Chapitre XII : mai 1999 :
"Nous serions ravis de vous avoir auprès de nous ces prochains mois. Cela vous permettra sans doute d'y voir un peu plus clair en ce qui concerne votre avenir professionnel."
Arthur Weasley avait réussi à arranger un rendez-vous avec le directeur du département de la justice magique pour Hermione. Elle avait choisi d'effectuer un stage au Ministère pour pouvoir choisir entre la politique et l'enseignement. Il n'y avait que comme ça qu'elle saurait ce qui était fait pour elle. Elle plaçait beaucoup d'espoirs dans ce stage. Bien sûr, son statut d'héroïne de guerre et son dossier scolaire impeccable constituaient presque un droit de passage partout où elle se rendait. Ainsi, le directeur du département de la justice n'avait pas hésité longtemps pour accepter la requête de la jeune femme. Après son entretien, elle retrouvait Ron, Harry et Ginny pour le déjeuner. La situation s'était un peu apaisée avec Ron même si celui-ci restait très distant. Ils passaient peu de temps ensemble. Hermione s'était excusée plus d'une fois, elle savait que seul le temps ferait oublier à Ron sa colère, alors elle préférait ne pas insister et le laisser revenir vers elle, quand il le voudrait bien. Quand ils se voyaient, c'était donc bien souvent accompagnés de Ginny et Harry. Cela permettait à Ron de rester silencieux quand il ne se sentait plus de prendre part à la conversation. Le couple avait remarqué le froid polaire entre Hermione et Ron et tentait de les prendre à part pour discuter de la situation quand l'occasion se présentait mais, rien n'y faisait, Ron et Hermione restaient toujours très distants l'un de l'autre. Hermione avait hâte de les retrouver pour leur annoncer la bonne nouvelle. Ils étaient déjà tous installés en terrasse d'un restaurant du quartier sorcier de Londres. Le temps était plutôt clément même si l'Angleterre peinait souvent à avoir de fortes températures. La jeune femme salua tout le monde et s'installa près de Ron. Ginny ne tarda pas à lui demander comment s'était passé son entrevue. Elle annonça alors à ses amis que son stage commençait dans deux semaines pour une durée de trois mois. Tous la félicitèrent chaleureusement, même Ron pour le plus grand bonheur de la jeune femme. Ils trinquèrent pour fêter l'événement et prirent commande.
"Je vais simplement passer aux toilettes avant le repas, je fais vite !"
"Attends, je vais t'accompagner…"
Harry s'était levé précipitamment ce qui avait légèrement surpris les trois autres, mais aucun ne fit de commentaire, préférant sans doute ne pas en savoir trop. Hermione comprit que Harry avait sans doute une idée derrière la tête et cela se confirma lorsque celui-ci l'agressa presque dans le petit couloir qui menait aux toilettes. Il agitait nerveusement une lettre devant les yeux d'Hermione.
"Dis-moi que tu n'es pas derrière cette mascarade Hermione !"
La jeune femme tenta désespérément de calmer son meilleur ami car elle voyait déjà des yeux se tourner vers eux.
"Accompagne moi à ce repas, je t'en prie !"
"Hermione, tu te fiches de moi ? Qu'est-ce-que je pourrais bien faire chez les Malefoy ? De quoi vais-je avoir l'air ?"
"S'il-te-plaît, ce sera plus facile pour moi de dire à Ron que je m'y rends par convenance avec toi, plutôt que de dire que j'y vais parce que…"
"Parce que tu as envie d'y aller tout simplement ?"
Hermione baissa la tête, honteuse. Elle remercia intérieurement Harry de l'avoir formulé à sa place car elle n'aurait jamais eu le courage de le dire à voix haute. Son meilleur ami avait bien comprit ce qu'il se passait dans la tête d'Hermione. Il s'en voulut de la voir si triste, alors il tenta de lui expliquer les choses doucement, sans colère aucune :
"Hermione, tu as le droit de bien t'entendre avec les Malefoy. Nous avons fait en sorte qu'ils soient en liberté, ils ont été jugés pour leurs méfaits, tu les as aidés à s'installer ailleurs, tu les as vus de nombreuses fois ces derniers mois, quoi de plus normal que de développer un semblant de relation avec eux ? Je sais à quel point Narcissa peut être bienveillante malgré tout ce qu'on peut penser d'elle… Tout ce que je peux te conseiller, c'est de rester sur tes gardes et de penser à toi avant de penser à leur bien-être. Tu n'es pas responsable d'eux, et il ne faudrait pas que tu te mettes à dos ceux à qui tu tiens."
