Merci à celleux qui suivent, vous semblez de plus en plus! N'hésitez pas à commenter. Je vous réponds et je prends en compte tous les conseils qu'on me donne.
Bonne lecture 3
Chapitre 21 – Les préparatifs du bal
« Non, mais Raiponce, arrête, ça ne sert strictement à rien. Je ne suis jamais rien arrivée à faire avec mes cheveux et quand on a des réceptions chez nous, tout ce qu'a trouvé ma mère à faire, c'est de cacher mes cheveux sous un foulard. »
Raiponce ne répondit pas et continua de lui tirer les cheveux. Mérida grimaça comme toute réponse. Elle hésitait entre l'agacement et l'admiration de la détermination de son amie afin de la rendre présentable pour le bal qu'elle devrait ouvrir avec Samuel et les autres représentants des maisons.
« Tu ne fais rien de trop fille, j'espère ? J'aimerais juste quelque chose qui me ressemble, mais un peu moins bouffy. Et puis, au pire, ce n'est pas vraiment très grave… »
« Trop fille ? » s'amusa Raiponce. « Si tu avais bien voulu me montrer ta robe, ça aurait pu aider… », commenta-t-elle un sourire aux lèvres.
« C'est une surprise. Mais tu as une idée du style avec le bandeau que je t'ai donnée. »
Raiponce ricana et Mérida se retourna ce qui provoqua un petit cri de protestation de la Serdaigle qui était vraisemblablement en train de faire quelque chose dans ses cheveux.
« Pourquoi ça t'amuse ? » demanda sérieusement la rousse.
Raiponce reprit son travail en souriant.
« Tu me rends vraiment curieuse avec ta robe. Ça me surprend de ta part que tu y accordes tellement d'importance. »
Mérida haussa les épaules.
« Ma mère m'a toujours mis beaucoup de pression là-dessus. J'ai toujours dû être parfaite et habillée comme elle, elle le veut. Pour faire bonne impression, tu vois. Alors, elle a dû déteindre sur moi… » répondit Mérida, en cachant certainement quelque chose.
Ça ne manqua pas à Raiponce qui pencha sa tête pour regarder dans les yeux la Gryffondor qui baissait les siens.
« Mouais… tu ne veux pas me dire la vraie raison? »
Mérida, ayant l'impression que Raiponce était tout juste sur le bord de comprendre ce qu'elle réservait, hésita. Lorsqu'elle avait commandé son habit à Pré-Au-Lard, elle était très excitée par son idée et elle avait décidé de ne pas en parler à personne, ayant bien l'intention de faire une surprise à tout le monde. Néanmoins, maintenant, ça la rendait légèrement nerveuse. Mérida ne savait pas si sa nervosité était dû au fait qu'elle avait choisi quelque chose de particulièrement osé et qu'elle anticipait les commentaires de ses amis ou parce qu'elle ouvrait un bal et elle se doutait qu'un bal dansant ne ressemblait pas du tout à ceux qu'elle avait vécus.
« Tu veux garder la surprise pour Samuel ? C'est ça ? »
Mérida ouvrit grand la bouche, surprise. Parfois, elle avait l'impression qu'elle et Raiponce étaient sur deux planètes différentes. Et, à vrai dire, elle avait pratiquement oublié la présence de son partenaire. Elle avait accepté de l'accompagner uniquement parce qu'il avait été le premier à lui demander et qu'elle avait fait un stupide pari avec Jack qui consistait à accepter la première demande qu'elle recevrait. Au moins, Samuel était quelqu'un de gentil. Un peu bruyant, c'était vrai, mais après tout, elle l'était aussi.
Malheureusement, le seul point négatif de cette histoire avait été la réaction de Jack, justement. Elle était incapable de lui en vouloir longtemps, même si ça l'avait fâchée qu'il croie qu'il puisse décider autant pour elle de ses relations. En plus, Jack lui cachait clairement quelque chose, même s'il l'avait convaincu qu'il ne détestait pas Samuel par ce qu'il était un né moldu, mais pour toute autre chose.
Lorsqu'elle s'était sauvée à Pré-Au-Lard en laissant tout le monde derrière elle, Jack avait fini par la rejoindre en courant. Ils s'étaient un peu engueulés et quand tous les deux avaient été trop épuisés pour crier, Jack s'était radouci :
« Écoute Mery. T'es ma meilleure amie. Je ne peux pas t'expliquer exactement pourquoi Henry n'est pas un bon gars, mais…. J'ai été témoin de truc vraiment pas correct de sa part. Il n'est pas ce qu'il a l'air. »
Elle l'avait dévisagé longuement. Mérida était mal à l'aise. Elle croyait Jack, évidemment, mais, en même temps, Samuel était aussi son ami. Elle le côtoyait tous les jours.
