Bonjour à toutes et à tous !

Voici donc la suite... Qui n'est pas la fin ! Mais la 3éme partie sera bien la dernière !

Le titre a un peu changé, mais faisons comme si on n'avait rien remarqué ! Petite inspiration de dernière minutes !


Disclaimer : Heaven Official Blessing est une œuvre appartenant à MXTX

Couples principaux : FengQing & Hulian

Style : Romance, Hurt/Confort, Tranche de vie

Rating : T (Description du thématique en fin de chapitre !)

Rappel : l'italique représente soit des souvenirs, soit des éléments externes à la narration/dialogue.


Dont Stop

Il devait être dans les alentours de seize heures lorsque Feng Xin sortit de son appartement, Mu Qing à ses talons, ce dernier la tête dans son sac.

« Ne me dis pas que j'ai encore perdu ces clés…

- Décidément, une sacré histoire entre vous deux. »

Il ne pouvait s'empêcher d'en rire. Il fallait dire que depuis qu'ils avaient emménagé ensemble, Mu Qing a dû perdre ses clés une bonne dizaine de fois ! Fort heureusement pour eux, ils les retrouvaient toujours au bout de quelques heures… Voir quelques jours. Mu Qing était pourtant quelqu'un d'organisé, il suffisait d'observer ses rangements à maquillage, du vernis à l'eyeliner, tout avait toujours eu sa place et jamais un matin n'était arrivé où le brun préparait son esthétique du jour en plus de cinq minutes. Néanmoins, son trousseau de clés, impossible ! Un évadé dont Mu Qing n'aurait jamais le contrôle. Cela avait le don d'agacer son compagnon au plus au point, comme en cet instant où il se mit à fouiller son sac pour la 4éme fois, comme si miraculeusement, une poche magique apparaîtrait pour lui rendre ses clés.

Oui, cela agaçait Mu Qing, mais au fond de lui, il devait se l'avouer, Feng Xin le trouvait adorablement embêtant dans ces moments-là. Il ne s'en lassait pas !

« Ne rigole pas, je vais piquer les tiennes. »

Mu Qing le rappela à l'ordre, le regard suspicieux. Oups, son sourire ne passa pas inaperçu, cette fois-ci. Chose qui au fond, ne fit que l'amuser encore plus.

« Et tu les perdras également, nous forçant ainsi à payer la caution des clés et un serrurier qui mettra au minimum une semaine pour nous faire un double des clés que tu perdras dans les jours à venir. Ouais, plutôt bonne idée ! »

Mu qing ne lui offrit comme réponse qu'un simple, mais bien placé, coup de poing dans le dos. Ignorant l'insulte glissée dans son soupir de douleur, Mu Qing se décala pour laisser son petit ami fermer la porte.

« Xie Lian répond de ton côté ?» Demanda-t-il en descendant les escaliers. Un réponse négative lui parvient derrière lui. Chose plutôt étrange, Xie Lian n'était pas du genre à ignorer ou rater des appels. Un mauvais pressentiment le poussa à l'appeler de nouveau. Son attitude fut contagieuse car si Feng Xin s'était montré plutôt tranquille, son visage démontrait d'un soudain intérêt, loin d'être positif. Arrivé à l'extérieur, Mu Qing pesta sur la voix du répondeur.

« Il est peut-être sous la douche ?» Tenta Feng Xin.

« On doit se rejoindre au café dans 15 min, il est du genre maladroit mais pas de ce style. Et tu sais autant que moi que Xie Lian reste collé à son portable, justement car je suis du genre à paniquer très vite. Donc s'il ne répond pas, c'est qu'il se passe quelque chose. On sait tous les deux que c'est souvent lié à son état de santé. Imagine il s'est passé quelque chose ? Il vit seul à présent ! Ah, pourquoi il ne répond pas ! »

Mu Qing s'agitait. Il s'avançait et reculait de manière aléatoire, des pas rapides à gauche, puis à droite, de retour vers Feng Xin, puis vers la rue, le téléphone qui s'éloignait et se rapprochait de son oreille au rythme des appels manqués. La 4éme tentative fut interrompue par deux bras qui l'enlacèrent dans le dos. Posant sa tête sur l'épaule libre, Feng Xin déposa un baiser sur sa joue.

«Relax.»

Le ton était doux, la voix était basse. Le médicament préféré de Mu Qing. Cela fit directement effet, doucement mais sûrement

« Prends une inspiration.

- C'est pas la peine, ça v-

- Mu Qing, prends une respiration en même temps que moi. Tu me suis ?»

Le brun voulut répondre une nouvelle fois, mais les mots restèrent coincés dans la gorge. Il hoqueta difficilement, ressentant enfin toute l'angoisse qui s'était discrètement installée dans son esprit.

«Allez, suis mon rythme.»

Feng Xin prit une grande inspiration et attendit que son amant fasse de même. Alors ensuite, dans un même temps, ils relâchèrent l'air. Ils recommencèrent l'exercice quelques fois, parfois entrecoupé d'expirations plus compliqués. Il sentait contre lui les légers tremblements que le brun tentait de maîtriser. La peur qui s'exprimait toujours en silence, à l'abri des regards, aujourd'hui se manifestait pleinement dans ses bras. Et bien que cela lui faisait toujours mal de le voir dans cet état, Feng Xin était heureux de pouvoir à présent le soutenir.

« Je sais que c'est dur pour toi, mais on va faire les choses tranquillement, d'accord ? Sans s'angoisser. Si Xie Lian ne répond pas, soit c'est qu'il a eu un nouvel épisode de maladresse, soit c'est effectivement lié à sa santé. Et sic'est ce dernier cas, rappel toi qu'il est bien suivi. Qu'il sait très bien comment il doit gérer ses moments de faiblesses. On n'est plus à l'époque de nos 18 ans. Xie Lian maîtrise mieux ses états, d'accord ?»

Mu Qing bougea la tête de manière un peu brusque, preuve qu'il était encore tendu. Néanmoins, sa respiration avait retrouvé un rythme normal.

