Chapitre 14.

Cette fois, Hermione trifouillait la montre à son poignet depuis une bonne heure.

Elle avait quitté la pièce avant de errer dans Poudlard, l'esprit dans le vague. Comment avait-il pu se suicider ? Entre ses doigts, elle avait découvert une lettre écrite de sa main, mais n'avait pas réussi à se résoudre à la lire. Alors, elle l'avait fourré dans sa besace et était repartie de ses quartiers, un peu sous le choc.

Elle quitterait ce monde, aucun doute là dessus. Elle le haïssait. Mais la façon dont était mort Snape l'avait chamboulé encore plus fort que toutes les fois précédentes. Il n'avait jamais eu l'air si paisible et pourtant, Hermione n'avait pas encore vécu autant de brutalité et de violence dans l'acte qu'en ce soir.

Dire qu'elle n'avait rien vu arriver. C'était peut-être ça, le pire ? Que quelqu'un l'assassine en temps de guerre était une chose, mais qu'il se donne lui-même la mort… Cela faisait mal, la plongeait dans un état confus entre tristesse, incompréhension et colère. Sans doute était-ce même ce dernier sentiment qui prenait le dessus, car Hermione se sentait vraiment furieuse.

Elle regarda l'heure, et estima que quelqu'un finirait par découvrir son corps d'une minute à l'heure. Sans regret, elle se planta au milieu d'un couloir et serra sa montre entre ses doigts.

Qu'il se soit tué lui-même la mettait dans un tel état qu'elle tourna un tour supplémentaire. Lorsqu'elle s'en rendit compte, elle grogna dans le vide et se laissa aspirer que le tourbillon magique qui l'amenait dans chacun de ses voyages, vers un nouveau monde.

xXx

Lorsqu'elle trouva la force d'ouvrir les paupières, Hermione réalisa la douleur qui lui parcourait le corps tout entier… et jamais ça n'avait été si intense.

Sa magie pulsait dans ses veines, rendant les battements de son coeur erratiques. Mais ce n'était guère cela le plus étrange.

Elle avait utilisé le retourneur de temps au beau milieu d'un couloir de Poudlard. Et elle devrait s'y trouver donc de nouveau… Hors, il n'en était rien. Alors qu'elle se redressait avec difficulté, Hermione réalisa qu'elle se trouvait dans un appartement qu'elle ne connaissait pas.

Elle ne parvint pas à se lever, elle était bien trop faible. Alors, la jeune femme rampa à quatre pattes en serrant les dents de douleur. Lorsque ses yeux se posèrent sur ses mains, son sang se glaça.

Elles étaient fripées et cireuses, ses ongles trop longs faisant penser à des griffes. Le réflexe presque primaire qu'elle eut fut de chercher un miroir.

Quelque chose était différent. Ce voyage était différent.

Il l'avait drainé et rempli d'une énergie nouvelle. C'était comme si elle sentait sa magie capable de faire n'importe quoi, de ne rencontrer aucune limites mais que son corps la lâcherait au moins maléfice prononcé.

Hermione réalisa vite qu'elle se trouvait au beau milieu d'un salon. Elle avança ainsi avec difficulté jusqu'à une console sur laquelle elle prit appui. Et lorsqu'elle se vit, elle manqua de marquer sa découverte d'un sanglot d'horreur et de désespoir.

Ses cheveux, ses si beaux cheveux étaient désormais tous blancs, aux boucles incertaines. Son teint auparavant si éclatant ressemblait désormais à celui d'un cadavre et ses pupilles avaient perdues de leur éclat. Alors qu'elle se pencha, Hermione réalisa avec effarement qu'elles n'étaient plus vraiment noisettes mais commençaient à tirer vers le bleu.

« Qui êtes vous ?! »

Hermione se retourna brutalement et ne fit face à nulle autre… qu'elle-même. Son double recula, effrayée par le reflet qu'elle lui renvoyait.

« Non, n'ai pas peur.

_ Je… je vais appeler Harry, ou Ron, menaça cette version d'elle-même en tremblant, pointant sa baguette vers elle. »

Hermione songea à l'idée d'évincer cette menace de son front, et à peine cette pensée l'avait-elle traversé que la baguette de cette autre version d'elle s'envola dans les airs.

