Bonjour à toutes et à tous ! On continue cette histoire qui touche à sa fin... mais pas totalement ! Oui, j'ai dis que la troisième partie serait la dernière... Mais officiellement c'est bien la dernière ! Cependant, je trouve que 15k de mots, ça peut-être compliqué à lire. Ainsi, dans un souci de confort, j'ai préféré couper la fin en deux. Mais pas de panique, la fin de l'histoire est bien écrite ! Manque que la correction !
Remerciement : Merci à la meilleure des meilleurs Petit Pigeon pour la correction !
Disclaimer : Heaven Official Blessing est une œuvre appartenant à MXTX
Couples principaux : FengQing & Hulian
Style : Romance, Hurt/Confort, Tranche de vie
Hold on to that feelin'
Mu Qing mit du temps à réaliser qu'il s'était réveillé. Quelques secondes de plus, et le jeune homme prit conscience de plusieurs détails. L'obscurité autour de lui, preuve que même le soleil dormait encore. Des bruits plus légers grattant le parquet un peu plus loin, celui des pas des chats, quant à eux bien trop réveillés pour l'heure supposée. Le jour ne devrait plus être si loin que ça, se dit-il, un peu moins étourdis.
Silencieusement, il soupira, relâchant la tension qui avait saisi son corps. Ses yeux glissèrent vers sa main, qui était encore fermée, comme si le Xie Lian du passé la lui tenait encore. Drôle de sensation.
Mu Qing s'était rarement sentit aussi épuisé mentalement. Il n'avait pas réalisé qu'il était au bout du rouleau. Il pensait maîtriser la situation et pourtant… Sa mémoire lui jouait des tours, mais la fatigue ne fut pas suffisante pour l'empêcher de se remémorer l'incident de la veille, et encore moins son rêve, ses souvenirs qui s'étaient joués avec une étrange précision.
C'était assez drôle de constater, après tout ce temps passé, ce que son inconscient avait considéré comme important à mémoriser. Il n'aurait jamais pensé être capable de se souvenir de cette ancienne classe avec autant de détails, de cette avenue également...Des murs colorés recouverts de cartes et lignes du temps jusqu' à la température glacée du béton abîmé, tout lui était revenu avec une effrayante clarté.
Ce qui était moins étrange, cela dit, était le fait qu'il était dans l'incapacité de se souvenir des visages de son passé. Ce camarade de classe ou ce chauffard, il n'arrivait même plus à se rappeler la couleur de leurs cheveux. Grand ou petit. Elle, lui et tous les autres, étaient des vestiges qui avaient perdu leur place, ne serait-ce que leur visage, il ne restait rien. Il releva la main, observant d'un air las ses doigts d'adulte. Les émotions, elles, avaient su trouver une place dans son esprit, plus que tout le reste.
Le sortant de sa rêverie, une main vint se saisir de la sienne. « Tout va bien ? »
La voix dans son dos était celle de quelqu'un qui ne dormait pas. Surpris, il se décala légèrement pour croiser le regard cerné de son amant.
« Tu es déjà réveillé ?
- Je t'ai récupéré inconscient au milieu d'un parking. Même une boite de somnifère n'aurait pas pu me donner sommeil. »
Mu Qing laissa sa tête retomber sur l'oreiller. « Bordel...
- A qui le dis-tu, ne me refais plus jamais de terreur pareille. Mon cœur ne tiendra pas. »
Sans lâcher la main qui dormait dans la sienne, il tourna dans les draps pour faire face à Feng Xin. Les cheveux dans tous les sens, le regard brumeux, Feng Xin avait passé la nuit à veiller sur lui et ce simple constat l'émut au plus haut point.
« Je suis désolé. » Murmura-t-il en se permettant un baiser sur la tempe.
« Ce n'est pas des excuses que je demande, Mu Qing. » lui répondit Feng Xin, en se déplaçant à son tour. Il le rapprocha de lui et dans un geste, devenu si naturel entre eux, il laissa Mu Qing nicher son visage dans son cou. « Il y a un truc qui te tracasse. »
Ce n'était pas une question. Encore moins un doute qu'il exprimait. Feng Xin le connaissait si bien. Mu Qing savait qu'il finirait par s'apercevoir de son attitude, il avait juste eu la naïveté de croire que cela se produirait bien plus tard.
« Tu es à fleur de peau. J'ai l'impression que tu es constamment angoissé depuis quelques semaines. Et là, j'ai Hua Cheng qui m'appelle car tu t'es évanoui après une crise d'angoisse en plein milieu d'un magasin ?
- Dit comme ça, l'enchaînement est effectivement bizarre. » Concéda Mu Qing. Il prit un temps de réflexion, cherchant les mots qui seraient le plus juste. « On cherchait un cadeau pour Xie Lian, il a trouvé un CD et ça m'a fait … basculer.
- Un CD ?
- La musique qui passait lors de notre incident. »
Il sentit Feng Xin se tendre, mais il ne l'interrompit pas. Il se contenta d'accentuer le contact entre eux. Mu Qing se sentit en sécurité, soutenu, c'était ce dont il avait besoin.
« Ça m'a ramené beaucoup trop violemment à ce jour-là, j'ai eu l'impression… Tu sais, d'y être de nouveau.
- Mais tu n'y es plus. C'est du passé, toi et Xie Lian, vous êtes là aujourd'hui.
- Comme si c'était si simple.
- Pourquoi ça ne le serait pas ?
- Tout est de ma faute et pourtant, c'est lui qui en paye aujourd'hui les conséquences.
- Ce n'est pas de ta faute ! Le fautif dans cette histoire, c'est ce débile qui roulait à contre-sens.
