Chapitre 20
La mission eut un succès somme toute… relatif. Ils avaient trouvé Grindelwald, mais le sorcier demeurait imprévisible. Oh bien sur, sa rancune tenace envers Dumbledore n'avait pas tari. Après sa libération, cela ne deviendrait qu'une question de temps avant qu'ils ne reprennent leur conflit d'antan et que Dumbledore finisse sous le joug impitoyable de cet ancien sorcier.
Snape n'arrivait pourtant pas à éprouver de remords. Il avait la sensation qu'Albus savait. Comment ? Aucune idée, mais ce vieux fou savait.
Leurs réunions devenaient de plus en plus sommaires, rébarbatives et peu étoffées. Mais c'était plus fort que lui. Comment trouver la force de faire semblant ? Il n'arrivait pas à réfuter entièrement Granger, à ne pas lui être fidèle, c'était presque contre nature pour lui.
« Severus ? appela une dernière fois Albus de son air mystérieux habituel avant que le maître des potions ne s'en aille.
_ Oui ?
_ Que pense-tu d'elle ? »
Le sorcier resta impassible, même si son alarme intérieure venait de sonner l'alerte. Alors, il demeura silencieux de longues secondes.
« Je comprendrais n'importe quelle position que tu adopteras vis-à-vis de Granger. »
Rien ne servait d'esquiver, il savait très bien où il voulait en venir.
« Je pense qu'elle n'a pas tout à fait tord.
_ En renversant le système ? Favoriser une façon de faire, et les autres qui ne sont pas dignes, qu'en fait-on ?
_ Le monde n'est pas juste, acheva Snape. Il n'est pas plus juste maintenant, le croire est utopiste, et vouloir l'améliorer n'est pas une mauvaise chose.
_ Il s'agit de donner sa chance à tout le monde.
_ Même à un loup garou qui pourrait tuer un de vos élèves, Albus ? demanda Severus, un sourcil levé. »
Le directeur resta perplexe, les yeux plissés et la mine fermée.
« Oui, même à un loup garou, finit-il par admettre avec intransigeance.
_ Alors vous privilégiez la liberté à la sécurité, laissez-moi souligner que c'est discutable.
_ Nous faisons tous des choix, nous y sommes obligés.
_ Non, c'est faux ! Qui me donne le choix, à moi ? s'exclama soudain Snape, hors de lui. »
Il ne voulait pas le tuer, ni sa mort, ni la trahir. Mais depuis la tentative de meurtre sur Lily et son fils, depuis la mort de James, il se trouvait enchainé à Albus à travers un pacte qui n'avait même plus lieu d'être. C'était injuste.
Tout semblait écrit d'avance : Albus mourrait, Granger finirait par se faire détrôner, dépassée elle-même par son système pyramidal et lui, qu'adviendrait-il de lui ? Il ne voulait aucun des deux mondes proposés par ces deux-là, il aurait aimé raisonner Granger, il n'avait pas réussi. Quant à Albus, ce n'était même pas la peine d'essayer. Bien sur, la proposition de Granger était tentante, très tentante, correspondant presque en tout point à ce qu'il recherchait, mais depuis quelques temps, Severus ne savait plus vraiment s'il voulait tout cela.
Il était fatigué et l'idée de finir ses vieux jours seul dans un bicoque perdue au milieu de la forêt à fabriquer des remèdes pour l'allée des embrumes qu'il enverrait par hibou était de plus en plus alléchante.
Mais il était coincé, encore et toujours.
« C'est injuste de payer pour une erreur de jugement, de jeunesse.
_ Certains estimeraient que ce n'était pas si simple, Severus. »
Le potionniste grogna avant de s'en aller du bureau directorial, plus enragé que lorsqu'il y est entré, et pas moins perdu.
xXx
Granger avait voulu le voir, sans doute pour discuter de Grindelwald, du plan qu'il était censé avoir en tête, de sa promesse et toutes ces merdes dans lesquelles il s'était embourbé tout seul.
Il avait bien tenté d'atténuer la chose, de laisser à penser qu'il avait le contrôle de la situation, mais il n'en était rien. Et Granger n'était guère aussi dupe que Voldemort.
Cette dernière était à bout, tellement qu'elle avait envie de tout envoyer balader. L'envie se ferait bien concrète si la vie de Severus ne serait pas en jeu. Mais à quel prix devait-elle la sauver ?
