Chapitre 12.

C'était devenu sexuel, juste sexuel, si sexuel.

Ce genre de magnétisme là ne s'expliquait pas. Outre mesure, cela aurait pu la déranger, quelque part. Il n'y avait aucun sentiment en apparence, mais elle avait l'impression que désormais, ça n'avait plus d'importance. Elle n'avait pas besoin qu'il lui prouve quoique ce soit, juste lui donner lui suffisait.

Et Dieu elle s'en contentait tant. Peut-être la prenait-il pour une folle, une fanatique, une dérangée ? Peut-être, oui. Mais il lui donnait tout, lui aussi.

Ça avait commencé ainsi, dans et sur ce bureau, et puis elle lui avait juste dit qu'elle le cherchait peu importait les mondes, que même si cela pouvait lui paraître dingue, quelque chose les liait. Et il l'avait cru.

Quelque part, il avait été bien forcé d'y croire. Hermione n'avait pas épilogué, et il avait aimé cela.

En vérité, il aimait beaucoup de choses. Son silence, ce regard noir d'un désir brut, son parfum, sa façon de ne pas lui parler comme s'il était un monstre, son intelligence qui transpirait à chacun de ses mots et surtout, ce don d'être à lui.

Snape n'avait jamais eu personne. Enfin, il y avait bien eu des femmes, avec une fascination morbide pour les sorciers comme lui, puissants, noirs. Mais elle n'était pas comme ça. Il le savait, il ne saurait expliquer pourquoi ni comment. Avec elle de toute façon, plus rien n'était cohérent, plus rien n'avait de sens. Mais il savait.

Histoire d'être certain, il avait bien fait un test afin de voir s'il n'était pas sous l'emprise d'un philtre d'amour quelconque, ou d'un sort. Ça n'avait rien donné. Alors, il l'avait accepté.

Par la suite, Snape avait eu du mal à expliquer la présence de la jeune femme dans Poudlard à ses collègues. La question ne s'était pas franchement posée. Hermione n'avait rien imposé en plus de cela.

Elle était juste arrivée et était restée, errant dans les couloirs, la bibliothèque, faisant des « recherches » dont personne ne connaissait la nature.

En vérité, Hermione avait passé tout ce temps à tenter de comprendre ce monde. Et c'était pire que ce qu'elle avait cru.

Lily et James Potter étaient restés en vie car Voldemort avait choisi d'être pragmatique. Après avoir eu vent de la prophétie par Severus et que ce dernier l'ait supplié de les épargner, il l'avait étrangement fait. Voldemort avait fait le choix de la prudence, et au lieu de se rendre chez les Potter, il avait été en premier lieu chez les Longdubat.

Hermione n'eut aucun doute que s'il n'avait pas été rendu si puissant après cette visite, il aurait ensuite visité Harry et aurait tenté de le tuer, mais il avait été si vaniteux à la suite de cet incident qu'il avait pensé la prophétie fausse. Ainsi, Severus avait été grandement remercié suite à ce « tuyau », lui-même avait été soulagé d'avoir épargné Lily. Il n'avait donc jamais vraiment changé de camp.

Quand à Dumbledore, il était mort suite à une attaque au ministère perpétrée par Voldemort lui-même et suite à cela, Severus avait été mis à la tête de Poudlard avant même que Harry n'y entre. Autant dire qu'avec tous ces éléments, Severus était un homme assez différent des autres réalités précédentes. Alors, pourquoi ses sentiments n'avaient-ils pas changé… Elle n'arrivait même pas à répondre à cette question.

Alors, pour l'éviter, elle s'était plongée d'autant plus dans les recherches, en particulier sur l'outil artisanal qu'elle utilisait afin de voyager entre ces « mondes ». Pour dire vrai, elle avait improvisé en quelque sorte.

Elle avait longuement étudié le principe des retourneurs de temps, et avait découvert l'importance des grains de sables, leur nombre, et les calculs aboutissant aux tours nécessaires afin de remonter le temps. Il était même parfois utiliser dans certaines visions prophétiques.

Connaissez-vous le conte du marchand de sable ? Hé bien, cette légende urbaine en puiserait justement ses origines, Hermione ayant été jusqu'à trouver la trace d'un espèce de sablier dans les bureaux de Nicolas Flamel.

« Celui-là, avait-elle grogné en étant encore tombé sur son maudit nom dans un vieux bouquin. »

Dans tous les cas, ne pas remonter le temps plus de cinq heures était resté une règle immuable. Les traces des sorciers ayant fait plus, car il y en avait surement, étaient introuvables. Alors, Hermione combina ce qu'elle savait du voyage dans le temps, de la pierre de résurrection et ses déductions demeuraient terrifiantes.

L'expérience magique de toute une vie était énorme pour un sorcier. En changeant de dimension, Hermione emmagasinait tout ce pouvoir, un peu comme si elle y mettait un terme à chacun de ses voyage. Et tout ce pouvoir faisait bouillir son corps, qui en subissait un coup un peu trop important.

Il était vrai qu'en se coiffant le premier matin après ce voyage, Hermione avait découvert le dessous de sa chevelure totalement blanche. Cela ne l'étonnait guère quelque part. Voldemort était bien devenu hideux après tout le pouvoir qu'il avait cumulé à l'aide de la magie noire. Et elle avait la sensation que sa petite fabrication était un mélange des deux.

D'ailleurs, cette dernière n'avait pas fonctionné lorsqu'elle avait voulu l'enclencher à son arrivée dans cet affreux univers. Alors, elle en avait déduit que cela provenait de la pierre. La pierre l'empêchait de sortir de ce monde tant que Severus Snape y était encore.

