Et voilà le dernier chapitre (normalement).
Rating : T
Disclaimer : M. Kurumada
14 février 7
Il l'a guettait. Il l'avait vu partir de la grande maison. Il savait qu'elle reviendrait. Il avait de la chance, il faisait beau. Cela rendait l'attente moins pénible. Cela dit, à en croire les comédies romantiques qu'il s'était forcé de visionner pour se documenter, la pluie aurait rendu la chose plus romantique. Tant pis. Enfin, il la vit revenir, un petit sac à la main. Aussitôt son rythme cardiaque s'accéléra. Elle était tellement belle dans sa robe rouge qui mettait en valeur la blancheur de sa peau, sa manière de marcher qui faisait légèrement rouler ses hanches… Un instant, il hésita à se présenter devant elle avant de se reprendre : il n'allait tout de même pas se laisser impressionner par une femme, fusse-t-elle la femme de sa vie comme il l'avait décidé ! Il sortit de sa cachette et couru à sa suite.
-Thétis !
La jeune femme se retourna en entendant son nom. Sans lui laisser le temps de se remettre de sa surprise de le voir ici, il lui imposa son énorme bouquet de fleur, qu'elle saisit par réflexe.
-Thétis, je t'aime, je t'aime de tout mon cœur et de toute mon âme, tu es la femme de ma vie, accepte ce modeste présent comme symbole de tout l'amour que je te porte ! Souviens-toi de l'époque où nous étions ensemble, nous étions tellement bien, recommençons, tout est encore possible pour nous !
Il aurait aimé qu'elle le regarde avec des yeux plein de reconnaissance et d'amour, avec de la surprise à la rigueur, tandis qu'elle réalisait enfin l'étendue de ses sentiments pour elle ; elle le foudroya du regard.
-Kanon… peux-tu me dire quel mot tu ne comprends pas dans « je ne t'aime pas, il n'y a jamais rien eu de sérieux entre nous, c'est Julian que j'aime » ?
Le cadet des gémeaux se figea : elle n'était pas aussi agressive d'habitude !
-Mais Thétis, ce n'est qu'un riche héritier pourri gâté, il ne t'aime pas à ta juste valeur, moi je…
-Kanon, ça suffit ! Hurla la jeune femme en se redressant de toute sa hauteur. J'en peux plus de toi ! J'aime Julian, mets-toi bien ça dans le crâne une bonne fois pour toute, c'est pas un foutu bouquet qui va me faire changer d'avis, surtout pas venant d'un type comme toi, alors maintenant tu dégages et tu me laisses tranquille !
-Mais je… !
-Disparaît ! Tout de suite ! Ou j'en referai à Poséidon !
Penaud, Kanon du s'avouer vaincu sous la violence des mots de Thétis.
-Bon… à plus tard alors…
-Le plus tard possible j'espère !
Il se tassa un peu plus sur lui-même alors qu'il s'éloignait de la femme qu'il aimait, le cœur gros.
-Je te promets Rhad, elle était agressive comme je l'avais jamais vu.
-Elle avait peut-être ses règles.
-Ah, j'y avais pas pensé. Peut-être.
Après leur retour à la vie, les relations entre le chevalier et le juge avaient été houleuses, mais à force de se taper dessus, ils s'étaient trouvés des points communs, notamment le fait d'avoir été éconduit par celles qu'ils aimaient. Cela avait fini par les rapprocher si bien qu'ils avaient pris l'habitude de boire de temps en temps ensemble, comme ce jour-là, où ils avaient prévu de se saouler de concert en cas d'échec de Kanon.
-Pourtant j'étais sûr que le coup des fleurs, ça marchait à tous les coups.
-T'as pas testé avec Pandore.
-Je connaissais pas ce truc avec Pandore. Et j'ai laissé tomber Pandore. Si elle veut rester avec cet imbuvable gamin à plume, qu'elle reste avec son truc à plume, Pandore. Elle sait pas ce qu'elle perd, Pandore, c'est tout. Elle pleurera plus tard, c'est tout, mais ce sera plus mon problème.
Le juge fini d'une traite son verre de whisky avant d'en commander un autre. Le menton dans la paume d'une de ses mains, Kanon soupira.
-Je devrais peut-être faire comme toi.
-Elle l'a transformé en charpie, du coup, ton bouquet ?
Le chevalier battit des paupières.
