Chapitre X : avril 1999 :

Hermione avait eu chaud la dernière fois, Ron l'avait regardé d'un air étrange en rentrant dans le salon mais elle avait réussi à reprendre rapidement ses esprits pour lui faire oublier ce moment en le prenant joyeusement dans les bras. Le soulagement de ne pas s'être faite prendre l'avait aidée à exprimer beaucoup de joie à l'arrivée de Ron. Bien sûr, une petite boule au creux de son ventre appelée "sensation de culpabilité" s'était nichée tout le long de la journée dans son esprit mais elle ne pouvait pas arrêter de penser que l'entrevue risquée avec le jeune Malefoy avait été nécessaire à leur entente prochaine. S'il devait devenir son voisin, autant qu'ils enterrent tout de suite la hache de guerre. Sinon, il ne lui restait plus qu'à pourrir leur existence pour les faire déménager de son quartier. Hermione n'avait pas pu répondre à Narcissa mais elle savait que Drago ferait passer le message sur les raisons de ce manquement. Ron lui avait annoncé qu'il souhaitait passer le week-end chez ses parents et qu'elle pouvait bien sûr se joindre à lui. Hermione aurait voulu passer du temps chez les Weasley, mais elle y voyait aussi l'occasion de rencontrer Narcissa. Elle lui expliqua qu'elle avait prévu de se renseigner pour son orientation en politique mais qu'après elle le rejoindrait, lui et sa famille. Ron n'avait pas posé plus de questions pour le grand bonheur de la jeune femme.

Finalement, le rendez-vous avec Narcissa était aujourd'hui. Elle ne savait pas si cette dernière viendrait seule ou avec son fils. Mais elle aurait préféré que Drago se joigne à elles, entre autres pour le remercier de s'être échappé afin de lui éviter des problèmes avec son petit-ami. Hermione avait demandé à Narcissa de venir directement chez elle, elles pourraient ensuite faire une liste de ce qui est essentiel en fonction de ce dont Hermione se servait régulièrement dans sa maison. Elle avait donc pris soin de tout ranger et nettoyer chez elle avant d'accueillir Mme Malefoy. Quelques heures plus tard, Narcissa Malefoy, son fils et Blaise Zabini se présentaient à elle. Elle fut un peu embarrassée d'être en infériorité numérique mais se persuada qu'elle pouvait avoir confiance et que personne ne lui voulait de mal. Blaise avait souhaité participer car il était curieux de voir comment se débrouillaient les moldus pour vivre sans magie.

"Mais Miss Granger, je ne vais quand même pas faire la cuisine… les frais sur cette maison seront moins importants, je pourrais ré-embaucher les elfes de maison…"

"Houla non, non et non ! Hors de question ! Vous ne pouvez pas vivre ici avec des créatures magiques, impossible ! Et je vous déconseille de prendre une cuisinière moldue… qui sait ? vous pourriez pratiquer la magie devant elle sans y faire attention… ce serait dramatique !"

"Si je comprends bien, je vais devoir m'occuper des repas, et de l'entretien de la maison et des extérieurs ?"

"Eh bien… oui ! Drago pourrait aussi lever le petit doigt si vous voulez mon avis…"

"On s'en serait passé Granger, merci !"

"Mais je vous avoue qu'il m'arrive aussi d'utiliser la magie pour ranger, pour nettoyer… mais il faut veiller à le faire précautionneusement, voilà tout ! D'après vous, quelles sont les précautions à prendre avant d'utiliser sa baguette ici ?"

Les trois sorciers se regardèrent surpris. Ils avaient presque l'impression de se retrouver à l'école. Hermione angoissa devant le peu de réponse de ses interlocuteurs. Cela lui paraissait tellement logique.

"Les deux principes sont simples : ne pas être vus, ne pas porter l'attention sur soi. Souvenez-vous toujours de ça. Quand vous prenez votre baguette, vous devez déjà penser à ses deux principes."

"Ne pas être vus… ne pas porter l'attention sur soi…"

Narcissa Malefoy avait sorti un plume à papotte et du parchemin. Hermione sursauta et attrapa vivement la plume et le parchemin volants.

"Mme Malefoy ! avez-vous vérifié que vous ne pouviez pas être vue avec votre plume à papotte ?!"

Drago et Blaise étaient pliés de rire et Narcissa avait porté ses mains à la bouche pour montrer à quel point elle était confuse. Hermione lui montra que là où ils étaient installés, les fenêtres donnaient pile sur la rue principale, où se promenaient régulièrement le voisinage.

"Je tiens aussi à vous dire que vous devriez vous entraînez à vivre avec le minimum de recours à la magie… si un voisin débarque pour vous souhaiter la bienvenue et que vous lui servez une tasse de thé version sorcier… enfin vous voyez, problèmes en perspective !"

"Fort heureusement, tu seras dans le coin Granger…"

Blaise et Narcissa se lancèrent un petit regard, étonnés. Il observa un instant le regard que se lançaient Hermione et son meilleur ami. Un petit sourire sur le visage, des yeux presque charmeurs… enfin qu'est-ce qu'il se passait là ? Il préféra couper court à ce moment étrange.

"Oui, quelle chance dit donc. J'ai quand même du mal à imaginer Drago se servir de toutes ces choses !"

