Après deux jours et deux nuits de voyage, Clarke et Bellamy passèrent quelques heures à TonDC le temps de faire le plein de vivres et de prévenir Indra que Wanheda prenait le large. Cette décision étonna la chef du petit village, mais elle ne releva pas et ordonna qu'on lui donne tout ce dont elle pensait avoir besoin.

— Voilà une tente, Wanheda. Elle est prévue pour les nuits froides.
— Ah, merci, c'est gentil, Roza.

La dénommée Roza sourit et Clarke regarda le sac en cuir que la jeune femme avait déposé à ses pieds. Dedans se trouvait une tente démontable pour deux personnes, faite d'une pièce de cuir étanche, et de quatre piquets en bambou, très solides et légers. Le sac de cuir qui l'entourait servait de tapis de sol et enfermait le tout avec des ceintures.

Clarke rejoignit ensuite Bellamy qui avait installé sur la croupe de son cheval, un énorme paquetage rempli de nourriture séchée et de vêtements chauds. Indra s'approcha alors et tendit une épée à Clarke qui regarda la femme en fronçant les sourcils.

— Ton poignard ne te servira à rien devant un Terrien vindicatif ou une panthère, Wanheda, dit-elle. Ceci, si.

Clarke n'osa pas refuser. Bellamy prit l'épée et la fixa sur la selle de l'étalon. Indra tendit alors le bras et serra celui de Clarke.

— Sois prudente, dit-elle. Je t'aurais bien dit de rester ici, mais je sais que tu aurais refusé.
— En effet, Indra, répondit la jeune blonde. Je n'ai rien contre toi, contre les autres Terriens, ni même contre les miens, mais j'ai besoin de faire le point sur tout ce qu'il s'est passé ces derniers mois. Bellamy va m'accompagner aussi loin que possible, au-delà de la dernière tour radio que les Skaikrus ont installée, puis il rentrera à Arkadia.
— Quand reviendras-tu ?
— Je l'ignore encore, mais pas avant que les âmes qui me suivent n'aient trouvé le repos.
— Cela risque de prendre du temps, dit Indra en grimaçant. Mais je sais que tu feras ce qu'il faut pour y arriver, je te fais confiance.

Clarke esquissa un sourire puis elle pivota et se hissa sur son cheval. Bellamy l'imita puis un Terrien s'approcha et les conduisit hors du village en les faisant passer par l'entrée nord.

— Si vous suivez la route tout droit, vous atteindrez les Grands Lacs, dit-il. Au-delà, c'est le territoire d'Azgeda, mais la route est neutre, vous pourrez voyager sans ennuis.
— Je suis Wanheda, répondit Clarke. Personne ne me cherchera d'ennuis chez les Azgedas.
— Toi non, mais lui oui...

Bellamy releva le menton puis le Terrien leur souhaita un bon voyage et le couple s'en alla au petit trot le long de la route damée et soigneusement entretenue.

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À mesure qu'ils montaient vers le nord, Bellamy et Clarke sentirent l'humidité du sud laisser place au froid pinçant des terres gelées d'Azgeda. Les blousons d'Arkadia ne suffirent rapidement plus et ils durent endosser les fourrures offertes par Indra.

Après trois jours supplémentaires de voyage, il avaient atteint le tout dernier poste-radio que les Skaikrus avaient mis en place. Ils venaient de s'installer pour la nuit, Clarke finissant de dresser la tente tandis que Bellamy contactait Arkadia pour la dernière fois.

Agenouillée devant la tente en peau, Clarke écoutait son compagnon discuter d'une oreille distraite. Elle l'entendit alors terminer la conversation et il soupira en revenant vers la jeune femme.

— Alors ? Qu'est-ce qu'ils ont dit ?
— Que je vais devoir bientôt rentrer, répondit le jeune homme. Je n'ai pas le droit d'aller sur les terres d'Azgeda, selon Kane.
— Pas le droit ? Pourquoi ? Indra n'a rien dit à ce sujet...
— C'est un ordre de Kane, répondit Bellamy en haussant les épaules. Mais il ignore que nous sommes déjà chez Azgeda et que je ne te laisserai pas tant que tu n'aura spas trouvé un endroit où vivre à l'abri du froid.

Clarke esquissa un sourire. Bellamy entreprit alors de faire du feu, et la jeune femme termina d'installer le camp après quoi elle prépara le dîner.

