Chapitre XIII : 1er Juin 1999 :
Une semaine avait passé depuis la séparation d'Hermione et Ron. Tout le monde avait été tenu au courant de la nouvelle grâce au jeune homme qui avait préféré devancer les rumeurs de la presse. Ils étaient bien souvent en première page des journaux sorciers, épiés sur leurs moindres faits et gestes. Il ne souhaitait pas que sa mère lui fasse toute histoire dès le petit-déjeuner à la lecture des nouvelles du quotidien. Molly et Arthur avaient été tristes plusieurs jours avant d'envoyer une lettre à Hermione pour la rassurer : elle serait toujours la bienvenue chez les Weasley, peu importent les circonstances. Cela avait donné beaucoup de courage à Hermione. En effet, derrière la peur de perdre Ron se cachait aussi la peur de perdre une famille. Elle s'était sentie respirer à nouveau l'espace d'une minute, le temps de lire les quelques lignes des parents de Ron. Bien sûr, Hermione ne comptait pas s'inviter tous les jours chez eux par respect pour Ron, mais s'ils la conviaient, elle n'hésiterait pas une seconde. Ginny et Harry avaient connaissance des tensions du couple. Ils ne furent donc pas surpris par l'annonce même si voir leurs deux amis souffrir les rendaient amers avec la terre entière. L'ambiance était électrique désormais, il fallait que les choses rentrent dans l'ordre, mais cela prendrait sûrement du temps. Pour le moment, Ginny et Harry se contentaient d'aller et venir vers Ron puis vers Hermione pour leur apporter le plus de soutien. Ginny avait même passé une nuit chez elle, ne voulant pas la laisser seule.
Par chance, Hermione commençait son stage dans une semaine, ce qui allait grandement occuper son esprit. Elle pourrait enfin se concentrer sur autre chose que l'échec de sa vie amoureuse. Elle continuait d'avancer avec l'impression d'avoir d'énormes pierres posées sur les épaules, mais au moins, elle avait arrêté de pleurer nuit et jour. Le chagrin n'était pas passé, loin de là, mais elle n'avait simplement plus assez d'eau dans le corps pour pouvoir pleurer encore. Dans deux jours, elle avait rendez-vous au ministère pour qu'on lui présente le service où elle serait affectée. Et dans trois jours, Narcissa accueillait l'ensemble de ses voisins, dont Hermione. Cet événement ne l'intéressait pas vraiment au vu de ce qu'il se passait dans sa vie actuellement. Malheureusement, elle ne pouvait pas faire faux bonds à Mme Malefoy, elle s'était engagée. Parfois, elle avait envie de tout laisser tomber autour d'elle, et laisser l'ensemble du monde se débrouiller sans elle, et la minute d'après, Hermione s'en voulait déjà de penser une chose pareille. C'était lâche, pas digne d'une Gryffondor. Elle ne pouvait pas tout envoyer valser parce qu'elle était malheureuse, il lui restait des choses à vivre, à accomplir, alors Hermione relèverait la tête. Le deuxième jour après sa rupture, elle avait envoyé une lettre à Ron, pour s'excuser, le supplier de revenir, lui dire qu'elle l'aimait. Mais la réponse de Ron n'avait pas été à la hauteur de ses espérances. Il avait été plutôt clair sur la façon dont il envisageait la suite de leur relation : ils seraient amis, pour la vie, rien de plus. La jeune femme était soulagée de ne pas le perdre à tout jamais, mais elle ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir au plus haut point d'avoir sans doute gâché sa seule chance de passer sa vie avec Ron. Celui qu'elle avait toujours aimé.
Le jeune Weasley lui avait également dit que tout n'était pas sa faute, qu'il avait lui aussi réfléchi et qu'il pensait réellement que leurs deux personnalités ne s'entendraient pas dans un couple. Hermione ne s'était jamais vraiment posé la question. Elle avait aimé Ron très jeune, avec ses défauts, ses qualités, mais n'avait pas par la suite réfléchi à ce qu'elle attendait vraiment d'un homme avec qui partager sa vie. Cela l'avait profondément vexée mais au moins, elle se sentait un peu moins coupable de leur séparation. Sa haine pour les Malefoy s'était donc dissipée au fil des jours même si la rancœur demeurait au fond d'elle. Mais Hermione comprenait peu à peu qu'elle avait simplement voulu trouver un coupable pour ne pas l'être. C'était injuste, et elle le savait. Elle n'avait pas revu la famille de la maison d'en face depuis qu'elle et Drago s'étaient disputés. Elle avait été étonnée de voir le jeune Malefoy devant sa porte, elle n'avait pas cherché à comprendre comment il avait pu se trouver chez elle dans de pareilles circonstances. Elle ne savait pas si la visite de Drago avait apaisé sa douleur, mais les dernières minutes en sa présence avaient été les moins douloureuses de sa journée. Le jeune homme avait été extrêmement dur avec elle, maladroit dans ses mots et presque insultant. Elle lui en voulait beaucoup d'avoir été le crétin adolescent qu'elle avait connu mais quelque chose lui disait que de toute manière, Drago Malefoy n'aurait jamais pu la réconforter, ni la soutenir, ni éprouver la moindre compassion pour elle, cela ne faisait pas partie de ses attributions. Savait-il réellement comment s'y prendre avec les autres ? Elle en doutait, comme elle doutait du fait qu'on aie su un jour comment s'y prendre avec lui. Cependant, les vapeurs chaudes du thé qu'il avait servi, la douceur de la couverture posée sur ses épaules ainsi que la boîte de mouchoirs qu'elle n'aurait pas eu la force d'aller chercher, eurent au moins l'effet réconfortant dont elle avait besoin. Drago avait aussi rappelé à la jeune femme qu'il n'était pas loin, mais comme il s'y était sans doute attendu, Hermione n'était pas prête à faire un pas vers lui, étant donné les échanges brusques de la dernière fois et le manque de motivation pour quoique ce soit du moment. Elle se fichait bien de savoir que Drago Malefoy était en face, il pouvait bien y rester tant qu'il la laissait tranquille. Seulement parfois, elle repensait à la tendresse de ses gestes et partageait son esprit entre la haine et la gratitude. Et finalement, c'était toujours comme ça avec Drago Malefoy.
