A/N : Coucou !
J'espère que tout le monde a passé un joyeux Noël, que vous avez eu ou offert plein de cadeaux et que votre famille allait bien !
Voici un gros chapitre… J'avais prévu de faire quelques scènes de ces deux semaines au pôle sud, mais finalement, on se retrouve avec une seule journée très chargée ^^'
Bonne lecture !
Le lendemain matin, les deux jeunes femmes restèrent au lit. Elles parlèrent un peu dans les bras l'une de l'autre. Korra dût quand même se lever pour aller nourrir et sortir Naga, qui réclamait en grattant la porte. Asami refusa de sortir des couvertures. Elle était bien, emmitouflée au chaud dans le lit. Korra revint quelques minutes plus tard, encore toute fraiche de sa sortie, et se réinstalla auprès d'elle. La femme aux yeux verts rouspéta de la soudaine invasion du froid, ce qui incita sa compagne à frotter ses joues glacées contre les siennes. Elles se chamaillèrent ainsi un petit moment, puis Korra remporta fièrement la bataille d'un long baiser.
Au bout d'un certain temps, elles décidèrent quand même de se lever et de se préparer pour la journée. En allant prendre un petit-déjeuner, elles croisèrent Senna dans la cuisine, qui les informa que Tonraq était parti travailler et qu'il l'avait informée qu'Asami pouvait prendre sa journée. Elle leur proposa aussi de quoi manger, puis les laissa tranquille. Du moins, en apparence. Elle s'intéressa bien de temps à autre à leurs interactions, car elle était mère, et en tant que telle, toujours inquiète pour son enfant. Elle ne considérait pas Asami comme une menace, mais elle voulait au moins s'assurer que Korra était bien avec elle. De ce qu'elle put voir de leurs yeux de merlans frits et leurs petites touches régulières, entre quelques légers sourires, elle ne s'inquiétait pas plus que cela pour leur relation.
Korra s'était mis à proposer beaucoup trop d'activités à faire pour une seule journée et la jeune femme d'affaires s'en amusait.
« Tu veux pas qu'on fasse une exploration entière du pôle sud pendant qu'on y est ? plaisanta-t-elle.
- Oh, j'adorerais ! Papa m'emmenait chasser avant, c'était trop cool ! Tu sais, tu peux survivre vachement bien dans la toundra. Faut savoir construire des igloos.
- Très peu pour moi, merci bien.
- Je te réchaufferai…
- Raava, Korra, tu n'as pas fini ?
- Je voulais dire, je sais faire un feu.
- Mais bien sûr. Je suis persuadée que c'est exactement ce que tu voulais dire. »
Elle leva les yeux au ciel, non sans un sourire en coin au creux de sa tasse fumante.
« Sérieusement, qu'est-ce que tu veux faire ?
- Rester au chaud. Mais je crois que c'est pas dans tes projets. »
Pour toute réponse, Korra fit la moue. Ouais, c'est bien ce qu'elle pensait…
« Très bien, très bien, soupira Asami. Allons se geler les miches dehors… Mais je te préviens, on rentre avant qu'il ne te prenne l'envie de construire des igloos.
- Génial ! T'es la meilleure ! »
Elle l'embrassa précipitamment, avec un peu trop de force à vrai dire, tant et si bien qu'Asami manqua de renverser le café qu'elle avait dans la main.
« Korra ! Fais attention !
- Même si tu râles, rajouta malicieusement la femme aux yeux bleus.
- Je peux encore me rétracter, tu sais.
- Je sais que tu ne le feras pas. Tu es trop gentille et amoureuse de moi pour ça. »
Asami lui donna un léger coup dans l'épaule, puis sentant le regard impatient de sa petite-amie sur elle, elle leva les yeux au ciel et dit :
« Laisse-moi au moins finir mon café.
- D'accord ! Je vais aller préparer les affaires ! répondit-elle, surexcitée.
- Non mais t'as quel âge… »
Mais Korra ne l'écoutait déjà plus et était allée fouillée dans les affaires de neige pour trouver quelque chose de chaud pour Asami.
« Dix ans, répondit Senna, en venant s'installer à côté de la jeune femme. Quand il s'agit d'aller batifoler dehors, elle a de nouveau dix ans. Inquiétant, n'est-ce pas ? »
Asami rit.
« Je trouve ça assez adorable. C'est quelque chose que j'aime beaucoup chez Korra. Elle me fait un peu oublier mes problèmes grâce à son enthousiasme.
- Je peux comprendre. Elle a toujours essayé d'être forte pour tout le monde. J'étais un peu inquiète quand elle a voulu continuer ses études à l'étranger… J'avais peur qu'elle me cache d'être malheureuse ou de ne pas s'en sortir. Mais visiblement, elle n'a pas eu trop le mal du pays.
- Je ne peux pas vraiment vous dire… Avant le confinement, on ne faisait que se croiser. Je n'aurais pas remarqué si elle n'allait pas bien.
- Vraiment ? »
Asami hocha la tête.
« Surprenant. Ça veut dire que ça ne fait pas tant de temps que ça que vous vous fréquentez, en fait.
- À peine quelques mois.
- Je vois… »
Asami sourit tristement. Senna était une bonne mère. Elle était inquiète pour sa fille et essayait sûrement de savoir à qui elle avait à faire. Ça lui rappelait tristement qu'elle n'avait plus personne pour s'inquiéter pour elle, il ne lui restait plus que l'angoisse et la méfiance envers les autres.
« Si vous avez des questions sur Korra ou ma relation avec elle, je peux répondre, informa-t-elle modestement.