« J'ai besoin de toi, ou plutôt de moi, lui dit-elle d'un ton se voulant convainquant. Tu me reconnais, j'en suis sure. »

Hermione se vit elle-même se jeter un regard incertain. Bien sûr qu'elle la reconnaissait : c'était comme se voir dans un miroir ! Mais dans un état déplorable.

« Où est Severus Snape ?

_ Severus ? demanda soudain Hermione d'une voix tremblante. »

Soudain, elle vit le regard de la jeune femme s'embrumer.

« Désolée, souffla-t-elle en se détournant d'elle. »

Au fil des minutes, Hermione se remettait de son voyage. Elle n'était guère en grande forme, mais il lui semblait qu'elle pouvait tenir la route… pour l'instant. D'instinct, elle comprit qu'il ne fallait surtout pas qu'elle approche d'une baguette, et encore moins qu'elle ne prononce de sortilège trop puissant.

Ses pouvoirs semblaient instables et elles souvint soudain du terme de « bombe à retardement » que le précédent Snape avait évoqué. Oh oui, ses organes ressemblaient à une véritable cocotte minute et le sang pulsant dans ses veines empoisonnaient son corps tout entier. Mais peu à peu, elle se fit à cette sensation, qui passa de douloureuse, à désagréable, puis, à passable.

Tant qu'elle évitait d'utiliser ses pouvoirs, tout devrait bien se passer… enfin, sans doute !

Lorsqu'elle reprit ses esprits, Hermione réalisa que son double reniflait toujours à intervalles réguliers en passant son nez dans son mouchoir en tissu.

« Que lui arrive-t-il ? Il est vivant ? s'affola-t-elle d'emblée.

_ Oui, oui il l'est, mais… plus pour longtemps, je le crains. Pourquoi ? Tu veux le sauver ? Il est pourtant condamné, je le sais de source sure. »

Hermione sentit le choc prendre possession d'elle. Il était condamné, encore ? Alors, ce voyage ne servait déjà à rien. Et elle ne pouvait pas repartir tant qu'il ne mourrait pas de nouveau… Mais que se passerait-il lors de la prochaine activation du retourneur de temps ?

Tant de questions lui envahissaient l'esprit.

« Je le savais, ricana cette version d'Hermione d'un ton maussade. Je savais que j'essaierais de le sauver, mais pas que j'irais jusque là, pas que le futur me réservait ça.

_ C'est plus compliqué que ça. Je ne viens pas de cette version de ce monde, je ne suis pas ton ancienne- toi, mais plutôt… une alternative.

_ Excuse-moi, mais je n'y comprends rien.

_ Où est Severus ? répéta-t-elle, agacée. J'ai besoin de lui.

_ Dans le couloir 36, secteur ouest… d'Azkaban.

_ Azkaban ? s'étrangla Hermione. »

Cette fois, Hermione numéro deux en était convaincu : la femme qu'elle avait devant elle n'était pas vraiment elle, tout en l'étant à la fois. C'était aussi triste, que déstabilisant.

Elle semblait tenir à Severus Snape et elle… oui, elle, quelque part, y tenait aussi.

Elle avait du l'admettre : après la mort de Voldemort, Snape avait été injustement condamné à subir le baiser du détraqueur suite à ses « agissements ». Il avait toujours refusé de dévoiler ses souvenirs dans la pensine publique qui aurait pu lui permettre d'être discrédité, et Harry avait respecté son souhait. Mais après les avoir consulté, Hermione, elle, avait refusé l'éventualité de le laisser à, à son triste sort.

Elle avait passé des semaines, à repousser la sentence tout d'abord, puis à tenter de le convaincre d'apporter les preuves à son véritable rôle au monde. Il était un agent double, il était un héros, il l'avait sauvé, elle et des tas d'autres sorciers !

Toutes ses visites, ces heures passées à discuter, à avancer des dizaines, des centaines d'arguments : rien n'avait marché.

Snape tenait tant à ce que ces souvenirs restent enfouis, et il avait déjà du conjuguer avec le fait qu'elle y ai assisté, et Harry également. Mais Harry, lui, ne le lui rappelait pas chaque jour.

