Chapitre 17.

Hermione trifouillait sa coupe de vin devant elle, faisant tournoyer son liquide d'un air absent. Deux ans s'étaient déroulée depuis qu'elle avait vaincu le seigneur des ténèbres.

Il n'avait pas été chose aisée de poursuivre son plan. Tout d'abord, peu de ses partisans avaient cru en la mort de Lord Voldemort, et elle avait elle-même fait revenir son corps d'un informulé sans baguette.

Bien vite, la rumeur s'était répandue. La mort de James Potter ainsi que la survie de Lily qui avait assisté à tout cela avaient étayé les dires d'Hermione.

Oui, elle avait bel et bien tué Voldemort. Mais cela ne signait en rien la fin de la guerre.

Hermione avait bien compris par quoi étaient motivés la plupart des sorciers entourant le seigneur des ténèbres : l'excellence. Et cela demeurait son domaine. En plus de cela, force était de l'admettre, elle était désormais dotée d'un pouvoir inégalable.

Hermione n'avait nul besoin de se servir de baguette, et ses sorts redoublaient d'efficacité. Elle avait réussi à vaincre Voldemort, et à détruire tous ses horcuxes d'un seul tour de main. Ensuite, ce fut à Bellatrix Lestrange de la défier. La sorcière avait été meurtrie par la disparition de Tom Jedusor, dès qu'elle avait vu son corps. A peine quelques minutes après son cri d'horreur, la mangemort la plus puissante s'était attaqué à Hermione, et avait finie, terrassée par un puissant Doloris qui l'avait laissé pour morte. Autant dire que cela avait suffit à tous les autres partisans pour vouer une fascination certaine pour elle et à ainsi asseoir son autorité.

C'est suite à cette nuit-là qu'elle avait reprit la main. Elle avait accordé ce qui manquait le plus à ces sorciers : une harmonie. Il était moins question de suprématie du sang désormais que de changer le monde en éjectant toute sorte de médiocrité. Et cela convenait à tous, sauf bien sûr, aux sorciers qui étaient en dehors de ce cercle restreint, ceux qui voulaient le contrôle et Hermione comptait bien le leur substituer.

L'exécution commanditée par eux lui avaient fait remettre les idées en place : ils ne valaient pas mieux, ça non ! Il était temps de faire le ménage, d'éliminer les sorciers qui ne méritaient pas leurs pouvoirs en ce monde et surtout, de le venger…

Autant dire que les yeux de la communauté sorcière percevaient Hermione comme une successeuse dangereuse, plus encore que ce mage noir et quelque part, ils avaient tous bien raison de le penser.

Personne ne la connaissait vraiment, et elle avait volontairement entretenu cela. Pas même Dumbledore ne savait qui elle était, d'où elle venait, et ses intentions demeuraient flous pour certains.

En somme, Hermione avait tenu son rôle à merveille. Elle avait fait en sorte que ces partisans dont elle avait indirectement hérité aient pour but de rendre le monde sorcier meilleur, en excluant les mauvais éléments, peu en importaient la façon, et en entretenant, au contraire de la peur, un climat où elle était si puissante que leur confiance lui était volontairement acquise. Quelque part, elle avait appris cette leçon de sa mésaventure avec Marietta Edgecombe, cette jeune fille qui avait trahi leur groupe lorsqu'ils avaient voulu reconstituer l'ordre du phénix. C'était elle qui avait parlé de leurs manigances à Ombrage, par peur, et elle en avait payé le prix fort : des pustules lui avaient envahi le visage, et n'avaient jamais vraiment disparu, malgré tous les efforts de Pomfresh. Hermione n'avait rien fait pour donner une solution à ce soucis, alors qu'elle était à l'origine de ce sort. Pourquoi ? Parce qu'elle le méritait. Et cela lui avait donné une bonne leçon !

Hermione avait appris que la peur et la crainte étaient efficaces, mais aussi un facteur trop puissant pouvant amener une traitrise de quiconque un jour ou l'autre, tandis que la sécurité, la fascination, le sentiment d'être utile, indispensable, l'union, étaient des moteurs bien plus fiables. Elle n'avait donc aucun interêt à entreprendre toute cette vengeance et ce remaniement seule.

En outre de ce ménage plutôt drastique, Hermione s'était particulièrement concentré sur Mulciber ainsi d'ailleurs, que sur tout élément menaçant Snape de près ou de loin.

Cela avait prit des mois. Et la crainte avait demeuré un certain temps lorsque des mangemorts avaient disparus.