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La neige se mit à tourbillonner alors qu'ils finissaient de grignoter la viande qui restait sur les os d'un lapin chassé en route.

— Manquait plus que ça... soupira Clarke.
— Les terres d'Azgeda sont gelées toute l'année, dit Bellamy. Et quand il fait suffisamment chaud pour que la neige fonde, tout devient marécages... Tu es sûre que tu ne veux pas aller du côté de Polis ?
— Non, il y a trop de monde, là-bas, qui vit étalé sur les plaines autour de la ville... Vers le nord du pays, vers le froid, je pense que j'ai beaucoup moins de chance de croiser des gens.

Bellamy hocha lentement la tête puis il regarda le ciel plombé. Il tendit la main et un flocon se posa sur sa paume.

— Allons dormir, dit alors Clarke. Il commence à faire très froid.

Le jeune homme la regarda se lever, ranger les reliefs du diner, puis se faufiler sous la tente. Elle éclaira une lampe tempête et il l'observa ensuite se déshabiller en ombres chinoises. Quand elle se coucha, il soupira et se leva à son tour. Inutile de faire un tour de garde, personne ne savait qu'ils campaient ici et les animaux qui pourraient rôder se contenteront de leurs prises de chasse. De plus, les deux chevaux feraient sans doute assez de bruit pour les réveiller tous les deux.

— Clarke...

La jeune femme, dos à Bellamy, se tourna et l'observa s'installer sur ses fourrures.

— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Plus ça va et moins j'ai envie de te laisser seule et de rentrer à Arkadia...

Le jeune homme retira ses fourrures, son blouson et son pull, et soupira.

— Je ne vais pas rentrer à Arkadia, dit-il alors.
— Quoi ? Mais tu vas aller où ? s'étonna Clarke en s'asseyant, surprise.
— A Polis. Avant que nous ne partions, Roan m'avait offert un travail.

Clarke fronça les sourcils.

— Il ne m'en a rien dit... Quel genre de travail ?
— Garde personnel de Heda.

Clarke sentit le sang se retirer de son visage. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais Bellamy la fit taire en levant une main, et expliqua alors toute l'histoire...

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- Flashback -

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Bellamy observait les ruines de Polis. Bon, ce n'était pas des ruines, mais l'aspect normal de la ville, mais avec les derniers affrontements, il y avait de traces évidentes un peu partout, du sang, des armes brisées, des corps aussi...

— Skaikru ?

Bellamy pivota. Le Terrien qui se tenait devant lui avait un large bandage en travers du visage, sans doute un œil crevé.

— Roan veut te voir, dit-il.
— Roan ? Pourquoi ?

L'Azgeda haussa les épaules puis s'éloigna en s'appuyant sur une béquille. Bellamy leva alors la tête et regarda la tour qui le surplombait. Quelques jours plus tôt, un grand combat avait eu lieu dans la chambre du Commandant, et Clarke avait vaincu l'entité informatique nommée ALIE, au prix de sa vie et de celle de milliers d'autres. Le Chancelier Pike y avait également trouvé la mort, de la main d'Octavia pour venger la mort gratuite de Lincoln.

Désireux de ne pas faire attendre Roan, Bellamy s'engouffra dans le bâtiment et prit les escaliers, le monte-charge étant hors service. Il arriva en haut sans souffle, mais se reprit rapidement et frappa à la porte de l'appartement que Roan s'était octroyé.

— Ah ! Bellamy, te voilà.
— Tu m'as fait demander ? demanda le jeune homme. C'est Clarke ?
— Clarke ? Non, elle va bien, elle doit dormir maintenant, dans sa chambre... s'étonna Roan. Non, viens, j'ai quelque chose à te proposer.

Bellamy fronça les sourcils.

— Une proposition ? demanda-t-il.
— Un emploi, oui.
— J'ai déjà un travail, je suis garde à Arkadia et, je...
— J'ai un poste de garde à te proposer ici, à Polis, le coupa Roan en s'asseyant dans un canapé fatigué. Un emploi très intéressant.

Bellamy s'assit dans un autre sur un signe du Roi d'Azgeda, et celui-ci reprit la parole :

— Cela fait une semaine que tout est terminé, dit-il. Il y a encore beaucoup à faire, mais la semaine prochaine, c'est la pleine lune, et les Représentants encore en vie des autres clans on décidé d'organiser le Conclave.
— Le Conclave ? Vous avez un Natblida ?
— Oui. Il nous a été présenté hier matin, c'est un Delfikru, il n'a pas été touché par les ignominies de cette femme et il sera là dans deux jours.
— Il va devenir Heda d'office ?
— Oui. Les autres Natblidas sont trop jeunes encore.
— Quel âge-t-il ?