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Le jour de l'entretien d'Hermione était le premier où celle-ci sortait le bout de son nez depuis sa séparation avec Ron. Respirer l'air frais ne lui apporta aucune satisfaction contrairement à ce qu'elle avait imaginé. Elle remarqua quand même le soleil briller et la chaleur s'écraser sur sa peau. Hermione se concentra alors sur cette sensation de bien-être pour s'encourager. Elle ferma les yeux un instant et laissa ses pensées divaguer. Lorsqu'elle ouvrit à nouveau ses paupières, elle tomba sur le visage de Drago derrière la fenêtre de sa chambre, visiblement en train de l'observer. Se sentant pris sur le fait, le jeune homme s'éclipsa. Ainsi, elle douta de ce qu'elle avait vu tellement la scène avait été rapide. Elle partit enfin à son rendez-vous. Lorsqu'elle arriva enfin au ministère, l'angoisse commença à se faire sentir. Cela faisait des jours qu'elle n'était pas sortie de chez elle, qu'elle dormait très peu et qu'elle se négligeait. Elle tenait vraiment à ce stage et ne voulait pas faire mauvaise impression. Elle afficha le sourire le plus franc qu'elle put et se rendit fièrement vers le directeur du département.
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"Je partagerai donc le bureau de June pendant mon stage. Elle a l'air très sympathique, cela devrait bien se passer entre nous. Elle semble très organisée, je devrais me plaire avec elle !"
"Tu m'étonnes…"
Ginny n'avait pas put s'empêcher de jouer l'ironie, ce qui eut le don de faire rire Hermione, ce qui n'était pas arrivé depuis plus d'une semaine. Voir un peu de joie sur le visage de son amie fit chaud au cœur de la jeune Weasley. Malheureusement, Hermione sentait bien que Ginny avait pitié d'elle.
"Rassure-toi Ginny, ça va aller…"
"Je sais, mais je m'inquiète pour toi, cela n'était pas prévu dans ton programme j'imagine!"
"En effet, moi qui contrôle toujours tout habituellement…"
"Tu apprends à lâcher prise alors."
"Je n'ai pas le choix, je ne peux pas forcer le destin, ni Ron…"
"C'est que ça ne devait pas se passer comme ça…"
"Pourtant Ginny, c'est comme ça que je voulais que ça se passe, depuis tellement longtemps… qu'est-ce qui m'a pris ?"
"Ne sois pas trop dur avec toi-même… On fait tous des erreurs Hermione, toi y compris… dommage ! J'aurais aimé que tu sois officiellement ma belle-sœur ! Mais finalement, ça ne change rien, tu faisais déjà partie de ma famille, et on ne renie pas sa famille, n'est-ce pas ?"
Hermione acquiesça douloureusement. Sa famille à elle, elle l'avait carrément fait disparaître. Mais Ginny avait raison, ils étaient aussi sa famille et elle l'aimait cette famille, elle ne pouvait pas eux aussi les effacer de sa vie, ils étaient devenus nécessaires à son bien-être. Molly avait été d'un extrême gentillesse après la guerre, Hermione avait pu se confier à la mère de famille pour lui exprimer la douleur liée à l'absence de ses parents.
"Tu comptes aller prochainement retrouver tes parents ?"
"En fait, je les ai retrouvés…"
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Le jour fatidique du brunch entre voisins était arrivé trop rapidement au goût d'Hermione qui se réveillait d'une nuit plus qu'agitée, mêlée entre Ron et ses parents regagnant ensemble la maison. Autant vous dire qu'Hermione affichait une mine de déterrée. Narcissa lui avait rappelé la veille le déroulement de la journée, sans dire quoi que ce soit à propos de Ron. Drago ne devait pas lui avoir fait part de ce qu'il s'était passé la semaine passée et Hermione lui en fut reconnaissante. Elle ne voulait pas voir la pitié dans les yeux de Narcissa. La voir dans les yeux de son fils était déjà bien trop à surmonter. Il était déjà 10h00 et Hermione devait se présenter à la porte de la maison d'en face dans une heure. Juste le temps de se préparer pour l'événement. Les beaux jours arrivaient peu à peu, c'était donc l'occasion de sortir une jolie robe d'été. Elle ne voulait pas être la plus mal fagotée du quartier, surtout si les amis de la famille Malefoy faisaient une apparition au brunch. Elle choisit donc de se maquiller et de se coiffer pour parfaire son apparence et paraître peut-être un peu plus sophistiquée que d'ordinaire. Elle prit ensuite un petit-déjeuner léger, pour ne pas y aller le ventre vide même si cela faisait des jours qu'elle n'avait pas ressenti la faim. Un dernier passage par la salle de bain et elle serait enfin prête à se rendre au brunch de l'année.