- Oh non, pas tellement. Je veux juste qu'elle soit heureuse, tu sais.
- Je comprends. J'aimerais aussi qu'elle soit heureuse…
- Dans ce cas, tout va bien.
- Vous n'êtes pas inquiète ?
- Concernant ?
- Korra a choisi une personne dans une situation particulièrement difficile.
- Je mentirais si je disais que je ne suis pas inquiète, mais je fais confiance à son cœur. On ne peut pas empêcher les gens d'aimer. Et puis, elle doit tenir de sa mère. »
La jeune femme aux yeux verts haussa un sourcil, curieuse.
« Tonraq était aussi dans une situation délicate quand je l'ai rencontré.
- Je ne pensais pas… Il a l'air d'avoir bien réussi.
- C'est vrai. Mais dans sa jeunesse, suite à un différend avec son frère — dont je n'ai toujours pas compris les tenants et les aboutissants pour être honnête — il s'est fait rejeter de sa famille et il a fini dans la Tribu de l'Eau du sud. Il n'avait pas fini ses études, il était sans logement, et sans le sou… Mais on s'en est sorti. Je suis sûre que vous vous en sortirez aussi. Il faut juste un peu de confiance.
- J'espère vraiment.
- Il n'y a pas de raison.
- Asami ! l'appela une voix sur le point d'exploser, plus loin dans la maison. T'as pas encore fini ton café ? Viens, je t'ai trouvé des trucs à essayer !
- Mais avant cela, il semblerait qu'il faille contenter Madame, dit-elle pour Senna. »
La mère rit.
« Je te souhaite bon courage avec ça !
- J'arrive ! lança-t-elle à l'adresse de Korra. »
Elle engloutit les dernières gouttes de son café, qui avait nettement refroidit pendant leur petite discussion et fila en direction de la chambre de Korra. Instantanément, elle se demanda comment elle avait réussi à mettre autant de bordel dans sa chambre en si peu de temps. Ça relevait du miracle.
« Mais qu'est-ce que…
- Oh, fais pas attention.
- Oh, vraiment ? À quoi est-ce que je devrais faire attention alors ?
- La pile de droite, là-bas. Regarde si ça te va. »
Parmi tous les vêtements et divers accessoires qui étaient éparpillés (dont certains accessoires de plongée, allez savoir pourquoi), il y avait un ensemble semblant convenir pour une sortie en terres froides, voire en terres givrées : gants, bottes, bonnet, lunettes, tour de cou, veste et pantalon imperméables, bref de quoi affronter la glace, la neige, voire une bonne grosse tempête. Asami ne savait pas trop si ça devait la rassurer ou, au contraire, l'inquiéter. Elle tâcha de ne pas trop s'attarder sur la question et enfila les habits.
Pour les accessoires, il n'y avait pas vraiment de problèmes. Mais Asami était assez grande, donc la veste et le pantalon étaient un peu courts. Bon, pour le pantalon, après avoir enfilé plusieurs couches de chaussettes et vu la hauteur des bottes, ça ne posait par particulièrement problème. C'était un peu plus gênant pour la veste, mais comme elle avait largement la place pour mettre une autre veste dessous, elle ne s'en formalisa pas.
« Parfait ! »
Korra était tout bonnement ravie. Les deux jeunes femmes finirent donc de se préparer et furent prêtes à sortir. Avant qu'elles ne puissent franchir le pas de la porte, Senna leur demanda quand même de faire bien attention et de ne pas rentrer trop tard. Elle demanda surtout à Korra de tempérer son enthousiasme et de se rappeler qu'Asami n'était pas habituée aux randonnées glacières. Puis, enfin, elles furent dehors. « Enfin » n'aurait pas vraiment été le mot choisi par Asami, ceci étant… Tout le contraire de sa petite-amie, en fait.
« Bon, maintenant que tu as réussi à m'habiller comme un bibendum et à me sortir, on fait quoi ?
- Eh bien, je pensais qu'on pourrait prendre la motoneige pour s'écarter un peu de la ville, puis marcher, ou skier, ou quelque chose de cet ordre-là.
- Tu as une motoneige ?
- Intéressée ?
- Très. J'ai jamais eu l'occasion d'en conduire une.
- Ah mais ici, c'est moi qui conduis.
- Je suis quand même intéressée. Je te la piquerai quand tu ne feras pas attention. »
Korra rit.
« Essaie donc pour voir. »
Puisque ça semblait décidé, elle emmena Asami à un garage proche où se trouvaient encore d'autres affaires, dont la motoneige. Elles embarquèrent à bord du véhicule, Korra comme conductrice et Asami en tant que passager. Cette dernière n'avait pas vraiment l'habitude de se laisser conduire mais elle doutait un peu de ses compétences sur les terrains enneigés ou verglacés. Korra avait probablement plus l'habitude. Et bon, ça faisait du bien de changer de temps en temps. Comme ça, elle pouvait la serrer dans ses bras le temps du trajet. Même s'il faisait froid avec tout ce vent glacé !
Finalement, elles arrivèrent à un coteau où elles purent se stationner (apparemment, ça arrivait souvent que les gens des alentours fassent cela) et faire un peu de ski. Asami n'en avait jamais fait, donc elle tomba de nombreuses fois. Korra riait beaucoup, même si elle faisait tout pour lui donner les meilleures instructions et un grand soutien. Au bout d'un certain temps, la frustration se fit sentir et Korra décida qu'elles avaient vécu assez de gamelles pour la journée.
