Chapitre XIV : 1er Juin 1999 :

Hermione était rentrée depuis plus de deux heures mais n'avait toujours pas quitté son lit depuis qu'elle était rentrée et s'était écroulée dedans. Il lui semblait s'être assoupie l'espace d'un instant. Mais durant ces deux heures, son esprit était vide, creux, elle n'arrivait plus à réfléchir correctement. La journée avait été longue même si elle n'avait pas été si mauvaise. Cela lui avait permis de penser à autre chose que le départ de Ron le temps de quelques heures. Mais maintenant qu'elle se retrouvait seule chez elle, la dure réalité semblait la rattraper peu à peu. Le silence autour d'elle n'était plus si agréable, et sa maison semblait encore moins chaleureuse que d'ordinaire. Tout perdait peu à peu ses couleurs, sa vie. Elle tourna la tête vers sa table de chevet. Sur la tablette reposait une photo de ses parents, la même qu'elle avait aussi dans son salon, ainsi que sur elle lorsqu'elle se déplaçait. Elle avait fait faire plusieurs copies de ce seul souvenir physiquement palpable pour elle.

"J'aurais eu grand besoin de vous aujourd'hui…"

Une larme roula le long de sa joue, puis deux, jusqu'à ce qu'un torrent de larmes inonde son visage. Elle regrettait tellement avoir jeté le sortilège d'amnésie à ses parents. Même si elle avait fait cela pour les protéger, elle tenait égoïstement à eux, et quelque fois, elle pensait vouloir retourner dans le temps et revenir sur sa décision. Elle avait voulu les protéger de sa propre mort mais finalement, elle était vivante, et eux ne pouvaient se souvenir d'elle.

"TOC-TOC-TOC"

Quelqu'un à sa porte ? à presque 20h le soir ? Y avait-il une chance que ce soit Ron ? Elle courut presque à sa porte d'entrée tout en tentant de sécher ses larmes en chemin. Elle ne pouvait pas se présenter à qui que ce soit dans cet état. Elle regarda par le judas. Ron, quelle idée, il avait été clair, pourquoi reviendrait-il soudainement toquer à sa porte. Elle ouvrit à l'opportun, ce ne pouvait être que…

"Drago Malefoy… tu ne m'as pas assez vu aujourd'hui, je te manquais déjà ?"

"Tu vas rire Granger, mais un peu oui."

"Qu'est-ce que tu veux ?"

"Oh mais qu'est-ce que je vois ? à peine le dos tourné et tu pleures déjà ? ça devient presque une manie chez toi Granger, tu n'en as pas marre ?"

"Je n'ai pas la force de me battre avec toi alors si ce n'est pas important, tu m'excuseras mais je vais te claquer la porte au nez."

Elle allait pour fermer la porte quand Drago l'en empêcha. Elle soupira.

"J'arrête."

"Bien. Et maintenant ?"

"Je peux entrer ?"

Hermione hésita. Pourquoi Drago Malefoy cherchait-il à passer du temps avec elle ? Elle avait sa baguette sur elle après tout, elle ne craignait rien et puis avait-elle vraiment peur de lui ? à part le fait qu'il soit la majeure partie du temps désagréable, elle pourrait gérer. Elle se poussa de l'entrée pour lui faire comprendre qu'elle acceptait qu'il entre. Elle referma la porte derrière lui et l'invita à s'installer dans le salon.

"Je ne te propose pas à boire, tu as eu ta dose je crois…"

"Hum oui… j'ai un peu forcé en effet mais j'ai eu le temps de redescendre depuis…"

"Et quelles conclusions en as-tu tiré ?"

"Aucune malheureusement."

"C'est bien dommage…"

Le silence s'installa entre eux deux. Elle tomba sur la photo de ses parents qui trônait fièrement derrière Drago. Elle sentit ses yeux la piquer, il fallait qu'elle se retienne de pleurer. Mais son visage avait dû laisser transparaître la tristesse puisque Drago rebondit instantanément :

"Ce sont tes parents ?"

"Je n'ai pas envie d'en parler."

"Et pourquoi ?"

"Et pourquoi je devrais en parler avec toi ?"

"Et si je te confie quelque chose en échange ?"

Drago sut trouver de quoi appâter la curiosité de son interlocutrice puisqu'il vit l'étincelle dans ses yeux se raviver.

"Bien. Dans ce cas tu commences."

Curieuse mais pas téméraire. Elle savait marchander. Cela ne plaisait pas beaucoup à Drago mais il s'était rendu jusqu'ici en connaissance de causes. Il avait l'impression de bien connaître la jeune femme et il aurait parié sur le fait qu'elle déciderait des termes du contrat. Il rangea précieusement sa fierté et se lança, sans préambule :

"Ma mère veut me marier à Astoria Greengrass."