Au début bien sûr, Snape avait été réticent à ses visites. Il n'avait besoin de personne et encore moins d'elle. Mais vivre à Azkaban avait de quoi vous rendre fou, à un tel point qu'accepter les entretiens avec la pire Miss Je Sais Tout de Poudlard était bien plus attrayant que de rester une seconde de plus dans sa cellule.

Malheureusement, dans sa quête, Hermione s'était fait des ennemis. La communauté avait fait de Severus Snape, le bouc émissaire parfait, l'ennemi à abattre. Autant dire que l'idée de le libérer ne plaisait guère à grand monde. La plupart des sorciers lui avait un premier temps, passé cette lubie grâce à son statut de « meilleure amie du survivant », mais ça n'avait vite plus suffit. Hermione n'avait pas tardé à se prendre une salve d'injures, des regards en biais, sans compter sur le fait qu'elle s'était faite licencier.

Les visites lui avaient été interdites une fois la sentence confirmée, et la date d'exécution prononcée. Qu'à cela ne tienne, Hermione avait réclamé des droits de visites conjugaux pour pallier à cette interdiction, ce qui avait fait déferler beaucoup d'encre. Un véritable scandale avait éclaté, Ron avait prit ses distances, et Snape s'était un peu trop amusé de la situation.

Cela avait débuté la semaine dernière, il n'avait pu s'empêcher d'éclater de rire en pénétrant dans une cellule pourvue d'un lit miteux et d'une Hermione rougissante de gêne. Depuis, il fallait l'avouer, les barrières formelles existantes auparavant entre un professeur et son élève avaient définitivement disparues.

Et Snape passait plus de temps à la réconforter que l'inverse, ce qui était d'une ironie sans nom.

« C'est… c'est une longue histoire, finit par souffler Hermione en baissant la tête.

_ Severus a eu le don de se mettre dans des tas de bourbiers, balança la jeune femme en plissant les yeux. Je suppose qu'il a survécu à la guerre, et qu'on lui a fait porter le chapeau d'être « le bras droit de Voldemort » sans tenir compte du fait qu'il était un agent double depuis le début ? »

Hermione ouvrit la bouche, puis la ferma, un peu bêtement.

« C'est à peu près ça, lâcha-t-elle d'une voix trainante.

_ Il faut que je le vois, balança Hermione sans préambule.

_ Oh, du calme ! Je ne suis même pas sure de qui tu es vraiment.

_ Qui d'autre que toi et moi voudrions sauver les miches de Severus Snape à tout prix exactement ?

_ Peut-être… sortit-elle avec suspicion. Mais je ne veux prendre aucun risque.

_ Aucun risque ? Quels risques ? Il est à Azkaban et condamné à mort ! Rassure-toi, une fois que ce sera fait, je partirais. Néanmoins, j'ai besoin de son aide pour cela. Pour une fois, mon but premier n'est pas tant de le sauver que de me sauver. Je suis… dans de beaux draps, je le crains, soupira Hermione. »

Son interlocutrice tenta bien de garder sa position, mais elle n'y parvenait pas. Elle était vraiment très mal en point, cela sautait aux yeux.

« Comment Snape pourrait t'aider, nous aider, murmura Hermione. Il n'a même pas accès à une baguette, et encore moins un chaudron.

_ Je n'ai pas besoin de sa magie mais de ses conseils et de ses connaissances. Il a toujours été plein de ressources et très intuitif. Seul vous deux, ensemble pouvaient trouver une solution. Pour ma part, je crains être trop faible pour avoir le courage de chercher. »

Hermione soupira d'ennui, avant d'y concéder, presque à contre coeur. C'était que cela faisait si bizarre de se voir dans cet état, refuser serait sans doute revenu à se suicider quelque part. Autant dire qu'il valait mieux tenter le coup de donner un ultime sens à tout cela, après tout.

xXx

Dire qu'elle était dépitée était un bien piètre mot. Son double lui avait tout raconté durant leur chemin jusqu'à la prison.