Hermione se détacha de Drago et rit sous la remarque de Blaise. Drago injuria gentiment son meilleur ami et Narcissa réprimanda son fils pour son langage. Blaise évoquait les nombreux appareils et ustensiles qui ornaient les plans de travail d'Hermione. En effet, il serait peut-être nécessaire de leur montrer comment se servir de tout ça, et surtout, de faire attention à l'électricité en général. "Une autre fois" se dit Hermione, sans penser que plus elle se disait ça, plus elle allait s'engager auprès des Malefoy et devoir les revoir, encore et encore. Cette perspective lui semblait-elle si désagréable ? Non, absolument pas en réalité. Mais elle avait le sentiment de trahir Ron. Elle lui parlerait dès qu'elle le reverrait, elle ne pouvait pas continuer à lui mentir, il ne le méritait pas, malgré le ton autoritaire qu'il avait employé avec elle. L'humeur un peu plus maussade, Hermione fit le tour de la maison avec Narcissa et elles décidèrent ensemble de tout ce dont aurait besoin la famille Malefoy pour s'installer. Comme l'avait prédit Hermione, Drago et Blaise ne se sentirent absolument pas concernés par la listes des choses à acheter lorsqu'on vit à la manière des moldus. Les deux jeunes hommes avaient préféré faire un tour dans le jardin d'Hermione. Ses parents avaient planté quelques arbustes, un potager dont Hermione prenait soin autant qu'elle le pouvait, la botanique n'étant pas vraiment sa tasse de thé. Elle devait également s'occuper de tondre la pelouse, les voisins étant très à l'affût de l'entretien des jardins de chacun. Et bien sûr, elle ne pouvait pas compter sur la magie pour se décharger de cette tâche.

"Tu devras tondre la pelouse Drago !"

Blaise se moquait ouvertement de son meilleur ami et cela le fit beaucoup rire. Il se tenait les côtes et pleurait presque en imaginant Drago derrière une tondeuse, sous une chaleur écrasante, avec des insectes volant autour de lui. Drago lui jeta le premier bâton qu'il trouva pour se venger.

"20 gallions de l'heure pour que tu le fasses à ma place."

"Alors là, même pas en rêve."

"Je croyais que c'était dans les moments difficiles qu'on reconnaissait nos véritables amis…"

"Tondre la pelouse ne te fera aucun mal, alors ça ne compte pas. Par contre…"

Drago releva la tête vers Blaise. Il s'attendait à une autre remarque cinglante de sa part où il se moquerait de lui pour toutes les galères qu'il était en train de vivre. Mais bizarrement, son visage était plus grave, et Blaise ne semblait plus avoir envie de rire.

"Faire concurrence à Ron Weasley… Je ne suis pas sûr que ce soit ta meilleure idée."

Drago fronça les sourcils.

"De quoi tu parles Blaise ?"

"Oh allez Drago… Je t'ai vu toute à l'heure… enfin tu sais, avec Hermione…"

"Avec Hermione ? Mais qu'est-ce que tu as vu au juste ?"

"Les yeux doux tout ça… on ne me la fait pas à moi. Et je crois que ta mère aussi a remarqué…"

"Oh mais c'est pas vrai… les yeux doux ? mais n'importe quoi, je ne fais pas les yeux doux à Granger ! Ma mère ? je ne sais pas ce que vous avez vu mais elle va encore se faire un tas de films…"

"Tu peux me le dire à moi Drago. Je sais bien qu'en ce moment vous vous voyez beaucoup. Et même en dehors de ça, je sais que le comportement de Weasley t'a un peu exaspéré la dernière fois, ça ne m'étonnerait pas que tu veuilles faire passer ta vengeance à travers Granger mais… tu vas t'attirer des ennuis si tu veux mon avis… son frère t'en veut déjà à mort…"

Drago repensa à la conversation qu'il avait eu avec Hermione quelques jours plus tôt. Elle lui avait confié que Weasley était jaloux de lui.

"Hermione m'a dit l'autre fois que Weasley était jaloux de moi, par rapport à elle…"

"Ce ne serait pas étonnant… il ne semble pas très sûr de lui…"

"Je n'y crois pas. Elle a cherché une excuse à Weasley pour ce qu'il s'est passé le jour de la signature si tu veux mon avis…"

"Oh… ce n'est qu'un petit mensonge Drago… elle le protège, c'est normal j'imagine."

Drago se détourna de Blaise pour cacher son malaise. En effet, ce n'était qu'un petit mensonge, sans grand intérêt, et pourtant, il se sentait presque blessé. Sans doute aurait-il préféré penser que Ron Weasley était jaloux de lui plutôt que de croire qu'il n'admettait pas que des mangemorts côtoieraient sa bien-aimée. Et d'un côté, il ne pouvait pas empêcher les gens de le détester, pour tous les mauvais choix qu'il avait fait. Il ne pouvait pas non plus espérer que le monde sorcier lui pardonne du jour au lendemain sous prétexte qu'il tentait de devenir quelqu'un de plus appréciable sans vraiment savoir comment faire. Heureusement, il pouvait compter sur sa mère, et sur Blaise. Hermione s'était ajoutée à ce cercle réduit sans qu'il ne s'y attende et il ne voulait pas tout gâcher, elle semblait être la première qui voulait vraiment leur faire confiance, il devait donc prendre sur lui et accepter ses petits mensonges. Elle devait avoir ses raisons. Blaise posa une main sur l'épaule de son meilleur ami et lui confia :

"à ta place, je ne contrarierais pas Hermione Granger… et je lui ferais confiance."

"Je vais y réfléchir, merci !"