- Je n'aurais jamais dû prendre le volant dans cet état ! »
Mu Qing s'était levé pour faire face à Feng Xin. « J'étais tellement en colère, je n'arrivais pas à redescendre, je voulais juste… » Perdant rapidement cet élan d'énergie qui l'avait agité, il se laissa tomber dans les bras de son amant. « J'ai été tellement inconscient et le pire, c'est que je l'ai entraîné avec moi. »
Les dernières notes ne furent qu'un trémolo à peine contrôlé. La détresse de Mu Qing était évidente. Comment pourrait-il passer à autre chose ? Se pardonner et vivre une vie tranquille sans la culpabilité d'avoir à jamais blesser son ami ? Lui qui avait eu si peur d'être laissé sur le bas-côté de la route, il avait à présent le CV parfait pour que les deux lui tournent le dos. Et pourtant, ni Feng Xin, ni Xie Lian ne l'avaient fait. Alors la vie avait repris son cours. Mu Qing, effrayé, avait saisi cette chance, essayant vainement d'oublier cette épée qui le menaçait dans son dos.
« Je n'ai jamais compris comment… Comment tu as pu me pardonner. Comment Xie Lian a fait pour me pardonner… On n'en a jamais parlé, alors… ça m'allait. Tant qu'on ne disait rien, je pouvais me mentir, croire que j'avais encore une place dans ce groupe… Mais je n'ai aucune idée de ce qui se passe dans la tête de Xie Lian depuis l'incident. Je n'ai aucune idée d'à quel point il me hait… mais je sais qu'il se tait... J'accepte de jouer le jeu… Mais s'il finit par me tourner le dos ? S'il finit par accepter sa colère et qu'il ne veuille plus me voir… Je n'ai pas le droit de réclamer quoi que ce soit, mais-
- Mu Qing. »
La main de Feng Xin vint se poser sur sa joue. D'un geste, il essuya des larmes que le brun n'avait pas senti.
« Quand est-ce que tu comprendras que l'on tient à toi ? Qu'est-ce que je dois faire pour que tu te vois comme moi je te vois ? Personne, je dis bien, personne ne te blâme pour cet incident. Tu es une victime également. Et le fait que tu ais été moins blessé que Xie Lian ne légitime en rien que tu serais moins à plaindre. Vous avez eu cet incident, vous avez eu peur, vous avez eu mal, vous avez vécu quelque chose de terrible. Aucune raison de demander pardon, tu n'es pas le grand méchant de cette histoire. C'était un accident, un enchaînement terrible, nous étions jeunes et inconscients, … un mauvais mélange, mais personne ne te demande de t'excuser. Tu n'es pas responsable de ce qui s'est passé. »
Un long silence suivit sa réponse, Mu Qing ne savait pas quoi répondre. Il entendait tous ces mots et n'arrivait pas à les accepter. Il tenait le volant, il était celui qui avait démarré cette satanée voiture, comment ne pouvait-il pas être le responsable ? Et si ce n'était pas lui, alors qui ? Cet homme qui roulait à contre-sens ? Le destin ? N'était-ce pas trop simple de jeter la faute dans les bras d'un autre ? Frustré de craquer, de ne pouvoir s'exprimer qu'à travers les larmes, il les laissa tout de même témoigner de ce qu'il ne savait dire. Bien que la petite voix de son égo lui ordonnât de ne pas baisser les armes, il ne chercha pas à cacher son chagrin. Il savait qu'ici, dans l'ombre de leur chambre, il pouvait se montrer aussi vulnérable. Donnant raison aux pensées du brun, Feng Xin accentua sa prise, laissant ses doigts glisser dans les longues mèches brunes.
« Ça prendra le temps qu'il faudra, mais tu finiras par réaliser à quel point tu es aimé. Pour l'heure, repose-toi. On ira voir Xie Lian tout à l'heure.
- Il est au courant ?
- Hua Cheng a dû le contacter pour avoir mon numéro.
- Sérieusement ? Mais il est encore alité !
- Je ne le blâmerai pas d'avoir fait ce choix, au vu du contexte dans lequel il se trouvait. »
Touché.
« Je te l'accorde… Comment va-t-il d'ailleurs ?
- Hua Cheng ou Xie Lian ? » Bien que fatigué, un soupir d'ennui s'échappa des lèvres de Mu Qing, ce qui fit sourire Feng Xin.
« Je te mentirais si je te disais qu'il allait bien, mais il n'a pas fait de rechute. Il a tellement paniqué qu'il m'a téléphoné plutôt que de m'envoyer un message. Il avait du mal mais ça va. Ça n'a rien aggravé. »
Le regard de Mu Qing se perdit vers la porte de leur chambre entrouverte d'où il voyait l'ombre de ses chats aller et venir. « J'irais m'excuser.
- Encore une fois, je ne pense pas que ce soit ça qu'attende Xie Lian.
- Tout de même… Tu l'as vu depuis ?
- Non, mais ne t'en fais pas, il n'est pas seul.
- Hua Cheng.
- Encore et toujours.
- Ils vont vraiment finir ensemble, ces deux-là.
- Tu crois ? » Fit Feng Xin, sincèrement surpris. « Xie Lian a montré de l'intérêt ?
- j'ai un doute. J'ai l'impression qu'il y a un truc.
- Tu l'imagines présent durant nos moments cafés ? J'ai déjà envie d'hurler.
- M'en parles pas… Après, pour l'instant, il semble correct envers Xie Lian.
- Encore heureux, on ne serait pas en train de parler de son hypothétique place dans nos habitudes dans le cas contraire.