Hermione avait du tout faire seule, n'osant donner sa confiance en personne. Après tout, elle ne savait toujours pas qui avait vraiment tué son Severus Snape. Si c'était Ronald Weasley, alors… elle ne préférait pas y songer.

Mais pour le moment, elle avait tout juste terminé de recenser les sorciers présents à son exécution. Il ne lui restait plus qu'à enquêter sur eux.

Hermione soupira ainsi une énième fois.

Ces diners donnés par les Malfoy étaient trop longs et sa tâche trop importante. Tous ces sorciers défilant pour faire étalage de leurs exploits, cela avait fini par la fatiguer à force. Plus rien ne l'impressionnait vraiment, mais elle y assistait, uniquement pour les encourager et surveiller Severus de près. Ce dernier ne semblait pas de meilleure humeur d'ailleurs. Les réunions, ce n'était pas son truc de toute façon. Surtout qu'elle avait tout fait pour entretenir une mésentente entre eux, de peur de se rapprocher de lui par mégarde. Cela lui avait couté, mais c'était mieux ainsi.

Elle avait épargné Lily uniquement pour lui, aussi pour motiver son allégeance, mais elle savait d'ores et déjà que cela ne suffirait pas. La mère de Harry le décevrait de nouveau, et adorer quelqu'un était loin d'être dans sa nature. Tout ce qui lui restait pour le retenir, c'était de lui donner un but.

« Severus, interrompit soudain Hermione d'une voix claire.

_ Oui ? demanda le potionniste d'un air douteux.

_ Qu'en penses-tu ? »

Snape continuait à plisser les yeux. Il fermait volontairement son esprit, il l'avait fait immédiatement et elle ne lui en avait pas tenu rigueur, au contraire de ce qu'avait pu faire Voldemort.

Mais elle aussi, avait clôturé le sien, et cela, elle l'avait deviné, avait créé à la fois une énorme frustration chez lui, mais aussi une curiosité certaine, une de celles qui le maintenait à cette table.

« Je pense… qu'on se trompe. »

Soudain, un lourd silence s'installa dans l'assemblée. Les mangemorts les plus cruels venaient de se taire, abasourdis par l'aplomb de Snape, et le regard fixé sur Hermione.

« C'est-à-dire ? demanda-t-elle, d'apparence détachée.

_ Je suis professeur à Poudlard. Je participe à forger les sorciers de demain. Pensez-vous que ce sont les vieilles mentalités qui importent ? Non, c'est l'avenir qui compte. »

Des semaines qu'elle évitait ce sujet, et voilà qu'il décidait de l'aborder de la sorte, et en public. Hermione se mordit l'intérieur de la joue. Elle se devait de rester neutre, ne rien laisser transparaître, aucun traitement de faveur et surtout, protéger sa couverture.

« Pour cela, vous devriez prendre la place d'Albus, finit-elle par clamer. Cela permettrait d'avoir plus de contrôle sur les sorciers de demain.

_ Impossible, trancha-t-il. »

Impossible ?

Hermione plissa les yeux.

Etait-il resté fidèle à Dumbledore, malgré la disparition de Voldemort, malgré la survie de Lily ? Elle avait ce doute tenace depuis tout ce temps.

Il fallait qu'elle en ait le coeur net, mais pour cela…

« Albus Dumbledore est un brillant sorcier, mais utopiste. Sénile, peut-être même, non ? Convainquez-le de prendre sa retraite.

_ Il refusera, j'en suis certain.

_ Qui vous a dit de lui demander son avis ? »

Le sous entendu était clair, cette fois.

L'assemblée tout entière afficha une mine surprise, et estomaquée. Sans doute prenait-il ça pour une espèce de vengeance. Tuer Albus Dumbledore ressemblait davantage à une exécution par procuration. Il risquait Azkaban, la prison, la mort. Pourtant, elle le savait capable d'accomplir cette mission. Il la détesterait, si ce n'était pas déjà fait… et c'est le coeur serré qu'elle réalisa que c'était nécessaire.

Un duel de regard s'engagea entre elle et lui. Il continuait à consulter Dumbledore, elle en était maintenant certaine. Oh bien sûr, elle aurait préféré tuer ce vieux fou elle-même, cela n'aurait même pas été si compliqué que cela, mais elle risquait de griller sa couverture.

Hermione n'avait aucune confiance en cet homme, dans son monde, dans les autres, et dans celui-ci. Qui sait de quels autres pouvoirs il pouvait être doté ?