Visiblement cette Hermione le visitait de façon quotidienne, c'était une bonne occasion pour l'accompagner, et les passeurs n'étaient pas bien regardant. Cette version d'elle doutait même qu'ils fassent le rapprochement entre elles, mais elle avait tout de même choisi la prudence, et avait prêté à la véritable Hermione la cape d'invisibilité de Harry.

Le trajet était ce qu'il y avait de plus fastidieux : il fallait transplaner devant un hangar à bateaux (et elle les détestait vraiment, désormais) afin de prendre contact avec un sorcier qui, conduisant une embarcation assez imposante, les amenait magiquement jusqu'à cette horrible prison au milieu de nul part.

Azkaban était désormais recouvert de brume, mais les détraqueurs se faisaient rares, plus rares qu'avant. Pas mal d'entre eux avaient déserté le poste après la guerre, et le Ministère avait du s'adapter en postant des Aurors. Il avait fallu au moins une heure pour arriver, alors elles avaient passé le temps en discutant de ce monde, du déroulé de la guerre, son issue, leurs histoires respectives.

Cette Hermione et Ron avaient eu une aventure brève, mais ce dernier avait quitté le navire une fois qu'elle s'était mise en tête de sortir Snape de ce bourbier. Alors, en plus de ne pas y être parvenu, elle y avait perdu son job, son fiancé, sa réputation et le respect de ses pairs. Pourtant, elle ne semblait éprouver aucun regret.

Elle avait argumenté en parlant de ses principes auxquels elle ne dérogerait jamais, mais Hermione n'y croyait qu'à moitié. C'est en milieu d'après midi qu'elles finirent au beau milieu d'un couloir de la prison, attendant l'arrivée du gardien qui les escorterait.

« Ne soit pas surprise, ce sont des visites conjugales, lui chuchota son clone. »

Hermione sursauta avant de faire de grands gestes d'incompréhension et d'effarement. Son interlocutrice grimaçait en gardant son regard droit devant elle afin d'éviter de croiser le sien.

« Quoi ? Pardon, mais… quoi ?! Des quoi ?!

_ Je n'avais pas le choix ! Ils m'avaient interdit plus de visites, car la sentence finale avait été prononcée et que je n'avais, selon eux, plus aucune raison de venir le voir.

_ Très bien, je crois que je commence à comprendre, marmonna-t-elle.

_ Ce n'est pas ce que tu crois, finit par s'agacer son double. Il n'y a que l'appellation qui change, mais je ne couche pas avec Snape.

_ Mmmh mmmh, acquiesça Hermione dans le vide d'un air espiègle, ce qui ne sembla guère plaire à l'autre version d'elle-même. »

Cette Hermione grogna et entama la marche. Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle fut accueilli par un Snape étrangement souriant. Etrange, dans ce qui devrait sans doute être le pire moment de son existence, elle ne l'avait jamais vu si heureux de la voir… Enfin, de voir son double du moins.

Lorsque la porte se ferma, Hermione sortit de sous sa cape et vit le visage de Snape changer du tout au tout.

« Vous avez perdu l'esprit d'amener quelqu'un ici, gronda Snape en s'approchant d'elle.

_ Monsieur, regardez là, elle ne vous fait penser à personne ? »

Ils étaient étrangement proches, physiquement. Et Hermione leva un sourcil en constatant cela, car Snape eut toutes les peines du monde à dégager ses yeux de la jeune femme pour les tourner vers elle. Il la dévisagea des pieds à la tête, avant d'afficher une mine étonnée.

« C'est vous ? lui chuchota-t-il en penchant la tête.

_ Je viens d'une autre dimension, où des choix différents nous ont tous amené à une vie différente.

_ Quels choix ? »

Hermione déglutit. Elle passa en revue, ce qui devait être sa « première vie », et se rendit compte qu'elle commençait à s'emmêler les pinceaux.

Il y avait eu l'accident de potions, puis le serment inviolable… Non. Non, le serment inviolable n'avait pas été fait. Le confinement dans ses quartiers venait du monde précédent, ou du second ? Oh merde, elle avait mal au crâne.

Devant son silence, Snape soupira.

« Miss Granger ne finira pas comme vous, balança-t-il.

