettait de révéler le contenu caché d'un objet. Cependant, soit Revelio était trop difficile pour les quatre amis ou bien, il ne s'agissait pas du bon sortilège. Si Mérida avait un sentiment de fausse sécurité en se disant que de toute façon la deuxième épreuve n'était qu'après Noël, Raiponce et Harold insistaient beaucoup sur le fait qu'après avoir déchiffré le parchemin, cela demanderait surement beaucoup de préparation et que là, le temps manquait. Mérida, elle, commençait à se dire qu'elle verrait rendu à la deuxième épreuve. Après tout, elle avait réussi la première épreuve sans préparations sans trop de dommage, du moins rien d'irréversible et elle saurait surement réussir la deuxième épreuve, non ?

Le stress montait aussi rapidement que la neige tombait et la jeune fille commençait à s'isoler de plus en plus. Un soir, revenue dans sa salle commune, elle vint s'asseoir près d'Olive, la sœur de Peter, son compétiteur, et Élisabeth. Elles firent une place à Mérida tout en finissant leur conversation :

« Oui, c'est ce que Juliette a entendu Brandon dire à Amanda qui aurait entendu Crane et Slughorn en parler », expliqua Élisabeth.

Étourdie par tous ces noms, Mérida se joint à la conversation :

« Mais de quoi vous parlez ? »

« Il va y avoir un bal ! Ils veulent faire un peu comme ils faisaient dans les tournois des trois sorciers, à l'époque. Ça serait tellement bien ! » répondit Élisabeth aux anges.

Olive ricana de son célèbre rire de cochon.

« Tu dis ça juste parce que t'espères qu'Aaron va t'inviter ! »

« Mais non ! Mais au moins, moi, je ne cherche pas à être dans les yeux du beau Tom… »

« Jedusor ?! » s'exclama Mérida, surprise.

Olive et Élisabeth la regardèrent surprise.

« Bah oui, qui d'autre ? Il est tellement séduisant et puissant ! Tu aurais dû le voir pendant le tournoi, il a lévité sans l'aide d'un balai juste grâce à sa baguette, puis il a lancé un sortilège si puissant qu'il a pu éviter votre mort. Même les professeurs avaient l'air impressionnés. Même Dumbledore semblait choqué. »

Mérida leur jeta un œil septique. Léviter sans rien lui semblait complètement impossible. Même si, un an plus tôt, elle n'aurait jamais cru possible de monter sur un dragon.

« Ouais, j'aurais bien voulu le voir… Mais j'étais un peu concentrée sur l'épreuve moi aussi. »

« Bien sûr Mery, on compte pour toi, évidemment. T'as été assez impressionnante en ton genre, toi aussi, mais Tom, c'est Tom, quoi… »

« Il n'y a pas ton frère, aussi, qui participait Olive ? Tu ne devrais pas vouloir l'encourager ? » demanda malicieusement Mérida.

« Ouais, bah lui, il s'est bien débrouillé aussi. Et puis, il est arrivé dernier, finalement. Même si ce n'était pas très clair, vu qu'après que le feu vous ait carbonisés, Milicent et lui ne semblaient plus tant dans la compétition. Mais bon, c'est un Poufsouffle et les Poufsouffles ne sont pas reconnus pour leur puissance ou leur agilité. C'est un peu ceux qu'on ne sait pas trop quoi faire d'eux. »

Mérida fronça les sourcils, clairement en désaccord.

« Bah, moi je les trouve… », commença la rousse.

« Au moins, les Poufsouffles n'ont pas hérité d'une certaine Serdaigle, n'est-ce pas Élisabeth ? »

Élisabeth sourit :

« T'es méchante Olive. »

« Bof, elle le cherche toute seule. Tu sais ce qui s'est passé tantôt ? Elle a essayé d'écrire un poème à Aaron ! Je crois qu'elle l'aime bien, haha… Bah, je lui ai facilité la tâche et j'ai donné son bout de papier à Aaron. Le pauvre, il était tellement mal à l'aise ! »

Mérida ne put s'empêcher de sourire. Bon, elle ne trouvait pas ça spécialement gentil, mais la tête d'Aaron devait être hilarante après avoir lu un poème d'amour.

