A/N : Coucou, tout le monde !

Voici votre chapitre ! Pour info, il est long parce que j'ai refusé de vous faire attendre plus longtemps pour la résolution. Mais ça veut aussi dire que c'est le dernier chapitre. Sauf épilogue. Je sais pas où je vais trouver le courage de faire ça, mais il reste encore quelques points dont je dois parler, il me semble ^^' (Je prie pour que ça ne tourne pas en épilogue de 5 chapitres, mais vous me connaissez, rien n'est moins sûr…)

Ah, et j'ai fait qu'une seule relecture parce que vous avez vu ce monstre ? En vrai, y a des morceaux que j'ai lus plusieurs fois, ça commençait à me gaver de toute relire encore x)

On se revoit à la fin. Bonne lecture !


Quand le lundi arriva, Asami était dans une fureur noire. Bizarrement, elle n'avait pas vu Korra du weekend. Cette dernière répondait rarement à ses messages et à ses appels et toujours de façon succincte. Elle ne pouvait définitivement pas avoir cette conversation au téléphone de toute façon. Vu comment c'était parti, il fallait qu'elle ait Korra entre quatre yeux. Et pour cela, il fallait qu'elle arrive à l'attraper.

Cependant, elle avait appris au cours des semaines passées en sa présence qu'elle pouvait être remarquablement douée pour trouver des excuses. Sa « petite » balade du samedi soir avait fini à point d'heure. Du moins, elle imaginait qu'elle avait fini à point d'heures, parce qu'elle s'était endormie sur le canapé en l'attendant et le lendemain elle y était encore. Korra était déjà partie et lui avait laissé un mot concernant une urgence chez Tenzin. Elle n'avait même pas vérifié si c'était vrai — elle avait comme un doute — elle était bien trop frustrée et en colère pour ça.

Mais en réalité, tout ce dépit et toute cette rage ne déguisaient que l'immense tristesse qu'elle avait à se retrouver seule de nouveau. Du moins, elle avait l'impression d'être seule et abandonnée comme ce fut le cas autrefois, que d'un coup d'un seul les fils qui la reliaient aux autres étaient rompus. Bien entendu, elle savait que ce n'était pas le cas. La preuve en était qu'elle devait justement voir Mako ce jour-là. Mais ce sentiment était horrible.

Au moins, Korra avait réussi une chose : pour être distraite de son travail, elle l'était ! Elle avait quand même consciencieusement passé en revue tous les types d'articles qui étaient sortis, ce qui allait de l'article factuel et pragmatique, aux lynchages publics, en passant par pas mal de méfiance et de rejet. Quelques-uns montrèrent un vague enthousiasme, mais globalement, ce qui ressortait était plutôt de la lassitude et de la suspicion. Ce n'était pas comme si elle ne s'y attendait pas…

Varrick était tiré par le bas par elle et elle s'en voulait terriblement, d'autant plus quand il lui fallut quatre heures pour lire deux pauvres articles tellement elle avait la tête ailleurs. Bien entendu, l'homme d'affaires avait été plus rapide qu'elle et avait passé une heure à lui dire à quel point la réception de leur collaboration était merveilleuse. Visiblement, ils n'avaient pas lu la même chose…

Mais c'était vrai qu'il y avait de l'espoir. Elle le sentait aussi. Le scepticisme était hésitant face au désespoir de la situation. N'importe quelle aide était la bienvenue. Elle pouvait gagner. Chose qu'elle aurait adoré dire à la femme qui occupait constamment ses pensées mais qui était introuvable. Elle s'était retenue plus d'une fois de ne pas faire exploser sa rage pendant qu'elle était seule à l'appart et qu'elle se retrouvait à parler dans le vide en voulant montrer uns de ces putains d'article à Korra. Déblatérer des jurons à personne en particulier n'allait pas aider à la situation. De plus, elle était calme. Parfaitement calme.

C'est grâce à ce calme qu'elle arriva indemne au manoir Sato le lundi matin. Elle se débarrassa des quelques affaires qu'elle avait apportées en les jetant sans cérémonie devant l'entrée. Mako l'attendait déjà et haussa un sourcil en la voyant faire.

« Hey, dit-elle souriante. Contente de te rencontrer face à face, Mako.

- De même… »

Elle déverrouilla la porte et ils entrèrent. Elle rentra ses affaires avec le même soin qu'elle avait eu jusqu'alors.

« Alors… pourquoi je suis là ?

- Papiers. Et en plus, il faut que je charge ma voiture des trucs personnels. Et que je nettoie un peu. Vous pouvez venir dès que ce sera fait.

- Tu as envoyé les papiers par mail… Pourquoi tu m'as demandé à moi ? T'aurais pu demander à Korra. Je veux dire… les trucs personnels, c'est pas censé être le genre de trucs dont vous vous occupez pour l'autre ?...

- En fait, j'avais besoin d'un compagnon de boisson.

- Encore une fois, pourquoi pas Korra ?...

- J'adorerais boire un verre avec Korra si elle daignait me montrer le bout de son nez.

- Oh… Vous vous êtes disputées…

- J'aimerais bien. Ce serait beaucoup plus simple… »

Il haussa un sourcil mais ne dit rien. Asami mit un de ses sacs dans le frigo et l'alluma. Ça n'allait pas refroidir quoi que ce soit pendant un moment, mais son sac était isotherme de toute façon. Comme personne n'habitait ici, elle devait remettre en route la plupart des appareils et autres commodités. C'était une des raisons qui l'avaient poussée à venir en ce lundi matin.

« Bon, je te propose qu'on fasse le tour des pièces pour rendre ça habitable ? Il faut faire un peu la poussière, enlever tout ce qui est draps blancs, rallumer l'électroménager, peut-être passer un coup de balai et d'aspirateur… »

Mako était dubitatif.

« On est que deux. Ça va nous prendre des heures vu la taille.

- Mais non, ce sera rapide. La plupart des trucs sont en bon état. Il suffit de nettoyer un peu… J'ai pas envie que plus de monde mette les pieds ici…

- Tu viens de signer un contrat pour que des gens viennent habiter ici mais tu veux que personne n'y mette les pieds ?

- Oh peu importe. Au passage, c'est spécifié dans le contrat mais vous laissez la chambre de mon père tranquille. Quant à la mienne, je vais la débarrasser…

- Tu peux la laisser, tu sais. C'est pas comme si on manquait de chambres.

- Non, c'est chez vous dorénavant. Je vis avec Korra. Je n'ai pas à laisser des trucs ici. En plus, c'est l'une des chambres les plus confortables, je ne voudrais pas vous priver de ça. Allez, au boulot ! »

Asami commença par faire le tour de toute la maison pour rallumer tout ce qui était rallumable. Elle se mit ensuite à aider Mako qui était déjà en train de nettoyer. Elle se dit qu'ils devraient aussi faire les vitres, mais elle renonça très vite à l'idée quand elle vit le temps qu'ils mirent à faire une seule pièce. Ils mirent quatre heures à nettoyer tous les meubles et tous les sols de la demeure. Ils en mirent encore deux à faire des cartons et à charger les affaires d'Asami dans sa voiture. Entre temps, ils avaient commandé à manger, ce qui rappela à Asami qu'elle avait oublié de raccorder l'eau courante.