_ Je le sais, je viens demander votre aide, protesta-t-elle. J'ignore pour quelles raison mon physique et ma santé se dégradent, il faut que je comprenne.

_ Il faut toujours que vous compreniez, lâcha-t-il d'un ton las.

_ Monsieur, faites-le pour moi, s'il vous plait, supplia le clone de la jeune femme. »

Hermione leva un sourcil devant son double qui, le regard implorant, parvint en une fraction de seconde à le convaincre, non sans un soupir.

De là, elle lui raconta toute son histoire. Snape se décomposait au fil du récit, avant de finir complètement mortifié au bout de nombreuses minutes d'un monologue interminable.

Un long silence s'en suivit. Hermione la vraie, rougissait de honte, et son clone avait le regard fixé sur Snape qui semblait plongé dans ses pensées.

« Vous avez réussi à la désarmer, vous dites ? murmura Snape.

_ Sans le moindre effort, sans informulé ni baguette.

_ Vous me dites que vous étiez assigné à une autre école dans la dimension précédente, en Afrique est-ce bien cela ?

_ Oui.

_ La seule que je connaisse porte le nom de Uagadou. Elle est spécialisée dans la magie sans baguette, ils utilisent souvent leurs mains.

_ Et alors ?

_ Alors si vous me dites qu'avant votre précédent voyage, vous étiez incapable de faire ça, que le précédent-moi vous a décrite comme étant une « bombe à retardement », je pencherais sur l'hypothèse qu'à chacun de vos voyages, vous accumuliez l'expérience de la Hermione du monde dans lequel vous venez d'atterrir. Etant un véritable puit sans fond de connaissance, je suppose que vous commencez à petit à petit à déborder de pouvoirs en tout genre et qu'un sorcier quel qu'il soit, est incapable de contenir autant de magie sans se désintégrer. »

Hermione ouvrit la bouche, stupéfaite.

Cette théorie tenait étrangement bien la route. Un peu trop même.
C'était terrifiant. Fascinant, mais terrifiant.

Hermione ne se sentait pas capable de mettre un terme à sa quête, mais ignorait comment s'y prendre.

« Votre retourneur de temps est expérimental également, désigna-t-il.

_ Si on peut encore appeler ça un retourneur de temps, oui, et il a le mérite de fonctionner. Lorsque vous mourrez, je n'ai qu'à tourner les aiguilles afin de changer de dimensions et trouver celle dans laquelle vous êtes encore vivant.

_ Vous n'avez pas décroché le gros lot avec celle-ci, souleva-t-il. »

Lui et ses sarcasmes…

Hermione bouillonna, avant de taper du pied et de détourner les yeux d'agacement. Comme si elle y pouvait quelque chose ! Elle ne choisissez pas où atterrir nom d'un chien.

Un long silence s'instaura dans la salle, et l'ambiance devint vit pesante. Le double d'Hermione ne savait plus quoi dire, ni que suggérer, la véritable Hermione en avait plus qu'assez de ces bêtises, et Snape quant à lui…

« Miss Granger, voulez-vous bien sortir un moment ?

_ Par-pardon ? bégaya la jeune femme.

_ Il faut que je parle de cette version de vous… en privé. »

Cette Hermione sembla rougir… Et la véridique connaissait un peu trop bien cette expression.

La jalousie.

Mais elle n'eut pas le temps de rebondir que la jeune femme s'en alla de la pièce, nom sans en claquer la lourde porte en ferraille.

« Pourquoi l'avez-vous exclu ?

_ Pour protéger ses sacro-saintes oreilles de mes suggestions.

_ Elle est jalouse, alors un conseil : ne vous éternisez pas. »

Snape afficha une mine d'incompréhension.

« Jalouse ? répéta-t-il, incertain.

_ Vous n'êtes pas douée en terme de relation humaine vous savez ?

_ Ça tombe bien : je n'ai pas demandé votre avis. Je vais vous poser une question simple Miss Granger : comment pourriez-vous empêcher votre corps de mourir ?

_ On n'échappe pas à la mort, vous me l'avez dis vous même, marmonna-t-elle.

_ Un sorcier a essayé… »

Hermione plissa les yeux, avant de serrer les dents.