« Et maintenant ? demanda Asami, en enlevant la neige qui était restée collée à ses vêtements, le nez froissé.
- Et maintenant, on va aller un peu plus loin.
- Où exactement ?
- C'est une surprise.
- Mmmm… »
Très honnêtement, Asami avait plus envie de rentrer boire un chocolat chaud qu'autre chose. Et elle avait plutôt peur de cette fameuse surprise. Elle ne dit rien et suivit Korra, qui retournait vers la motoneige. Avant de démarrer, une fois qu'Asami s'était installée derrière elle, elle lui glissa tout de même :
« T'en fais pas. Ça va te plaire, j'en suis sûre.
- T'as pas déjà dit ça ce matin ?
- Relax et tout va bien se passer.
- Humpf. »
Néanmoins, elle passa ses bras autour de sa compagne et tâcha de profiter du trajet. Il lui parut bien long, et probablement était-il long. Ça voulait dire plus de temps pour rentrer. Brrr…
Puis, Korra gara la motoneige… au milieu de nulle part, donc probablement s'agissait-il de marcher et de profiter des paysages. Les paysages étant une étendue blanche. Comment faisait-elle pour se repérer là-dedans ? Et puis, qu'est-ce qu'il y avait à voir sérieusement ? Bref, Asami ne broncha pas. Elles s'arrêtèrent quelques minutes pour manger un morceau, puis Asami suivit Korra en essayant de discuter par moment. Cependant, le fait que ses jambes lui faisaient mal de l'exercice précédent et qu'elle avait un peu peur de glisser sur elle ne savait quoi avait tendance à la distraire de toute forme de conversation. Cela, Korra le vit bien et c'est pourquoi elle ralentit son rythme, attendit parfois la femme d'affaires, et lui faisait des signes d'encouragement.
Malgré toute la bonne foi du monde, quand elles arrivèrent à une espèce de pic qu'il fallait descendre (et après avoir marché un certain moment), Asami commençait à arriver au bout de sa patience.
« Sérieusement, Korra, on va où ? On est obligées de passer par là ?
- C'est plus très loin. »
Elle lui tendit la main pour la rassurer, et c'est en essayant de la saisir que la jeune femme aux yeux verts glissa.
« Asami ! »
Korra essaya bien de la rattraper, mais elle la manqua, et elle la vit simplement glisser toujours plus loin sans pouvoir s'arrêter. Elle courut dans son sillage, manquant de glisser elle-même plus d'une fois, puis… Asami avait disparu. Quoi ?
« Mais qu'est-ce que… Asami ? »
Elle continua à suivre les traces, entendant vaguement une voix, mais c'était très lointain. Or, c'était impossible qu'elle soit si loin d'elle. Et puis, pourquoi ça sonnait aussi caverneux ? Enfin, elle s'aperçut qu'il y avait tout simplement un… trou. Elle avait déjà froid pour elle… Elle se pencha pour voir à l'intérieur du trou et vit Asami, assise, enfoncée jusqu'à la poitrine dans de l'eau.
« Raava, ça va ? Purée, tu dois être gelée !
- En fait… non… répondit-elle, confuse. L'eau est chaude.
- Vraiment ? Oh, je ne savais pas que ça allait jusque-là… Pour moi, il fallait continuer un petit peu plus loin. Mais je suppose que ça explique le trou dans la glace…
- T'avais prévu ça ?
- En fait, j'avais pas prévu que tu tombes dedans toute habillée, mais j'avais prévu qu'on tombe sur une source chaude. Normalement, y en a une un peu plus en contrebas, avec un chalet abandonné à côté. Les habitants s'y arrêtent de temps en temps. Ils préfèrent celles qui sont dans les villages normalement, avec tous les services qui vont avec. Je me suis juste dit que ce serait plus drôle de trouver une source chaude naturelle.
- Très drôle, oui. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Tu m'aides à sortir ? »
Elle s'était relevée pendant les explications de Korra, tout ça pour constater que malgré sa combinaison imperméable, elle était trempée. Ça allait être drôle. Au moins, elle était partiellement trempée. C'était ce qu'elle se disait pour se rassurer.
« Non, je te rejoins.
- Quoi ?
- Bah, on va en profiter. C'est pas toi qui te plaignais d'avoir froid ? En plus, y a aucune chance de croiser d'autres gens ici, parce que cette source ne doit pas être répertoriée. Attends. »
Elle vit ainsi Korra se déshabiller et sauter dans le trou pour la rejoindre. Cette femme était dingue. Sérieusement dingue.
« Tu es consciente que maintenant qu'on est toutes les deux dans le trou, on va avoir du mal à remonter ?
- C'est pas si haut que ça, arrête. À deux, on va s'en sortir.
- Hein, hein.
- Tu devrais retirer tes habits.
- Ils sont déjà mouillés…
- Ouais… Je sais pas comment on va faire pour rentrer… Tu vas pas pouvoir les remettre, tu vas choper une hypothermie.
- Oh, tu proposes peut-être que je rentre nue ?
- Non, bien sûr que non, mais on va devoir partager mes vêtements.
- C'est… »
Une idée de merde. Et elles feraient quoi pour les bottes, les pantalons, les gants, bref, tout ce qui était trempé et qu'elles n'avaient pas en multiples exemplaires ?
« On y pensera après, déshabille-toi. »
Et sans lui demander son avis, elle commença à lui retirer ses vêtements. Autant dire qu'Asami était loin d'être à l'aise avec la situation.
« Attends, Korra…
- Pudique ?