« Bien, on va aller chez lui pour commencer.» Feng Xin lui saisit la main. Ils ne firent que quelques pas avant que le téléphone de Mu Qing se mît à vibrer. Trop rapidement, il le saisit et, rassuré, il y vit un message venant de l'absent du trio.

« Xie Lian à Mu Qing : Désolé, désolé, désolé ! Je pensais avoir envoyé mon précédent message. Pas en forme aujourd'hui, je ne pense pas pouvoir venir. Désolé, vraiment ! Mais profitez à deux !

« Mu Qing à Xie Lian : qu'est-ce qui se passe ?

« Xie Lian à Mu Qing : le froid m'a eu, haha.

« Mu Qing à Xie Lian : à ce point ? Faut t'amener à l'hôpital ?

« Xie Lian à Mu Qing : Le médecin est passé ! J'ai ce qu'il faut. Faut juste du repos.

« Xie Lian à Mu Qing : Pas d'inquiétude, Mu Qing ! C'est qu'un coup de froid ! J'ai ce qu'il faut pour taire la douleur et le médecin m'a donné un certificat pour deux semaines. A moi les congés !

Sans pouvoir se contenir, Mu Qing se laissa aller contre l'épaule de son amant.

« Je t'avais dit qu'il se passait quelque chose.

- Et je t'avais dit que Xie Lian était capable de le gérer.

- … tu as raison.» Murmura-t-il si bas que Feng Xin ne l'aurait pas entendu s'il n'avait pas été aussi proche. « Tu as raison, je le sais, vraiment. Juste…» Un soupir, fatigué, encore un peu stressé. « A chaque fois que je le vois souffrir de cette blessure, je n'arrive pas à gérer…

- Je sais, Mu Qing. Je le sais. Ne te justifies pas.» Quelques instants de silence plus tard, il reprit la parole. « Qu'est-ce que tu veux faire ? On va le voir ?

- Évidemment. Donne moi juste quelques minutes pour que je me calme correctement.

- A ton aise.»

Il resserra la main dans la sienne, disant par des gestes ce que des mots ont déjà exprimé par le passé. Ils restèrent ainsi quelques instants. Mu Qing attrapa de nouveau son téléphone.

« Mu Qing à Xie Lian : Tu dors ?

« Xie Lian à Mu Qing : Non, du tout. Tu as besoin de quelque chose ?

« Mu Qing à Xie Lian : Tu as mangé ?Ou c'est trop difficile ?

« Xie Lian à Mu Qing : encore difficile, mais j'y arrive. Je ressors d'une grosse sieste, là. J'ai raté le midi.

« Mu Qing à Xie Lian : Bouge pas, on arrive. Ton frigo est rempli ?

« Xie Lian à Mu Qing : Je crois ? Je t'avoue, j'ai un doute… Donne moi 10 min pour que je fouille mes placards

« Mu Qing à Xie Lian : Tu n'as même pas intérêt à bouger de ton lit ! Je m'occupe du menu, on s'occupe des courses.

« Xie Lian à Mu Qing : Merci à vous deux, je suis chanceux de pouvoir compter sur vous.

« Mu Qing à Xie Lian : Repose-toi et ne fais plus rien, on s'occupe du reste.

Sans un mot, Mu Qing initia finalement le mouvement. Il ne fallut pas longtemps au couple pour arriver au supermarché, faire quelques emplettes et trouver l'immeuble de leur meilleur ami. Un joli duplex qui donnait vue sur un vaste coin de verdure. Le duo ne sonna pas tout de suite, préférant d'abord prévenir de leur arrivée par message. Ils n'eurent pas longtemps à attendre avant d'entendre le bruit du verrou mécanique. La porte s'ouvrit, les laissant passer. Ils attendirent encore et la seconde porte de déverrouilla. Au moins, ils étaient sûrs que Xie Lian était en sécurité ici.

La porte s'ouvrit sur un Xie Lian bien pâle. Le dessous de ses yeux tirait sur le sombre, preuve d'une fatigue qui commençait à dater. Un pyjama large sur lui, le col était suffisamment large pour laisser respirer le haut du torse, des clavicules au cou. Ce fut cette partie qui réveilla la peine dans le cœur de Mu Qing et celui de Feng Xin.

Il ne portait pas son éternel bandage afin de laisser la blessure respirer, exposant bien plus que d'habitude la peau abîmée. Un pansement médical couvrait tout de même le plus gros de la blessure, seuls les contours étaient visibles. La peau semblait brûlée tant elle était rouge. Un rouge très foncé, tirant presque vers le mauve et le bleu. Les veines gorgées de sang apparaissaient trop précisément comme des racines barrant si et là, la gorge palote. Elles montaient jusqu'au bout du menton et effleuraient le début du torse.

Xie Lian leur sourit, puis d'un geste, il les invita à rentrer. Ni d'une, ni de deux, Feng Xin s'avança et souleva son ami.

« Toi, tu files au lit, illico presto ! Tu vas encore plus attraper froid en restant dans le couloir.

- Donne-moi les courses, je vais lancer le repas.»

Comme s'ils étaient chez eux, chacun fit ce qu'ils avaient à faire. Feng Xin fonça vers la chambre pour y déposer un Xie Lian bien amusé par l'attitude de ses amis. Le sourire de ce dernier, malgré la douleur évidente, fut un baume pour les craintes du plus grand.

« Tu tiens le coup ?»

Le brun hocha de la tête.

«Tu as du mal à parler ?»

Un autre hochement de tête. « Trop mal ?» Même réponse. « Le froid a irrité ta cicatrice ou quelque chose du genre ?» cette fois-ci, il fit non de la tête.

«ça ne serait pas plutôt un rhume ?» Questionna Mu Qing en arrivant dans la chambre, débarrassé de sa veste et des courses.

Pour toutes réponses, Xie Lian leva le pouce. Un peu plus rassuré, Mu Qing s'agaça tout de même.

« J'aurais dû te forcer à rentrer ce jour-là.