C'est après toutes ces révélations qu'Hermione réalisa à quel point elle avait été inconsciente, et à quel point elle continuait de l'être d'ailleurs. Si un sorcier mal intentionné trouvait cet artefact, il pouvait tout détruire, ou régner sur beaucoup trop de mondes. Mais, lorsqu'elle regardait Severus, elle souriait avec tendresse en serrant son poignet contre son coeur.

Elle allait mourir. Aucun doute là dessus, elle en mourrait tant qu'elle continuait, mais elle avait la sensation qu'aucun monde ne se valait sans Severus Snape. C'était ce qu'elle s'était dit en toquant à la porte de ses quartiers.

Il lui avait ouvert avec toute sa grandeur, son regard fixe avant de se laisser pousser par elle et qu'elle ne lui saute au cou. C'étaient les seuls moments où elle le voyait sourire dans ce monde, oui les seuls.

Il avait l'air encore plus maître de lui-même, sans émotion, ne prenant plaisir à rien, pas même à terrifier ses élèves. En fait, dans ce monde-même, il n'effrayait pas les étudiants, bien au contraire. Hermione avait bien remarqué que la plupart d'entre eux, voir tous, étaient soulagés de l'avoir comme directeur. Après tout, il était impartial et juste. Il n'y avait aucun règne de terreur ici, contrairement à ce qu'elle s'était imaginé de prime abord.

Les maisons avaient été supprimées, les évaluations individualisées et l'attribution des points également, de sorte qu'un palmarès avait été mis en place. Quelque part, c'était plus égalitaire, et Hermione doutait que cette initiative ait été de l'ordre de Voldemort. Severus avait toujours senti cette injustice lui tordre les tripes durant sa scolarité, et il avait tant souffert d'avoir été attribué à une maison, un destin.

Depuis l'arrivée d'Hermione, il se sentait de plus en plus tiraillé.

Jamais il n'avait été aimé, et encore moi aimait.

Il y avait eu Lily, oui, mais c'était différent. Il l'avait sauvé, et elle ne le savait même pas ! Enfin, il avait bien essayé de le lui cracher lorsqu'elle avait une énième fois, critiquer ses choix, mais elle avait rétorqué préféré mourir que de remercier un mage noir, surtout au détriment de ces pauvres Longdubat. Cela lui avait fait l'effet d'un électrochoc.

Depuis ce jour, Snape avait intégré que jamais il ne serait assez bien pour elle, ni pour qui que ce soit. Seul Voldemort semblait satisfait de son travail, et certains mangemorts comme Lucius admiratifs. Mais cela s'arrêtait là.

Dieu qu'il l'avait détesté, toutes ces années. Elle avait rejeté toute cette partie de lui qui le représentait, qui faisait de lui Severus Snape, tout simplement. Elle pouvait désapprouver, il l'entendait bien sur, mais pas le rejeter de la sorte. Alors, cette boule d'injustice avait grossi encore plus. Il aurait aimé ne jamais la connaître, c'était ce qu'il n'avait eu de cesse de penser.

Il avait pris alors une décision radicale une fois qu'il avait posé ses fesses sur ce fauteuil directorial : enfermer la plume et le livret d'admission de Poudlard et en changer l'enchantement de sorte que chaque nom doive être approuvé par ses soins. Et c'est ainsi que Poudlard se voyait exclure chaque homme et femme issues uniquement de sang de moldus.

Personne ne le savait vraiment, mais beaucoup de monde doutait du système de répartition, quelques sorciers d'Angleterre étant dans l'obligation de migrer vers la France, l'Australie ou l'Afrique. Mais force était de constater que Poudlard était devenue l'école la plus prestigieuse du monde, alors, personne n'en disait rien. L'enseignement y était d'une qualité incomparable : Snape avait choisi lui-même les meilleurs professeurs du continent.

Mais cela n'était plus sa priorité, l'école ne l'était plus désormais. Depuis qu'elle était arrivée, depuis qu'elle lui avait offert la seule chose qui semblait lui manquer.

Il l'avait bien questionné, depuis ces dernières semaines. Que lui trouvait-elle ? Pourquoi l'aimait-elle, lui, si laid, si vieux, si sarcastique, noir, infect ? Lui qui ne la ménageait pas, et qui était de mauvaise humeur, souvent. Mais jamais elle n'avait donné de réponse claire.

Peut-être savait-elle que rien ne suffirait pour le convaincre ? Ses questions étaient néanmoins vite balayées dès qu'ils s'embrassaient. En général, cela ne tardait pas à venir, et la maitrise venait même souvent du fait de ne pas se sauter dessus dès qu'ils avaient le malheur de se croiser. Déjà qu'il avait du la faire taire plus d'une fois alors qu'elle répétait des « Severus, Severus » au comble de l'orgasme.

D'ailleurs, il n'avait pas pu résister ce soir, même s'il lui avait déjà fait l'amour le matin même… et qu'il l'avait cherché l'après midi. Mais pour la première fois, alors qu'il venait de lui retirer sauvagement son chemisier et qu'il lui avait dévoré le cou, il lui avait grogné quelque chose et l'avait senti se figer.

Alors il avait fini par s'arrêter, se redressant en se trouvant toujours sur elle, en travers de son canapé si inconfortable. Il s'était contenté de la fixer, les sourcils froncés.

« Ne me le demande plus, lui avait-elle souffler, évitant son regard. »

Sans un mot, il lui avait agrippé la mâchoire, fixant ses yeux dans les siens avant de dévorer sa bouche. Cette phrase, elle était sortie toute seule de sa bouche.