Mu Qing lâcha un demi-rire. « A qui le dis-tu. »
Le silence s'installa une nouvelle fois entre eux, avant que Feng Xin ne reprenne la parole, passant du coq à l'âne, sans prévenir.
« Alors comme ça, tu cherches des cadeaux avec Hua Cheng ?
- C'est vrai que je ne t'en ai pas parlé.
- C'est bien que tu le réalises.
- Oh, ça va. »
La chamaillerie était douce, comme les caresses à présent sur son dos. C'était apaisant, Mu Qing aurait pu, dans d'autres circonstances, se laisser bercer par les attentions de son petit ami et s'endormir dans ses bras. Un regard vers la montre l'en dissuada, néanmoins. La matinée arrivait doucement, s'endormir serait le meilleur moyen de casser son rythme jour/nuit.
« Attends, j'y pense. » S'exclama le sportif, étonné de sa propre découverte. « Cette histoire de cadeau fait partie des trucs qui t'angoissaient ? »
Un « oui » à peine assumé, maugrée contre son épaule, se fit entendre.
« … Wouaw Mu Qing.
- Je n'accepterais aucune remarque.
- Ne le prend pas mal comme ça. » Fit-il en lui tapotant la tête « Mais là, tu me perds, un peu. Il y a quelque chose que tu ne dis pas. Ça fait 20 ans que tu lui offres des cadeaux, pourquoi cette fois-ci, ça serait plus difficile ?
- Parce que je veux que ce soit symbolique.
- Symbolique ? » Le plus grand marqua une pause. « Il s'est passé quelque chose en décembre que j'ai oublié ?» Fit-il soudainement, une pointe de panique dans la voix.
« C'est qui, qui panique à 6h du matin maintenant ? Fit-il amusé. Il fit glisser le bout de ses doigts sous son menton et Feng Xin n'avait absolument pas besoin de baisser les yeux pour deviner le sourire narquois que son homme devait avoir à l'instant.
« Calme-toi, il n'y a rien de spécial à cette date. C'est juste que j'y pense depuis un moment… J'aimerai faire quelque chose pour lui. Un truc qui marquerait clairement les choses entre lui et moi…A la base, ça ne me stressait pas, je tiens à le préciser !
- Bien sûr, je te crois.
- L'ironie ne te va absolument pas. »
Feng Xin lui offrit à son tour, un sourire moqueur. « Et donc ? Tu as trouvé ?
- Pas du tout…
- ce qui a amené l'angoisse ?
- Entre autres… La rechute de Xie Lian a également joué.
- Sacré mois de décembre. » Murmura Feng Xin, le regard perdu vers le plafond. « Tu veux de l'aide ? »
Mu Qing y réfléchit un moment. « Je voudrais le trouver moi-même. Je veux pouvoir lui faire face et lui dire 'regarde, j'ai trouvé tout seul un cadeau qui te plaît'.
- Je comprends, mais ne te mets pas de pression, tu sais que Xie Lian aimera tout ce que tu pourrais lui offrir.
- Justement, ce n'est pas parce qu'il demande peu qu'il devrait recevoir peu… C'est bête comme idée ?
- Absolument pas. » Il déposa un baiser sur sa tempe, puis sur son front, là juste dans cette espace entre les deux sourcils qu'il avait froncés. Le rythme était lent, chaque baiser était appuyé, comme s'il prenait le temps de laisser une marque sur la peau si claire de Mu Qing.
« L'idée est belle, tes intentions aussi et crois moi que c'est ça qui touchera le plus Xie Lian. Mais je comprends ce que tu veux dire, l'envie de surprendre, de faire plaisir parce qu'on tient à l'autre… Par contre, ne te rend pas malade pour ça. Pas de pressions, pas de limites trop hautes, pas de craintes, ok ?»
Mu Qing ferma les yeux, inspira profondément, et lorsqu'il les ouvrit de nouveau, le sourire de Feng Xin était tout ce qu'il fallait pour qu'en cet instant, il ait la force de croire que tout irait bien.
Mu Qing n'avait pas réalisé s'être endormi. Il fut surpris lorsqu'il reprit conscience en pleine journée. Un coup d'œil à son réveil le rassura, il n'était qu'11h, il avait toute la journée devant lui. Constatant qu'il était seul dans le lit, il se demanda si Feng Xin travaillait aujourd'hui. Peut-être, il n'était même plus trop sûr de savoir aujourd'hui était quel jour.
« On est d'humeur pas très matinale, aujourd'hui. »
Une douce voix féminine le réveilla pour de bon. Il sorti la tête de son oreiller et découvrit avec stupeur le visage de la femme la plus importante dans sa vie. « Maman ?
- La seule et l'unique ! » rit-elle en venant s'asseoir sur le bord de son lit. « Comment te sens-tu ?
- Bien.
- Oh en voilà un bien joli mensonge ! Vraiment ? A ta mère ? Ou va donc ce monde où les fils mentent à leur maman ?
- Mais je-
- Et voilà qu'il continue ! Terrible qu'est cette trahison ! » La jolie voix soupira, exprimant d'un air exagéré toute la peine du monde. Et il n'en fallut pas plus pour le cœur fatigué de Mu Qing pour déborder de joie. Sa maman avait toujours été ainsi, un sketch à elle-même, une grande comique, une femme forte et si positive qu'il en oubliait son propre pessimisme.
« D'accord, d'accord » Finit-il par concéder. Mu Qing était incapable de lui mentir. « Fatigué, je dirais.
- Uniquement ?
- Qu'est-ce que t'as dit Feng Xin ?
