Chapitre 19.

« C'est…un horcruxe.

_ Un horcruxe ? répéta Snape, hébété. »

Impossible.

Cet objet ne pouvait être un horcruxe. Il avait eu vent de l'existence de cette magie, noire et puissante, affreuse aussi, au demeurant. Le genre d'objet maudit qui était ensorcelé dégageait d'horribles vibrations… mais pas celui-ci. Du moins, Snape n'avait rien senti de tel.

Cela faisait maintenant plusieurs jours qu'il l'avait en sa possession, et il n'était en rien devenu plus fou qu'il ne devrait l'être avec un horcruxe provenant de cette sorcière plus puissante que toute celle qu'il ait pu rencontrer. Cela n'avait pas de sens.

« Vous avez du mal l'observer.

_ Me prends-tu pour un amateur Severus ? demanda gentiment Albus. »

En guise de réponse, le directeur reçut un grognement animal, et s'en contenta.

« Cet… horcruxe-ci est peu habituel, j'en conviens.

_ Que voulez-vous dire ? demanda Snape avec suspicion. »

Dumbledore se leva, et sans un mot, s'approcha de sa bibliothèque personnelle pour en ressortir un ouvrage. La tranche était bleu nuit, et la couverture aussi ancienne que plutôt banale si on mettait de côté l'étrange symbole un peu morbide en relief. Il l'ouvrit à une page spécifique et le tendit à Snape qui leva un sourcil.

Le sorcier prit le livre avec précaution, et jeta un regard curieux sur ce dernier. Il y était dessiné toutes sortes de schémas complexes ainsi qu'un descriptif détaillé à propos de cette méthode de magie noire. C'était un peu laborieux et assez… affreux. Snape grimaça un instant avant de marcher d'un pas méditatif, le bouquin ouvert dans une main tandis que l'autre était affairée à tripoter nerveusement sa mâchoire.

« Cela vous étonne que cette sorcière ait pu concevoir un objet pareil ? finit-il par demander après un certain temps de lecture.

_ Je comprenais sans peine la recherche d'immortalité de Tom Jedusor, mais celle de cette Granger m'échappe, avoua Dumbledore avec prudence.

_ Quelle surprise, se contenta de répondre cyniquement Snape avec un ton détaché, vous ne la connaissez pas, elle n'a pas été votre élève, elle.

_ Personne ne la connait, c'est là tout le mystère. J'irais même jusqu'à dire que personne au monde n'a connaissance de son existence.

_ Quel est le lien avec cet horcruxe ? Elle a pu tout à fait tuer la seule personne importante dans sa vie, ce qui expliquerait d'ailleurs pourquoi elle est une parfaite inconnue.

_ Peut-être, sauf que cet horcruxe ne dégage pas l'énergie habituelle qu'on pourrait attendre d'un pareil objet. »

Cette fois, Snape fronça les sourcils, et finit par fermer le manuel en le claquant bruyamment de sa main gauche. Agacé, il le posa sans ménagement sur le bureau du directeur.

« Je déteste les devinettes.

_ Il n'a pas été uniquement alimenté de magie noire Severus. J'ignore même par quel miracle il n'a pas encore explosé, c'est un véritable paradoxe. Cette montre est l'aporie du monde sorcier. Un horcruxe est le fruit même de la magie noire, il ne peut contenir que cette essence, et rien d'autre. »

Lorsque Dumbledore vit Severus lever les yeux au ciel, ce fut une des rares fois où le directeur sembla perdre patience.

« Severus, ne prends pas ce que je te dis à la légère, le mit-il en garde. Cette horcruxe possède le même pouvoir ensorcelant et envoutant que peuvent comporter un tel objet, en dehors du fait qu'il ne s'y dégage presque rien de mauvais.

_ Presque ?

_ Il doit y avoir un pourcentage de magie noire inférieur à 30 pour-cent. Or, c'est physiquement impossible. Méfie-toi de cette objet, il serait bien plus en sécurité à Poudlard.

_ Non ! »

Albus fronça les sourcils avant de marquer un temps de silence. Snape resta ainsi stoïque, avant de relever les yeux d'un air faussement fier.

« Je vois qu'il a déjà eu une incidence sur toi.

_ Absolument pas, nia Snape d'un ton catégorique. »

Le sorcier tendit alors sa main d'un air pressant vers Dumbledore. Celui-ci le regarda bien étrangement, avant de lui rendre la montre, à contrecoeur.