« Vous me suggérez de… de faire un horcruxe ? chuchota-t-elle, en rage.

_ Vous comprenez vite.

_ Vous êtes malade ?! s'emporta-t-elle.

_ Je crains que vous ne saisissiez pas là où je veux en venir Granger et que vous sautiez aux conclusions comme la bonne Gryffondor que vous êtes. »

La jeune femme prit une profonde inspiration et tenta de contenir sa rage, car elle sentait sa magie bouillir… Et ce n'était pas de bonne augure compte tenu de son état actuel.

« Je vais mourir, vous ne pourrez rien y faire. Du moins, ici. Je l'ai compris il y a longtemps déjà et Miss Granger, ma Miss Granger est malheureusement en train de le faire également. Si vous voulez mon humble avis, quitte à crever, j'aime autant éviter de passer par la case « détraqueur ».

_ Je crains de ne pas comprendre…

_ Et moi, je pense que vous savez exactement où je veux en venir. »

Le cerveau d'Hermione Granger tournait à plein régime. Elle avait lu les sombres bouquins cachés dans le bureau de Dumbledore traitant des horcruxes, avant qu'ils ne soient détruits. Il suffisait de réciter une formule spécifique avant d'achever le sorcier, afin que son âme ne se brise et soit enfermé dans un objet choisi au préalable.

Sur le papier, le principe était simple, mais l'entreprendre était tout autre.

« Vous me demandez quelque chose qui me semble au dessus de mes forces, murmura-t-elle.

_ Votre âme est déjà fragilisée Hermione Granger, si tant est que vous lui ressembliez de près ou de loin. Avec ou sans un meurtre, elle sera sur le point de se déchirer.

_ Mon âme se déchire ? répéta-t-elle, éberluée. Mais je n'ai tué personne !

_ Vous côtoyez la mort d'un peu trop près et êtes en train de la défier, cela reviens au même résultat. Continuez, et ce retourneur de temps deviendra une quatrième relique, plus dangereuse que toutes les autres si je puis me permettre. Mais vous ne la détruirez pas, n'est-ce pas ? »

Hermione toucha instinctivement l'objet qui lui enserrait le poignet droit. Elle y avait développé une sorte de dépendance, elle devait l'avouer.

« Quand est prévu la date de votre exécution, souffla-t-elle.

_ Dans deux semaines.

_ Comment pourrait-on s'y prendre ? demanda-t-elle, peu certaine de ce qu'elle était en train de faire.

_ Mon exécution sera publique, et je sais d'avance qu'au vu de votre implication, vous serez aux premières loges. Prenez la place de Miss Granger, je sais qu'elle refusera d'y assister, et lancer le sort avant qu'on ne laisse les détraqueurs entrer.

_ Il faudra beaucoup de puissance…

_ Et nul doute que vous en êtes dotés. Surtout qu'on vous retirera votre baguette afin d'empêcher toute escarmouches.

_ Vous y tenez, n'est-ce pas ? murmura Hermione, incertaine. Vous ne voulez pas mourir de cette façon. »

Snape prit une profonde inspiration, et se leva, l'air impatient.

« Vous pouvez dire à Granger de revenir.

_ Je devrais la convaincre de ne pas venir à votre exécution.

_ Je m'en chargerais, et elle ne discutera pas là dessus. Je lui dirais qu'il faut que vous fassiez un sortilège pour préserver votre monde, ou quelque chose comme ça, marmonna-t-il, la main s'agitant dans les airs.

_ Vous ne voulez pas lui dire la vérité ? »

Snape resta silencieux, n'osant même la regarder en face.

Hermione ignorait ce que ce Snape et cette Hermione avaient traversé, mais elle reconnaissait ce lien, cette chose qui s'étaient tissés entre eux. C'était étrange, de le constater de son point de vue. Depuis son tout premier départ, elle n'avait jamais été dans un monde où ils avaient une relation différente que celle d'une élève et d'un professeur.

« Dites-lui de revenir, lui dicta Snape, mal à l'aise. »

Hermione plissa les yeux. Elle se leva, mais à la place de se diriger vers la porte, elle se planta face à Snape qui eut un léger mouvement de recul.

« Vous comptez faire ça jusqu'à votre mort ?

