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Bella resta silencieuse pendant tout le trajet de dix minutes jusqu'à chez elle mais quand nous arrivâmes, je fus surpris de la facilité avec laquelle elle sortit de la Jeep… en fait, elle sortit trop facilement et courut pratiquement à l'intérieur.

"Edward, attends une minute," appela Carlisle alors que je commençais à lui courir après. "Prends ça," dit-il en déboutonnant sa chemise et en me la lançant. En fait, j'avais oublié que je n'en portais pas jusqu'à ce moment-là mais j'étais heureux qu'il me l'ait rappelé. Etre torse nu n'aurait fait qu'ajouter à la gêne de la rencontre avec Charlie.

Je m'habillai rapidement puis me dépêchai de suivre Bella. Elle était déjà à l'intérieur donc j'aurais probablement dû frapper avant d'entrer mais je n'hésitai pas à la porte et entrai directement.

"Que diable se passe-t-il?" demanda Charlie confus alors que je passais devant lui.

"Est-ce que Bella est à l'étage ?" demandai-je en la cherchant.

"Ouais, elle a juste couru là-haut sans dire un mot. Que s'est-il passé ?" demanda-t-il en me regardant bizarrement.

"Nous avons eu un accident. Ne vous inquiétez pas, Bella va bien physiquement mais elle est assez secouée," lui dis-je précipitamment.

"Est-ce que… du sang partout sur toi," demanda-t-il en faisant un pas vers moi et en se penchant pour voir de plus près. Je jetai un coup d'œil à mon reflet dans la fenêtre, et bien sûr, la chemise de Carlisle était à peu près la seule chose propre sur moi. Mon visage, mon cou, mes bras et mon pantalon étaient recouverts d'une fine couche de sang séché.

"Oui, mais c'est mon sang, Bella n'est pas blessée," tentai-je de le rassurer.

"Quoi…"

Avant que Charlie ne puisse exprimer sa confusion, je le coupai. "Je vous expliquerai dans une minute mais je dois aller voir Bella," dis-je avant de monter l'escalier en courant.

Tout comme je le craignais, je trouvai Bella plongée dans son propre désarroi. Elle avait enlevé son haut taché de sang et le fixait alors qu'elle était assise là, recroquevillée sur le sol, les jambes serrées contre sa poitrine.

"Bella," dis-je doucement.

En fait, je m'attendais à ce qu'elle continue à me regarder d'un air vide mais elle me surprit en tournant la tête pour me regarder puis en posant sa tête contre ses genoux.

Je m'agenouillai lentement pour me rapprocher de son niveau. "Chérie, tout ira bien," lui roucoulai-je.

Une larme coula sur sa joue. "Tu es mort ?" chuchota-t-elle.

Je secouai la tête et tendis la main pour caresser son visage.

"Est-ce qu'Emmett est mort ? Etes-vous tous morts ? Suis-je morte ?" demanda-t-elle à la hâte.

"Non, Bella, je peux t'expliquer."

"Tu n'es pas mort, alors je suis juste folle ?" demanda-t-elle avec un niveau d'acceptation inattendu.

"Tu n'es pas folle," essayai-je de la convaincre mais elle ne voulut pas écouter.

"Je suppose que j'ai toujours su que je finirais comme ça, ma mère est folle après tout. Mon père pense que je ne sais pas mais je le sais... c'est juste plus facile de faire comme si je ne le savais pas. J'espérais tu ne le saurais pas, cependant. Quand je suis avec toi, pour la première fois de ma vie, je me sens… normale. Je ne voulais pas abandonner ça, tu sais ? Tout le monde pense que je suis folle et ils me regardent toujours avec tellement… d'appréhension, comme s'ils attendaient juste que je fasse quelque chose de terrible. Même mon père… il me regarde toujours comme si j'étais une bombe à retardement qui va exploser à tout moment… Mais toi…" Elle secoua la tête et d'autres larmes coulèrent sur ses joue et mon cœur se serra pour elle.