Il était 18h quand ils s'arrêtèrent enfin et tombèrent sur l'un des canapés du salon.

« J'ai cru que ça finirait jamais, dit Asami avec un soupir.

- Je t'avais dit qu'on allait mettre longtemps à deux. Et encore, on a fait le minimum syndical…

- Bon, très bien, tu avais raison. C'est l'heure de boire un verre. »

Mako savait que ça voulait dire que c'était le moment de jouer les psychologues. Il n'était pas particulièrement mauvais pour écouter les gens, il ne savait juste pas quoi leur dire. Il savait rester silencieux, mais… c'était tout. Les conseils, c'était pas vraiment son truc.

Cependant, Asami était une nouvelle amie et Korra était une très bonne amie, donc même s'il aurait aimé s'en foutre complètement, il était un peu curieux de savoir ce qui s'était passé entre elles. C'était de la faute à Bolin, à toujours lui parler d'elles deux et du beau couple qu'elles faisaient. Si ce n'était pas vrai et que ce n'était pas aussi évident que Korra avait des sentiments pour la jolie PDG, il aurait bien tenté sa chance aussi… Mais il n'était pas fou à ce point-là.

Après, si Asami était insensible aux charmes de la femme de la Tribu de l'Eau, c'était une autre histoire, mais il n'était pas sûr que c'était le cas même si elle semblait se protéger. Asami semblait se protéger dans toutes ses relations, c'était une chose qu'il avait remarqué dès qu'ils avaient commencé à parler. C'était probablement pourquoi ils avaient si bien accrochés.

Il avait une réserve avec les gens. Ce n'était pas très volontaire, il n'était juste pas très bon pour montrer ses sentiments et être chaleureux. Asami semblait être pareille. Plus ou moins. Chez elle, ça semblait volontaire. Elle riait et plaisantait beaucoup, mais il avait l'impression qu'elle avait un cœur très tendre caché derrière tout cela. Il s'était un peu adouci face à cela. Peut-être que son analyse était fausse mais son instinct disait le contraire.

Elle revint avec deux verres et un tas de bouteilles. Elle comptait vraiment boire tout ça ?

« Ça fait beaucoup pour deux personnes, tu ne trouves pas ?

- On est pas obligé de tout boire… »

Elle commença par leur servir chacun une bière, mais ce n'était qu'une mise en bouche parce qu'elle avait amené bien plus fort.

« Donc… au lieu de noyer tes problèmes dans l'alcool… Tu devrais pas en parler ?

- Ça fait longtemps que j'ai pas bu comme un trou. Et puis, tu es là, non ? Je t'ai dit que mon père était alcoolique ?

- Non… Ce qui est une très bonne raison pour que tu ne boives pas. »

Elle descendit la moitié de la bouteille comme pour dire « je fais ce que je veux, j'ai prévu de me soûler de toute façon ». Mako soupira. Ça allait être long… Et il allait falloir qu'il tienne son alcool s'il comptait la soutenir… Parce qu'elle n'allait jamais boire seule.

« Tu pourrais au moins me dire ce qui s'est passé… râla-t-il.

- Korra a essayé de m'embrasser. Je l'ai arrêtée. Elle m'évite.

- Je suis désolé de dire ça mais… il fallait s'y attendre.

- Oui, merci, je sais.

- Tu savais ? Qu'elle allait t'éviter ?

- Ça aussi. Mais je savais qu'elle allait finir par essayer un truc…

- Tu veux dire que tu savais qu'elle avait des sentiments pour toi ?

- Mako. C'est Korra. Évidemment que je savais qu'elle avait des sentiments pour moi ! Elle… ne sait vraiment pas cacher son jeu. »

Elle marquait un point. N'importe quel abruti aurait remarqué à quel point elle s'investissait pour Asami, à quel point elle voulait la protéger et prendre soin d'elle. Korra pouvait être comme ça avec ses amis aussi mais… là c'était différent. Et il la voyait tout à fait faire des choses tout à fait stupide en présence d'Asami. C'était bien son truc ça.

« Hum… Et donc tu l'as fait tourner en bourrique et tu l'as jetée comme une malpropre ? C'est normal qu'elle t'en veuille, non ? »

Il prit une gorgée de sa bière. Sa remarque était peut-être un peu acerbe mais, en fait, il ne comprenait pas du tout la position d'Asami sur le sujet. Donc il allait la forcer à dévoiler son jeu.

« C'est pas du tout ce que j'ai fait ! s'offusqua-t-elle.

- T'as fait quoi alors ?

- Je… J'admets que je l'ai un peu taquinée parce que… Parce que. Et je ne l'ai pas vraiment rejetée. C'est elle qui l'a pris comme ça.

- Donc, tu voulais qu'elle t'embrasse ?

- Oui ! Enfin, je veux dire, ça m'aurait pas dérangé. Mais pas maintenant.

- Je ne te suis plus. Du tout. Pourquoi les femmes sont si compliquées ? »

Asami avait fini sa bière et attaquait ce qui semblait être du vin. Mako n'avait pas encore fini sa bière.

« C'est pas si compliqué, marmonna-t-elle. C'est juste…

- Oui ? »

Elle soupira.

« Ça me fait trop d'un coup. J'ai mes limites. De trucs à gérer, je veux dire. Avec Future Industries, le virus et les médias… Je ne crois pas que commencer une relation maintenant soit une bonne idée. Je me suis toujours dit que je recommencerais éventuellement à sortir avec quelqu'un une fois que je me serai sortie de ce bourbier… Si on voulait bien de moi malgré tout ça. Et puis… Korra est arrivée… Et je… je ne sais plus quoi faire, pour être honnête. Je voulais juste qu'on en parle avant de faire quoi que ce soit, mais elle ne m'a pas laissé faire. Je me demande si je ne devrais pas la laisser s'éloigner comme elle est en train de le faire. Peut-être que c'est mieux pour elle… »

Ça y est, lui aussi commençait à atteindre sa limite. Il ne comprenait vraiment rien à la psychologie féminine. Elles s'en faisaient pour des trucs… Et le pire dans tout ça, c'est qu'il était sûr que Korra s'était posée les mêmes questions. En deux mots, il était exaspéré.

« C'est tout ? lança-t-il de façon désinvolte. C'est Korra. Fais-lui un câlin de temps en temps et un bisou et elle sera contente. »

Asami haussa un sourcil, dubitative. Il ne venait pas de dire ça, pas vrai ? Ou il faisait de l'humour. Il n'avait pas l'air…

« C'est Korra, pas un chien. Je ne vais pas la traiter comme ça ! C'est justement pour ça qu'il fallait qu'on en parle ! Dans l'état actuel des choses, je ne pourrai même pas être présente pour elle. Quel genre de relation ce serait ? Je ne veux pas qu'elle subisse ça… »

Mako haussa les épaules. Il avait déjà dit ce qu'il avait à dire.