- Tout ce qu'un gendre doit dire à sa belle-mère. »
Un soupir, il replongea la tête dans son oreiller. La main de sa mère vint se glisser dans ses longues mèches brunes. Ce geste n'était pas anodin, il le connaissait depuis qu'il était petit. A chaque fois que son esprit s'aventurait trop loin, qu'il se noyait dans des pensées, souvent négatives, alors elle venait près de lui, elle glissait ses longs doigts dans ses cheveux et ainsi, si simplement, elle apaisait tout.
« Donc tu sais déjà tout…
- je ne veux pas savoir ce qui s'est passé, je te demande comment tu te sens. Tu es bien assez malin pour comprendre la nuance. »
Il l'entendit soupirer, mais jamais la main n'abandonna sa place.
« Si tu ne te sens pas d'en parler, très bien. Si tu ne veux pas m'en parler à moi, ça fonctionne aussi, mais ne reste pas dans le silence. Aussi fort que tu sois, tes épaules ne peuvent pas tout porter.
- C'est difficile.
- Je sais, mon fils. Je te connais comme si je t'avais fait… Ce qui est d'ailleurs le cas ! »
La blague ne volait pas haut, pourtant cela fit rire Mu Qing. Il tourna légèrement la tête, apercevant d'un œil le regard de sa mère sur lui. Alors il lui raconta tout. Son idée, ses tentatives, ses angoisses et questionnements, tout ce qui depuis quelques semaines, mais également des années, hantaient ses nuits en silence.
« Je vois… Cette idée de cadeau fut une occasion pour toutes tes peurs de s'exprimer plus concrètement.
- Mn.
- Tu en as parlé avec lui ?
- Xie Lian ? Jamais de la vie.
- Mais pourquoi ?
- On garde tous la face, si je viens briser ce faux semblant… Je vais le perdre. Feng Xin se retrouvera après dans une situation difficile, puis forcém-
- Arrête toi là ! »
D'une main, elle vint gentiment le faire taire. « Est-ce que tu t'entends parler ? Comment est-ce possible que tu sois à la fois si sûr de toi, mais également si peu ? » Si le ton se voulait ferme, Mu Qing y percevait toujours tout l'amour maternel. « Mu Qing, mes mots ne seront pas suffisants, je le sais, mais si tu pouvais t'y fier, ne serait-ce qu'un peu… J'ai tant de souvenirs de vous trois, gambadant ci et là, se chamaillant après une partie de console gagnée par l'un ou par l'autre… il n'y avait rien d'hypocrite dans ces moments-là, crois-moi. Tu étais heureux avec eux, mais ils l'étaient tout autant avec toi.
- Mais après ?
- Après ?
- Après l'incident. Ou si tu préfères, après que mon sale caractère ait causé un traumatisme, une blessure et son lot de problèmes à vie ?
- Et bien, tu sais quoi ? Je n'ai vu aucune différence. »
Mu Qing s'apprêta à la contredire, mais la main maternelle vint une nouvelle fois se poser sur sa bouche.
« En fait, si, j'ai vu des différences. J'ai vu un Feng Xin créer plein de petits rituels de peur d'avoir des regrets, j'ai vu un Xie Lian avoir du mal à obtenir son permis, mais se forcer à le passer pour pouvoir te déposer où tu le souhaitais car tu n'osais plus prendre le volant, j'ai vu deux jeunes hommes ne plus hésiter à dire à quel point ils t'aiment car ils ne veulent plus vivre ce moment terrible du "j'aurais du"... tu comprends ce que je veux dire ? »
Oui, il comprenait. Même si ses angoisses lui hurlaient que tout cela était faux, qu'ils ne s'agissaient que de mots pour le rassurer. Qu'une mère ne vît que le positif dans son enfant, qu'il n'y avait rien d'objectif, Mu Qing voulait croire.
« Xie Lian n'est pas à tes côtés pour une simple histoire de faux-semblants. Il l'est car il le veut. Fin des choses. Les gens n'ont pas besoin de grandes théories pour vouloir être ton ami. Juste être soi, c'est déjà bien.
- "Être soi" dans mon cas, c'est plutôt mal parti
- Et pourquoi donc ?
- Mon caractère, déjà. »
Un "oh" presque outrée glissa sans gêne entre ses lèvres. « Ton caractère ? Mu Qing, à t'entendre tu serais une personne horrible, égoïste, méchante, menteuse et sans cœur ! Oui, tu es têtu, tu peux te fâcher très vite aussi, mais est-ce qu'avoir des défauts est prohibé ? Est-ce que cela efface toutes tes qualités ? Tu es un garçon honnête et travailleur. Tu n'as jamais hésité à aider qui que ce soit, tu es toujours sérieux et digne de confiance. Et tout cela, tu l'oublies ? Personne n'est parfait, même Feng Xin, même Xie Lian. Si tu es capable de les aimer avec leurs défauts, pourquoi ça te semble si inconcevable qu'ils fassent de même ?
- Tu ne peux pas comparer les défauts de Xie Lian aux miens.
- Et pourtant je le fais ! et je suis sûr que Xie Lian serait le premier à le faire.
- J'espère que tu dis vrai.
- Bien sûr ! Je suis ta mère, ça ne te suffit pas pour y croire ? »
Son air faussement vantard lui provoqua un nouveau sourire dans sa peine. Cela semblait logique, mais toujours difficile à croire. Semblant lire dans ses pensées, elle lui frappa doucement le crâne.
« Et le jour où ton fichu esprit comprendra tout ce que je te raconte, et bien j'aurais moins de cheveux blancs !