"Bella, tu n'es pas folle," répétai-je. "Cette chose qui vient d'arriver, c'est de ma faute. Je n'ai pas été complètement honnête avec toi. Juste... descends et laisse-moi t'expliquer, et je te promets que tu comprendras et que tu sauras que tu n'es pas folle."

"Il n'y a rien que tu puisses dire qui puisse expliquer cela," murmura-t-elle d'une voix brisée. "Je t'ai vu… mourir… plus d'une fois… mais tu vas bien maintenant," dit-elle en tendant la main et en passant légèrement le bout de ses doigts sur mon cou. "Ce n'est pas… possible. Je dois être folle parce que je n'arrive pas à donner un sens à tout ça… donc ce que j'ai vu doit être faux… mon esprit me joue des tours ou… ou tu es mort, et je suis dans une sorte de délire psychotique en ce moment. Dans tous les cas, je suis folle."

J'étais sur le point d'argumenter à nouveau avec elle mais ensuite elle se mit à genoux et posa ses mains sur mes épaules, exigeant toute mon attention. "C'est bon," dit-elle, semblant soudain moins brisée et plus résolue. "Je suis reconnaissante pour ces délires car cela signifie que je peux te garder ici avec moi et je n'aurai plus jamais à m'inquiéter de te perdre à nouveau."

"Bella…"

"Je suis tellement désolée," me coupa-t-elle à nouveau, refusant de s'arrêter et d'écouter. "Je n'ai jamais voulu te blesser. J'étais bouleversée parce que tu ne me faisais pas assez confiance pour me confier ton secret de famille et j'avais cette peur paranoïaque ridicule que c'était parce que tu ne voulais pas vraiment être avec moi… et je sais c'est stupide parce qu'on s'est mis d'accord sur le fait que ça ne pouvait pas durer éternellement, et j'ai promis que je serais bien si tu pars mais je... je t'aime et ça me fout la trouille parce que personne ne reste jamais… ma mère, tous les amis que je me suis fait, ils partent tous… ce n'est qu'une question de temps avant que mon père ne parte aussi…. Mais je jure, je n'ai jamais voulu te blesser… Tu es la dernière personne que j'ai jamais voulu blesser."

"Bella arrête !" criai-je, juste assez fort pour qu'elle se calme. Elle faisait une crise psychotique et si je ne la ramenais pas, j'allais la perdre et il était hors de question que je le permette. "Ecoute-moi. Tu ne m'as pas fait de mal… eh bien, je suppose que tu l'as fait, cette merde fait très mal mais c'était un accident et je vais bien. Je ne suis pas mort, Bella, parce que je ne peux pas mourir. C'est mon secret de famille. Nous ne pouvons pas mourir. Nous avons été figés dans le temps pendant plus de deux cents ans parce que j'ai énervé une sorcière et elle nous a maudits. Il y a une légende à propos d'un homme mystique qui vit avec les Quileute qui sait comment mettre fin à des malédictions comme la nôtre, c'est pourquoi nous sommes ici. C'est pourquoi j'ai demandé ton aide pour les rencontrer."

Je fis une pause et la regardai, essayant juste de juger comment elle prenait la nouvelle mais elle avait le regard vide et j'étais terrifié à l'idée que je venais d'enfoncer le dernier clou de son cercueil de santé mentale.

Mais ensuite, elle cligna des yeux et leva son visage. "Alors… tu es comme Tuck Everlasting* ?"

On peut dire que j'étais en état de choc. Elle refusait de croire qu'elle ne devenait pas folle mais ma rapide explication invraisemblable avait suffi à la convaincre ? Peut-être qu'elle était folle après tout.

"Tuck Everlasting ?" répétai-je, essayant de me souvenir de l'histoire.

"Où la famille a bu à la source qui donne la vie éternelle," me rappela-t-elle.

"Oh euh… je suppose que c'est un peu comme ça… mais nous n'avons rien bu. Une sorcière était en colère contre moi et elle m'a maudit. Les autres étaient juste au mauvais endroit au mauvais moment et ils ont reçu l'excédent de la malédiction, pour ainsi dire."

Elle se mordit pensivement la lèvre inférieure. "Alors… tu ne peux vraiment pas mourir ?"

