Bonjour à toutes et à tous !
Voici un "petit" texte écrit à l'occasion d'un secret santa avec de fabuleuses personnes, fans des univers de MXTX.
Mon histoire, elle est pour toi Zofra ! J'ai tenté d'écrire quelque chose qui reprend vraiment ce qui semblait te plaire dans ta liste. Je ne suis pas une grande experte de Mu Qing, mais j'espère que cette version te plaira ! En espérant que ce long travail soit à la hauteur ! J'espère qu'il te fera plaisir ! Encore désolée pour le retard, tu sais bien qu'il est parfois difficile de faire court ! Voilà donc la 1ere partie, la seconde ne tardera pas !
Encore merci à notre très cher Moira-chan d'avoir organisée cet event ! Comme toujours tu gères !
La bise !
Disclaimer : Heaven Official Blessing est une œuvre appartenant à MXTX
Couples principaux : FengQing & Hulian
Style : Romance, Hurt/Confort, Tranche de vie
It goes on and on and on and on
L'ambiance était bien trop pesante pour ses jeunes épaules. Trop difficile pour son cœur faussement insensible. Les murs blancs de la chambre, les cliquetis réguliers des machines et le son rauque d'une respiration difficile. Il pouvait à présent décrire chacune de ses nuances avec une douloureuse précision. Et pourtant, il devait être là. Il devait être aux côtés de son ami.
« Désolé… Désolé, je… »
Les sanglots et la fréquence sonore du moniteur cardiaque raisonnèrent en cœur, dans la grande salle médicale. C'est un regard fatigué qui se posa sur le corps inerte dans les draps, et comme à chaque fois, une horrible douleur le prit à la gorge.
Il n'y arrivait pas. Il ne pourrait jamais s'y faire. Ça faisait trop mal, c'était trop long, trop éprouvant. Il voulait que la situation s'arrête, que cette attente prenne fin pour alléger ses maux, laisser respirer son esprit qui depuis quatre jours, ne cessait de le maintenir éveillé de peur. Et pourtant, qu'il avait peur de cette fin ! L'appréhension du pire scénario, des alternatives qui marqueraient la vie à jamais, il ne voulait pas de ça, pas pour son ami. Sa vie devait être parfaite, simple, heureuse ! Il avait déjà trop souffert…
Il devait juste se réveiller. Le regarder, lui sourire avec son éternel air stupide mais si sincère. Le rassurer, et l'écouter surtout. Il devait l'écouter.
C'était d'un pas pressé que Mu Qing sortit du bus. Les mains vainement cachées dans les poches de sa veste, il se dépêcha de s'éloigner de l'arrêt, une destination bien précise en tête. L'hiver s'était installé tôt cette année. Le mois de décembre commençait à peine, et pourtant, les températures se refusaient d'être clémentes. Le vent était glacial, mais aucune trace de ne serait-ce qu'un flocon de neige – Quitte à finir gelé, il aurait été un peu plus agréable de profiter d'un véritable paysage hivernal ! Mais non, ils n'avaient droit qu'au temps gris, pluvieux et si froid qu'il en faisait mal. Quel fichu hiver !
Heureusement pour le pauvre étudiant en art, sa destination n'était pas loin. Quelques minutes de marche et il voyait déjà les jolies enseignes de Noël décorant l'entrée du café. La porte en vieux bois brillait de mille feux, alternant entre rouge et vert, attirant l'attention de tous les passants. Mu Qing eut une rapide pensée pour la future facture d'électricité et s'engagea à l'intérieur. Ce café, il le connaissait. Cela faisait déjà quelques années qu'il y trouvait ses deux amis d'enfance, aujourd'hui meilleur ami et petit ami. Chaque semaine, seul, à deux ou à trois, chacun venait pour y prendre une pause, travailler ou blablater, parfois dans le calme, mais souvent dans l'agitation. Tout le monde pouvait l'affirmer avec certitude, ces trois enfants devenus adultes étaient des habitués de ce petit café aux allures de chalets.
D'un simple geste de la main, il répondit à la salutation de la souriante petite dame à la caisse, puis il monta les marches pour atteindre le 1er étage, là où se trouvait leur petit coin habituel. Un coup d'œil à sa montre l'avertit qu'il avait bien une quinzaine de minutes d'avance, ce qui signifiait qu'il était le premier arrivé. Feng Xin et Xie Lian n'étaient pas les personnes les plus ponctuelles qu'il connaissait.
Et pourtant, la table ronde était occupée.
Sans le moindre doute, il reconnut la chevelure brune de Xie Lian. Il lui faisait dos, mais à force de temps passé ensemble, il lui était impossible de se méprendre. Cela était surprenant, Xie Lian était de ceux à arriver pile à l'heure, voir un peu en retard lorsque la malchance – Une bonne amie du brun, venait le saluer. Un bus qui tombe en panne, une horloge en retard ou encore une confusion entre les lignes de métro, l'ancien musicien était maître dans l'art du mauvais moment au mauvais endroit. C'est pour cela que le voir déjà installé était surprenant. Ce n'était pas de l'ordre de l'extraordinaire, mais suffisamment intriguant pour attiser la curiosité de Mu Qing.
Il reprit sa marche, mais son ami ne semblait pas du tout l'entendre arriver. Étrangement, il semblait déconnecté de tout ce qui l'entourait. Mu Qing remarqua alors que toute l'attention du brun était concentrée sur son téléphone. Tellement, que même une fois arrivé dans son dos, il ne réalisa toujours pas sa présence.
Il laissa son regard glisser sur le téléphone et remarqua un échange de messages, mais surtout, il remarqua le nom du destinataire. San Lang. Un soupir agacé glissa entre ses lèvres, comme un instinct naturel qui lui viendrait à chaque fois qu'un élément lié à cet énergumène vint s'imposer dans sa vie. Moins, il en savait, mieux il se portait !
Si les pas ne l'avaient pas alertés, le soupir de Mu Qing, aussi léger fût-il, suffit à capter l'attention de Xie Lian qui se tourna, déjà le sourire aux lèvres.
« Bonjour, Mu Qing !»
Il répondit à sa salutation et s'installa à son tour. Il le vit taper un dernier message puis déposer le cellulaire devant lui.
« Tu es ici depuis longtemps ?
- Une vingtaine de minutes, je dirais ?» Hésitant, il jeta un coup d'œil à la grande horloge derrière lui. « Oui, c'est à peu près ça.
- Si tôt ? C'est rare ça, tu traînais dans le coin ?
- Je n'étais pas si loin que ça, San Lang devait déposer quelque chose à la poste de l'autre côté de la rue.»
Encore lui.
Il était partout, ma parole ! Le roi de l'irrespect, le petit prince de l'arrogance, le ministre de la mauvaise foi : Hua Cheng, aussi appelé San Lang par absolument personne si ce n'est Xie Lian – et personne ne savait pourquoi. Ce cadet aux grands airs répondait toujours d'un « et pourquoi pas ?» quand on l'interrogeait. Toujours à répondre à côté !
Cet étudiant en management avait débarqué de nul part, il y a de cela deux bonnes années. Mu Qing n'était, encore à ce jour, pas réellement sûr de savoir comment ces deux là s'étaient rencontrés mais ce qui était sûr, c'est que Hua Cheng était bien déterminé à rester dans le paysage.
Au début, il passait en coup de vent, l'air de rien, le sourire insolent. Et un beau jour, sans prévenir, Mu Qing l'avait retrouvé dans la cuisine de Xie Lian, en pleine préparation d'omelette aux légumes. Et bien que cela sentait très bon, cela fut surtout le déclic pour l'apprenti tatoueur : Hua Cheng était des plus déterminés à trouver sa place dans l'entourage proche de Xie Lian. Collé au bras de celui qui ne voyait aucun des défauts de son nouvel ami.
Ah ! « Ami » Quelle bonne blague. Il n'avait pas fallu longtemps pour que Mu Qing comprenne que Hua Cheng avait bien d'autres idées en tête. Feng Xin semblait avoir eu quelques doutes, mais s'était très vite rangé de son côté : Hua Cheng était totalement sous le charme de leur ami d'enfance. Ils n'avaient jamais vu une personne aussi dévouée envers quelqu'un. Ça en était presque effrayant, dans un sens. Ils se demandaient encore si Hua Cheng n'était pas une sorte de stalker très malin.