Hermione ne s'attendait pas vraiment à cela. Elle comprit rapidement que cela avait été décidé sans son accord mais elle était tellement loin d'imaginer que les mariages arrangés existaient encore. Cette partie de la société était tellement éloignée d'elle et de son entourage.

"Et qu'est-ce-que tu en penses ?"

Étonnement, il remarqua que c'était la première personne qui commençait par s'inquiéter de ce qu'il en penserait, avant toute autre chose.

"Je n'y songeais pas. Je n'avais jamais pensé au mariage, et encore moins aujourd'hui, et encore moins avec une de mes amies, et encore moins avec une femme que je n'ai pas choisi."

Cela faisait beaucoup de négativité en une seule phrase. Hermione ne comprit pas vraiment pourquoi il se confiait à elle à ce sujet mais elle espérait qu'il ne change pas de ton tout à coup et qu'ils réussiraient à avoir une conversation normale jusqu'à ce qu'ils se quittent, alors elle s'intéressa et tenta d'apporter son point de vue.

"Quel intérêt tu y trouves dans ce cas ? Personne ne peut te forcer à te marier, tu as le choix."

"Je ne sais pas si j'ai le choix… ma mère pense que cela nous aidera à retrouver un semblant de pouvoir dans la société magique."

"Et toi tu y crois à cela ? Et est-ce-que c'est ce que tu veux aussi ? Quelles sont tes priorités ? Avoir du pouvoir aux côtés d'une femme qui t'a été imposé ou oublier le pouvoir et choisir de te marier ou non avec la femme que tu aimeras ?"

"Je ne sais pas". Il aurait aimé pouvoir y répondre mais, il ne savait pas ce à quoi il tenait le plus. Sa liberté, ou le pouvoir ? Qu'est-ce qui comptait le plus ? Et avait-il vraiment le choix ?

"Je ne sais pas si ce que je souhaite a une quelconque importance."

Hermione éprouva de la peine pour lui. Si ses parents avaient été là, ils n'auraient jamais pu servir un tel discours, et surtout, il n'aurait pas pu entendre leur propre enfant dire que son avis ne comptait pas. Elle ne pouvait pas laisser cette injustice impunie.

"Bien sûr que cela a une importance Drago ! Tu es le maître de ta vie ! Jusqu'à maintenant, tu as fait ce qu'on a voulu de toi mais désormais, tu n'es plus un enfant et tu peux prendre le contrôle."

Il se leva et attrapa le cadre avec la photographie des parents d'Hermione. Elle sentit une petite pointe de colère monter en elle, mais elle garda cela pour elle.

"Que diraient-ils si tu ne faisais pas ce qu'ils te demandaient ?"

Ne tenant plus, elle s'avança vers lui d'un pas vif et attrapa le cadre fermement pour le remettre à sa place. Drago comprit que ce cadre avait beaucoup de valeur aux yeux de son ancienne camarade. Il avait touché le précieux d'Hermione.

"Pour que tu comprennes, je vais te le montrer."

Drago ne comprit pas vraiment ce qu'elle voulait dire. Il la regarda sans rien dire, s'agiter dans tous les sens. Elle remit ses chaussures, récupéra une veste, vérifia que sa baguette était bien avec elle, prit aussi son sac à main. Elle s'approcha de Drago et lui tendit la main. Il la regarda droit dans les yeux, surpris.

"Prêt ?"

"Où est-ce que tu m'amènes Granger ? Tu me fais peur…"

"Lâche. Tu ne veux plus savoir alors ?"

Il grogna. Elle le défiait ouvertement. Il attrapa sa main et se laissa porter par le tourbillon autour de lui.

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Il mit un instant à se remettre du voyage. Hermione l'avait fait transplaner, et il l'avait suivi, sans savoir où cela le mènerait. Il fallait être barge pour autant se faire confiance. Elle semblait déjà bien remise, comme si elle faisait cela tous les jours. Drago n'était pas loin de la vérité, elle s'y rendait plusieurs fois par mois voire par semaine lorsqu'elle en éprouvait le besoin. Il sembla à Drago qu'ils n'avaient pas quitté l'Angleterre, un portoloin aurait sans doute été nécessaire. Mais il ne reconnaissait absolument pas son environnement. Hermione ne disait rien et lui préférait ne pas briser le silence, et se concentrer sur les faits et gestes de l'ancienne Gryffondor. Elle les sortirent d'un sentier forestier et ils se trouvèrent sur un chemin goudronné, sûrement une route praticable par n'importe qui. Si quelqu'un passait par là, il les prendrait pour des fous. Après cinq bonnes minutes à marcher, dans le silence le plus total, Drago aperçut une grande maison légèrement éloignée du bord de la route. Cette maison semblait perdue au milieu de nulle part et bien sûr, il fallait que ce soit elle qui intéresse Hermione. En effet, celle-ci s'en approchait de plus en plus. Elle faisait longer à Drago les haies entourant la maison. Il commençait légèrement à paniquer, se revoyant quelques années auparavant dans la forêt interdite. Il attrapa la manche d'Hermione, la ramenant vers lui et la stoppant net dans son élan.