Je ris une fois. "Eh bien, techniquement, je suis mort un tas de fois, le problème vient du fait de rester mort."

"Mais tu ne veux pas être immortel et c'est pourquoi tu essaies de faire en sorte que la personne magique Quileute brise la malédiction ?" interrogea-t-elle.

Je hochai la tête. "A peu près… mais il y a plus, et ça te concerne… mais je pense que ton père devrait l'entendre, alors pouvons-nous descendre et parler de tout ça ?"

Elle hocha la tête mais parut soudain anxieuse à propos de quelque chose.

"Qu'y-a-t-il ?"

"Edward… est-il possible que… peut-être quand j'étais plus jeune ou quelque chose comme ça… est-il possible que nous nous soyons déjà rencontrés ?" demanda-t-elle avec hésitation.

"Avant qu'Alice ne t'amène ce jour-là ?" demandai-je pour mieux comprendre.

Elle acquiesça. "Quand je suis entrée dans ta maison et que je t'ai vu pour la première fois, j'ai… été surprise parce que… j'avais déjà rêvé de toi… beaucoup en fait. Depuis, je me suis convaincue que je n'avais fait que projeter ton visage sur ces rêves… et ce n'était pas réel, mais... peut-être que ça l'était."

"Peut-être que ça l'était," dis-je calmement. "Peut-être que ça a un rapport avec l'autre chose que je dois te dire. Viens, descendons. Alice et Carlisle peuvent m'aider à t'expliquer tout ça, à toi et à ton père."

Elle hocha à nouveau la tête puis enfila un chemisier propre avant de me prendre la main et de me suivre en bas.

"Bon, je suis un homme assez ouvert d'esprit mais c'est absolument absurde," nous entendîmes Charlie crier à Carlisle alors que nous approchions du salon. Apparemment, les explications avaient déjà commencé et j'en étais reconnaissant. Ma principale préoccupation était Bella, donc j'étais content que mon père soit là pour s'occuper du sien.

"C'est vrai Charlie et je peux le prouver," dit Alice avec un soupir frustré.

"Comment?" demanda Charlie déconcerté.

Alice disparut dans la cuisine puis revint avec un sac poubelle et ce qui ressemblait à une arme de poing.

"C'est mon arme ?" demanda Charlie confus.

Alice se tourna vers moi. "Tu devrais peut-être protéger les yeux de Bella. Elle n'a pas besoin de voir d'autres morts horribles aujourd'hui."

Je hochai la tête une fois en signe de compréhension.

"Qu'est-ce qu'elle va faire?" demanda Bella inquiète.

"Donner une petite preuve à ton père," dis-je avant de l'attirer contre moi et de couvrir ses yeux.

Ce n'était rien que je n'aie vu auparavant mais je doutais pouvoir vraiment être d'accord un jour pour regarder ma petite sœur se mettre un sac en plastique sur sa tête puis se fourrer un pistolet dans la bouche pour se faire un trou dans le cerveau, alors je fermai aussi les yeux. Le coup de feu fit sursauter Bella mais je la serrai juste plus fort et remarquablement, elle ne trembla pas… mais Charlie laissa échapper un cri aigu que j'aurais juré être celui d'une femme si je ne savais pas.

"Que diable se passe-t-il ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Charlie hurla d'horreur, traumatisé, alors qu'il se tournait vers Carlisle et moi pour obtenir de l'aide mais il devint encore plus confus quand nous ne bougeâmes pas.

Il continua à paniquer pendant les deux minutes terriblement longues qu'il fallut à Alice pour reprendre conscience… et il paniqua encore plus quand Alice retira le sac de sa tête et demanda une serviette pour nettoyer le sang de son visage.

"Au moins, la plupart des dégâts sont contenus dans le sac," dit Alice sur la défensive lorsque les cris de panique de Charlie se transformèrent en griefs d'avoir ruiné ses belles serviettes avec du sang. "Tu sais quoi, je vais juste prendre une douche," décida Alice avant de courir vers la salle de bain de Bella.