« J'aimerais vraiment pas être ta copine… dit Asami. Si tu les traites comme ça, t'es pas prêt d'en trouver une…

- En attendant, c'est pas moi qui fais poireauter la femme que j'aime…

- Je ne la fais pas poireauter. C'est elle qui me fait poireauter. J'ai quand même pas demandé grand-chose. Je voulais juste parler.

- Oui, sauf que Korra déteste être prise en traitre. Et elle déteste aussi se montrer faible. Donc, elle est probablement en train d'essayer soit de se voiler la face, soit de tenter de faire bonne figure devant toi. T'arriveras jamais à avoir cette conversation avec elle si tu ne la forces pas. Et apparemment, t'as pas vraiment envie d'avoir cette conversation avec elle parce que tu veux qu'elle t'abandonne. »

La PDG grimaça.

« Je ne veux pas qu'elle m'abandonne, dit-elle d'une voix triste. Je tiens à elle… Je ne veux pas qu'elle abandonne ses sentiments non plus… Je… Je ressens la même chose. Je ne veux juste pas entretenir ses espoirs si elle va finir par souffrir. Et… je ne sais pas si je suis prête.

- Peux pas te dire.

- T'es d'une grande aide.

- Je sais ! Pourquoi tu m'as choisi moi, sérieux ? T'aurais pu demander à Bolin !

- Je ne connais pas très bien Bolin. Et au cas où tu n'aies pas remarqué, je n'ai pas d'amis. À part vous… »

Elle venait de finir son verre de vin. Elle le tenait à bout de doigts, laissant son pied se balancer dans l'air. Elle s'était recroquevillée, de sorte à ce que sa tête soit posée sur ses genoux. Elle avait la mine triste.

« Tu veux un câlin ? » demanda-t-il.

Ça ressemblait plus à une plainte qu'à une proposition. Mais il se disait que c'était ce que son frère aurait fait.

« Je ne suis pas contre… »

Il la prit dans ses bras. Elle ne changea pas de position mais se laissa tomber contre lui.

« Ne flirte pas avec moi, prévint-elle. Mon cœur est déjà pris.

- Aucune chance.

- Je sens ça, t'es tout raide. »

Il soupira. Cette femme… Et dire qu'elle était PDG d'une grande entreprise. Et un ancien crush. Il n'avait pas ce souvenir d'elle. Il faut dire qu'ils n'avaient jamais été assez proches pour qu'elle se livre à lui avant. Il n'était pas mécontent de comment les choses avaient tourné. Trainer avec elle comme ça, c'était pas si mal. Il n'aurait pas été capable de la soutenir comme Korra pouvait et voulait le faire de toute façon. Il était sûr qu'Asami s'inquiétait pour rien. Korra était aimante, loyale et investie. Même si leur relation devait être mise en pause à cause de situations extérieures, elle n'abandonnerait pas.

« Tu sais… Tu devrais juste lui dire ce que tu ressens, ce sera assez pour elle. Korra sera à tes côtés si tu la veux à tes côtés. Elle t'attendra si tu veux qu'elle attende. Elle est comme ça. Elle ferait n'importe quoi pour les gens qu'elle aime.

- Je sais… C'est une des choses que j'adore chez elle. Je voudrais être bonne pour elle. Mais je ne suis même plus la moitié de ce que j'étais…

- Elle s'en fiche. Elle te veut juste toi comme tu es. »

Elle se mit à sangloter. Ça la prit par surprise. C'était peut-être parce qu'elle avait un peu bu ou peut-être parce qu'elle se disait que si les gens l'avaient aimée comme elle était, son père ne l'aurait pas reniée parce qu'elle a refusé de couvrir son trafic d'armes, ses amis ne l'auraient pas quittée et on ne l'aurait pas fuie comme la peste.

Elle désirait tellement que Korra puisse l'aimer comme ça, que ça dure et qu'elle puisse s'appuyer sur cet amour qu'elle en était terrifiée. C'était beaucoup demander au vu de sa situation. C'était énormément demander, compter sur Korra plus que de raison. C'était pour ça qu'elle avait cherché à se protéger, mais elle n'avait pas pu s'empêcher de développer des sentiments et maintenant c'était trop tard. Bien qu'elle fût réticente à se l'avouer, elle était amoureuse de son adorable abrutie de colocataire et elle voulait plus que tout que ce soit réciproque. Elle ne supporterait pas que Korra continue à la fuir ou à jouer les impassibles. Elle ne voulait pas ça pour elles.

Mako, qui avait remarqué ses sanglots mais ne savait pas trop quoi faire, la serra un peu dans ses bras sans pour autant être particulièrement plus doux.

« Je crois que tu as assez bu, remarqua-t-il.

- Je pense aussi, répondit-elle en essuyant ses larmes. Apparemment, ça me rend plus émotionnelle que prévu.

- Mmm… »

Il n'était pas sûre que ce soit vraiment de la faute de l'alcool, mais il allait faire comme si. Apparemment, Asami était à peu près aussi bornée que Korra quand il s'agissait de ses sentiments. Oh, elle les montrait. Les accepter était autre chose, cependant. Enfin, elle avait l'air d'avoir surtout trop de choses à gérer et à accepter. Peut-être que dans d'autres circonstances, ça aurait été plus facile pour elle et qu'elle aurait été celle qui aurait embrassé Korra pour sortir avec elle.

Mystérieusement, elle se mit à rire.

« Quoi ?

- J'étais juste en train de me dire que Korra serait en train de péter un câble si elle nous voyait comme ça.

- Quoi ? répéta-t-il, confus.

- Je crois qu'elle est un peu jalouse… C'est super mignon.

- Je commence à me demander si tu la tortures pas carrément depuis que vous habitez ensemble.

- Je ne suis pas si cruelle. Ceci étant, j'ai peur qu'elle ne soit en train de se monter des films actuellement… Je devrais vraiment lui parler.

- Tu devrais.

- Sauf qu'il faut que j'attende que mon taux d'alcoolémie redescende pour prendre le volant… J'en ai pour des heures…

- Je vais attendre avec toi.

- Merci, Mako. »

Ils ne parlèrent plus trop après ça. Mako la tint pendant encore un petit moment, puis elle alla chercher son téléphone pour envoyer un « Il faut qu'on parle » à Korra. Elle fut surprise d'avoir une réponse en moins de dix minutes même si c'était un simple « OK ». Apparemment, elle en avait fini avec sa stratégie d'évitement. Ce n'était pas forcément bon signe. Ça voulait dire que Korra avait fini de se préparer pour la confrontation et qu'elle allait devoir y aller encore plus fort pour se faire entendre. Elle allait devoir briser son armure et son obstination. Ce n'était pas une mince affaire.