- tu n'en as aucun, maman
- raison de plus pour ne pas commencer ! »
Comme un remède magique qui fonctionnerait à tous les coups, les mots de sa mère furent ce qui lui fallait pour retrouver confiance en lui.
« Merci, maman. T'es la meilleure.
- Je sais. » chantonna-t-elle en se laissant tomber sur le lit.
- Ne prends pas la grosse tête !
- Trop tard ! »
D'un naturel qui les sied à merveille, Mu Qing se rapprocha, se laissant aller dans le câlin qui l'attendait déjà. Elle le berça tendrement, et qu'importe son âge, les bras de sa mère était l'endroit où il se sentirait toujours bien.
« Tu sais, je pense que si tu as tant de mal à trouver ce cadeau, c'est parce que tu t'embarrasses encore de trop de détails. Si tu arrivais à oublier toutes ces pressions, que tu revenais à l'essentiel, ton amitié avec lui, ce que tu veux lui témoigner… à ta manière.
- Ce n'est pas simple…
- Je sais, mon fils. Comme je sais que tu trouveras la réponse. »
Mu Qing ne cacha pas son soupir - pourquoi le ferait-il ? Même dans sa tête, sa mère arriverait à l'entendre par il ne savait quel coup de magie. Ses mots étaient doux, chaque lettre portait une dose de force qui poussait le jeune tatoueur à tout tenter, de faire face au monde sans peur, sachant que derrière lui, cette femme si frêle, si petite, se tenait droite, prête à le porter. Dans la chaleur de ces bras qui le berçait, Mu Qing se répéta les mots de sa mère. Être soi-même … se débarrasser des pressions, des détails… Revenir à l'essentiel … à leur amitié.
Un déclic. Un souvenir qui s'imposa comme l'évidence. La révélation fut si forte qu'il s'en leva, le regard droit vers son bureau. Il s'y précipita et en quelques minutes, il trouva l'objet de ses pensées. Il était vieux, mais avec un peu de temps… ça pouvait le faire ? Ce n'était pas grand-chose… Il ne savait même pas si cela plairait à Xie Lian, au fond … Ou s'il serait d'accord !… Mais … peut-être ?
Perdu dans ses pensées, il ne vit pas sa mère le rejoindre. Curieuse comme tout, il jeta un coup d'œil. D'abord surprise, un grand sourire se dessina sur ses lèvres.
« Je t'avais dit que tu trouverais ta réponse. »
Les choses se passèrent ensuite très rapidement, Mu Qing s'était mis au travail, sa mère, amusée et rassurée, l'avait laissé dans sa soudaine bulle de création. Elle avait encore du temps devant elle, la situation était parfaite pour aller taquiner son futur beau-fils !
Ainsi la matinée se termina. Dans les alentours de midi, la dame plus âgée s'en alla avec toute la gaieté qu'on lui connaissait. A peine avait-elle fermé la porte que le calme reprit son rôle dans l'appartement. Quelques bruits d'objets que l'on déplaçait se faisaient entendre ci et là, la mécanique des aiguilles créait une drôle de mélodie de fond, étrangement agréable. La bulle de concentration qui était né dans la chambre s'était propagé dans l'appartement sans que Mu Qing ne le remarqua.
Et alors le temps passa. Mu Qing ne sortit pas pour manger. Il ne remarque que plus tard, lors d'un énième soupir d'agacement créatif, qu'un plateau avait été déposé près de lui, un plat froid, mais consistant. Mu Qing fondit à l'attention de son amant, mais surtout à la réalisation de leur non verbal si naturel. A chaque fois que Mu Qing entrait dans ses phases de concentration, pour la passion ou pour le travail, il avait tendance à ne pas voir le temps passer. De nombreux plats en avaient été victimes, froids, ramollis, sans goût. Feng Xin s'était donc adapté, et très vite, les plats chauds standards étaient devenus des plats froids simples, mais si délicieux. Ce geste ne fit que gorger son cœur de courage. Alors il se concentra de nouveau. Qu'importe les minutes, qu'importe les heures, il arriverait à bout de son idée.
Mu Qing était tellement investi à sa tâche qu'il n'entendit pas la sonnerie de la porte d'entrée. Il n'entendit rien malgré l'incessante répétition. Il était loin des soupirs irrités de son amant qui se dépêcha de traverser tout son appartement pour jeter un coup d'œil à sa fenêtre, prêt à houspiller le malandrin qui avait décidé de malmener sa sonnette. Mu Qing était ignorant de tous ces petits détails qui faisaient le quotidien. Son bureau à présent débordant de feuilles usées, son esprit focalisé sur les traits qu'il raturait et récupérait, il ne s'attendait pas à ce que sa bulle fut brisée.
Un coup bruyant contre sa porte, un claquement violent qui le surprit si fort qu'il s'en leva d'automatisme, une colère qui fondit au soleil en voyant son ami d'enfance devant lui.
« Xie Lian ?
- Il se passe quoi dans ta tête !?»
Xie Lian qui criait était assez rare, mais un Xie Lian furieux était une première. Toute forme de véhémence avait disparu et bien que n'importe qui aurait pu s'attendre à ce qu'elle revienne au galop avec le ton utilisé, ce ne fut pas le cas. Un Xie Lian agité était un phénomène si étrange que ni lui, ni Feng Xin n'avaient jamais su quoi faire. Il tourna le regard à sa droite, à l'entrée de sa chambre, son amant, aussi penaud que lui, mais également Hua Cheng, dans le même état. Les trois adultes se regardaient dans le blanc des yeux, sans savoir quoi faire. Un paysage qui aurait pu être drôle si on omettait le dernier du quatuor qui fulminait au milieu de la chambre en désordre.