Xie Lian, en bon cœur tendre qu'il était, avait beau lui donner toute sa confiance, Mu Qing ne ferait pas cette même erreur. Ni lui, ni Feng Xin ne le connaissaient véritablement – si ce n'est son caractère de cochon irrespectueux et obsessionnel. La méfiance était donc de mise depuis lors. S'il osait jouer avec le cœur de Xie Lian, il ne le raterait pas.
« Hm. Il a besoin d'être accompagné pour aller à la poste ? Joli, le niveau…
- Il avait surtout besoin d'une voiture ! » Rectifia Xie Lian.
- T'es payé pour être son baby-sitter ?
- C'est moi qui lui ait proposé, tu sais. » Il attrapa l'une des cartes déposées sur la table, curieux de découvrir le plat du jour. « Ça a été ta journée ? Tu avais ton premier jour de formation aujourd'hui, non ?
Mu Qing hocha de la tête, zieutant également la carte devant lui. « C'est bien ça. C'était surtout une matinée d'introduction avec la présentation de comment tout cela se déroulera.
- Le ton de ta voix m'indique que n'était pas intéressant.
- Pas réellement ...» Il chercha ses mots quelques instants. « Disons que cette journée ne sert à rien quand tu as pris le temps de lire la fiche de présentation dans le catalogue du centre. Donc, pas de réelles surprises.
- ça t'a au moins permis de voir les lieux et la tête de tes futurs camarades !
- Je t'offre le point pour le lieu, pour l'autre… eurgh
- Ne râle pas de suite ! » Taquina Xie Lian. « Profitons déjà de notre repas, tu sais ce que tu vas prendre ? D'ailleurs ! » S'exclama-t-il en abandonnant une nouvelle fois la lecture de la carte. «Feng Xin ne devait-il pas être avec toi ?
- Il devait, mais il y a eu un souci à la salle. Il n'avait pas l'esprit tranquille alors il y est allé.
- Oh, rien de grave ?
- ça n'en a pas l'air. » Il sortit par réflexe son portable pour montrer leur conversation. « Une histoire de clé et de porte coincée ? Mais ça fait un moment qu'il ne m'a rien envoyé, j'imagine qu'il n'en a plus pour-
- DÉSOLÉ DU RETARD !
- … Longtemps.»
Mu Qing et Xie Lian se tournèrent vers un Feng Xin à bout de souffle. Sans aucune forme d'élégance, ce dernier vint s'affaler sur la table, laissant son sac traîner au sol.
« Wouaw quel enfer. J'ai cru que je n'allais jamais arriver… Vous n'avez pas trop attendu ?
- Du tout, t'en fais pas ! » Le rassura Xie Lian. «Mu Qing me racontait justement que tu avais eu quelques problèmes de dernières minutes à régler.
- Ah ça… » Il passa une main sur son visage, puis accepta la carte que son petit ami lui tendait.
« Un problème sorti de nulle part. Toute la zone des cours était fermée à clé et aucune des personnes qui travaillaient ne la trouvaient. Par réflexe, ils m'appellent. Je me dépêche pour pas que les cours commencent avec trop de retard, les gens étaient déjà assez de mauvaise humeur comme ça, pour découvrir sur place qu'ils n'ont même pas pensé à se servir des clés de secours, elles étaient rangées dans le bureau de la secrétaire… 45 min de voiture pour pas grand-chose !
- Ils sont vachement débrouillards, tes collègues.
- Je me passerais de ton ironie pour l'instant. » Maugréa le sportif.
« Dans tous les cas ! » Interrompit le plus calme des trois « Tout est bien qui finit bien ! Passons à la commande, j'ai faim !
- Zut, j'ai oublié.»
Feng Xin se leva de nouveau, trébuchant presque sur son sac traînant toujours à terre. Et sous les regards surpris de ses deux amis, il serra Xie Lian dans ses bras et embrassa Mu Qing sur la tempe. Puis, comme si de rien n'était, il se réinstalla, reprenant naturellement sa lecture.
Il eut quelques secondes de flottement avant que les premières réactions n'arrivent. Le sourire de Xie Lian face aux rougeurs de Mu Qing.
«Mais il t'arrive quoi, toi ?
- Pardon ?
- ç… ça !
- Je ne vois pas de quoi tu parles ?
- Ne fais pas… Je… Préviens au moins la prochaine fois !
- Tu veux un recommandé à chaque fois que je t'embrasse ?
- Pas devant Xie Lian !
- C'est pas la première fois, il a l'habitude !
- C'est la pire réponse que tu pouvais sortir…
- Je peux me cacher les yeux si ça t'embarrasses moins. » Proposa Xie Lian, à la fois touché par le geste et beaucoup trop amusé par la situation.
- Ce n'est pas le propos !
- Il n'a pas 8 ans, tu sais. » Souffla faussement Feng Xin, mais les yeux attentifs discerneraient sans mal le sourire de garnement qu'il tentait de cacher derrière le menu.
- Je vais quitter cette table dans les secondes qui suivent.»
L'air renfrogné de Mu Qing suffit à faire craquer les deux garçons qui partirent dans un fou rire tel qu'il avait bien du mal à garder son air fâché.
« Je ne vous avais pas dit bonjour, je me suis rattrapé. » S'expliqua finalement Feng Xin. Cela suffit au trio, car personne n'eut le besoin de rajouter quoi que ce soit. C'était ainsi depuis déjà longtemps, des gestes, petites habitudes à laquelle Feng Xin tenait. L'une parmi tant d'autres, des attentions précises qui pouvaient paraître impulsives pour un spectateur extérieur, mais qui faisaient sens dans leur trio.
Chacun se concentra sur ce qu'ils souhaitaient manger et une fois commandé, la discussion se lança naturellement. Bien qu'ils se voyaient souvent - Surtout Mu Qing et Feng Xin puisqu'ils vivaient ensemble depuis déjà quelques mois, ils avaient toujours quelque chose à se dire. Alors ils parlèrent, se taquinant, se chamaillant, la fourchette de l'un se servant dans l'assiette de l'autre malgré la fausse protestation de ce dernier. Quelques rires, beaucoup de sourires.
Un bien joli moment.
Arrivé au dessert, ce fut Xie Lian qui reprit la parole.
« Dites-moi, vous faites quelque chose la soirée du 24 ?»
Par réflexe, Feng Xin se tourna vers Mu Qing – c'est lui qui était le plus organisé des deux. «Je ne pense pas. Nous devons passer voir la famille de Feng Xin. Ma mère également – D'ailleurs, tu es invité à la maison. Mais à part ça, de souvenir, nous nous sommes pas encore organisés au niveau des dates.
- D'accord, vous me tenez au courant ? »
- Tu as besoin de quelque chose ?» Demanda presque immédiatement Feng Xin.
- Oh, non, non, non !» S'empressa de répondre Xie Lian, ce qui ne fit qu'attiser la curiosité des deux garçons - et un peu leur inquiétude. « Je vois vos regards, tout va bien ! Je discutais avec Shi Qingxuan, l'autre jour. Il m'expliquait qu'il ne fêtera pas Noël en famille cette année. Et de fil en aiguille, je me suis dit que ça pourrait être amusant de se faire une petite soirée entre nous. Puis, ça sera l'occasion de décorer ce nouvel appartement !
- Il ne peut pas l'organiser lui-même, sa fête ? »
Mu Qing n'avait rien contre Shi Qingxuan. C'était un jeune homme très bruyant, mais pas méchant. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de parfois le trouver égoïste. A la seconde où la nécessité se faisait sentir, il s'empressait d'appeler Xie Lian au secours, sans se questionner une seule seconde de comment il allait. Il ne s'inquiétait des choses que lorsqu'elles étaient passées. Mu Qing se contentait souvent d'exprimer vaguement son ennuie lorsqu'il apprenait l'énième demande impromptue de l'espiègle garçon, mais ce coup là était particulièrement insultant à ses yeux. Se plaindre de ne pas pouvoir fêter Noël en famille - choix de sa part, il avait vaguement entendu la dispute qu'il avait eu avec son frère, à Xie Lian dont la situation familiale était chaotique… Eurg ! S'il pouvait le secouer un peu, ce gamin, Mu Qing ne se gênerait pas !
Seul un petit rire gêné lui répondit :
« C'est compliqué pour lui, ça ne me dérange pas de m'en occuper. De plus, je trouve l'idée très amusante ! Ça sera l'occasion de tous se réunir.
- Et tu comptes faire ça la soirée du 24 ? » Interrogea à son tour Feng Xin.