Il fallut encore quinze minutes de baratin insensé pour que Charlie se calme enfin suffisamment pour écouter et étonnamment après que nous ayons tout expliqué en détail, il était juste en colère. "Il y a quelques heures à peine, tu étais assis ici, dans mon salon… et tu m'as écouté te confier à quel point je m'inquiétais pour Bella… et à quel point elle est fragile… et maintenant tu lui sors cette merde ?" me dit-il avec colère. "Elle n'a pas besoin de ça. Aucun de nous n'a besoin de ça, alors pourquoi diable ne pas nous laisser en dehors de cette histoire ?"

"Parce qu'elle est la petite-fille de Beth," annonça Alice alors qu'elle descendait l'escalier vêtue de ce qui ressemblait à un survêtement de Bella.

"Je suis quoi?" demanda Bella, plus abasourdie par cette information que par la bombe d'immortalité. "Attends, quand tu as dit que Beth était morte?"

"Elle est morte il y a longtemps… de vieillesse," précisai-je.

"Et tu es sa descendante !" dit Alice avec enthousiasme. "Tu ne vois pas? C'est pourquoi ta famille a été si tourmentée par la malchance et les instabilités mentales. C'est clairement le résultat d'une autre malédiction." Puis elle se tourna vers moi. "Jane a dû être assez énervée contre toi pour faire tout ça."

"Oui Alice, nous savions depuis le début qu'elle était en colère contre moi pour quelque chose," dis-je irrité.

"Qu'est-ce que tu lui as fait ?" demanda amèrement Charlie.

"J'aimerais savoir," dis-je honnêtement.

"Alors… laisse-moi mettre ça au clair," dit Bella, étonnamment calme. "Tu étais amoureux de Beth mais tu craignais qu'Alice soit qualifiée de sorcière par les habitants de la ville parce qu'elle avait des visions, alors tu t'es lié d'amitié avec une autre fille qui avait été qualifiée de sorcière dans l'espoir de prouver que la sorcellerie n'existait pas mais pour une raison quelconque cette fille t'a maudit toi et les autres Cullen ?"

"Ça résume tout," confirmai-je.

"Mais maintenant tu penses que la sorcière est revenue et a aussi maudit la famille de Beth… et je suis sa descendante… et c'est pourquoi j'ai eu des problèmes toute ma vie… et pourquoi j'ai rêvé de toi avant même de te rencontrer ?"

"Nous ne savons pas avec certitude que tu es la descendante de Beth, ce n'est qu'une théorie à ce stade," intervint Carlisle. "Alice et Jasper font toujours des recherches sur ton arbre généalogique."

"Jazz et moi continuons les recherches mais je suis déjà presque sûre que tu es la petite-fille de Beth," le corrigea Alice. "J'ai récemment rêvé que tu étais avec nous dans notre ville natale en 1814 et mes rêves signifient toujours quelque chose, alors je ne sais vraiment pas de quelle preuve supplémentaire nous avons besoin ?"

"Alors… Si vous faites en sorte que le Quileute brise la malédiction… ça pourrait aussi aider Bella ?" demanda Charlie avec espoir.

"C'est l'idée," dit Carlisle avec un hochement de tête. "Si Alice a raison à propos de Jane maudissant Beth, alors c'est soit lié à notre malédiction d'une manière ou d'une autre comme un sous-produit de l'affection d'Edward pour Beth, soit une malédiction complètement distincte. Le Chaman Quileute devrait être en mesure d'aider… du moins c'est ce que dit la légende."

"Donc attendez, vous ne savez même pas si ce type peut aider ?" demanda Charlie frustré.

"Ce n'est pas une science exacte," dit doucement Carlisle. "Mais nous avons la foi et c'est plus puissant que n'importe quel remède scientifiquement prouvé."

"Foi ?" se moqua Charlie . "Tu étais prêtre et même si rien à ce sujet n'est dans la Bible, tu as toujours la foi qu'une force invisible vous sauvera tous ? Je suis désolé mais si j'étais toi, j'aurais perdu ma foi en quoi que ce soit il y a longtemps."