De son côté, Asami devait aussi être sûre d'elle. Si elle n'était pas assez tenace, si elle abandonnait trop facilement leurs sentiments, Korra s'éloignerait d'elle et elles arriveraient vite au point de non-retour. Elle n'était pas sûre qu'elle puisse la rendre heureuse mais elle ne voulait pas que leur histoire soit balayée d'un revers de la main comme si leurs sentiments n'avaient jamais existé simplement par manque de courage. Elle n'était pas lâche, elle ne l'avait jamais été. Mais on lui avait déjà brisé le cœur et on l'avait abandonnée, donc elle avait été méfiante par peur. Peut-être qu'elle aurait dû se laisser faire depuis le début au lieu de résister (même si elle avait relativement peu résisté tout compte fait).

Elle allait avoir cette conversation et Korra allait écouter. Peut-être que ce n'était pas plus mal qu'elle ait été repoussée de quelques jours. De cette façon, elle n'aurait pas à improviser. Elle pourrait dire ce qu'il fallait.


Elle n'était pas lâche. Du moins, c'est ce que Korra n'avait de cesse de se dire tout au long de la journée. Elle n'était pas lâche. Elle admettait volontiers qu'elle fuyait un peu Asami mais c'était pour leur bien à toutes les deux.

En vérité, Korra n'était pas mauvaise pour prétendre que tout allait bien. Elle était à peu près sûre qu'elle pourrait continuer à être avec Asami en tant que simple amie. Elle s'était fait rejeter assez de fois pour savoir que ça ne servait à rien de rejeter colère et amertume sur l'autre personne. Il n'y avait qu'un seul problème : elle avait trop espéré. Elle s'était trop dévoilée et maintenant elle avait un peu de mal à faire la transition. Mais elle devait y arriver. Elle allait y arriver.

Elle en était d'autant plus convaincue à mesure qu'elle lisait les articles sur cette fameuse conférence de presse. Elle était sûre que la jeune PDG les avait déjà lus. Et, probablement, elle ne les prenait pas particulièrement bien. Korra voulait rentrer et être là pour elle, comme elle se l'était promis et malgré son cœur brisé et sa honte.

Ce n'était pas que tous les articles étaient particulièrement mauvais ou critiques. Les titres étaient assez parlants : « Future Industries : l'espoir malgré la pandémie » ou « L'avenir en temps de crise : une leçon de Future Industries ». Ceux-là étaient assez appréciateurs ou plutôt neutres. Cependant, elle avait peur que sa très chère colocataire se focalise plutôt sur ceux qui étaient titrés : « La Tromperie de l'héritière de la pègre » ou « Hypocrisie et Mensonge : le faux espoir de rédemption, la dernière invention des Sato ? »

Ouais, c'était pas glorieux… Certains passages l'avaient même rendue folle de rage. Plutôt que de parler d'Asami, ils parlaient d'un monstre sanguinaire. « L'héritière déchue par le sang de la culpabilité », « la magicienne qui veut effacer les mémoires sans effacer la peine »… Visiblement, ils étaient inspirés. Et ils ne connaissaient pas du tout Asami. Comment c'était possible de haïr autant quelqu'un sans même le connaître ? C'étaient eux les monstres !

Bref, elle n'imaginait même pas l'état dans lequel était la jeune femme… Surtout qu'elle l'avait lâchement abandonnée le soir même. Sa balade avait fini chez Tenzin. Elle lui avait demandé de rester quelques jours chez lui. Il avait cherché à savoir le problème, elle avait dit qu'elle avait juste besoin d'un peu d'air. Elle avait envoyé un message à Asami lui parlant d'une urgence… Est-ce que la catastrophe éducative qu'était Meelo comptait comme une urgence ?

Les enfants l'avaient encore embêtée en lui demandant si elle s'était disputée avec sa colocataire. Bien entendu, elle n'avait pas leur dire que c'était le cas. En plus, elles ne s'étaient pas vraiment disputées. Alors, comme elle avait répondu qu'elle avait juste besoin de prendre l'air parce que c'était dur de rester coller tout le temps à quelqu'un. Elle avait essayé de comparer sa situation avec ce que les trois enfants vivaient et Ikki et Meelo avaient vivement approuvé, arrivant à peine être cordial l'un envers l'autre. Ça avait finit en dispute qu'elle avait dû régler. Au moins, son argument avait paru tout à fait convaincant et illustré.

C'était lundi. Cela faisait déjà deux jours qu'elle se cachait. Elle avait utilisé sa soirée du samedi pour stabiliser son humeur. Le dimanche avait été consacré à penser à Asami et à lire ces foutus articles. Le lundi, elle avait déjà décidé qu'elle devait rentrer mais il lui restait encore à trouver une parade pour chaque argument possible d'Asami. Et aussi de trouver une stratégie globale : tout nier en bloc ou jouer franc jeu ? Elle préférait tout nier en bloc, ce serait plus simple. Elle devait la persuader que c'était une erreur, une simple erreur et que ça n'arriverait jamais plus. Comment expliquer sa fuite sans mentionner Mako ?... Elle trouverait probablement quelque chose…

Pourvu qu'Asami ne lui sorte pas qu'elle avait passé son temps à se faire consoler par lui… Tout sauf ça. Quitte à ne pas l'avoir, elle préférait qu'elle reste aussi loin que possible de ses amis. Ça lui paraitrait plus supportable. Mais ce n'était pas comme si elle pouvait l'empêcher d'aimer ou la forcer à aimer.

Un peu après 18h, alors qu'elle regardait le plafond plongée dans ses pensées, son téléphone sonna. Elle se forçait à ne pas avoir peur de son téléphone. Elle regarda son message. Évidemment, c'était Asami.

« Il faut qu'on parle. »

Ce qui aurait été bien, ç'aurait été de ne pas parler, de passer à autre chose. Mais Asami semblait tenir absolument à avoir cette discussion et cela permettrait peut-être à Korra de s'expliquer. La jeune PDG voulait sûrement ne pas perdre une si bonne amie et ça lui allait, parce qu'elle ne voulait pas la perdre non plus. Elle répondit rapidement et se remit à regarder le plafond. Elle devait rentrer. Elle n'en avait pas la force. Elle attendit.

Pema était là ce soir. Korra alla l'aider à faire à manger, ce qui leur donna l'occasion de discuter un peu. La femme aux yeux bleus essayait vraiment de suivre la conversation mais elle décrochait parfois malgré elle. Elle était inquiète. Cela, la mère le remarqua assez rapidement. Elle laissa entendre à Korra qu'elle voyait bien qu'elle était distraite mais n'obtenant pas de réaction de sa part, elle laissa couler. Elle n'avait pas l'air de vouloir en parler.