- Ce jour-là ?» Répéta Feng Xin, soudainement perdu.

- Il y a quoi… Un peu plus d'une semaine, on s'est croisé alors qu'il rentrait de l'hôpital. Monsieur a préféré rester dehors avec l'autre insolent.

- Hua Cheng ?

- Qui d'autre ?»

Xie Lian agita les mains pour attirer leur attention. Soudainement, gêné. Il attrapa rapidement son téléphone pour taper son message : « ça ne date pas de ce moment-là ! Cet hiver est particulièrement rude, je sentais que ça n'allait pas depuis le début du mois de décembre.»

Le brun n'était pas totalement honnête à ce sujet. Il ne mentait pas lorsqu'il disait que ses douleurs dataient déjà depuis quelques semaines et au fond, c'était là, la raison essentielle de son état. De ce fait, il n'était pas réellement obligé de parler de la longue soirée dans le froid qu'il a passé dans les bras de Hua Cheng, et encore moins de sorties nocturnes qu'il a dû faire les jours suivants pour s'aérer l'esprit de toutes les pensées qui venaient le harceler. Oubliant parfois que les chaleurs sur ses joues n'étaient pas suffisantes pour se réchauffer par ces temps.

… Non, vraiment, Ni Mu Qing, Ni Feng Xin n'avaient besoin de connaître ces détails.

« ça date d'aussi longtemps et tu n'as pas pensé qu'il serait intéressant de nous prévenir ? Tu es vraiment terrible parfois !» L'agacement du futur tatoueur le sortit de ses honteuses pensées. Le regard dur, Mu Qing arrivait à le sermonner simplement en le regardant, il était à la fois penaud et impressionné. Pris au piège, il sourit, gêné, ne récoltant qu'un soupir à fendre l'âme.

« Tu veux que j'aille cuisiner ?» Demanda Feng Xin, déjà prêt à se lever.

« Non, je m'en occupe. Je voulais savoir ce que tu voulais. » Fit-il, cette fois-ci à l'attention de l'alité. « Et surtout, ce que tu te sens de pouvoir manger… On part sur un potage ?»

Hochement de tête positif.

« Une envie particulière ?»

Il réfléchit un instant, puis tapota sur son portable. « Ce qui te plaît ! Je te fais confiance

Ainsi, les choses s'étaient lancées. Mu Qing prit les commandes de la cuisine, tandis que Feng Xin resta près du malade qui, doucement, se mit à somnoler. Le message fut clair pour le sportif. D'un geste qui n'admit aucune protestation, il le poussa à s'allonger, le couvrant correctement. Il ne fallut que quelques minutes pour qu'il réalise que Xie Lian s'était effondré de sommeil. Le moment du repos était arrivé, alors Feng Xin décida d'aider au rangement.

L'ambiance dans l'appartement était silencieuse. Des bruits de pas et de cliquetis d'ustensiles venaient parfois se faire entendre, mais jamais assez pour déranger le sommeil du malade. Un autre bruit venait parfois s'ajouter à cette silencieuse mélodie. Une toux. Un son étouffé, fatigué suivi de gémissements qui peinaient à sortir. De temps en temps, quand les toux s'enchaînaient, l'un et l'autre allaient le voir, pour s'assurer que tout allait bien. Une bonne heure s'écoula de cette manière.

Feng Xin s'invita dans la cuisine, de la vaisselle plein les mains. « Tu t'en sors ?

- Je viens juste de finir.» Mu Qing éteignit la plaque de cuisson. « Ou j'ai mis le haut de la casserole…

- A ta droite.» Feng Xin l'attrapa et le lui tendit. « Qu'est-ce que tu as fait de beau ?

- Potage au potiron, c'est plutôt doux comme goût donc ça ne devrait pas irriter sa gorge. J'ai aussi fait une salade de riz. J'ai hésité mais je pense que la viande n'est pas une bonne option pour lui, donc je n'en ai fait que pour toi. Il restait des fruits, donc jus de pomme, grenade et fraise.

- Un menu de roi, merci Mu Qing.» Il lui saisit le menton pour déposer un baiser sur ses lèvres. « Va le voir, je m'occupe de la vaisselle.

- Merci.» Il vint prendre un autre baiser, un peu plus appuyé, puis abandonna la cuisine aux mains de son amant.

Une fois arrivé dans la chambre, il ne put s'empêcher d'avoir une sorte d'électrochoc. Une paralysie qui l'immobilisa à l'entrée. Cette vue, il la détestait. Il préférait le Xie Lian qui s'agitait dans tous les sens, celui qui passe son temps à rire de rien mais surtout de tout, maladroit et simple.

Il dut prendre une inspiration pour se ressaisir. Il se rapprocha lentement du bord du lit, là où se trouvait la table de chevet et la chaise de bureau, pour s'y affaler. Ses yeux avaient du mal à soutenir la vision en face de lui. Ça lui réveillait beaucoup trop de souvenirs. De mauvais souvenirs qui le prirent à la gorge. Malgré lui, il tourna la tête, fermant les yeux pour contrôler ces élans de stress qui le prenaient dans ces moments de faiblesses. C'était difficile.

Son regard tomba sur un étui en bois. D'assez grande taille, il était rangé juste à côté de l'armoire à vêtements. Un vieux souvenir caché dans l'ombre du meuble. Il se demanda si Xie Lian avait continué la musique. La poussière qu'il supposait sur les courbures de l'objet lui donnait, dans un sens, déjà une réponse… Il replongea, sans le réaliser, dans le passé, ces moments très drôles où Xie Lian, plus jeune, tentait d'apprendre à Feng Xin la manière de jouer un air, de la maladresse terrible de ce dernier qui, ne contrôlant pas ces gestes, avait cassé deux cordes, il repensa au fou rire qu'ils avaient eu, lui et Xie Lian, face à son air effrayé. Une belle époque. Un lointain passé, révolu et terminé. Une jolie peinture illustrée sur une fresque bien plus sombre… Décidément, Mu Qing se fit la réflexion qu'il avait bien du mal à penser au passé sans amertume.

