Chapitre 3.
Au bout de longues minutes lui laissant le temps de reprendre ses esprits, Hermione sortit ses affaires.
Avant que la maison et les quartiers de Snape ne soient entièrement vidés, elle avait fabriqué cette besace et y avait entreposé des choses… beaucoup de choses, des fioles, de son chaudron jusqu'à ses bouquins les plus sombres. Et elle avait du tellement l'agrandir pour cela, que Hermione manqua de tomber dedans en allant récupérer ce dont elle avait besoin.
Elle sortit la montre de Snape, mais aussi le retourneur de temps en parti démonté, la pierre noire que Dumbledore lui avait confié, et un manuel dont plusieurs post its dépassaient de la tranche.
Elle mit ensuite la main sur ce matériel d'horloger qu'elle avait réussi à récupérer chez les moldus, soigneusement rangé dans une petite besace en cuir avant d'entreprendre une étape décisive de son expérience.
Hermione posa le tout sur une table de fortune et prit une profonde inspiration, puis elle s'agenouilla face à tout ce matériel.
Ron l'avait interrompu dans un instant capital.
Enfin, elle allait savoir…elle allait savoir si elle était capable de donner une issue foutrement convenable à cette guerre, un résultat qui conviendrait à tout le monde, ou si ces semaines de recherches et d'exercice n'avaient servi à rien. Ces deux idiots… ils ne savaient pas, ils n'avaient juste aucune idée de ce par quoi elle était passée.
Ils l'avaient lâchement abandonné. Enfin… Ron, en particulier. Alors, elle était seule depuis tout ce temps, et elle sentait son coeur si vide.
Hermione se secoua la tête, et ouvrir le cadran de la montre de son professeur de potions. Elle y inclus un certain nombre de grain de sable magique qu'elle avait extrait de son retourneur de temps. Ils étaient si fins, si petits qu'il lui était difficile de les saisir et de les compter.
Ensuite, elle fixa la pierre de résurrection posée à côté avec suspicion… avant de l'éclater sur la table à l'aide d'un marteau.
Si ça ne marchait pas, elle ne le reverrait plus jamais.
Mais ça marcherait. Ça devait marcher ! Elle se concentra pour ne pas laisser ses mains trembler. Il fallait 12 grains, très exactement. La jeune femme soupira en se passant le plat de la main sur son front transpirant. Elle versa la pierre réduite en poudre au milieu des grains de sables qui scintillèrent étrangement. Puis, elle se concentra pour changer le système de contrôle des aiguilles, car il ne fallait surtout pas qu'elle se trompe là dessus.
Elle avait passé des semaines à connaître le fonctionnement complet d'une montre, la façon de démonter chaque composant et de le remonter. Elle avait fait cet exercice, encore et encore, avec des tas de montres différentes avant d'être certaine de pouvoir le faire les yeux fermés avec celle-ci.
C'est ainsi que Hermione termina sa tâche en contrôlant chacun de ses mouvements pour ne pas trembler. Pour finir, elle vissa l'arrière de l'objet, et le retourna, comme s'il était une bombe sur le point d'exploser. Les mains en l'air, elle fixa bêtement l'aiguille figée… avant qu'elle ne se remette à fonctionner normalement.
A ce tic tac, Hermione soupira de soulagement. Elle observa la montre de près, le sable magique naviguant parmi les aiguilles et renvoyant un éclat étrange autour de celles-ci.
« Oh seigneur… »
La Gryffondor déglutit avant de sortir prendre l'air. Il fallait qu'elle se change les idées. Avant de le faire, elle prit tout de même soin de mettre sa montre autour de son poignet. Ses mains tremblaient comme deux feuilles au vent, alors elle du s'y prendre par quatre fois avant de réussir à la fixer.
Est-ce que ça allait fonctionner ? Elle n'en savait rien. Etrangement, maintenant que ce projet était si tangible, l'issue si proche, elle doutait.
Machinalement, Hermione se rendit jusqu'à la maisonnée de son ancien professeur. Lorsqu'elle arriva sur place, elle remonta lentement sa tête le long de la bâtisse avant de déglutir.
« Qu'est-ce que je suis en train de faire, Severus ? »
Chaque fois qu'elle s'adressait à lui, il n'y avait que les bourrasques pour lui répondre. Les mèches bouclées de la jeune femme se mirent à virevolter autour de son visage tandis qu'elle se frottait vigoureusement les bras secoués de frissons et de chair de poule. Être ici l'aidait à réfléchir… Sans doute était-ce du au calme, à ces souvenirs de nuits entière passées devant un chaudron et ce sentiment de sécurité qui la prenait.
La jeune femme prit une profonde inspiration, avant de se figer.
Elle avait entendu un bruit.
« Qui est là ? »
Pas de réponse.
Hermione déglutit. Elle était suivit. Alors, fichue pour fichue, elle ouvrit cette satanée barrière qui grinça avec ce bruit de vieille ferraille désagréable. Elle devait se rendre dans cette maison, c'était plus fort qu'elle. Alors qu'elle porta la main sur la poignée de la porte d'entrée, la Gryffondor ferma les paupières, puis se retourna brutalement.
« Répulso ! »
Soudain, la jeune femme n'eut même pas le temps de voir une frimousse, rousse être expédiée au loin.
« Ron ? demanda Hermione en un froncement de sourcils. »
La jeune femme claqua sa langue contre son palais, avant de se rediriger vers son ami. Elle s'agenouilla à sa hauteur alors que le garçon avait le dos contre la grille, grimaçant de douleur.
« Qu'est-ce que tu fais là ? gronda Hermione.
_ T'es partie depuis deux heures, mais je ne pouvais pas me résoudre à ne pas te raisonner. Alors je pensais… J'étais certain de te trouver là. »
Hermione soupira. Elle ne remarqua pas la respiration un peu sifflante du garçon, ni les grimaces de souffrance sur son visage. Il tenta de se redresser, sans grand succès.