Il lui fallut beaucoup de courage pour passer le pas de sa porte. Si elle avait pu rester cloîtrée chez elle, Hermione n'aurait pas hésité. Sa bonne humeur n'était toujours pas revenue de ses vacances, alors elle devait se forcer à être aimable, polie et souriante. Elle était certaine de rentrer chez elle, épuisée, comme la fin d'une journée de travail. "Pour la bonne cause, Hermione, allez" s'encouragea-t-elle. Elle toqua chez les Malefoy. Drago attendait ce moment depuis plus d'une heure déjà, et avait déjà prévu d'accueillir son ancienne camarade dès son arrivée. Sa mère l'avait aussi briefé à ce sujet :
"Surtout, ne laisse pas Miss Granger dans son coin. Je te porterai responsable si jamais je la sens mal à son aise. Réfléchis bien Drago."
Le message avait été très explicite. Il ne souhaitait pas recevoir la foudre de sa mère. De toute manière, il ne comptait pas lâcher la jeune femme. Il avait attendu de la revoir tous les jours qui avaient suivi leur dernière rencontre. Il n'avait pas cessé de penser à ce qui pouvait bien se passer derrière les murs de pierre de la maison d'en face sans jamais avoir de réponse. Il avait parfois jeté un coup d'œil par sa fenêtre pour voir ne serait-ce qu'un signe de vie de la part d'Hermione, et il ne l'avait aperçue qu'une seule fois. Il ne comprenait pas très bien d'où lui venait cette soudaine curiosité pour cette fille, qu'il avait toujours détesté, parfois envié, parfois ignoré. Mais aujourd'hui encore, il avait senti l'excitation au creux de son ventre à l'idée de la voir enfin. Il courut presque vers la porte en entendant les quelques coups donnés par Hermione. Narcissa était dans le jardin, en train d'installer les verres, ce qui lui permettait d'agir en totale impunité. Lorsqu'il ouvrit la porte, Hermione affichait un énorme sourire qui sonnait faux à plusieurs kilomètres à la ronde. Lorsqu'elle reconnut Drago, son sourire s'effaça instantanément.
"Je ne sais pas si je préfère cette tête au sourire forcé…"
"Je m'en fiche de ce que tu préfères. Ce sourire ne t'était pas destiné. Laisse-moi passer pour que je retrouve ta mère, merci."
Et Drago s'exécuta sans répliquer. Au moins, elle n'avait pas perdu son répondant et restait cinglante avec lui, comme avant. C'était sans doute le signe que tout allait bien entre eux après tout. Il la suivit jusqu'au jardin. Elle salua Narcissa Malefoy et s'engagea dans une grande conversation à propos de l'apéritif moldu qu'avait fait préparer Narcissa. Drago s'était installé en retrait des deux femmes, préférant observer plutôt que de se mêler à elles. C'est là qu'il remarqua l'effort considérable de la jeune femme concernant son apparence. Il remarqua l'ombre noire sur ses paupières, le rouge sur ses lèvres, et la discipline enfin instaurée par quelques épingles dans sa chevelure. Même sa tenue avait été soigneusement choisie selon lui. Elle avait même osé les talons. C'était très étrange ce qu'un peu de maquillage et un bout de tissu pouvaient faire comme miracle, pensa Drago. Il nota pour lui-même qu'elle restait Hermione Granger, peu importait son apparence. Les invités arriveraient dans trois quarts d'heure. Il ne savait pas très bien pourquoi les deux femmes s'étaient retrouvées si en avance mais au moins, les deux étaient rassurées. Blaise ne tarda pas à pointer le bout de son nez, invité lui aussi à venir plus tôt. Il salua chaleureusement Hermione et Narcissa et rejoignit Drago à la table où il s'était installé.
"Il faut que je te parle de quelque chose d'important… quelque chose dont j'ai oublié de te faire part et pourtant… comment est-ce que j'ai pu oublier de te dire ça ?! Cela m'est revenu quand tu m'as dit qui serait là aujourd'hui..."
"Tu me fais peur Blaise…"
"Toute à l'heure, ta mère pourrait nous entendre…"
Si Blaise estimait que sa mère ne puisse pas entendre ce qu'il allait lui dire, c'est que cela devait être important pour Drago. Le suspense était insupportable pour lui, il ne manquerait pas de rappeler à son meilleur ami de tout lui révéler dès qu'il en aurait l'occasion.
"On doit baby-sitter Granger aujourd'hui, mais on trouvera bien un moment pour en discuter…"
"Elle connaît quelques voisins j'imagine ? c'était bien la maison de ses parents non ? Cela doit faire depuis sa naissance qu'elle vit ici, elle ne sera pas perdue, contrairement à nous…"
"Je ne crois pas qu'elle aie beaucoup de contact avec les autres voisins. Elle s'entendait bien avec l'ancienne propriétaire mais elle ne côtoie pratiquement pas les autres moldus…"
"Peut-être qu'ils ne la supportent pas non plus tu me diras… en tout cas tu m'as l'air bien informé…"
"Et d'ailleurs… où sont ses parents ?"
"D'accord… donc tu ne m'écoutes même plus, je vois… ça commence à vraiment me faire flipper cette obsession pour Granger tu sais !"
"Obsession carrément ? Je t'ai déjà dit d'arrêter de sous-entendre ce genre de choses. Mais réfléchis un peu… tu sais ce qu'il est arrivé à ses parents toi ?"