Elle se mordit l'intérieur de la joue lorsque, face à elle, le sorcier mentait dans le pire des cas, se voilait la face en se tourmentant dans le meilleur. Son estomac se tordit et elle sentit sa gorge se serrer.
« Severus, chuchota Hermione en se secouant la tête.
_ Je sais que cela paraît utopiste, mais je pense que je peux raisonner Grindelwald, il nous dois une faveur, et vous… »
Hermione leva la main vers le sorcier avant de se frotter le front, fatiguée.
Severus s'arrêta dans sa phrase, à la fois agacé et perdu.
« Stop. Ne fais rien.
_ C'est vous qui m'avez mis dans cette situation, se défendit-il.
_ Et je t'en délivre, finit par soupirer Hermione, les mains en l'air. »
La jeune femme se leva, mais Snape l'empêcha de partir, sur un coup de tête.
Il était fou de rage.
Elle ne pouvait pas le mettre dans une telle situation, et l'en sortir… comme ça !
« Pourquoi vous faites-ça, mmmh ? A quoi jouez-vous ?
_ Tu es tourmenté, Severus. Je sais que tu es fidèle à Dumbledore, du moins en partie. »
La jeune femme retira vivement son bras de sa prise avec colère.
« Je ne suis pas dupe. »
Le teint de Snape passa alors par tous les couleurs, avant de se fixer sur un blanc cadavérique.
« Albus ne me connait pas, mais moi si. Il pense jouer aux échecs, que j'ai repris la partie laissée en suspens par Voldemort alors que j'ai juste changé de jeu. Je ne considère pas les gens comme des pions. J'ai mes limites, alors sois libre de cette mission que je t'ai donné et merci pour Grindelwald. »
Snape resta coi avant de réaliser que la sorcière était sur le point de partir de la pièce. Qui sait quand il pourra ravoir l'occasion de lui reparler seul à seul de nouveau. Alors il se tourna vers elle et s'avança, mi choqué, mi colérique.
« Alors c'est tout ?
_ Oui, c'est tout.
_ Vous m'avez utilisé pour sortir Grindelwald et maintenant, je dois accepter de laisser la main ? »
Hermione soupira.
« Je n'avais pas besoin de ce sorcier de prime abord. J'ai voulu t'aider, jusqu'à me rendre compte que je te demandais quelque chose de démesuré.
_ Comment pouvez-vous accepter que je sois fidèle à Dumbledore et à vous en même temps, demanda-t-il, dépassé.
_ Dumbledore est un grand sorcier, mais un peu vicieux. Il était évident qu'il trouverait un moyen de se servir de toi. Rien ne me surprends, et ce serait idiot de ne pas vouloir de toi pour cela. Tu es doué. Mais je ne t'enchaine pas à moi. Ce genre de choses ne me correspondent pas. »
Snape en laissa tomber ses bras le long de son corps, désabusé. Alors il était… libre ? Il se sentait comme un stupide elfe de maison à l'heure actuelle. Impulsivement, il s'en alla de la pièce à grand pas, cette dernière donnant sur un couloir un peu austère et vide. Il rattrapa la jeune femme en deux enjambés à peine et la retourna vers lui, les deux mains tenant ses bras.
Hermione se figea avant de l'observer avec trouble, et une grand part de peur également. D'instinct, elle recula son visage et un silence pesant s'installa soudain.
« Arrête de me regarder de la sorte, accusa doucement Hermione en pointant son index vers Snape.
_ De quelle sorte ? demanda-t-il en plissant les yeux. »
Hermione laissa échapper son souffle par son nez et garda une attitude faussement neutre, même si son coeur tambourinait d'un bruit assourdissant, même si ses oreilles sifflaient, que son souffle menaçait de se couper et que ses jambes pouvaient la laisser tomber à n'importe quel moment.
Snape quant à lui, entendit le bruit de son aspiration avec une précision presque surnaturel, et ce doux son pénétra son esprit même jusqu'à ce qu'il se répercute dans son corps tout entier. Peut-être fut-ce à cet instant qu'il réalisa ce qu'il ne pouvait concevoir encore une minute auparavant. Il baissa le regard, tombant sur cette simple épaule dénudée.
Granger portait toujours des tenues sobres et simples, du noir, souvent, de longs pantalons, des t-shirts, débardeurs sans forme, si banals qu'aucune attention ne pouvait être portée sur son apparence. Il perçut un léger frisson le long de son bras et leva un oeil curieux vers son visage à elle.