Korra partit dans la soirée. Elle utilisa l'excuse de « je vous laisse passer une soirée en famille ». Elle avait aidé avec les tâches ménagères, donc Tenzin et Pema pourraient passer la soirée à se reposer. Une bonne chose. Et elle… elle devait parler avec Asami.

Une part d'elle espérait vaguement qu'Asami dormirait quand elle rentrerait, qu'elles ne se verraient pas, qu'elles dormiraient bien tranquillement et que le lendemain matin de l'eau aurait coulé sous les ponts et tout serait oublié. Ou au moins qu'elles n'en parleraient pas.

Malheureusement, ce ne fut pas ce qui se passa. En fait, elle eut même l'heureuse chance de rencontrer Asami directement à l'entrée. Cette dernière cherchait ses clés.

« Tu rentres tard… » constata Korra.

La jeune femme sursauta avant de croiser son regard.

« Korra… Tu… Toi aussi tu rentres tard. »

Voilà. C'était exactement ce genre de gêne qu'elle voulait éviter. Asami bredouillait, elle avait comme le souffle coupé. Peut-être qu'elle ne supporterait même plus sa présence dorénavant. Elle devait absolument rectifier le tir.

« Je travaillais. Et toi, tu faisais quoi ?

- Je dessoûlais. »

Korra grimaça. Alors cette histoire de médias l'avait beaucoup touchée…

Deux minutes.

Pourquoi elle s'était soûlée à l'extérieur de l'appartement ? Il n'y avait même pas de bars d'ouvert !

« Tu es allée te soûler où exactement ?

- Je ne suis pas aller me soûler à proprement parler. Je suis juste aller faire du ménage au manoir et j'ai bu un peu.

- … Seule ? »

Asami réussit enfin à ouvrir la porte et à entrer. Korra la suivait de loin.

« Que veux-tu dire ? demanda la PDG, jouant les innocentes.

- Ce que je viens de demander. C'est un grand manoir, il y a beaucoup à faire… seul.

- Tu veux savoir si j'étais avec Mako, non ?

- Qu'est-ce que… Non ! C'est pas mes affaires…

- Vraiment ? Donc, si je te dis que j'étais avec Mako, tu ne seras absolument pas jalouse ?

- Je n'ai jamais été jalouse, c'est toi qui t'inventes des trucs. »

Elle commençait à bouder et elle avait les bras croisés sur sa poitrine. Sérieusement, est-ce qu'elles devaient commencer par ce sujet-là ?

« Je sais que tu es jalouse. Ne me mens pas. Je ne t'ai pas demandé à ce qu'on ait cette conversation pour que tu me mentes. Sinon on ne va pas avancer. »

Korra ne répondit rien. Ça commençait sur les chapeaux de roues… Bizarrement, elle avait l'impression que c'était une tactique d'Asami pour briser ses premières défenses. Si elle avait prévu un plan aussi machiavélique, elle n'allait pas faire long feu. Mais elle voulait tout sauf compliquer les choses.

La jeune PDG alla s'asseoir en tailleur sur le canapé, puis elle tapota l'espace en face d'elle et demanda à Korra de la rejoindre. Cette dernière fit ce qui lui était demandé. Elle était face à face avec Asami. Apparemment, elle n'allait plus pouvoir échapper à cette conversation. Autant qu'elle en finisse rapidement…

« Je ne vois pas trop ce qu'i dire. C'était une simple erreur.

- Une erreur ?

- Yep. C'était juste… On a passé trop de temps ensemble dans cet appartement, je suppose. Ça nous fait faire des choses un peu débiles… comme quand tu m'as mordu l'oreille.

- Ce n'était pas… »

Elle se coupa elle-même, fronçant les sourcils.

« Enfin bref. En gros, ce que tu es en train de me dire c'est que c'était l'impulsion du moment et que tu voulais essayer un truc.

- Voilà.

- Donc, tu n'as absolument pas de sentiments pour moi ?

- … Non. Tu es une très bonne amie… Je suis désolée d'avoir mis ça en danger.

- … Je ne te crois pas.

- C'est la vérité.

- Je t'ai dit de ne pas me mentir.

- C'est la vérité. Qu'est-ce que tu veux que je fasse pour te le prouver ? »

Si Korra avait été capable de mentir en regardant Asami droit dans les yeux, elle aurait remarqué cette lueur de colère dans ses yeux verts. Et elle se serait peut-être un peu plus méfiée de la tournure de cette conversation ou de ce qu'elle allait dire.

« Donc… tu t'en fiches ? »

Korra fronça les sourcils. Elle se fichait de quoi ? Elle tourna la tête, se retrouvant nez à nez avec la femme aux yeux verts. Elle l'avait sentie bouger, mais elle s'était encore plus rapprochée au moment où elle avait tourné la tête. D'un coup d'un seul, Korra bondit pour s'éloigner, mais Asami ne la laissa pas faire.

Elle mit la main sur l'épaule de Korra, la faisant basculer en arrière de force. La jeune femme n'eut pas le temps de réagir, tant et si bien qu'elle se retrouva couchée avec Asami en-dessus d'elle. Cette dernière maintenait ses bras collés au canapé avec ses deux mains. Korra avait beau être athlétique, elle était complètement immobilisée. Depuis quand elle était aussi forte d'abord ?

« Tu pourrais commencer par me regarder dans les yeux. Ose me dire que ça ne te fait rien. »

Ses yeux verts perçants ne quittaient pas les siens. Elle ne pouvait pas détourner le regard. Elle était proche, très proche de son visage. Aussi proche que lorsqu'elles avaient failli s'embrasser. C'était une mise à l'épreuve.

Elle devait faire attention à sa réponse. Il ne fallait pas que ça sonne faux. Mais c'était dur de regarder Asami dans les yeux et de mentir. C'était encore plus dur de sentir son odeur, son souffle… Tout semblait amplifié dans cette cage aux cheveux de jais qui tombaient près du visage à la peau brune. Mais Korra tint bon.

« Évidemment que je ressens quelque chose, dit-elle, sûre d'elle-même. Ça me gêne.

- T'es tellement butée ! ragea la femme aux yeux verts en se relevant un peu. C'est exactement pour ça que je voulais qu'on ait cette conversation avant que tu prennes la fuite !

- Je ne vois pas vraiment ce que ça aurait changé…

- Je suis désolée, ok ? Je voulais pas te blesser, ni te repousser.

- Je t'ai dit qu'il n'y avait pas de problème.

- Il y en a un ! C'est toi qui veux pas l'admettre. Je… Je… »

Et puis, elle renonça. Elle se pencha simplement pour poser ses lèvres sur celles de Korra, comme si terminer cette action pouvait terminer sa phrase, terminer leur conversation, les faire reprendre là où elles en étaient restées. Ça ne pouvait pas.

Korra fut surprise. Mais plus que cela, elle fut enragée. Elle détestait le fait que ce simple contact lui faisait naître des papillons dans le ventre. Et elle détestait encore plus le fait qu'elle ne devait pas répondre au baiser sous peine de dévoiler son jeu. Heureusement, Asami ne resta pas bien longtemps.

