Chapitre 6.

Hermione était en train d'arroser ses plantes.

Oui, « ses » plantes. C'était que pour l'éviter, Snape avait décidé de lui en ramener une par jour, et son appartement commençait à être un peu trop envahi de verdure.

Elle mettait tant de temps à s'en occuper le soir qu'il arrivait à s'éclipser après leur partie d'échec quotidienne.

« Quel sale petit Serpentard, songea-t-elle. »

Et elle le soupçonnait de jeter des petits sorts d'extension sur ce qu'il lui ramenait en plus. Ces trucs poussaient à une allure terrifiante ! Elle avait peut-être la main verte, mais il ne fallait pas exagérer. Dire qu'en plus, il avait fait l'exploit de trouver un bonsaï, elle mettait alors au moins une demi heure chaque soir pour le tailler.

Mais elle n'allait clairement pas le laisser s'en sortir comme ça. Ce soir, il ne se défilerait pas !

Alors, quand elle entendit la porte s'ouvrir, Hermione pencha la tête dans le vide pour le regarder depuis le sofa.

« J'ai faim, lança-t-elle.

_ Bonjour, gronda-t-il en plissant les yeux vers elle.

_ Oh, vous me dites bonjour maintenant ? »

Le sorcier prit une profonde inspiration et préféra ne pas répondre. Lorsqu'il se retourna une fois sa cape mise sur le porte manteau, il vit qu'elle venait de se lever et de se tenir face à lui.

« Bonjour, lui glissa-t-elle. »

Elle eut droit à un grognement en guise de réponse, et Hermione fut tenter d'en rire de nouveau. Le sorcier se dirigea, comme à son habitude vers la table afin d'y déposer le paquet habituel, mais Hermione se hissa jusque dans son dos, et posa son menton sur son épaule. Elle le sentit alors se tendre de stress.

« Détendez-vous, lui chuchota-t-elle. Vous ne m'avez même pas répondu tout à l'heure.

_ En toute franchise, je ne me souviens plus. Albus et Minerva s'y sont mis ensembles pour me casser les pieds afin de creuser sur pourquoi je ne mange plus à leur table depuis quelques semaines. Et comme vous me tapez des crises d'angoisse à la moindre minute de retard, murmura-t-il. Et sans parler de Drago Malefoy qui me rend la vie impossible. »

Hermione passa sa main sur le dos du maître des potions, jusqu'à son épaule alors que celui-ci pressa ses doigts entre ses yeux, fatigué.

« Vous êtes stressé, dicta-t-elle en posant sa seconde main sur l'autre épaule, exerçant une pression salvatrice de ses doigts sur la nuque du potionniste qui soupira d'aise.

_ Ça fait 20 ans que je suis stressé, souffla-t-il.

_ Et 20 ans que vous avez mal au dos, oui, je sais. »

Snape soupira de nouveau en fermant les paupières.

« Comment est-ce que vous faites ça ? lui demanda-t-il en sentant la douleur habituelle qui lui irradiait les omoplates se calmer.

_ C'est vous qui me l'avez montré, lui répondit-elle avec malice. Tout comme je me suis rendue compte dans mon monde, que vous aviez besoin de vous nourrir, de dormir, et de vous reposer.

_ Hé bien moi, je n'ai pas le temps pour ça.

_ C'est peut-être pour ça que je suis là, lui murmura-t-elle au creux de l'oreille. »

Il tenta bien de lutter, mais son corps lui dictait de faire tout l'inverse.

Cette fichue Granger, et ces habitudes de se coucher tôt, de manger ses repas et de se détendre avaient eu le don de lui faire baisser la garde. Et quelque part, cela l'effrayait. Il avait peur de ne pas être assez efficace en se sentant si ramolli.

« Nous devrions peut-être manger, marmonna-t-il en sentant sa gorge se serrer.

_ Vous avez raison, acquiesça-t-elle avant de remettre son menton sur l'épaule du potionniste qui jura dans sa tête qu'elle allait finir par le tuer. Vous m'avez ramené du chocolat ?