Une main saisit la sienne. Pris par surprise, il releva le visage pour croiser celui cassé par la fatigue et la douleur. Il tenta de parler, vaine tentative qui ne se solda que par une grimace.

« Ne force pas.» Murmura-t-il. « Tu veux boire quelque chose ?»

Difficilement, Xie Lian attrapa son portable. Il mit plus de temps à écrire ce qu'il souhaitait partager : « Dsl les mauvais souvenirs. Merci être ici.»

Mu Qing lit ces mots avec beaucoup d'émotion. « C'est absurde, ne me remercie pas… c'est moi qui ... »

Un coussin lui tomba sur le haut de la tête, puis, sans qu'il n'ait le temps de comprendre, deux bras l'attrapèrent, l'attirant vers lui. Sans lui laisser l'opportunité de dire quoi que ce soit, Xie Lian le serra dans ses bras, aussi fort que sa fatigue le lui permettait. Mu Qing fut étonné, mais ne se débâtit pas. Prenant garde à ne pas lui faire mal, il passa ses bras autour de lui, répondant à l'étreinte. A défaut de pouvoir le dire, Xie Lian lui faisait comprendre ses idées. Son soutien. Leur lien.

Ils entendirent des pas s'approcher d'eux. Le bruit cessa un moment, puis après un long silence, les pas reprirent, rentrant dans la chambre. Le lit s'affaissa légèrement et il sentit une main se poser sur son dos.

« Vous vous faites des câlins sans moi ? Je me sentirais presque trahi.

- Dit-il alors qu'il fait des câlins H24 aux deux concernés.

- Tu prends beaucoup de place.» Lâcha Mu Qing

« Ce sont mes muscles.

- Je rêve où tu t'en vantes ?

- Je cite des faits… Des faits que tu as tendance à appréci- Aie ! Mais ?»

Mu Qing à son tour, l'avait frappé avec le coussin. «Dévergondé. Pas devant Xie Lian.»

Le concerné, toujours coincé dans son mutisme, rit silencieusement.

« Allez, vous deux.» Lança finalement Feng Xin, « C'est l'heure de manger, je ramène les plats, vous devez prendre des forces. »

Les yeux encore endormis de Xie Lian trouvèrent la force de pétiller de curiosité, il se dépêcha de se lever, très vite arrêtés par ses deux amis. Le repas se passera dans le grand lit et aucune discussion n'était envisageable. Xie Lian capitula très vite, il se contenta de se décaler pour laisser de la place. Mu Qing s'installa alors que Feng Xin, apportait les plats.

Xie Lian, de la même manière que Feng Xin un peu plus tôt, était en admiration en découvrant les différentes assiettes, aucun des deux ne remarqua les poings serrés du plus silencieux. Mu Qing tenta de se ressaisir, de ne pas laisser ses pensées le perdre et l'empêcher de profiter de ce doux moment à trois. Il y arriva, mais pas complètement, une part de son esprit se remémorant sans cesse des souvenirs, des émotions et des idées… Il devait trouver un cadeau pour Xie Lian.

Vite.


Hua Cheng s'était levé tôt cette journée-là. Lui qui n'avait jamais vraiment connu la difficulté de se réveiller aux aurores, l'étudiant devait admettre que cela était devenu plus difficile depuis qu'il s'était abonné aux nuits blanches de travail. La nuit précédente ne l'avait clairement pas épargnée. Se traînant difficilement dans son appartement, il partit à la recherche de son précieux café et ne fut pas surpris de tomber sur un He Xuan, la tête déjà dans sa tasse.

« Qu'est-ce que tu fais debout si tôt ? Tu n'as pas cours. » La voix de He Xuan était rocailleuse, lui indiquant que son colocataire devait avoir eu autant d'heures de sommeil que lui. Un joli score de zéro minute. Les joies du travail…

« Je dois rejoindre l'un des amis de Xie Lian.

- Mu Qing ?

- Lui-même. »

Son colocataire prit une longue gorgée de café. « Depuis quand tu le côtoies ?

- Je ne le côtoie pas.

- C'est toujours pour le cadeau du petit fleuriste ? »

Hua Cheng hocha la tête. « On approche de la date de la soirée et je n'ai toujours rien trouvé.

- Et en quoi la présence du second joue-t-elle dans cette histoire ?

- Une sécurité. Je pense le connaître assez bien, mais les réactions d'un ami d'enfance peuvent être un atout.

- ça fait sens. »

- D'ailleurs. » Ajouta Hua Cheng « N'oublie pas de ne pas venir les mains vides. »

He Xuan haussa un sourcil. « parce que je suis censé venir ?

- Gege t'a invité.

- Et j'imagine qu'il a également invité la fratrie ? »

Hua Cheng ne répondit pas. Cela faisait quelques années déjà qu'ils se connaissaient tous les deux. Deux enfants de la misère qui ont tenu le coup comme ils le pouvaient. Et si sa propre vie fut

compliquée, celle de He Xuan n'avait rien à lui envier. Des pertes, des décès et de la solitude. Tout cela était des marques qui ne disparaissaient jamais vraiment. Chacun devait vivre avec, c'est ce qu'ils avaient fait. Lui comme He Xuan. Parce que l'on pouvait crier autant que l'on voulait contre la vie, cela ne changerait rien.

Shi Qingxuan était alors arrivé. Ce petit jeune aux boucles brunes et aux yeux pétillants. Si bavard et si agité, il avait cassé tout le quotidien d'un He Xuan qui se remettait difficilement des pertes passées. Les choses auraient pu alors se dérouler comme un doux conte de fées, une belle amitié entre un blessé et un naïf. Pourtant, ce ne fut que le début d'une nouvelle blessure. Chaque rapprochement entre les deux n'était qu'un couteau que l'on aiguisait de plus en plus. Et un jour, il fut planté. Il avait rencontré le grand frère de Shi Qingxuan , Shi Wudu.