« Je t'ai posé une question Mu Qing !
- Euh… oui, mais je suis pas sur de la comprendre …
- Tu ne la comprends pas ?!» Une sorte de rire amer glissa d'entre ses lèvres, ce qui ne fait qu'augmenter la panique du trio. « Tu ne comprends vraiment pas ?»
Beaucoup trop violemment, une vieille amie vint se loger dans son esprit. Déjà, il sentait les haut-le-cœur des belles angoisses chatouiller le fond de sa gorge. Il se fit violence pour ne pas craquer, pas maintenant, pas comme ça.
« Tu t'évanouis en plein milieu d'un parking, je n'ai aucune nouvelle dans la soirée, donc je me dis que c'est normal, c'est encore trop tôt. Je ne reçois pas de nouvelle malgré mes messages ce matin, c'est normal, il faut que tu récupères, mais là il est 19h Mu Qing ! »
19h ? Réellement ? Il était si tard ? Il voulut s'assurer de ce fait de ses propres yeux, mais ne trouva pas son portable. Il eut le réflexe de tapoter ses poches et d'observer son bureau, mais aucun cellulaire à l'horizon.
« Je ne te demande pas grand-chose, juste un message, un je vais bien qui me rassurait un minimum sur ton état ! D'ailleurs, ça vaut pour toi aussi !» fit-il soudainement en se tournant vers Feng Xin qui leva les mains en signe de défense. « Un message, ça ne coûte pas grand-chose !
- Désolé, Je… je ne sais même pas où j'ai mis mon portable, je ne voulais pas t'inquiéter.
- Je t'excuse mais on en a pas fini !»
Mu Qing haussa d'un sourcil, ne comprenant pas le sens de cette discussion. Xie Lian s'avança vers lui et juste en face, il croisa les bras. « Qu'est-ce qui se passe ?!
- Je ne vois pas-
- Si ! Tu vois de quoi je parle ! Qu'est-ce que tu manigances avec San Lang de si important que cela te provoque des crises d'angoisses ?
- Je- Mais rien ! Pourquoi je trainer-
- Oublie toute la partie où tu t'efforces de nier. Je peux fermer les yeux sur le fameux hasard du magasin, mais pas sur celle-là. Qu'est-ce qui se passe, Mu Qing ! Je m'inquiète là ! J'ai fait quelque chose ? Tu es souvent perdu dans tes pensées et ça ne semble jamais positif, ne me contredit pas, je te connais assez pour déchiffrer tes mimiques ! Tu es toujours ...Aaaaah ! »
Xie Lian enfonça son visage dans le creux de ses mains. Il semblait à bout et il était évident pour quiconque l'observant que le brun n'avait pas totalement récupéré. Et pourtant, le voilà dans sa chambre, à s'agiter de colère et – Mu Qing n'osait trop y croire, d'inquiétude. Au fond, si on analysait cette situation de loin… Xie Lian, encore affaibli, s'était déplacé chez lui, sûrement en ignorant les protestations de Hua Cheng, pour s'assurer qu'il allait bien… La situation était chaotique, il n'avait jamais vu Xie Lian en colère, mais étrangement, Mu Qing ressentait une belle vague de joie.
Xie Lian sortit de ses pensées, moins énervé, plus fatigué. Un visage qui portait une tristesse qu'il n'avait jamais connu chez son ami.
« Je suis désolé, Mu Qing. Je suis un rappel ambulant, hein ? »
Quoi ? Qu'est-ce qu'il racontait là ?
« A chaque fois que tu me vois, je sais que tu y penses. J'ai beau la cacher, tenter d'attirer ton attention autre part, tu y penseras toujours. Quoi que je fasse, je serais un mauvais souvenir ambulant. » Dans sa voix, Mu Qing entendait de la fatigue, de la souffrance, de la résignation, comme si cela était trop difficile d'avaler ce qu'il considérait comme une vérité. Mais ce n'était pas le cas, jamais cela ne fut penser une seule seconde.
« Je veux qu'on oublie tout ça, qu'on passe à autre chose, … J'ai peur Mu Qing de te voir t'éloigner de moi, qu'un jour tu ne le supportes plus et-
Plus Xie Lian parlait, plus cette situation était ironique. Des années que Mu Qing était persuadé de son sursis pour apprendre qu'au final, Xie Lian pensait l'être également. Il redoutait le jour de leur séparation comme lui, tentant vainement de maintenir une routine qui leur assurera un demain en commun. Xie Lian parlait, Xie Lian exprimait toutes ses peurs, toutes jumelles aux siennes, sans exceptions. Ça n'avait aucune sens, c'était une situation terrible, il avait envie de pleurer tellement tout cela avait été inutilement effrayant autant pour lui que pour Xie Lian.
Mu Qing voulu parler, mais les mots restaient coincés. Tous étaient trop… trop, justement. Au fond, il savait qu'il aurait pu dire n'importe quoi que cela n'aurait eu aucun sens. Ses paroles seraient insuffisantes, de la même manière que les mots des autres n'avaient jamais suffi à taire ses peurs.
Alors, puisque les mots ne serviraient à rien, il commencerait avec un geste. Il attrapa l'une des feuilles sur le bureau, la plus aboutis et la présenta à Xie Lian. Cela fonctionna, car en voyant les traits dessinés sous ses yeux, il se stoppa instantanément. Curieux, un peu perdu, il attrapa le bout de papier tendu et l'observa. Puis, il réalisa, les questions trouvant leur réponse et sans y croire, Xie Lian se raccrocha au regard devant lui.