« Laisse-moi, ordonna-t-elle avant de se lever pour rebrousser chemin vers la maisonnée.
_ Hermione, tu avais raison ! »
La jeune femme se figea. Son corps entier se raidit, et elle fut incapable de se retourner pour lui faire face.
« Snape. Tu avais raison. Tout est de ma faute. »
Voyant son amie rester plantée là sans oser bouger, Ron soupira. Il tenta de nouveau de se redresser, mais en fut incapable. Il déglutit avec difficulté et passa une main dans son dos. Ses doigts en ressortirent baignés de sang. Alors, il serra les dents et tenta de se retourner, se figeant de terreur.
Une large pique de la clôture partiellement cassée de la maison lui avait transpercé le flanc.
« Qu'est-ce que tu raconte ? souffla-t-elle, dos à lui.
_ Je me suis battu avec lui ce soir-là. Je savais tout, j'ai tout entendu dans la salle commune. »
Les épaules d'Hermione se tendirent.
« C'est pour ça que j'ai été renvoyé, j'étais tellement en colère ! Tu voulais me quitter pour lui. »
Le regard dans le vide, Hermione ne s'était senti que rarement aussi mal. C'était si soudain, comme si la terre s'était subitement arrêtée de tourner.
« Tu l'as dis à quelqu'un ?
_ A mon père, et à… et j'ai envoyé une lettre à…
_ A qui ? hurla-t-elle en se retournant enfin.
_ Malefoy. »
Soudain, la stupeur, l'angoisse, la colère, l'effroi pouvaient se lire dans les prunelles de la Gryffondor, et cela terrifia Ron, plus encore que la force de cette douleur irradiant son corps sans même qu'elle s'en aperçoive.
« Je voulais qu'il soit renvoyé, je n'imaginais pas qu'il allait mourir, lâcha-t-il sur un ton plaintif. Connaissant Drago, je me suis dis qu'il en toucherait un mot à son père, et qu'entre votre accident passé sous silence et ça, Snape s'en irait ! »
Hermione dut se raccrocher à un mur pour ne pas s'effondrer.
Alors… Alors tout était en vérité de sa faute à lui ? Et à elle ?
« Hermione, renifla Ron. »
Enfin, la jeune femme remarqua que quelque chose n'allait pas. Elle fronça les sourcils, et vit enfin… le sang.
« Ron ! »
Hermione laissa ses pieds la porter jusqu'au corps affalé sur la pelouse de Ronald Weasley. Ses mains tremblaient d'horreur, et lorsqu'elle le recula et vit cet énorme bout de ferraille en travers de son torse, elle crut tourner de l'oeil.
« Oh mon dieu, souffla-t-elle.
_ Ne t'inquiète pas pour moi.
_ Tu dois aller à l'hôpital !
_ Tu sais bien qu'on ne peut pas. »
Elle avait tout gâché. Seigneur.
« Tu va mourir si je te laisse là enfin !
_ Ce n'est rien, je vais m'en sortir, c'est une blessure minime. »
Hermione n'en crut pas un mot. Elle se mit alors à chercher dans sa besace une potion, n'importe laquelle. Elle dénicha quelques flacons cicatrisants alors que Ron venait de se résoudre à ôter ce truc de son corps avant un hurlement qui venait de leur glacer le sang.
« Pourquoi donc est-ce que tu m'as suivi, pourquoi, répéta-t-elle, les mains flageolantes. »
Mais un bruit transperça l'air.
Le son d'un sorcier venant de transplaner… Un, puis deux, puis d'autres suivirent. Hermione devint pâle d'une horreur plus absolue encore. C'est alors qu'elle sentit la main de Ron se poser sur la sienne.
« Laisse-moi, je vais me débrouiller.
_ Ron !
_ Hermione tu avais raison. Quelque chose doit être fait. On ne sait même pas comment détruire ces foutus horcruxes alors, quoique tu sois en train d'entreprendre, fini le.
_ Je ne peux pas te…
_ Hermione, s'il te plait. »
La jeune femme déglutit d'effroi. Elle vit au loin un groupe de sorciers courir vers la seule maison de cette fichue impasse. Elle n'arrivait pas à distinguer s'ils étaient de son coté, ou de l'autre, et elle s'en fichait bien à vrai dire. Il n'y avait plus de bons côtés, ni de mauvais, elle ne suivait qu'un chemin désormais : le sien.
« Vas-y, souffla le jeune homme. »
Hermione se leva, indécise. Enfin, elle vit ce groupe se mettre à accourir vers eux et recula, encore et encore. Puis, elle se retourna et se précipita à l'intérieur de la maison qu'elle verrouilla d'un informulé puissant et rapide. Toujours le regard fixé sur la porte d'entrée, Hermione reculait. Puis, l'entrée se mit à trembler, une fois… deux fois… puis des tas d'autres.
Ses yeux se détachèrent de ce spectacle terrifiants afin d'observer la cuisine sommaire, ce couloir et le salon encore ouvert. Elle observait ainsi cette maison qui lui appartenait, qu'elle ne voulait pas quitter étrangement. Puis, le regard d'Hermione se fixa vers les escaliers, à l'endroit exact où elle l'avait trouvé. Elle manqua de sangloter avant de se secouer la tête. Peut-être ferait-elle mieux de le rejoindre ? De mourir là, à l'endroit où il l'avait abandonné ?
Hermione sursauta lorsque la porte sortit de ses gongs. Non. Non, elle ne pouvait pas faire ça, par pour lui. Il ne l'avait pas abandonné, il était juste mort ! Et elle pouvait le ramener à elle, elle en était certaine.
