Chapitre 21.
Ne crie pas, s'il te plait. Merlin, ton cri me hante encore et je suis terrifié l'idée de l'entendre de nouveau.
Mais surtout, ne m'en veux pas. Je sais que cela n'est guère habituel pour toi de lire ces mots de ma plume, mais c'est avec ce soucis que je te demande de ne pas prendre le relais de ma rancoeur, de laisser au sol ce sac rempli de remords dont j'ai hérité et qui pèse si lourd sur mon dos que j'en suis vouté par la vie.
Je me sens malade à l'idée d'imaginer ce que le reste de nos existences nous prévoit, et l'impasse dans laquelle je me retrouve désormais.
Ces dernières années furent éprouvantes. Il y eut l'abandon et la trahison de Lily, puis Albus Dumbledore a été vaincu par le seigneur des ténèbres qui a continué à faire régner son climat de terreur sur le monde sorcier. Après avoir réorganisé les cartes de chaque département, il a fait de moi le directeur de Poudlard, celui qui contrôlerait l'avenir des sorciers de demain. Alors que cela aurait pu déranger ma conscience, il n'en est actuellement rien.
J'ai peut-être toujours eu le mauvais rôle, oui. Auprès de certains me voyant comme un opportuniste, aux yeux de Minerva, qui a toujours cette étincelle de tristesse lorsqu'elle me voyait assis derrière le bureau de son ami -être pense-t-elle qu'elle a raté quelque chose avec moi, lorsque je n'étais encore qu'un jeune sorcier, apeuré, blessé, haineux, aussi je dois l'admettre.
Je pensais tout cela derrière moi avant de te trouver, dans ce hangar à bateaux, comme un animal aussi perdu et hargneux que moi. Tu m'as parlé des Gryffondors et je suis un instant retourné dans ce passé que je cherchais à fuir, je revoyais mon amie Lily à cette table rouge et or, je me revoyais l'observer depuis celle occupée par mes camarades au blason des Serpents avec ce noeud à l'estomac qui ne s'est jamais défait. Entendre de nouveau le nom de cette maison a ravivé bien plus de choses que je n'aurais pu l'imaginer.
Qui suis-je maintenant, fut la question première que je me suis posé depuis de longues années. Et cela me dérangeait. Ton impertinence remuait quelque chose que je cherchais à fuir. Puis, cette étincelle étrange a jaillit et crois-moi, c'est bien une des seules choses auprès de laquelle je n'éprouve aucun regret. Suivre mon instinct a toujours été la chose la plus importante à faire, car c'est ainsi que j'ai survécu toutes ces années.
Mais Hermione, tu m'as appris que survivre, n'était pas vivre. Et soudain, j'ai réalisé que tout ce que j'avais toujours voulu n'était rien que de banales futilités. Le pouvoir, le contrôle, l'absence de souffrance et de risques n'étaient rien comparé à ce que tu m'offrais, mais également rien dans la balance de ce monde que j'ai aidé à forger. Par haine, j'ai contribué à exclure les né moldus et, le destin ayant décidé de jouer la carte de l'ironie, c'est précisément toi, toi et tout ce que tu es qui est arrivé d'un autre monde pour bousculer ce que je croyais. Le déshonneur n'est rien quand on vous offre l'espoir, et que dire du sentiment étrange qui m'a envahi face à ce que tu as été capable de donner corps et âme sans aucune retenu ? Ce monde, mon monde, mon monde gris a pris un peu de couleurs, même s'il reste ce qu'il est. Quand la perspective de nous découvrir impliquait de te plonger dans un enfer de torture, il n'y avais que ce choix qui s'offrait à moi pour t'en faire échapper. Je ne te demande pas de le comprendre, vivre dans un univers où je ne suis plus là n'aurait eu de sens pour personne d'autre que toi. Te supplier de le faire n'aurait aucun sens. Ainsi, je ne te demanderais pas de ne pas me suivre, je ne te demanderais pas de ne pas chercher un endroit où je pourrais exister autrement pour toi, car je donnerais moi-même tout pour cela, mais je voudrais simplement que tu m'écoutes jusqu'au bout.
Car sache que si c'était à refaire… je ne changerais rien.
Le jour, l'heure, la seconde, les battements de nos coeurs, le feu de nos ébats, la foudre de tes mots, la folie des miens, la valse de nos corps, nos silences, la lumière et les ombres, tes promesses, le mystères de tes larmes, mes erreurs… Je repasserais par là.
Alors, ne m'en veux pas, car ça n'a jamais été toi. La fin, ma fin, je la choisi car le combat est trop incertain, le risque trop grand. Severus Snape et Hermione Granger, il faut croire que ce n'était pas écrit de cette façon. Si cela avait été différent, peut-être aurions-nous survécu chacun de notre côté, toujours dans l'ignorance, l'amertume, la nostalgie ?
Lorsque tu as balayé ces doutes d'un revers, que tu m'as dis que nous étions lié, j'ai pensé que tu étais folle. C'était plus commode ainsi. La folie a cet aspect détaché de tout, la folie est séduisante dans mon univers beaucoup trop tangible, la folie excuse tout, mais laisse aussi place à tout, même à des sentiments étranges et profonds. Je préfère encore croire que nous n'étions que deux fous dans cette histoire.
Hermione et Severus, ça n'avait aucun sens, n'est-ce pas ? Peu importe dans quel pan de l'univers, ça n'en avait pas, et pourtant… oui pourtant.
Plus rien ne peut plus me sauver, il n'y a plus vraiment d'issue à part d'en programmer la chute, espérer que tu ne tarde pas si tu veux encore me voir une dernière fois. Car je vais partir, Hermione.
Je vais partir. Tu me manqueras. Parfois, je déteste ce que je ressens, mais je n'arrive pas à être désolé. Je le sais car… car je t'aime. Je crois. Enfin, j'en suis sur, d'autant que je sache. Car personne ne m'a jamais aimé, alors j'ignore si je le sais moi-même.
Mais ce soir, alors que je t'écris cette lettre dans mon canapé, me cachant du courroux que je mérite, ne prenant pas la peine de te protéger autrement qu'à travers ma mort, je suppose que ce n'est pas que de folie dont je suis atteint moi aussi, et que finalement, je ne suis sensiblement qu'un… lâche.
Severus.