Blaise haussa les épaules.
"Ils ont peut-être déménagé et ont laissé cette maison à Hermione… qu'est-ce-que j'en sais moi ? et depuis quand ça t'intéresse ?!"
"Et si ce n'était pas le cas ? Si c'était plus compliqué que ça ?"
"Oui… et ?"
"ça expliquerait certaines choses j'imagine."
"Comme quoi ?"
Drago se souvint des regards tristes, des moments où la jeune femme se perdait dans le vide.
"Non rien… tu as raison… on s'en fiche…"
Blaise était déjà très insistant en ce qui concernait Hermione Granger, il ne voulait donc pas lui donner de quoi en rajouter. S'il se montrait trop curieux, Blaise continuerait de penser que quelque chose se trame entre Drago et elle. Pour le distraire, Drago lui montra rapidement ce qui avait été préparé par le traiteur moldu.
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Aucun invité moldu n'avait été en retard, bien trop pressé de rencontrer cette nouvelle famille qui interrogeait tant les esprits. Hermione tentait de garder à l'œil tous les sorciers présents mais fort heureusement, Narcissa n'avait convié que la famille Greengrass d'après Drago. Astoria et Daphnée Greengrass accompagnaient leur parent. Drago, Blaise et Hermione ne se quittaient plus depuis l'arrivée des autres voisins. Comme prévu, Hermione ne semblait pas avoir de véritable lien avec son voisinage, ce qui ne finissait pas de surprendre le jeune Malefoy. Quant à Blaise, il ne faisait que raconter des blagues plus nulles les unes que les autres pour tenter de détendre l'atmosphère mais il comprit vite que la jeune femme n'était pas d'humeur à se tordre de rire. Hermione allait se lever de table lorsque l'aînée des Greengrass apparut dans le dos de Drago. C'était une très belle jeune femme, avec énormément de classe. Personne ne pourrait être indifférent à sa beauté et son charme. Elle posa une main sur l'épaule de Drago afin de lui signaler sa présence. Celui-ci se tourna, étonné. Il fut bouche-bée. Daphnée se joignit à eux quelques secondes plus tard. Le fils unique des Malefoy ne s'attendait pas vraiment à ce qu'Astoria et Daphnée soient présentes aussi. Il aurait pensé qu'elles avaient mieux à faire. En tout cas, il était heureux de pouvoir les retrouver toutes les deux après quelques années sans se voir.
"Deux ans sans se voir, tu imagines Drago ?"
Hermione comprit qu'ils étaient très proches mais bien sûr, tout resta très froid entre eux. Aucune embrassade, aucune surdose de sourire ne vinrent éclairer leurs retrouvailles. Hermione trouvait cela très fade, très triste, et très ridicule. En quoi montrer ses sentiments étaient mal ? Se montrer à quel point on tient les uns aux autres ne devrait pas être gênant. Elle ne comprendrait jamais les codes de cette société. Ou peut-être qu'ils n'étaient pas si proches après tout, ils étaient peut-être simplement polis les uns envers les autres, pour faire bonne figure. Cela devenait très difficile pour Hermione de cerner la personnalité de chacun. Elle ne les connaissait pas assez bien pour cela. En ce qui concernait Drago, elle avait déjà plus d'informations et commençait à déceler les failles du cirque mondain et hypocrite grâce à lui. Pour le coup, Hermione était formelle, Astoria et Drago étaient complices. Et Daphnée l'était davantage avec Blaise selon elle. Mais ce dernier semblait avoir perdu son humour. Il ne souriait plus autant et il avait presque pâli à la vue des deux jeunes femmes. Un aveugle aurait pu comprendre que quelque chose se passait dans la tête de Zabini.
Elle se recentra sur le brunch et refit un contrôle visuel de l'ensemble des invités, en insistant nettement sur Narcissa et les femmes du quartier avec qui elle discutait. En réalité, Hermione connaissait bien toutes ces personnes, eux par contre, considéraient qu'elle avait emménagé quelques mois plus tôt. Sauf Mme Williams, Hermione n'avait pas souhaité se rapprocher de tous ses voisins. Cela lui rappelait déjà beaucoup trop ses parents lorsqu'elle papotait avec l'ancienne propriétaire, elle ne voulait pas en rajouter. Elle repéra cependant Abi Smith dans un petit regroupement de quelques voisins. Une amie d'enfance pour Hermione, elles avaient le même âge, avaient fait toute leur scolarité ensemble sauf lorsque Hermione avait intégré Poudlard. Elles avaient réussi à garder contact et étaient toujours aussi proches malgré l'éloignement. Elle n'avait pas encore pris le temps de renouer avec son amie mais se promit de le faire rapidement. Contrairement aux Malefoy, Hermione n'avait pas fait de pot de bienvenue, les voisins ne la connaissaient pas tellement bien. Certains ne savaient même pas qu'elle faisait partie du voisinage. Elle avait su être discrète même si quelques regards avaient été tournés vers elle. Hermione avait parfois l'impression que son visage leur disait vaguement quelque chose, comme une lueur dans leurs yeux. Cela lui avait donné tant de fois l'espoir de pouvoir réapparaître dans la mémoire de ses parents.
Drago présenta Astoria et Daphnée à Hermione. Bien sûr, les deux jeunes femmes connaissaient déjà bien l'héroïne de guerre. Astoria se tourna vers Drago et lança :
"Voilà ce qu'on appelle avoir le bras long Drago… Miss Granger dans ses relations, tout le monde en rêve!"