Mu Qing y vit beaucoup d'émotion, ce qui l'émeut à son tour. Il n'avait encore rien dit et pourtant, Xie Lian semblait déjà touché à l'âme. Les mots de sa mère lui revirent en mémoire. Oui, il allait y arriver, c'était le moment de taire tous ces non-dits entre eux.
« C'est un cadeau. Enfin, un prototype de cadeau. Pour toi, pour Feng Xin aussi. Je… Je voulais t'offrir quelque chose … Si je paraissais bizarre, c'est parce que je voulais te faire la surprise et sans le réaliser, je me suis mis une pression de dingue. Je voulais que le cadeau soit exceptionnel, et j'ai perdu de vue l'essentiel… La crise d'angoisse d'hier… Hua Cheng a trouvé un CD…
- Dont stop Believing …
- Ouais… J'arrive pas à croire que tu l'écoutes encore …
- C'est toi qui me l'as fait découvrir, cette musique. Je ne sais pas si c'était voulu, mais tu la mettais toujours lorsqu'on se retrouvait.
- Et ça te suffit pour en garder le positif ?
- Totalement. Elle nous a accompagné dans un moment difficile… Mais malgré celui-ci, Mu Qing, je n'en ai que de beaux souvenirs. Des souvenirs, avec toi et Feng Xin. Et je ne veux pas qu'ils s'en retrouvent tacher par une épreuve de la vie.
- Tu es fort, Xie Lian.
- J'ai la chance d'avoir un incroyable modèle. »
Son regard se perdit sur le pansement mal fait, sûrement à la va-vite.
« Tu sais, j'arrive pas à me pardonner. J'ai l'impression de m'en sortir beaucoup trop facilement alors que toi… Bordel, ça fait des années et cette saloperie arrive encore à te clouer au lit !
- Et dans ces moments-là, j'ai la chance d'avoir deux amis incroyables qui se démènent pour me faciliter la vie. Vous avez toujours été là pour moi et je… j'ai toujours eu peur de devenir un fardeau, tu sais ? Qu'un jour, tu n'es plus la force de me voir ou de supporter ces moments où je deviens plus … dépendant. » Xie Lian eu du mal à prononcer ce mot, l'exprimant comme s'il lui brûlait la gorge.
Comment pouvais-tu croire de tels balivernes ! Pensa Mu Qing, mais il fut facile de trouver la réponse. De la même manière qu'il cru pendant des années que Xie Lian abandonnerait leur amitié. Les chuchotements de l'angoisse, les murmures des peurs, toutes ces voix avaient toujours eu plus de force que la raison.
« Pourtant vous n'êtes jamais partis. Vous ne m'avez toujours soutenu, comme des amis. Comme si c'était naturel. Normal. Alors non, je ne suis pas à plaindre. »
Son regard se posa une nouvelle fois sur le papier dans ses mains. Un croquis détaillé, entouré de flèches descriptives, plusieurs essais sur la surface brouillé par le gris du crayon, et dans un coin, là, vers le bas de la page, un croquis en particulier. Il y découvrit une fleur de lotus et une autre aux plus grands pétales, une mauve supposait-il, l'une faisant dos à l'autre. Tout autours, d'autres pétales, plus petites, entourait les deux plus grandes. Au creux des deux fleurs, trois oiseaux dont les ailes se confondaient entres elles. Autours du croquis, il vit une quantité incroyable de noms de fleurs, des notes et quelques abréviations démontrant de plusieurs heures de recherches. Xie Lian avait compris très vite l'objectif de ce dessin, encore plus vite toutes les symboliques que le futur tatouage racontait, il observa tout ça et se mit à sourire sans chercher un seul instant à cacher tout le bonheur qui lui tombait dessus.
« Non vraiment, je ne le suis pas. » Rit-il.
Mu Qing s'approcha à ses côtés, sans un mot échangé, ils firent le choix de s'asseoir sur le sol.
« C'est un tatouage ? » Demanda Xie Lian après un moment de silence.
- Ouais… Enfin, c'est qu'un croquis, c'est pas grand-chose… ça te plaît ? Réellement ?
- Tu n'en as pas idée !
- J'imagine que je ne dois pas te faire l'affront de t'expliquer les différentes fleurs et symboliques ? »
Xie Lian déposa une nouvelle fois les yeux sur le croquis. « Il s'agit d'un lotus et d'une mauve… une Hibiscus plus précisément. Pour les pétales, je me suis demandé s'il s'agissait d'une fleur précise… c'est plus difficile !
- C'est normal que tu ne les reconnaisses pas, le dessin est encore brouillon et j'ai repassé plusieurs fois sur mes tr-
- Le muguet ? Et là c'est des petites fleurs d'hortensia ?
- Comment tu l'as deviné ? » S'écria Mu Qing véritablement choqué.
- Je n'ai pas de mérite, j'ai plus misé sur leur symbolique ! »
Un « Oh » silencieux se dessina sur ses lèvres. « J'imagine que le dessin fonctionne si tu l'as deviné…
- ça fonctionne du tonnerre ! ... Tu m'expliques ?
- Mais tu as déjà tout compris.
- Oui, mais j'ai envie que tu m'expliques ! »
Mu Qing roula des yeux, pourtant, comme s'il n'y avait rien de plus naturel, il se pencha à son tour vers le petit bout de papier qu'il avait gribouillé durant des heures.