_ Ce n'était pas prévu au programme, mais je crois avoir été un peu trop insistant auprès du petit personnel pour qu'il me refuse cette faveur.

_ Severus, gronda la jeune femme. Vous savez bien que ces elfes se font déjà assez exploités comme ça !

_ Et je sais ce que donne une Hermione en manque de sucre. La survie avant l'éthique. »

La jeune femme finit par se détacher du dos du professeur de potions qui frissonna de froid, ainsi que d'autre chose auquel il ne préféra pas penser. A la place d'aller à sa place habituelle, elle alluma les dizaines de bougies qui traînaient sur les meubles en bois de ses quartiers. De toute façon, ils étaient déjà tâchés de cire fondue. Pourquoi diable n'utilisait-il pas de bougies magiques ? C'était un grand mystère.

« Vous imaginez si vos élèves apprenaient qu'on déjeune ensemble tous les midis et tous les soirs, en tête à tête ? ricana Hermione. »

Snape leva les yeux au ciel.

« Je suppose que Ronald Weasley me frapperait violemment. Ce gamin en pince pour vous, vous savez ?

_ Sauf qu'on se fiche de leurs avis, non ? »

Snape leva un sourcil lorsqu'elle prit place en face de lui. Sans plus de cérémonie, Hermione parcourut les plats autour d'elle et sembla ravie de ce qui était présenté sur la table. Alors, cela le fit un peu sourire, il ignorait pourquoi.

« Oui, je suppose.

_ Et puis, ils ont leur Hermione et vous m'avez, moi.

_ Oh, mais ils diront sans doute que je vous ai ensorcelé, glissa-t-il en pianotant ses mains dans le vide. Et qu'est-ce que cette Hermione justement en penserait vous croyez ? »

La jeune femme prit une profonde inspiration, et considéra la question que venait de lui poser Severus Snape avait grand interêt.

Qu'aurait-elle bien pu penser à l'époque si une chose pareille lui était arrivé ? Si elle avait appris d'une façon ou d'une autre que son autre moi prenait du bon temps en compagnie de la redoutée chauve souris des cachots ?

Enfin… « Bon temps », façon de parler.

« Je suppose que j'aurais été tout d'abord plutôt terrifiée.

_ Guère surprenant, targua Snape en avalant un morceau de boeuf mariné.

_ Puis, j'aurais tout fait pour essayer de comprendre, cela va de soit. »

Snape haussa les épaules.

« Je crois que j'aurais été plus étonnée et curieuse qu'autre chose à bien y réfléchir. Et vous ?

_ Comment ça, moi ?

_ Si on vous avez dit que nous cohabiterions de la sorte il y a quelques mois, comment auriez-vous réagi ?

_ Mal. Je me serais mise dans une colère noire.

_ Oh, considéra Hermione, un peu déçue.

_ Je déteste qu'on s'immisce dans mon intimité.

_ Personne ne l'a encore fait ? »

Snape prit une profonde inspiration avant de plisser les yeux. Depuis quand pouvaient-ils aborder ce genre de sujet si intime ensemble au juste ?

« … Non, finit-il par dire sur un ton faible.

_ Je comprends vous savez ? Parfois, j'aimerai tellement être seule, apprécier un espèce d'exil temporaire, loin de toute interaction sociale, soupira-t-elle.

_ Le mien n'est justement pas temporaire Miss Granger, et vous en vivez déjà un. »

Il l'avait appelé Miss Granger, c'était mauvais signe.

« Excusez-moi, finit-elle par soupirer. Peut-être que ce que je viens de dire est un peu… un peu maladroit. Je voulais simplement dire que ce n'était pas une tare.

_ Je pensez m'apprendre quelque chose ?

_ Ce qui est défaut néanmoins, c'est que vous n'utilisez pas ce temps pour vous détendre, appuya-t-elle.

_ Et qu'est-ce que vous en savez au juste ?

_ J'ai été dans votre corps, et je peux vous affirmer que vous êtes très tendu.