Hermione rougit. Elle n'aurait jamais pensé entendre ça de la part de l'entourage des Malefoy. Drago se tourna vers Blaise, légèrement désorienté par la réflexion de l'aînée des Greengrass. Il était désormais plus chic de s'appeler Granger que de porter le nom des sept familles au sang-pur. Il n'avait jamais envisagé Granger comme un atout. Voyant que Drago ne réagissait pas, Blaise renchérit :
"On ne partage la table qu'avec des célébrités nous, madame !"
L'atmosphère sembla plus légère puisque tout le monde sourit à la remarque de Zabini. Drago installa Astoria et Daphnée à leur table et c'est à cet instant que Blaise choisit de prendre à part son meilleur ami. Ils s'excusèrent auprès des jeunes femmes assises et s'isolèrent dans la chambre de Drago. Blaise tournait en rond dans la pièce, Drago le regardait faire, impatient de connaître toute l'histoire.
"Bon, c'est quand tu veux !"
"Oh Drago ça ne va pas te plaire je crois…"
"Eh bien laisse moi en juger…"
Blaise prit une grande inspiration.
"Ce n'est pas un hasard si Astoria est ici aujourd'hui…"
"C'est-à-dire ?"
"Ta mère m'a parlé d'un truc super bizarre la dernière fois au restaurant, le jour de votre déménagement, quand tu m'as laissé seul avec elle, en attendant que tu fasses je ne sais quoi aux toilettes avec Granger!"
"ça remonte à un ou deux mois déjà ?! par Salazar, qu'est-ce-qu'elle t'a dit ?"
"Je ne sais pas si elle le pensait vraiment… mais quand tu m'as dit qu'elle avait convié les Greengrass aujourd'hui, ça a fait tilt dans ma tête… après tout, pourquoi les inviter eux tout spécialement ?"
"Eh bien je ne sais pas… je n'y ai pas réfléchi… mais toi tu sais donc dis le moi, par Merlin !"
Blaise prit une autre inspiration.
"Tu me promets de ne pas faire un scandale aujourd'hui ?"
"Blaise! MAINTENANT!"
"PROMETS-LE !"
"PROMIS BORDEL."
"La famille Greengrass est bien vue dans le monde magique, n'est-ce pas ? Ils n'ont jamais traîné dans les sales affaires, ils sont riches, ils ont le sang-pur… c'est une bonne famille. Ta mère s'est imaginé que se rallier à cette famille pourrait potentiellement vous aider à redorer votre image et à redonner de la valeur au nom Malefoy…"
"Se rallier tu dis ? De quelle manière ?"
"Là est le problème… Elle ne voulait pas que je t'en parle, mais tu es mon meilleur ami, je ne pouvais pas garder ça pour moi… Si cela m'arrivait, je voudrais que tu m'en parles !"
"Blaise… parle-moi dans ce cas !"
"Par quelle institution pouvons-vous unir deux familles aujourd'hui Drago ?"
Le ciel tomba sur la tête du jeune Malefoy. Il n'était pas sûr de comprendre, ou plutôt il n'était pas sûr de vouloir comprendre. Sa mère ne pouvait pas lui faire ça ? Pas après l'avoir elle-même vécue plus jeune. Pas après tout ce qu'ils avaient enduré. Elle n'allait quand même pas…
"Me marier… ?!"
"Il me semble qu'elle pensait à Astoria…"
Drago posa son visage dans ses mains et se mit à répéter en boucle : "c'est pas vrai ! c'est pas vrai !". Blaise sentait la tension monter chez Drago, il avait peur de le voir exploser de colère. Il tenta de dédramatiser la situation :
"Ne crains rien Drago, ce n'est pas encore fait ! peut-être même que les Greengrass ne voudront pas être assimilés à vous ! et puis même si ça se faisait, tu connais bien Astoria, et vous vous appréciez tous les deux, ce ne serait peut-être pas si terrible…"
"Blaise putain ! Ma mère t'a convaincue c'est ça ? Et si on forçait Drago à se marier avec une fille de bonne famille histoire de redorer notre image ? oh oui Narcissa, QUELLE BONNE IDÉE !"
"Non, c'est complètement con… c'est pas ce que je voulais dire… excuse-moi !"
"Putain mais elle n'est pas possible ! ça n'arrivera pas c'est clair ? Je mettrais les choses au clair avec ma mère ce soir. Et comment as-tu pu oublier un truc pareil ?! MERDE !"
Blaise s'en voulut énormément. Les mariages arrangés étaient coutume dans leur monde, alors il avait pensé que Drago accepterait peut-être, mais c'était sans compter sur cette guerre qui avait changé la donne. Ils n'étaient plus les mêmes, et les règles avaient changé. Son meilleur ami se reconstruisait petit à petit et laissait tomber derrière lui son passé de Mangemort, ce n'était pas pour renouer avec d'anciennes traditions ridicules.
"Excuse-moi… je sais que j'ai pas assuré du tout… pour sa défense à elle, je crois qu'elle voulait simplement vous aider à sortir de la disgrâce…"
"En me mariant à une amie ? Hors de question! Et puis quoi après ? qui dit mariage, dit enfant avec eux, tu me vois coucher avec Astoria ? Tu me vois avec des gosses ?"