Roan fronça les sourcils puis lança son bras droit derrière lui et attrapa un rouleau de parchemin sur le bureau juste derrière le canapé.

— Douze ans, dit-il en lisant le papier. C'est l'âge idéal. Il sera intronisé Heda sous la supervision de Gaia, que j'ai nommée Fleimkepa. Elle va s'installer chez Titus.
— Et toi, alors ?
— Moi, je vais renvoyer mes hommes chez nous, et je vais demeurer à Polis quelque temps, pour conseiller Heda sur les choses à éviter. J'aurais aimé que Clarke reste avec moi, mais elle désire rentrer chez vous et je la comprends.

Bellamy hocha la tête.

— Et moi dans tout ça ?
— Tant que je serais ici, Heda n'aura pas besoin d'un autre garde personnel, mais lorsque je serais rentré chez moi, si, répondit Roan.
— Garde personnel de Heda ? Roan, je... Je suis un assassin, je ne peux pas ! répliqua aussitôt Bellamy.

Roan regarda le jeune homme puis récupéra un autre parchemin sur son bureau et le lui tendit. Bellamy le déchiffra rapidement et blêmit.

— Tu...
— Je t'ai gracié, oui, répondit le Roi d'Azgeda en se redressant. Je t'ai gracié parce que tu as aidé Clarke à vaincre ALIE, parce que tu as participé à sauver le monde, en quelque sorte. Tes actes sont des crimes de guerre, et tu seras jugé pour cela, un jour ou l'autre, mais dans l'immédiat, Heda a besoin de toi.

Bellamy n'en revenait pas. Il relut encore le parchemin, signé de la main blanche, emblème des Azgedas, avec le symbole de l'infini dessiné par-dessus au fusain. Il quitta alors la chambre du Commandant avec le parchemin dans la main et descendit lentement jusqu'à l'appartement qui lui avait été assigné...

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- Fin Flashback -

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Clarke était sans voix. Dehors la neige avait redoublé et le vent secouait la tente, mais à l'intérieur, le silence était de plomb. Soudain, la jeune femme s'ébroua.

— Garde personnel de Heda... dit-elle. Bellamy, j'ai du mal à y croire, je... Mais pourquoi tu n'as rien dit ! Ça fait un mois... !
— Je n'ai rien dit parce que je n'avais aucune envie qu'on me traite de traître, répondit le jeune homme, les sourcils froncés. Les nôtres sont assez sur les dents comme ça avec l'hiver qui arrive, je ne voulais pas en rajouter une couche... Et puis, toi qui décides de partir, en plus...

Clarke renifla et haussa les sourcils.

— La vache, dit-elle. Si je m'y attendais... Tu vas aller vivre à Polis, alors ?
— Oui. Roan m'a donné l'appartement sous le tien, je n'ai qu'à m'amener, tout est prêt. Heda m'attend désormais, et...
— Il sait que tu es ici avec moi ? le coupa Clarke.
— Oui. J'ai demandé à Indra de faire passer le message pendant que nous étions là-bas... Je suis désolé de t'avoir caché ça, Clarke, mais si je t'en avais parlé, tu ne serais pas partie d'Arkadia...
— Pourquoi ça ? demanda la jeune femme, surprise.
— Je pense savoir que si tu es partie d'Arkadia, c'est parce que tu sais que j'y serais resté pour veiller sur les nôtres à travers toi... Je me trompe ?

Clarke baissa le nez et secoua la tête, les mâchoires serrées.

— Kane va être hors de lui quand il va l'apprendre, dit-elle alors.
— Roan est en route pour Azgeda, il a décidé d'aller lui-même annoncer la nouvelle à Arkadia... Je n'ose même pas imaginer ce qui va se passer...
— Moi non plus, admit Clarke.

Elle bâilla alors et se frotta le visage. Bellamy proposa qu'ils se couchent, entendant le vent qui redoublait dehors. Il espéra qu'il n'y aurait pas trop de neige le lendemain, et qu'ils allaient pouvoir continuer jusqu'aux Grands Lacs...