Auteur : Nat.

Disclaimer : Rien n'est à moi, tout est au révéré Tolkien.

Warnings : Ce recueil de OS est peut-être un peu déprimant… Un peu.

° 39 °

Maglor trouve Elrond dans la vieille bibliothèque. L'enfant est assis en tailleur près d'une étagère, dos contre le mur de pierres. La lourde tenture qui l'agrémente lui frôle la joue et se drape sur son épaule. Le petit bout d'Elfe tient sa poupée face à lui. Il lui murmure des choses à voix basse. Il ne remarque pas l'entrée du ménestrel. Ses pensées et sa poupée l'accaparent. Maglor hésite à interrompre leur conciliabule. Il ferme la porte sans un bruit et s'avance, appelant doucement le petit garçon.

L'enfant sursaute. Il le regarde fixement. Il s'agrippe à sa poupée. Maglor lui sourit et vient s'asseoir devant lui.

« Bonjour Elrond, lui dit-il de sa voix d'or. Je suis heureux de te revoir. »

Le petit visage opalin se renfrogne. Il se tourne, se cache dans les plis de la tenture.

« Pourquoi vous revenez ? Les grands qui partent ils reviennent pas.

-Tu n'es pas content de me revoir ? Je pensais que mon retour te ferait plaisir…

-Non. »

La tenture devient colère.

« Je vous aime pas. Vous êtes parti et je vous déteste. »

Maglor se redresse, las, fâché et écoeuré. Il ne savait pas exactement à quel accueil il pouvait s'attendre de la part d'Elrond, mais il ne s'attendait définitivement pas à celui-là.

« Je me faisais une joie de vous revoir, ton frère et toi, lâche le ménestrel, amer. J'essaye de faire des efforts pour toi et tu gâches tout. Tu me déçois beaucoup, Elrond. »

La réaction de l'enfant est immédiate et viscérale. Il bondit brusquement sur ses pieds. Ses grands yeux gris grondent. Ses poings se crispent. La poupée tremble entre les jointures blanchies de ses doigts. Il crie, soudain hors de lui :

« C'est votre faute à vous ! Moi j'ai jamais demandé à être un renard ! J'ai jamais demandé que je suis apprivoisé ! Je suis pas Elros ! Je voulais pas être apprivoisé ! Je voulais pas et c'est votre faute ! »

Maglor, sous la surprise, a reculé d'un pas. Le regard du petit garçon se rive au sien. Il est furieux. Sa respiration effrénée l'empêche de parler. Il butte sur ses mots, trébuche sur ses phrases.

« C'est votre faute… votre faute à vous que je suis apprivoisé comme… comme dans le livre, alors vous avez pas… Vous avez pas le droit de partir ! »

L'adulte s'agenouille à son niveau. Il inspire plusieurs fois, lourdement, pour lui donner un rythme. Pour l'aider à se calmer. Derrière le rideau de la colère, il pleut dans ses yeux.

« Vous avez pas le droit. »

Des perles scintillent dans les yeux d'orage qui clignent des paupières, une fois, deux fois, trois fois, pour les en chasser. L'enfant serre sa poupée contre son cœur, soudain vulnérable.

« Vous êtes 'sponsable de moi maintenant. »

°0oOo0°