« Je veux faire l'amour avec toi, lui avait-il dit d'une voix basse et douce comme une caresse.

_ Co-comment ? bégaya Hermione, déstabilisée. »

Faire l'amour ?

Impossible. Ils ne faisaient pas ça. Ce côté de lui ne le faisait pas.

« Comme si on ne se revoyait plus jamais après. »

Hermione cligna des yeux devant lui. Elle ne voulait pas qu'il lui dise cela, pas plus qu'il ne lui demande… de l'aimer…

« Tu es si belle, lui glissa-t-il. »

Le souffle de la jeune femme se coupa.

Jamais il ne lui avait parlé ainsi, ici du moins. Ce Severus Snape était si différent…

« Et ta gorge si… continua-t-il en y posant juste sa bouche.

_ Oh. »

Hermione se détendit enfin en souriant.

« J'ai besoin de se me concentrer sur mon travail, mais tu m'obsède, lui dit-il en la faisant basculer, Hermione se retrouva presque malgré elle à califourchon sur lui. Je n'arrête pas de penser à ton corps, et à ce que je lui fais subir. »

La jeune femme l'embrassa de nouveau avec contentement, transportée. Puis, elle finit glisser sa bouche sur son pectoral, sa pomme d'Adam, sa clavicule, descendant encore et encore, parcourant son corps de baisers alors qu'il glissait ses doigts dans ses boucles, les serrant juste assez pour marquer son empressement. Alors, subtilement, il finit par s'asseoir, et elle s'empressa de se mettre à genoux entre ses jambes, prête à lui faire plaisir avec tous ses autres « talents ». Hermione songea à toutes les allusions qu'il avait pu faire sur sa bouche, sur les façons dont il aurait pu la faire taire et finit par se mordre les lèvres, puis à rire doucement.

« Pourquoi ris-tu ? C'est vexant à la fin.

_ Non, rien, juste… un vieux fantasme, gloussa-t-elle. »

Snape leva les sourcils, mais elle lui lança un sourire en biais avant de glisser sa main contre son entrejambe, puis sa bouche.

« Hermione, tu n'as pas intérêt à te moquer de moi, gronda-t-il.

_ Je ne ferais jamais une chose pareille, tu le sais, lui dit-elle avec une réelle sincérité. »

Et elle parsema ainsi de baisers l'intérieur de ses cuisses, avant de s'attaquer à son membre érigé, et d'y passer sa langue.

Il laissa ainsi sa tête pendre dans le vide, avant de gémir, et de se redresser un peu.

« Regarde-moi, gronda-t-il. »

Hermione leva les yeux, tout en le prenant en bouche, et manqua de jouir elle aussi en le voyant perdre pied. Il aspira son souffle, et serra ses cheveux plus fort encore. Elle se mit ainsi à caresser son gland de sa langue, l'aspirant, le léchant, faisant de lent vas et viens tout en maintenant la base d'un poigne ferme. Et lui, grognait contre elle, serrant son crâne jusqu'à ce qu'elle en ait mal. Mais cette douleur-là était de celles agréables.

Alors que Snape gémissait plus lourdement en penchant la tête, la porte de ses quartiers s'ouvrit en grand.

« Severus ! »

Il se leva alors d'un bond, pris par surprise et remonta son pantalon à la hâte en cachant Hermione du mieux qu'il put.

« Bordel, Lucius ! Personne ne t'as jamais dis de taper avant d'entrer ! »

L'homme arrondit le regard, ouvrant la bouche avant de se racler la gorge et de s'appuyer fièrement sur sa canne.

Snape gronda et se retourna brutalement vers Hermione, toujours cachée derrière ses jambes.

Seigneur… Malfoy. Lucius Malfoy venait de l'interrompre alors qu'elle taillait la pipe de sa vie à Severus Snape. Un instant, Hermione se crut franchement dans un remake porno glauque de sa vie.

Snape se pencha sur elle et lui ferma le chemisier du mieux qu'il put, lui glissant à l'oreille une excuse maladroite qu'elle fut surprise elle-même d'entendre. Elle fut soulagée à cet instant qu'il la protège de sa vue. Même si ce Lucius Malfoy ne la connaissait sans doute pas dans cette dimension, elle ne tenait pas franchement à lui faire face, surtout après qu'il l'ait surpris dans une telle position.

Hermione rougit alors et s'éclipsa dans la chambre de Severus, de sorte que son acolyte ne distingua d'elle que ses cheveux bouclés.

« Elle a l'air jeune et extrêmement charmante. Quel âge a-t-elle ?

_ Lucius… grogna Snape, les poings serrés.

_ Je pencherais pour une vingtaine d'années. Tu me la montre ?

_ Qu'est-ce que tu veux ?

_ La voir ? Ça fait si longtemps. Avec le mariage, tu passe de l'éphémère à l'effet mémère.

_ C'est très drôle ça, ironisa-t-il.

_ Mais enfin, que cette charmante jeune femme accepte de te sucer allègrement, c'est très mal de ne pas partager. Elle avait l'air vachement doué. »

L'homme contourna habilement le sorcier afin de se rendre dans la chambre de son acolyte. Hermione se figea, horrifiée, mais l'ombre de Snape se porta dans le chambranle et il tomba sur Malfoy comme il l'aurait fait sur n'importe quelle créature dangereuse.

« Tu ne t'approche pas d'elle tu entends ?! Tu ne t'approche pas d'elle, répéta-t-il, hors de lui. »

Hermione devint blanche d'effroi. Lucius Malfoy avait une bonne position dans le milieu des mangemorts, Snape, ne risquait-il pas gros s'il lui tombait dessus de la sorte ? Et pourtant, Lucius finit par afficher un sourire aussi amusé que cynique.