La jeune femme se retourna avant d'afficher un regard déterminé. Elle devina l'identité de ceux qui venaient d'entrer, il y avait un certain Greyback ainsi que trois rafleurs de bas étage. Ils se précipitaient sur elle, elle n'avait plus beaucoup de temps. Leurs baguettes levés, Hermione s'empressa de tourner la couronne de sa montre sans prendre le temps d'en compter les tours.
Et, avant même qu'un sort visible soit près de l'atteindre, les aiguilles tournèrent, tournèrent, l'emportant dans un tourbillon magique incontrôlable avant qu'elle ne finisse par tout bonnement disparaitre, pile à l'instant où le loup garou tentait de l'atteindre physiquement.
xXx
La respiration de la jeune femme était encore hachée et essoufflée d'émotion. Ses paupières étaient closes, si fermées que des étoiles lui entachaient la vue.
Mais le fracas qui avait envahi la maison, les cris, les hurlements avaient cessé d'un seul coup pour faire place à un silence presque… réconfortant et une chaleur…
« Miss Granger ?! »
Le regard d'Hermione s'ouvrit d'un coup d'un seul. Et elle manqua de s'évanouir.
Il était devant elle, assis dans son fauteuil, en train de l'observer d'un regard mauvais, de cet oeil qu'elle ne connaissait que trop bien.
Snape.
« Vous êtes là, vous êtes… vous êtes vraiment là, souffla soudain Hermione, la gorge serrée d'émotion. »
Mais Snape releva sa baguette vers la jeune femme d'un air suspicieux, mais aussi terriblement enragé.
« Et vous, que dois-je déduire de cette intrusion Miss Granger ? »
La jeune femme fixa alors la baguette de son professeur, la bouche ouverte de stupéfaction.
« Oh. Oui. Je suppose que… que c'est un peu bizarre.
_ Non, vous croyez ? siffla le potionniste qui lâcha son journal avec agacement par terre. Comment connaissez-vous cet endroit, et de quelle façon êtes-vous parvenir à sortir de Poudlard ?
_ Sortir de Poudlard ? répéta la jeune femme.
_ Vous devriez être dans votre salle commune ! s'emporta l'homme. Vous m'espionnez, j'en suis certain.
_ Attendez, quel jour sommes-nous ?
_ Vous plaisantez j'espère ? »
Hermione soupira. Elle finit par se ruer sur le Daily Prophet jeté par Snape, sans tenir compte de ses protestations et de son air furibond. Mais lorsqu'elle vit la date du jour, elle manqua d'en tomber à la renverse. Alors, son regard se dirigea vers l'horloge, et elle se mit à fixer Snape d'un air choqué.
Elle était de retour en 1996, et en particulier… en novembre 1996, le 7 très exactement. Oh, elle connaissait parfaitement cette date… trop, même.
« Pourquoi… pourquoi n'êtes vous pas en salle de classe ? questionna Hermione, perdue.
_ Peut-être est-ce à cela que vous vous attendiez ? demanda le potionniste, toutes canines dehors. Que j'y sois, pour pouvoir fouiller dans mes affaires ? »
De nouveau, Hermione regarda la petite horloge, située juste au dessus de la porte d'entrée du salon, puis fixa son regard sur les aiguilles de sa montre qui affichaient la même heure.
Il était 20h18.
« C'est impossible, souffla-t-elle.
_ Miss Granger, sortez d'ici avant que je ne le fasse moi-même.
_ Je vous dis que c'est impossible ! Pourquoi n'êtes-vous pas en retenue avec moi en ce moment même ?!
_ Je rêve ? »
Le maître des cachots se dirigea alors vers elle, la surplomba de toute sa hauteur avec cette allure effrayante.
« Ici, c'est moi qui donne les retenues, et si vous tenez tant à vous y rendre, je pense qu'un bon séjour dans les cachots vous ferez le plus grand bien, en effet, gronda-t-il. De plus, le directeur sera ravi d'apprendre que vous me suivez jusque chez moi de la sorte. Vous mériteriez que je vous oubliette petite sotte !
_ Non, non, ne faites pas ça, vous vous trompez ! s'affola la jeune femme. Vous auriez du… vous devriez être dans votre salle de classe, et moi en retenue avec vous en ce moment même, s'embourba Hermione. Je le sais, car c'est par là que tout a commencé.
_ Bien, alors partons du principe que je vous emmène à l'infirmerie pour aliénation.
_ Non ! s'exclama Hermione d'un ton plus élevé en se défaisant de sa poigne. Ecoutez moi, c'est important ! Pourquoi ne m'avez vous pas puni cet après midi pendant que j'aidais Neville dans sa potion ?!
_ Je vous prie de baisser d'un ton Miss Granger. Je n'ai aucun compte à vous rendre alors maintenant… »
Le sorcier serra la mâchoire, prêt à pousser la jeune femme manu militari dans l'âtre de sa cheminette.
« Je viens d'un autre monde ! »
Soudain, Snape se stoppa. Il la dévisagea, éberlué.
« Enfin… une autre réalité, un autre temps, prenez ça comme vous le voulez, marmonna Hermione, ne sachant elle-même pas vraiment comment définir ce qui venait de lui arriver.
_ Est-ce donc là votre excuse minable pour justifier votre présence ici ?
_ Vous êtes agent double pour le compte de Dumbledore afin d'aider Harry en secret et de lui fournir des informations sur l'avancée de Vous-Savez-Qui. »
Le visage du potionniste se figea avant de perdre toute coloration.
« Qu'est-ce que vous dites, murmura-t-il avant de, de nouveau, pointer sa baguette vers son visage.
_ Vous lui avez juré fidélité, après la mort de Lily et James Potter. »
La jeune femme vit son professeur serrer sa baguette avec plus de force, comme s'il se retenait de l'égorger à l'aide d'un sort. Alors elle déglutit, plus franchement sure de ce qu'elle venait de fabriquer. Peut-être aurait-elle du choisir de crever finalement. Et pourtant, elle resta plantée là, assurée alors que Snape semblait clairement en train de la menacer d'un sort terrible si elle continuait de parler.