« C'est peut-être juste un malentendu Jack. Moi, c'est mon ami, et tu n'y changeras rien. »
Jack avait soupiré.
« Fais juste attention. »
« Ok. »
« Ok. »
Les deux amis avaient soupiré et ils s'étaient un peu baladés à Pré-Au-Lard et lorsque Jack avait dit qu'il allait remplacer Harold pour aller auprès de Raiponce – la pauvre ne pouvait toujours pas venir – Mérida en avait profité pour aller se commander une robe. Ouais, une robe…
Mérida changea de sujet.
« T'aurais pas vu mes runes en passant ? Ce matin, quand j'ai voulu faire mon devoir, elles n'étaient plus dans mon sac. J'ai pensé que je les avais oubliés en classe hier et peut-être que tu les aurais ramassés. En plus, il me manque toujours Hagalaz… J'ai vraiment fouillé partout, je ne comprends pas. Je ne peux pas l'avoir perdu, ce sont les feux-follets qui me les ont donnés. »
Raiponce continuait de faire des choses dans ses cheveux et elle ne répondit pas tout de suite. Mérida était tentée de se retourner pour voir ce qu'elle pensait.
« C'est étrange », fit-elle finalement alors que Mérida croyait que la Serdaigle ne l'avait peut-être pas entendue. « Hagalaz, c'est la rune du mystère. Tu ne l'as pas revue depuis le tournoi ? »
« Non, et mon sac, tu l'as vu ? »
« Non, peut-être qu'Harold, oui ? On lui demandera ce soir. »
Un silence pensif s'installa entre les deux filles que Raiponce finit par interrompre :
« Il se passe des choses étranges, tu trouves pas ? Ces derniers temps ? »
« Bah, plus que d'habitude ? » répondit Mérida surprise. « On est à Poudlard, il y a toujours des trucs étranges. »
« Oui, je sais, mais l'autre jour, les filles dans mon dortoir parlaient qu'elles faisaient de plus en plus de cauchemars. Tout le monde semble plus à cran ces temps-ci. Violet a rencontré un épouvantard, ça fait au moins deux depuis le début de l'année. Monsieur Jones avait déjà dû soigner un première année qui était tombée sur l'un d'eux pendant que tu étais dans le coma. »
« Les épouvanquoi? » demanda Mérida.
« Les épouvantards, c'est une créature qui apparait dans les endroits sombres. Lorsqu'on tombe dessus, elle nous montre nos pires cauchemars. Je crois qu'il y a un contre-sort pour le transformer en quelque chose d'autre. »
« En même temps, le château a beaucoup de côtés obscurs », dit Mérida, négligemment.
Raiponce interrompit ses mouvements et se pencha pour regarder son amie.
« Mais toi, tu n'as rien remarqué d'étrange à Gryffondor ? »
Mérida haussa les épaules. Elle voulait paraitre relaxe, mais au fond d'elle, cette conversation ne lui plaisait pas du tout. Depuis la fin de la première épreuve, il n'y avait pas une nuit où elle ne se réveillait pas en sursaut. Parfois, des dragons la carbonisaient, d'autres fois elle se retrouvait dans une pièce entièrement noire, où peu importe dans quelle direction elle se dirigeait, rien ne changeait et plus récemment, une forme étrange la pourchassait dans la forêt. Des avaleurs d'espoir. Des détraqueurs. Du moins, c'est ce qu'ils avaient déduit, Harold et elle, même s'ils trouvaient ça étrange. Harold avait des recherches dans les dernières semaines et c'était la créature qui correspondait le plus à ce qu'avait décrit Firenze. Et ce n'était pas rassurant. Ces créatures devaient garder la prison des sorciers de Grande-Bretagne et aspiraient les âmes de leur proie. Les auteurs du bouquin avaient eu le culot de nommer ça : « Un baiser ». Mérida avait trouvé que le terme était franchement inapproprié. Du moins, si un baiser pouvait avaler une âme, Mérida se confortait dans son idée que jamais elle n'embrasserait qui que soit. Ouais.