Drago s'était déjà reçu un sacré coup de poing en troisième année de la jeune gryffondor, il ne tenait pas vraiment à revivre l'expérience. Et puis, Blaise avait sans doute raison, ce n'était pas une mauvaise fille, il avait rencontré tellement pire qu'elle, il ne pouvait décemment pas affirmer qu'elle était la plus horrible d'entre toutes. Il se demandait alors pourquoi elle l'énervait tant parfois.

"à ce propos, il faut que l'on reparle de la promesse que je t'ai faite…"

Ron venait de demander à Hermione quand les Malefoy emménageraient. Elle sauta donc sur l'occasion pour lui expliquer qu'elle ne pourrait pas faire comme s'ils n'existaient pas. Ron referma vivement le journal qu'il était en train de feuilleter. Il répondit :

"Je sais que tu ne peux pas tenir ta promesse… ils vont habiter à même pas 10 mètres de toi… c'est impossible…"

"En effet… je suis contente que tu aies réfléchi…"

"Je crois que je t'en veux de vouloir les aider et de leur avoir… pardonné…"

Hermione avait raison depuis le début. Voilà ce qui dérangeait le plus son petit-ami. Elle était contente qu'ils puissent en discuter calmement ensemble. Elle pourrait ainsi essayer de le rassurer et de lui montrer que cela ne changeait rien entre eux et que malgré tout, elle n'oubliait pas ce qu'il s'était passé, même si elle s'efforçait toujours de regarder l'avenir plutôt que de ressasser le passé douloureux qu'ils avaient tous.

"Je m'en doute… mais en aucun cas j'oublie ce qu'il s'est passé et de quoi ils ont été capables. Mais tu sais comme je suis ?"

"Tu veux voir le bon en chacun…"

"Exactement Ron… C'est peut-être mon plus grand défaut, et peut-être que je suis complètement folle, naïve de les croire capable d'être meilleurs mais…"

"C'est plus fort que toi…"

"Oui…"

Elle vint s'installer près de lui et tenta de capter son regard. Ron semblait légèrement déçu d'entendre tout ça, car il prenait conscience qu'elle ferait ce qu'elle voudrait, même si cela impliquait la famille Malefoy. Il leva les yeux vers elle et l'embrassa tendrement. Hermione se sentit respirer à nouveau, pensant qu'enfin elle n'aurait plus à lui mentir et qu'il acceptait en quelque sorte.

"Je m'en veux d'avoir essayé de changer ce que tu es Hermione…"

"Je suis désolée d'avoir fait entrer les Malefoy dans notre vie…"

"Le principal, c'est que toi et moi soyons ensemble."

Hermione attrapa Ron et le serra fort contre elle. Elle se sentit beaucoup plus forte maintenant qu'il était à ses côtés pour la soutenir.

"Nous tenions à vous l'annoncer de vives voix ! Merci à vous tous d'avoir répondu à l'appel et d'être présents ce soir…"

Tous les anciens gryffondors s'étaient retrouvés autour de Neville et Luna. Le couple avait une grande annonce à faire, Neville et Luna avaient donc réuni Hermione, Ron, Harry, Ginny et même Fred dans un bar réputé londonien auquel seuls les sorciers avaient accès. Luna fit un signe de tête à Neville accompagné d'un grand sourire pour lui montrer qu'il pouvait continuer.

"Voilà, eh bien, Luna et moi nous marierons dans quelques mois ! Nous comptons sur vous pour être présents aussi ce jour là, vous comptez beaucoup pour nous…"

Tous se levèrent pour féliciter les futurs mariés et se serrèrent dans les bras pour témoigner de leur immense joie. Neville était un grand romantique. Le jour de la bataille, il s'était décidé sur un coup de tête à avouer à Luna tous les sentiments qu'il avait pour elle au cas où il mourrait. Cela n'étonnait pas vraiment Hermione qu'il soit si précoce pour une demande en mariage. Neville vivait sa vie à cent à l'heure maintenant qu'il était passé si près de la mort. Il ne voulait plus perdre de temps pour quoique ce soit et ses sentiments pour Luna avaient décuplé au fil des mois passés ensemble. Tout le monde avait pu assister à cette belle histoire d'amour sur laquelle personne n'avait parié pourtant, Luna étant toujours un mystère pour le groupe d'amis. Mais visiblement, les deux s'entendaient et se comprenaient à merveille, et c'était le principal. Hermione avait des étoiles plein les yeux même si elle ne rêvait pas particulièrement d'un tel moment dans sa propre vie. Elle était très ambitieuse et pensait surtout réussir sa carrière avant de se marier ou bien même d'avoir des enfants. Même si cela pouvait étonner, elle n'avait jamais rêvé de tout ça, même plus jeune, trop occupé à réussir d'un point de vue scolaire sans doute. Les garçons ne l'avaient intéressée que tardivement et la guerre l'avait largement occupée par la suite. En somme, elle n'enviait pas vraiment Neville et Luna et espérait intérieurement que ça ne donne pas d'idées à Ron. Ils burent quelques verres pour fêter la nouvelle, notèrent soigneusement la date du mariage dans leurs agendas afin de ne rien prévoir d'autre ce jour d'été. C'était une excellente nouvelle qui donnait du baume au cœur à tous les survivants de la guerre, c'était la lumière au bout du tunnel, l'espoir d'un jour meilleur, d'un monde plus beau.

"Alors les Malefoy emménagent quand ?"

"Dans deux jours… tu crois que tu pourrais te libérer pour m'aider un peu avec eux ?"

"Oh Hermione… demande à Ron, maintenant qu'il a à peu près digéré la nouvelle…"

"Harry Potter, tu es un monstre."