Cet homme avait été un véritable cauchemar. Il l'avait saboté, scolairement, professionnellement et socialement. Ça avait été l'enfer entre eux, mettant à rude épreuve l'amitié entre les deux. A ce jour, le lien n'était pas rompu, mais ils s'étaient quittés sur une dispute. He Xuan reprochant à Shi Qingxuan de jouer sur deux tableaux. Le jeune homme était indécis, perdu entre l'amour fraternel et cette rencontre amicale qu'il se refusait de perdre.

Le sujet était donc encore compliqué. Très compliqué.

« Shi Qingxuan sera là, pas le frère. »

He Xuan ferma les yeux, puis les ré-ouvrit, toute trace de doute ayant disparu. « Si j'accepte, tu me laisses choisir le menu du soir jusqu'au mois prochain.

- Si je disais oui, ça suffirait pour que tu acceptes ? »

Un silence, une grimace, une gorgée de café. Hua Cheng n'avait pas besoin de plus.

« Je dois y aller, je te laisse y réfléchir. »

L'endormi lui fit un vague salut de main alors que Hua Cheng s'en allait.


« C'est maintenant que tu arrives ?»

Mu Qing semblait déjà bien trop réveillé pour l'heure qu'il était.

« Si tu as encore la capacité de lire, tu verrais que je suis à l'heure.

- Lorsqu'on a un rendez-vous, on essaie d'être là avant l'heure, c'est une question de respect.»

Oh, il l'ennuyait déjà. Il savait que Mu Qing était du genre prise de tête, mais aujourd'hui, il semblait encore plus susceptible que d'habitude- Déjà que de base, il mettait la barre haute. Est-ce que cette journée allait être à ce point chaotique ? Alors que le brun pestait dans sa barbe des règles de bienséance dont le plus jeune n'avait strictement rien à faire, Hua Cheng se répéta, tel un mantra, qu'il était l'ami d'enfance de son Crush ultime. Il devait être patient.

«Si tu dors sur place, je t'abandonne, hein.

- Je ne sais pas pourquoi tu es tendu mais si tu continues comme ça, ça ne va pas le faire.

- Je ne suis pas tendu !

- Exactement ce que je disais.»

Devant lui, Mu Qing le dévisagea, s'apprêta à lui répondre, mais se tut. Il inspira discrètement, laissant son doigt jouer avec le collier qu'il était. « Ouais, ouais, je me calme.» murmura-t-il, surtout pour lui-même. Il se remit en marche, laissant Hua Cheng le choix de le suivre ou pas, ce qui étonna l'étudiant qui s'attendait déjà à l'entendre pester.

Il le suivit et l'un à côté de l'autre, ils s'engagèrent dans la petite échoppe, faisant ce qu'ils faisaient déjà depuis deux semaines, chercher le cadeau parfait. L'échoppe était un peu particulière, elle n'était pas en libre accès. Il était nécessaire de réserver un créneau pour pouvoir se promener dans les allées. Une drôle de mesure, mais qui trouvait son origine dans la nature des marchandises. Des collections parfois actuelles, parfois datant, cet endroit était un paradis pour n'importe quel collectionneur. Ainsi, pour plus de facilité, ils avaient fait le choix d'y aller ensemble.

L'idée était peut être bonne, mais le moment lui, pas réellement. Hua Cheng manquait de sommeil et Mu Qing n'arrivait pas à se dépêtrer de son stress. Le duo était encore plus chaotique que d'habitude. Malgré sa fatigue, Hua Cheng se questionna. Il s'était pris la tête avec son mec ? … Pour être honnête, ça il s'en fichait, mais une seconde hypothèse lui traversa l'esprit, et celle-ci, elle l'intéressait beaucoup plus.

« Xie Lian va mieux ?» finit-il par demander.

« Tu es au courant ?

- Nous devions nous voir, l'autre jour. Je n'ai pas eu de nouvelles ce qui m'a inquiété. Il m'a résumé la situation par message.

- Il t'a dit quoi ?

- Qu'il était tombé malade, mais que je ne devais pas m'inquiéter car vous vous occupiez de lui. Je lui ais dit que je pouvais passer pour lui cuisiner quelque chose, mais m'a dit de ne pas m'en faire, car tu avais les choses en main.

- Comment ça ?

- Il m'a expliqué que tu connaissais parfaitement ses habitudes alimentaires dans ce genre de moments. Que tu cuisinais super bien et qu'il était heureux de profiter de ces jours avec vous deux.»

Il répéta ces mots sans véritable émotion, comme on réciterai une dissertation qui ne nous inspirait rien. Et au fond, c'était bien le cas. Les compliments de Xie Lian étaient bien trop élogieux. A l'inverse, il vit le regard de Mu Qing, habituellement si dur, s'adoucir.

« Il t'a vraiment dit ça ?

- Pourquoi je m'embêterais à t'inventer une histoire ?

- Tu n'es pas de ce genre ?

- Parano, parano, ma douce amie. »

Mu Qing roula des yeux, reportant son attention vers les différents livres en face de lui.

« Il va un peu mieux. Il arrive à parler et mange plus consistant.

- Tant mieux.» Le soulagement s'entendait à présent.

Le silence retomba entre eux, l'un observant les disques de musique, l'autre les romans d'époque.

« Tiens, voilà qui est intéressant.»

La voix de Hua Cheng attira son attention, curieux de découvrir la trouvaille. L'étudiant fatigué arborait un sourire fier en inspectant la pochette dans ses mains. Ce dernier sentit le regard de l'autre sur lui et, comprenant l'interrogation silencieuse, il lui répondit en montrant sa trouvaille :

« C'est une musique que Gege écoute souvent. Il ne l'a que sur son pc, je pense que ça pourrait être intéressant de lui prendre un véritable CD d'époque.»

Sans attendre, il plaça le grand disque noir sur le vinyle. Intrigué, Mu Qing s'était rapproché. De mélodieuses notes funky se firent entendre.

Just a small town girl

Livin' in a lonely world

Mu Qing s'arrêta, figé.