« Ce que vous affirmez n'est que pure mensonge. Mon « rôle » au sein de cette guerre ne vous concerne pas.
_ Je sais que vous participez à des missions de mangemorts et que vous vous rendez maintenant de manière régulière à la table de Voldemort en personne. Je pourrais même vous citer ceux qui y siègent : Lucius Malfoy, Bellatrix Lestrange, un dénommé Mulciber, Avery, Peter Pettigrow… »
Snape prit une profonde inspiration, sur le point de faire s'évanouir cette folle sur le champ. Mais bon sang, il était presque pendue à ses lèvres, tant ces « révélations » étaient en train de l'ébranler. Elle savait tout, tout ! Cette Miss Je Sais Tout portait bien son surnom !
Mais soudain, un bruit dans l'entrée les mit en alerte.
« Cachez-vous, gronda-t-il. Cachez-vous immédiatement. »
La jeune femme suivit aveuglément les recommandations de son professeur de potions, tandis que des pas se faisaient entendre jusqu'à la porte donnant sur le salon. Alors, elle ne trouva d'autre endroit qu'un tas de livres immense derrière lequel elle se protégea de la vue de celui qui venait les interrompre. Elle se trouvait ainsi pas très loin de ce fauteuil confortable, sentant les flammes de la cheminée lui chauffer le visage.
C'est alors que la porte s'ouvrit timidement sur un Peter Pettigrow réservé.
« De la visite… murmura-t-il, le dos courbé. »
Snape plissa des yeux avant d'apercevoir Narcissa Malefoy dans toute sa splendeur, si élégante, si belle et semblant si torturée à la fois, secondée par Bellatrix Lestrange qui se mit à observer les lieux avec un regard inquisiteur.
Hermione ferma les yeux de dépit. Son coeur battait la chamade de savoir cette folle à lier si proche d'elle et il lui semblait bien que la sorcière pouvait presque sentir la goutte de sueur couler le long de son échine sans même la voir.
Alors que Peter observait lui aussi la pièce étrangement avant de se fixer sur ce même tas de bouquins à côté du canapé, Snape grogna.
« Disparaît Queudver, gronda le sorcier avant de fermer brutalement l'entrée sur son nez d'un informulé. »
Le sorcier se déplaça d'un air suspicieux afin de servir un verre de vin à la mère de Drago, n'en proposant sciemment par à Bellatrix. Connaissant déjà sa folie dans sa sobriété, inutile de lui rajouter une dose d'alcool dans le sang.
« Je sais… que je ne devrais pas être ici, finit par parler Narcissa, alors qu'elle venait d'accepter la coupe tendue vers elle. Le seigneur des ténèbres lui-même m'a interdit d'en parler. »
Hermione cligna des yeux vers la sorcière qui tenait son verre d'un geste élégant, s'asseyant sur une petite chaise pas très loin de là où elle était cachée. C'est alors que son coeur manqua d'exploser dans sa poitrine lorsqu'elle vit Bellatrix se promener dans la pièce, touchant des bibelots ça et là et surtout, s'approchant dangereusement de cette planque de fortune dans laquelle Hermione se trouvait.
Snape resta quant à lui d'une impassibilité stupéfiante alors que lui-même fixait l'autre sorcière d'un air suspicieux et surtout, inquiet. Il n'était pas sans savoir que si qui que ce soit découvrait une sang de bourbe dans sa maison, et en particulier Hermione Granger en personne, il irait au devant de graves ennuis.
« Si le seigneur des ténèbres te l'a interdit alors tu ne dois pas parler, pose ça Bella. On ne touche pas à ce qui n'est pas à soi. »
Hermione sentit sa respiration se couper tandis qu'elle levait lentement la tête vers Bellatrix Lestrange qu'elle voyait ainsi en contre-plongée. Un pas, un seul, et elle aurait pu carrément se prendre les pieds sur elle. Après la réflexion de Snape, Bellatrix reposa ce qu'elle tenait et marcha dans la direction opposée à elle.
Hermione n'écouta plus durant un bref instant ce qu'il se disait.
Elle avait eu la peur de sa vie, et continuait d'observer la sorcière marcher de long en large, lui faisant dos alors que les mains de la jeune Gryffondor tremblaient.
Leur conversation semblait tourner autour de Drago, mais Hermione continuait de se repasser le film de sa vie en boucle.
C'était à 20h30 que l'accident de potions avait eu lieu, cette heure précise à laquelle elle avait échangé de corps avec Severus Snape et que tout s'était enclenché. Alors pourquoi diable n'y était-il pas ?
Il fallait avouer qu'elle-même ne savait pas trop ce qu'elle avait bidouillé avec le retourneur de temps. Les informations qu'elle avait glané à propos de ces outils magiques étaient si maigres ! Mais elle avait trouvé un manuel dans la bibliothèque remplie de son professeur. Il parlait justement de ces objets, en rappelant les règles et que nul ne savait ce qu'il advenait si son utilisateur ne se rendait pas au lieu même où il l'avait enclenché une fois le temps écoulé. Hermione avait eu une théorie là dessus…
Les mondes parallèles.
Il devait y en avoir une multitude. Car si le retourneur de temps permettait d'accomplir plusieurs choses à la fois, il n'empêchait en rien les choix de se faire. Alors…
Alors elle devait s'être retrouvé dans une dimension où Snape ne l'avait jamais puni, où Snape devait avoir honoré ce rendez-vous à la place, où l'accident n'avait jamais eu lieu.
« Prouve le. Fait le serment inviolable. »
Hermione se redressa alors avec stupeur.