- Pas vraiment. C'était une idée, mais en réfléchissant, je me suis justement dit que ça serait peut être trop compliqué. Ça pourrait se faire plus tard, comme pour le nouvel an voir un peu avant ? Ça dépend de vous.
- De nous ?» Demanda Mu Qing, surpris.
Xie Lian fut également surpris par la petite note dans sa voix. « Et bien oui ! Vous êtes mes meilleurs amis, ça me paraîtrait bizarre de faire une fête sans vous.» Il les observa, étonné, mais attendri, par leur réaction silencieuse. Ils semblaient, chacun à leur manière, touchés par sa déclaration.
« Cette attaque en traître… » Murmura Feng Xin, le visage caché dans ses mains. De son côté, Mu Qing resta silencieux, marmonnant quelques mots pour garder bonne figure.
« ça vous surprend tant que ça ?» Finit-il par demander. « Si j'avais su qu'il suffisait de ça pour vous rendre tout penaud !
- Oh silence… » La réponse était sèche, mais les rougeurs sur les joues de Mu Qing étaient de retour, ce qui suffit à Xie Lian pour comprendre le vrai sentiment derrière ses mots.
« Si cela te va… » Commença-t-il, le regard ailleurs. « On pourrait coincer la date du nouvel an ?
- ça me va, aussi.
- Alors disons le nouvel an !»
Xie Lian était aux anges, il s'empressa d'attraper son portable pour envoyer quelques messages, sous le regard curieux de Feng Xin. Et alors qu'ils débâtaient déjà quant à la présence évidente de Hua Cheng, l'esprit de Mu Qing semblait s'être perdu dans ses pensées. Comme un déclic, une idée bien précise lui revint soudainement à l'esprit. Il devait encore y réfléchir, préciser l'idée, mais … pourquoi pas … C'était peut-être l'occasion qu'il l'attendait.
Mu Qing maudissait sa chance. Ou plutôt, son absence de chance.
Devant lui, une foule de personnes s'agitait devant les grandes portes mécaniques. Des enfants courant dans tous les sens, ignorant les cris fatigués de leurs parents, des adultes seuls et accompagnés, des couples et des amis, une ribambelle de personnes patientaient à l'entrée. Mu Qing n'y croyait pas, il avait une heure d'avance ! Comment était-ce possible qu'il y ait déjà autant de personnes devant ce centre commercial ? Les gens n'avaient pas mieux à faire ? … Bon, bien sûr, maintenant qu'il y pensait, cette remarque pouvait se retourner contre lui, mais ce n'était pas pareil ! Cela ne faisait que deux jours que son idée s'était véritablement concrétisée, le manque de temps n'était donc pas de sa faute !
La foule était dense et agitée, alors tout ce qu'il pouvait faire, s'était attendre là où il se trouvait, restant alerte à l'ouverture des portes et prier fort pour que peu de personnes étaient intéressées par son objectif.
Il réarrangea son écharpe, puis d'un rapide coup d'œil, il repéra un endroit stratégique pour se poser. Une fois installé, il sortit un papier de sa poche. Un morceau de journal, d'un catalogue de magasin plus précisément. Il laissa son regard se promener sur les grandes lettres écrites en capital, des couleurs de saisons décorant l'annonce qui se disait collector. Sur le papier strié, il y avait l'image d'un joli set de thé. Sa particularité était qu'il s'agissait d'une fin d'édition, une collection qui datait déjà de quelques années. Xie Lian n'était pas un grand matérialiste, mais il aimait les choses utiles. Ce set de thé, outre la valeur de sa collection, était surtout très solide. Xie Lian était le roi des maladroits, Xie Lian était un fan de thé, l'équation se fit très vite. Mu Qing pensa alors que l'affaire était réglée, qu'il suffisait d'aller dans ce magasin et d'acheter cette vaisselle …
Le cri d'un enfant juste à ses côtés le fit sursauter, il grimaça, ignorant la bousculade qui suivit de près, d'autres enfants à la course du précédent… La situation s'annonçait beaucoup plus difficile que prévue.
Voilà deux jours qu'ils s'étaient tous vus dans la chaleur de ce petit café d'hiver. Deux jours que Xie Lian les avait invités à cette soirée. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Des années déjà qu'ils se connaissaient tous les trois, il n'y avait donc rien de particulier à être invité une fois de plus. Sur le papier, ce n'était qu'une soirée. Néanmoins, cette fois-ci, il y avait quelque chose en plus. Voilà un petit bout de temps que Mu Qing y songeait. Parfois, il s'agissait d'une légère pensée en passant devant la vitrine d'un magasin. Souvent, elle prenait de l'ampleur se muant en une véritable réflexion qui lui faisait perdre le fil de ce qu'il faisait. Quelque chose de si simple mais à la fois très compliqué à faire. Mu Qing souhaitait offrir un cadeau à Xie Lian.
Ça pouvait paraître bête. Offrir un cadeau, voilà quelque chose de facile à faire ! Certes, trouver le bon cadeau pouvait s'avérer être une tâche ardue, mais rien d'impossible. De plus, on parlait de Xie Lian. Il n'existait pas de plus grand cœur que ce garçon. Mu Qing était sûr que s'il lui offrait une paire de chaussettes canard à son anniversaire, il serait l'être le plus heureux du monde, le remerciant comme s'il lui avait donné l'Everest. Donc oui, offrir un cadeau à Xie Lian n'était pas réellement la chose la plus stressante à faire. Malgré tout, Mu Qing ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine appréhension. Pour lui, il n'était pas question d'une petite intention ayant juste pour but de faire plaisir. Ce présent était très important, il ne devait pas se rater.
Les minutes passèrent jusqu'à ce qu'une musique se fit entendre. Une mélodie un peu saturée annonça l'ouverture des portes et il ne suffit que de ça pour que toutes les personnes présentes s'amassèrent et se pressèrent vers l'entrée. Mu Qing fit de son mieux pour s'extraire de cette masse et se dépêcha d'atteindre le magasin. Il vit avec malheur que plusieurs personnes semblaient prendre le même chemin que lui. Ignorant ses habitudes et l'apparence qu'il donnait, il pressa le pas, bousculant d'autres personnes au passage – ou était-ce lui qui se faisait bousculer, il y avait tellement de mouvements autour de lui qu'il ne savait plus qui poussait qui.
Un contact plus brutal à l'épaule le fit perdre l'équilibre. Très rapidement, il su retrouver sa stabilité, mais par réflexe, il saisit la première chose qui lui tomba sous la main. Il attrapa une manche de veste inconnue qui se raidit à son touché. Alors rapidement, Mu Qing la lâcha.
« Désolé, j'ai été po- Toi ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? »
L'inquiétude s'était très vite muée en dégoût lorsqu'il reconnut l'homme à ses côtés. Hua Cheng ? Vraiment ? Quelle était la probabilité pour qu'il tombe sur lui au milieu de cette cohue en plein décembre ? Finalement, il n'y réfléchit pas longtemps, un autre coup dans son dos lui rappela l'urgence de la situation.
« Oh, je n'ai pas le temps pour ça.
- Moi non plus, figures toi. »
Sans lui donner d'explications, Mu Qing le vit s'en aller rapidement à son tour. Il prit exemple et pressa de nouveau le pas. Le magasin n'était plus trop loin et la majorité des personnes se dirigeaient vers la grande surface. Parfait !
Ce fut essoufflé qu'il arriva dans la petite boutique d'artisanat. Une sorte de vide-greniers d'antiquité fait main. Les étagères étaient remplies d'objets bons marchés et plus chers. Plein de tailles et de couleurs qui donnaient une drôle d'allure à la petite enseigne. Mu Qing aurait pu être du genre à se perdre dans les allées, prendre quelques secondes pour observer chacun des détails de chacune des marchandises… Mais cette fois-ci, c'était impossible. Tout d'abord,, il n'avait guère le temps, il devait trouver ce set de thé. Ensuite, il avait un autre problème.
Devant lui, Hua Cheng se tenait là. Encore.
« Mais ce n'est pas possible, qu'est-ce que tu fiches là ? »
Hua Cheng se tourna, et dans une belle symbiose, les deux garçons grimacèrent, exaspérés tous les deux de voir l'autre.