Il baissa les yeux sur la pochette que tenait l'autre garçon. L'affiche était un méli-mélo de couleurs vives. Une écriture qui se voulait futuriste, Un fond retro d'où l'on devinait un vaisseau spatial et un fond étoilé. La jaquette n'avait rien d'incroyable et rien que dans son trait, elle sentait les années 80. Une pochette bien anodine pour qui que ce soit.

Mais pas pour lui.

Et encore moins pour Xie Lian.

« Tu mens.»

Strangers waitin'

Up and down the boulevard

Les paroles flottaient dans l'air, insouciant du chaos qu'elles avaient provoqué. Son souffle était court, soudainement erratique. Il peinait à tenir debout, incapable de comprendre si le choc l'avait tendu au point d'en avoir mal ou l'avait vidé de toutes ses forces, rendant son équilibre bancal. Un coup violent au cœur, un second, et un troisième, les battements étaient de plus en plus rapides, comme si l'organe malmené ne demandait qu'à s'enfuir de ce corps qui n'en pouvait plus.

« Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Ferme-la ! Tu mens ! »

La voix de Hua Cheng était déjà lointain. Sa silhouette également. Il ne voyait que cette pochette de musique, il n'entendait que cette insupportable musique d'adolescent, les lumières du magasin rendaient floue sa vision, tout était trop fort, trop puissant, trop douloureux. Ignorant du mouvement devant lui, il se répétait les mots de Hua Cheng. Xie Lian écoutait cette musique ? Impossible ! Impossible ! Impossible ! Pourquoi s'infligerait-il ça ? Pourquoi s'ajouterait-il de la douleur ? N'en avait-il pas assez ? L'avoir gardé lui, le pire ami qui soit, n'était pas en soit une souffrance quotidienne ? Ce fichu Hua Cheng mentait. Il mentait, il mentait, il mentait.

Streetlights, people

Livin' just to find emotion

« De toute façon, je sais qu'il me hait !»

Les mots chantés emplissaient l'air alors que Mu Qing avait l'impression d'en manquer. Il avait de plus en plus de mal à respirer, à comprendre ce qui se jouait autour de lui. Et ces horribles lumières, il n'en pouvait plus ! Les guirlandes, les lampes, les fards des voitures, les poteaux électriques… La voiture ?

« Ce n'est pas ce qu'il a voulu dire.»

Difficilement, il réussit à courir. Il avança sans savoir où aller, juste fuir les lumières, juste fuir la musique, juste fuir les souvenirs. Rapidement, maintenant ! Il trouva l'entrée et, ignorant le regard inquiet du vigile, il claqua la porte.

« Il passe son temps à se moquer de moi !»

Mu Qing crut qu'il était sur le point de vomir tout ce qu'il y avait en lui. Il devait s'éloigner de ce maudit magasin, les mots tournaient encore dans son esprit. Toujours aveuglé, toujours secoué, son crâne hurlait tant il avait mal.

« Arrête avec ça, tu ne comprends pas!»

Soudainement, une autre douleur le frappa. Quelque chose cogna son abdomen, violemment, il se sentit partir en arrière et coincé. Deux bras l'immobilisèrent avec une telle force qu'il en hoqueta de peur.

« Tu ne bouges plus.» Il entendait la voix de Hua Cheng derrière lui. Mu Qing mit du temps à comprendre qu'il venait de se faire plaquer. Surprenamment, bien que svelte, Hua Cheng était terriblement puissant. Il se demanda, l'esprit un peu étourdi, s'il était capable d'immobiliser Feng Xin. Ses yeux se baladèrent, ne sachant où se poser. Le ciel était encore clair, quelques nuages volant au gré du vent, lentement. A défaut de tout, il s'y accrocha. Focalisant tout son esprit sur leur course.

« Tu m'entends ?»

Mu Qing aurait pu répondre, mais il doutait même d'avoir entendu la question. Le son de cette voix l'interpellait mais il ne comprenait pas. Il ne voulait pas, de toute façon. Mu Qing était épuisé. Il ferma alors les yeux, les mots tournaient encore de sa mémoire, sa voix, celle de Xie Lian, plus jeunes, plus en colère aussi. Le moteur qui criait et toutes ces vives lumières… et cette musique.

Malgré le tournis qui nourrissait son envie de vomir ses entrailles, il perçut du mouvement au-dessus de lui. Puis une voix, c'est vrai, Hua Cheng était toujours là.

«Bonsoir, Gege ? … Comment vas-tu ? … C'est une bonne chose… Oui, pourrais-tu me donner le numéro de Feng Xin ? … Oui, je suis avec Mu Qing et … Non, non, tu ne dois pas t'en faire… Je t'assure, il n'y a pas lieu de s'inquiéter, tu dois encore te reposer… Oui, Oui, mais… »

Mu Qing entendit un soupir, puis cru croiser son regard, il n'en était pas sûr, la vision était encore floue.

« Je ne suis pas sûr de ce qu'il s'est passé, mais je pense qu'il a fait une crise d'angoisse… Ne t'inquiète p- Non ! Repose toi, je vais m'en occuper avec Feng Xin… Tu n'es pas en état de sortir … Tu nous fais confiance ? … Oui, je note…. Je vais l'appeler, il viendra nous chercher…. Oui, il semble s'être calmé…»

Cette journée ne faisait que commencer et pourtant, Mu Qing fut incapable de tenir face à cette vague de sommeil qui le saisit. Ni la voix de Hua Cheng, ni le froid de l'asphalte ne purent l'empêcher de tomber dans un profond sommeil.


«Arrête de faire ton petit chef !

- Ouais, tu soûls quand tu t'y mets

- Faut forcément qu'il se la joue grand génie, lui…

- Si tu n'es pas content, fait le tout seul cet exposé, hein !»