Elle qui ne dégageait rien, elle qui semblait si indifférente, insensible, un peu obscure dirait-il même. Et pourtant, l'éclat dans ses pupilles l'attira comme le plus puissant des envoutements. Les yeux plongés dans les siens, c'était comme se faire aspirer en elle l'espace d'une seconde, une seconde ou son expiration souffla sur sa peau, une seconde illusoire où il aurait pu jurer sentir sa poitrine brulante contre la sienne, sa voix contenue dans cette gorge attirant sa bouche, une seconde où sa main se serait perdu contre sa cuisse, la serrant si fort qu'il flirterait avec la douleur, une seconde où sa poigne empoignerait ses cheveux avec ardeur, où il aurait pu la gouter, si elle lui laissait une minute de plus. L'intensité qu'il pressenti manqua qu'il n'en perde la raison, ses dents contre sa mâchoire, sa poitrine, son coeur, sa tiédeur, son souffle, son supplice, leur supplice, c'était comme la sentir toute entière, en une seconde, juste une seule, alors que son corps réclamait déjà que la sauteuse de cette pendule imaginaire ne cesse de tourner.
Cette seconde l'ébranla comme si elle avait duré une éternité, et pourtant, un clignement suffit à y mettre fin.
Hermione sentit sa gorge se serrer jusqu'à sa poitrine.
Qu'avait-elle fait ?
De peur, de colère envers elle-même, elle se déroba.
« Granger, appela Snape. »
Hermione se retourna et repoussa le potionniste d'un sort un peu trop brusque contre un des murs du couloir. Alors, elle fixa son regard dans le sien.
« Ne viens plus dans ce manoir, je ne veux plus jamais te voir ici ni ailleurs. »
xXx
« Lily, souffla Snape, mal à l'aise. »
La sorcière, plus aussi jeune qu'avant, lança un regard dur à son ancien ami avant de finir par soupirer et s'alléger.
« Severus, murmura-t-elle, résignée. J'espère que tu as une bonne raison pour m'avoir demandé de la sorte.
_ Lily, je crois… Je crois que j'ai fais une bêtise. »
xXx
Suite à l'incident, comme elle aimait à l'appeler, Hermione avait tout fait pour fuir Snape en se plongeant corps et âme dans sa mission principale.
Suivre les agissements de Grindelwald n'avait pas été une mince affaire. Bien qu'affaibli par la vieillesse, le sorcier n'avait pas vraiment perdu de temps, et il était évident que son amour-haine envers Dumbledore guidait chacun de ses agissements… Le plus important étant qu'il fallait qu'il le tue.
Mais le voulait-il vraiment, dans le fond ?
Hermione avait longuement enquêté, et petit à petit, elle avait émis d'énormes doutes. La façon dont ce duel entre lui et Dumbledore s'était déroulé demeurait floue, et la jeune femme commençait à songer que peut-être, pour une raison ou pour une autre, Grindelwald aurait volontairement perdu contre son adversaire.
Est-ce que cette idée était folle ? Oui, surement, mais Hermione l'envisageait de plus en plus. Combattre ses propres démons au travers du reflet de la personne aimée, elle savait ce que c'était. Mais dans ce cas, elle ne pouvait pas laisser ce sorcier agir en toute impunité, reprendre du pouvoir, et surtout, qu'il ne tue pas Dumbledore en définitive. Elle ne pouvait pas se le permettre, ni attendre plus longtemps encore.
Son nom allait bientôt s'inscrire, elle le savait, car son anniversaire approchait. Dumbledore avait accès à ce registre, et sans doute n'aurait-il pas idée d'aller le consulter, mais qui pouvait se targuer de prévoir les actions de ce sorcier ?! Il ne fallait rien mettre au hasard.
S'il apprenait qu'elle venait d'un autre monde, ou du futur, peut-être trouverait-il un moyen pour faire pression sur elle, et alors, sa mission pour protéger Severus serait mise à mal.
Ainsi, Hermione avait décidé d'attendre jusqu'à ce jour fatidique, celui qui était le dernier, le 18 septembre 1984. Pourquoi cette date était si importante ? Car le lendemain, elle aurait très exactement 5 ans et cet anniversaire marquerait un événement dont elle se souviendrait toujours : l'éveil de ses pouvoirs magiques. Lors de cette année, elle soufflerait ses bougies et, frustrée, en ferait apparaître d'autres sur son gâteau. Ses propres parents en avaient longuement fait le récit, car jusqu'alors, ils n'avaient jamais entendu parler de magie et elle était une petite fille comme les autres. Ses pouvoirs se réveillerait durant ce moment particulier, et avec cela, l'éveil de la plume dicterait son nom sur le registre de Poudlard, l'acceptant comme digne d'y étudier.