_ Ce n'est pas très égalitaire votre histoire, marmonna le potionniste. Avez-vous songé que votre côté supérieur pouvez fortement m'agacer sur ce terrain ? »

Hermione leva les yeux au ciel. Elle avait terminé son repas, et s'affala alors dans son siège, croisant les bras sous sa poitrine avant d'adopter une posture plus détendue.

« Bien, que voulez-vous savoir sur moi dans ce cas ?

_ J'en sais déjà bien assez, se targua-t-il.

_ A savoir ?

_ A savoir que vous passez votre temps devant des plantes ou un livre, que vous aimez le calme, l'odeur des parchemins, écrire, lire, étudier, apprendre.

_ Je ne vois aucun maux là dedans.

_ Vous avez aussi des migraines, souleva-t-il.

_ Comment vous le savez ? sursauta la jeune femme avec surprise.

_ Je suis plus observateur que ce que vous pouvez sans doute imaginer. »

Hermione rougit en remuant sur place.

L'idée qu'il puisse la regarder sans qu'elle ne s'en rende compte la mettait dans un drôle d'état. Elle ne le savait pas capable d'une telle chose.

Dans son précédent monde, tout avait été si vite, tout avait été si… évident et fortuit à la fois. Les évènements étaient arrivés par la force des choses, comme si le destin les avait poussé dans les bras l'un de l'autre en quelque sorte.

« Si vous voulez mon avis Hermione, vous avez autant besoin de vous relaxer que moi, conclut-il. Connaissez-vous l'expression « l'hôpital qui se fout de la charité » ?

_ Je n'ai pas le temps pour ça.

_ Vous plaisantez ? sourit-il d'un rictus moqueur. Vous êtes ici toute la journée.

_ Bien, dans ce cas, jouons. »

Hermione se leva afin de sortir le jeu d'échec qu'ils sortaient maintenant presque tous les soirs.

« Très bien, que voulez-vous jouer ? Un laisser-passer sur la baignoire durant une semaine toute entière ?

_ Un massage. »

Snape resta impassible cette fois, mais intérieurement, tout se bousculait sans doute dans sa tête. Hermione pouvait le voir dans ses pupilles pourtant inexpressives.

Elle s'attendait à ce qu'il refuse. C'était l'issu la plus logique, et elle avait même dit ça par pure provocation. Mais Snape disposa les pièces devant lui d'un air défiant.

Alors, Hermione leva un sourcil mi amusé, mi incrédule, et manqua un rire nerveux en disposant les pièces devant elle.

Sans un mot, ils se mirent ainsi à jouer cette partie d'échec, sans doute la plus étrange qu'ils n'auront jamais faites. Même la version sorcier n'avait aucune équivalence à cela. Snape lançait de fréquents coup d'oeil paraissant fortement amusé par cette situation incongrue. Il régnait une drôle d'ambiance dans ces quartiers, un mélange de méninges échauffés, de crainte et d'attente à la fois.

Le suspens était littéralement à son comble, et Hermione songea que la partie n'avait jamais été si serrée. Snape voyait bien qu'elle faisait tout pour forcer son roi à quitter son abri afin qu'il le positionne au centre du plateau, mais chaque fois, il déjouait ses plans avec une facilité déconcertante. Hermione finit par soupirer de dépit, lâchant ses bras qui baillèrent dans le vide.

« Vous êtes sérieux ? gronda-t-elle. »

Hermione serra les dents face à son air supérieur… mais elle vit une brèche, minuscule et faible fissure dans son jeu dans laquelle elle s'engouffra. Alors, la tête que tira Snape valut tous les gallions des coffres de Gringott's.

En à peine deux coups, elle lui assena un échec cuisant.

Le visage de Snape se vida pour afficher une teinte d'une pâleur maladive.

« Echec et mat, se targua-t-elle avec fierté.

_ Vous avez triché ! accusa-t-il.

_ Prouvez-le, lui souffla-t-elle. »

Snape grogna. Il se leva d'un pas si vif que sa chaise grinça désagréablement et il se posta derrière elle.