Un serment inviolable ? Pour protéger Drago ? Il ne pouvait pas accepter une chose pareille.
Eberluée, la jeune femme sentit cette atmosphère tendue lui enserrer la gorge. Bellatrix Lestrange ne croyait guère en la couverture de Severus, il n'avait pas l'air dupe là dessus.
« Ce sont des paroles vides, se targua la sorcière en se dirigeant vers le maître des potions. Il fera tout son possible, mais au moment crucial, le serpent rentrera dans son trou, lui murmura-t-elle. »
Hermione déglutit, se retenant de toute ses forces de ne pas hurler. Elle observa alors son professeur de là où elle se cachait, tentant de lui répondre par la négative, niant lentement de la tête. Il la vit, mais décida de ne pas en tenir compte.
« Lâche. »
Hermione ferma les paupières.
C'était là. Bellatrix avait prononcé la pire des insultes, la seule et unique qui pouvait faire franchir le maître des cachots. Et pourtant, Hermione ouvrit de nouveau les paupières, et vit le regard de Snape se plonger dans le sien. Un court instant, bref. Bellatrix se dirigeait de nouveau vers elle, par la force des choses. Et la jeune femme perçu dans les prunelles du potionniste cette détermination à la sortir d'ici le plus vite possible en toute discrétion, elle vit cette peur viscérale qu'il cachait pourtant avec tant de facilité mais aussi cette envie de prouver, non plus son allégeance, mais son courage, son sang froid et toute la force dont il pouvait faire preuve.
« Ta baguette, je te prie. »
Hermione ferma définitivement les paupières en serrant les poings.
Si elle avait su… Oh oui, si seulement elle avait su que l'incident de potions lui aurait évité une chose pareille !
Alors, elle fut spectatrice de cet instant, et c'était là la pire des places qu'elle n'aurait jamais pu occuper. Hermione observait avec horreur cet engagement qu'était en train de prendre Snape, ignorant jusqu'où cela irait, dans l'incapacité même d'intervenir. Elle voyait son regard de désespoir, une nouvelle fois se plonger dans le sien alors qu'il prononçait ces mots qui raisonnaient terriblement en elle, cette phrase qui pour une fois, tremblait dans sa voix.
« Je m'y engage. »
xXx
Il se passa de longues secondes de silence qui semblaient des heures à Hermione tandis qu'elle patientait encore derrière ce maudit tas de bouquins. Lorsque Snape parvint à sa hauteur, la Gryffondor leva timidement le regard vers son visage.
Il sembla partagé, furieux et pétri de honte à la fois, sans pour autant le lui montrer explicitement, gardant toujours ce masque impassible.
« Bien, Miss Granger. Maintenant que votre insupportable esprit de Miss Je Sais Tout n'as pu s'empêcher de mettre son nez dans les affaires des autres, je retire 30 points à Gryffondor et vous conduit dans le bureau du directeur.
_ Vous ne pouvez m'ôter des points en dehors de Poudlard, marmonna-t-elle.
_ Pardon ? »
Cette fois, cette effrontée allait trop loin !
De rage, Snape prit les bras de la jeune femme afin de la redresser face à lui. Hermione en fut surprise, et arrondit le regard. Lorsqu'elle se trouva si proche de son professeur, sa respiration se coupa instinctivement, mais non de peur. Il ne lui suffisait que d'un pas, un minuscule et misérable pas…
« Je retire des points à votre satanée maison quand bon me semble, et sachez mademoiselle, que vous trouver ici à la place de votre dortoir constitue une excellente infraction.
_ Vous ne me croyez pas, il n'y a rien à faire !
_ Vous croire sur quoi ? s'emporta Snape.
_ Mon double est à Poudlard professeur ! Je n'ai commis aucune infraction, et je n'ai pas fait tout ça pour que vous me hurliez dessus !
_ Cette histoire est invraisemblable, grogna Snape, les dents serrées.
_ Mais allez y ! Allez donc au château si vous ne me croyez pas !
_ Très bien ! gronda-t-il. »
Snape prit le bras de la jeune femme afin de l'entraîner vers la cheminée qu'il éteint d'un informulé rapide.
« Qu'est-ce que vous faites ? s'affola la jeune femme.
_ Vous venez avec moi, il est hors de question que vous restiez ici avec ce rat qui me sert d'elfe de maison humain. »
Hermione haussa les sourcils avant que Snape ne prononce les noms des cachots.
« J'aimerai bien voir la tête que je vais tirer quand vous m'aurez extrait de mon lit. »
De rage, le maître des cachots ne décoléra pas. Il guida la jeune femme vers les escaliers en colimaçon suivant ses quartiers, jusqu'à son laboratoire. Arrivés dans la pièce, il la jeta plus qu'il ne la déposa sur la seule chaise derrière un bureau rempli d'ingrédients.
« Vous ne bougez pas d'ici. »
Snape laissa ainsi Hermione Granger dans son bureau, et soupira une fois seul, l'arête de son nez pincée entre son pouce et son index.
Cette soirée avait été harassante, et cette empotée n'arrangeait rien à ses affaires.
Mais le pire, oui, le pire était qu'elle savait strictement tout sur sa couverture. Comment avait-elle fait, il l'ignorait, mais avant, il devait s'assurer de quelque chose.
D'un pas entraînant, Snape parcourut les dédales du château tout entier, sa cape virevoltant derrière lui. Il était tard désormais, la plupart des élèves étaient dans leur salle commune et c'est justement là qu'il se rendait. Snape monta ainsi les escaliers un par un, jusqu'au septième avant d'arriver devant la Grosse Dame.
Lorsque le maitre des potions demanda à entrer, le tableau s'ouvrit de lui-même, fonction de professeur oblige.