"Tu parles de qui ? De toi, de Ginny ou de Ron ?"
"Ginny est bien plus tournée vers l'avenir que Ron, tu sais déjà ce que je pense de tout ça… alors oui, je parle de Ron… il n'y a qu'à regarder l'ambiance glaciale qu'il règne entre vous deux… Il va falloir que tu choisisses…"
"Mais je ne veux pas choisir…"
Harry fut un peu étonné de la réponse d'Hermione. Il savait à quel point elle avait pu être attachée à Ron toutes ces années. Et voilà qu'aujourd'hui, elle n'arrivait pas à le choisir lui face à n'importe qui. Finalement, peut-être qu'ils n'étaient pas faits pour être ensemble contrairement à ce que tout le monde pensait.
"Tu devrais en discuter avec lui…"
"Tu as raison…"
Harry prit Hermione dans ses bras pour lui apporter un peu de réconfort. Il ne put s'empêcher de lui glisser à l'oreille qu'il ne viendrait pas aux repas organisé par les Malefoy. Hermione fut déçue mais elle ne pouvait pas lui en vouloir. Lui avait décidé d'ignorer la famille et d'avancer loin d'elle même s'il avait fortement participé à leur liberté. Quant à elle, elle s'était complètement engagée auprès des Malefoy, quitte à s'attacher quelque peu à cette famille atypique, qui l'intriguait plus qu'elle ne l'aurait voulu. Quant Hermione regagna la table où étaient installés ses amis, elle demanda discrètement à Ron de la raccompagner chez elle afin qu'ils puissent avoir une discussion. Il accepta sans conviction sa proposition et reprit le fil de la conversation qu'il entretenait avec Ginny sur le Quidditch.
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Une heure plus tard, Ron et Hermione se retrouvaient chez elle. L'atmosphère était plus que pesante et Hermione ne savait plus vraiment comment engager la conversation. De plus, Ron semblait fermé à la discussion, évitant soigneusement son regard et fixant sans répit un cadre entourant une photographie qu'Hermione avait gardé de ses parents. Ce n'était sûrement pas lui qui allait lancer la discussion. Après tout, la faute revenait à Hermione, elle ne devait donc pas attendre plus de la part de son petit ami. Elle proposa à Ron un verre et des petits gâteaux, qu'il refusa sèchement mais poliment. Elle n'insista pas et comprit largement que le moment était venu pour elle de mettre les choses sur la table, sous peine de voir Ron s'enfuir.
"On ne peut pas continuer comme ça Ron…"
"Je sais bien."
"Je ne veux pas que l'on se fâche à cause des Malefoy, c'est ridicule…"
"Arrête de répondre aux moindres sifflements de leur part dans ce cas !"
Décidément, Ron n'allait pas lui faciliter la tâche. Il semblait camper sur ses positions. Hermione préféra ne pas s'emporter et tenta d'apporter quelques nuances :
"Tu sais bien que ce n'est pas aussi simple que cela…"
Ron soupira.
"Au début, je voulais simplement essayer de recréer du lien entre l'ancien monde sorcier et le nouveau et finalement… Je crois que je me suis un peu perdue dans mes envies…"
"Perdue à quel point ?"
Hermione réfléchit un instant, ne sachant comment formuler ses sentiments. Comment pouvait-elle dire à Ron que les Malefoy n'étaient plus vraiment les monstres qu'ils avaient connu et côtoyé ? Et comment lui annoncer qu'elle pourrait presque les trouver sympathiques ? Cela pourrait sembler très soudain aux yeux de Ron, il pourrait s'imaginer que les Malefoy l'auraient manipulée ou envoutée. Le plus étonnant était que cela était aussi soudain pour elle, qui n'avait pas pu mettre des mots sur ce qu'elle ressentait vraiment avant la conversation avec Harry, au restaurant. Tant pis, elle se lançait.
"Je ne veux pas choisir. Je veux pouvoir voir les Malefoy sans restriction de ta part. Je veux faire ce que je veux, quand je le désire… même si ça ne te plaît pas."
Hermione perçut le voile de tristesse dans les yeux de Ron, juste avant qu'il ne baisse le regard. Elle ne put s'empêcher d'être triste à son tour. Le blesser ne faisait pas partie de ses plans, mais si elle devait passer par ce mauvais moment pour pouvoir être libre, alors elle le ferait.