« Je sais que cela peut vous paraître singulier. Pourquoi éliminer un excellent sorcier tel que lui ? En réalité, entendez bien qu'Albus a atteint son apogée il y a de cela bien des années avant de se laisser berner par le remord, par le pouvoir, sans en accepter les retombés. Il maintient un statut quo qui n'est pas en adéquation avec notre idéologie. Osez me dire le contraire. »

Snape resta aussi impassible que muet. Il était néanmoins clair qu'il n'approuvait pas.

« Tuez Albus Dumbledore. Maintenant, partez, s'adressa-t-elle, agacée à l'assemblée de sorciers. »

Hermione soupira de lassitude, et plissa soudain les yeux vers Karkaroff. Elle se souvenait parfaitement de lui, dans un passé maintenant bien lointain.

Il était revenu à cette table lorsque Voldemort était tombé. Hermione ne faisait guère confiance en beaucoup de monde, mais pour ce genre de choses, elle n'avait pas le choix.

« Igor, un mot. »

L'homme, plus jeune et dépourvu cette fois de toute trace grisonnante sur son bouc s'avança prudemment vers Hermione, l'air intrigué.

Cette jeune femme lui paraissait moins dangereuse que Voldemort, certes, mais il restait sur ses gardes.

« Madame, salua-t-il en se penchant.

_ J'aimerai que vous surveilliez Severus pour moi. »

Igor fronça les sourcils, incertain.

« Je connais vos facultés en matière d'enseignements, et vous avez de grandes capacités s'agissant d'autorité et de compétitivité.

_ Vous me proposez de rentrer en compétition avec Severus ?

_ Non, cingla-t-elle. Vous allez vous débrouiller pour me donner un compte rendu de ses activités.

_ Bien. »

xXx

Severus Snape était rentré dans ses quartiers, tant enragé qu'il envoya valser le contenu de son bureau sur le sol.

N'avait-il pas créé un monstre en acceptant d'aider cette sorcière ?

Pourtant, sur le moment, ses mots avaient été si convainquant et ceux de Lily, si blessants. Comme d'habitude, il avait agit par pur sentimentalisme. Mais il avait déjà juré allégeance à Albus avant d'arriver chez les Potter ce soir-là, et le voilà de nouveau coincé, quelque part.

Lily était bien vivante, mais refusait de lui parler, et il allait devoir s'en prendre à la seule personne qui ne faisait pas encore de sa vie un enfer. Même s'il n'était pas toujours d'accord avec Albus concernant sa façon d'agir, de penser, il n'avait jamais vraiment songé à le tuer. Il ne faisait plus ça.

L'idéologie de cette jeune femme l'avait séduit pourtant. L'excellence avant tout, mettre au placard le médiocre, sur le papier, cela correspondait à tout ce à quoi il aspirait… mais y être confronté était tout autre chose. Depuis qu'il connaissait Albus, et les retombés que pouvaient avoir ses choix douteux, le coeur de Severus n'avait de cesse d'être tiraillé entre le bien et le mal. Avant, il ne savait guère ce qui n'était pas bien, personne ne le lui avait appris. Mais maintenant…

Tuer Albus pour prendre son siège, il n'aimait vraiment pas cette idée. Severus voulait trouver sa place sans avoir à la prendre à qui que ce soit. Mais elle lui avait demandé, ordonné même. Et nom d'une chouette, les yeux rouges du seigneur des ténèbres inspiraient la crainte, mais ses yeux à elle donnait un espace de besoin viscéral de tout lui servir sur un plateau d'argent.

A cette pensée, Snape frissonna. Devenait-il comme Bellatrix Lestrange ? La pauvre fille… Il en était hors de questions !

Cela le tuait, de trahir Albus comme de la trahir elle, cette idée le torturait comme celle de leur obéir. Dans quel bourbier s'était-il mis ? Petit à petit, il commençait à la détester. Elle et ce ton supérieur, elle qui l'obligeait à choisir, à faire face à ses erreurs, elle qui avait indirectement chassé Lily de sa vie après l'avoir sauvé, cela revenait au même que de l'avoir tuer…

De même qu'il avait du faire un travail de deuil, sa propre attitude, son choix ce soir-là commençait peu à peu à le hanter. Albus avait été un soutien inattendu pour cela. Bien que son allégeance n'ait plus vraiment à être d'actualité, Albus l'avait conforté dans son choix, lui narrant les penchants bancals qu'il avait entretenu avec Grindelwald avant que sa conscience ne reprenne le dessus. Malheureusement, il avait fallu une catastrophe pour cela, et il avait voulu éviter à Severus de faire ce travail seul.