-Euh... j'ai pas fait gaffe... Elle m'a menacé avec, après... elle l'a peut-être gardé.
Rhadamanthe lui lança un regard goguenard alors que Kanon vidait son verre de vodka-orange.
-Et tu te plains ?
-Quoi ?
-T'as bien dit que c'était censé représenter ton amour pour elle, comme je te l'avais conseillé ?
-Ouais.
-Et elle l'a gardé. T'en déduis quoi ?
-Ben... Qu'elle m'aime un peu quand même ?
-Bingo. C'est sûrement un test pour savoir si ça vaut vraiment le coup de s'engager auprès de toi. Elle va pas quitter son coup actuel pour n'importe qui, faut de la sécurité derrière, surtout que son mec actuel est super riche et est le véhicule du dieu qu'elle sert. Elle peut pas le planter comme ça pour le premier glandu du coin. Tu comprends ?
Kanon leva un œil aviné vers le juge.
-Tu…. Crois ?
-Ça me paraît évident.
-Merci de me redonner de l'espoir, je songeais vraiment à faire comme toi et à laisser tomber.
-J'ai laissé tomber Pandore parce qu'elle ne le laissait vraiment aucun signe, mais t'es pas dans mon cas mon gars.
-Oh merci Rhad, t'es vraiment un pote. Garçon, un cognac-cerise siouplait !
Et ils continuèrent de s'enivrer jusqu'au petit matin.
Encore énervée, Thétis entra brusquement dans la maison, se débarrassa de ses chaussures et continua son chemin pieds nus comme elle le faisait quand elle voulait prendre ses aises.
Marcher en escarpin ne lui causait aucun problème, elle aurait pu courir un marathon avec. Mais pieds nus cela lui rappelait son enfance et son entraînement.
Elle aimait bien Kanon, avant. Il l'avait déçu quand elle avait compris ses véritables objectifs, mais maintenant avec la paix qui avait été instaurée et toutes les résurrections, elle lui avait pardonné. Elle aurait aimé qu'ils soient amis, ou à défaut avoir des relations cordiales, mais le gémeau ne l'entendait pas de cette oreille. D'ailleurs, il ne semblait pas l'entendre du tout. Elle avait tenté de lui expliquer en douceur, mais ça n'avait jamais montré de succès. Ça devait pénible, suffisamment pour que la jeune femme n'en soit pas loin de le détester. Si elle avait su qu'il était à ce point collant, elle n'aurait jamais couché avec lui quelques années auparavant. Et puis bon, ce n'était quand même pas de sa faute à elle si elle était tombée amoureuse de Julian et pas de lui, si ? C'était pas comme si elle avait fait exprès.
Elle arriva à la cuisine, posa son paquet et s'occupa de son bouquet qu'elle avait gardé à la main sans qu'elle n'y prit garde.
-Tu as trouvé ce que tu voulais ?
Elle sourit à Sorrento qui entrait tout juste.
-Oui, ils avaient plein de chocolat. J'ai pris un joli gâteau aussi.
-Ah bah si le gâteau est joli, tout va bien.
-Et tu sais pas qui je viens de croiser ?
-Au hasard ? Je dirais ce cher et tendre Kanon qui t'a encore fait une déclaration énamourée à l'aide d'un magnifique bouquet.
-Incroyable, je me demande comment tu as fait pour trouver, grinça-t-elle.
-On se le demande, tiens !
-Oui, je sais pas dans quel vase le mettre, par contre.
La sirène haussa un sourcil alors qu'il s'asseyait sur l'immense table de la cuisine.
-Pourquoi le garder ?
-Il n'y en a pas dans les fonds sous-marins. Ça me change, j'aime bien les fleurs. Et si je les jette tout de suite, ça veut dire qu'elles sont mortes pour rien. J'aime pas les morts inutiles, ajouta-t-elle en se tournant vers Sorrento avec un sourire resplendissant.
-J'espère pour toi que Kanon ne va pas prendre ça pour une ouverture.
-Ça m'étonnerait, je l'ai enguirlandé comme je l'ai jamais fait avant.
-Hmm méfie-toi, Thétis, méfie-toi… la taquina Sorrento alors que Thétis gémissait à cette idée.
-Il n'est quand même pas stupide à ce point ?
-Il est devenu ami avec Rhadamanthe. Ça laisse quand même présager le pire, non ?
-Aaah tu n'as pas tort, non.