« Hey ! protesta-t-elle. Je veux un massage, un vrai !

_ Et qu'est-ce que c'est, un « vrai massage » selon votre esprit de Miss Je Sais Tout ?

_ Pas sur une chaise en bois en tout cas, se targua-t-elle.

_ Oh et que proposez-vous ? Mon lit peut-être ?

_ Excellente idée ! »

Le sorcier prit une profonde inspiration qu'il bloqua dans sa poitrine. Mais la Gryffondor qu'elle était ne se laissa pas décontenancée.

Dire qu'elle ne se jouait pas de lui serait mentir. Bien sûr, elle faisait tout cela exprès pour le déstabiliser, mais ce n'était qu'un divertissement dans le fond. Après tout, si elle ne le poussait pas un peu, elle finirait par décrépir d'ennui ici !

Snape n'avait de cesse de rester si froid et si distant avec elle. Dans sa réalité, il y avait eu l'accident, et sans cela, jamais il n'aurait pris la peine de la connaître profondément, plus qu'à travers des plantes et des copies corrigées. Quant à son attirance physique, hé bien…

Comment il l'avait dit lui-même, leur réalité comportait de sacrés différences. Bon. Elle doutait un peu de cela, il avait eu plusieurs réactions si étranges. Mais ce ne serait toujours que physique et elle… elle voulait plus. Or, jamais cela ne pourrait se produire.

Snape avait des principes.

Cela ne l'empêchait néanmoins pas de s'amuser de cela, mais Hermione se l'était formellement dicté : ça s'arrêterait là, jusqu'au moment où elle serait sure qu'il serait bel et bien en sécurité. Autant dire, jamais.

Elle avait eu du mal à se faire à l'idée que sa relation avec lui resterait de l'ordre du cordial, ou de la taquinerie tout au plus. Mais c'était mieux que rien.

Le sorcier suivit la jeune femme du regard, elle qui se dirigeait jusqu'à sa chambre à coucher. Dans quoi l'embarquait-elle encore ? Cette maudite Gryffondor était une sorcière dangereuse, une femme qui l'éloignait de sa mission, qui commençait à lui donner goût au confort et qui attisait cet attrait pour l'interdit qu'il avait toujours nourri. Oh seigneur, s'il avait su, jamais il n'aurais accepté qu'elle emménage ici !

Alors, il grogna avant de la suivre jusqu'à la pièce. Hermione s'assise sur le matelas, pensive. La dernière fois qu'elle était venue ici, elle avait pleuré toutes les larmes de son corps dans ces draps.

D'un regard timide, elle leva la tête vers lui qui se tenait juste devant elle, penchant la tête, comme tentant de déchiffrer l'énigme qu'elle représentait. En le voyant là, elle eut un léger sourire et ôta son pull pour ne laisser apparaître que son fameux débardeur blanc et, il le remarqua seulement maintenant, un peu transparent sous la lumière des bougies.

C'est alors que l'air devint doucement lourd autour d'eux. Tacitement, le sortir prit place à côté d'elle, remarquant que c'était étrange de se tenir dans cette posture, lui qui avait prit l'habitude de l'avoir sans cesse en face de lui, en cours comme ailleurs.

« Vous vous démontez, lui souffla-t-il au creux de l'oreille d'un ton malin.

_ Jamais je ne me démonte, professeur, lâcha la jeune femme, insistant sur ce dernier mot. »

Snape frissonna devant les yeux de la jeune femme, déterminée qui se recula plus loin avant de balancer ses cheveux sur le côté et de s'allonger sur le ventre. Hermione ferma alors les paupières, anticipante qu'elle ressentirait quand il s'en irait, la laissant là après avoir claquer la porte derrière lui. Elle eut alors un léger sursaut lorsqu'une main, grande et chaude se posa près de sa nuque. Et, malgré la chaleur, il put voir cette chair de poule envahir la peau de ses bras.

« Vous avez froid ? lui demanda-t-il d'un air concerné, cette fois.

_ Un peu. »

Il n'en était rien : Hermione bouillonnait littéralement de l'intérieur.