« Ce qu'on ne ferait pas par amour. »

Cela sembla d'autant plus le rendre furieux et Hermione se trouva apeurée à l'idée qu'elle puisse le tuer, là, tout de suite. Ce Severus Snape en serait capable.

« Tu tiens à ta tête ? lui demanda le potionniste, les dents serrées.

_ Bon Severus, arrête maintenant. Qui est-ce ? Une prostituée ? C'est forcément le cas, tu ne fais confiance à aucune femme.

_ Je t'interdit de sous entendre qu'elle n'est qu'une pute, gronda Snape. »

Il prenait sa défense ? Vraiment ? Elle n'était pas que cela alors ?

« Tu n'auras ni son prénom, ni quoique ce soit de plus que ce que tu as vu, à savoir vraisemblablement, l'aspect de ses cheveux.

_ Parfait légilimens, comme toujours.

_ Et ton fils n'auras pas droit de repasser ses ASPICS. Aucun traitement de faveur à Poudlard.

_ Eh bien…

_ Non, ta position ne te le permet pas, ton nom non plus, et non, je n'aurais aucun problème si je n'accède pas à ta requête. Je compatis Lucius, mais si Drago veut s'améliorer, qu'il commence par s'en donner les moyens en métamorphose avec le professeur McGonagall.

_ C'est remarquable, acheva Lucius, assez impressionné. »

Severus resta impassible, devant un Lucius Malfoy sans voix, impressionné et agacé aussi, il devait l'avouer.

« Pourquoi avoir…

_ Gardé Minerva ? Parce qu'elle est la meilleure dans son domaine.

_ C'est l'ancienne directrice des…

_ Je me fiche des maisons, elles n'existent plus. Il n'y a donc aucune raison pour lesquels je ne l'aurais pas gardé à Poudlard, c'est pour cela que ce système est obsolète. Minerva McGonagall a prouvé sa puissance, ses compétences en matière d'enseignement et elle est une sorcier très puissante. Je ne connais à ce jour, aucun autre sorcier capable de faire apparaître trois patronus en même temps. J'anticipe déjà tes doutes concernant ses opinions : elle ne s'est jamais engagé dans l'Ordre du Phénix, et est restée loyale au ministère de la magie. Mais ne serait-ce pas ses talent de duelliste qui te chiffonnent ? Oh, je crois que j'ai visé juste, non ? »

Lucius sembla rouge de colère, sans ne rien dire de plus.

« Pour tout te dire mon cher Lucius, Minerva est même devenue mon adjointe depuis peu, alors nul besoin de te dire que jamais je n'irais à l'encontre de ses décisions en terme de notation.

_ Pardon ?

_ Je vois que tu n'as pas d'autres questions. Sur ce. »

Le voir lui couper l'herbe sous le pied était impressionnant, réellement stupéfiant. Hermione en était sans voix, il lui semblait même que Snape en était rendu capable d'anticiper les pensées de son interlocuteur. Cela devait être fatiguant de tout savoir à l'avance. Mais l'entendre défendre McGonagall avec tant de ferveur lui faisait chaud au coeur quelque part.

Lorsque Snape ouvrit la porte, il fit face à une Hermione, le regard dans le vide, en proie à ses pensées les plus profondes.

« Tu n'aurais pas du rencontrer ce malotru.

_ Je le connais déjà, balaya-t-elle sans s'en rendre compte. Mais dans le monde d'où je viens, il reste fidèle à sa femme, enfin. Je crois. Je n'en sais rien.

_ Espérons qu'il ne m'y importune pas, car ici, je le vois au moins une fois par mois et c'est déjà trop.

_ Ça ne risque pas, ricana Hermione. Depuis que tu es m… »

La jeune femme se stoppa, l'air horrifié, et Snape aussi.

« Pardon ? finit-il par murmurer. Depuis que je suis… »

Snape déglutit, mais resta droit et fier. Hermione voyait pourtant dans ses yeux, la curiosité… oui, celle-ci qui l'avait poussé à devenir un légilimens hors pair, celle qui le rendait meilleur dans tout, celle qui faisait de lui un brillant potionniste. C'était cette étincelle qui brillait aussi dans son regard à elle lorsqu'elle faisait une nouvelle découverte.

« Je suis… mort, acheva-t-il. »

Hermione se mordit l'intérieur de la joue avec tant de force que le gout du sang lui envahit la bouche toute entière. Elle ferma son esprit, alors, Snape ne put en avoir la réelle confirmation. Mais il grogna, à la fois satisfait de ne pas avoir la réponse, mais aussi frustré. Un étrange cocktail, en somme.

« Je sais que c'est… dur à encaisser.

_ Pas vraiment, je comprends mieux pourquoi lorsqu'on t'a retrouvé, tu étais pleine de sang… et qu'après analyse, il se soit avéré que ce sang m'appartenait.

_ Certes, marmonna Hermione, mal à l'aise. Mais je me suis faite à l'idée de ne jamais connaître la vérité à ce sujet.

_ Que veut-tu dire par là ?

_ C'est compliqué, ta… mort a été compliquée.

_ Ou plutôt, mon meurtre, rectifia-t-il.

_ Ecoute… C'est foutu, d'accord ? Je suis partie, je ne pourrais jamais y retourner, et les différences entre nos mondes sont trop notables pour résoudre un jour ce crime.