« Mais ce n'est pas possible… » Murmura Hua Cheng en le dévisageant. Puis, semblant penser à quelque chose, il se retourna et reprit sa discussion. Mu Qing s'avança et vit qu'au côté du grand garçon, s'en trouvait un autre, beaucoup plus petit. Un petit bout d'une quinzaine d'années, un peu moins peut-être, au regard revanchard, la casquette à l'envers et les poings serrés. Au milieu des deux, derrière son comptoir, le marchand tenant le fameux set de thé.
Il n'avait encore rien dit, mais Mu Qing avait sans mal compris la situation. Forcément, les choses n'allaient pas être aussi simples.
Semblant remarquer l'intérêt de Mu Qing, le petit garçon s'écria, outré. « Toi aussi, tu veux les tasses de thé ? Je suis arrivé avant toi !
- Mais le grand monsieur en rouge est arrivé en premier. » Ajouta le vendeur, un peu amusé par l'attitude du plus jeune.
- On est arrivé en même temps ! En plus, j'ai déjà préparé mon argent, moi ! » D'un geste, il déposa un énorme sac de monnaie d'où l'on supposait qu'il devait contenir une quantité incroyable de billets, mais surtout de pièces.
- Ça ne fonctionne pas comme ça, petit chef. Le grand Monsieur est venu, il l'a demandé. S'il décide de la prendre, ça sera pour lui.
- Mais…
Bouche bée, dévasté, voilà tout ce que montrait le visage juvénile, mais pas que. Mu Qing était au bout du rouleau. Il s'était vraiment fait couper l'herbe sous le pied par ce satané Hua Cheng ? Pourquoi voudrait-il d'un set de thé, d'abord ? Il buvait du thé, l'étudiant en management ? Non, impossible, il n'avait pas une tête à boire du thé. Oui, Mu Qing n'en avait aucune idée, au fond. Oui, il sortait ça de nulle part, mais sincèrement, il n'en avait rien à faire, la déception d'être arrivé en retard était étrangement blessante. Il n'avait pas réussi. Et si cela était déjà ennuyant, perdre face à Hua Cheng donnait à sa défaite un goût encore plus amer.
« Monsieur ! Laissez-moi la prendre s'il vous plaît ! »
Ignorant du volume de sa voix, l'adolescent s'était tourné soudainement vers Hua Cheng. « S'il vous plaît !
- Désolé, c'est un cadeau » répondit-il simplement.
- Moi aussi ! Ce n'est pas pour moi, c'est pour ma grand-mère ! ça fait des mois que j'économise. Je-je … » Le gamin se perdit dans ses mots, bégayant légèrement avant de trouver sa réponse. « Je vous donne toutes mes économies en échange !
- Ça fait beaucoup d'argent ça. » Susurra le vendeur dans un sifflement impressionné.
- Je m'en fiche ! C'est que de l'argent, mais ça ! » dit-il en pointant la grosse boîte.« ça fera plaisir à ma grand-mère, elle les collectionne ! Elle ne sort plus beaucoup, elle… elle… elle aime bien les nettoyer et nous les montrer quand on prend le goûter chez elle ! S'il vous plaît ! Vous aussi ! »
Le garçon se tourna si rapidement vers Mu Qing qu'il en sursauta. Il croisa les yeux bruns, sur le point de pleurer. Mu Qing n'était pas un grand spécialiste des plus jeunes. Il n'avait pas la patience face à certains de leurs comportements, souvent irrationnels et têtus. Il n'était pas du tout du genre à culpabiliser facilement, enfant ou pas. Pourtant, Mu Qing se sentit déstabilisé. Touché au cœur par l'ardeur dont ce gamin faisait preuve pour obtenir ce cadeau, pas pour lui, pour sa grand-mère. Des souvenirs, des flash-back, un lui plus jeune courant sous la pluie pour trouver le livre préféré de sa mère. Le visage surpris de cette dernière, à peine sortit du lit, puis le sourire ému qu'elle lui offrait, si heureuse. Sa plus belle victoire. Et il vit de nouveau ce garçon au regard déterminé, peinant à dissimuler la peur qu'il ressentait.
Mu Qing soupira. De toute façon, Xie Lian ne pourrait jamais profiter d'un cadeau arraché aux mains d'un gamin.
« Je ne suis plus intéressé par ce set. »
Alors qu'il pensait ces mots, Hua Cheng les prononça. Il attrapa le sac d'argent devant lui et le fit glisser sur le comptoir, juste devant le vendeur.
« Je le laisse à ce gamin.
- Merci ! Merci infiniment ! »
Hua Cheng se contenta d'un signe de main avant de se diriger vers la sortie. Mu Qing vit le gamin s'élancer vers la table en bois, discutant avec le vendeur toujours aussi amusé. Son regard brillait toujours de larmes, mais de bonheur. Tant mieux, c'est mieux ainsi, se dit Mu Qing en sortant à son tour. Il ne fut cette fois-ci pas surpris de croiser l'autre garçon rêvassant devant l'entrée.
« Qui aurait cru que le grand Hua Cheng serait du genre à craquer devant les larmes d'un ado ?
- On n'est pas tous aussi cruel que ta personne.
- Il est évident que tu es la définition même d'un saint sur terre.
- Venant de celui qui pourrait se disputer avec des vieilles dames dans le bus, je trouve ça drôle.
- Ah ! Vous êtes toujours là !
Derrière eux, le vendeur à l'air moqueur s'avança. Une brochure dans chaque main, il leur tendit le petit bout de papier comme s'il s'agissait de la réponse à tous leurs problèmes. Devant leurs expressions des plus perplexes, le vieil homme se mit à rire.
« C'est l'adresse d'un chouette magasin près du centre-ville. Vu que vous visiez le même objet, je me suis dit que vous deviez chercher quelque chose de similaire. Croyez-moi, vous allez trouver votre joie là-bas !»
Le vendeur les salua d'un bon rire, avant de s'en aller. Les deux adultes quant à eux se dévisagèrent encore une fois – C'était sincèrement leur seul manière de se regarder , aussi ennuyés l'un que l'autre. Mu Qing ne comprenait sincèrement pas ce que son ami pouvait trouver d'intéressant chez lui, vraiment, un mystère… Cependant, ce n'était pas réellement la question qu'il avait à l'esprit à l'instant.
« Pourquoi étais-tu là ?
- Pour les mêmes raisons que toi, j'imagine. Tu visais cette porcelaine, non ?»
C'était bien ce que Mu Qing pensait. « Tu cherches donc aussi un cadeau pour Xie Lian.» Fit-il, plus pour lui-même. « Qu'est-ce que tu cherches à faire ? » La méfiance se ressentait facilement dans ses mots, mais cela n'impressionna en rien Hua Cheng.
Il ne lui répondit pas tout de suite, son regard se perdait dans l'animation qui les entourait. « Je veux juste lui faire plaisir.»
Et sur ces mots, Hua Cheng s'en alla. Mu Qing ne chercha pas à le rattraper. Prenant exemple, il prit une autre direction, feuilletant la brochure offerte.
Mu Qing en était sûr, ils allaient se recroiser encore quelques fois.
« C'est nul.»
Mu Qing allait l'étrangler. L'étrangler ? Non, non, il comptait faire pire s'il continuait à dénigrer tous ses choix, à croire que c'était lui, l'ami d'enfance ! Vraiment, il ne comprenait pas comment Xie Lian faisait pour supporter cet empaffé. Quel enfer !
Ignorant des vils pensées dans son dos, Hua Cheng continua d'analyser les divers présentoirs, vite suivis de Mu Qing qui grommelait encore de doux mots à son encontre.
D'un point de vue extérieur, les deux étudiants formaient un bien drôle de binôme. Rouspétant de tout et de rien, n'approuvant jamais les choix de l'autre, les deux se disputaient sans cesse. Il était difficile de savoir si leur but était de se mettre des bâtons dans les roues ou de s'entraider. Néanmoins, Hua Cheng et Mu Qing continuèrent leur shopping à deux.
Depuis leur dernière rencontre, il serait normal d'imaginer qu'ayant le même objectif, ils décidèrent d'un commun accord de partir ensemble en quête de cet item rare que serait le cadeau parfait. Cependant, ce ne fut pas le cas. Ils firent le choix de faire cavalier seul, c'est le hasard et son drôle d'humour qui les poussa à se rencontrer une nouvelle fois devant les portes de ce magasin fourre-tout. Ainsi avait commencé leur belle petite balade, entre les peluches loufoques et les outils de jardin.