Le silence qui s'installa fut pesant. Drago s'était replié sur lui-même, comme s'il cherchait désespérément un moyen de se sortir de ce pétrin. Blaise se trouva à ses côtés, mais impuissant devant la détresse de son meilleur ami. Il serait difficile de convaincre Narcissa Malefoy. Elle obtenait bien souvent ce qu'elle désirait. Il s'installa près de lui et lui donna une tape dans le dos, il ne savait pas vraiment comment apaiser Drago après une annonce comme celle-ci.
"Retournons avec tout le monde. Ils vont finir par se poser des questions."
Drago joignit le geste à la parole et descendit les marches, suivi de Blaise. Ce dernier savait que Drago réussirait à faire comme s'il ne connaissait pas les intentions de sa mère, il avait été élevé pour cacher lui-même ses troubles. Ce serait un jeu d'enfant pour lui. Mais Blaise savait que lorsqu'il se retrouverait seul avec sa mère, Drago allait sortir de ses gonds, et ce ne serait pas beau à voir. De plus, Narcissa Malefoy n'était pas du genre à se laisser faire.
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Il était déjà 15H00, Hermione ne s'ennuyait pas. Entre Astoria et Daphnée qui ne lui lâchaient pas la grappe et la surveillance accrue des convives, elle ne savait plus où donner de la tête. Parfois, Drago allait faire la conversation à ses nouveaux voisins car sa mère le lui demandait. Il avait l'air de bien s'en sortir, même si Hermione guettait scrupuleusement la moindre expression faciale reflétant une quelconque surprise, ou un quelconque malaise de la part des invités ne venant pas du monde magique. Elle avait très peur que les Malefoy se mêlent les pinceaux, mais finalement, elle se rendit compte que cette famille maniait l'art de la conversation aussi facilement que de faire cuire des pâtes. Ils savaient quand détourner un sujet trop périlleux, comment se sortir d'une impasse, par quel moyen dissimuler certains détails gênants. Ils devaient pratiquer cet exercice depuis très longtemps et s'être entraînés sur le discours à tenir en présence de la population moldue. Hermione était ravie de constater qu'ils ne prenaient absolument pas la situation à la légère, et qu'ils y mettaient tous les efforts possibles et inimaginables. Cela la conforta dans l'idée que Narcissa Malefoy avait réellement réfléchi à vivre ici, ce n'était pas seulement un caprice, elle avait tout calculé, et Hermione devait bien l'avouer, elle s'en sortait vraiment bien. Les convives semblaient très à l'aise, et tous paraissaient passer un très bon moment en leur compagnie. Les Greengrass jouaient le jeu à merveille mais Hermione avait eu connaissance de leur relation régulière avec le monde moldu, cela ne l'étonnait donc pas tant que ça.
Depuis que Blaise et Drago étaient revenus de leur conversation privée, Blaise semblait complètement ailleurs, et Drago n'était plus aussi avenant envers Astoria et Daphnée. Elle ne savait pas très bien ce que cela signifiait mais elle imaginait déjà une histoire de coucherie entre ces quatre là qui avait pu créer une tension entre les deux jeunes hommes. Cela ne l'intéressait guère, elle trouvait cela ridicule et extrêmement vulgaire. Les riches sangs-purs devaient sûrement vivre dans la débauche la plus totale lorsqu'ils se trouvaient loin de toutes leurs conventions. Certains voisins commençaient déjà à partir, pour le grand bonheur d'Hermione qui sentait venir la fin de cette journée. Elle n'avait pas vu grand monde ces derniers jours, en tout cas, pas sur plusieurs heures. Hermione se sentait fatiguée de devoir sourire, être cordiale avec tout le monde, écouter Astoria et les autres, veiller à ce que tout se passe bien. Elle espérait passer une longue nuit sans rêve après une journée comme celle-ci.
Alors qu'elle s'était levée pour retrouver Narcissa et lui demander si tout allait bien pour elle, Hermione fut interpellée par Abi Smith.
"Je n'osais pas venir vers vous, vous étiez bien entourée, je suis assez timide… j'ai l'impression de vous avoir déjà vu quelque part."
Hermione sentit un pincement au cœur. Abi se souvenait sans vraiment se souvenir. Elle bégaya :
"Vraiment…? c'est étrange…! peut-être à Londres, un jour de shopping, qui sait ?"
"Vous habitez la maison d'en face c'est cela ? Je vous ai vu les jours qui ont suivi votre emménagement, et déjà à ce moment, j'avais eu la même impression, sans toucher du doigt la réponse…"
"Eh bien Granger, tu fais enfin connaissance avec tes voisins ?"
Drago venait de débarquer avec son air fier. Il semblait à Hermione que l'alcool lui était monté à la tête lorsqu'il passa un bras autour de ses épaules. Elle fut extrêmement gênée mais ne voulut pas créer de malaise en le repoussant. Abi aurait compris les mauvaises relations qu'ils entretenaient tous les deux, cela auraient sans doute nourri les potins du quartier pendant toute une semaine. Son amie d'enfance avait rougi sous la remarque de Drago et rigolait bêtement. Hermione comprit enfin que le crétin qui s'appuyait le long de son corps plaisait à Abi. Elle reprit vite ses esprits :
"Abi, voici Drago Malefoy, le fils de Narcissa !"
"Enchanté Abi…"
"Comment est-ce que tu connais mon prénom ? Je ne connais même pas le tiens !"
