Désolée pour le temps d'attente, j'avais fais une petite pause dans l'écriture de la fic, mais j'ai repris ce soir ! Bonne lecture


Chapitre 13.

Il n'était qu'un idiot.

C'était ce que Snape se répétait en boucle encore maintenant, ce qui l'avait maintenu en vie toute la nuit.

D'où venait-elle ?

C'était la question qu'il aurait du se poser dans un premier temps, l'énigme qu'il aurait du résoudre, mais son aventure avec elle avait endormi ce genre de précautions. Pourtant, il n'était pas ainsi, il n'avait jamais été aussi facile à duper. Mais après cette expérience, une multitude de questionnements l'avaient envahi.

Elle qui semblait tant tenir à lui, il y avait de quoi être chamboulé après tout. Avait-il ce type d'attachement dans ces autres mondes ? Se pouvait-il que quelqu'un tienne autant à lui que le faisait Hermione Granger ? Il en doutait.

Quelque chose le poussa ce jour-là à creuser. Alors, il sortit le vieux livre d'admission de Poudlard, prenant garde à le tenir loin de la plume d'acceptation, ces deux objets ensembles ayant pour but d'inscrire automatiquement chaque sorcier de Grande Bretagne dans la liste de sélection pour entrer à Poudlard.

A son arrivée sur ce bureau, Snape avait touché pour la première fois le registre, qu'aucune autre main n'avait foulé depuis les quatre fondateurs. Il avait percé à jour l'enchantement posé sur ces deux objets et surtout, sur l'encrier en argent servant à noter définitivement les noms des élèves. Il l'avait ainsi modifier pour avoir la possibilité de trier les élèves lui-même après ce qui n'était devenu qu'une pré-sélection.

Tous les nés moldus étaient barrés, tous sans exception. Il avait d'ailleurs créé une petite milice servant à étudier chaque nom inscrit afin de déterminer la provenance du sorcier. Après cela, il reléguait ce beau petit monde aux autres écoles magiques qui, quant à elles, leur envoyait parfois en échange leurs meilleurs éléments afin de recevoir un enseignement supérieur. Ainsi, tout le monde y trouvait son compte.

Snape passa ainsi une bonne partie de la journée debout, à éplucher avec frénésie le registre, son regard balayant chaque nom barré. Ce fut long, il y eut au moins une centaine de pages, voire plus jusqu'à ce que son sang ne se fige.

Hermione Granger. réaffectation : Uagadou.

Snape avait perdu tout faculté de respirer. Il s'était longuement penché sur le livre, les mains agrippés à son bureau pour ne pas fléchir.

Comment avait-il pu ignorer les signes ? Dans son monde, elle avait été son élève. Tout avait été évident.

« C'est une née moldue, avait-il finit par prononcer tout haut, tordu par la terreur. »

Il avait du vivre avec cette information tout le reste de la journée jusqu'au soir. De là, une fois rendu dans ses quartiers, Snape manqua de s'évanouir.

Il ne pouvait pas avoir couché avec une née-moldu.

La loi était claire.

Tout sorcier britannique haut gradé fréquentant un ou une moldu.e ou né.e-moldu.e se verrait subir une punition exceptionnel. C'était le jeu. Il en avait accepté les règles, les avait même encouragé d'ailleurs. Personne ne l'avait enfreint depuis des années, le châtiment était si terrible…

Soudain, le visage du directeur se fendit en une expression d'horreur absolue. Il remonta sa manche en tremblant, sa main pouvant à peine soutenir le tissu de sa manche. C'était impossible, ça ne pouvait pas arriver.

Lorsqu'il remonta son avant bras, alors Snape en tomba cette fois sur les genoux. C'était épouvantable, rien ne pouvait décrire au monde le sentiment de terreur, de panique qui s'insinuait dans ses veines.

Le serpent enroulé autour de son bras, ce même qui surplombait la représentation d'un crâne humain, semblait l'avoir fait explosé. Les os étaient cassés autour du corps du serpent entortillé tout autour et son regard… il semblait l'observer avec méfiance et jugement.