_ Tu n'as pas envie de savoir ? souffla-t-il. »

Hermione leva les sourcils. Elle ouvrit la bouche, puis la ferma, se rendant bien compte qu'en vérité, ce n'était pas elle qui semblait la plus curieuse des deux.

« J'ai voulu savoir, mais j'ai l'impression que toi… tu veux absolument trouver l'auteur. »

Snape leva un sourcil, avant d'afficher un mince rictus en coin.

Bien sur qu'il voulait savoir.

Alors, le sorcier se posa dans son canapé, le pied sur le genou et les mains croisés devant lui.

« Dis-moi tout. »

xXx

Hermione avait finit son récit, se rendant bien compte que pour la première fois depuis tout ce temps, elle venait de tout raconter de but en blanc.

L'accident de potions, le changement de corps, ces semaines d'angoisses en tant qu'agent double, à devoir confectionner un remède compliqué, leurs sentiments naissants jusqu'à sa mort brutale. Snape paraissait pensif, et perplexe, et Hermione nerveuse.

Jamais elle n'avait tout dévoilé, gardant cette blessure comme le plus précieux de son secret tant et si bien qu'elle aurait pu le sceller dans un coffre et en jeter la clé. Elle n'aimait guère refaire face à ce qui lui était arrivé, et encore maintenant, elle n'arrivait toujours pas à le digérer.

Sa mort… sa première mort, elle l'avait encore tellement en travers de la gorge. Comment avait-t-il pu la quitter si brutalement ? Dire que la veille encore, elle avait voulu aller le voir pour lui dire…

Enfin peu importe.

« Il y a quelque chose que tu ne me dis pas, finit par gronder Snape.

_ Quoi ? Non ! Je n'ai rien caché, absolument rien !

_ Nul besoin de lire dans ton esprit, tu es bien assez sur la défensive pour que ce soit suspect.

_ Qu'es-tu en train d'insinuer ? »

Hermione serra les poings. La soupçonnait-il ? Jamais elle n'aurait pu anticiper une horreur pareille, et si elle avait pu, bien sûr qu'elle aurait tout donné pour empêcher ça ! C'était même la raison de sa présence, dans ce monde et les précédents ! S'il se mettait à se méfier d'elle, elle jurait que c'était elle qui allait le tuer !

« Il semblerait que les principaux suspects soient Mulciber et Ronald Weasley.

_ Ron ? cracha Hermione. Tu es malade, pourquoi Ron t'aurait-il tué ?! »

Il n'avait pas pu le faire, impossible.

Hermione refusait cette éventualité.

Elle avait… Dieu, elle avait couché avec lui ! Une fois, oui, elle l'avait terriblement regretté, Snape était mort, mais bon sang, elle n'avait pas pu se taper son meurtrier.

« Désolée, mais c'est impossible, trancha-t-elle. »

Snape se leva, et se saisit soudain d'un parchemin et de sa plume.

« Bien, monsieur Weasley m'a frappé, nota-t-il.

_ Mulciber t'a menacé de mort quand j'étais dans ton corps, et t'a attaqué avec beaucoup plus de véhémence. En plus, c'est un mangemort.

_ Un sorcier n'a pas besoin d'être un mangemort pour être un criminel.

_ Vous aviez une vieille rancune tous les deux dont j'ignore la nature.

_ Et Ron a appris que nous avions couché ensemble alors qu'il était… quoi, ton petit ami ? Il a aussi d'excellentes raisons.

_ J'en sais rien de ce qu'on était, s'emporta Hermione. Ça n'a aucune importance.

_ Bien sur que si ça en a car ça en fait un parfait alibi. Weasley me détestait, j'étais devenu son ennemi numéro un. Il était jaloux, il a entretenu ce sentiment durant des semaines, jusqu'à voir sa copine se faire voler par un autre, il y a de quoi péter un plomb ne pense-tu pas ?

_ Tu ne m'as pas volé, grimaça Hermione en croisant ses bras sur sa poitrine. Laisse-moi deviner : tu lis encore des histoires de crimes moldus ?

_ Je ne vois absolument pas de quoi tu veux parler. »

Hermione leva les yeux au ciel, lasse.

« Mais il manque des éléments, ce n'est guère logique que tu défende Weasley de la sorte, cela cache quelque chose.

_ Ronald m'a dit que lorsqu'il avait appris notre liaison, il avait tenu au courant Lucius Malfoy via son fils en espérant qu'il se venge sur toi.

_ Oh cela semble chose aisée que d'accuser Malfoy de m'avoir tué au lieu d'assumer ses responsabilités. Quand t'a-t-il avoué tout cela ? Je suppose qu'il ne l'a pas fait tout de suite bien sur. »

Hermione rougit en évitant son regard.

« Mensonge, murmura-t-il avec agacement.

_ Je ne mens pas !

_ Mensonge par omission, rectifia Snape.

_ Ron m'a dit ça après que je lui ai lancé un sort avec ma baguette figure-toi.

_ Oh, nous y voilà !

_ Je l'ai repoussé contre le grillage, il y a eu un terrible accident… il a été embroché par un morceau de ferraille, il était dans une très mauvaise position lorsque je me suis enfuie, par ma faute, lâcha Hermione, la gorge serrée de culpabilité. Je ne l'ai pas fais exprès, je ne voulais pas le blesser.

_ Que s'est-il passé par la suite ? demanda Snape d'un air concerné.

_ Des mangemorts sont arrivés, dont Greyback.

_ Oh alors nulle inquiétude, il n'est pas mort. Un élément aussi important que Weasley, ces idiots ne le sont pas encore assez pour l'achever sans lui soutirer 2-3 infos.