« Au cas où, Xie Lian n'a plus 6 ans.» Glissa Mu Qing, passant derrière un Hua Cheng observant attentivement une peluche de loutre.
« Elle plairait à Gege.
- Oui, comme ce râteau en plastique, ce décapsuleur en forme de crabe et ce lot de magnets multi couleurs. Est-ce que ça en fait pour autant de beaux cadeaux ?» Il se tut un moment, puis reprit avec sarcasme « Après, si c'est là le maximum que tu puisses faire, qui suis-je pour en juger.»
Fier de lui, Mu Qing s'en alla sans se retourner, n'ayant nul besoin de voir le visage vexé de son collègue pour l'imaginer. Son élan fut coupé par un murmure. Hua Cheng souffla une réponse qu'il ne fut pas sûr d'entendre. Puis, il déposa la peluche là où elle se trouvait et continua sa cherche.
C'est dans une ambiance pleine d'ironie qu'ils effectuèrent leur shopping. Bien que la joute verbale ne cessa jamais véritablement, il était drôle de constater que malgré tout, les deux étaient amenés à échanger sur les différents choix, même s'ils exprimaient souvent des avis contraires. Au final, ils ne furent que rarement sur la même longueur d'onde. Et au bout de deux heures, ils se mirent d'accord sur un point : ils ne trouveraient rien ici.
« Quelle perte de temps...Arg !» Mu Qing pesta dans sa barbe en sortant du magasin. Hua Cheng le suivait certes en silence, mais avec la même exaspération.
« Tu penses qu'il l'a fait exprès ?
- Qui ?
- le vendeur.»
Mu Qing y réfléchit quelques secondes. « Je pense surtout qu'il n'a pas comprit ce que l'on cherchait vraiment… En tout cas, j'espère pour lui sinon il va m'entendre.
Il entendit un léger «pfff» dans son dos qui suffit à réveiller sa colère. « Un problème ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Je t'ai entendu.
- Je n'ai rien dit.
- Mais tu- Arg, pourquoi je prends encore la peine de parler avec toi ?»
Il s'avança d'un pas plus rapide, voulant marquer la distance entre eux. Effort bien inutile puisque Hua Cheng empruntait le même chemin que lui. Ce dernier n'eut donc aucun mal à le rattraper. Un sourire de garnement aux lèvres, il vint, l'air fier, s'installer sous l'abri-bus, profitant des soupirs agacés de Mu Qing, à court d'arguments.
Du côté du brun, quelque chose vient interrompre son monologue interne. Un détail finit par attirer son attention. Un regard. Des regards, même. Certains discrets, d'autres insultants tant ils n'avaient pas la décence de paraître cachés. Il détestait cette attitude. Réellement, les gens n'avaient pas d'éducation ? Les enfants avaient l'excuse de l'apprentissage, il fallait bien fauter pour être repris, mais les adultes ? Et qu'est-ce qu'ils regardaient comme ça ?
Il observa, également sans discrétion, les différents regards dirigés vers eux– Si les autres ne faisaient pas d'effort, pourquoi le ferait-il ? Au final, il ne fallut pas longtemps pour comprendre. Il lui fallut encore moins de temps pour se sentir en colère. Tous ces gens ne le regardaient pas lui, mais bien l'adulte à ses côtés. Il ne fallait pas être stupide, face à un homme comme Hua Cheng, les gens pouvaient regarder son physique, ils pouvaient aussi le regarder pour sa taille. Il était vrai que cet insolent gamin était particulièrement grand. Mais aujourd'hui, ce n'était ni pour sa taille et ni pour son physique qu'il était dévisagé, c'était cette petite part de peau brûlée qui attirait l'attention de la foule.
Mu Qing l'avait vu à la seconde où ils se rejoignirent. Le cache-œil n'était pas le même que dans ses souvenirs, plus fin et plus clair, il ne semblait pas aussi robuste que les autres. Une blessure au visage n'avait pas le luxe de passer inaperçue, un moindre changement et tout le monde le remarquait, que l'on le veuille ou non. Mu Qing l'avait donc vu et l'avait surtout ignoré. Qu'avait-il à dire ? « Hé ! On voit ta cicatrice !» ? Hua Cheng la voyait chaque matin, bonjour la remarque inutile ! Personne n'avait rien à dire sur ce genre de chose, il n'y avait donc pas prêté plus d'attention que ça. C'était une réaction normale. Du moins, c'est ce qu'il pensait avant de se retrouver sous cet abribus.
Sans aucune considération pour l'inconfort qu'ils créaient, les gens autour d'eux observaient ce début de cicatrice d'un air qui rendait fou Mu Qing. Hua Cheng semblait aussi les avoir remarqué et pourtant, il n'en tenait pas compte. Le regard droit vers il ne savait où, sûrement qu'il ne fixait rien en réalité. Cherchait-il à faire bonne figure ? S'en fichait-il ou était-il mal à l'aise ? Il n'avait aucune idée de comment il se sentait vis à vis de sa blessure. Mu Qing n'appréciait pas Hua Cheng, mais personne ne méritait de subir ce genre de situation. Sa blessure ne justifiait pas ce genre de traitement.
L'image de Xie Lian apparut dans son esprit. Il ne cessait de dire qu'il était aujourd'hui, en harmonie sa blessure, que tout si bien dans sa vie qu'il en venait à l'oublier. Alors il l'avait cru. Lui et son exaspérant sourire réconfortant, mais maintenant ? Le doute se glissa sournoisement dans ses pensées. Son ami ne se plaindra jamais, prenant les événements avec pragmatisme et positivité. Qu'est-ce qui lui assurait qu'il n'avait jamais vécu ce genre de situation ? Qu'est-ce qui lui prouvait que derrière son grand sourire, Xie Lian ne ressentait pas des choses plus dur à avouer. De la peur, de la tristesse, de la honte … Non, non, non ! Rien que d'y penser, des envies de violences lui venaient.
Tout cela ne fit qu'augmenter sa colère. Vraiment ? Les choses allaient-elles vraiment se dérouler ainsi ? Et le respect dans tout ça ? On laissera dans l'histoire, que ces inéduqués ont eu le champ libre pour se montrer si peu civilisés le temps que le bus arrive ? Jamais de la vie.
« J'ai quelque chose sur le visage ?»
Les deux dames à ses côtés eurent un sursaut de peur. Elles l'observérent un instant avant de s'échanger un de ces regards qui exprimaient tout le jugement du monde. Malheureusement pour elles, Mu Qing excellait dans ce domaine.
« Je vous demande pardon ?
- Je ne vous excuse pas, j'aimerais que vous arrêtiez de me fixer.
- Mais nous ne vous fixions pas !
- Ah bon ? Ça va faire cinq minutes que vous n'arrêtez pas de tourner la tête par ici. Si ce n'est pas moi, qu'est-ce que vous regardiez ?»
La dame ouvrit la bouche, mais se tut rapidement, rouge d'embarras. Et il ne suffit que de ça pour amuser le brun. Soit elle avouait son manque d'éducation, soit elle niait, mais elle se contredisait – et assumait donc son mensonge. Elle était piégée par sa propre bêtise et ça, Mu Qing ne s'en lasserait jamais.
Silencieuse, elle chuchotta quelques mots à celle qui l'accompagnait et s'en alla. Il n'eut le temps que d'entendre un vague «et le bus? On ne va pas marcher tout de même ?» mais la réponse n'arriva jamais à ses oreilles. Qu'elles marchent donc ! Ça leur aéra l'esprit, tiens ! Son air naturellement supérieur, il balaya du regard tout ceux autour de lui, et chacun eut le bon réflexe de détourner le regard. Bien, ça c'est fait !
« Tu es donc réellement du genre à te prendre la tête avec des petites vieilles. »
A ses côtés, Hua Cheng paraissait surpris.
«Pourquoi tu fais cette tête ?
- Pourquoi tu les as confrontés?
- Tu rigoles, là ?» Il afficha un air presque outré en regardant dans la direction du duo de dames, maintenant bien loin. «Elles m'ennuyaient.
- Ce n'est pas toi qu'elles ennuyaient, pourtant.»
Étrangement, le ton n'était pas accusateur. Hua Cheng ne cherchait pas la confrontation, juste des réponses.
« Elles m'ennuyaient quand même. Ne te fais pas d'idées, je ne supporte juste pas les gens sans manières. A quel moment ça paraît être une bonne idée d'observer la blessure de quelqu'un sans considération pour ce qu'il a pu vivre ? Ça aurait été scandaleux qu'elles s'en sortent comme si de rien n'était. C'est tout.»