« C'est qu'il n'est pas très conscient de votre part de vous balader dans une tenue pareille en plein mois de novembre vous savez ? »

Le sorcier descendit sa paume le long de la colonne de la jeune femme et, malgré le vêtement au dessus duquel il passait sa main, elle pouvait en sortir toute la chaleur ainsi que l'implication dans ses gestes.

« C'est que je ne sors pas d'ici, et que vous êtes si frileux qu'il fait plus de 23 degrés dans vos appartements.

_ Certes, acquiesça-t-il.

_ Vous savez que si vous daigniez manger plus, alors…

_ Oh je vous en prie, souffla-t-il, on croirait entendre Molly Weasley. »

Hermione pouffa un peu avant de cacher sa tête entre ses mains.

« C'est vrai, souffla-t-elle. J'étais en cavale avec Ron et Harry avant de vous retrouver ici, et je sais comment notre corps réagit face à la faim.

_ Comment était-ce ? lui demanda-t-il.

_ La chasse aux horcruxes ? »

Snape acquiesça sans pour autant stopper ses gestes sur elle et Hermione le vit du coin de l'oeil alors qu'elle venait de tourner la tête.

Elle n'avait pas encore abordé ce sujet délicat avec lui.

« C'était… difficile. Je me suis disputée avec Harry parce que je trouvais que nous n'avancions pas. Nous avons trouvé des Horcruxes… mais nous ignorions comment les détruire.

_ En toute franchise, je crois que Albus l'ignore. Mais… nous pourrions faire des recherches et vous aider quand viendra l'heure pour votre double de s'atteler à cette mission. »

A son tour, Hermione hocha de la tête.

« C'est une bonne idée, lui murmura-t-elle.

_ Cela ne réponds toutefois pas à ma question… Comment était-ce ? réitéra-t-il comme un vieux disque rayé.

_ Difficile. Moralement difficile, et physiquement éprouvant. J'ai beaucoup couru, beaucoup pleuré aussi, et fait des choses… que je ne me pensais pas capable de faire, lâcha-t-elle avec honte.

_ C'est-à-dire ? creusa-t-il, soulagé enfin d'en apprendre d'avantage.

_ Je… Je ne sais pas si je peux vous en parler, hésita-t-elle.

_ Peut-être évoquez vous de la création de ce retourneur de temps dont le fonctionnement me semble assez peu naturel, si vous voulez mon avis.

_ « Naturel ? » Nous vivons dans le monde des sorciers voyons.

_ Même la magie comporte ses règles, Miss Granger. »

Hermione haussa les épaules, mais les mains du potionniste s'y pressèrent, et lorsqu'il pressa ses pouces contre sa nuque, elle manqua un soupir d'aise.

« Vous parliez néanmoins de choses au pluriel.

_ Rien ne vous échappe à vous, ricana-t-elle jaune.

_ Je suis certain que vous ne devez rien avoir fait de si… horrible. »

Hermione ferma les yeux, revoyant le visage de Ron abimé par la tristesse, la douleur et la peur, là, contre ce grillage, à l'endroit exact où elle l'avait éjecté, où il était encore peut-être… dans un autre monde.

« Vous ne savez pas, nia-t-elle. Vous n'imaginez pas.

_ Oh croyez-moi, je sais mieux que quiconque jusqu'où ce genre de guerre peut mener un être humain.

_ Et si je vous parlais de meurtre ? »

Snape frissonna, ralentissant ses mouvements.

« Et si je vous disais que je l'ai fais, murmura-t-elle, le menton posé sur ses mains, le regard droit devant elle, l'air hagard et terrifié à la fois. »

Snape se stoppa alors dans son massage, interdit.

« Si je vous disais que j'ai tué, souffla-t-elle. Plusieurs fois.

_ Je vous répondrais que je n'y crois pas, murmura-t-il.

_ Pourtant, c'est… »

Hermione posa alors son front contre le plat de ses mains et se mit à pleurer silencieusement. Snape, penché alors sur elle, n'en croyait pas ses oreilles.