_ Excusez-moi ? Faire quoi ?

_ Ignorer ce qu'il se passe. Vous en pincez pour elle, accusa-t-elle.

_ Vos voyages ont altéré votre jugement ou votre état mental ?

_ Cela vous paraît si aberrant ?

_ Miss Granger était mon élève, elle est jeune et notre relation a toujours été totalement platonique. Elle a voulu me sauver la peau, et c'est tout à son honneur, mais cela s'arrête là, trancha-t-il. Vous n'êtes pas la seule à vous méprendre, mais je tiens à ce que les choses soient claires.

_ Vous devriez tenter votre chance. »

Snape manqua de s'étouffer avec sa salive. Il la regarda comme si elle sortait d'une autre dimension, et Hermione s'amusa du fait que c'était vrai en réalité.

« Sortez de là, gronda le maître des cachots.

_ Non. Ecoutez…

_ Je n'écouterais rien de ce que vous êtes en train de me dire ! Miss Granger et moi, c'est d'une folie sans nom !

_ En quoi ? Elle a demandé des foutues visites conjugales avec vous, réveillez-vous mon grand. »

Snape se redressa un peu sur ses jambes, mal à l'aise.

« C'était juste pour une question pratique, marmonna-t-il, le regard ailleurs.

_ Vous ne ressemblez pas à un prisonnier d'Azkaban si je puis me permettre, lui lança-t-il, ayant d'ores et déjà remarqué qu'il était particulièrement apprêté pour une simple visite de courtoisie.

_ L'excuse de la visite conjugales donne des privilèges.

_ Et je suis certaine que vous ne crachez pas sur un bon coup de peigne et un costume élégant bien sûr.

_ Je ne vais tout de même pas l'accueillir en guenille.

_ Bien sûr. »

Snape prit une profonde inspiration et ne manqua pas de marquer son impatience, sans pour autant oser l'observer en face.

Il ne le pouvait pas, pas après ce qu'elle suggérait.

« Vos arguments pour que j'engage des avances totalement inappropriées envers cette jeune femme dehors repose donc sur le fait que je souhaite garder le peu de dignité qu'il me reste, pouffa Snape. Que vous soyez dans cette quête avec ma personne est votre problème, mais ne reportez pas cela sur moi voulez-vous.

_ Bien, renifla Hermione. Si vous voulez passer le peu de temps qu'il vous reste à vivre sans en profiter, c'est votre problème, engagea-t-elle en se détournant.

_ Je ne fais pas ça pour moi figurez-vous. »

Hermione porta sa main sur la poignée de la cellule. Ce Snape l'agaçait.

Il répondait peu trop à ses principes habituels, il lui ressemblait trop, et cela lui faisait mal.

Il était la version de lui qui s'en rapprochait sans doute le plus, et il allait mourir. Pire encore, elle devrait le tuer… et son coeur appartenait déjà à une autre. Ou plutôt, à elle, quelque part, sans doute.

Hermione sentit un noeud lui tordre l'estomac.

Le manque.

Severus lui manquait.

« Elle a déjà mis au placard son job, son petit copain, ses amis et la communauté sorcière pour vous. Si vous éprouvez quelque chose, vous devriez agir, avant qu'il ne soit trop tard. Croyez-moi, je sais de quoi je veux parler. »

Sans un mot, ni un regard, elle ouvrit la porte et laissa la place à l'autre version d'elle-même. Elle l'observa étrangement avant d'entrer dans la pièce.

Hermione se dirigea alors lentement vers le corridor, et se laissa adosser contre le mur, soupirant de fatigue.

Elle avait oublié à quel point le maître des potions était aussi tordu que coriace. Elle se préparait déjà, à exécuter son plan car c'était tout ce qui lui restait. Elle ne pouvait tout de même pas rester sur ça, elle le refusait.

Et si elle amassait assez de pouvoirs, peut-être pourrait-elle le sauver, dans un autre monde ? Peut-être pourrait-elle enfin stopper cette course infernale ?

« Qu'est-ce que vous faites là ? Qui êtes vous ? »

Hermione sursauta. Elle fit face à un des gardiens, un auror jeune et qui devait faire des rondes dans ce couloir qui devait être dédié aux cellules conjugales.