- Disons que l'idée de me retrouver complètement nue en pleine nature ne me séduit pas particulièrement.
- Il ne peut rien arriver. Au pire, quelques chasseurs nous verront et ils détourneront le regard.
- Ça me rassure tellement…
- Arrête d'être une citadine. Sois une fille de la toundra rien que pour aujourd'hui. »
Asami soupira mais consentit à se laisser déshabiller. Contrairement aux vêtements de Korra qui étaient bien rangés dans le sac à dos qu'elle transportait pour pas qu'ils ne deviennent humides, ceux d'Asami, qui étaient déjà trempés, furent juste jetés sur le rebord enneigé de leur source chaude.
« Tu devrais éviter de te mouiller les cheveux par contre », recommanda Korra.
Elle prit soin de lui attacher sa crinière de jais (qui était déjà un petit peu mouillée, on ne va pas se mentir) avec un des bracelets qu'elle avait sur le poignet et fit de même avec ses propres cheveux (même s'ils étaient courts). Puis, elles se détendirent en profitant des vapeurs chaudes, Korra en étant pratiquement allongée dans l'eau et Asami, recroquevillée comme un nouveau-né. Cela fit particulièrement rire la jeune femme du sud.
« Arrête de te moquer de moi, bouda Asami.
- Mais c'est très mignon. Inutile, mais mignon. Dois-je vraiment te rappeler que je t'ai déjà vue nue et sous des angles divers et variés. »
La jeune femme d'affaires envoya un léger jet d'eau dans sa direction.
« Ça me met juste mal à l'aise.
- Pas très bains publics, je présume ?
- Le confort de ma salle de bain était très bien.
- On peut considérer que c'est ta salle de bain. Il y a juste… un trou dans le plafond. »
Et effectivement, il s'agissait d'une petite étendue d'eau. On aurait pas pu rentrer plus de 4 personnes. Les murs autour étaient un mélange de terre et de glace fondue, et puis il y avait cette trouée en direction du ciel qui laissait entrer un petit peu de lumière, ladite trouée qui allait sûrement devenir de plus en plus grande à mesure que les jours passaient au vu de la chaleur qu'il y avait dessous.
« La prochaine fois, tu pourrais me prévenir. Ça aurait peut-être évité que je tombe dedans.
- Je pensais que c'était une bonne surprise. »
C'en était pas une mauvaise en tout cas… Elle était juste un petit peu sonnée par le déroulé des évènements.
« Je dois me faire pardonner ? » demanda Korra.
Elle se rapprocha de sa petite-amie, comme un chat ronronnant.
« On devrait pas juste profiter de l'eau ?
- C'est ce que je fais.
- Vraiment ? »
Korra s'était rapprochée et s'était glissée dans le dos d'Asami. Elle le caressait doucement avec ses mains.
« Ton dos a l'air d'être un peu moins tendu, c'est bien.
- Mmmm… Eh bien, c'est parce que les choses vont relativement bien en ce moment.
- Tu es quand même tendue, tu sais. Tu veux que je te refasse un massage ?
- Ça fait mal…
- C'est pour ton bien. Arrête d'être roulée en boule comme ça. Détends tes jambes, relâche les épaules… »
Asami fit comme Korra lui avait demandé.
« Ok, maintenant détends-toi… Je m'occupe de tout. »
Elle refit ce qu'elle avait fait la dernière fois, passant de son cou à son bas du dos. Elle appuya et massa, ce qui fit pousser à Asami quelques gémissements de douleur. Mais elle ne se plaignit pas plus que ça. Puis, quand elle eut fini, elle déposa un baiser au milieu du dos à la peau pale et reposa son front dessus.
« Fini ? demanda Asami.
- Fini. »
Elles restèrent un moment ainsi, puis Korra revint face à Asami.
« Tu es sûre que ça va ? demanda-t-elle.
- Oui, pourquoi ?
- Tu as quelques bleus qui commencent à apparaître. »
Elle caressa la peau marquée à certains endroits des bras et des jambes, soulagée de constater que rien ne semblait foulé ou cassé. Asami, quant à elle, frissonna.
« Korra… râla-t-elle. Ne pense même pas à essayer quoi que ce soit ici.
- Pour une fois, ce n'est vraiment pas ce que j'essaie de faire. Je suis vraiment inquiète. Tu as une petite tendance à souffrir en silence… Tu m'as déjà fait le coup à la République de la Terre.
- C'était pas si grave. Je ne m'étais rien cassé. Et là non plus.
- Oui, mais… Rien qu'aujourd'hui, tu es tombée je ne sais combien de fois, tu ne t'es pas plaint de la douleur, même pour ton dos, tu as juste grogné. Tu m'as suivie sans rien dire. Et quand on fait l'amour, c'est en gros le même problème.
- Ah donc, on reparle de ça.
- Pas de ça spécifiquement. En général. Dès que ça relève de la spontanéité du sentiment, tu ne laisses rien paraître.
- Je suis juste comme ça.
- Vraiment ?
- Quoi ? rétorqua-t-elle, un peu acerbe.
- Je ne suis pas sûre que tu sois vraiment comme ça… »
Asami renâcla.
« C'est vrai que tu me connais mieux que moi-même, j'oubliais.
- C'est pas ce que je veux dire… À force de te retenir et de ne rien me dire, ça pourrait mal finir. »
Passablement irritée par la tournure de la conversation, Asami détourna le regard, les bras croisés sur sa poitrine. Korra se déplaça et vint se mettre juste à côté d'elle, du côté qu'elle ne regardait pas. Elle la poussa un petit peu avec son épaule, avec une certaine tendresse, pour capter son attention.