Avant qu'elle ait pu répondre quoi que ce soit, Mimi entra en pleurant dans la salle de bain. Mérida sursauta, avant de soupirer et lever les yeux au ciel. Mimi avait vraiment le don d'être particulièrement agaçante. Raiponce, elle, semblait préoccupée. Elle regarda Mimi d'un air de pitié et demanda d'une voix douce :
« Myrtle ? Ça va ? »
Mimi sembla soudain les remarquer et se retourna vers elles et les fusilla toutes les deux du regard. Mérida détourna la tête, n'ayant pas envie d'être inclus dans la discussion :
« Ça a l'air d'aller, tu penses ? Gothel la bagatelle ! »
Mérida pouffa face à l'absurdité de l'insulte de la Serdaigle, ce qui lui valut un regard de rempli de haine de Mimi. La Gryffondor s'efforça de pincer ses lèvres pour ne pas éclater de rire en sachant pertinemment que Raiponce lui en voudrait si elle enfonçait encore plus sa pauvre camarade de dortoir.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » continua patiemment Raiponce, comme si elle ne venait pas de se faire traiter d'une insulte digne du pire démon.
Mimi reporta son attention sur Raiponce et cracha, alors que ses larmes coulaient toujours :
« C'est cette idiote d'Hornby ! Elle m'a dit que j'étais aussi attirante qu'un bulbobulbe à maturité ! »
Mérida s'étouffa carrément en ne pouvant retenir un éclat de rire. Olive avait vraiment le don de trouver des insultes imagées et originales. Sa réaction n'échappa néanmoins pas à Mimi qui lui hurla, sans que Raiponce n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit :
« Tu n'es qu'une espèce de petite fille insignifiante et ignoble Mérida DunBrush ! »
Mérida se sentit rougir de colère. Elle n'était pas insignifiante! Elle n'aimait pas qu'on lui dise ça et se rendre compte que Mimi avait réussi à la toucher en lui disant de telles paroles ne fit qu'accentuer son dégoût. Depuis que Mimi l'avait humiliée plusieurs années plus tôt, Mérida réagissait au quart de tour. En plus, elle avait été la seule à la défendre dans la salle commune des Gryffondors quand Olive était allée un peu trop loin. Bon, ça, Myrtle ne pouvait pas le savoir, n'ayant pas assisté à la scène. Mais quand même ! Comment se permettait-elle de la traiter d'insignifiante ! Elle se leva, sortit sa baguette et dévisagea la brune :
« Redis-moi ça pour voir… »
Raiponce mit une main sur son bras, comme pour l'implorer d'arrêter, mais Mérida attendait la réaction de Mimi. Celle-ci ne tarda pas. Elle observa la baguette d'un air supérieur et malgré ses larmes déclara :
« Tu ne me fais pas peur, Mérida. Tout le monde dans l'école le sait très bien et le dit dans ton dos que tu n'es qu'une incompétente, impulsive et idiote Gryffondor qui se donne des airs, juste parce que le professeur Dumbledore t'a donné un titre que tu ne mérites pas. T'as juste eu de la chance à la première épreuve, mais t'as surtout failli mourir à cause de l'ensemble de tes défauts ! »
« Expulso ! » s'exclama Mérida en pointant Mimi en se sentant perdre le contrôle.
La corde sensible avait été tranchée au moment où Mimi avait osé lui ramener le choix de la représentante du tournoi à la tronche. Mérida doutait terriblement, surtout en voyant comment elle avait failli mourir. Elle était gênée, elle avait honte de s'être fait ainsi carboniser. Elle avait l'impression que les Gryffondors ne croyaient pas en elle et qu'ils croyaient que le professeur Dumbledore était fou ou la chouchoutait. Il y avait même des articles dans le journal de la Gazette qui étaient sortis à son propos. Elle les avait vus tomber du sac d'Harold il y avait quelques semaines. Elle n'avait pas tout lu, mais elle avait eu le temps de voir que personne ne croyait en elle. Elle avait eu le temps de voir qu'on croyait qu'il s'agissait d'une conspiration de nés moldus. Elle avait eu le temps de voir qu'on se moquait d'elle, alors qu'elle avait failli y passer. Elle était loin d'avoir fait une sortie glorieuse et en plus d'en faire des cauchemars, elle avait honte. Pourquoi ne s'était-elle pas méfiée du feu du dragon? Tous les nés sorciers s'en seraient méfiés.