Il avait brisé le serment. Il allait être puni. Non. Non il ne le pouvait pas ! C'était impossible !

Alors, Snape tourna en rond une bonne partie de la nuit dans ses quartiers. Il se repassait, ces moments de torture auxquels il avait assisté. Des sorciers sous imperium coupant la langue de leur compagne, certaine émasculant leur amant, des doloris, tant de doloris, les viols, les excisions, le supplice de l'aigle de sang, les dépeçages, les cris, la douleur, l'effroi, la peur. Il les revoyait tous, ces sorciers brulant en continu afin d'éclairer certains banquets et leurs paroles. Tous ne les avait supplié que d'une chose : épargner le sort de leur bien aimé.

Snape n'y avait jamais participé activement, mais s'en était accommodé. Ne l'avaient-ils pas cherché, quelque part ? Tomber amoureux d'une née-moldue, c'était le déshonneur assuré. L'amour ne valait rien. Et voilà que maintenant, maintenant…

Un instant, Snape crut suffoquer. Il sentit sa gorge se serrer, et l'air fut incapable de rentrer dans sa poitrine. Il courut alors jusqu'à la fenêtre de son salon, et l'ouvrit avec précipitation, à la recherche de la moindre brise gelé pouvant lui faire reprendre conscience avec la réalité, et l'empêcher d'étouffer dans sa propre terreur. Hermione. Il l'imaginait, la tête en bas, se faisant scier en deux en restant consciente, il l'imaginait pleurer, hurler de douleur, il l'imaginait se faire découper la langue, se faire violer en groupe sous son regard, dans un cachot, tordue par la faim, attendant que la mort ne vienne la délivrer.

Il ne maîtrisait plus rien, ni ses palpitations cardiaques rendus à un point si rapide que la douleur sifflait dans sa poitrine, ni sa respiration quasi inexistante, et encore moins ses jambes menaçant de le lâcher à tout moment.

En véritable crise d'angoisse, Snape manqua de tomber une fois encore et se raccrocha à la rambarde de la fenêtre de ses quartiers. Le vent froid glissait dans ses cheveux noirs éparses et il se mit ainsi à compter les secondes durant lesquelles la brise d'engouffrait dans ses lieux.

Un.

Deux.

Trois.

Quatre.

Cinq.

Ses paupières closes, tous ses sens ne furent plutôt plus orientés que vers ce froid polaire qu'il détestait tant. C'était assourdissant, c'était aveuglant, il n'avait plus que ça. Le froid. Lui qui le fuyait tant, quelle ironie, il lui donnait présentement l'impression de lui éviter de claquer comme un idiot.

Il voulait avoir froid, il voulait le ressentir dans son corps tout entier, en être anesthésié, que cette peur s'en aille. Mais plus les minutes s'écoulaient, plus la réalité prenait le dessus, et avec elle, l'effroi de l'horreur qui l'attendait, qui les attendait.

La torture, avant la mort.

xXx

C'est ainsi que Snape passa sa nuit, assis dans son canapé, penché sur sa table et fixant les multiples fioles de potions devant lui. Son coeur n'avait jamais ralentit le rythme depuis sa découverte et maintenant, de grosses sueurs froides l'envahissaient ponctuellement. Il déglutissait, et tentait de se dire qu'il ne se passerait rien, que les tortures auxquelles il avait assisté étaient si anciennes, que peut-être le temps jouerait en sa faveur. Le système était en place depuis de nombreuses années maintenant.

Puis, sa raison reprenait le dessus. Bien sur que cela arriverait, et il savait d'instinct qu'on viendrait le chercher demain. Son tatouage… il ne s'était transformé que depuis quelques heures, peut-être dès lors qu'il avait compris qu'il ressentait plus qu'une attirance juste physique pour cette jeune femme, mais il commençait déjà à le gratter, comme si les fragments du crâne explosé avaient entaillé sa chaire. Quel crétin il avait été.