« Je… je suis une amie, mentit-elle.

_ De qui ? demanda-t-il avec suspicion.

_ Hermione Granger.

_ Je dois vérifier votre identité.

_ Vous n'avez qu'à lui demander.

_ Oh, mais je vais le faire, une fois qu'elle sera sortie. »

C'est alors que le jeune homme se planta à côté d'elle.

Hermione se crispa un long moment. Elle n'était nullement stressée par ce garçon, mais sa présence l'empêchait de réfléchir. Et seigneur elle avait tant à penser.

Il lui fallait retrouver la formule des horcruxes, étudier le sortilège, préparer un plan. Comment pouvait-elle seulement commencer avec cet imbécile à côté d'elle ?

Hermione ouvrit la bouche, prête à le rabrouer avant de se figer.

Dieu, elle n'avait pas reconnu son visage lorsqu'il l'avait happé, tapis dans l'ombre.

« Ronald ?!

_ Je vous connais ? demanda-t-il en levant un sourcil.

_ Oui. Enfin, non… Ma cousine était une de tes… vos, camarades, durant la guerre, rectifia Hermione en s'embourbant dans ses explications.

_ Votre cousine ?

_ Lavande Brown, improvisa soudain Hermione avant de se figer d'horreur.

_ Hermione est amie avec la cousine de Lavande Brown, balança Ron en fronçant les sourcils, éberlué.

_ Une sombre histoire avec Greyback, ce serait bien trop long à vous expliquer.

_ Si vous le dites… »

Elle n'avait pas croisé de nouveau Ron, l'ayant toujours même sciemment éviter. Elle se sentait encore si coupable de l'avoir blessé, dans son monde. Elle n'osait même le regarder directement. Elle avait encore le sentiment de l'avoir trahi.

Ils restèrent ainsi silencieux un moment. Cela faisait longtemps qu'ils étaient là dedans, non ?

Hermione entendit un soupir, mais crut rêver. Elle rêvait, n'est-ce pas ?

Lorsqu'un autre se fit entendre, elle sentit son teint devenir rouge pivoine et manqua de s'enfoncer tellement dans ses épaules qu'elle se serait assise en boule à même le sol si elle avait pu.

« J'ignorais que vous travailliez ici, balança-t-elle.

_ J'ai fais ma demande d'affectation à la première condamnation de ce salopard de Snape.

_ Oh, je vois. »

Il avait l'air de le haïr, et à pus forte raison. Hermione et lui avaient presque rompu à cause de Snape… même si, elle en était certaine, ils l'auraient fait dans tous les cas.

Cela n'aurait jamais pu marcher entre eux.

Ron et elle étaient bien trop différents, tant dans leurs caractères respectifs que dans leurs passions et leurs aspirations. Ils ne s'accordaient en rien, et leur union aurait été droit vers la catastrophe.

Hermione fut interrompu dans ses pensées par un gémissement, puis deux, trois… Cette foutue salle n'était pas censé être insonorisée ?! Oh seigneur.

Hermione s'enfonça alors sur place, plongeant peu à peu son visage dans ses mains comme si c'était elle qui était en train de se faire prendre la main dans le sac.

Bordel, il lui avait dit de dévoiler ses sentiments, pas de lui sauter dessus comme un animal !

« Je suis désolée, marmonna-t-elle.

_ Ça m'apprendra, à trainer par ici, gronda-t-il.

_ Ecoutez, croyez-moi sur parole à propos de tout ça, je vous assure que je suis venue avec elle et que ma présence est justifiée.

_ Je reste.

_ Bon sang, mais vous le faites exprès de vous imposer ça ?

_ Je me l'impose tous les jours, toutes les semaines depuis un an figurez-vous, gronda-t-il.

_ Et pourtant, mon instinct me dit que vous n'avez jamais entendu ça avant… »

Ron s'apprêta à répondre, mais fut interrompu par un gémissement de trop, parmi d'autres, leurs deux voix semblant se confondre en une passion commune.

D'un geste rageur, le rouquin partit de sa place, laissant Hermione seule, enfin.

Donc, les horcruxes…