Deux jours plus tard, Hermione se tenait prête en attendant l'arrivée des Malefoy. Narcissa était matinale et avait demandé à la jeune femme d'être là pour 9h00. En plus d'être du matin, Hermione était persuadée que jamais Narcissa Malefoy ne serait en retard. Elle angoissait un peu de les voir concrétiser ce projet. Elle avait l'impression qu'ils emménageaient presque dans son jardin. Elle prenait conscience de l'ampleur de la situation. Jusqu'à aujourd'hui, ce n'était pas vraiment concret, mais ce soir, les Malefoy dormiraient peut-être dans la maison d'en face. Qui aurait cru cela un jour ? Hermione espérait que dans quelques années, la nouvelle se répandrait, et qu'une majeure partie du monde sorcier prenne conscience des changements liés à la guerre, afin que cette dernière ne soit pas vaine. Après tout, c'était dans ce but qu'elle s'était rapprochée des Malefoy. Pour montrer à tous que même elle, une née-moldue, survivante de la guerre, avait pu faire table rase du passé.

Elle regarda sa montre, 8h50. Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre. Personne à part un voisin qui promenait son chien avec sa fille. Elle trépignait et sentait la pression montée. C'était ridicule, ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'elle était confrontée aux Malefoy. Pourtant, cette famille l'impressionnait plus qu'elle ne voudrait l'admettre. Elle était bien consciente qu'ils n'étaient pas du même monde. Certes, ils étaient tous des sorciers, mais ils n'avaient rien d'autre en commun, à tel point qu'à côté de Narcissa Malefoy, Hermione avait la sensation d'être vêtue comme une paysanne sortant de l'étable. Seule Lucius n'avait aucun charisme aux yeux de la jeune femme. Mais Narcissa et Drago dégageaient quelque chose d'intimidant qu'elle n'arrivait pas à expliquer. L'enjeu pour Hermione était de ne pas laisser transparaître ce sentiment. Surtout avec Drago. Il était hors de question qu'elle lui laisse l'occasion de l'écraser, et elle savait que s'il percevait le moindre signe de faiblesse, il en profiterait pour la mettre mal à l'aise, comme il savait si bien le faire. Leur relation s'était apaisée mais avec lui, elle s'attendait à tout, et surtout au pire. Drago ne pouvait pas enterrer des années de cruauté, de manipulation et de préjugés en un claquement de doigt. Alors elle restait méfiante, tout comme lui.

8h55. Elle entendit un bruit sourd. Un camion s'engageait dans la rue principale de son quartier. Il descendit et finit par s'arrêter devant la maison des Malefoy. "Les voilà" se dit Hermione. En réalité, seuls le conducteur et les déménageurs étaient dans le véhicule. Mais quelques minutes après, elle aperçut les Malefoy descendre à leur tour la rue, à pied. Ils devaient avoir transplané dans le petit coin caché pour rejoindre les lieux. Cela paraîtrait sûrement étrange aux yeux des déménageurs mais cela ne constituait pas une faute grave selon Hermione, aussi, elle ne ferait pas la remarque aux nouveaux arrivants. Elle mit une veste sur ses épaules et entreprit de rejoindre le petit groupe qui s'était formé.

"Miss Granger, merci d'être là."

Hermione sourit à Narcissa et salua Drago d'un signe de tête auquel il répondit. Elle se présenta aux déménageurs et prit en main les commandes. Elle savait comment s'adresser aux moldus et espéra que les Malefoy prendraient note de la manière dont elle conversait avec eux. Dans le camion se trouvaient des affaires venues du manoir mais aussi des nouveaux appareils investis peu de temps auparavant. Malheureusement, il était encore difficile pour Drago et Narcissa de savoir quels éléments devaient aller dans une cuisine ou dans une salle de bain. C'est là qu'Hermione interviendrait. Dès que les déménageurs eurent tourné le dos, Hermione demanda aux Malefoy de lui céder leurs baguettes, par précaution. Elle savait qu'instinctivement, ils chercheraient à s'aider de la magie, mais elle ne comptait pas prendre de risque dès le premier jour. Bien sûr, Drago rechigna devant la requête pour finalement accepter, contrairement à Narcissa qui donna sans un mot sa baguette à la jeune femme. Sa baguette était extrêmement précieuse, c'était en grande partie ce qui faisait d'elle une sorcière, mais elle savait qu'Hermione était en terrain conquis ici, parallèlement à Narcissa qui se sentait un peu déboussolée de se retrouver ici.

La suite de la matinée se passa sans encombre. De temps à autre, les Malefoy se tournaient vivement vers Hermione, l'air désespéré, après une question des déménageurs : "où voulez-vous qu'on pose ce carton ?", Narcissa lu les inscriptions sur le carton et ne su quoi répondre. Elle se tourna vers Drago qui se tourna vers Hermione qui finissait par répondre aux employés. D'ailleurs, ceux-ci avaient vite compris qu'Hermione était celle à qui il valait mieux s'adresser. La jeune femme trouvait cela presque amusant de voir les têtes déconfites des Malefoy. Elle était en position de force en quelque sorte depuis le début de cette histoire. Les rôles s'étaient inversés largement. Elle était presque devenue indispensable pour eux. Cela aurait été impensable quelques années voire même quelques mois plus tôt.