« Alors ?
- Quoi « alors » ?
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise à la fin ? Je suis comme ça, c'est tout. Peut-être que ce n'était pas comme ça avant, mais c'est comme ça maintenant et on ne peut rien y faire.
- Peut-être bien… Mais je veux quand même savoir ce qui t'est arrivé.
- Mon père, grogna la jeune femme aux yeux verts.
- Mais encore ? »
Asami soupira.
« Tu vas vraiment me forcer à te raconter toute l'histoire, là ?
- Tu essaies de me prouver que tu es ouverte, non ?
- J'essaie de te prouver que je suis fermée !
- Disons ouverte au maximum de ta capacité vu la situation, non ?
- Bon, très bien… Mais c'est juste une histoire ridicule. Quand mon père a commencé par être suspecté, il y avait quelques rumeurs, mais rien de très grave. J'avais toujours mes amis et quelques curiosités mal placées, mais je me disais que c'était normal. Puis, ça a fini par être avéré et j'ai plus pu compter sur aucun d'eux… J'avais besoin de soutien mais… c'était de fausses amitiés, je m'en suis rendue compte à ce moment-là. À cette époque, je sortais avec un gars et au début, il est resté. J'ai passé beaucoup de temps avec lui, à lui ouvrir mon cœur… J'avais besoin de quelqu'un. Mais la presse, les enquêtes, les procès, mes cauchemars et mes larmes et… je suppose que ça a été trop pour lui. Ce que je comprends parfaitement. Honnêtement, je me serais quittée aussi dans cette situation.
- Ne dis pas ça…
- C'est la vérité. Je suppose que comme je n'ai pu compter sur personne à cette époque, même pas mon père, j'ai commencé à être moins expressive… Puis, j'ai fini par le recontacter une fois qu'il était en prison et j'ai fini par me rouvrir au bout d'un temps… après lui avoir gueulé tout ce que je pensais de lui et lui avoir fait la gueule pendant plusieurs mois, mais j'ai fini par me rouvrir. Et après, tu es arrivée… Et je sais pas, tout était si facile avec toi. Je pensais que j'en faisais assez.
- Je ne dis pas que tu n'en fais pas assez… J'ai juste l'impression que tu te protèges excessivement, que ce soit dans le partage de tes sentiments — il a quand même fallu que je sois en danger de mort pour que tu arrives à me sortir que tu m'aimais — ou par rapport à ce problème de presse. Mais si ça te va comme ça et que tu te sens bien, j'ai pas mon mot à dire là-dedans. Je veux juste que tu saches que je ne vais nulle part… Tu n'as pas besoin de te protéger autant. »
Elle l'embrassa délicatement et Asami demeura grandement impassible. Elle se contenta d'hocher la tête pour signaler qu'elle avait compris. Bon, il fallait croire qu'elle se contenterait de ça… Elle l'étreignit, son corps tout contre le sien.
Elles restèrent ainsi quelques minutes supplémentaires à profiter de la source chaude, en silence, à oublier l'atmosphère de la conversation précédente. Puis, il commença à se faire un peu tard. Korra proposa qu'elles passent quand même au chalet qui était un peu plus loin pour qu'elles se mettent d'accord sur ce qu'elles feraient pour les vêtements mouillés. Asami la laissa prendre la direction des choses parce qu'elle n'était pas taillée pour prendre des décisions en temps hivernaux.
Elle aida Korra à sortir de leur petit trou chaud et douillet, et elle frissonna et se plaignit du froid en remontant. Asami pensa juste : « Non, sans blague ? » Sauf qu'après, ce fut son tour. Autant dire qu'elle serra les dents. Heureusement, elles purent conserver un tout petit peu la chaleur de leur corps pendant quelques secondes. Ça leur permit de s'habiller.
Korra remit seulement la première couche de ses vêtements et passa le reste à Asami. Elle lui donna aussi ses gants étant donné qu'elle avait plus l'habitude du froid qu'elle. Heureusement, pour une fois, elle n'avait pas fait sa forte tête et elle avait mis un pantalon très fin en-dessous de sa combinaison. Voyant cela, la femme d'affaires n'était pas très d'accord pour mettre le pantalon plus chaud mais Korra ne lui laissa pas le choix. Les seules choses qui ne purent être changées étaient les sous-vêtements et les bottes.
C'est donc avec les bottes mouillées qu'elle se marcha jusqu'au chalet abandonné. Le trajet ne dura que quelques minutes supplémentaires. Quelques minutes qui glaça les pieds d'Asami, même si elle ne dit rien malgré la douleur. Quand elles arrivèrent, Korra fut soulagée qu'il n'y eût personne. Elle précipita Asami à l'intérieur et alla chercher quelques rondins de bois et un peu de charbon (qui étaient gardés dans une pièce annexe au chalet) pour faire un feu.
« Ah donc, tu sais vraiment faire un feu, releva la femme d'affaires.
- Pourquoi ? Tu espérais que je te réchauffe autrement ?
- Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit.
- Dommage. »
Une fois que le feu eut bien pris, elles essayèrent d'essorer les vêtements d'Asami un maximum et de les étendre devant le feu. Ils mettraient longtemps à sécher, mais on pouvait toujours espérer. Et puis, certains étaient moins mouillés que d'autres…
« Bon… On en a pour un peu plus d'une heure pour rentrer… Et tu ne peux pas rentrer comme ça.