"Mais oui Granger, c'est étrange ça…"
Oh la boulette ! Drago perçu instantanément le malaise. Hermione cachait quelque chose de louche, il en était certain. Elle se rattrapa tant bien que mal après que Drago lui lança un regard plus qu'explicite :
"OH j'ai cru l'entendre toute à l'heure…"
Hermione avait réussi à effacer les soupçons d'Abi, mais elle savait que cela ne serait pas aussi simple avec le fils des Malefoy. Rusé comme il était, il sentait les mauvais coups venir à des kilomètres à la ronde.
"Abi, pardonne mon impolitesse mais il faut que je t'emprunte Hermione un petit instant…"
"Oh, allez-y, au moins maintenant, je connais ton prénom, enchantée Hermione !"
Hermione sourit chaleureusement à Abi et elle se laissa entraîner par son serpent de voisin.
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"Qu'est-ce que tu me veux Malefoy ?"
"Tu caches quelque chose ma petite, j'aimerais beaucoup savoir ce que c'est…"
Drago l'avait conduite jusqu'à l'étage, à l'abri des oreilles indiscrètes, espérant que cela mettrait Hermione en confiance.
"Tu délires mon pauvre… qu'est-ce que je pourrais bien cacher ? Tu devrais peut-être te calmer sur le punch, ce n'est que mon avis…"
"ALORS, ça c'est vrai… cet alcool moldu est à tomber par terre…"
"Oui, tu n'es pas loin d'illustrer l'expression d'ailleurs…"
"Tututut tu veux m'éloigner du sujet principal, petite maline !"
Hermione croisa les bras et leva les yeux au ciel. "Qu'est-ce qu'elle pouvait être insolente !" pensa Drago. Mais la jeune femme tentait réellement de se servir de son enivrement pour se dépêtrer de cette conversation. Il fallait qu'elle soit plus maline encore.
"Je te dirais peut-être ce que je cache si tu me dis ce que toi tu caches, avec Blaise."
Le sourire de son interlocuteur se dissipa instantanément et il eut comme l'impression que les effets du punch s'éclipsèrent avec son sourire. Il était revenu sur terre en l'espace de quelques secondes.
"De quoi tu parles ?""
"Eh bien tu te crois plus malin que les autres, mais moi aussi j'observe tu sais. Et même si vous avez l'art de faire comme si de rien n'était, si on s'intéresse un peu, on remarque vite les changements de comportements…"
Cette fille était presque un danger pour Drago. Elle était intelligente, et plus encore. Elle arrivait à craquer les codes sociaux d'un monde qu'elle ne connaissait pas. Elle savait tout, sur tout, toujours. Il persista quand même à se défendre.
"Je ne vois pas de quoi tu parles Granger."
"C'est marrant que tu veuilles tout savoir de moi sans rien dire de toi."
"Je n'aime pas être entouré de personnes qui cachent des choses, c'est tout."
"Eh bien moi non plus."
Elle avait le don de toujours lui tenir tête, ce qui le poussait toujours à vouloir la rabaisser.
"Tu faisais moins la fière quand je t'ai trouvé minable devant le pas de ta porte…"
"Tu faisais moins le fier quand nous avons dû te sauver toi et ta mère d'Azkaban…"
Il baissa les yeux.
"On peut jouer longtemps à ça Drago tu sais, tu me piques, je te réponds et ainsi de suite… je ne suis pas certaine que ce soit très constructif mais visiblement, tu ne peux pas t'empêcher d'être le plus grand connard que je connaisse."
Il se redressa pour répondre quand la voix de Blaise le coupa :
"Drago les invités s'en vont, ta mère te demande…"
Hermione s'était déjà presque enfuie, dévalant rapidement les escaliers et passant devant Blaise sans un regard pour lui. Drago soupira et se rapprocha de Blaise avant de lui dire de ne pas faire de commentaire sur ce qu'il venait de voir sachant d'avance que sa petite conversation privée avec Hermione allait le faire jaser.
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"Je vous remercie grandement d'avoir été présente Miss Granger."
"Je vous avoue que j'angoissais beaucoup mais… vous m'avez prouvé aujourd'hui que vous aviez votre place parmi nous et je prends note de tous les efforts fournis pour vous intégrer Mme Malefoy."
"Je suis touchée. J'espère tout de même que cette journée fut plaisante pour vous aussi…"
"Étonnement, oui je dois dire ! Mais, je suis épuisée, je ne vais plus tarder…"
"Entendu ! Rentrez bien Miss Granger."
"Appelez-moi Hermione, nous n'en sommes plus à ce stade je crois…"
"En effet vous avez raison… Hermione !"
Les deux femmes se sourirent et Hermione rassembla ses affaires pour prendre le chemin de la sortie. Drago la regardait faire sans rien dire, il aurait aimé la retenir pour terminer la conversation qu'ils avaient plus tôt, mais sa fierté l'en empêchait. De toute manière, il devait discuter avec sa mère expressément. Hermione le salua brièvement et s'engouffra dans la rue principale pour rejoindre la maison d'en face.
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"Quelle journée fabuleuse, n'est-ce pas ? Tu vois, les moldus sont des gens fort sympathiques Drago !"
"En effet, oui."
"Mme Clark est veuve depuis peu, et nous avons énormément converser ensemble. Elle sera sans doute ma première alliée dans ce quartier !"
"Soit."
"Bon Drago, tu pourrais peut-être te montrer un peu moins orgueilleux avec moi. Tu avoueras que nous avons passé une excellente journée, cela faisait un moment que cela n'était pas arrivé."
"En réalité, tout se passait très bien en effet, jusqu'à ce que j'apprenne que ma mère complotait derrière mon dos."