"Si je comprends bien, je t'en demande trop en t'empêchant de voir les Malefoy ?"
Hermione n'eut pas le courage de répondre à voix haute. Elle acquiesça simplement d'un signe de tête, mêlé à son regard désolé.
"Si je veux te garder, je vais devoir accepter de te voir faire ami-ami avec les Malefoy ?"
"Si on veut…"
Ron se leva du fauteuil dans lequel il était installé, et se dirigea vers la sortie. Hermione se précipita vers lui, réalisant ce qu'il se passait.
"Ron ! Qu'est-ce-que tu fais ?"
Hermione sentait déjà les larmes lui monter aux yeux. Ron se tourna vers elle et lui dit tout bas :
"Je ne pourrais pas supporter ça…"
Cela suffit à anéantir Hermione au plus profond d'elle-même. La douleur vive qu'elle ressentait au fond de sa poitrine prouvait à quel point Ron était important pour elle. Elle l'avait toujours voulu, depuis le début, et voilà qu'elle gâchait tout, pour qui ? pour des gens qui ne l'avaient jusqu'à aujourd'hui jamais considérée comme leur égal.
"Pardonne-moi Ron ! Je ne sais pas ce qu'il me prend ! Je suis désolée, je n'aurais pas dû dire ça ! Je n'en pense pas un mot… reviens s'il-te-plaît !"
Ron était déjà sur le pas de la porte. Voir les larmes couler le long du visage de la jeune femme lui fendit le coeur. Il l'aimait, mais il savait qu'ils ne trouveraient pas de compromis à cette situation. Il avait prit le temps de réfléchir ces derniers temps. Ils étaient extrêmement différents tous les deux et il n'était plus certain de pouvoir imaginer une vie entière à ses côtés malgré l'amour qu'il ressentait pour Hermione. Il était malheureux de devoir envisager la fin de cette relation, mais il avait comprit qu'ils n'étaient pas faits pour être ensemble. Il prit Hermione dans ses bras pour tenter de calmer ses pleurs. Il chuchota des paroles réconfortantes à son oreille. Mais leur histoire semblait être terminée. Il s'éloigna doucement d'elle, la regarda tendrement et lui caressa la joue. Hermione attrapa la main de Ron comme pour l'empêcher de partir. Elle continuait de pleurer, inlassablement. Il s'approcha de son visage : "je suis encore là Hermione, toujours là pour toi, je ne t'abandonne pas". Ron avait finalement compris contrairement à ce qu'elle avait pu penser. Elle vivait cela comme un abandon, la suite du départ de ses parents. Mais Ron était son ami avant tout, et il n'y avait aucune raison qu'il disparaisse. Pourtant, la douleur était intense, et semblait s'être installée pour l'éternité, comme celle déjà présente, logée dans le cœur d'Hermione. Il posa ses lèvres contre celles de la jeune femme et l'embrassa, une dernière fois, parce qu'il l'aimait, et qu'elle l'aimait aussi, parce qu'ils en avaient envie et que finalement, ils n'avaient pas pu profiter assez de ces moments de tendresse, tellement leur quotidien ensemble était rempli d'obstacles. Hermione se concentra sur cet échange autant qu'elle le put pour ne jamais oublier cette sensation, puis le laissa partir sans rien dire, fatiguée et paralysée par la douleur.
Non loin de là, Drago Malefoy observait la scène depuis sa fenêtre. Il ne pouvait les entendre, mais il n'était pas idiot. Hermione pleurait à chaudes larmes et Ron Weasley la laissait dans cet état, sur le palier de sa porte. Il semblait alors qu'il venait d'assister en direct à leur séparation. Encore une fois, voir la tristesse sur le visage de l'ancienne Gryffondor ne lui procurait aucun plaisir, et pire encore, cela lui faisait presque de la peine. Hermione semblait ravagée par la douleur. Il ne savait pas vraiment ce qu'une séparation impliquait, mais il n'aurait jamais cru qu'on pouvait être aussi malheureux pour un chagrin d'amour, lorsque l'on avait affronté la guerre et le deuil. Il vit la jeune femme regarder Ron s'en aller pour finalement disparaître complètement. Elle recommença à pleurer de plus belle avant de regagner sa maison. Quand Drago vit la porte se refermer, il sentit la frustration l'envahir. Cela ne pouvait pas se finir comme cela ! Il ne pouvait pas juste rester planté là, alors qu'il avait tout vu. Et que se passait-il désormais à l'intérieur de cette maison, derrière cette porte ? La curiosité était plus forte que tout. Il prit une veste et descendit les marches quatre à quatre. Il tomba nez à nez avec sa mère, alertée par les bruits de pas de gorille de son fils dans les escaliers.