Mu Qing prit une discrète inspiration, noyant du mieux possible cette frustration qui menaçait d'une seconde à l'autre de couler sur ses joues. Ses petits poings serrés sur ses genoux, il observait ses camarades ignorer ses propositions pour tout modifier. Les remarques fusèrent, chacune étant un tremplin pour rendre la suivante encore plus mesquine. Mu Qing n'aimait pas l'école. Il n'aimait pas les grands groupes. Il n'aimait pas les exposés. Il voulait rentrer chez lui, aider sa mère à l'épicerie, vite, vite, vite-

« Mais fichez lui la paix ! Jouez pas les méchants parce que vous êtes en groupe !»

Le grand éclat de voix dans son dos fit sursauter l'intégralité de la tablée. Il se retourna pour croiser deux garçons, l'un au regard prêt à en découdre, l'autre un sourire des plus rassurants aux lèvres.

- Sa remarque était juste , en plus !» Fit le garçon souriant.

- Sauf si votre plan s'est de vous rater à l'examen ! Continuer d'être aussi … c'est quoi le mot ?

- Têtu ?

- Ouais, têtus !»

Rouge d'embarras, le petit groupe s'échangea des regards penauds, mais décidés à ne pas se laisser impressionner, l'un des garçons du groupe pesta vers le duo :

- Bah prenez le dans votre groupe alors !

- C'est ce qu'on va faire, n'est-ce pas Feng Xin ?» Il hocha la tête, toujours le regard mauvais envers ses camarades.

«Venez pas pleurer quand il fera son petit chef, hein !» La remarque fut totalement ignorée par les deux garçons.

«Alors c'est réglé !» S'amusa le garçon aux yeux dorés « Viens avec nous ! Tu nous diras ce que tu penses de notre idée.» Il lui saisit la main gentiment et, avec tout l'entrain du monde, le tira avec lui.

- Hé ! Par pas tout seul, Xie Lian !»

La vision de Mu Qing se troubla, cette main juvénile qui tenait la sienne se transforma soudainement, devenant un peu plus mature, les doigts plus longs et la prise plus ferme.

«Ne pars pas tout seul, Mu Qing !»

L'adolescent roula des yeux, agacé. Il se dégagea sèchement de l'emprise qui se voulait amicale mais dont il n'y croyait plus. Des mensonges, tout cela n'était qu'un vaste mensonge. Malgré l'animosité de ce geste, Xie Lian ne se démonta pas. Il se dépêcha de le rattraper.

« Mu Qing, tes affaires !

- A quoi bon !» Fit-il, plein d'amertume. « Je n'irais nulle part dans ma vie, pourquoi je m'embêterai avec ça ?

- JE N'AI JAMAIS DIS CA !» Hurla la voix de Feng Xin devant le hall de son appartement « Arrête de prendre la mouche à chaque fois que l'on te parle.

- Parce que c'est moi qui exagère, peut-être ? Ne joues pas les hypocrites avec moi !

- Bordel, t'es insupportable quand tu t'y mets !

- Alors pourquoi tu continues à t'infliger ma présence, hein ?

-Calmez-vous ! Vous allez alerter les voisins à force de crier comme ça ! Juste, calmons nous d'acc-

- C'est bon, tu me saoules ! Fais ce que tu veux, pense ce que tu veux, c'est plus mon problème !»

Feng Xin se précipita vers l'entrée du hall de son immeuble, ne jetant aucun regard en arrière. Le cœur de Mu Qing sombra, brisé, énervé, tant de sentiments négatifs qui ne firent qu'augmenter l'intensité de sa colère.

« Merde !»

Il s'avança vers sa voiture, y rentrant en claquant tout ce qu'il pouvait claquer. Il vit Xie Lian se dépêcher de ranger leurs cartables dans le coffre pour rapidement s'installer à ses côtés.

« Mu Qing, je t'en prie, calme toi !

- Je fais encore ce que je veux, d'accord !

- Ce n'était pas un ordre et tu le sais.»

Mu Qing le savait, mais il ne le supportait pas. Toute cette situation le rendait dingue. Il l'avait attendu cette soirée dans l'appartement de Feng Xin. Ses parents s'étaient absentés cette semaine, ils en avaient profité. Une semaine de tranquillité où les trois jeunes adultes n'avaient pour objectif que de se reposer, regarder des séries, et discuter de tout. Il n'avait fallu qu'un sujet, qu'une remarque, qu'un échange et tout avait pris une ampleur désastreuse. Ce n'était pas la première fois que Feng Xin et Mu Qing se disputaient, mais ça n'avait jamais été aussi violent.

« On peut encore y retourner.» Reprit Xie Lian. « Feng Xin et toi, dans le calme. Si on s'écoute, le quiproquo se dissipera très vite.

- Quel quiproquo ? Il n'y en a aucun, juste des vérités qui se dévoilent. Et pourquoi j'irais le voir ? C'est moi qui suis en tort ? C'est ce que tu penses ?

- Mais pas du tout !

- Alors c'est réglé !»

Avec des gestes rendus secs par la colère, il attrapa ses clés et alluma le moteur. La radio s'alluma automatiquement, avec plein de petites loupiotes sur toute la surface du tableau de bord. Les premières notes d'une vieille musique se firent entendre dans l'habitacle en métal, amenant une ambiance joviale dans une situation sous tension. Le décalage aurait pu être drôle si les enjeux n'étaient pas aussi grands.

Just a small town girl

Livin' in a lonely world

Mu Qing saisit le volant mais se fit cependant rapidement stopper par Xie Lian.

«Tu ne vas pas conduire, quand même ?!

- Tu veux passer la nuit ici, peut-être ?

- Non, non, non, je ne dis pas ça.» Le brun se passa une main sur le visage, la nervosité commençant doucement à prendre le dessus sur sa raison. « Tu es en colère, on ne va pas se lancer sur la route comme ça… Il est encore possible de retourner chez Feng Xin ! S'il te plaît Mu Qing, c'est dange-»

A singer in a smokey room

A smell of wine and cheap perfume

- Je sais ce que je fais, bordel ! Si tu veux tant retourner chez cet abruti, va-y ! Je te retiens pas ! Je sais très bien que tu préfères sa compagnie, pourquoi tu t'emmerdes avec moi, hein ?