_ Oh merci Severus, ça me rassure grandement, ironisa Hermione. Peu importe car dans cette dimension, il est vivant.

_ C'est tout de même ton monde… enfin. Comment mon corps a été retrouvé ? »

Hermione ouvrit la bouche, puis détourna le regard. Elle n'avait jamais parlé de ça. C'était encore très douloureux, mais ce Snape leva un sourcil en battant sa main dans l'air, comme si le sentimentalisme n'avait pas sa place.

« Chez toi, face contre terre, baguette en main, marmonna Hermione.

_ Il n'y avait pas d'indices probants sur place ?

_ Figure-toi que j'avais d'autres choses en tête que de recueillir des indices, siffla Hermione, de plus en plus agacé.

_ Abaisse tes barrières mentales, je vais fouiller dans tes souvenirs, balança Snape sans aucun préambule.

_ Quoi ? Non ! T'es malade ? »

Snape fronça les sourcils de nouveau, comme s'il n'y comprenait rien. Hermione l'observa d'un oeil éberlué. Etait-il sérieux, pour ne pas voir toute la détresse de ce moment, le plus horrible de son existence par ailleurs.

« Si mon crime n'a pas été résolu, je ne vois qu'une personne pour le faire : moi-même.

_ Il n'y avait rien Severus ! Tu as été retrouvé mort dans tes escaliers, la porte d'entrée a été défoncée, c'est tout !

_ La porte d'entrée défoncée ? Il y a donc eu bagarre.

_ Christophe Hondelatte a vraiment une très mauvaise influence sur toi. »

Snape grogna en la fusillant du regard avant de reprendre son écriture.

« Mettons Ron à part un moment. Dans ce monde, Mulciber est bien entouré, je suppose que le tien également. Peut-être avait-il donné l'instruction de me tuer s'il lui arrivait quelque chose.

_ Je ne le connaissais pas très bien. Il est juste mort sous mes yeux, rué par les coups de sabots d'un centaure, et franchement, c'était dégueulasse… mais cela ne m'étonnerait guère dans le fond, vous vous détestiez.

_ C'était mérité. J'ai du moi-même me charger de son cas ici.

_ Tu l'as tué ?!

_ J'ai tué du monde. »

Hermione leva les sourcils, restant sans voix.

« Je suppose que tu t'es rendu justice tout seul alors, murmura-t-elle, un peu ébahie.

_ Ça dépend qui m'a tué dans ton monde. Si quelqu'un le vengeait, je ne m'en suis pas pris au vrai coupable.

_ On se fiche du vrai coupable maintenant, soupira Hermione. Le plus important, c'est que tu sois là, non ?

_ C'est très commode dans ta position, mais j'ai bien envie de résoudre mon propre meurtre quant à moi. Est-ce vraiment si aberrant ? »

Non… Non, ça ne l'était pas. Hermione continua d'observer Snape, interdite. Il attendait tellement d'elle, ce n'était jamais arrivé d'ailleurs. Snape n'attendait pas : il prenait. Et comme pour illustrer son propos, le directeur pointa sa baguette sur la tempe de la jeune femme qui eut un mouvement de recul.

« Qu'est-ce que tu fais ?

_ Baisse tes barrières, je dois voir cette scène.

_ Il en est hors de question, trancha Hermione.

_ Tes souvenirs sont tout ce qu'il nous reste.

_ Je n'assisterais pas de nouveau à ça, nia-t-elle.

_ Ce ne sera que factuel, tenta-t-il de la convaincre.

_ Tu es un excellent légilimens, argua-t-elle, peu convaincue.

_ Tu n'as pas confiance en moi ? »

Le sourcil de Snape se leva et Hermione resta devant lui, interdite. Cet homme-là était dans le camp de Voldemort, avait tué, était proche d'horribles sorciers et pratiquait la magie noire sans se cacher. Quant à ses opinions concernant les moldus, elle n'avait même pas osé aborder le sujet tant il semblait sensible, mais il les avait vraisemblablement en horreur. Autant dire qu'elle avait tout fait pour lui cacher ses origines.

Et pourtant…

« Si… Si j'ai confiance en toi, souffla-t-elle, désabusée par elle-même.

_ Ecoute, grogna Snape. Je sais que je n'ai pas une réputation des plus irréprochables, mais je ne suis pas un être dénué d'empathie ou de coeur. Je ne vais pas fouiller dans ton esprit et m'amuser de façon perverse à faire revivre ces sentiments encore et encore. Tu risque de ne même pas t'en rendre compte d'ailleurs. Tout ce que je veux, c'est comprendre. Ne suis-je pas directement concerné, quelque part ? »

Hermione finit par hocher la tête. Elle déglutit, et abaissa lentement ses barrière. Elle n'entendit pas Snape prononcer la formule, ne vit pas sa baguette. Au vu de ses talents, sans doute n'en aura-t-il pas eu besoin.

Mais il était là, en elle… Cela lui rappela lorsqu'ils avaient changé de corps, alors elle se retrouva plongée dans un souvenir.

xXx

« Non mais qu'est-ce qu'il vous prend ? hurlait le corps d'Hermione d'une voix menaçante.

_ Vous avez pris une douche ?! »

Hermione fronça les sourcils, avant de voir la jeune femme devant elle toucher ses longs cheveux bouclés et encore mouillés. Alors, cette dernière leva les yeux au ciel.

« Quoi, vous pensez que j'allais rester dégueulasse pendant un mois, histoire d'empester votre dortoir tout entier ?

_ Vous… finit par hurler Hermione, avant de baisser tant le volume de sa voix qu'elle finit par chuchoter sans toutefois perdre son ton colérique, vous m'avez vu nue.