- Korra, ça va. Je m'inquiète plus pour toi, à vrai dire.
- Je t'avoue qu'avec la vitesse de la motoneige, je vais avoir du mal à conduire sans les gants… Enfin, on verra ça plus tard. Je vais aller la chercher et revenir te chercher ici. Ça nous fera gagner du temps.
- Tu vas pas me laisser ici toute seule !
- Tu seras mieux au chaud… Comme ça, le temps que je revienne, tes vêtements auront peut-être séché un peu… Je pense vraiment que c'est pour le mieux. »
Asami avait envie de bouder. Elle avait vraiment l'impression d'être une enfant abandonnée. Elle comprenait la stratégie globale mais elle aimait qu'elles fassent les choses à deux, c'était juste… viscéral, ce besoin de fonctionner à deux. Korra vit bien que l'idée ne l'enchantait guère, mais elle ne voyait pas vraiment d'autre solution pour qu'aucune d'elles ne finisse avec des engelures.
« Hé, dit-elle avec douceur en lui mettant les mains sur les joues, je serai vite de retour. Tu fermes la porte à clé et il n'y a aucun risque.
- D'accord, grogna Asami. Mais t'as intérêt à revenir…
- Bien sûr que je vais revenir. En fait… »
Elle regarda Asami d'un air joueur, ce qui intrigua la femme aux yeux verts. Quand elle vit son regard curieux, Korra décida de terminer sa phrase :
« … je trouvais le cadre romantique, j'avais prévu de te faire l'amour ici. »
Cette fois, Asami rit.
« Toutes les excuses sont bonnes à ce que je vois, dit-elle avec un sourire en coin.
- Ça te donne quelque chose à penser en attendant que je revienne. »
Elle lui fit un clin d'œil et Asami rit de nouveau, plus doucement cette fois. Puis, après qu'elle eut redonné ses habits à Korra, cette dernière parti non sans un dernier baiser sur le bout des lèvres et la promesse de revenir vite. Une fois que la porte fut refermée, Asami se sentit terriblement seule. Elle se sentait seule d'une solitude qu'elle avait oubliée. Elle soupira et alla regarder à la fenêtre.
C'était vrai que l'endroit était magnifique. Outre le chalet de bois qui était, certes, abandonné mais très bien entretenu par la communauté, il y avait les sources d'eau chaude naturelles, juste en face. C'était une grande étendue d'eau bouillante qui s'écrasait contre des rochers nus. Ça faisait un peu bizarre de voir des rochers au milieu de toute cette glace et cette neige. Il fallait croire qu'il n'y avait pas que de la glace…
Elle ne put rester à la fenêtre que quelques minutes. Ensuite, elle retourna près du feu et essaya d'accélérer le séchage des vêtements. Ça lui permettait d'arrêter de penser. Elle aurait aimé partir dehors avec Korra… Alors oui, elle n'était pas fan du froid, mais elles étaient venues ensemble.
Elle se sentait un peu stupide. Elle savait que Korra allait revenir mais elle ne pouvait pas s'empêcher de penser : « Et si elle ne revenait pas ? » En fait, depuis que Korra avait insisté pour venir dans la Tribu de l'Eau du sud avec elle, elle se sentait à fleur de peau… C'était son insistance, puis les diverses tensions qui ne cessaient de réapparaître entre elles, puis le poids du contexte et… ça lui faisait perdre pied. Elle savait que ce n'était que des petits obstacles, que, même si ça ne faisait que peu de temps qu'elles sortaient ensemble, elles se connaissaient relativement bien, et donc qu'elles n'avaient aucune raison de ne pas résister au peu qui leur arrivait.
Mais Korra avait raison. Il y avait bien une légère retenue de sa part et, même si elle ne voulait pas se l'avouer, elle savait qu'elle avait été très blessée par ce qui lui était arrivé ces dernières années. Elle avait fait de son mieux pour rester qui elle était : une femme déterminée, bosseuse, mais néanmoins ouverte et gentille avec les autres. C'est parce qu'elle ne s'était pas laissée abattre que Korra n'avait pas deviné son passé et sa situation. Mais ça avait ses limites…
Malgré tout cela, elle restait horriblement méfiante (mais peut-être était-elle trop naïve avant cela, elle qui s'était fait duper par contre propre père) et elle n'hésitait pas à se protéger au détriment des autres. Elle savait qu'en amour c'était pareil. Elle s'était ouverte à Korra, mais elle était prête à faire marche arrière à tout moment, surtout en ce moment à cause de leurs désaccords. Et si par malheur leur relation devenait vraiment un scandale, elle avait peur de mener la vie dure à Korra et d'être incroyablement distante. Elle ne voulait pas gâcher leur relation.
Elle détestait son état. Elle détestait se sentir si fébrile, avoir peur du passé comme de l'avenir, alors que tout allait bien. Mais c'est probablement quand tout va bien qu'on a peur de tout perdre…
C'est sur ces charmantes pensées que Korra revint. Asami alla lui ouvrir la porte et Korra enleva la neige qui la recouvrait.
« Ugh, il neige. Je crois qu'on va avoir le droit à une tempête… Je ne sais pas si on ne ferait pas mieux de rester là pour la soirée… »
Asami ne répondit rien. Elle n'avait pas vraiment d'avis sur la question.
« Ça va ? demanda Korra, en fronçant les sourcils.
- Oui. Tu devrais peut-être prévenir tes parents si on reste ici. Ils vont s'inquiéter. À moins qu'il n'y ait pas de réseau ?