- J'aime autant sa compagnie que la tienne ! Pourquoi tu ne nous crois jamais ?»

Xie Lian sentit avec horreur la voiture démarrer. « Mu Qing, je pense que ce n'est vrai-

- Il me hait ! Il me hait, comment tu fais pour ne pas le voir ?

- Parce qu'il ne te hait pas ! Ce n'est pas ce qu'il a voulu dire !

- Il passe son temps à se moquer de moi ! A me regarder de haut ! Je suis quoi ? Le pauvre du trio ? Celui qui ne sert qu'à valoriser l'autre ?

- Oh ! je n'en peux plus.» soupira Xie Lian en se laissant tomber sur le siège.

« Tu veux que je m'arrête pour que tu rejoignes ton meilleur ami ?

- Mais Mu Qing, stop !

Strangers waitin'

Up and down the boulevard

« Ne me dis pas ce que je dois faire !

- Ce n'était pas un ordre ! »

Mu Qing n'avait jamais été aussi vulnérable. Xie Lian avait l'impression que chaque mot, chaque tentative de sa part ne faisait qu'empirer les choses. Mais la situation était grave, effrayante. Plus que la vitesse trop rapide du véhicule, c'était la possible perte de son amitié qui l'angoissait. Qu'est-ce qu'il ratait ? Il savait qu'il y avait toujours eu un non-dit du côté de Mu Qing, il avait beau essayer, jamais il n'avait réussi à, ne serait-ce, qu'effleurer le problème. Et là, le jeune musicien avait l'impression de se noyer dedans, ça allait dans tous les sens, tant d'émotions si brutes qu'il n'arrivait pas à comprendre comment s'y prendre.

Don't stop believin'

Hold on to that feelin'

Streetlights, people

« Qu'est-ce que tu en sais, d'abord !? Je t'en prie, dis-le ! Tu sais forcément mieux que moi, toi si riche et si instruit !

- Arrête avec ça, tu ne comprends rien !

- JE ne comprends rien ? T'es sérieux, là ?

- Cesses de crier!

- Ne me donnes pas d'ordre !

- Ce ne sont pas des ordres ! Mu Qing ! Tu-»

La voiture tangua soudainement, mais aucun des jeunes ne le remarqua. Les deux tentant d'argumenter comme ils le pouvaient, de se faire entendre de l'autre. La musique était à peine perceptible, couverte par les cris. L'horizon n'était qu'un vaste fond noir, la vitesse de la voiture empêchant d'en apercevoir les détails.

Livin' just to find emotion

Hidin', somewhere in the night

Don't stop believin'

« Ce n'est pas le moment de se disputer !

- Ce n'est jamais le moment de toute façon !

- Mu Qing, je t'en prie ! Faisons un effort et -

- ça me fatigue Xie Lian ! Ça me fatigue ! Tu crois que j'ai demandé ma vie ? Tu ne sais ce que ça fait d'être à ma place ! Pourquoi je devrais devrais subir ses moqueries ! Et vos regards ?! Si je n'ai pas ma place avec vous pourquoi je-

- DEVANT TOI !»

La lumière fut trop vive, la vitesse trop élevée. Mu Qing n'aurait rien pu faire. Ils virent les fards foncés vers eux, et sans qu'ils ne puissent comprendre ce qu'ils étaient sur le point de vivre, leur voiture fut frappée de plein fouet.

Un choc violent, assourdissant. La voiture céda, elle se brisa en morceau cogné, secoué, jeté au loin. Mu Qing sentit soudainement le vent froid de l'automne le frapper, puis le béton et le verre.

Enfin, le silence.

Plus un bruit, plus un son. Plus rien ne vivait autour de lui. Il eut beaucoup de mal à ouvrir les yeux. Beaucoup de mal à réaliser ce qui venait de se passer, la compréhension se faisait à peine alors qu'au loin, il voyait cette autre voiture à l'envers. Ou était-ce lui ? … Oui, c'était lui qui l'était, il sentait sa tête toucher le sol. Leur voiture avait dû faire d'innombrables tonneaux pour se retrouver ainsi.

Encore attaché à la place conducteur, il avait du mal à bouger. Il avait mal tout simplement. Chacun de ses os criaient, tout semblait cassé en lui. Sa tête tournait. Son ouïe souffrait. S'il n'avait rien ressenti dans l'instant - Ou du moins, il n'avait pas compris qu'il avait mal, maintenant que tout était fini, toute la douleur lui tombait dessus. Chaque articulation, chaque tissu musculaire, la plus petite de ses veines, tout en lui hurlait, le secouait si fort qu'il lui était impossible de contrôler ses tremblements.

Petit à petit, sa vue se fit plus nette. Plus les secondes passaient, plus il reprenait pleinement conscience. Comme lui, ses sens semblaient se réveiller du choc. Il cru reconnaître le goût du fer dans sa bouche, des grésillements étranges de la radio qui avait étonnement survécu virent titiller son ouïe, aussi. Quelques secondes de plus, et il était à présent capable de situer ses points de douleurs, d'apercevoir ce qui se jouait autour de lui aussi. Il vit aux loin des voitures à l'arrêt et des gens s'approcher d'eux. Les secours ? Des automobilistes ? Il n'en était pas sûr, mais ils viendraient les aider.

Au bout de ses doigts, il prit conscience d'un toucher. Quelque chose dormait dans sa main et il ne mit pas longtemps pour apercevoir une main tachée de rouge. Leurs doigts entrelacés, avant l'impact, sans le remarquer, sans le vouloir, ils s'étaient tenu la main.

Comprenant enfin, il écarquilla les yeux. Xie Lian ? Où était Xie Lian ? Malgré la douleur, il tourna précipitamment la tête. Alors il vit. Et sa vision redevenue floue, noyée dans des larmes qui coulaient à l'envers.

Xie Lian était là. Assis à sa droite. Le regard vide. Et la gorge tranchée par un bout de métal.

Don't stop-


...

...

Warning : Description accident de voiture