Alors, il ne resterait que trop peu de mystères autour de sa mission secrète. Elle ne pouvait se permettre de prendre le risque d'être découverte. Il fallait sauver Snape, et ce monde serait le dernier.
L'horcruxe ne pourrait supporter un autre voyage, il la maintenant à peine en vie. Et, le temps passant, éliminant chaque obstacle barrant sa chemin vers la réussite de sa mission, elle s'était également convaincu que Dumbledore n'avait jamais été étranger à la mort de Severus, dans quelque monde que ce soit.
Nerveuse, Hermione préparait sa prochaine mission, qui lui fut inspirée par nulle autre que Drago Malfoy, ironiquement. Elle se souvenait de la façon dont Dumbledore avait été tué la première fois, ce qui avait été dit, à propos d'une armoire à disparaître.
Dès ce soir, il était prévu qu'elle l'utilise, et aille le tuer elle-même. Bien évidemment, elle avait tout fait pour que Snape ne soit pas tenu au courant.
Elle se trouvait ainsi dans la boutique de Barjow et Beurk. Dire qu'elle détestait cet endroit serait un doux euphémisme.
Il se dégageait de cette boutique une ambiance austère et macabre. Etaient exposés des rouleaux de cordes provenant de pendaisons, des ossements divers, sans compter sur les tas de masques accrochés aux murs lui rappelant sinistrement ceux des mangemorts de son époque.
Accompagnée de Karkaroff et de Narcissa, Hermione avait tout peaufiné afin de parer à chaque éventualité. Karkaroff ayant fait en sorte de faire partie momentanément de Poudlard, il connaissait l'école comme sa poche, et Narcissa et ses connaissances lui avait permis d'avoir accès à la boutique, à l'armoire puis, de se frayer un chemin rêvé jusqu'au bureau directorial sans heurter qui que ce soit, ce qui avait été la règle d'or.
Ainsi, cette énième mission, sa dernière l'espérait-elle, lui permettrait enfin d'assurer les arrières de Severus durant de longues années.
xXx
« Albus, je suis désolée de vous avoir interrompu de la sorte… souffla la voix d'une jeune femme.
_ Enfin ma chère, ne vous excusez pas, vous serez toujours la bienvenue à Poudlard. Surtout depuis… cette terrible tragédie que vous avez traversé. »
La sorcière ferma les yeux et prit place sur le siège en face du directeur, comme l'ancienne élève qu'elle avait pu être, et qu'elle serait peut-être toujours.
« Je devais vous voir ce soir, car… je pressens quelque chose. Albus, il faut absolument que vous vous protégiez.
_ De quoi voulez-vous me parler ?
_ D'une menace, lâcha-t-elle gravement. Une menace qui, en réalité, m'a été confié… par Severus.
_ Severus ? C'est ridicule enfin, je lui fais entièrement confiance, rit Albus d'un air léger.
_ Vous ne devriez pas, le coupa-t-elle. »
Le sorcier s'apprêta à protester, lorsqu'il vit les mains de la jeune rouquine trembler. Alors, il fronça les sourcils, indécis.
« Lily, tout va bien ? »
xXx
Hermione ferma les yeux avant de prendre une profonde inspiration. Elle avait quitté l'atmosphère de la boutique de magie noire, remplie de poussière et d'odeur de santal pour retrouver celle du bois, des livres et des feux de cheminée de l'école qu'elle avait toujours connu. Enfin, elle ouvrit la porte de l'armoire, qui émit un grincement raisonnant dans la pièce toute entière.
Cette dernière était plus vide que dans ses souvenirs, même si elle regorgeait tout de même de plusieurs kilomètres de reliques en tout genre.
Hermione cligna des yeux, et fit un pas en avant, observant où elle venait de se retrouver.
Aucun doute là dessus : elle était bel et bien dans la salle sur demande.
« Avançons, dicta Narcissa, pressante. »
Mais la jeune femme ne pouvait suivre le rythme rapide des deux sorciers qui n'étaient quant à eux, pas venu pour admirer la décoration.
Hermione sentit sa respiration se hacher et ses yeux parcouraient les alentours avec une attention très particulière.
Depuis combien de temps n'avait-elle pas remis les pieds à Poudlard ?