Mimi cria et tomba à la renverse. Sans lui laisser le temps de se relever, Mérida enchaina. Elle fit un pas à l'avant et pointa sa baguette sur le visage de la jeune fille :
« Furonculus ! »
« Non ! »
Raiponce, qui criait et implorait à tout le monde d'arrêter, saisit le bras de Mérida, elle n'avait pas eu le temps de prendre sa baguette qui était sur le comptoir de la salle de bain l'ayant déposée pour faire les cheveux de son amie, et se mit entre la baguette de la rousse et le corps de Mimi. Elle reçut le sortilège de plein fouet sur le haut du corps et dans son cou. Aussitôt, d'énormes furoncles violacés se mirent à pousser sur sa peau. Horrifiée en réalisant ce qui venait de se produire, Mérida baissa sa baguette et s'élança vers Raiponce qui observait avec horreur sa peau se métamorphoser à quelques heures du bal.
Mimi, encore un peu sonnée au sol, n'osa rien faire. En colère, Mérida se tourna vers la Serdaigle et cria :
« Tu mérites tout ce qui t'arrive Mimi geignarde ! On s'en prend à toi, parce que tu attires juste du dégoût par ton comportement et tes paroles épouvantables ! »
Raiponce, des larmes coulant sur ses joues à cause de ces préparatifs complètement ratés, se tourna vers Mérida et dit de la voix la plus forte que la Gryffondor ne l'avait jamais entendu utiliser :
« Arrête ! Tu empires les choses ! »
Raiponce étouffa un sanglot, alors que Mimi éclatait en pleurs en allant s'enfermer dans un des cabinets. Mérida sentit sa colère disparaitre, remplacée par de la honte en voyant la blonde dans un tel état.
« Raip'… Je suis désolée… Monsieur Jones pourra te régler ça rapidement, j'en suis certaine… On a juste à aller voir et ça sera réglé avant le bal », tenta maladroitement la rousse en cherchant ce qu'elle pouvait faire.
Raiponce essuya une larme du revers de la main et Mérida se dirigea vers la porte en incitant son amie à la suivre, mais Raiponce ne bougea pas.
« Tu viens ? »
« Non, je vais rester ici une minute. Toi, vas-y, on se rejoint au bal. »
« Mais, il faut traiter tes furoncles… »
« Je m'en charge, Mérida, c'est bon. »
Se sentant rejetée, Mérida sortit de la balle de bain du deuxième étage et s'accota sur le mur un instant. Elle entendait encore les pleurs de Mimi résonner. Elle se doutait que Raiponce tenterait de la calmer et elle ne pouvait s'empêcher de trouver cela injuste. Mimi avait été aussi cruelle qu'elle, voire plus. Mérida, elle, n'avait dit aucune insulte. Elle n'avait qu'expliqué une bonne fois pour toutes pourquoi Mimi n'était pas appréciée. La Serdaigle, elle, avait réellement cherché où ça faisait le plus mal. Mais comme toujours, elle agissait comme une pleurnicharde pour attirer la pitié des gens et cela semblait bien fonctionner auprès de Raiponce qui, à sa manière, avait bien indiqué à Mérida qu'elle trouvait son comportement inacceptable et non celui de Mimi, qui avait, en fait, tout commencé !
Mérida sentit une petite larme d'injustice lui perler sur le côté de l'œil au moment où Pevees contourna le coin du couloir et la remarqua. Elle sentit aussitôt son ventre se serrer n'ayant absolument pas envie d'affronter l'esprit frappeur aujourd'hui. Elle baissa la tête espérant qu'il ferait comme si de rien n'était, mais c'était peines et espoirs perdus.
« Mais que vois-je ?! Ne serait-ce pas une femme, une vraie ? » demanda l'esprit en s'inclinant mimant une révérence.
Mérida releva la tête surprise, abasourdie par les paroles et les gestes de Pevees.
« Oh ! Mais non ! Ce n'est que DunBrush coiffée ! Beau déguisement Miss. Fumée ! Il va falloir par contre plus qu'une nouvelle coiffure pour trouver ton prince charmant. »
Mérida leva les yeux au ciel et commença à marcher, décidée de ne rien rajouter. Pevees éclata de rire en voyant que les joues de sa victime avaient légèrement rougi. Il rajouta :
« Essaie de ne pas finir carbonisée ce soir ! Il va y avoir de la chaleur dans l'air. Ouh ouhh ! »
Mérida soupira, agacée, mais Pevees semblait avoir mieux à faire ailleurs, puisqu'il ne la fatigua pas autant qu'il aurait pu en temps normal. Elle mit la main dans ses cheveux et elle comprit que Raiponce avait dû avoir eu le temps de faire quelque chose de potable avec eux. Elle sentit un pincement au cœur en se rendant compte de ce qu'elle, elle avait fait à Raiponce juste avant le bal. Elle aurait voulu retrouver son amie, mais visiblement la Serdaigle préférait rester avec sa camarade de dortoir plutôt qu'avec elle. Résignée, la lionne se dirigea vers les escaliers pour regagner son dortoir.