11h00. La maison s'était bien remplie. Seul un grand buffet restait dans le camion. Les déménageurs étaient en train de le ramener pour le placer dans le salon. Les nombreux cartons avaient pris possession des volumes des pièces. La demeure semblait plus petite maintenant. Hermione vit Narcissa et Drago légèrement déçus. Elle comprit qu'ils ne pourraient pas garder tout ce qu'ils avaient prévu de conserver du manoir. Son cœur se serra pour eux. Elle savait bien à quel point on pouvait être attaché à certaines choses. Elle ne préféra pas en discuter avec eux, le moment n'était pas idéal. Ils placèrent le buffet selon les instructions de Narcissa et les saluèrent avant de quitter les lieux. Leur travail était terminé. Il ne restait plus qu'à déballer tous les cartons et s'installer confortablement dans leur nouvelle maison. Une fois le camion de déménagement disparu, Hermione rendit les baguettes des deux sorciers. Elle leur rappela d'être sur leurs gardes, que les yeux étaient partout, même lorsqu'ils étaient à l'intérieur. Les Malefoy acquiescèrent et attrapèrent rapidement leur bien, de peur qu'Hermione ne leur arrache de nouveau. Ils s'installèrent dans le divan et les fauteuils pour souffler un peu.

"C'est épuisant de vivre sans magie…"

"Cela ne fait même pas 3h que tu es là… et tu te plains déjà…"

Ni Drago, ni Narcissa ne prirent mal la réflexion d'Hermione. Au contraire, un petit sourire se dessina sur leurs visages. La mère et son fils se regardèrent tendrement. "Un moment rare" pensa Hermione. Elle crut voir du soulagement dans les yeux de Narcissa et de la peur dans ceux de Drago. Elle ne put se retenir de les rassurer.

"Je vous promets que tout se passera bien… J'y veillerai."

"Vous êtes quelqu'un de bien Miss Granger… Je ne sais comment vous remercier…"

"Vous n'avez pas à…"

"Laissez-moi finir."

Le regard de Narcissa fut assez convaincant pour qu'Hermione se taise.

"Il me semble que nous ne vous avons jamais présenté d'excuses, je crois que c'est le jour idéal pour le faire. Vous avez témoigné d'une grande générosité envers nous, je ne pourrais jamais oublier. Je ne sais pas si nous le méritons. Nous n'avons pas été de bonnes personnes, et nous avons laissé le Mal dicter notre conduite… Si c'était à refaire, je ferais des choix bien différents, croyez-moi. J'espère qu'un jour, vous nous pardonnerez."

Drago, installé près de sa mère, avait détourné le regard. Lui n'était pas prêt de présenter ses excuses, et puis sa mère avait presque parlé pour lui, cela suffisait largement pour le moment. Hermione ne s'offusqua pas du comportement de son ancien camarade, le connaissant assez bien pour ne pas espérer ce genre de discours venant de lui. La jeune femme était déjà heureuse que Narcissa lui fasse de telles confidences. Elle avait compris que la famille Malefoy ne s'étalait pas en matière de sentiments, elle loua donc ce premier geste. Elle avait l'air tellement sincère, elle semblait vraiment regretter tout ce qui avait pu se passer. Hermione la croyait volontiers même si elle ne pouvait décemment pas oublier toutes ces années de conflits. La famille au sang pur lui en avait fait voir de toutes les couleurs et ils étaient extrêmement différents, il faudrait donc du temps pour avancer main dans la main. Toute cette situation était déjà très surprenante, Hermione s'était vraiment pliée en quatre pour eux, chose qu'ils ne feraient sûrement jamais pour elle. Mais elle n'oubliait pas que si Harry, son meilleur ami, n'avait pas croisé la route de Mme Malefoy, il ne serait peut-être plus en vie aujourd'hui.

"Nous devons laisser le temps effacer nos blessures, mais je pense que nous sommes sur la bonne voie, vous et moi. Et puis… nous sommes voisins désormais ! Nous ferions mieux de nous entendre."

Narcissa sourit tendrement à Hermione pour acquiescer. Cela soulageait la mère de Drago d'être bien entourée, de démarrer une nouvelle vie, loin du mépris du monde sorcier. Ils pourraient faire leurs preuves tout en vivant paisiblement, dans une petite maison, au beau milieu d'un monde qu'ils ne connaissaient pas. Cela était inédit, ils devraient prendre rapidement leurs marques et s'investir auprès des autres pour comprendre les codes sociaux des moldus et s'intégrer sereinement. Hermione les aiderait sûrement à vivre mieux ce grand changement. Même si elle ne souhaitait pas particulièrement s'investir quotidiennement auprès des Malefoy, elle serait incapable de les laisser tomber, elle le savait pertinemment et Drago et Narcissa l'avaient sans doute compris également. La nouvelle propriétaire de la maison d'en face sortit une bouteille de champagne. Elle savait que c'était ainsi que les moldus fêtaient les bonnes nouvelles. Elle s'était dit que c'était une bonne manière de prouver à Hermione qu'ils feraient des efforts pour se plier à ce nouveau mode de vie. La jeune femme n'était pas friande du champagne mais elle ne pipa mot, agréablement surprise par cette attention. En réalité, aucun des trois n'aimait le champagne, ils burent tous leur coupe en grimaçant presque à chaque gorgée. Seul Drago ne s'en cacha pas et sa mère n'arrêtait pas de lui donner des coups de coude, ne voulant pas qu'Hermione s'en aperçoive. La scène amusa beaucoup la jeune femme qui, bien sûr, avait remarqué depuis le début que ce n'était pas la tasse de thé de Drago. Après une demi heure pour terminer sa coupe, Hermione engagea le mouvement pour placer les appareils électroménagers, après elle pourrait rentrer chez elle et laisser les Malefoy s'installer à leur aise. Le fait qu'ils avaient toute une équipe derrière eux au manoir ne facilitait pas la tâche pour Hermione. En effet, les Malefoy ne cuisinaient pas, ne faisaient pas le ménage, et n'entretenaient pas leur jardin. Même s'ils avaient eu tout le matériel au manoir, ils ne sauraient sans doute pas s'en servir. Malheureusement, même s'il était possible de se servir discrètement de sa baguette, il valait mieux connaître le fonctionnement de leurs nouveaux éléments.