Carlisle soupira. "J'admets que j'ai dévié de mes croyances de temps en temps mais… je dois avoir la foi… je dois croire que Dieu a un plan pour tout le monde même nous… sinon je serais devenu fou maintenant."

"Eh bien, tu es un homme plus patient que moi, c'est sûr," grommela Charlie. "Alors, quelle est notre ligne de conduite ? Quel est le plan pour faire lever ces malédictions ?"

"Le Quileute est tout ce qu'il nous reste," dis-je avec lassitude. "Si cela ne fonctionne pas, nous revenons à la case départ."

"Et puis quoi ? Je vieillis et meurs et pas toi ?" me demanda Bella avec inquiétude.

"Nous allons trouver une solution," dis-je, refusant de laisser l'échec être une option. "Je t'aime et je vais vieillir avec toi."

"Mais tu n'as pas vieilli avec Beth," dit doucement Bella. "Tu l'aimais aussi."

"C'est différent," dis-je, ayant un pincement au souvenir de quelque chose oublié depuis longtemps mais juste au moment où j'étais sur le point de le découvrir, mon blocage mental se renforça deux fois plus fort. "Bon sang !"

"Quoi ?" demanda Bella inquiète.

Je secouai la tête. " Je pense... je pense que j'ai refoulé quelque chose et j'ai beau essayer, je n'arrive pas à retrouver ce souvenir. C'est toujours là... juste en dehors de ma mémoire, me narguant comme si c'était une entité distincte du reste de mon esprit. Pourquoi est-ce que je ne peux pas m'en souvenir ?" demandai-je à Carlisle.

"Peut-être que cela fait partie de la malédiction," suggéra Alice.

"Ou peut-être que tu n'es juste pas prêt à t'en souvenir," dit lentement Carlisle. "L'esprit a un moyen de se préserver, alors peut-être que ce souvenir ne te faisait que du mal, donc tu l'as bloqué."

"Ouais, ça commence vraiment à m'énerver," grommelai-je. "J'ai l'impression que… si je pouvais juste me souvenir de cette seule chose… tout serait différent."

"Papa… Où est ma mère ?" demanda Bella avec hésitation.

Charlie souffla. "Je veux que tu saches que je ne t'ai pas dit la vérité à son sujet parce que je pensais que ça ne ferait que te blesser."

"Je sais," répondit-elle tranquillement. "Mais j'ai l'impression que… peut-être que si je lui parlais maintenant… peut-être qu'elle me dirait quelque chose qui pourrait nous aider… une chose dont elle ne soupçonne même pas l'importance."

"Tu penses vraiment qu'aller la voir serait une bonne idée ?" lui demandai-je prudemment.

Elle haussa les épaules. "Peut-être… Je ne sais pas… Mais un 'peut-être' est mieux qu'un 'non' direct, n'est-ce pas ? Je veux dire, ça vaut le coup d'essayer."

"Oh Bella, je ne suis pas sûr que tu puisses gérer quelque chose comme ça en ce moment," dit Charlie en s'excusant. "Avec tout ce que tu viens de traverser aujourd'hui, prenons juste… un peu de recul et gérons tout le reste un peu plus lentement."

Bella se mordit la lèvre inférieure puis se tourna pour me regarder alors qu'elle réfléchissait à ce que son père disait. "Je sais que voir ma mère dans un établissement psychiatrique va être difficile mais… j'ai juste ce sentiment viscéral que c'est important. Je pense… je pense que si Edward vient avec moi, je peux tout gérer."

Je lui souris. "Eh bien, tu gères tout cela magnifiquement."

Elle lui rendit le sourire puis se retourna vers son père. "Je vais bien," lui dit-elle avec assurance.

Charlie y réfléchit une minute puis il hocha la tête. "D'accord… mais je veux que tu dormes dessus. Si tout est rentré dans l'ordre et que tu vas encore bien demain, alors je te dirai où elle est et tu pourras aller la voir."

Elle serra les lèvres. "Je pense que c'est assez juste."