« Pas la peine de me prendre en pitié, cracha-t-elle amèrement.

- C'est pas du tout ce que je fais.

- C'est toi qui ne voulais pas m'embrasser. Alors quoi, tu t'es découvert des sentiments pour moi pendant le weekend ? »

Elle était peut-être un peu méchante et mesquine mais elle n'avait actuellement que ses mots pour se battre. Elle était totalement à la merci d'Asami. D'ailleurs, elle avait bien remarqué que son emportement lui avait fait complètement perdre la face. Elle était complètement grillée…

« … Ça fait plus longtemps que ça que je sais que j'ai des sentiments pour toi. Et ça fait encore plus longtemps que je sais que tu as des sentiments pour moi. Quand j'ai fait ça… »

Elle reproduisit sa petite « blague » qui avait mis le feu aux poudres : d'abord une légère caresse prodigué au ventre à la peau brune, puis sa bouche sur son oreille.

« … je savais, chuchota-t-elle entre tendresse et timidité honteuse. C'est quand tu me regardes, quand tu me parles, quand tu me touches… Je sais, c'est tout. Et quand tu as essayé de m'embrasser… j'ai su que je ne pouvais plus fermer les yeux.

- Je ne comprends pas, Asami… Je ne comprends vraiment pas. Pourquoi tu m'as pas juste laissé faire si c'est vraiment ce que tu ressens ? »

La jeune femme aux yeux verts se réinstalla sur le canapé, libérant Korra qui put s'asseoir également. Elle avait une mine inquiète : sa tête était sur les paumes de ses mains et ses doigts dans ses cheveux. Elle commença à s'expliquer après un lourd soupir, la tête baissée comme si elle parlait au sol.

« Est-ce que tu as pensé à tout ce que ça impliquait ? dit-elle comme si elle partageait une terrible souffrance.

- C'est-à-dire ? »

Korra savait que ça impliquait beaucoup de choses, dont certaines auxquelles elle n'avait pas dû penser. Elle avait besoin de précisions. Elle avait besoin de savoir ce qui tourmentait Asami afin de confirmer ses sentiments.

La jeune femme aux cheveux de jais releva le regard. Elle était encore avachie, comme découragée, mais ses yeux verts étaient fermement plantés dans ses homologues bleus.

« C'est-à-dire, entre autres, que je suis loin d'être la partenaire idéale.

- C'est pas moi qui suis censée décider ce genre de choses ? demanda naïvement la fille du sud.

- Tu vois, c'est exactement ça le problème ! grogna-t-elle.

- Asami, je risque pas de comprendre si tu m'expliques pas de quoi tu parles… C'est à cause de Future Industries : « l'héritière sanguinaire » ou je ne sais comment ils t'appellent ? »

Ladite héritière fronça les sourcils.

« J'ai lu les articles, expliqua Korra. Je me suis dit que t'aurais besoin de soutien émotionnel…

- J'ai plus besoin de soutien émotionnel concernant notre relation que concernant ces articles… Figure-toi qu'à cause d'une certaine personne qui m'a évitée pendant deux jours, je les ai même pas lus car j'étais distraite.

- Vraiment ? demanda-t-elle, enthousiasmée par l'idée que sa petite personne ait pu tellement compter pour la jeune PDG.

- Vraiment. »

Korra avait les yeux qui brillaient. C'était comme si elle venait de lui annoncer qu'elle venait de sauver le monde. Ou qu'elles allaient à une fête foraine. Chose qui, dans les conditions actuelles, relevait du miracle. Asami se ramollissait de l'intérieur. Elle était faible face à cette expression emplie de joie et d'espoir et elle le savait très bien… Korra pouvait être tellement cruelle à sa façon. Et dire qu'elle ne lui avait toujours pas expliqué le fond du problème… Il fallait qu'elle tienne bon.

« Arrête de me regarder comme ça, râla-t-elle en détournant le regard. Ça me donne envie de faire tout autre chose que de continuer la conversation…

- On peut la considérer comme finie ! »

Et ne me séduis pas… compléta Asami dans sa tête. Elle eut le malheur de jeter un regard à la fille du sud qui s'était mystérieusement rapprochée d'elle.

« On… On ne peut pas. N'essaie pas de me faire quoi que ce soit avant qu'on finisse cette conversation sinon je te rejetterai encore et encore. »

Elle allait être ferme ! Elle pouvait au moins faire ça. Elle espérait… Ce qui était pénible c'était qu'elle n'avait plus aucune volonté de lutter contre les tentatives de séduction de Korra…

« Je n'en suis pas si sûre… »

Oh, je ne suis pas sûre non plus, pensa la jeune PDG. Mais elle voulait y croire de toute ses forces. Et ça l'arrangeait si Korra la croyait aussi. Elle respira un bon coup. Elle avait une liste mentale de toutes les choses qui pouvaient mal tourner. Elle n'avait qu'à les dire, après… elle verrait.

« Écoute. On a deux problèmes majeurs : Future Industries et la carrière politique de ton père. En étant avec moi, on pourrait trainer ton nom dans la boue, tu pourrais te faire harceler par des journalistes, ça pourrait véritablement poser problème pour ton avenir. Et imagine tout ce qu'on pourrait dire sur ton père au vu de la situation actuelle. Ça pourrait mettre fin à sa carrière. Véritablement. Tu as pensé à tout ça ?

- Pour être tout à fait honnête… Pas tellement. Je m'en fiche un peu. Et puis, mon père est pas vraiment politicien, tu sais. C'est juste un bon citoyen qui veut aider ses concitoyens. J'irai pas jusqu'à dire qu'il est là où il est par hasard, mais c'est définitivement le peuple de la Tribu de l'Eau du Sud qui l'a mis là-bas. On fonctionne pas comme chez vous. Les gens s'en fichent de ce genre de scandales. Je pense pas que ça poserait un problème.

- Je m'en fiche pas moi… Même moi je pourrais me prendre un coup de bâton…

- Très bien, très bien, on a qu'à sortir ensemble en secret, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est pas comme si on risquait de s'afficher dehors ensemble actuellement de toute façon, donc je vois même pas l'intérêt d'en parler…

- C'est important, Korra… répondit-elle, exaspérée.

- D'accord… D'autres revendications, princesse ?

- Tu es tellement sûre de toi… C'est pas toi qui me disais il y a deux minutes que tu n'avais pas de sentiments pour moi ?

- … Mais c'est différent maintenant, si tu en as aussi.

- Des sentiments pour moi ? J'en ai un tas, effectivement. »

Korra lui fit une pichenette sur l'épaule en signe de protestation.

« Arrête de faire l'idiote », se plaignit-elle.

Puis, elle coupa court à leurs vagues plaisanteries et reprit plus sérieusement, plus gravement aussi. Elle savait que ces mots devaient parvenir à Asami.