Plus d'une heure après, le ventre d'Hermione criait famine. Elle était toujours coincée avec les Malefoy, et ils étaient loin d'avoir fait le tour. Les Malefoy n'avaient pas prévu que ça durerait si longtemps. Aussi, ils n'avaient rien pour le déjeuner. Mme Malefoy demandait à Hermione s'ils pouvaient se restaurer pas très loin quand Blaise arriva. C'est vrai qu'Hermione s'était demandé pourquoi il n'avait pas participé au déménagement. Finalement, le jeune homme avait commencé à travailler avec son père, ce qui lui prenait du temps. Il avait tout de même réussi à se libérer pour les aider. Le jeune homme était toujours de très bonne humeur. Pourtant, Hermione ne l'avait jamais vu si souriant à Poudlard, certes, il semblait plus ouvert que ses proches mais il avait souvent le visage renfrogné. "Comme tous les serpentards" pensa Hermione. Peut-être que Blaise aussi s'était senti libéré après la mort de Voldemort.

"J'arrive pour le déjeuner, génial !"

"Je me demandais où nous pourrions aller justement…"

"Il y a un petit commerce pas très loin… mais si vous voulez manger rapidement, vous préférerez peut-être un restaurant ou une brasserie ?"

"Oui, ce sera plus pratique en effet… Mais pas du côté sorcier. Aucun sorcier ne nous accepterait dans son établissement."

"Vous voulez aller dans un restaurant moldu ? Il y en a un pas très loin, que je vous le conseille fortement."

"Vous allez vous joindre à nous Miss Granger ?"

Drago et Blaise se jetèrent un regard en coin. Ils se sentaient presque mal à l'aise. Cela n'encourageait pas Hermione à accepter la proposition de Mme Malefoy. Elle avait peur de gêner et ne se sentait pas vraiment à sa place. Narcissa s'aperçut vite du malaise qui s'était installé.

"Laissez nous vous inviter à déjeuner enfin. Comment allons-nous faire si les moldus nous regardent étrangement ?"

Elle n'avait pas tort. Drago et Blaise comprirent rapidement qu'ils n'avaient pas vraiment le choix que de garder Granger près d'eux étant donné la situation. Hermione accepta à contre-cœur. Drago et Blaise ne s'étaient pas montrés très démonstratifs et elle avait bien vu que cela les dérangeait. Elle ne comprenait pas vraiment le comportement de Drago à son égard. Quelques temps plus tôt, il lui semblait que le relation s'était améliorée, mais visiblement, pas à ce point. Hermione s'était faite des illusions, encore une fois. Elle avait voulu croire que le changement allait durer dans le temps, mais c'était sans compter sur le sale caractère de son ancien camarade de classe. Drago Malefoy était imprévisible, elle devait donc rester méfiante vis-à-vis de lui. Ils se préparèrent pour partir. Bien sûr, ils devraient marcher pendant un bon quart d'heure. Le restaurant était à quelques rues de la maison. Hermione avait le cœur serré durant le trajet. Elle ne pensait pas que Narcissa aurait l'idée de la convier pour le déjeuner, elle avait donc proposé ce restaurant sans trop réfléchir. Ce n'était pas anodin si cette adresse lui était venue en premier. En réalité, c'était l'endroit préféré de ses parents lorsqu'ils vivaient encore ici, et qu'ils se souvenaient d'elle bien sûr. Hermione n'y était pas retournée depuis qu'elle avait quitté la maison de ses parents après leur avoir effacé la mémoire. Le gérant du restaurant la connaissait bien, autrefois. Il ne se souviendrait pas d'elle, mais le revoir la rendrait sûrement très nostalgique.

Arrivés au restaurant, ils poussèrent Hermione à entrer avant eux, et la suivirent en tentant d'être les plus discrets possible. Ils avaient pris l'habitude d'être pris pour cible dans les lieux publics. Aussi, cela faisait des mois qu'ils se terraient chez eux, sans fréquenter les lieux habituels. Bien sûr ici, personne ne les reconnaîtrait, à moins qu'un sorcier se soit perdu dans les quartiers moldus, mais c'était peu probable. Malgré tout, ils restaient sur leur garde et essayaient de se fondre dans la masse. Hermione apprécia qu'ils ne se fassent pas remarquer. Elle vérifia que personne ne se lève dans le restaurant pour trancher la gorge des Malefoy en balayant la salle d'un coup d'oeil. Les regards étaient tournés vers eux mais aucun des clients ne semblaient dégager la moindre animosité à leur encontre. Hermione n'eut pas le temps de reprendre son souffle car le gérant qu'elle connaissait bien avait presque surgi devant elle, avec un grand sourire pendu sur les lèvres. "Toujours aussi accueillant…" pensa Hermione. Elle tenta de cacher ses sentiments du mieux qu'elle pu et lui demanda s'il avait une table pour quatre personnes. Le gérant les installa rapidement dans un coin tranquille du restaurant et leur apporta la carte.