"Bien," dit Charlie avec un mélange de soulagement et de nervosité pour les événements à venir. "Maintenant, la journée a été longue, pourquoi ne pas laisser les Cullen rentrer chez eux et toi, monter dans ta chambre pour te reposer."

La main de Bella trouva la mienne par réflexe et ses doigts se resserrèrent autour de moi. "Je reste avec Edward."

Charlie me fixa pendant une minute et juste au moment où je pensais qu'il allait protester, il déglutit difficilement et soupira. "Tu me promets que tu vas prendre soin d'elle ?" me demanda-t-il demandé avec émotion.

"Je le promets, Charlie. Je l'aime plus que tout et je ne laisserai jamais rien lui arriver."

"Elle aurait pu mourir aujourd'hui !" cracha-t-il incrédule.

"C'était de ma faute," argumenta Bella. "J'ai perdu la tête en conduisant… et j'aurais pu tout perdre."

"Elle ne conduira plus avant un moment," dis-je avec un léger rire.

"Ouais, eh bien vous êtes tous immortels... Rappellez-vous juste qu'elle ne l'est pas, alors ne prenez pas de risques avec sa vie," dit Charlie d'un air protecteur.

"Au cours des deux derniers siècles, nous en sommes venus à la conclusion que garder un profil bas est dans l'intérêt de tous," lui assura Carlisle. "Aucun d'entre nous ne veut faire l'objet d'une enquête gouvernementale," déclara-t-il en riant. Lorsque Charlie ne montra aucun amusement en retour, Carlisle toussa pour déguiser son rire puis devint sérieux. "Tu as ma parole… nous ne ferions jamais intentionnellement quoi que ce soit d'imprudent autour de Bella… c'est-à-dire, autre qu'Emmett se prenant le feu et Alice se tirant une balle dans la tête."

"Je ne pense pas qu'Emmett voulait se brûler," dit Bella de façon inattendue. "On dirait qu'il s'est trompé dans la quantité d'essence à utiliser et le feu l'a simplement... avalé."

Alice roula des yeux. "Il n'a peut-être pas réalisé qu'il l'avait fait exprès mais ce n'était pas la première fois qu'il travaillait avec de l'essence à briquet. Soit il n'y prêtait pas attention, soit il l'a fait exprès."

"Alors le pick-up est complètement détruit ?" interrogea platement Charlie.

"J'espère que tu es assuré," répondit Alice avec un hochement de tête.

"Oh merde !" dis-je en me souvenant de quelque chose. "Les lances Quileute… elles étaient dedans."

"Oh !" dirent Alice et Carlisle en même temps.

"Pourquoi ne pas emmener Bella se reposer et je vais continuer à œuvrer pour obtenir cette rencontre," suggéra Charlie.

Bella sourit et s'approcha de lui pour lui faire un câlin. "Merci papa."

"Maintenant, plus de bêtises !" dit-il sévèrement en me pointant du doigt.

Je levai les mains en guise de défense. "Je te le promets."

Alice, Carlisle, Bella et moi dîmes au revoir puis nous allâmes à la Jeep pour rentrer à la maison et je ne pouvais pas m'empêcher d'être incroyablement reconnaissant de voir à quel point Bella ne semblait pas affectée par tout ça. Une fois qu'elle avait compris ce qu'il s'était passé, elle l'avait accepté et ne semblait pas avoir eu d'autres problèmes mais ce qui était encore plus impressionnant, c'était sa détermination à aider.

Aussi étrange que cela puisse paraître, avec Bella pleinement et entièrement de notre côté, j'avais sincèrement l'impression que nous allions finalement tout arranger - comme si sa présence dans nos vies nous rendait tous plus forts. Peut-être qu'Alice avait raison après tout… peut-être que Bella était vraiment l'élément manquant dont nous avions besoin pour enfin briser la malédiction et aller de l'avant...

*Immortels 2002 réalisé par Jay Russell - Egarée dans les bois, une adolescente rencontre un mystérieux jeune homme. Ils tombent amoureux mais le garçon et sa charmante famille cachent un terrible secret (Alexis Bledel - Jonathan Jackson)