Tout au long de ses paroles, l'étudiant aux cheveux noir s'était contenté de l'observer et alors qu'il se perdait de nouveau dans l'horizon, Mu Qing réalisait qu'il ne l'avait jamais vu aussi … fragile ? Il ne le savait pas lui-même. Pas d'ironie, pas de regard supérieur ou provocateur, le moment débordait d'honnêteté, de simplicité et d'un petit quelque chose que Mu Qing n'arrivait pas à nommer.
Ses mots furent peut-être suffisants pour le plus jeune car ce dernier ne chercha pas à le contredire. Ils restèrent dans une espèce de mutisme tranquille. Chacun dans sa bulle, dans un espace qu'ils ne se partageaient qu'à deux. Même l'arrivée du bus ne réussit pas à casser cette drôle d'ambiance. Jamais Mu Qing n'aurait pu imaginer se sentir aussi serein avec Hua Cheng aussi proche. Motivé par il ne savait quoi, l'apprenti tatoueur se sentit assez en confiance pour reprendre la parole.
« Ça t'arrive souvent ?
- Quoi donc ?
- Ce genre de scène.»
Hua Cheng prit le temps de répondre à sa question. Son regard fixant toujours un point inexistant devant lui.
« ça arrive, oui. Ça dépend du cache-œil que je porte.
- Celui-ci ne semble pas très adapté .
- Il date un peu.» ses doigts glissèrent le long du tissus noir. « Je sais qu'il n'est plus assez grand pour tout couvrir, mais les autres n'étaient plus utilisables.
- Tu dois avoir une réserve, non ?
- J'en ai une, mais E-ming a décidé que les ranger dans son bol d'eau était une idée intelligente.
- E-ming ?
- L'adorable chat de San Lang !»
Les deux garçons poussèrent un cri qui attira l'attention de tous les passagers.
« Mais ça ne va pas d'arriver comme ça ?
- Désolé, désolé, je ne voulais pas vous faire peur !
- Surpris, tu nous as surpris.»
Sorti de nul part, Xie Lian se retrouvait devant eux, son air habituellement heureux au visage.
« C'est moi qui devrait être surpris ! C'est rare de vous voir ensemble. Vous allez quelque part ?»
Oh les boulets. Mu Qing maudit cette coïncidence qui rendait assurément la situation des plus suspectes. Nickel, c'est totalement ce dont ils ont besoin. Il eut le réflexe de glisser un regard vers son acolyte de fortune, mais ce dernier semblait soudainement absorbé par la fenêtre.
« On s'est rencontré par hasard. On avait tous les deux des courses à faire. Mais qu'est-ce que tu fais là ?»
Mu Qing se décida très vite et opta pour la solution du on change de sujet comme si de rien n'était et aussi audacieuse qu'était cette solution, elle fonctionna. Convaincu par la réponse de son ami, Xie Lian ne demanda pas plus d'informations.
« Je rentre d'un rendez-vous. Rien de bien folichon. » Fit-il, son éternel sourire aux lèvres.
Comme un déclic, Mu Qing réalisa dans quel bus il était, il chercha la plaque où était écrit le nom de ligne « Bus 54, Hopital Hopeval ». Ok, là il avait peur. Comme à chaque fois que ce sujet revenait sur la table, une vicieuse mais silencieuse panique lui chatouilla la gorge. «Médical ? »
Un mouvement sec à sa droite lui indiqua que Hua Cheng avait finalement délaissé sa fenêtre pour participer à la discussion. Légèrement tourné vers eux, il se passa une main dans les cheveux, faisant glisser ses longues mèches noires devant son visage.
C'est avec un sourire gêné que Xie Lian répondit :
« C'est exact.
- Ce n'est pas tes contrôles habituels, non ? Les dates ne collent pas.
- Effectivement, c'est moi qui ait demandé ce rendez-vous.» Comme réponse silencieuse, il passa ses doigts sur son cou, totalement recouvert d'un col roulé, d'une veste et d'une écharpe en laine. Le maximum en termes de protection.
« Tu vas bien ?» Questionna finalement Hua Cheng d'une voix inquiète. Contrairement à Mu Qing, il n'avait pas toutes les informations concernant la santé de Xie Lian. Là où Mu Qing, en bon meilleur ami, connaissait le sujet de son angoisse, le plus jeune avait la sensation d'assister à une discussion dont il ne saisissait pas le plus important.
- Bien sûr !
- Vraiment ?»
Xie Lian eut un sourire plutôt doux, ce genre de sourire qu'on qualifierait de sucré tant il pétillait la vie de celui qui le croisait. «Pas de panique pour toi non plus, San Lang.»
Le plus grand hocha de la tête. « Mu Qing n'a pas l'air surpris. Cela t'arrive souvent ?
- De moins en moins. L'hiver est simplement une saison plus difficile car il fait froid.
- Pourquoi ? Le froid peut agresser ta cicatrice ?
- Oui et non, cette partie-là n'est pas la plus inquiétante. Les maladies d'hivers comme le rhume ou la grippe irritent ou encombrent souvent la gorge. Et comme ma cicatrice est assez profonde, la peau n'a jamais véritablement cicatrisé… disons que c'est douloureux.» Confessa le plus âgé. «J'ai une assez bonne médication, mais ça a tendance à un peu me fatiguer.
- D'où ton inquiétude.» Fit l'étudiant à l'attention de Mu Qing, qui, pour toute réponse, hocha de la tête.
« C'est pareil pour San Lang, n'est-ce pas ?
Hua Cheng lui répondit à la négative. «Ma cicatrice est sensible au froid, mais elle n'est pas aussi profonde que la tienne.
- Je comprends, mais tu dois faire attention toi aussi. Je te montrerais quelques tips que j'ai si tu le souhaites !»
Ces mots, Hua Cheng les prit avec beaucoup de bonheur. C'est du moins, ce que voyait Mu Qing de son point de vue. Entre l'un et l'autre, il remarqua l'ambiance mielleuse qui s'installa. Cela confirma encore plus ce qui, pour lui, n'était plus de l'ordre de l'hypothèse depuis déjà longtemps. Hua Cheng était sous le charme de Xie Lian. Là où le surprise vint tout de même, c'est la tendresse dont témoignait Xie Lian en cet instant. Il n'était pas sûr … était-ce la bienveillance innée de son ami ou … ?
- Je descends ici !» Fit Xie Lian.
Un rapide coup d'œil dehors leur confirma qu'ils s'agissaient aussi de leurs arrêts. Le trio descendit donc du bus, à peine eurent-ils posé un pied à terre, qu'ils furent accueillis par un courant d'air glacé.
L'éternel sourire de Xie Lian se crispa un court instant, mais cela fut suffisant pour les yeux attentifs qui le surveillaient.
- Qu'a dit le médecin ?»
Le regard nerveux de ce dernier lui confirma qu'il avait bien fait de poser la question. Son expression dû une nouvelle fois exprimer ses craintes car une nouvelle fois,, Xie Lian s'empressa de répondre :
« A surveiller. Mais !» Insista-t-il « ça ne veut pas dire que c'est grave ! Ça veut juste dire que je dois protéger ma gorge du froid pour éviter d'avoir des douleurs. Et comme tu peux le voir, je suis bien équipé !» S'amusa le brun en montrant sa belle écharpe blanche.
«Donc tout va bien ?
- Tout est sous contrôle !
- Sur ?
- Affirmatif !
- Bon, si tu le dis. J'espère que tu ne minimises pas, hein !»
En même temps qu'il prononça son sermon, l'étudiant en art retira son écharpe pour l'enrouler autour du cou de Xie Lian.
- Ce n'est pas nécessaire et tu le sais bien.
- je sais surtout que tu as une malchance incroyable, ne tentons pas le diable.
- Je ressemble à un Burito, Mu Qing …
- Garde cette écharpe !»
Les deux garçons se chamaillèrent quelques instants avant d'être interrompue par la sonnerie d'un message.
« C'est Feng Xin, j'imagine qu'il vient de sortir du boulot.
- Ne tarde pas à rentrer alors !»