Cela lui était tombé dessus… comme ça, sans qu'il ne le calcule ni le contrôle ! Il s'en voulait tellement. Il avait bien entendu parler du fait que les sentiments ne se contrôlaient pas, mais il ne pouvait s'empêcher de se répéter qu'il avait fait preuve d'imprudence et que lui, n'était pas comme les autres, qu'il aurait eu la force de les repousser s'il avait su. La culpabilité lui tordait l'estomac, mais ce n'était rien comparé à la peur panique qui ne l'avait pas quitté depuis toutes ces heures.

Il s'imaginait ponctuellement toutes les tortures qu'ils subiraient, ensembles, ne parvenant pas à se défaire de cette idée. Depuis la fin de la guerre et la victoire sur les Longdubat, il avait connu une accalmie apaisante. S'était-il ramolli ?

Snape se saisit d'une des fiole devant lui, fine et petite au contenu vert. Il en secoua le contenu lentement, faisant tourbillonner le liquide hypnotisant entre ses doigts.

Sauf qu'en tout lieu d'être assuré, ses mains tremblaient. Il aurait aimé être désolé, désolé d'avoir fermé les yeux devant tant d'horreurs, désolé d'avoir choisi un camp dont le pragmatisme amenait tant d'inhumanité. Il était désolé pour lui et pour elle d'avoir baissé sa garde, d'avoir été une mauvaise personne, incapable de garder la tête sur les épaules. Il avait si longtemps cherché des solutions à ses problèmes, mais chaque fois, il s'était retrouvé seul. Alors, il avait cédé à cette petite faiblesse lorsqu'elle s'était présentée à lui et il n'aurait pas du.

Lily l'avait laissé tombé, préférant s'associer à James, ce sorcier qui lui en avait tant fait baver, qui s'était moqué de lui pendant que son père lui faisait subir des atrocités une fois sorti de Poudlard, faisant de sa vie encore plus un enfer qu'elle ne l'était déjà. Et voilà que maintenant, de nouveau, il perdait cette bataille, et bientôt, la guerre, la sienne.

Snape sentit toute l'amertume dans ses pensées, voyant cette histoire avec Hermione Granger comme le début d'un nouveau livre, une introduction à peine terminée sans même qu'ils n'aient le temps d'entamer un chapitre. Cela faisait tellement mal. Mais cette histoire avait déjà assez avancé pour qu'il ait la force de se battre une dernière fois dans un combat qu'il savait pourtant joué d'avance.

Il finirait perdant, aucun doute là dessus, mais peut-être pouvait-il avoir encore un peu de pouvoir sur la chose, peut-être pouvait-il ressortir vainqueur dans cette défaite ? Pourtant, alors qu'il songeait à son parcours et à tout ce qui l'avait amené jusque là, Snape se rendit compte qu'il aurait été incapable d'y changer quoique ce soit.

Si les événements se présentaient de nouveau à lui, il la ferait encore tomber dans ses bras. Car c'était tout ce qui lui était resté, à la fin, même si son chemin était quasi tracé d'avance. Il n'aurait pu finir que comme ça, quelque part, alors pourquoi ne pas y accorder un peu de joie ? Malgré sa peur de ce saut dans le vide, malgré ce noeud qui lui tordait l'estomac, il emportait pourtant un bien précieux dans son voyage : ses souvenirs.

Il avait ainsi cogité toute la nuit, et ce n'est que lorsque le premier oiseau gazouilla prés de sa fenêtre, alors que le soleil n'était même pas encore levé, qu'il vit ce son comme un rappel. Il ne pouvait commencer ce nouveau jour.

Alors, il porta la première potion à sa bouche et en vida le contenu. Puis, sans réfléchir, il enchaina, une bouteille, deux, trois, bientôt une dizaine, une vingtaine, il n'en avait plus compté.

Il avait misé sur la vitesse d'action pour l'empêcher de revenir en arrière. C'était la seule solution de repli possible, la situation ne représentant plus qu'un entonnoir dont l'issu ne pouvait être que celle-ci.

Cela ne dura que cinq minutes, à peine. Il observa après son méfait, les bouteilles entassés devant lui avec soulagement et honte.