"Drago ! Enfin un peu de tenue !"
"Je n'ai pas le temps pour une remontrance là tout de suite... à plus tard !"
Et il claqua la porte d'entrée sans attendre de réponse. Narcissa se précipita sur la fenêtre pour épier son fils. Il courait au milieu de la rue et se dirigeait inévitablement vers la maison… d'Hermione Granger. Qu'avait-il derrière la tête ?! Elle s'apprêtait à les rejoindre, de peur que son fils ne fasse une bêtise quand elle vit Miss Granger ouvrir sa porte à la volée pour finalement tomber dans les bras de Drago. La scène était surréaliste pour Narcissa qui se rapprocha vivement du premier fauteuil qu'elle trouva, ne sentant plus la force dans ses jambes pour la soutenir. Elle n'avait pas donc assister à la surprise d'Hermione de se trouver contre le corps d'un homme qu'elle ne connaissait pas. Elle avait espéré que Ron se trouve derrière cette porte après avoir renoncé à partir. Mais c'était peine perdue, il ne ferait sûrement jamais demi-tour. Elle reconnut enfin Drago Malefoy. Une vague de colère s'immisça en elle. Finalement, s'il n'existait pas, elle n'aurait jamais eu tous ces problèmes. La famille Malefoy était décidément maudite aux yeux de la jeune femme. Ils ne lui apportaient que des ennuis et du malheur depuis leur première rencontre. Et voilà qu'elle avait laissé partir Ron, pour eux. Quelle idiote !
Drago Malefoy la regarda d'un air perplexe, en réalité, il n'avait pas bien réfléchi à ce qu'il allait faire une fois devant elle. Finalement, Hermione s'était jetée dans ses bras sans qu'il puisse dire ou faire quoique ce soit. Il n'avait pas bougé et avait laissé les choses se faire en attendant que la jeune femme se relève. Il comprit à son regard qu'elle ne s'attendait pas à lui. L'orage grondait dans ses pupilles, un regard qui fit presque regretter à Drago de s'être rendu jusqu'ici. Il fronça les sourcils, se préparant à se défendre. Il eut juste le temps de mettre ses avant-bras contre lui pour se protéger de la tornade brune. Hermione le rouait de coups telle une furie et marmonnait des choses incompréhensibles. Elle pleurait de plus belle, son visage était déformée par la rage. Un peu moins d'une minute plus tard, Drago sentit qu'elle perdait ses forces. Il tenta d'un geste brusque de retenir les mains de la jeune femme et lui cria dessus pour qu'elle retrouve ses esprits rapidement. Hermione s'arrêta net et se fut la tristesse qui reprit le dessus. Elle était épuisée, elle ne pouvait plus se battre contre Drago. Les larmes continuaient de descendre le long de ses joues, sans qu'elle ne puisse les retenir. Drago la poussa à l'intérieur de chez elle pour éviter de rameuter tout le quartier, et ferma la porte derrière eux. La jeune femme s'effondra par terre sans prendre garde à ce qu'il pourrait penser d'elle. Hermione se laissa être vulnérable, elle savait déjà que ce serait une erreur, mais son courage l'avait abandonné. Elle n'avait même pas l'envie de repousser Drago et de le jeter à la porte. Celui-ci se sentit bête et ne savait pas vraiment comment réagir à la situation. Les gens qu'il côtoyait habituellement avaient tendance à cacher ce qu'ils ressentaient et surtout, à ne pas montrer leurs faiblesses. Il n'avait jamais eu à réconforter qui que ce soit, et n'en avait jamais éprouver le besoin ni la volonté. La pudeur et la dignité importaient beaucoup dans son monde, il avait donc du mal à concevoir qu'on puisse se montrer si désespéré devant lui.
"Mais relève-toi enfin !"
Il joint à ses mots maladroits le geste : il tenta de relever la jeune femme de force, mais celle-ci n'y mettait pas du sien et se laisser retomber sur le sol comme un mollusque. Elle grognait entre deux pleurs pour montrer son mécontentement.
"Allez relève-toi ! Tu ne vas pas te laisser dépérir contre le carrelage de ton entrée ?"
"Laisse-moi tranquille Malefoy !"