Mu Qing hocha de la tête, puis jeta un coup d'œil curieux à Hua Cheng qui se tenait en retrait. Allait-il tenter quelque chose ? Mu Qing se le demandait sincèrement. Depuis le coup des petites vieilles, il trouvait que le beau parleur avait perdu beaucoup de sa confiance. Se tenant étrangement plus en retrait, moins moqueur. Il semblait beaucoup plus vulnérable aujourd'hui. Sa méfiance était toujours présente, mais en repensant à son attitude, sa manière d'être avec le brun, cette inquiétude qui semblait sincère au premier coup d'œil … Mu Qing se promit de continuer son observation. Il était trop tôt pour baisser le bouclier.
Finalement, Mu Qing prit la décision de les laisser.
« Je vais y aller. Ne rentre pas trop tard.»
Ils se saluèrent et sans plus tarder, Mu Qing prit la direction de son appartement, se demandant déjà ce qu'il allait préparer comme souper.
«San Lang, tu as quelque chose de prévu ?»
Pour toute surprise, ce fut Xie Lian qui prit l'initiative des choses. Hua Cheng, étonné, n'arriva qu'à exprimer un faible « non» .
« Je t'ai parlé d'un café l'autre jour, tu te souviens ? Tant que nous sommes là, et si on y allait ? Tu n'as pas encore mangé, n'est-ce pas ?
- Je n'ai rien mangé, ça serait un plaisir de partager mon repas avec Gege.
- Alors allons-y !»
Ainsi, ils se mirent en route, Xie Lian fière d'être celui qui guidait le duo. Il fallait dire que sa maladresse avait souvent poussé San Lang à prendre les directives et les sortir de nombreuses situations. Mais aujourd'hui, les choses seraient différentes ! Il avait bien calculé son coup. Il partageait à son plus jeune ami la manière dont il avait réussi à trouver ce petit coin dont il était sûr qu'il allait lui plaire.
Ce dernier l'écoutait religieusement, comme toujours. Quel que soit le sujet, entendre Xie Lian lui parler de son air joyeux , si animé et si expressif, était un véritable remède. Un plaisir qu'il souhaiterait, au fond de lui, avoir à chaque instant. Pourtant, son esprit aujourd'hui se montrait un peu volatile. Bercé par la douce voix du brun, il ressassait ce qui s'était passé plus tôt.
«Tu as l'air ailleurs ?»
La voix de Xie Lian le sortit de ses rêveries. Il reporta son attention vers son ami. Et comme à chaque fois qu'il avait la chance de croiser son regard doré, un trémolo d'émotion le prit à la gorge. Qu'est-ce qu'il y pouvait ? Xie Lian était de ces gens beaucoup trop généreux en ce monde. Hua Cheng le pensait sincèrement. Toujours là, à s'inquiéter et aider. A faire attention à chaque détail de ceux qui avaient l'honneur de le côtoyer d'une manière ou d'une autre. Alors était-ce si étrange que son aîné ait ce pouvoir si lui ?
Il retrouva le sourire, comme à chaque fois auprès de lui et s'empressa de le rassurer.
« Je réfléchissais.» Son regard retrouva un instant la silhouette qui s'éloignait, mais se dépêcha, presque naturellement, de se raccrocher à celle à ses côtés.
Xie Lian suivit le mouvement, curieux, puis amusé. « Il est amusant, n'est-ce pas ?
- Amusant n'est pas le premier mot qui me vient à l'esprit le concernant.
- Non ?» Xie Lian parut surpris. « Lequel serait-ce alors ?
- … Ennuyeux.»
Cette réponse a eu le mérite de le faire rire. « Et pourtant, te voilà, à faire du shopping avec lui. San Lang m'aurait-il caché apprécier les personnes ennuyeuses ?
- Tu te trompes, ce n'était que du hasard.»
- Je vous connais assez tous les deux pour savoir que le hasard n'est pas suffisant pour vous réunir de force.»
Sa perspicacité le fit grimacer, non s'en profiter d'une certaine joie, Xie Lian le connaissait bien au point de déceler ce genre de petit mensonge. Piégé, certes, mais fier surtout.
« Touché.» s'en amusa-t-il. « Mais tout cela n'était pas réellement prévu. Nous sortions tous les deux du même magasin et il n'y a qu'un arrêt de bus.»
Au fond, il ne mentait pas réellement. Ils étaient effectivement sortis du même magasin, et il n'y avait bien qu'un seul arrêt de bus devant ce centre commercial. La vérité n'était peut-être pas complète, mais ce n'était pas le propos. Hua Cheng n'était pas un menteur, surtout envers Xie Lian. Non, l'étudiant était un homme qui savait jouer des mots et des sens pour des occasions particulières. Préserver l'effet de surprise de ses futurs cadeaux était un motif tout à fait légitime.
Xie Lian se contenta d'écouter sa version, sans protester plus que nécessaire. Le regard amusé, il accepta cette réponse.
« Dans ce cas, je devrais remercier ce hasard, c'est plaisant de vous voir vous approcher. Tu sais, je me suis toujours dit que vous vous entendriez bien tous les deux.
- Gege se montre bien optimiste. Il y a peu d'espoir d'un quelconque rapprochement, il est trop… lui.»
Néanmoins, lui rappela une petite voix dans son esprit, Mu Qing l'avait protégé. Il repensa à ces dames, à leur regard, leur dégoût et fascination morbide. Mais surtout, il se remémora la voix du brun, de la hargne qu'il avait mis pour stopper cette situation silencieuse. Hua Cheng ne lui avait rien demandé, mais Mu Qing avait compris, avait agit et n'avait rien demandé en retour, comme si cela était évident pour lui.
« Mu Qing est une bonne personne, n'est ce pas ?»
Bonne personne, bonne personne, pour Hua Cheng, s'était vite dit. Il admettait qu'il ressentait une reconnaissance pour ce qui s'était passé, mais de là à l'élever en saint… Xie Lian était beaucoup trop aimant envers les gens. Et surtout, Mu Qing.
« Je n'aurais pas parié sur lui, Gege est beaucoup plus à même d'être considéré comme gentil. Lui, c'est un condensé de négativité, ingrat au possible, un enfer.
- C'est vrai qu'il est têtu, sacrément revanchard, méfiant envers tout le monde, capable de trouver du négatif dans n'importe quoi, n'écoute jamais rien quand il est énervé ! … Mais je ne connais pas plus gentil que lui. Il ne l'avouera pas, mais c'est quelqu'un de terriblement empathique. Capable de s'arracher le cœur pour venir en aide.» Conclu-t-il.
Si les mots étaient difficiles à croire pour Hua Cheng, le regard qu'avait Xie Lian en cet instant était bien la preuve la plus solide qu'on aurait pu lui montrer. Observant l'horizon où Mu Qing avait à présent disparu, ses yeux débordaient d'une tendresse qui témoignait de tant de choses, Il y lisait l'affection sincère qu'il portait pour son ami d'enfance. Il devait se l'avouer, il tuerait pour que Xie Lian parle de lui avait le même regard.
« Tu as vraiment une belle opinion de lui.
- Totalement ! Ce n'est pas mon meilleur ami pour rien.»
Voilà qu'il lui souriait. Ce sourire qu'il ne voulait que pour lui, qui l'avait rendu si faible, si dépendant. Et ce sourire, maintenant qu'il l'avait, ne lui était pas dédié. Comment une personne aussi exécrable que Mu Qing – Et Feng Xin, il ne l'oubliait pas, avait pu obtenir une place aussi spéciale dans le cœur de Xie Lian ? Qu'est-ce qu'il devait faire pour obtenir la sienne ? Encore une fois, malgré sa bonne volonté, sa vieille amie jalousie vient lui chatouiller les lèvres alors qu'il répondait du mieux qu'il pouvait, au sourire de son aîné.
« Oh...»
Les deux garçons se stoppèrent devant le café. La jolie devanture arborait une ribambelle de couleurs, tout en réussissant le défi de rester sobre dans son apparence. Et au milieu de toutes ces jolies décorations, un simple panneau illustré d'un mot : fermé.
«Ah… Mais ! Je croyais … donne moi une seconde !»
Xie Lian s'empêtra dans ses mots, rouge d'embarras , le portable entre ses mains. Il pianota rapidement, le regard paniqué. Ce soudain élan de panique pris une nouvelle, au dépourvue Hua Cheng qui se demandait bien ce qu'il y avait de si terrible à s'être trompé. Il n'était pas grave de se méprendre, surtout s'il était question de lui.
«Je suis désolé San Lang ! Je- Enfin, j'étais sûr qu'il était ouvert ! Comment j'ai pu me tromper ? C'est pourtant écrit jusqu'à 19h, je ne comprends pas.»