« Franchement, je préfère nettement ça qu'aller au bal », soupira Dietrich, assit dans la salle commune des Serpentards encore en uniforme.
Jack soupira, son ami était un cas perdu, mais il n'avait pas franchement envie de l'abandonner seul ici alors que tout le monde s'amuserait dans la Grande Salle.
« Tu ne veux pas me faire croire que tu préfères sérieusement aller nager avec les strangulots et le calmar géant en plein hiver que venir avec Lies' et moi ? »
Dietrich haussa les épaules en mangeant une dragée-surprise. Il grimaça. Il en avait visiblement goûté une qui était mauvaise. Puis il en prit une autre sans même regarder son aspect. Jack se demandait s'il s'agissait d'insouciance ou de courage.
« Il y aura de bien meilleures friandises là-bas que les vieilles dans ta poche », tenta Jack.
Dietrich l'observa, comme s'il se demandait si Jack faisait exprès ou s'il plaisantait.
« J'ai assez de bonbons, merci. »
« Ah ! Mais Diet'… »
« Tu vas lâcher mon frère un peu, Overland. Il veut pas y aller, il y va pas, c'est tout. »
Jack se tourna vers Liesa qui devait venir de dire la phrase la plus gentille qu'elle pouvait dire. Elle descendait les marches d'un pas, pas du tout assuré, et clairement mal à l'aise. Elle avait revêtu une vieille robe un peu usée à manches longues et à collet. Elle avait tenté de relever ses cheveux, sans un franc succès, et elle avait mis quelque chose de beaucoup trop rouge sur ses joues. Jack éclata de rire, avant de se raviser en voyant le regard de Liesa. Dietrich, lui, haussait les sourcils :
« C'est quoi sur tes joues ? De la sauce tomate ? »
Liesa s'empourpra :
« Mais non ! J'ai piqué ça à Shackelbolt. C'est du maquillage. »
« Et pourquoi tu mets cette chose sur ta peau ? »
« Car c'est à ça que ça sert, idiot. »
« Je sais à quoi ça sert, mais toi, t'en mets pas, habituellement. »
« Et tu ne sais pas en mettre… » renchérit Jack à la suite en pouffant.
Le visage de Liesa se ferma, alors qu'elle croisait les bras. Jack eut pitié. Dietrich semblait déjà avoir passé à autre chose.
« Bon, va chercher ton maquillage, je vais t'arranger ça », sourit Jack.
Liesa fit mine de ne rien avoir entendu. Elle regardait toujours ailleurs, agacée. Mais elle finit par monter les marches.
« Tu sais te servir du maquillage, toi ? » demanda Dietrich.
« J'ai eu une passe, quand j'étais jeune, après que mon père soit parti », expliqua brièvement Jack. « Ma mère avait d'abord ri de moi, mais elle m'avait montré comment faire. »
« C'est pas juste pour les filles? »
Jack haussa les épaules. À y réfléchir, c'était vrai qu'il n'avait jamais vraiment vu d'homme en porter, mais lorsqu'il était enfant, il n'avait pas vu le problème. Et sa mère non plus. Liesa revint rapidement et lui tendit une trousse de maquillage.
« C'était tout à Shackelbolt ? » demanda Jack.
« Je ne les ai pas volés, si tu te demandes. J'ai demandé et on me l'a prêté. »
Jack lança un regard à Dietrich, qui mangeait une nouvelle dragée.
« Oh ! Arrête de croire que je dois toujours faire dans la menace et aide-moi. »
« Je parierais cinq mornilles qu'on ne t'a pas filé la trousse de gaité de cœur », sourit Jack, amusé.
Liesa ne répondit rien et Jack commença par retirer ce qu'elle avait déjà mis et lui appliqua plus sobrement le fard à joue, à paupière et le baume pour les lèvres.
« J'arrive pas à croire que je fais ça pour Jedusort », soupira Jack.