Il hésita un instant à partir. Après tout, il ne pouvait rien pour elle, et ce n'était pas son affaire si Hermione Granger était malheureuse. Il devrait peut-être prévenir l'un de ses amis… et finalement, qu'est-ce qu'il faisait là ? Il n'en savait rien… son instinct l'avait simplement mené jusqu'ici, rien de plus. Avait-il une autre bonne raison d'être là ? Non, aucune. Mais maintenant qu'il était là, devait-il faire demi-tour ? Quel dilemme pour ce petit bout de femme !
"DEBOUT GRANGER. Maintenant !"
La première fois qu'il avait crié, elle s'était calmée instantanément, il espérait donc que cela suffirait à la sortir de ce repli. Surprise par l'autorité de Drago, Hermione leva les yeux vers lui et attendit la suite. Elle se sentait toute petite face à lui, debout devant elle. Elle tendit sa main pour qu'il l'aide à se relever du carrelage froid. Drago regarda la main tendue et mit quelques secondes à se décider à tendre la sienne. Après un soupir de sa part, il serra fermement la paume de sa main frêle et la tira vers lui. Hermione le laissa planté là, sans un regard pour lui. C'en fût trop pour lui qui ne supportait pas le dédain de la jeune femme.
"Et c'est tout ? même pas un merci ni rien ? Tu m'as frappé et hurlé dessus comme une folle toute à l'heure, sans raison je te signale…"
Elle se retourna vivement vers lui et il retrouva les yeux perçants et la colère d'Hermione se pointer vers lui. Il se sentit légèrement déstabilisé, alors pour cacher sa gêne, il renchérit :
"Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour te mettre autant en colère ?! Je n'y suis pour rien moi si Weasley t'a largué !"
"Ne parle pas de lui !"
"Alors j'ai raison, c'est fini l'amourette…"
"Tais-toi…"
"Toutes ces années à se tourner autour pour quel résultat ? quelques semaines d'idylle ! Bravo Granger, tu aurais mieux fait de rester dans ta bibliothèque au lieu de vouloir se mêler des affaires des grands !"
Toutes les insultes possibles et imaginables résonnèrent dans la tête de la jeune femme. La haine qu'elle ressentait pour lui s'était décuplée en l'espace d'une seconde. Elle voulait le voir souffrir, autant qu'elle avait pu souffrir, pour lui, pour Ron et pour tout le reste.
"Toi aussi tu aurais peut-être dû laisser de côté les affaires des grands parfois, n'est-ce pas Drago ? Tu ne serais peut-être pas obligé de vivre en face de la fille que tu détestes le plus au monde."
Et elle se rendit sans attendre dans son salon, sous peine de lui sauter dessus et de l'étrangler. Un meurtre dans sa maison ne serait pas gérable aujourd'hui, alors tant pis. Drago était également dans une colère monstre. Il avait tout gagné à venir dans la maison d'en face. Le pire, c'est qu'elle avait raison. Lui aussi aurait dû être écarté de certaines choses, bien trop souvent, il avait été enrôlé, sans consentement aucun dans des affaires qu'il aurait préféré ne pas connaître. Lui qui était encore sur le chemin long et tortueux de la rédemption ne savait pas vraiment s'il devait la rejoindre et s'excuser, ou bien la rejoindre et lui faire payer ses propos injurieux. Il savait qu'elle avait l'avantage et qu'elle l'aurait toujours sur lui, au vu de son passé plus que discutable, il fallait qu'il s'y fasse, le bon temps était révolu pour lui. Drago et sa famille n'avaient plus le pouvoir d'antan et désormais, il ne pouvait plus compter sur personne d'autre que sa mère et depuis peu, sur Hermione. Alors, il se rendit dans le salon, sans savoir vraiment comment réagir. Il trouva la jeune femme repliée sur elle-même, secouée de sanglots dans un coin du sofa. Cela suffit largement à le convaincre de ne pas en rajouter. Il préféra ne pas dire un mot, et au diable les moldus, il sortit sa baguette, fit venir à lui une tasse de thé qu'il remplit d'eau chaude pour la déposer près d'Hermione, une boîte de mouchoirs ainsi qu'une couverture chaude qu'il déposa sur les épaules de son ancienne camarade de classe. Elle se laissa faire, ne voulant pas interrompre ce moment suspendu dans le temps, ce silence sain. Elle entendit simplement la voix de Drago lui dire :
"Je suis dans la maison d'en face… n'hésite pas."