_ Vous allez peut-être me dire que vous vous êtes retenu d'aller pisser depuis hier soir ? Connaissant les litres de café que j'ingurgite, j'en doute, jugea-t-il en la toisant. »

Hermione piqua un fard avant de darder son regard ailleurs.

« Entre nous, je vous oubliéterais alors, ironisa-t-il.

_ Mais vous, vous vous souviendrez espèce de voyeur ! balança-t-elle en lui tapant lourdement le bras.

_ Aie ! Ok, très bien, la prochaine fois je choisirais l'option de l'odeur, histoire d'éloigner pour de bon votre crétin de petit ami de moi !

_ Ron n'est pas un…

_ Merlin tout puissant ! »

Soudain, Hermione comme Snape arrondirent tout deux leurs yeux d'effroi. Ils tournèrent lentement leur visage et ne virent nul autre que…

« Neville ! s'exclama Hermione, de sa voix pourtant plus que tonitruante. »

xXx

Hermione sentit l'intrusion de l'esprit de Snape en elle, surpris et jugeant cette scène comme particulièrement perturbante.

Pour lui, Neville était un jeune garçon timide, rejeté de tous et dont il n'avait entendu la voix. Lorsqu'il passait dans un couloir, le monde entier créait un périmètre de sécurité autour de lui. Quant à se voir dans le corps de la jeune femme, c'était plus dérangeant encore. Il l'avait sentit habiter son corps, ces sensations dans ses mains, son torse, sa tête, si différentes.

Hermione pouvait sentir à quel point Snape semblait confus, et se demanda un instant si c'était normal. Avait-il décidé d'user de son pouvoir de façon moins égoïste que d'ordinaire ? Elle en doutait quelque part, car il lui avait dit qu'elle ne sentirait rien. Hors, ce n'était pas le cas. Non, ce n'était pas normal qu'elle soit consciente de son intrusion, de son être en elle, de ses sentiments…

Hermione s'interrompit en revoyant un de ses souvenirs qu'elle chérissait tant.

xXx

Elle se trouvait dans la salle sur demande, sur un canapé, juste à côté de son professeur et si proche de lui. En un geste, elle porta son index vers sa lèvre inférieure et n'y sentit aucune opposition.

« Ça fait bizarre, vous ne trouvez pas ? murmura-t-elle.

_ Plutôt, oui, chuchota-t-il lui aussi. »

Machinalement, Snape leva sa main afin de passer le plat de celle-ci sur la joue de la jeune femme, puis il la caressa à l'aide de son pouce. Hermione déglutit, sentant son coeur battre plus fort encore. Elle n'avait jamais vu Snape regarder qui que ce soit avec tant d'intensité. Il n'était plus son professeur, plus depuis cette potion, plus depuis leurs échanges, depuis cette complicité nouée bien malgré eux.

Lui, la regarda comme si c'était la première fois qu'il l'avait en face de lui. Et peut-être était-ce le cas quelque part ? Pensif, il continua de caresser la peau de son visage avant de tracer une ligne le long de sa mâchoire, jusqu'à son menton.

xXx

Hermione manqua d'en tomber à la renverse de nouveau.

Elle sentit l'esprit de Snape vaciller lui aussi. Cela devait lui être si étrange, de se voir dans un contexte qu'il n'avait jamais connu, et surtout celui-ci. Elle avait revu son regard… avec l'impression fugace qu'il l'aimait déjà. Et lorsque cette pensée lui vint à l'esprit, de nouvelles images s'imposèrent à elle.

xXx

« J'ai… J'ai eu peur, avoua-t-elle, gênée en détournant les yeux.

_ Et moi dont, vous m'avez fichu la pire peur de mon existence, lui glissa-t-il en un murmure. »

Hermione releva un regard surpris vers lui. Il était impossible que Snape se soit inquiété pour elle, et pourtant, Merlin lui même lui aurait secoué les miches pour lui faire admettre l'évidence placée devant elle.

Bien sûr qu'il lui disait la vérité ! Bien sûr qu'il avait été pétri d'angoisse, cela se disait comme le nez au milieu de la figure.

« Vous… vous avez crains pour ma vie ?

_ A votre avis ? lui demanda-t-il sous un ton bas. J'ai même tout balancé à Albus pour qu'il m'aide, mais il n'a strictement rien voulu entendre.

_ Vous avez prévenu Dumbledore ? s'affola la Gryffondor. Mais, mais, nous avions convenu que ce n'était pas…

_ Ça n'avait aucune fichue importance à mes yeux quand vous aviez disparu, trancha-t-il.

_ Et maintenant ? »

Snape émit un léger soupir avant de fixer les traits de son visage, un peu hypnotisé par son regard dénué de toute forme d'aversion quelconque, de mépris ou de condescendance. Elle l'observait avec tout le naturel du monde, avec cette étincelle en elle laissant à penser qu'elle le connaissait pour ce qu'il était vraiment.

« Maintenant, ça n'a toujours aucune importance, lui assura-t-il en s'avançant vers elle encore un peu plus. »

xXx

Il lui sembla que le temps s'était arrêté alors que le Snape de cette réalité, celui présent dans sa tête observait le souvenir de ce baiser qui en avait suivi avec hypnotisme. Hermione quant à elle, fut tentée de détourner ses yeux, mais n'en fit rien. Son coeur battait toujours aussi vite face à ces réminiscences… mais Snape ne pouvait se permettre de s'y attarder plus encore.