« Tu fais pas ça pour lui, mais pour moi. Et puis, j'ai pas envie de revenir là-dessus. Il m'a invitée et j'ai dit oui. »
« Eh bien, je ne comprends pas pourquoi tu as dit oui. »
« Moi, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il t'agace à ce point. »
Jack haussa les épaules. Il n'avait pas envie de se disputer une autre fois avec Liesa. Déjà qu'il avait dû s'excuser des dizaines de fois à Mérida de ne pas lui fournir d'explications sur la raison pour laquelle il aurait préféré qu'elle aille avec un autre cavalier, pour ce qui était du cavalier de Liesa, il n'avait réellement aucune bonne excuse à lui fournir. C'était juste un mauvais pressentiment. En plus, il ne voyait pas pourquoi il l'avait invitée, elle. Ils n'étaient pas dans la même année et ne se parlaient jamais. Tom aurait pu choisir n'importe quelle fille, pourquoi Liesa ? Il avait l'impression que c'était dirigé contre lui.
« Ferme les yeux », ordonna-t-il, alors qu'il teintait ses paupières.
« En plus, c'est moi qui devrais être en colère », dit-elle la voix tremblante. « Je ne devrais même plus être ton amie. Tu ne peux pas trainer avec ce Henry. »
« Je sais Lies', mais j'y peux rien. Mérida est l'une de mes meilleures amies et elle non plus n'accepte pas que je lui interdise de choisir le cavalier qui lui chante sans explications. Je crois que c'est bon. »
Liesa ouvrit les yeux. Jack n'avait pas osé faire grand-chose. Dietrich se retourna et Liesa lui demanda son avis d'un regard.
« C'est mieux. »
Liesa soupira.
« Tu vas faire quoi, pendant le bal ? » lui demanda-t-elle d'un ton étrangement plus attentionné qu'à l'habitude.
Il haussa les épaules en détournant la tête.
« Fais rien de con. »
Jack guetta leur échange. Lorsque Raiponce lui avait raconté sa rencontre avec Dietrich, Mulciber et Avery, Jack avait eu l'impression de tomber de haut. Il avait eu raison. Dietrich lui cachait des choses. Lorsqu'il en avait discuté avec lui, il s'était braqué, avait refusé d'en parler. Jack avait fini par faire allusion à toutes les fois qu'il l'avait surpris à faire des trucs étranges et il avait eu l'air inquiet. Inquiet d'avoir été espionné. Il lui avait fait jurer d'arrêter de le suivre et qu'il viendrait lui-même le voir, s'il avait besoin. Jack n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter. Il ne voulait pas gâcher leur amitié et sa confiance, mais il ne pouvait s'empêcher de douter de son ami maintenant.
« Je fais jamais rien de con », répondit Dietrich avant de se tourner avec Mulciber, Tom et Avery qui descendaient les marches.
Liesa se redressa et fit un sourire que Jack ne lui connaissait pas. Mulciber chuchota quelque chose à Avery qui pouffa comme un idiot.
« Tu vas te changer bientôt, Bach ? » lança Mulciber en regardant Liesa.
Celle-ci devint rouge alors que son sourire tombait.
« Et toi, Mulciber ? T'as fini de ressembler à un babouin chaque fois que t'ouvres la bouche ? »
Si Liesa avait dit cela d'une voix sèche, Jack sentait que sa confiance était tombée. Tout comme lui, les Bach n'avaient pas beaucoup de moyens, surtout depuis la guerre où leurs parents avaient perdu leur emploi. Liesa avait une vieille robe démodée qui devait avoir appartenu à sa mère et l'usure se voyait. Tom s'approcha de Liesa, repoussa une de ses mèches de cheveux derrière son oreille et lui dit d'une voix pas du tout naturelle :
« Tu es magnifique. »
Liesa rougit et Jack trouvait ça complètement ridicule. Avery se tourna vers Dietrich.
« Toujours en uniforme ? »
Dietrich haussa les épaules en regardant ailleurs.
« Tu devrais au moins nous rejoindre plus tard, pour la bouffe. »
« Ouais, on verra. »
Jack se tourna vers Dietrich. Qu'est-ce qui lui prenait de changer d'avis ? Il y avait quelque chose de louche et Jack avait peur que Avery et Mulciber lui mettent la pression par rapport à quelque chose. Jack jeta un coup d'œil insistant à Dietrich, mais il l'ignora royalement, alors il se leva.
« On se revoit plus tard, Raiponce doit m'attendre. »
Personne ne sembla l'écouter et Jack fila.