Hua Cheng se pencha vers lui, les yeux posés sur l'écran. « Gege n'est pas à la bonne date.
- Pardon ?
- C'est l'horaire de la semaine passée. Regarde au-dessus.» Il se permit de poser un doigt sur le vieux téléphone, pointant leur attention sur une petite notification. Il appuya dessus et vit alors un onglet s'ouvrir. Xie Lian s'empressa de tout lire et la gêne vient s'imposer sur ses joues. Oh que je suis bête, ne put-il s'empêcher de penser.
« Ah… ah… Je… C'est mal indiqué, je trouve ! Désolé San Lang...» Il tourna le visage vers le plus grand « Je t'ai fait te déplacer pour pas grand- … San Lang ?» Il avait à peine amorcé le mouvement qu'il l'avait senti s'éloigner de lui. Si rapide, trop brusquement pour être naturel. Xie Lian en resta figé quelques secondes.
De son côté, Hua Cheng n'en menait pas large. Il n'y arrivait pas. L'idée que Xie Lian voyait sa cicatrice de si prêt l'horrifiait. C'était instinctif et malgré tous les mots qu'il se chantait pour se rassurer, à chaque fois que l'ambre se posait sur lui, il avait peur. Il n'aurait pas dû accepter l'invitation, pas avec ce vieux cache-œil inadapté.
«Ce n'est pas important. » Fit-il, incapable de lui faire face. « Nous pourrons y revenir une prochaine fois. » Sans laisser le temps à son ami de répondre, il se dépêcha de continuer. Vite, vite, il devait s'en aller maintenant avec de faire d'autres gaffes. « Il se fait tard, nous devrions rentrer. Tu dois être fatigué.»
Xie Lian sembla vouloir dire quelque chose, mais jamais il ne le sut. Le brun se contenta de pincer des lèvres, le regard un peu triste. Ce fut suffisant pour angoisser au possible Hua Cheng.
« Je n'essaie pas de te faire partir ! Je suis toujours heureux de passer du temps avec toi, mais là … C'est juste que … je… Merde.»
Il abandonna sa tentative de justification, ne faisant qu'aggraver les choses. Il se passa une main sur le visage, réfléchissant à comment se dépêtrer de cette situation. Il avait toujours été malin. Sans s'en vanter, il savait comment se sortir de chaque problème. Pour le plus grand malheur de ses adversaires, il avait toujours les mots pour mener la danse. Sauf quand il s'agissait de Xie Lian. Dès lors que le brun était face à lui, tout devenait plus sensible, plus impactant, trop important pour se rater. Hua Cheng n'avait pas peur, mais qu'est-ce qu'il se sentait fragile face à son regard sincère.
« Désolé.
- Pourquoi t'excuses-tu ?
- Car tu as dû me trouver insultant.
- Ce n'est pas le cas.
- Ah bon ?» fit Hua Cheng dans un rire amer. « Gege n'as pas été blessé ?
- J'ai beaucoup de compassion pour toi, en ce moment.»
Hua Cheng écarquilla de son unique œil. Surpris, il osa enfin lever les yeux vers son aîné qui, comme toujours, lui offrait le plus doux sourire.
« C'est difficile à porter, n'est-ce pas ?»
Nul besoin de nommer les choses, le sujet était évident. « Un peu.» concéda l'étudiant. « ça dépend des situations.
- Là tout de suite, c'est une situation difficile ?
- Je sais que tu ne me jugeras pas, mais… je ne veux pas te dégoûter. C'est bizarre.
- Tu penses que je pourrais être dégoûté par ça ?
- Non, mais ça me fait tout de même peur.
Xie Lian saisit la main de son cadet. Il fit glisser le bout de ses doigts sur le dos du garçon paniqué, puis le long des doigts beaucoup pâles. Il hésita un instant, mais ne rencontrant aucune réticente, le brun se permit d'attirer cette main effrayé vers lui. Il la conduit jusqu'à son cou. Xie Lian la sentit trembler légèrement, un moment de peur, mais cela ne lui fit pas lâcher le contact. Ses doigts entrelacèrent leurs jumelles, et ensemble, il les déposa sur son pansement.
« Si je te montrais la mienne, serais-tu dégoûté ?
- J-Jamais !» Sa langue fourcha malgré l'évidence de sa réponse, ayant beaucoup de mal à se détacher de la chaleur sous ses doigts.
« Alors pourquoi l'inverse serait vrai ? San Lang est San Lang, rien en toi ne me provoquera une émotion aussi négative que le dégoût.»
Une émotion terrible le pris au cœur. Comment le destin avait-il pu créer un homme comme Xie Lian et espérer qu'il n'en tombe pas fou amoureux ? C'était impossible, tout bonnement impossible. Et même si cette possibilité existait, il n'en voulait pas. Hua Cheng n'avait jamais été aussi heureux que depuis qu'il avait croisé sa route. Cette anodine rencontre dans le petit magasin où le plus agé travaillait en tant que fleuriste. Cette voix qui l'interpella alors qu'il cherchait, sans grande motivation, un bouquet de fleur à mettre dans le cadeau commun de fin d'année, destiné à leur professeur principal. Une discussion tranquille en apparence, alors que son cœur tambourinait comme jamais dans sa vie, il ne l'avait fait.
Toute sa vie avait pris un tournant différent. Xie Lian avait le pouvoir de tout rendre beau, si simple, si apaisant. Engourdi par tout cet amour, Hua Cheng ne réalisa pas les mouvements de sa main, toujours dans celle de Xie Lian. Une pression à laquelle l'aîné répondit. Alors, doucement, ce fut au tour de l'étudiant d'initier le mouvement. D'une cicatrice à une autre, de la gorge à l'œil, leurs mains toujours liées virent frôler la peau de son visage, puis elles s'immobilisèrent de nouveau. Xie Lian continua l'action. Lentement, il rapprocha ses doigts du cache-œil. Il déposa le dos de son index sur le tissu, puis descendit pour toucher la petite partie de peau abîmée dépassant.
Encore une fois, il n'eut aucune réticence de la part de Hua Cheng, ce qui poussa Xie Lian a ne pas s'arrêter. Il caressa la pommette légèrement rougie. Le plus grand ferma les yeux, profitant sans honte du contact, il en voulait plus. Il avait besoin de plus. Sa main lâcha son homologue, mais seulement quelques secondes, le temps de saisir le poignet. La main libérée du fleuriste vint se poser plus franchement sur la joue. Le contact fut plus prononcé, plus appuyé cette fois-ci. Peut-être cela fut l'origine du mouvement, mais le cache-œil se mit à bouger. Il se décala un peu et Xie Lian hésita. En sentant le déplacement, Hua Cheng avait rouvert les yeux. Sans le vouloir, les deux regards se retrouvèrent, chacun réalisant la soudaine proximité.
Cette fois-ci, Xie Lian ne bougea pas. Il attendit, laissant le contrôle de ce qui arrivera à Hua Cheng. Le cache-œil flottait légèrement lorsque le vent s'invitait entre eux. L'un le voyait, l'autre le sentait. Ils restèrent immobiles tandis que le tissu sur le visage doucement, se laissait aller à l'apesanteur. Les attaches n'étaient pas solides, il ne fallut pas longtemps pour qu'il tombe au sol. Et ni Hua Cheng, ni Xie Lian ne bougea, le regard de l'un toujours dans celui de l'autre.
Pour la première fois, Xie Lian voyait la balafre qui mangeait le visage du plus jeune. Une cicatrice était visible sur la paupière, néanmoins, ce n'était pas ce que l'on constatait en premier lieu. Ce qui marquait réellement, c'était l'état de la peau, brûlée. Cette partie du visage s'était très mal régénérée. Des parcelles d'épiderme tendaient vers le rouge, d'autres vers le blanc, comme un morceau de feuille que l'on aurait déchiré pour voir ce qu'il y avait en dessous.
Elle avait l'air douloureuse, mais pas autant que ce que Xie Lian lisait dans l'unique œil de Hua Cheng. Il appréhendait. Attendant un geste ou un mot qui viendrait taire ce qui devait se jouer dans son esprit. Alors, sur la pointe des pieds, Xie Lian se rapprocha. Dans un même temps, de sa main sur la joue, il incita l'autre à le suivre. Et dans une douceur qui émeut Hua Cheng au plus profond de lui-même, Xie Lian déposa ses lèvres sur la paupière meurtrie.