Drago avait observé Hermione tout le long du trajet. Elle semblait pensive et presque embêtée. Il pensait qu'elle et sa mère auraient profité du trajet pour parler couture mais étrangement, il semblait à Drago que la jeune fille ne fut pas très causante ou en tout cas, préoccupée par autre chose que les nouveaux tourments de ménagères de sa mère. Bien sûr, il n'avait pas essayé de savoir ce qu'il la tracassait tant, mais il gardait cela dans un coin de sa tête. Il devait garder la face, avec Blaise qui s'imaginait des choses sur Hermione et lui, il ne pouvait pas aller la voir et lui demander comment elle allait. Son meilleur ami lui aurait encore pris la tête à ce sujet, il ne souhaitait pas vraiment remettre cela sur le tapis. Drago avait tenté d'être moins démonstratif envers elle depuis le début de la journée. Pour cela, il lui avait adressé la parole que lorsque cela avait été nécessaire et il avait évité son regard le plus possible. Bizarrement, il avait trouvé cela beaucoup moins naturel qu'avant. Mais il ne souhaitait pas que quiconque se fasse des idées sur Hermione et lui. Au fond de lui, Drago aurait aimé connaître la raison des tourments d'Hermione. Il se souvint de la fois où ils avaient visité la maison et qu'il l'avait retrouvée, l'air pensif, devant la fenêtre de sa chambre. Peut-être que cela n'avait rien à voir, mais quelque chose lui disait le contraire. Malheureusement, le mystère resterait entier, vu les relations qu'ils entretenaient. De plus, il tentait de ne pas être trop proche d'elle, ce n'était pas pour aller lui demander de se confier à lui. Avait-il vraiment envie de savoir ? "Oui, assurément" répondit Drago à sa voix intérieure, mais c'était presque impossible qu'ils aient un jour ce type de conversation. Le jeune Malefoy s'était donc concentré sur ce que lui racontait Blaise, jusqu'à leur arrivée au restaurant, où ils s'étaient tous tus pour laisser faire Hermione. Encore une fois, il avait perçu le même malaise chez la jeune fille.

Au début du repas, Blaise tentait désespérément de faire la conversation mais chacun des convives autour de la table semblait préoccupé. Hermione lançait des coups d'oeil insistants sur le gérant du restaurant, Drago tentait de comprendre pourquoi et Narcissa Malefoy était intriguée par ses voisins de table. Blaise, lassé de parler dans le vide, donna un coup de genou à son voisin, autrement dit Drago. Celui-ci se tint le genou un instant, pour calmer la douleur et lança un regard assassin à son meilleur ami. Aucune des deux femmes n'avaient remarqué le manège, bien trop occupées à observer ce qu'il se passait ailleurs. Blaise glissa doucement à Drago :

"C'est très gênant… personne ne parle !"

"C'est une raison pour me frapper ?"

"Oh ça va, douillet ! Tu ne crois pas que nous devrions nous porter pâles afin de rentrer au plus vite ?"

"Je ne sais pas… je n'avais pas remarqué…"

"Non, tu étais bien trop occupé à mater la fille devant toi !"

Drago, qui n'avait pas compris où il voulait en venir, regarda en face de lui et tomba sur le visage pensif d'Hermione Granger. Il sentit la colère monter en lui, une colère relative étant donné qu'elle était portée vers Blaise, mais une colère quand même. Il avait pourtant bien réussi à dissimuler sa curiosité envers Hermione toute la journée. Il avait fallu qu'il faiblisse une fois pour que son meilleur ami le pique au vif.

"Par Merlin, arrête avec ça !"

"Tu as les yeux rivés sur elle depuis dix minutes déjà…"

"Qu'est-ce-que vous marmonnez les garçons ?"

Narcissa Malefoy venait sans doute d'arrêter de se croire au zoo pendant que les deux jeunes hommes se chamaillaient à propos d'Hermione. Celle-ci fut aussi dérangée dans ses pensées puisque son esprit se recentra immédiatement sur la conversation en cours. Elle ne savait pas combien de temps elle avait été plongée dans ses souvenirs, ni ce qui pouvait bien se dire autour de la table. "Les garçons" en question ne savaient plus où se mettre, surtout Drago qui avait peur que Blaise ne révèle le sujet de leurs messes basses. Il décida donc de répondre à sa mère avant que son imbécile de meilleur ami ne fasse une gaffe.

"Blaise me parlait de sa formation avec son père…"

"Oh et bien j'aimerais beaucoup savoir comment ça se passe pour toi…"

Drago avait sauvé les apparences une fois de plus. Blaise, qui avait quitté le bureau moins d'une heure avant fut un peu dépité de devoir parler du travail mais il ne voulait pas blesser Mme Malefoy qui avait l'air très intéressé par le sujet. Blaise et son père travaillaient avec la famille Greengrass. Une famille dont les Malefoy étaient très proches avant la guerre. Mais contrairement à eux, les Greengrass n'avaient jamais fait partie du mauvais côté de l'histoire. Drago connaissait bien les filles Greengrass : Astoria et Daphné, ils avaient presque le même âge et s'étaient longtemps fréquentés, notamment par obligation étant donné le nombre important de repas mondains où ils passaient plus de la moitié du temps ensemble, mais aussi par affinité. Il ne les avait pas revu depuis plus de deux ans, vu les circonstances et n'avait pas vraiment eu le temps de penser à elles à vrai dire. Les Greengrass étaient reconnus dans le monde des affaires et le père Greengrass était un homme honnête que Drago appréciait vraiment. Hermione s'excusa et prétendit vouloir aller se rafraîchir aux toilettes. Narcissa et Blaise semblaient plongés dans leur conversation, Drago en profita donc pour suivre Hermione. Il n'en pouvait plus de ne pas savoir ce qui tourmentait la jeune femme. Il la suivit rapidement et se trouva rapidement dans un petit couloir avec deux portes l'une en face de l'autre. Hermione allait entrer dans les toilettes pour femmes quand elle aperçut Drago sur ses talons.