Non… Il y avait forcément une erreur.

Il connaissait Hermione Granger, cette jeune femme était la bonté incarnée. Enfin, il entendait encore les elfes venir se plaindre à Dumbledore de tous les morceaux de chaussettes qu'elle avait disséminé dans l'école une année pour les libérer de force ! Il la revoyait, interpellant tout le monde à propos de cette histoire de S.A.L.E, levant la main avec frénésie à chacune de ses questions à un point où il avait envie de la tuer. Il la revoyait, cet après midi, sourire à Luna et écouter avec une politesse un peu trop extrême les trucs complètement fous que racontait cette fille des Serdaigles.

« Il doit y avoir une erreur.

_ Il n'y a pas d'erreur, s'emporta-t-elle.

_ Moi j'ai tué ! Mais vous, vous en êtes incapable, perdit-il patience à son tour. Vous vous trompez.

_ J'ignore s'il est mort, mais ce qui est sur c'est que j'ai condamné beaucoup trop de gens par mes bêtises !

_ Des « bêtises » ? Vous ?

_ Oui, moi ! »

Hermione finit par s'agacer pour de bon. Elle se retourna, et par la force des choses, Snape se retrouva à califourchon sur elle, assez en colère pour ne rien remarquer.

« Je ne pensais pas que ce massage finirait en séance de thérapie.

_ Je ne pensais pas vous massez tout court ce soir, finit-il par balancer.

_ Hé bien, sachez que vous n'êtes absolument pas doué pour détendre les gens.

_ Je n'ai jamais eu cette prétention. »

Hermione grogna, cherchant à se lever pour s'en aller. Mais il ne la laissa pas faire et serra ses cuisses autour d'elle d'une prise ferme.

« A quoi vous jouez ?

_ Aux devinettes. Qui avez-vous tué ?

_ Ron. C'est… C'est Ron.

_ Quoi ? Mais voyons…

_ Je l'ai envoyé dans les airs parce que j'ai entendu un bruit derrière moi, je me croyais suivi par un sorcier malfaisant. Il… Une barre de fer lui a transpercé l'abdomen. »

Hermione détourna le regard, honteuse, devant un Snape totalement hagard.

« C'était un accident, finit-il par conclure, catégorique.

_ Si j'étais restée avec eux, rien de tout cela ne serait arrivé. Et si je n'avais pas parlé avec Neville, nous n'aurions pas été brouillé, il ne se serait peut-être rien passé, et… et s'il n'y avait pas eu cet accident de potions, alors…

_ Est-il mort de ses blessures ? finit-il par la couper sans rien comprendre.

_ Je n'en sais rien, avoua-t-elle. Je suis partie avant, je ne pouvais pas rester. »

Hermione baissa enfin les yeux. « Lâche, songea-t-elle pour elle-même. »

Elle se sentait si… si immonde, si méprisable. Elle ne valait guère mieux que Queudver quelque part.

« Vous ne pouvez pas vivre avec des « si ».

_ Pourquoi serais-je là si je ne vivais pas pour eux au juste ? »

Touché, songea Snape sombrement.

« Je suis certain qu'il n'est pas mort, souffla-t-il.

_ Qu'est-ce que vous en savez ?

_ Rien. Je n'en sais rien, et je crois que nous ne saurons jamais. Tout ce que je sais, ici et maintenant, c'est que le parchemin de ce fichu rouquin repose dans ma besace et qu'il doit être en train de taper sa meilleure sieste dans son plumard au fin fond de son dortoir, dans l'ignorance totale qu'il s'apprête à recevoir son troisième T depuis le début de l'année. »

Hermione sourit, nostalgique. C'est alors que Snape réalisa enfin leur étrange position. Il déglutit, baissant ses yeux sur elle, sous lui, en train de sourire, comme nullement gêné par tout cela.

« Cette histoire de massage est la pire idée que vous ayez eu jusqu'à maintenant.

_ Je sais.