- Pas besoin de réseau, il y a un téléphone. »
Asami regarda l'endroit que Korra pointait. Ah, elle parlait donc de ce vieux téléphone des antérieurs aux années 2000.
« Et… il est raccordé ?
- Aussi étonnant que ça puisse paraître, oui.
- Ça n'a strictement aucun sens, tu sais. Personne n'habite cet endroit. Et ça se paye les factures de téléphone.
- C'est la ville qui paye. C'est devenu plus ou moins un lieu public. Bref. »
Elle numérota le numéro de ses parents et Senna répondit à la première sonnerie. Elle discuta un peu de ce qui leur était arrivé et des conditions météo et Senna répondit également qu'elles feraient mieux de rester là-bas tant qu'elles avaient de quoi manger. Heureusement, Korra prévoyait toujours plus (au cas où elle aurait très faim, ce qui lui arrivait souvent), donc elles n'allaient pas mourir de faim. Ainsi, les choses furent-elles convenues et elles raccrochèrent.
Pendant la discussion, qu'elle écoutait distraitement, Asami regardait par la fenêtre. Effectivement, de gros flocons encombraient dorénavant sa vue. Ils fondaient bien rapidement face à la chaleur, mais elle se doutait que ce n'était pas le cas un peu plus loin.
« Ils avaient dit qu'il n'y aurait pas de tempête aujourd'hui… » grogna Korra, en mettant sa tête sur l'épaule de sa petite-amie.
Asami fredonna pour toute réponse.
« À quoi tu penses ?
- Pas grand-chose. »
Ce fut au tour de Korra de fredonner.
« Alors, on fait quoi maintenant ?
- Je ne sais pas… On s'occupe du feu, on mange… Et pour le reste, j'imagine qu'il nous reste discuter ou faire l'amour. Toujours pas tentée ?
- Eh bien, je comprends que tu trouves ce lieu romantique… »
Et elle était censée comprendre ça comment ? Elle n'arrivait pas à savoir ce qu'Asami pensait. Elle semblait extrêmement distraite, lointaine même alors qu'elle regardait les flocons tomber. Elle se demanda si elle ne lui mettait pas un peu trop la pression en ce moment. Peut-être qu'elle lui en demandait trop, peut-être que leur relation n'avait pas à être exposée, à changer, peut-être que comme ça c'était bien. Et c'était bien ! Vraiment. Cependant, ces conversations lui paraissaient importantes pour leur avenir.
En fait, elle avait un peu pris peur quand son père avait ramené son grain de sel. Elle savait qu'Asami était déjà sur la défensive concernant leur relation et elle pensait que son père allait juste faire son papa-ours comme d'habitude, qu'il allait sourire avec une bonne tape dans le dos. Mais il avait montré des réserves. Et l'ombre d'un instant, elle avait eu peur de continuer à devoir vivre cachée. Avec le confinement, ça ne l'avait pas dérangée tant que ça parce que leur relation se passait majoritairement à l'intérieur des quatre murs de leur appartement, mais maintenant qu'elles étaient libres, elle voulait pouvoir faire plein de choses avec Asami. Et elle ne voulait pas avoir à se méfier.
En fait, elle voulait juste une vie de couple normale, avec des perspectives d'avenir normales. Pour elle qui vivait tout dans l'instant, qui était impulsive et spontanée, se voir dénigrer le droit de vivre son présent comme elle l'entendait était une source d'angoisse pour l'avenir, parce que : « Et si ça continuait ? Jusqu'à quand ? » C'étaient des questions qu'elle ne se posait pas vraiment d'habitude mais il fallait croire que la situation actuelle l'obligeait.
Et c'est peut-être pour cela qu'elle était un peu trop insistante et poussait Asami dans ses retranchements. Pourtant, elle ne voulait vraiment pas l'alarmer ou l'effrayer. Peut-être qu'elles avaient besoin l'une comme l'autre de se sentir en sécurité mais de deux manières complètement différentes : l'une dans le contrôle du présent, l'autre dans la liberté de l'avenir.
« Korra ?
- Oui ?
- Tu peux me promettre que tu ne partiras que lorsque tu m'aimeras plus ?
- Tu veux dire « si » je ne t'aime plus. »
Elle haussa les épaules. Elle continuait à fixer la neige dehors et la nuit qui tombait doucement, seuls les crépitements sourds du feu réchauffant l'atmosphère. Korra laissa un moment passer. Un moment pendant lequel elle regarda les yeux verts dans le reflet de la vitre perdus dans un endroit sûrement désolé et triste. Elle trouvait ça tellement étrange et tellement séduisant chez Asami : c'était une femme tellement forte, si forte qu'elle en était vulnérable. Elle désirait cette force, elle était poussée par sa force intérieure et sa détermination qu'elle admirait tant, mais en même temps, elle désirait la protéger et la cajoler.
« Je t'épouserai, un jour. »
Elle avait dit ça sur un ton sérieux et confiant. Elle espérait qu'Asami entendrait la promesse qu'il y avait dans ces mots, qu'elle ne prenait vraiment pas à la légère. Elle espérait qu'elle ne le prendrait pas comme une lubie, une folie de jeunesse dictée par la passion amoureuse, parce que ce n'était pas le cas.
Korra était née dans une famille assez traditionnelle, une famille du sud. Dans le sud, les traditions étaient encore très importantes, elles avaient un sens — on croyait aux Esprits et aux rites qui leur étaient liés. Un mariage, une naissance, un chemin de vie, tout avait une importance sacrée. Certes, certains mariages prenaient fin, certaines naissances ne se poursuivaient pas par la vie, et certains changeaient de vie, mais même là, on pensait aux Esprits qui nous avaient guidés et on les remerciait de ce qu'ils nous avaient offert jusqu'alors. Parfois, on s'excusait aussi.