"Qu'est-ce qu'on fait là Granger ?! On va où ?!"

"Nous sommes presque arrivés, n'aie pas peur !"

"Je n'ai pas peur !"

"Alors tais-toi et suis-moi !"

Et elle reprit la marche. Drago regarda derrière lui, sa maison lui semblait si loin. Il prit une grande inspiration et rattrapa le retard qu'il avait déjà pris sur Hermione. Et quelques minutes plus tard, elle s'arrêta enfin. Drago ne comprit pas ce que cet endroit avait de si particulier avant qu'Hermione ne sorte sa baguette après avoir jeté un dernier coup d'œil autour d'eux. Elle la pointa vers la haie devant eux et lança un sortilège qui sépara en deux l'arbuste pour les laisser entrevoir le jardin de la maison perdue qu'ils voyaient au loin. Drago tenta d'y voir ce qui était si intéressant mais à part une fontaine en pierre taillée, il ne vit rien d'extraordinaire. Il observa un instant Hermione et chercha l'angle de vue de la jeune femme. Il repéra en premier lieu le jet de lumière traversant les fenêtres de ce qui lui semblait être un salon, puis deux personnes d'une cinquantaine d'années installés confortablement dans un sofa. Drago ne les reconnaissait pas de son point de vue. Il se sentit soudain très mal à l'aise d'observer ces gens depuis leur jardin, sans qu'ils ne le sachent. Mais Hermione continuait, sans répit, ne les lâchant pas un instant des yeux. Il reporta son attention vers le couple pour tenter de trouver une quelconque réponse à leur venue ici. Les deux présentaient un visage triste, et semblaient préoccupés, chacun de leur côté. Peut-être n'étaient-ils plus heureux ensemble ?

"Hermione… qu'est-ce qu'on fait là…?"

Elle le regarda, tristement. Ses yeux se remplirent de larmes, et elle répliqua :

"Tu ne les reconnais pas ?!"

"Non… je ne sais pas… je devrais ?"

Hermione regarda le couple un petit instant puis reporta son attention sur Drago pour finalement lui avouer :

"Ce sont mes parents…"

Drago porta un regard neuf sur ce couple, qu'ils épiaient depuis plusieurs minutes déjà et tout s'éclaira. Bien sûr, ils les avaient vus sur le cadre photo si cher à Hermione, mais aussi lorsqu'il était très jeune, dans un magasin du chemin de traverse. Mais il ne comprenait toujours pas où la jeune femme voulait en venir.

"Mais… pourquoi est-ce que nous sommes là, à les observer de si loin ? Vous vous êtes fâchés ?"

Hermione avait tant de mal à dire à voix haute la vérité qu'elle répondit juste :

"Nous ne pourrions pas nous fâcher… cela fait deux ans presque que nous ne nous sommes pas parlés…"

"Mais qu'est-ce que tu attends ?! Ils sont juste ici… ils aimeraient forcément te voir… et ils n'aimeraient pas te voir si triste d'être loin d'eux…"

"En fait…"

Et elle ne réussit pas à terminer sa phrase. Les sanglots avaient déjà pris le dessus. Une nouvelle fois, Drago se sentit complètement impuissant face à la détresse de son ancienne camarade de classe. Il ne savait comment l'aider car elle n'arrivait pas à lui expliquer ce qu'il se passait entre elle et ses parents. Il ne pouvait plus compter le nombre de larmes qui tombaient sur sa joue, et cela lui devenait insupportable. Il n'avait pas le plus grand des cœurs mais voir souffrir les gens ne lui plaisait plus autant qu'avant. Il avait souffert lui aussi, et il ne souhaitait pas cela à quiconque. Il força Hermione à le regarder droit dans les yeux, lui tint fermement les épaules et lui demanda de lui expliquer calmement ce qui pouvait bien la retenir d'aller voir directement ses parents.

"J'ai tout fait pour… pour qu'ils soient heureux… mais… mais regarde-les…"

"Et regarde-toi…"

Il attrapa sa main et la tira derrière lui.