Du mieux qu'il le put, le professeur de potions cacha son soulagement. Il serra un instant l'objet au métal si froid dans sa paume, avant de le mettre dans sa poche, sans pour autant le lâcher. Il ignorait le pouvoir de cette chose, mais avec elle, il se sentait… entier.

Et sans elle, vide de tout sens. Tout à coup, le visage de Granger lui vint en tête et s'il fermait les yeux, il pouvait presque percevoir ses pupilles, humides et terrifiés. Snape se secoua la tête avant de lâcher la montre et de rebrousser chemin sans un mot.

xXx

Hermione se tenait assise sur un rocher, tout prés de la rive. Il faisait presque nuit, et la pluie battait son plein. Ainsi, la prison d'Azkaban était à peine visible. Elle frissonna avant de trembler de tout son corps, plissant les yeux vers la bâtisse menaçante.

Qui voudrait retourner en ces lieux après qu'il y ait été exécuté ? Elle ne le sentait pas, vraiment pas. Cette fois elle le savait, il ne mourrait plus. Elle avait bien assez de pouvoir pour le lui empêcher. A quel prix ? N'importe lequel, elle était capable de le payer, surtout après ce qu'elle avait fait.

Severus Snape s'avança jusqu'au point de téléportation avant de se figer, quelques mètres devant. Il plissa les yeux vers la silhouette de la jeune femme assise là, dos à lui, contemplant ce paysage un peu morose.

Il sentit ainsi son estomac se serrer, sans pour autant se l'expliquer. Ce spectacle bouleversait des choses en lui, des pensées étranges, des réflexes qu'il n'expliquait pas. Il eut le besoin soudain viscérale de tout annuler.

Il était tordu à l'idée de rebrousser chemin, inventer une excuse, mais pour quoi faire par la suite ? Il n'était pas homme à changer d'avis, ni de ce genre de… lâche qui écoute ses inquiétudes. Et quelles inquiétudes, d'ailleurs ?

Granger était la sorcière la plus intelligente et compétente qu'il n'ait jamais rencontré, et il était de notoriété que lui-même était un des sorciers maîtrisant le mieux les patronus, en dehors de Minerva bien entendu.

A eux deux, ils n'auraient aucun mal à anéantir assez de détraqueurs pour libérer Grindelwald. Ainsi, ce dernier pourra finir ce qu'il avait commencé, et le libérer du poids de cette mission.

De son côté, Hermione savait qu'il était vitale pour sa survie que Dumbledore meurt. Dans tous les univers qu'elle avait traversé, il n'avait jamais survécu, de toute façon. Il était l'obstacle le plus important dans sa mission à elle, car c'est cette guerre entre Voldemort et lui qui avait été la cause première de sa mort. Autant dire que tuer Voldemort n'avait été que la première étape.

Sans compter sur le fait que sa couverture ne tarderait pas à être découverte. Il fallait qu'elle raye son nom du registre avant qu'il ne puisse y apparaître, et cela se ferait le jour même de l'apparition de ses pouvoirs, autrement dit, dans très peu de temps.

Alors Hermione songeait à tous ces autres univers dans lesquels elle avait vécu. Peut-être comportaient-ils tous, à leur façon, un élément d'apprentissage pour lui permettre de le sauver ?

Sa théorie tenait la route, autant que celle dictant qu'elle était elle aussi, la cause de sa mort. Il y avait cependant une dernière spéculation qu'elle refusait d'envisager.

« Granger. »

Hermione sentit un frisson lui parcourir le bras, et serra les dents afin de le cacher. Snape villa crispation de sa mâchoire, et interpréta cela comme une montée de stress. Alors, il eut d'autant plus envie de rebrousser chemin, car si elle angoissait, alors cela signifiait sans doute que le danger était grand, et il refusait de le lui faire encourir.

Merde, elle était la seule à le respecter depuis plusieurs décennies, cela ne valait pas le coup !

« Nous ne sommes que deux ? demanda-t-elle en retroussant les manches.

_ Vous connaissez d'autres sorciers de notre côté sachant faire apparaître un patronus ? »

Hermione sourit avec un amusement étrange. Snape fixa son rictus étrangement, et Hermione détourna le visage lorsqu'elle remarqua sa fixation sur ses lèvres.

« Mon patronus n'est guère un animal majestueux, avoua-t-elle enfin en se raclant la gorge. »

Snape fronça les sourcils avant de laisser son regard se perdre dans le vide. C'était sans doute la première fois qu'une sorcière aussi puissante dévoilait ses faiblesses de la sorte. Lui-même ne le faisait jamais.

