Auteur : Nat.

Disclaimer : Rien n'est à moi, tout est au vénéré Tolkien.

Warnings : Ce recueil de OS est peut-être un peu déprimant… Un peu.

° 3 °

Dès son entrée dans la bibliothèque, Maglor remarque l'enfant qui tente de se dissimuler entre une étagère recouverte de livres et une lourde tenture. Il ne le cherchait pas et songe un instant à s'en aller, à laisser un domestique s'occuper de le ramener à Maedhros. Mais il ne sort pas de la pièce. Il reste là. Le soleil couchant jette des flaques d'ombres sur le sol. Le fils de Fëanor referme la porte sans un bruit et s'avance de quelques pas. L'enfant le surveille du coin de l'œil. Il semble plus tendu que jamais et le harpiste craint de l'effaroucher. Il fait encore un pas et le semi-elfe se crispe. Maglor s'arrête.

« Elrond ? Appelle-t-il. Je ne suis pas venu pour te gronder. Tu n'as rien à craindre. »

Pas d'autre réaction qu'un regard méfiant. A l'extérieur, les premiers oiseaux nocturnes prennent leur envol en hululant. Maglor fredonne une chanson enfantine et avance encore d'un pas. Puis deux. Puis trois. Puis s'arrête lorsque Elrond se tasse dans sa cachette. Il attend.

« Le guérisseur cherchait ses plantes partout, tu sais. Reprend-il doucement. Elros dit que c'est toi qui les as apportées dans votre salle de jeu. Pourquoi as-tu fait cela ? »

Pas plus de réponse. Maglor avance lentement, pas à pas, sans brusquer le petit garçon, jusqu'à atteindre l'étagère qui le camoufle. Adulte et enfant restent un long moment immobiles à se regarder. L'elfe chanteur doit tourner la tête sur le côté pour mieux voir : son œil bandé le gêne et recommence à le lancer violemment. Il s'agenouille tout de même pour être à la hauteur du petit métis. Elrond recule encore, comme s'il voulait disparaître dans le mur. Il a saisi un coin de la tenture et cache son visage derrière l'étoffe.

Maglor recommence à fredonner une mélodie apaisante. Il ne sait pas combien de temps s'écoule ainsi. Ses genoux sont ankylosés et son œil le pique sévèrement. Il fait nuit noire lorsque Elrond paraît enfin se détendre un peu. L'obscurité de la pièce accentue la pâleur de son petit visage. Maglor lui parle, tout bas, de sa voix la plus douce :

« C'est normal que tu aies peur, Elrond. Tu sais que Maedhros n'est pas content, mais tu ne sais pas pourquoi. Je vais t'expliquer. Il aura… des problèmes de santé si nous venons à manquer de ces plantes. Elles sont difficiles à trouver et coûtent très cher, tu sais. C'est pour cette raison qu'il grognait autant tout à l'heure, quand le guérisseur est venu nous voir. Tu as eu peur qu'il te punisse, n'est-ce pas ? Est-ce pour cela que tu t'es enfui ? »

Elrond hoche la tête. Il semble sur le point de parler, hésite. Maglor l'encourage d'un geste.

« Je suis pas un voleur. Chuchote enfin l'enfant. J'ai pas trouvé le soigneur pour redonner les plantes. Je savais pas que c'est une bêtise. Vous allez me garder pour me punir ?

-Te garder ? Répète Maglor. Que veux-tu dire ?

-Envoyer juste Elros chez cousin Gil et me garder ici pour me punir ? »

Maglor l'observe un long moment, lèvres pincées. Il finit par secouer la tête.

« Non, je ne pense pas. Viens avec moi. Nous allons trouver Maedhros tous les deux et nous lui dirons que tu ne voulais pas faire de mal, d'accord ? Je lui dirai que tu voulais… que tu voulais seulement jouer au guérisseur. Il me croira. Est-ce que cela te va ? »

Elrond opine du chef. Maglor se relève, époussette ses robes et lui fait signe de sortir de sa cachette. L'enfant obéit. Maglor le saisit par l'épaule, doucement, et l'entraîne vers la porte de la bibliothèque.

La blessure cicatrisant sous son œil trace une ligne brûlante sur sa joue.

°0oOo0°