Pensive, la jeune femme passa sa main sur le mobilier qui l'entourait, et vite, elle ne vit plus que les vagues silhouettes de ceux qui l'accompagnaient, et qui n'étaient présents que pour lui permettre plus de discrétion.
Ce n'est que lorsque Narcissa ouvrit l'immense porte de la salle sur demande que la jeune femme reprit plus ou moins contact avec le présent. Elle se hâta à leur suite, mais se figea au beau milieu d'un couloir.
Les quartiers de Snape n'étaient pas loin.
Et soudain, plusieurs souvenirs lui revinrent en mémoire.
Ces journées, ces nuits à pleurer dans ses draps, cette soirée où ils avaient trop bu, ou encore l'autre où il l'avait rattrapé in extremis alors qu'elle avait voulu se sauver de là, vexée et frustrée. Avait-elle seulement jamais profité de ces instants avec lui ?
« Une minute, murmura-t-elle en levant la main vers les sorciers.
_ Nous n'avons pas beaucoup de temps, argua Igor avec son accent habituel. »
Mais elle l'ignora.
Machinalement, Hermione se dirigea vers une alcôve ouverte donnant sur les jardins et son regard se planta sur la lune pleine de ce soir. La température était douce, l'air agréable. La fin de l'été amenait une odeur légèrement fleurie dans les couloirs, et, l'espace d'un instant, Hermione inspira et ferma les yeux.
Elle était si nostalgique de ce temps où elle était encore une étudiante insouciante, ce temps où elle pouvait se permettre de foirer une potion durant un cours, où sa seule préoccupation était de rendre le devoir de Flitwick à temps.
L'esprit sans cesse tourmenté par le passé ou l'avenir, cela faisait sans doute des années qu'elle avait pas pris le temps d'apprécier la saveur de l'instant. Peut-être était-ce cela qui importait depuis le début ?
La jeune femme déglutit et trifouilla machinalement les pompons d'un violet maintenant bien fade de sa vieille besace.
Lorsqu'elle pencha son regard vers ce dernier, elle vit l'état de sa main.
Depuis son dernier retour en arrière, elle avait été forcé d'user de temps en temps de potions pour maintenir son apparence correcte. La création de l'horcruxe avait plus encore mis à mal sa condition physique et sans cela, ses cheveux, ses yeux, sa peau étaient rendus en un blanc nacré inquiétant. Il avait fallu maintenir les apparences, pour ne pas effrayer les autres, mais aussi peut-être pour fuir la réalité de la folie dans laquelle elle s'était plongée et que son corps reflétait d'une manière un peu trop macabre.
Machinalement, elle plongea ses doigts dans son sac et sortit une fiole de potions, mais sa main saisit également dans la foulée, une feuille.
Lorsqu'elle la porta à son regard, elle cligna ses paupières, perdue.
Devant elle, une enveloppe… cette enveloppe, précise, qu'elle n'avait jamais ouverte.
« Madame Granger, appela une énième fois Narcissa. Ce n'est pas le moment de faire une pause.
_ Narcissa, grinça Hermione en murmurant. Je fais une pause si ça me chante, et j'en ai bien le droit étant donné ce que je m'apprête à faire. Attendez-moi au pied de la tour. »
La sorcière ouvrit, puis ferma la bouche, interdite. Hermione l'avait toujours estimé, pour l'éducation qu'elle s'efforcer de donner à son fils, pour supporter son foutu mari, pour sa sincérité et n'avoir jamais cédé à la tentation de devenir mangemort.
Instinctivement, elle lui avait fait confiance, et c'est aussi pour cela qu'elle avait tenu à ce qu'elle l'accompagne dans sa mission.
« Bien, nous vous y attendrons. Ne tardez pas, il a beau être tard, nous ne sommes pas à l'abri de tomber sur le concierge ou un élève. »
C'est préoccupée qu'elle la laissa sur place. Mais Hermione savait bien qu'elle ne pourrait guère rester ici bien longtemps. Narcissa et Igor avaient raison.
Etait-ce seulement le moment d'ouvrir cette lettre, là, maintenant ?
A bien y songer, il n'y aurait jamais de bon moment pour lire ces mots. Elle avait reculé cet instant depuis tant de temps qu'elle l'avait oublié.
Hermione se secoua la tête.
Elle avait besoin de lui, maintenant, et elle ne pouvait même pas lui demander de la soutenir. Alors, peut-être était-ce son seul soutien.
Les doigts tremblants, elle déchira l'ouverture de l'enveloppe.