-D'ailleurs, je t'avais dit ce que m'avait raconté Rune à la dernière réunion inter-Sanctuaire ?
-Comme quoi il avait été changé de service pour qu'il ait le moins d'interaction possible avec Pandore ? Oui, Violate m'avait parlé de ça aussi, tu parles, ça a fait un grand bruit là-bas La pauvre, il a tellement l'air d'être lourd en plus, ça doit vraiment être la poisse de l'avoir sur le dos. Heureusement pour elle que ça s'est réglé.
-Oui, déjà que Kanon n'était pas très fin, à son contact il risque de toucher le fond.
-S'il devient son coach amoureux, j'ai pas fini d'en entendre parler.
-Alors qu'ils feraient un si beau couple, tous les deux.
-Les deux gros beaufs ensemble ? Oh j'y avais pas pensé ! Mais ouiii ! Mais j'approuuuve ! Au moins ils ne feraient plus suer personne. Ou personne d'autre qu'eux même, ce qui ferait quand même une belle avancée.
-De qui parlez-vous ? Demanda Julian qui venait d'entrer.
-De son ex le harceleur et de son pote qui n'est pas mieux.
-Il t'a encore embêté ? Tu es sûre que tu ne veux pas que je lui parle ou que j'en parle à Saori ?
Elle lui sourit.
-Il finira bien par arrêter de lui-même.
-Peut-être, rajouta la sirène, taquine.
Il s'approcha de sa compagne, enroula son bras contre son corps et lui déposa un baiser sur les lèvres.
-Ma pauvre chérie.
-Oh oui, je suis pauvre.
Il l'embrassa encore en riant.
-Sinon j'ai pris des chocolats et un joli gâteau.
-Tu aurais pu demander à Rostan, il est engagé pour ça.
-Oui, mais comme c'est moi qui les ai choisis, ce sera encore meilleur que si c'était Rostan qui y avait été !
-Très bien. Joyeuse saint Valentin, ma chérie.
Il l'embrassa une troisième fois, plus profondément que les précédentes. Puis, une lueur qui n'était pas sienne s'alluma dans son regard et il se détacha de Thétis pour s'avancer vers Sorrento qui regardaient amoureusement l'homme qui s'avançait devant lui. Il lui caressa tendrement la joue.
-Joyeuse saint Valentin mon amour, puisqu'il faut célébrer ce jour, prononça la voix grave de Poséidon.
Il embrassa Sorrento comme Julian avait embrassé Thétis plus tôt.
Thétis les regarda en souriant. Ils étaient mignons tous les deux. Et elle était très heureuse que Kanon n'était pas au courant de ça. Il n'aurait pas compris. Il était probable que peu de gens comprennent. Mais elle aimait Julian. Julian l'aimait. Sorrento aimait son seigneur et maître Poséidon, et Poséidon aimait sa sirène. C'était simple. C'était deux couples distincts, le problème était que deux âmes différentes résidaient dans le même corps. Cela ne posait aucune difficulté à Thétis et à Sorrento, ils savaient faire la différence, et puis ils s'entendaient bien. Comme des frères et sœurs. Le plus compliqué avait été pour Julian. Ils n'avaient pu continuer à lui cacher qu'il hébergeait le dieux de mers : il s'était passé trop de chose pour que le secret puisse être maintenu. C'était déjà en soit une notion difficile à admettre pour la plupart des mortels dits normaux. Savoir qu'une entité autre pouvait piloter son corps à sa guise était une notion des plus dérangeantes, et qu'elle puisse avoir des relations de natures sexuelles avec d'autre personne, c'était encore pire. S'imaginer en train de coucher avec son meilleur ami détestable, mais l'idée que son hôte puisse profiter de sa compagne à son insu, c'était quelque chose qui lui semblait pour le moins exécrable. Il avait passé beaucoup de temps à en parler sur l'oreiller avec Thétis, et elle savait qu'il en avait beaucoup parlé avec le dieu, qui s'était plié à certaines de ses exigences. Il n'avait pas d'intérêt à rendre son hôte fou, bien au contraire. Il lui serait plus utile qu'il perpétue la lignée des Solo. Alors ils avaient trouvé des compromis, pour vivre ensemble. Tous ensemble.
Le sourire de Thétis s'élargit.
Oui, c'était ça.
Peu importe si personne d'autre ne comprenne.
Ils étaient heureux tous ensemble.
C'était bien là l'essentiel.