L'annonce eut l'effet d'une bombe dans la pièce. Narcissa regardait fixement son fils et avait perdu son air jovial.
"De quoi parles-tu Drago ?"
"Comme ça, tu souhaiterais me marier à Astoria ?"
Narcissa, visiblement accablée, s'installa confortablement dans le fauteuil de leur salon, cherchant pendant ce temps les bons mots.
"Cela m'a traversé l'esprit oui. Nous en avions déjà parlé lorsque vous étiez enfants. C'est ainsi dans l'aristocratie sorcière Drago, je croyais que tu t'en doutais au moins…"
"Je pensais surtout que nous n'allions pas reproduire à l'infini des traditions ridicules qui vous ont vous-même poussé à vous marier à mon père !"
"Ton père et moi nous entendions très bien, tout comme toi et Astoria…"
"Est-ce une raison suffisante pour vouloir se marier ?"
"Eh bien, je le crois…"
"Moi, non. Et qu'en pense Astoria ?"
"La famille Greengrass est très attachée aux traditions, Astoria a été élevée en ce sens."
Ainsi donc Astoria avait connaissance du projet de leurs parents et elle ne s'y opposait pas. Comme cela paraissait étrange aux yeux de Drago.
"Drago, il faut que tu comprennes que sans cette union, nous ne retrouverons jamais notre statut au sein de la société magique. Nos richesses et nos privilèges nous seront enlevés… Je me dois de faire perdurer nos coutumes."
"Je crois que je me fiche de tout ça…"
"Tu ne peux pas parler ainsi Drago."
"Que signifie donc toute cette mascarade alors qu'il suffirait que je me marie avec Astoria pour faire oublier tous nos actes passés ?!"
"C'est simplement le temps que l'expérience de la guerre s'efface…"
"Mais personne n'oubliera qui nous sommes enfin ! Et me marier de force n'arrangera rien à notre situation, nous serons toujours ceux qui étaient du mauvais côté de l'histoire !"
"S'il-te-plaît Drago ne prends pas les choses si mal… Prends le temps de considérer ma proposition, tu pourras peut-être y trouver ton compte…"
C'était tout réfléchi de son côté.
"Je ne veux pas me marier. Ni avec Astoria, ni avec personne."
"Mais Drago enfin, tu es fils unique ! Que fais-tu de notre descendance à tous ?"
"Ne crois-tu pas que nous avons assez fait d'erreurs comme ça ?"
Narcissa fut attristée de conclure que son fils ne souhaitait même pas devenir père un jour. Elle se trouvait face à l'éventualité qu'il ne connaisse jamais ce bonheur.
"Tu changeras d'avis Drago, tu as été ma plus belle réussite, sache-le."
Sa mère avait le don pour le toucher en plein cœur. Elle était d'ailleurs la seule personne qui avait su lui montrer un peu d'amour mais aussi la seule personne qui avait réussi à le rendre faible. Il avait besoin de temps pour assimiler la nouvelle, pour prendre en compte les tenants et aboutissants de ce possible arrangement entre les deux familles.
"Je préfèrerais rester un peu seul ce soir, je vais aller m'enfermer et nous en reparlerons plus tard, lorsque j'aurai les idées un peu plus claires…"
"Bien sûr Drago, je n'insisterai pas ce soir."
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Voilà près d'une heure que Drago n'avait pas bougé de son lit. Il regardait fixement le plafond, espérant y trouver un moyen de se sentir mieux. Il faisait tourner en boucle les paroles de sa mère dans sa tête pour en comprendre tous les concepts. Il était toujours aussi partagé. Il ne souhaitait absolument pas se marier et encore moins se marier à une femme qu'il n'avait pas choisi. Mais finalement, à part Astoria, quelle femme de bonne famille voudrait de lui à l'avenir ? Et pire encore, quelle femme voudrait de lui ? Il n'était pas certain de pouvoir faire sa vie avec qui que ce soit. Il se supportait à peine, qui pourrait le faire à sa place ? Sa mère lui offrait possiblement son unique chance de ne pas finir seul. Il se pourrait même qu'Astoria le rende heureux, qui sait ? Le dilemme était important, il allait sans doute changer sa vie à tout jamais puisque le divorce n'était pas non plus une option dans les grandes familles de sorciers. Dommage que Blaise n'était plus là pour l'aider à prendre sa décision, même si le jeune homme n'avait pas été d'une grande aide jusque là, il aurait bien eu besoin d'une personne extérieure pour y voir plus clair.
Il se redressa pour finalement s'asseoir sur le bord de son lit et son regard tomba instinctivement sur la maison d'en face. Hermione. Il avait fait n'importe quoi avec elle aujourd'hui. Il l'avait malmenée encore, et elle avait fait de même. Pourquoi était-il incapable de bien se comporter avec elle ? Elle avait simplement le don de le pousser à bout, de le rendre dingue, de le piquer au vif, là où cela faisait le plus mal, sauf que contrairement à lui, elle ne faisait jamais ça pour le blesser. Hermione n'attaque que lorsque nous nous y attaquons, c'est pour cela qu'elle avait toujours été du bon côté. Elle ne pourrait pas l'aider à y voir plus clair, car elle n'avait aucune idée de ce que perdre son statut représentait pour une famille comme les Malefoy, pourtant, il avait envie de lui en parler. Au moins, il ferait son mea culpa en rangeant de côté ses mystères et elle lui confierait en retour les siens, pour le plus grand bonheur de Drago. Il n'avait qu'à traverser la rue…