L'un comme l'autre, Snape se sentait terriblement tiraillé. Voldemort n'était plus, mais il ne pouvait nier la dangerosité de cette jeune femme qui avait pris sa place, de même que son magnétisme certain, et surtout, son discours, ses idées, son ton convainquant, son pragmatisme et sa puissance… Voldemort avait utilisé des tas de stratagèmes pour ameuter ses troupes, de la marque, jusqu'à l'impérium ou la menace, mais elle… il ne lui suffisait que d'un regard, une parole. En ce qui le concernait, du moins.

Ces réunions avaient perdu de leur coté anxiogène depuis, et une compétitivité plus « saine » s'était instauré entre les mangemorts, même s'il ne niait pas que certains entreprenaient des méthodes fourbes et drastiques. N'était pas Serpentard qui voulait, après tout.

Lorsque Rita Skeeters, une journaliste intrusive s'était mêlé de ses affaires, Hermione l'avait ramené, enfermé dans un bocal sous sa forme animagus, la posant sur la table comme une vulgaire bestiole et tapant régulièrement sur le verre pour la narguer… avant de la libérer, terrorisée. C'était cela qui changeait de Voldemort, qui lui, l'aurait tué elle et toute sa famille sous le coup de l'offense. Et aussi horrible que cela puisse être, les méthodes employés par Granger lui parlaient, l'amusaient même parfois… Néanmoins, Albus avait raison.

Elle n'était pas fiable, elle était trop puissante, trop imprévisible, ses desseins trop incertains, elle devait être surveillée, avoir un garde fou. Mais comment en avoir un avec tant de pouvoirs ?

Il n'osait l'affronter, pour Lily. Encore au fond de lui, Severus avait espoir qu'elle revienne vers lui, comprenne qu'il avait participé à son sauvetage ce soir-là. C'était si utopiste, mais il ne pouvait s'en empêcher, même si elle ne le méritait pas assez au vue de son mépris. C'était ainsi, il l'aimait, il aimait autant sa bonté que la folie de sa nouvelle dirigeante, et il était aussi nostalgique de l'amour qu'elle lui avait accordé que de l'attention que lui donnait Granger. Heureusement, Albus tentait de le raisonner, non sans peine.

Severus observa le contenu de son bureau étendu sur le sol, et soupira, avant de se laisser tomber, dos contre le mur, les fesses par terre et la tête enfouie dans ses épaules comme une tortue dont la carapace fissuré pouvait maintenant être si fragile.

Tuer Albus était impensable, quitter les mangemorts aussi, désobéir à sa nouvelle « préceptrice » de l'ordre de l'absurde, et oublier Lily encore plus.

Il était maintenant perdue… et commençait à détester cette femme pour cela.

xXx

Severus tournait en rond devant le bureau du directeur comme un lion en cage. Il n'imaginait pas la possibilité de la trahir, trahir Granger qui avait sauvé Lily, trahir Granger pour retrouver son amour de jeunesse. S'il le faisait, alors, il avait tellement plus de chances qu'elle revienne vers lui. Mais à quel prix ?!

Sans Granger, Lily aurait été morte ! Comment pouvait-elle continuer à lui tourner le dos après ça, à l'ignorer, à s'entêter dans cette voie ? Pour la première fois, Severus réalisait qu'il lui en voulait surtout à elle.

Dire qu'elle n'avait pas eu une seule fois la présence d'esprit de remettre en question son jugement après avoir été trahi par un sorcier de pacotille qu'elle considérait comme un « ami ». Si Peter Pettergrow était devenu un traitre, pourquoi ne remettait-elle pas son mauvais rôle à lui en question ?

« Severus, j'entends tes pas depuis mon bureau. »

Snape plissa les yeux vers le directeur. Depuis quand avait-il ouvert cette foutue porte ? Le directeur de Poudlard, vieux et excentrique resta dans l'entrée de la pièce, le regard espiègle fixé sur son professeur de potions.

« Tu es soucieux, dit-il sobrement.

_ Non.

_ Il y a quelque chose que tu voudrais me dire ? »

Le sorcier ferma la bouche avec fermeté. Le voilà, il était au pied du mur.

Elle ou lui, Hermione Granger ou Dumbledore.

Snape prit une profonde inspiration avant de lever les sourcils.

« Non. »