Ainsi, Hermione vit ses souvenirs être passés au peigne fin comme on zapperait des scènes de télévision. avant que la porte démolie de l'Impasse du tisseur n'apparaisse, là, au milieu de nul part. Alors, son corps manqua un battement et Hermione sentit son souffle se couper.

Elle n'arrivait plus à respirer, tandis que Snape toucha du bout des doigts cet instant de vie. Il y pénétra avec douceur, et elle se revit, la démarche lente, si lente. Elle voyait ce paysage de la maison passer devant ses yeux, sa maison si abimée, cela lui brisa de nouveau le coeur. Elle avait appris à l'aimer, ce foyer, aussi vide et froid puisse-t-il paraître.

Non, elle ne voulait pas…

Mais les images défilant l'empêchaient de lutter, elle était captivée et horrifiée à la fois, tentant de lutter contre ce souvenir, hurler à cette Hermione de repartir.

« Severus ? »

Elle aurait rêvé de détourner le regard de nouveau, mais lorsque son corps se distingua là, au loin, tout près des escaliers, Hermione crut tourner de l'oeil. Elle tenta de se raccrocher mentalement à quelque chose, n'importe quoi, ayant l'impression de tomber dans le vide. Alors que Snape se précipitait à tout scruter autour du souvenir d'Hermione qui elle, était concentré sur ce corps mort devant elle, retenant un hurlement dans sa gorge, ce fut l'esprit d'Hermione qui hurla vraiment.

Et ce cri glaça Snape qui fut happé par l'esprit de la jeune femme en train de s'effondrer.

Il pouvait très nettement l'entendre, ce hurlement contenu, mais si puissant et dévastateur. Il avait l'impression de faire face à une véritable tempête, un cyclone, incontrôlable, et ses souvenirs volèrent en éclats autour d'eux. Il en distingua quelque uns, dont lui, lui demandant de ne pas pleurer, de ne pas crier.

« Hermione, appela Snape, horrifié, cette fois dans son corps alors qu'il était encore retenu dans l'esprit de la jeune femme. »

La jeune femme n'entendait rien, ne se répétant que les mots « mort, mort, mort », revoyant des flashs furtifs de son cercueil, de l'enterrement minable auquel il avait eu droit, du bouquet de roses qu'elle avait fait apparaître sur sa tombe, de ses nuits avec la cape, d'elle en train d'escalader le portail afin d'échapper au gardien du cimetière…

Snape eut toute les peines du monde à sortir de ce tumulte et une fois qu'il trouva la brèche afin d'y parvenir, il manqua de tomber en arrière. Il ouvrit es yeux, terrifié par cette expérience, mais n'eut aucune hésitation à foncer droit sur elle et à la secouer alors qu'elle était là, debout devant lui, le regard dans le vide et haletant de terreur et d'angoisse.

Ce n'est qu'au bout de trente longues secondes qu'elle retrouva contact avec la réalité, que le bourdonnement dans ses oreilles cessa pour faire place à la voix du maître des cachots qui l'appelait avec une douceur étrange. Alors, elle cligna une seule fois ses yeux vers lui, retrouvant son visage affolé et Snape ne réfléchit pas une seconde avant de la prendre dans ses bras, la serrant contre lui jusqu'à l'étouffement.

« Pardon, je suis désolé, Hermione, pardon, répétait-il en boucle. »

Hermione peinait à l'entendre, tout juste assez forte pour soutenir sa respiration saccadée et apprécier sa chaleur contre sa tempe.

« Mort, murmura-t-elle, les mains tremblante devant elle, l'air hagard.

_ Non, je ne suis plus mort, la rassura-t-il en caressant ses cheveux. »

Il avait été si choqué, si déstabilisé. Jamais encore ce Severus Snape n'avait vécu de situation pareille, aussi violente pour le corps et l'esprit. Il se secoua la tête, tentant d'y chasser tout ce qui s'y était insinué.

« Ce n'était ni pour l'un, ni pour l'autre, murmura Snape.

_ Qu-quoi ?

_ Ce n'était pas pour venger Mulciber, sans quoi, il y aurait eu une signature pour le faire valoir. Cet homme était aussi un grand adepte de l'imperium, et j'ai été tué de sang froid, s'il y avait une volonté de vengeance, ça n'aurait pas collé. Ce n'était pas non plus Malfoy, trop brutal. Il n'y avait pas d'effusion de sang, je commence même à douter que ce fut un mangemort qui ait fait le coup, surtout que le meurtre n'a jamais été revendiqué. Le seul capable de ce genre de choses aurait été Voldemort, mais ça n'a guère plus de sens. Je pense à un groupuscule qui s'attaquerait justement à nous, comme l'ordre, en plus pragmatique. Il en existe beaucoup.

_ Alors, alors ce n'est pas ma faute. Ce n'est pas de la faute de Ron non plus, souffla Hermione éberluée. Dans ce cas, pourquoi n'as-tu pas été tué de cette façon ici, et dans d'autres univers ? demanda Hermione, la gorge serrée, les mains agrippés à son costume.

_ Des choix différents, amenant des réponses différentes, ce pourrait être n'importe quoi. »

Snape sentit Hermione hocher la tête. Puis, il se crispa.

Les émotions de la jeune femme avaient envahi les siennes, et il n'était pas parvenu à faire la distinction. Il avait totalement perdu le contrôle de lui-même et cela l'effraya.

Alors il s'éloigna un peu d'elle, se frottant nerveusement le visage et les yeux, remuant sur place en évitant son regard.

C'était bien la première fois qu'il se sentait coupable de quelque chose. Alors, il bégaya un peu avant de prendre congé d'elle.

Il fallait qu'il comprenne plus de choses encore.