« Je veux être là pour toi. C'est tout ce qui compte pour moi. Je ne voulais pas trop te pousser parce que j'avais peur de détruire ce qu'on a et je sais que tu n'as pas besoin d'autres problèmes en ce moment. Donc, je voulais bien rester ton amie mais je ne pourrai pas faire ça éternellement. Je veux plus. Si tu veux, on peut parler de tes préoccupations, mais honnêtement, ce sera toujours la même réponse pour moi : je veux être avec toi. »

La jeune femme aux yeux verts aurait pu se remettre à pleurer, mais elle commençait à en avoir assez. Elle retint ses larmes et pour toute réponse s'installa sur les genoux de Korra. Elle mit sa tête là, au creux de ses reins et ferma les yeux. Elle continua à parler parce qu'elle devait dire tout ce qu'elle avait à dire.

« Je suis inquiète pour toi… Tu sais que je ne peux pas abandonner Future Industries. Si on commence une relation maintenant, je ne pourrai pas forcément être très présente. Je ne veux pas t'emprisonner… ou te rendre malheureuse.

- On vit déjà ensemble. On passera forcément un peu de temps avec l'autre.

- Mais ce ne sera peut-être pas assez.

- On trouvera du temps. Je te forcerai à lever le pied et à te détendre… »

Tout en disant cela, elle s'était remise à jouer avec les cheveux d'Asami. Elle les caressait, lui massait la tête…

« Tu sais que j'adore quand tu fais ça ?

- Je suis toujours disponible pour cette histoire de massage… Mais avant cela : d'autres problèmes ?

- Je… Tu me déconcentres. Je ne sais plus…

- C'est que ça devait pas être très important.

- Et ensuite ?

- Ensuite ?

- Si ça marche. Ou si ça ne marche pas.

- Je ne pense pas que ce soit quelque chose à considérer pour le moment. »

Asami se redressa. Elle regarda Korra droit dans les yeux.

« Je suis sérieuse. Je suis vraiment très sérieuse. Je ne vais pas sortir avec toi pour plaisanter, Korra. Je ne peux pas prévoir ce qui va se passer. Je ne peux pas dire si je vais réussir à sauver Future Industries ou si je vais avoir tellement de dettes que je vais finir en prison. Je ne peux pas dire quand est-ce que cette crise s'arrêtera et si elle sera bénéfique ou pas pour moi. Et je peux encore moins dire si on va rester ensemble avec tout ça qui plane au-dessus de nos têtes.

- Asami. »

Elle mit ses mains sur ses joues de manière rassurante, mais pas dénuée de fermeté. Elle voulait qu'elle écoute et qu'elle se sente en sécurité.

« Je sais que tu es très nerveuse en ce moment et que tu as probablement peur de tout ça parce que… Ok, c'est pas vraiment le moment. Mais j'ai une seule question, c'est la seule importante : tu veux essayer ? »

Alors, la PDG hocha la tête. Oui. Elle aurait pu réfléchir, mais au point où elles en étaient, c'était inutile. Elle avait su au moment où elle avait parlé de ses sentiments et où Korra l'avait regardé avec tant d'espoir et de tendresse que le reste de la conversation était superflue. Même si elle l'avait voulu, à ce moment précis, elle avait su qu'elle ne pouvait plus faire marche arrière. Donc, oui, elle voulait essayer malgré le tas d'emmerdes qui se profilaient. Si elle pouvait les éviter cependant, ça l'arrangerait.

Korra sourit d'un de ses sourires éclatants et chaleureux, mais aussi simple et franc. Ensuite, elle scella leur accord d'un baiser, cette fois souhaité par elles deux.

« Satisfaite ? demanda Asami dans un souffle, reposant son front sur celui de sa nouvelle petite-amie.

- Pas vraiment en fait. »

Elle l'attira une nouvelle fois contre sa bouche, sa main entremêlée dans les cheveux noirs. Cette fois le baiser était plus torride et humide, et les laissa toutes les deux à bout de souffle.

« Laisse-moi deviner, dit Asami, tu attendais ça depuis un moment.

- C'est un peu ça oui. »

Elles passèrent le reste de la soirée à parler de tout et de rien, parfois coupées par quelques démonstrations d'affection. C'était doux et chaleureux. Elles auraient souhaité que ça dure éternellement.

« Ne me dis pas que tu vas faire une nuit blanche par contre, s'inquiéta Korra.

- C'est une proposition ?

- Je parlais de ton travail… Comme tu passes la soirée avec moi et que tu as dit que tu n'avais pas beaucoup travaillé…

- Mmmm… J'ai travaillé. J'ai juste pas été très efficace. Mais j'ai fait du rangement et de l'administratif. Et puis, j'ai du personnel qui est censé faire ce que je ne fais pas. La conférence de presse a dû les motiver. D'ailleurs, il faut que je rappelle Varrick pour lui parler de cette histoire d'investissement…

- Tu repenses au travail…

- La faute à qui ? J'avais prévu de passer la nuit avec toi, au passage.

- C'est une proposition ? recopia Korra, plus pour jouer qu'autre chose.

- Plus une invitation. »

Korra haussa un sourcil. Ça revenait au même, non ?

« À me faire des câlins, termina Asami. Quoi ? Tu pensais que ça allait être si facile de me mettre dans ton lit ?

- Dit la fille qui est très tactile pendant que je dors.

- Tu m'as vue à moitié nue toi… Donc, je crois qu'on est à égalité.

- Pas si on considère que tu m'as vue en top et petite culotte le premier jour du confinement. Ah, et tu es venue pendant que je prenais mon bain aussi.

- Hé ! J'étais même pas intéressée par toi à l'époque !

- Tu me blesses. Moi qui pensais être très attirante, dit-elle avec une fausse tristesse dans la voix.

- Mmmm… Tu es très attirante. »

Korra explosa de rire. Elle n'avait pas l'habitude de ce genre de réponses franches et honnêtes de la part d'Asami. Normalement, elle aurait lancé une pique ou aurait plaisanté. Ceci étant, elle appréciait cette nouvelle tournure des choses.

« Ce qui veut pas dire que je vais coucher avec toi tout de suite, marmonna la jeune femme aux yeux verts.

- Je sais. Je ne veux pas précipiter les choses non plus. »

Elle l'embrassa sur le front.

« Tu veux aller te coucher ? Tu auras plus de câlins et tu pourras te réveiller tôt demain si tu veux.

- C'est pas trop tôt pour toi ?

- J'ai… assez mal dormi ces derniers jours.

- Je vois… Moi aussi. »

Elles se sourirent, signe d'une compréhension mutuelle. Sans un mot de plus, chacune alla se préparer pour la nuit à venir et elles se retrouvèrent dans la chambre d'Asami comme c'était déjà arrivé deux fois auparavant. Apparemment, c'était devenu une habitude.