« Il lui a rendu le papier en s'excusant et en lui disant qu'il n'était pas intéressé. Il y avait plein de monde dans la Grande Salle. Par contre, elle n'est pas si idiote que ça, car elle a fini par comprendre que c'était moi qui avais fait s'envoler par inadvertance son petit bout de papier. Elle a fait toute une scène ! C'était tellement drôle. Du coup, je lui ai dit qu'elle devait bien réaliser tôt ou tard que personne ne l'aimait… »

« C'est pas gentil, ça », déclara Mérida en commençant à se dire que le dernier commentaire était de trop.

Mérida se faisait décidément influencer par Raiponce. Oliva haussa un sourcil :

« Elle l'avait cherché. Moi, je lui ai juste fait une petite blague et elle me traite de grosse pathétique devant toute la Grande Salle. Fallait bien que je me défende. Et puis, c'est la vérité, je ne connais personne qui l'apprécie. Si elle s'offusque qu'on lui dise la vérité, c'est son problème. »

Mérida ne sembla pas très convaincue, mais ne rajouta rien… Cela ne servait à rien avec Olive, elle était assez bornée et ne changeait pas ses opinions. Et puis, elle n'aurait pas vraiment été capable de défendre Myrtle. Elle-même avait subi ses répliques acerbes devant toute la Grande Salle en première année. Elle l'avait gardé au travers de la gorge. Mais c'était peut-être parce qu'elle avait échappé à la mort de près ou qu'elle avait dû discuter de façon cordiale avec elle quelques jours plus tôt à cause de Raiponce, qu'elle commençait tout juste de se dire qu'elles allaient un peu trop loin avec Mimi. Juste un peu. Olive sentit que Mérida ne prenait pas complètement son parti, car elle se leva en entrainant Élisabeth avec elle. En montant vers leur dortoir, elle se retourna une dernière fois vers sa camarade de chambre :

« En passant, Mérida, j'espère que t'as trouvé ce que disait le parchemin. Même mon frère y est arrivé, il parait. Ça serait triste que tu nous fasses encore honte. »

Mérida sortit sa baguette, piquée au vif, mais Olive et Élisabeth avaient déjà disparu dans les escaliers. L'estomac à l'envers elle fixa la cheminée de longues minutes. Elle sortit son parchemin, le retourna dans tous les sens et le lança en avant d'elle, dans un élan de frustration. Mérida comprit à l'instant même que c'était une mauvaise idée. Le parchemin flotta longuement dans les airs et un appel d'air l'attira jusque dans les flammes. Paniquée, elle s'élança en avant et tenta de retirer le papier. Elle se brûla les mains lorsqu'une voix forte retentit, la faisant crier de surprise. Elle regarda dans les escaliers, personne ne semblait l'avoir entendu.

« Dans un milieu austère, vous survivrez,

Des milles et des milles vers la cime vous parcourrez,

Plus rapidement que les autres, vous devrez récupérer,

Celle qui vous permettra de passer,

Une créature des montagnes vous croiserez,

La chaleur sera votre seule alliée,

Attention de bien vous préparer. »

Le parchemin finit de se consumer et Mérida resta pantoise. Elle venait de trouver comment le lire et il avait dit un paquet de mots qui formaient sans doute des phrases, mais la rousse n'y avait rien compris. Elle regarda avec horreur le feu d'où des morceaux de parchemin noircis finissaient de brûler tranquillement. Il fallait absolument qu'elle note tout ce qu'elle avait retenu. Mais qu'avait-elle retenu ? Son cœur se resserra, mais elle prit une grande respiration et courut à la table où un vieux parchemin avait été oublié avec une plume et de l'encre. Elle nota ce dont elle se souvenait :

« Je dois me préparer. »

Elle nota « préparer »

« Il va y avoir une créature et une montagne »

Elle nota les deux mots.

« Ça parlait du fait que je doive récupérer quelque chose rapidement. »

Elle nota « trésor ». Voilà. C'était tout. Elle n'arrivait plus à se souvenir des phrases exactes et elle avait l'impression que plus elle faisait travailler sa mémoire, plus elle inventait des choses, ce qui était dangereux, car elle pouvait facilement inventer des consignes qui n'avaient pas été dites. Elle relut son parchemin : « préparer, créature, montagne, trésor ». Bon sang, ce n'était pas grand-chose et elle devrait faire avec. Elle n'était juste pas certaine de comment elle pourrait se préparer pour cette épreuve. Elle plia soigneusement son nouveau parchemin qu'elle mit dans sa poche et monta se coucher.