Alors, que pouvait-il répondre ? Il n'avait jamais vu son patronus, et en toute franchise, il n'était même plus sur non plus de la nature du sien depuis sa rupture définitive avec Lily. Même s'il l'aimait encore, il sentait son esprit changeant à son égard. Mais il n'était guère un exemple pour se moquer du patronus de quiconque.

« Ce n'est pas la grandeur qui importe, mais la puissance qu'on y insuffle, finit-il par dire. »

Et si ses souvenirs n'étaient plus aussi puissants, songea-t-elle avec effroi.

Car ce dont elle se remémorait était toujours teinté d'abandon et de souffrance, ces réminiscence avait maintenant un goût doux-amer qui pourraient fortement influencer la puissance du sort. Enfin, elle n'avait jamais excellé dans l'exécution de ce dernier.

« Il suffit de se remémorer où nous puisons la force nécessaire pour le faire apparaître, ajouta Snape, le regard songeur. »

Hermione observa une seconde le profil de Severus avant de détourner le regard.

xXx

Pénétrer la prison Azkaban avait été presque trop facile. Hermione était sans doute la seule sorcière à en connaître les dédales avec une simplicité surnaturelle, à force de les avoir parcouru en dessous de la cape d'invisibilité.

Seulement, lorsqu'elle l'avait fait, les lieux étaient gardés par des aurores. Esquiver des sorciers était une chose, éviter des êtres non mortels se nourrissant de misère humaine en était une autre.

Dès leur arrivée, le sort lui était resté bloqué dans la gorge de sorte que seule la biche de Severus avait été un rempart suffisant aux trois pauvres détraqueurs qu'ils avaient croisés. Mais, comme pris d'une folie, ils n'avaient pas rebroussé chemin pour autant.

Snape tout comme elle doutaient, sans vraiment se l'avouer. Et Hermione commençait à penser qu'elle ne serait pas à la hauteur, cette fois.

Elle avait été malade d'imaginer pouvoir affronter ça. Le revoir en ces lieux la rendait incapable d'agir, figée comme une statue de cire. Seuls ses pieds obéissaient avec automatisme, mais sa tête ne suivait plus.

Bien qu'ayant évité plusieurs pièces compromettante, Hermione n'avait pu anticiper les étages supérieurs qu'elle n'avait quant à eux, jamais visité. Et ce n'est plus trois ou quatre détraqueurs qui leur barraient le chemin, mais des centaines qui, dès qu'ils les croisaient, se mettaient à les suivre, de plus en plus vite, de plus en plus nombreux. Les cellules s'enchainaient les unes après les autres, par dizaines, par centaines.

Leur chiffre n'avaient aucune cohérence, tandis qu'elle entendait le souffle rauque de ces créatures aspirant tous ces souvenirs si douloureux qu'ils lui revenaient en mémoire au fil des secondes.

Inconsciemment, le rythme des pas de la jeune femme baissait alors que la souffrance liée à sa mémoire commençait à se muer en douleur bel et bien physique.

Elle marmonna un juron en manquant de tomber, gémissant d'un mal qui envahissait son esprit et le paralysait.

Snape sentait cette aura de détresse l'entourer lui aussi, mais il arrivait à conjuguer avec cela. La misère était une amie de longue date.

« Granger, appela-t-il en s'avançant vers elle, mi agacé, mi inquiet.

_ On doit trouver Grindelwald, marmonna-t-elle.

_ On part, trancha Snape. Je tuerais Albus moi-même.

_ Non ! J'ai été… idiote de te demander ça. »

De nouveau, Hermione tomba à genoux, cette fois bel et bien en pressant ses paumes contre ses tempes.

Le regard de Snape changea alors, passant de l'énervement à une panique plutôt palpable.

Granger était en difficulté… Comment pouvait-elle être en difficulté ?!

Il resta un instant sidéré, mais se reprit lorsqu'au delà des sanglots étouffés, sa biche s'élança machinalement contre le détraqueur le plus proche qui commençait à flotter au dessus de la jeune femme.

Alors, Snape serra les dents et courut vers elle avant de lancer de nouveau son sort, créant un bouclier puissant, et derrière lequel les détraqueurs s'écrasaient en un bruit sourd.

Mais cela, oh non, cela n'était clairement pas pour lui.

« Faites-le, lui dicta-t-il durement. »

Hermione se secoua la tête, les paumes toujours contre ses oreilles cette fois tandis qu'elle entendait de nouveau le dernier soupir de Snape, son visage blanc et vide après qu'il se soit suicidé, son corps face contre terre dans son couloir. Celui-ci était le pire… C'est alors son propre cri perçant qui se mit à siffler dans ses oreilles.