"Ah toi aussi tu as besoin d'aller te rafraîchir Malefoy ?"

"Non, mais toi, c'est certain ! Granger, qu'est-ce-que tu as aujourd'hui ? tu as vu ta tête ? on dirait que tu as vu un revenant…"

"Tu m'adresses la parole maintenant ?"

Drago se sentit très bête. Elle avait donc remarqué que quelque chose était différent aujourd'hui entre eux. Ce qui confirmait l'idée qu'ils s'étaient potentiellement, légèrement, rapprochés avant aujourd'hui, où Drago avait décidé qu'il en serait autrement. Il bégaya un instant et Hermione s'engouffra dans les toilettes des femmes. Drago fut vexé de ne pas pouvoir se défendre. Il ne lui restait plus qu'à entrer dans les toilettes pour femmes. Tant pis pour son honneur, en espérant que personne d'autre ne s'y trouvait. Hermione s'offusqua en voyant le jeune homme s'infiltrer dans la pièce. Lui fut soulagé de voir qu'il n'y avait qu'elle.

"Malefoy, mais qu'est-ce-que tu fais ?"

"Granger, arrête de grogner… Je te trouve juste un peu pâlotte aujourd'hui, je voulais juste m'assurer que tout allait bien… rien de plus."

"Alors si je comprends bien, tu t'inquiètes pour moi ?"

Drago pensait agir par simple curiosité. Il savait que quelque chose la tourmentait, il voulait presque être certain d'avoir raison, pour pouvoir clamer haut et fort qu'Hermione Granger n'avait pas de secret pour lui. Pour quelle raison faisait-il cela ? Il ne savait pas, mais c'était plus fort que lui. S'inquiétait-il pour elle ? Non, sûrement pas ! Peut-être un peu, sans le reconnaître ? Si c'était le cas, il ne l'admettrait pas si facilement.

"M'inquiéter pour toi ? N'abuse pas Granger… j'essaie d'être sympa mais pas à ce point là tout de même…"

"Alors qu'est-ce-que ça peut te faire ? et pourquoi tu me suis jusqu'aux toilettes pour femmes pour me demander si je vais bien ?"

Le sourire d'Hermione était toujours absent sur son visage, c'était plutôt rare chez elle. Les problèmes que rencontraient la jeune femme devaient être importants. Elle n'attendit pas de réponse de sa part et entra dans une des toilettes. Elle voulait prendre du temps pour souffler un peu et être seule. C'était sans compter sur Drago qui insista, à travers la porte, résolument décidé à ne pas la laisser en paix :

"Je suis juste curieux de savoir ce qui peut bien t'ennuyer à ce point…"

Visiblement, Drago ne la laisserait pas tranquille, même après s'être enfermée. Hermione poussa la porte des toilettes et se dirigea plutôt vers les lavabos afin de réellement se passer un peu d'eau sur le visage. Elle se regarda un instant dans le miroir en face d'elle. Drago n'avait pas tort, elle portait la tristesse dans chacun des traits de son visage. Elle avait toujours eu du mal à cacher ce qu'elle ressentait, et d'autant plus lorsque cela concernait ses parents. Le jeune Malefoy la regarda faire sans dire un mot, de peur de brusquer davantage Hermione. Il savait où était la limite avec elle. Il l'avait tant de fois fait sortir de ses gonds. Elle daigna enfin se tourner vers Drago pour simplement lui dire que ça ne le regardait pas et qu'il ne comprendrait sûrement pas.

"Ce n'est pas Weasley qui te met dans un tel état quand même ?"

"Pardon ? De quoi te mêles-tu à la fin ? Il y a des choses plus graves qu'une dispute avec mon copain, Malefoy."

"D'accord, d'accord, pardon, je me tais…"

Hermione sembla perplexe devant la réaction de son meilleur ennemi. Il semblait sincère en prétextant qu'il n'insisterait pas, pourtant, elle l'observa un instant pour être bien sûr qu'il ne la faisait pas marcher.

"Pourquoi tu me regardes comme ça ?"

"Je ne sais pas… je suis un peu surprise… je ne pensais pas que tu lâcherais l'affaire si facilement."

"Oh mais je peux insister si tu préfères ?"

"Je te reconnais bien là mais, non ! Sans façon…"

"Tu vas arrêter de faire la tête tout de même ou tu vas continuer de ruiner l'humeur de tout le monde ?"

Hermione sentit la pointe d'ironie dans la réplique de Drago, ce qui permit à ce dernier de décrocher un sourire de la part de la jeune fille. Un des premiers depuis le début de la journée. Il eut la sensation d'un poids en moins sur les épaules. Drago ne comprit pas vraiment pourquoi mais il fut réellement soulagé de la voir sourire. Il attrapa la porte de sortie et fit un geste vers l'extérieur pour montrer à Hermione de se faufiler rapidement.

"En piste Granger, on nous attend."