_ Vous disiez que nous devions nous détendre. Vous parlez d'un résultat. »

Hermione eut envie de lui rétorquer qu'elle connaissait d'autres moyens de se détendre, mais se retint de justesse.

« Demain, il y a la sortie à Pré-Au-Lard. Drago va essayé de balancer un collier ensorcelé à Dumbledore, mais ce sera Katie Bell qui le recevra à la place. Dans ma réalité, vous ignoriez que c'était Drago. Enfin, du moins, vous avez peut-être fait une de ne pas le savoir.

_ Je ne peux pas faire la même erreur. »

Snape soupira. Hermione sentit l'assise de Snape sur elle plus se prononcer, tandis qu'il avait son regard dans le vide, comme réfléchissant intensément à toutes les conjonctures qui se dévoilaient à lui, tant qu'il ne remarquait même pas qu'il était toujours sur elle, dans une position plus que compromettante.

« Je ferais mine de ne rien savoir non plus, mais il faudra que je suive ce garnement de près.

_ Harry vous soupçonnera.

_ Il le fait sans arrêt.

_ La carte du Maraudeur qu'il en sa possession vous trahira.

_ On se fiche de ce garçon, trancha Snape. A qui voulez-vous qu'il cafte ça, Dumbledore ? Ce vieux crouton se fiche aussi de ce genre de détail, il sait vers qui mon allégeance se porte.

_ Bien, mais sachez que par la suite, Drago fera d'autres bourdes. Ron va se faire empoisonné par un philtre d'amour, et Harry ira confronter Drago, sauf qu'il lui lancera un sort horrible.

_ Un sort, mais quel sort ?!

_ Avez-vous pu vérifier à quel point j'avais l'air chamboulée par mes cours de potions ? Enfin, mon double. »

Snape fronça les sourcils, agacé.

« Oui, c'est le cas, sauf qu'il n'y a aucun lien avec…

_ C'est à cause de Harry. Il lancera un Sectum Sempra à Drago. »

Snape arrondit le regard avant de se figer, puis de serrer les dents de rage.

« Vous plaisantez j'espère ?

_ Je crains que non…

_ Cet imbécile possède MON manuel ?! »

Hermione grimaça de plus belle.

« Je sais.

_ Alors c'est pour ça qu'il vous bat en potions ? Cet abruti triche ! Dites-moi que je rêve.

_ Ceci dit, après ça, nous avons enfin réussi à le convaincre de s'en débarrasser.

_ Ah, parce qu'en plus, il le détruit ? s'offusqua Snape.

_ En vérité, Ginny et Harry sont parti le cacher quelque part dans la Salle sur Demande.

_ Non mais quel toupet, grogna-t-il.

_ Nous irons le chercher si vous voulez.

_ Non, sans façon, balança Snape dans le vide. Ce n'est pas si important. Mais… Il utilise mes notes pour exceller dans ma matière cet incapable, et en plus, il a l'audace de vous passer devant ? Je vais me le faire.

_ Non vous ne ferez rien du tout, trancha Hermione. Sinon, il va découvrir le pot-aux-roses, et il ne confiera plus rien à personne parce qu'il comprendra que quelqu'un l'a balancé ! »

Snape grogna. Oh, il était enragé.

Il était plus en colère contre Harry Potter qu'il ne l'avait sans doute jamais été. Comment osait-il utiliser ses propres sorts pour son compte personnel ?

Ce n'est que lorsque Hermione se racla la gorge que Snape cligna des yeux. Il était encore sur elle, depuis au moins… au moins une dizaine de minutes.

« Quoi ?

_ Vous m'étouffez. Alors, soit vous faites quelque chose pour rectifier ça, soit on pourrait discuter côte à côte et non l'un sur l'autre, qu'en pensez-vous ? »

Snape ouvrit la bouche, puis la referma d'un air interdit. Il se défit alors de sa prise et finit par s'asseoir à côté d'elle… dans son lit. C'était bizarre, non ?

« L'avantage, c'est peut-être que c'est bientôt Noel, et que vous allez enfin pouvoir sortir de là.

_ Dieu soit loué, lui souffla-t-elle. »