"Qu'est-ce que tu fais Drago ?!"

"On va les voir, ça suffit !"

Hermione le retint autant qu'elle put et paniqua. Ce qui eut le don de le stopper net.

"Non ! NON ! On ne peut pas faire ça…!"

"Mais pourquoi ?!"

"Ils ne savent pas qui je suis."

Elle avait finalement réussi à formuler la vérité à voix haute devant l'obstination de l'ancien Serpentard. L'annonce d'Hermione le cloua sur place.

"Ils ne se souviennent pas de moi…"

"Mais qu'est-ce-que tu dis…?"

"Tu n'es pas le seul à avoir dû faire des sacrifices pendant la guerre… voici le plus grand sacrifice que j'ai dû faire."

"Je ne comprends toujours pas ce qu'il s'est passé."

Elle adressa un énième regard vers ses parents et annonça à Drago qu'ils rentraient. Après avoir vérifié qu'ils étaient seuls, elle transplana main dans la main de Drago.

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"Pourquoi tu leur a effacé la mémoire…?"

"J'ai cru que j'allais mourir dans cette bataille… J'ai préféré leur épargner la mort d'une enfant… Alors je leur ai enlevé mon souvenir de la tête et je les ai convaincus d'aller vivre en Australie…"

"En Australie ? Nous étions si loin ?"

"Non, pas du tout… Après la fin de la guerre, je me suis renseignée pour les retrouver, j'ai appris qu'ils avaient quitté l'Australie deux mois après s'y être installés pour finalement aller vivre en France. Et six mois après, ils ont décidé de revenir en Angleterre… comme si quelque chose les ramenait inévitablement à moi… Enfin, c'est comme ça que je préfère l'interpréter."

Drago assimilait petit à petit l'ampleur de la situation. À côté de cette histoire, son mariage forcé à Astoria paraissait dérisoire. Il comprenait mieux la douleur que pouvait ressentir Hermione maintenant qu'il en connaissait la source.

"J'imagine que tu as déjà essayé de te renseigner sur la réversibilité du sortilège d'amnésie ?"

"Évidemment… c'est impossible… Aucune mention d'un tel acte dans tous les livres que j'ai pu lire…"

"Même dans les plus anciens ?"

"C'est-à-dire ?!"

"Ma famille possède des ouvrages très anciens… Je pourrais peut-être te les prêter pour que tu y fasses des recherches. Je sais que ces ouvrages sont presque uniques au monde, qui sait ? Tu y trouverais peut-être des réponses…"

"Tu ferais cela pour moi…?!"

"Je ne veux pas que tu te fasses des idées… il se peut que tu n'arrives jamais à rendre la mémoire à tes parents, mets-toi bien ça dans la tête… mais… tu dois essayer… encore et encore… jusqu'à ne plus pouvoir…"

"Et si je n'y arrive pas ?"

"Eh bien tu apprendras à vivre sans eux. Ou bien, il faudra que tu trouves un moyen d'entrer dans leur vie sans leur dire la vérité…"

"J'y ai souvent pensé…"

Drago regarda l'horloge en face de lui. Il était déjà presque 23h. Sa mère devait sûrement se demander ce qu'il fichait chez leur voisine d'en face, car il était sûr qu'elle l'avait regardé partir par la fenêtre, comme à son habitude.

"Je vais demander à ma mère où est-ce-que nous avons conservé ces ouvrages et dès que je les ai, je te les donnerai."

"Merci… l'idée d'avoir encore un angle de recherche m'aidera sans doute à dormir ce soir…"

"Ne t'y attache pas trop tout de même…"

"Aurais-tu peur de me voir déçue Drago Malefoy ?"

Lui qui s'était déjà levé pour marcher vers la sortie s'arrêta et regarda Hermione fixement. Quelque chose de très étrange s'était passé aujourd'hui. Une soirée entière à se parler comme deux adultes, sans se crier dessus, ni se balancer les pires insultes, ils s'étaient confiés l'un à l'autre comme jamais ils n'auraient pu l'imaginer, et voilà qu'ils se taquinaient, gentillement, sans animosité. Était-ce un tournant dans leur relation ? Il se sentit perdre pied, comme déstabilisé. Il savait qu'il n'aimerait pas la voir déçue, mais il n'était pas prêt de l'avouer haut et fort.

"Bonne nuit Granger!"

Et il laissa la jeune femme seule, mais apaisée par un nouvel espoir qu'il voulait concluant. Il n'était vraiment pas certain de pouvoir l'aider mais il fallait qu'elle essaie, pour ne pas regretter. Il avait déjà hâte de pouvoir retrouver les ouvrages afin de les confier à Hermione.