« Comme tu l'as dit, les deux grandes fleurs sont un lotus et un hibiscus, j'hésitais à les mélanger, mais finalement, j'ai préféré faire comme si elles se reflétaient. Tout autours, ce sont des pétales de muguet et d'hortensia, comme ce sont des plus petites fleurs, je trouvais ça plus esthétique de les faire voler autours des deux plus grandes… Mais j'hésite à les utiliser pour former un cercle. Mon idée était de faire une sorte de pot-pourri fleuris, comme tu es fleuriste, avec … des messages à l'intérieur.
- Quoi comme message ?
- Je les ai déjà dis
- C'est faux, tu m'as juste décrit les fleurs, puis les symboliques sont multiples, tu sais. Auxquelles pensais-tu ? »
Les deux jeunes hommes se jaugèrent, l'un avait un air gêné, l'autre un sourire taquin. Un petit affrontement silencieux qui fut gagné haut la main par l'espièglerie du fleuriste.
« Hortensia pour la sincérité, muguet pour l'amitié, mais aussi l'affection et la chance. Ensembles, elles représentent … et bien notre amitié. Un ''notre amitié est sincère et tu comptes réellement pour moi''. Le Lotus et l'hibiscus … c'est notre accident, mais comme tu le disais, pas dans le sens négatif. Je n'y avais pas du tout pensé, mais à force d'y réfléchir le lotus peut représenter la pureté, mais aussi la renaissance, la mauve, quant à elle, est un symbole de résilience. Nous avons vécu, mais nous avons tenu, nous sommes là. Tous les trois. Au final, je voulais quelque chose qui puisse exprimer … Que je tenais à nous. Je suis pas le plus simple à vivre, mais je tiens à notre amitié, même si je ne le dis pas autant que je devrais.
- Tu ne le dis pas souvent, c'est vrai... »
Un petit « hé » l'interrompit mais Xie Lian, bien trop habitué, ne s'en formalisa pas. « ...Mais tu nous le fait comprendre à chacun de geste. Tu penses ne pas être expressif, mais les mots ne sont pas les seuls moyens de dire les choses.
- Et cela vous va ?
- cela nous va parfaitement bien. »
Mu Qing eut bien du mal de à cacher ses rougeurs. C'est terrible… Avec leur sincérité, ils allaient avoir sa peau !
« Est-ce que je suis clair dans mes explications ?
- Totalement !
- Tant mieux ! Parce que ça ne sera pas demain que je recommencerai. »
Xie Lian se mit à rire si fort qu'il s'en laissa tomber. « J'aurais dû en demander plus alors !
- Trop tard ! L'offre est close, revenez dans dix ans.
- Mu Qiiiiiiiiiiiing ! »
Xie Lian se redressa, juste ce qu'il fallait pour faire tomber également Mu Qing. « Et si je te fais des pancakes en échange ?
- Eurg, plutôt mourir.
- Mais je me suis amélioré !
- Non merci, mon assurance hospitalière n'est pas encore réglée.
- San Lang m'a appris !
- Raison de plus, alors.
- Mu Qiiiiiiiing !
- Vous vous faites encore des câlins sans moi ! »
La nouvelle voix, pas du tout inconnu, les firent lever les yeux. Ils virent la tête brune du dernier membre du trio apparaître dans l'encadrement de la porte. Boudeur sans le moindre sérieux, son visage était une grimace d'émotion que les deux garçons au sol trouvèrent très drôle. Les deux jeunes hommes avaient tellement été dans leur bulle qu'ils n'avaient pas réalisé que Feng Xin et Hua Cheng s'étaient absentés.
« Au lieu de bouder, viens ! » Sermonna Mu Qing en levant les bras en même temps que Xie Lian. Une invitation que le sportif n'oserait refuser. Il entendit un Eurg étouffé, mais les bras de ses amis ne perdirent pas une seconde pour le faire entrer dans l'étreinte.
« Tu pèses si lourd… » Râla Mu Qing.
« Tu t'en plains pas d'habitude.
« Pas devant Xie Lian !
« Il n'y avait rien cette fois-ci, à quoi pensais-tu, Mu Qing ?
« Je vais te frapper si fort. »
Xie Lian riait de la bêtise de ses deux amis avant d'apercevoir l'ombre caché près de la porte. Hua Chang était adossé au chambranle. Il le regardait, attendrit, comme si sous ses yeux, la plus belle des douceurs se trouvait. Et c'était lui qu'il regardait ainsi. Contaminé à son tour, son sourire ne fit que grandir, si sincère, si heureux.
Une nouvelle fois, il leva les bras. « Ne reste pas à l'écart, San Lang !
- Je ne veux pas déranger votre moment, Gege n'a pas à s'en faire.
- Je ne veux pas de lui. » Lança, sans aucune forme de gêne, Mu Qing toujours affalé dans les bras de Xie Lian.
Perdant le temps d'un instant sa belle expression, Hua Cheng roula des yeux et s'apprêtait sûrement à répondre d'un ton tout aussi acerbe, mais il fut coupé par la complainte du brun.
« Saaaan Laaaang ! »
Soudainement, Xie Lian fit la moue. A partir de là, tout été réglé. Hua Cheng allait craquer, forcément. Ni Feng Xin, ni Mu Qing n'auraient eu la force de le contredire, évidement. Au final, tout se passerait toujours comme Xie Lian le voulait. Et ce moment ne fut pas l'exception. En moins de dix secondes, les quatre adultes se retrouvèrent au sol.
« On est bien là. » Fit Xie Lian. Son sourire s'entendait dans sa voix. Et si le reste de groupe se mirent à râler pour la forme, le sourire du fleuriste semblait bien communicatif, puisque très facilement, il se mit à fleurir chez chacun d'eux.
Oui, ils étaient bien.