Elle n'entendait plus Snape l'appeler, jusqu'à ce qu'il détache lui même ses mains de son visage en fixant ses yeux dans les siens.

« Hermione, cria-t-il enfin avec force, troquant son nom contre l'usage de son prénom qu'elle n'avait plus entendu depuis… bien longtemps… »

Cela lui provoqua comme un électrochoc et la jeune femme fixa alors son professeur avec incrédulité. C'était comme s'il l'était redevenu, tout à coup et le brut de son cri se tut un instant.

« Je ne mourrais pas du baiser du détraqueur ce soir, c'est clair ? Alors dois-je vous apprendre de nouveau le geste ou allez vous enfin vous décider à utiliser votre légendaire savoir pour nous sortir de cette merde ?! »

Il était de nouveau là, avec elle.

Ce Snape, était à peu de chose près, son Snape. Elle le reconnaissait avec une lucidité soudaine et effarante.

Alors, Hermione se tourna vers le bouclier vacillant devant elle et n'eut qu'à lever la main pour faire apparaître une chauve souris de la taille d'un dragon, qui, en un battement d'ailes, fit s'envoler la foule d'une centaine de détraqueurs tout au bout du couloir, plusieurs centaines de mètres plus loin.

Après un soupir de soulagement et d'épuisement, Snape lâcha son bouclier, et tout deux prirent quelques secondes de pause pour se remettre de leurs émotions. Snape s'étala non sans mal sur le sol froid de la prison, esseulé.

« Si j'avais su qu'il fallait vous hurler dessus pour vous faire réagir, finit-il par lâcher, encore haletant de stress. »

Hermione était elle aussi, essoufflée, son corps éprouvé par l'épreuve de douleur qu'elle venait de vivre. Elle trouva néanmoins la force de rire d'amusement au milieu de cette pagaille.

« Il faut croire que vous ne savez pas encore tout de moi, Severus Snape. »

La sorcier leva un regard suspicieux vers la jeune femme. Au beau milieu de ce couloir morbide, les cheveux plus ébouriffés encore qu'à l'ordinaire, il fut frappé par son sourire et son regard pétillant. Pourquoi et comment faisait-elle pour soudainement, éclater de beauté alors qu'un nuage de ténèbres flottait au dessus de sa tête à peine trois minutes en arrière ?

Cette sorcière était folle. Incroyablement, brillamment et magnifiquement folle à lier. Et, dans cette situation quasi dramatique et plus que suicidaire, il sentit un rire nerveux le parcourir.

Hermione se rejoignit et rapidement, ils rirent de la situation qui pourtant, n'avait bel et bien rien de drôle à l'heure actuelle.

« On va mourir, balança-t-elle avec un détachement terrible.

_ Non, on ne mourras pas, se calma Snape. Pas avec ce patronus, souleva-t-il.

_ J'ignore si je trouverais la force de le faire réapparaître.

_ Peut-être devrais-je vous insulter la prochaine fois pour créer un souvenir heureux ? »

Hermione répondit cette fois, par un rire aussi franc qu'amusé. Elle se calma au bout de quelques secondes, et se mordit l'intérieur de la joue.

« Bon, aidez-moi à me relever. »

Snape s'avança machinalement vers Hermione et passa un bras autour de sa taille avant de la remettre sur pied. Elle fixa son visage avec un trouble certain. Elle n'avait pas sentit le moindre toucher de sa part depuis tant de temps à présent. Elle ne put s'empêcher de laisser son regard bloqué sur son visage, et sa bouche, si proche et si éloigné d'elle à la fois.

« Vous me vouvoyez, murmura-t-il, troublé lui aussi, par leur proximité.

_ Les… vieux réflexes ont la vie dure, chuchota-t-elle, elle aussi, l'esprit dans le brouillard.

_Vous êtes blessée ? »

Hermione remua machinalement sa cheville, et se remémora soudain cette fois où elle s'était cassé la figure dans les couloirs, dans le corps de Snape. Son coeur rata un battement, et elle serra le poings. Machinalement, comme si sa magie répondait à sa place, une nuée de chauve souris tournoyèrent au dessus de leur tête.

Snape leva les yeux vers le plafond et soupira.

« Vous auriez pu faire ça avant.

_ Désolée, grimaça-t-elle. »

Il ne la lâcha pas pour autant.