« On pourrait dormir dans ta chambre aussi, fit remarquer la femme aux yeux verts déjà sous les couvertures.

- Je suppose… Je m'en fiche. Si un jour ça te dit… »

Elle se glissa elle aussi sous les couvertures. En un instant, Asami était blottie contre elle.

« C'est juste que… ça doit sentir comme toi.

- Je vois. Mais tu m'as moi directement, c'est mieux, non ?

- Mmmm… C'est bien aussi.

- Tu préfères mon odeur à moi directement ? demanda Korra, incrédule.

- Non, c'est pas ça. C'est juste que j'ai pas forcément le nez sur toi quand on dort. Et je trouve que c'est relaxant. Ton odeur, je veux dire. Tu sais, j'ai vécu dans cet appart seule pendant un temps… Donc, j'aime bien les trucs à toi qu'il y a ici. Ça me fait me sentir plus chez moi… Même si ça devrait être le contraire. C'est juste… Il était à ma mère cet appart. Elle l'avait avant de rencontrer mon père. Il l'a gardé pour elle mais je n'étais pas vraiment venue avant qu'il se fasse arrêter. Je n'aimais pas beaucoup cet endroit… Il me rappelait juste la situation et le fait que ma mère était morte. Ça a changé quand tu es venue. Je suis vraiment contente que tu sois venue habiter ici, Korra.

- Moi aussi. »

Elle la serra délicatement dans ses bras et recommença à la caresser avec douceur. Apaisée par ces mouvements lents et tendres, la jeune PDG ne tarda pas à s'endormir. Une fois que son souffle était devenu régulier et que sa conscience l'avait abandonnée, Korra cessa ses mouvements. Elle la regarda un moment dormir, son ange aux cheveux de jais, sa princesse à protéger.

Elle était tellement heureuse de savoir qu'elles partageaient les mêmes sentiments que ça la tint éveillée un moment. Puis, après avoir déposé un dernier baiser sur le front de sa dulcinée, la femme du sud s'endormit, jugeant qu'elle était prête à tout affronter pour leur avenir. Elle ne comptait pas lâcher Asami de sitôt et ce malgré le virus, la crise ou le travail.


A/N : Merci pour la lecture ! Si vous êtes appréciateurs, admirateurs ou peut-être même juste respectueux du travail, n'oubliez pas de poster une review ! Même si vous ne l'êtes pas, ça ne fait pas de mal. Je prends tout !

On se revoit à l'épilogue ! Peut-être la semaine pro… À vrai dire… j'ai envie de faire une pause ^^' Donc, je ne sais pas… Suspense. Wait and see, comme on dit.

À plus !

Lion


Review guest :

Cécilink : Hey, coucou ! (T'as changé l'orthographe de ton pseudo xD)

Je suis tellement contente d'avoir jeté cette bouteille à la mer ! Apparemment tu l'as trouvée ! Je vais pouvoir répondre à toutes tes reviews ! Mouahahah ! :) Au passage, Confinées c'est tous les lundis soirs/mardis très tôt le matin. Même si ça va pas durer très longtemps x)

Bon, on va commencer par Confinées, hein. Je suis contente que tu relises mes OS ! C'est super qu'ils t'aient autant plu et qu'ils t'aient fait atterrir par ici :)

Héhé, oui, je prends soin de mes reviewers. C'est gentil de remarquer x) C'est juste que… c'est vraiment important pour moi de remercier ceux qui ont pris le temps de poster des reviews et d'autant plus quand ça m'a fait autant plaisir de voir les tiennes :) Malheureusement, je n'étais pas trop sur le site à cette période et c'était des OS de toute façon. Heureusement, tu les as relus, effectivement.

Ahah, contente que tu aimes que ce ne soit pas que du fluff (alors que c'est un peu ma spécialité de faire de trop de fluff quand même xD). Si j'ai pu te faire rire et que tu as tout lu d'un trait, je pense que j'ai accompli ma mission. Je suis également très contente que les personnages ne soient pas OOC malgré le changement de contexte, parce que je mets toujours un point d'honneur à les respecter.

Oui, une suite… ^^' Comme tu l'as sûrement vu, ça va pas durer bien longtemps la suite ^^' C'est une histoire censée être courte.

Et je ne t'en veux pas pour la faute, et félicitations pour ton niveau d'anglais !

- Comment rester occupé : C'est marrant que tu l'aimes celle-là ^^' C'est pas celle qui a le plus de succès, mais j'en suis ravie xD

- Espionnage pas tellement industriel : Oh, celle-là je l'aime bien :D Je suis vraiment contente qu'elle t'ait fait rire parce que c'était le but ! Tu dois être satisfaite de voir Varrick dans Confinées du coup x) C'est un personnage assez dur à manier en vrai. Je suis toujours honorée quand mes lecteurs m'écrivent leur(s) première(s) reviews ou qu'ils n'écrivent qu'à moi, sache-le ) Et si, tes reviews m'ont apportée beaucoup et m'ont bien fait rire.

- Une joie enfantine/Childish Joy : Il n'y a qu'une seule fic qui n'est qu'en anglais sur mon compte, tu sais x) (Ce n'est pas celle-là xD) Et je n'écris pas aussi bien en anglais qu'en français x) Crois-moi, c'est d'expérience xD (Je ne vais pas te répondre en anglais, voyons. Je suis pas aussi pédante que ça.)

- Trace : Je finis par elle parce que c'est mon « œuvre ultime » avec Family en vrai et une autre qui n'est pas encore écrite x) Sache que je lis toutes les reviews, sauf quand le site oublie de me les donner ce qui a dû arriver une fois ou deux. Je suis vraiment honorée que la première fanfiction que tu aies lue soit la mienne. C'est vraiment trop mignon comment tu me remercies x) T'inquiète, c'était la moindre des choses de finir, surtout celle-ci. Je n'aime pas laisser les choses pas terminées. Que ça me prenne un, deux, cinq ou dix ans, si j'y tiens, je les finirai.

Je terminerai par ceci : pour ce qui est de continuer d'écrire, je ferai de mon mieux, mais je te ne garantis rien. Pour être tout à fait honnête, je pensais « prendre ma retraite » de la fanfiction. Confinées m'a rappelée à mes devoirs et je suis revenue. Il y a une autre grosse histoire de près de 80 chapitres qui me trotte dans la tête et j'aimerais véritablement pouvoir l'écrire. Malheureusement, je ne suis pas sûre d'en avoir le courage et il faut que j'écrive une histoire que j'essaie d'écrire depuis que je suis gamine et je suis pas prête d'arriver au bout. Je te dirai donc ceci : je n'arrêterai probablement jamais d'écrire, quant à ce qui sera publié ou non, j'imagine que je m'en remets aux Muses et à la vie.

Voilà, ce sera tout ! Très bonne continuation à toi ! Et au plaisir de discuter avec toi de nouveau ! (Et de lire tes reviews.)

À plus !

Lion