Il l'avait fait. Il avait trouvé la force de le faire. Comment avait-il pu, il s'en posait encore la question… Et il s'en voulait tellement. Hermione…

Snape prit sa cape et s'y blottit en tremblant, allongé en position foetale dans son sofa. Il serra le papier qu'il avait écrit de sa plume entre ses doigts et le porta à ses lèvres.

Enfin, il décida de fermer les yeux, et une vague de panique envahit sa tête, tant et si bien qu'il lutta contre elle, contre le besoin de courir à l'infirmerie. Alors, sa poigne se serra plus encore autour du parchemin, et il se força à plonger dans un sommeil sans rêve, ni lendemain.

xXx

C'est une sensation bien familière qui lui avait tordu les tripes ce matin-là.

Hermione venait d'ouvrir les quartiers de Snape grâce à son mot de passe… en sachant ce qui l'attendait. Elle ignorait pourquoi, comment, un sixième sens à force de passer de monde en monde et de nouer ce lien entre lui et elle, elle le savait.

Elle vit ainsi les fioles jonchant la table du salon de son ancien professeur, sa main pendant dans le vide alors qu'elle ne voyait pas encore son corps, qu'elle ne faisait que le deviner et son coeur resta bloqué dans sa gorge. La sensation ne s'en allait jamais, peut-être même était-elle toujours aussi douloureuse, voire pire.

Hermione avança d'un pas, de deux, trois, jusqu'au canapé. Il était allongé là, les yeux fermés, comme s'il dormait. Mais une mousse de salive semblait avoir séché sur la commissure de ses lèvres.

« Dis-moi que tu n'as pas fais ça, murmura-t-elle, les paupières se fermant soudain d'elles-même. »

Hermione porta sa main à sa bouche afin d'étouffer une vague de nausées.

Puis, elle finit par trouver la force d'ouvrir les yeux, et de s'asseoir à côté de lui. Lorsqu'elle toucha sa main, elle était dure et froide. Elle secoua son épaule, vainement.

« Tu n'as pas fait ça ! se mit-elle à hurler. »

Soudain, Hermione se leva et tira la table plus loin, faisant renverser les bouteilles de potions partout. Puis, elle tira Snape par terre, et il s'écroula en un bruit sourd terrifiant. Enfin, elle monta sur lui, et se mit à lui faire un massage cardiaque.

« Reviens, s'il te plait, reviens, prononça-t-elle, essoufflé. »

Il était pourtant déjà froid et rigide. Le coeur d'Hermione battait vite sous l'effort, et l'adrénaline. Elle ralentit le rythme, et se laissa presque tomber. Dans son mouvement, le visage de Snape tomba sur le côté, et il laissa échapper sans doute la dernière inspiration qu'il avait pris avant de…

Hermione ferma les paupières. Jamais encore, elle n'avait autant souffert. Elle avait cette horrible impression d'être transpercée d'un poignard dont elle ne parvenait à se défaire.

Vivait-elle un cauchemar ?

« Severus, pourquoi, pourquoi est-ce que tu m'as fais ça, finit-elle par sangloter. Pourquoi encore maintenant ? »

Hermione tapa son poing contre le sol et se demanda un instant si elle ne venait pas de se casser deux ou trois phalanges. Elle lui en voulait tellement ! D'ordinaire, elle combattait le monde entier, mais elle n'avait pas prévu de le combattre, lui, jamais.

Elle lui agrippa alors la redingote alors que ses yeux restaient indubitablement clos.

« Qu'est-ce que je dois faire pour t'avoir en vie, qu'est-ce que je dois faire pour te sauver, jusqu'où, dans quel monde de merde est-ce possible que tu m'accorde ça ?! »

Le corps inerte du potionniste n'avait plus aucun tonus pour s'opposait à cette attaque, et son torse suivit le mouvement de ses bras qui le secouait avec frénésie.

« Qu'est-ce que c'est que cet univers putain… finit-elle par soupirer, dépitée, accablée, tordu par la colère, par le chagrin, par ce sentiment d'injustice. »