Les élèves se figèrent tous à la vue de la chauve souris des cachots, ce dernier ne sortant que très rarement de son antre, et encore moins pour s'aventurer dans la tour des lions ! Pour ainsi dire, il n'avait jamais été vu ici, sans doute de toute sa carrière. Mais le sorcier ne prie franchement pas la peine de parler à qui que ce soit.
Il observa les élèves autour de lui, avant de grogner et de monter les escaliers en colimaçon. De là, le potionniste ouvrit la porte des dortoirs des filles avec tant de force que le bois claqua en fracas contre le mur, faisant sursauter l'ensemble des pauvres étudiantes, certaines en train de se reposer, et d'autres en train d'étudier comme… hé bien, comme Granger, là bas.
« Comment est-ce que vous avez fait ça, lâcha Snape en grognant, les yeux plissés. »
De toutes les Gryffondor, aucune ne comprit la réaction de leur professeur de potions, jusqu'à ce qu'une majorité d'entre elles se tournent vers Hermione qui clignait des paupières, n'osant penser qu'il lui adressait la parole à elle.
« Quoi ? finit-elle par demander, perdue.
_ Quel type de sortilège cette foutue tête de Miss Je Sais Tout a encore appris, de la magie noire ? »
Snape s'avança vers Hermione avec vivacité alors que du regard de la jeune femme transpirait d'une peur manifeste. Elle recula un peu lorsqu'il arriva devant elle avec agressivité.
« Je vous assure, professeur, je suis ici depuis, depuis cet après midi, bafouilla-t-elle.
_ Mensonge. Vous vous êtes incrustée chez moi, vous le savez très bien ! »
Le regard de la jeune femme s'arrondit d'effroi. Elle nia alors de la tête, quelque peu terrorisé. C'était que Snape n'était jamais entré là, et n'avait jamais encore affiché autant de rage lui semblait-il.
« Miss Granger ! s'égosilla Snape.
_ Professeur ! intervint Parvati avec courage. Professeur, Hermione vous dit la vérité. Nous étudions ici depuis la fin des cours. Nous avons mangé dans la grande salle à 19h et depuis, nous rédigeons le devoir demandé par le professeur Flitwick. »
Snape plissa les yeux avant de prendre une longue inspiration. D'un informulé, il marqua discrètement la paume de la jeune femme avant de s'en aller, sans explication, et encore moins la moindre excuse. Avec une vitesse encore plus intense qu'à l'aller, l'homme sortit de la salle commune des Gryffondor et descendit cette fois les escaliers deux par deux, jusqu'aux cachots. Il ouvrit la porte de son bureau avec une force encore plus intense, avant de faire face… à Hermione Granger. Encore.
Cette fois, il ne formula pas une phrase ni même un seul mot. En deux enjambés, le sorcier était arrivé à la hauteur de la Gryffondor et prit sa paume de main.
Aucune marque n'était visible. Le potionniste cligna des paupières, éberlué. Et enfin, il remarqua l'accoutrement de la jeune femme. Elle portait ce gilet chaud grisâtre ainsi que'un foulard pourpre et un jean noir, rien à voir avec son uniforme scolaire en somme. Il aurait du le remarquer… mais il n'avait pas voulu. C'était trop… trop dingue !
« Qui êtes vous exactement ? souffla Snape, avec méfiance.
_ Je suis Hermione, rien n'a changé depuis cette époque. »
Il n'était pas prêt, elle le sentait. Si elle lui dévoilait toute l'histoire, il allait la rejeter, tout nier en bloc et exploser en plein vol.
Hermione prit une profonde inspiration. Elle n'osa repousser la main de son professeur et intérieurement, savourait cet instant avec délice. Néanmoins, elle savait qu'il était juste perdue dans ses pensées, et non en train de la toucher avec affection.
Et en effet, à cet instant, Snape se demandait bien comment diable il allait pouvoir conjuguer avec Drago, Dumbledore, Voldemort et maintenant elle. Bon sang, mais comment faisait-il pour tenir encore debout ?
Hermione ne put s'empêcher de serrer ses doigts contre ceux de son professeur, c'est alors qu'il réalisa qu'il avait sa main dans la sienne depuis tout ce temps. Par réflexe, par pudeur, il chercha à la retirer, mais elle ne le laissa pas faire et le retint d'une poigne plus forte.
« Non. S'il vous plait, ne partez pas. »
Peu habitué à ce genre de réaction, Snape fronça les sourcils d'un drôle d'air.
« J'ai l'impression que vous devriez retourner dans votre réalité Miss Granger, lâcha l'homme, suspicieux.
_ C'est… c'est impossible, affirma-t-elle. Mon monde est trop horrible.
_ Oserais-je demander ce qui a bien pu se passer pour que vous ne vouliez pas lâcher ma main présentement, répondit le potionniste en levant un sourcil. »
Tu es mort, et je ne le supporte pas. Tu es mort et je devais te rejoindre.
Malgré cela, Hermione resta silencieuse. Elle se secoua la tête avant de lâcher brutalement sa prise, et Snape s'empressa de reprendre ce qui lui appartenait, frottant machinalement cette paume que peu de gens touchait.
« Excusez-moi, souffla-t-elle, gênée.
_ Vous ne pouvez pas rester là. Il y a déjà une Miss Granger dans ce monde, et elle est assez insupportable comme ça pour en rajouter une autre.
_ Oh je vous en prie professeur, réalisa soudain Hermione avec supplication, j'ai vu la guerre, j'ai assisté à des événements, je peux vous aider.
_ J'en doute.
_ Je vous assure. Je sais pertinemment que vous menez vos missions à bien seul et que Dumbledore ne vous est guère d'une grande aide. Si tout se passe comme je l'ai vécu, il a du enfiler une bague ensorcelé qui vient de le condamner à mort. »
Snape arrondit le regard, stupéfait qu'elle soit au courant de cela également.