« Peut-être que je ne crois pas au mariage, répondit-elle.
- C'est le cas ?
- Non. Mes parents ont eu un mariage très heureux jusqu'à la mort de ma mère… Mon père n'a jamais pu passer à autre chose, il n'a aimé qu'elle.
- Je t'aimerai pareil.
- Je préfèrerais pas. Ça pourrait gâcher ta vie. C'est dangereux d'aimer comme ça.
- On ne choisit pas, 'Sami. On aime, c'est tout. On aime autant qu'on peut aimer une personne, parfois c'est notre âme-sœur, parfois c'est quelqu'un de passage, mais on aime toujours autant qu'on peut aimer.
- Tu crois aux âmes-sœurs ?
- Pas toi ?
- Pas vraiment. Mais je trouve que c'est une jolie histoire.
- Eh bien, je ne peux pas te promettre que je te retrouverai dans ma prochaine vie, mais je ferai tout pour.
- Tu crois aussi à la réincarnation ?
- Pas toi ?
- C'est aussi une jolie histoire.
- Comme tu veux. Mais j'espère que dans cette jolie histoire, on continuera de se rencontrer et de s'aimer.
- J'aime bien l'idée. »
Elle décida enfin de refixer son regard. Elle croisa celui de Korra dans la vitre, puis se retourna. Elle plaça une main sur la joue brune et fit un mouvement simple avec son pouce.
« J'aime vraiment l'idée », murmura-t-elle en posant son front contre celui de Korra et en fermant les yeux.
Korra eut le temps d'apercevoir une myriade d'émotions dans les yeux verts, des yeux presqu'humides, bouleversés, plein d'espoir et vulnérables. Elle eut simplement le temps de se dire que, Raava, elle adorait cette femme. Elle était prise entre la tristesse et un élan d'amour soudain, parce qu'elle savait Asami partagée entre l'envie de croire à ce qu'elle disait et la peur de trop y croire. Alors, elle la serra juste très fort contre elle.
« Hey, Korra.
- Oui ?
- Faisons l'amour.
- D'accord. »
Pause.
« Je t'aime. »
Asami ne répondit pas, pas cette fois. Elle se contenta de l'embrasser dans l'espoir de ne pas se faire submerger par le trop-plein d'émotions qu'elle ressentait. Korra ne lui en tint pas rigueur et s'appliqua plutôt à continuer leur conversation au travers des mille baisers et des mille caresses amoureuses qu'elle lui prodiguait.
Finalement, Asami resta aussi silencieuse qu'elle en avait l'habitude, si ce n'est dans le langage de deux corps qui s'aiment. Korra était à peu près sûre qu'elle avait laissé une larme couler à un moment donné mais elle allait prétendre que rien ne s'était passé. Cependant, elle chérissait quand même cette larme dans un coin de sa tête car c'était l'extension de l'amour de celle qu'elle aimait.
Et enfin, la journée se termina, le feu continuant de crépiter dans la nuit noire.
A/N : Review ?
Beaucoup de choses à dire en cette fin de chapitre. Premièrement, pour les incohérences topographiques, géographiques ou que sais-je, besoins narratifs obligent ! En fait, j'ai pris pour référence l'Islande plus que le pôle sud concernant les sources chaudes. Voilà, vous savez tout. (En même temps, personne n'habite au pôle sud en vrai…)
Ensuite, je saiiiiis, je bosse peut-être un petit peu trop la psychologie des personnages et leur relationnel dans les deux derniers chapitres ^^' D'ailleurs, c'est super galère pour moi, sachez-le. J'ai dû réécrire certains des dialogues de ce chapitre pour que ce soit un peu plus réaliste. Enfin, l'essentiel à retenir, c'est qu'à priori, elles sont toutes les deux capables d'aller vers l'autre en fonction de leur état du moment.
D'ailleurs, j'ai remarqué un truc en écrivant ce chapitre : quelqu'un m'explique comment ça se fait qu'Asami n'a pas de gros traumatisme d'abandon dans LoK ? (En tout cas, pas un visible.) Je veux dire, vous avez vu le nombre de personnes qu'elle perd au fur et à mesure de la série (dans des circonstances plutôt violentes) : sa mère, son père (qui essaie quand même de la tuer, hein), son petit-ami (et il choisit toujours particulièrement bien le moment le garçon), Korra, et son père meurt à la fin. BREF. J'avais déjà appuyé un peu sur cette dimension dans Family, mais je crois que dans Confinées c'est pire x) Oui, donc je suis consciente qu'Asami est légèrement OOC, mais pas tellement non plus puisque c'est un mélange entre son état dans la S2, la S4 (concernant son relationnel avec son père, etc.) et mes diverses théories foireuses. Encore une fois : BREF.
Donc, bonne année en avance à tout le monde ! On se voit l'année prochaine ! Au fait, j'ai mes partiels à la rentrée et ensuite on retourne sur le rythme de malade de cours que j'avais, donc bon, je ne promets rien sur la régularité. Ce sera bien moins souvent que maintenant, mais je ferai au mieux !
À plus !
Lion
P.S. : Je vous promets que vous aurez au moins le prochain chapitre sous peu, puisqu'il est déjà écrit, héhé. On se dit... pas ce weekend, mais le weekend d'après, ok ? Quelque chose comme ça :)