« Comment vous…
_ Il me la dit. Il me la dit avant de disparaître. Mais il n'est pas mort de cet enchantement, il a été retrouvé en bas de la tour d'astronomie. »
_ Il a été tué ? demanda-t-il.
_ Oui, son meurtre a été revendiqué par les mangemorts. Mais personne ne connait le coupable dans ma réalité. Enfin, maintenant que j'ai assisté à cette scène de tout à l'heure, je suppose que c'est Drago. »
Snape afficha une mine encore plus ennuyée.
« Mais vous n'aviez pas honoré ce rendez-vous de tout à l'heure dans mon monde, c'est cela la différence. C'est pour cela que Drago a du le tuer, vous ne le protégiez pas à ce moment précis. A la place, vous m'avez donné une retenue et nous avons eu un accident de potions. Autant dire que vous aviez d'autres chats à fouetter.
_ Un accident ?
_ C'est une longue histoire, abrégea la jeune femme, mal à l'aise. Dans tous les cas, il se passe des événements majeurs par la suite que je souhaite éviter, d'où la raison de ma présence. »
Snape prit une profonde inspiration avant de laisser tomber son regard dans le vide. Un silence s'en suivit durant lequel l'homme sembla emmagasiner les informations que venait de lui fournir la jeune femme, et elle… en profitait pour le contempler de nouveau.
Dire qu'il était là, vivant devant elle, en chair et en os… mais si inaccessible à la fois. C'était à la fois une joie intense, et une peine immense que d'être en sa présence sans qu'il ne se souvienne de quoique ce soit. Il était Severus Snape… mais pas vraiment son Severus Snape.
Quelle étrange sensation.
« Réalisez-vous que compte tenu des choix différents qui ont été fait ici, ce que vous cherchez à éviter ne se produira peut-être jamais ?
_ Je… hésita la jeune femme, prise à son propre piège. »
Elle ne pouvait tout de même pas lui dire qu'elle était venue ici pour lui, et uniquement pour lui ! Finalement, elle ignorait ce qu'elle allait faire à présent, elle n'y avait pas franchement songé. Seule l'idée de le revoir vivant l'avait animé, et elle avait même pensé naïvement qu'elle aurait pu le ramener avec elle ? A bien y réfléchir, ce n'était guère une bonne idée. Il appartenait à ce monde, et de toute façon, elle ne savait même pas comment faire machine arrière.
« C'est possible, finit-elle par répondre. Mais je préfère être prudente. Je ne reviendrais pas chez moi tant que je ne serais pas assurée d'avoir évité cet événement.
_ Évènement dont vous ne m'avez toujours pas donné la nature.
_ Je… je préfère ne pas vous le dire. Ça pourrait compliquer mon retour, mentit-elle.
_ Et en quoi me fournir ces informations vous empêcherez de revenir dans votre réalité ? Je connais les retourneurs de temps et leur système, j'ai d'ailleurs été totalement contre lorsque le professeur McGonagall a eu la bêtise de vous en fournir un, souleva-t-il. Il vous suffit de vous rendre à l'endroit où vous l'avez activé.
_ Je sais, mais je vous répète que ce n'est pas possible.
_ Parce que vous avez eu le malheur de le trifouiller ?
_Comment…
_ Je ne suis pas bête vous savez, la coupa-t-il. Un objet pareil n'est censé remonter le temps que de 5 heures tout au plus, et vous me paraissez avoir pris au moins deux ans. »
Deux ans ?
Hermione fronça les sourcils avant de se lever et de se diriger calmement vers un miroir. Ce qu'elle vit alors lui cloua un peu le bec.
Elle avait 19 ans à son départ, soit juste 6 mois de plus. Alors pourquoi paraissait-elle en effet, avoir dépassé la vingtaine présentement ?
Sans doute un effet secondaire de sa fabrication.
« Oui, finit-elle par souffler, tentant de ne pas prêter attention à cela. Entre autre. Son fonctionnement diffère désormais. »
Et ce n'était rien de le dire.
Elle avait mélangé cette fichue pierre de résurrection avec le sable de ce retourneur, tout ceci enfermé dans la montre de Snape qu'elle cacha tant bien que mal derrière ses manches longues. Ainsi, l'objet était magiquement relié à son professeur.
Hermione n'avait pas choisi ce mécanisme au hasard, de même que son fonctionnement. L'idée était qu'elle puisse rejoindre Snape, quelque part, peu importe où, et qu'il soit vivant. Elle avait naïvement pensé le faire revenir d'entre les morts, mais avait émit la possibilité de se retrouver également dans une autre dimension, et c'était ce qu'il s'était vraisemblablement passé aujourd'hui.
La vie était faite de choix, et si Snape ne lui avait pas collé cette retenue… alors il se serait rendu à ce rendez-vous avec la mère de Narcissa. Que lui réservait donc l'avenir dans ce cas de figure ? Elle n'en savait rien. Mais il était hors de question qu'il meurt dans cette réalité, comme dans toutes les autres d'ailleurs. Car sa mort était une erreur, une simple et regrettable erreur à corriger !
« Comment allons-nous faire ? réalisa-t-elle soudain avec effroi. Merlin, je ne peux pas revenir à Poudlard, mon double y est encore !
_ Il n'y a aucun « nous », Granger, trancha Snape. Vous avez voulu faire ce voyage ? Grand bien m'en fasse mais ne m'embarquez pas dans cette folie !
_ Ce n'est pas une folie, gronda-t-elle. Si vous ne le faites pas pour m'aider, faites le pour avoir une légère longueur d'avance sur la suite des événements.
_ Nous ignorons si tout se déroulera comme vous le prédirez, trancha Snape.
_ On peut bien tenter de l'anticiper avec les conjonctures que j'ai en ma connaissance. »
Snape soupira. Il se mit alors à réfléchir à toute vitesse, les mains jointes devant lui et le regard fixé sur ses tas de fioles.
« Bien. »
Hermione sursauta. Vraiment ? Il venait vraiment d'accepter de l'aider ? Elle n'en croyait pas ses oreilles ! Le professeur vit les traits de la jeune femme se muer en une sorte d'excitation, de joie contenue, et il la stoppa avant toute effusion.
« Ne vous emballez pas. Je ne fais ça que pour faciliter la mission que m'a donné Albus.
_ Je sais, lâcha la Gryffondor, ravie. »
Snape se secoua la tête tout en levant les yeux au ciel.
« Vous ne pouvez malheureusement pas crécher chez moi. Ce foutu Queudver a été assigné à ma résidence par le seigneur des ténèbres sous les conseils « avisés » de Bellatrix qui ne cesse de douter de mon allégeance.
_ Etrange, c'est un détail qui n'a pas eu lieu dans ma réalité.
_ Et comment diable pouvez-vous savoir ça ?
_ Oh je connais l'impasse du tisseur, lâcha Hermione avec négligence. »
Snape grogna.
Il n'y comprenait trop rien. Pourquoi et comment diable Hermione Granger pourrait-elle connaître son domicile exactement ? Personne n'était autorisé à s'y rendre sans son aval.
« Le mot de passe de vos quartiers est toujours le même ?
_ C'est-à-dire, grommela-t-il.
_ « Facto no Verba » »
Snape se prit la tête entre les mains avant de tenter de cacher sa stupeur. Mais impossible, ses sourcils venaient de se lever alors qu'il manqua une aspiration d'effroi.
« Quoi ? demanda Hermione en levant les épaules.
_ Rien, abrégea-t-il. Oui, c'est toujours celui-ci.
_ Alors je pourrais y rester ? Qu'en pensez-vous ?
_ Non. »
Snape lui fit alors dos, et se mit à réfléchir encore et toujours.
« Retournez chez vos parents.
_ Oh oui, super idée, comme ça mon double les contactera depuis Poudlard, ils devineront la supercherie et dieu seul sait ce qu'il m'arrivera par la suite.
_ Dans ce cas, faites comme les gens normaux et prenez vous un appartement, s'emballa Snape.
_ Les gens normaux ne sont pas connus comme étant l'amie la plus proche du survivant, les gens normaux ne sont pas tous des sorciers nés de parents moldus sans un sous en poche et viennent encore moins d'un monde parralléle !
_ Travaillez.
_ Où ? Avec quel compétence, quel diplôme, quels papiers ? Aux yeux du Ministère et de l'administration, je suis encore étudiante à Poudlard, je n'ai donc pas la possibilité de travailler à temps plein quelque part.
_ Très bien, allez dans mes quartiers dans ce cas, explosa le sorcier. Vous et votre proportion à vous imposer dans l'existence d'autrui ! »
La remarque blessa Hermione, mais elle n'en montra presque rien. La jeune femme baissa les yeux vers le sol le temps d'une ou deux secondes, avant de se reprendre.
C'était Snape, il avait toujours été comme ça. Il l'avait été avec elle, elle l'avait simplement oublié, après l'incident de potion et tout le foutoir que cela avait occasionné dans sa tête. Mais il portait un masque, elle le savait. Il n'était pas vraiment infect… Enfin. Si, il l'était, mais cela n'induisait aucune méchanceté de sa part.
« Je ne vous importunerais pas, murmura-t-elle.
_ Vous le faites déjà. Maintenant, allez-y, vous devriez connaître le chemin, siffla-t-il. »
C'était son réflexe de défense, quelque chose de primaire, elle le savait, et lui aussi. La perspective de partager son intimité ne l'enchantait guère car elle lui provoquait dans le fond, une horrible angoisse. Même s'il s'agissait d'Hermione Granger, de cette miss je-sais-tout toujours prête à défendre la veuve et l'orphelin, même si ce n'était pas « vraiment » elle, il ne pouvait s'empêcher d'être anxieux.
Il courrait désormais de plus gros risques encore, tout bonnement car elle était née moldu et trop proche de Potter pour que quiconque n'apprenne un jour qu'il puisse la protéger directement. Et si quiconque les croisait ? Et si quelqu'un finissait par la trouver dans ses quartiers, que pourrait-on bien en conclure ?!
Snape suivait la jeune femme dans les couloirs avec une vigilance niveau alerte maximum. Mais fort heureusement, personne ne les croisa, et ne put donc les voir monter ensemble vers l'alcôve menant à ses quartiers.
Lorsqu'elle retrouva ces lieux plein de vie, de chaleur, ses meubles, Hermione eut un sourire de tendresse. Tout ce qu'elle avait traversé venait de s'effacer, enfin.
« Où est-ce que je vais dormir ?
_ Parce que vous croyez que j'ai une chambre d'ami dans cet espace ?
_ Encore faudrait-il que vous en ayez. »
Snape fusilla la jeune femme du regard.
« Je plaisante, marmonna-t-elle.
_ 10 points en moins pour Gryffondor.
_ Vous êtes sérieux ?
_ Parce que vous croyez que changer de dimension vous en exempt ? »
Hermione leva les sourcils, puis ne put s'empêcher de pouffer un peu. D'un mouvement de baguette, le canapé s'étendit un peu. C'était sommaire, et la jeune femme songea qu'il aurait été bien naïf de penser qu'il lui aurait laissé emprunter sa chambre.
« Bien, maintenant, vous allez tout me raconter, lâcha Snape en ôtant sa cape.
_ Tout ? bégaya-t-elle.
_ Oui, tout, concernant la guerre, concernant les mangemorts, les rafleurs, l'organisation de Voldemort et le reste. »
La jeune femme déglutit. Elle avait voulu l'aider ? Elle était servie…
