Le cours continue sans autre interruption, Madame Dodge se contente de me fixer de temps en temps sans autre commentaires et je m'efforce de ne pas lui prêter attention. Notre prochain de porte sur l'histoire des anges, nous devons rassembler le plus d'information sur ces êtres purs.

Ash finit par retirer sa main afin de mieux se concentrer sur le cours et cela me permet de réfléchir un peu plus. Comment se fait-il que je sois autant attirée par un parfait inconnu et plus important, que je lui permette de me toucher comme il l'a fait. Je lui jette un regard de biais et ne peux m'empêcher de m'extasier devant la beauté de cet être. Je m'attarde un peu plus sur son corps et ne suis pas surprise du fait qu'il soit musclé. Les manches de son t-shirt sont tendues sous la pression de son biceps. Il est musclé sans pour autant trop l'être. Il est exactement comme j'aime. Arrêter. Arrêter. Arrêter. Il faut que je cesse. Punaise, c'est un inconnu, savoir son prénom et son nom de famille ne fait pas de lui l'homme de ma vie...

Mon téléphone vibre doucement. Je sursaute tellement j'étais perdue dans mes pensées. Je le sors et vois un message d'Irène :

« Il est canon le nouveau »

Je lui réponds :

« Oui, mais je ne sais pas ce qu'il m'a pris, je ne le connais pas ! »

« Le coup de foudre ma belle, l'amour au premier regard »

« Ne dis pas de bêtises Irène, on ne peut pas aimer une personne que l'on ne connait pas »

« Regarde Stephan et moi ! »

« Irène, je ne suis pas amoureuse de lui ! »

Notre conversation continue jusqu'à la fin du cours et aucune de nous n'a le dernier mot. Ash qui semble-t-il me fixait depuis un certain temps rigole, ce qui me fait lever les yeux.

Ton amie et toi semblez incapable de vous mettre d'accord à mon sujet, dit-il

Je rougis violemment et ne sait plus où me mettre, je bégaie, je suis dans l'incapacité de former une phrase concrète. Je finis par sourire très gênée.

Ce qui le fait rire encore plus fort et je me joins à lui car je me rends compte qu'il doit être tout aussi confus que moi. Il ne semble pas être le genre de garçon qui accoste la première fille venue malgré son physique attrayant, il a l'air plus profond que cela.

J'ai cru deviner que tu es nouveau, donc, hum euh, ça te dirait de te joindre à nous ? Quand je dis, je parle de mes amis et moi, lui dis-je en ignorant le sourire carnassier que je vois sur le visage d'Irma

Avec plaisir, mais je ne voudrais pas m'imposer, tu es certaine que cela ne posera pas un problème auprès de tes amis ?

Pour ça je peux te rassurer beau ténébreux, cela nous ferait extrêmement plaisir de t'accueillir dans notre groupe. Surtout en tant que futur copain de mademoiselle Duncan ici présente, s'empresse de répondre ma traitresse de meilleure amie que je fusille du regard rouge comme un tomate.

Ash se contente de me regarder, un sourire taquin plaqué sur ses belles (Elyon calme-toi) lèvres.

Alors je ne peux que vous remerciiez mesdemoiselles Duncan et ... ? demande-t-il en dardant Irma de ses prunelles grise.

Irène semble déboussolée, touchée par le charme de mon compagnon de table, ce qui me fait doucement jubiler car je ne suis pas la seule qu'il déstabilise aussi facilement.

Euh... Lair, Irène Lair, se contente-t-elle de répondre après quelques secondes.

Il faudrait peut-être que nous sortions de la classe, il n'y a quasiment plus personne, j'ajoute, sauvant Irène de son embarras quand je me rends compte qu'il ne reste plus que quelques élèves ainsi que l'enseignante avec qui je ne veux pas me retrouver en comité réduit.

Nous rangeons nos affaires et sortant rapidement et nous retrouvons dans le couloir et Irène et moi ne sommes pas étonnées que tous les regards se pose sur nous. Prise d'un élan soudain de confiance, j'accroche mon bras à celui d'Ash et lui souris brillamment pour le distraire en me rendant compte qu'il est mal à l'aise face aux regards qui sont fixés sur nous. Irène voyant mon geste fait de même et nous avançons sous les regards envieux des garçons et ceux furieux des filles. Nous rejoignons tranquillement le reste de nos amis sous l'arbre se trouvant dans le petit parc à l'arrière de l'école. C'est un grand chêne faisant une bonne vingtaine de mètres de haut et au moins trois mètres de large. Nous nous posons à cet endroit afin d'être tranquille et d'éviter le chaos de cette école.

Par les regards que je perçois venant de nos amis, je sens la curiosité face au nouvel arrivant qu'Irma et moi ramenons. Une fois arrivé à leur hauteur, Irène s'empresse de le présenter avant que je n'aie le temps d'ouvrir la bouche :

Voici Ash Darkmir, le futur copain d'Elyon, annonce-t-elle fière d'elle

Je manque de défaillir et me promets de la torturer plus tard. Je souris gauchement à mes amis et clarifie rapidement les choses en fusillant Irène du regard :

Ash est nouveau et je lui ai proposé de se joindre à nous et cela uniquement par gentillesse et parce qu'il m'a paru sympathique, je rectifie.

Voyant Irène prête à rajouter quelque chose je la pince en passant mon bras dans le dos d'Ash tout en regardant la réaction de mes autres compagnons. Ces derniers n'étant pas dupes se rendent compte qu'ils ont manqué une partie de l'histoire mais sachant que je n'en dirais pas plus se taisent et accueillent Ash en se présentant.

La pause ne durant que trente minutes, nous discutons tranquillement et je me rends compte que le nouvel arrivant se place un peu en retrait en nous regardant nous lancer des piques. Il porte un sourire nostalgique et un peu triste. Je me demande ce qu'il peut bien lui trotter dans la tête et ressens le besoin de le faire sourire afin qu'il oublie ce qui semble le rendre triste. Je penche la tête pour capter ses prunelles qui se fixent immédiatement dès qu'elles voient le mouvement de ma tête et je lui souris et lui touche le bras espérant apaiser ses pensées tourmentées. Il me prend la main et la serre et son regard se décharge de toute tristesse pour devenir lumineux et mon cœur se gonfle sachant que j'ai réussi. Retournant afin de suivre la conversation se déroulant, je croise le regard d'Irène et la voit me sourire doucement.

Après ce qu'il s'est passé dans notre ancien collège, elle sans doute heureuse que je puisse tout de même accorder de l'attention à un homme. Cette pensée me ramène brusquement à la nuit qui à déclencher notre déménagement précipité car nos parents souhaitaient que l'on oublie cet atroce évènement. Mais je ne veux pas y penser maintenant et je secoue la tête et essaie de me reconnecter dans le présent. Un frisson me prend et je serre la main d'Ash qui tourne la tête perturbée par la brusque pression.

Désolé, je lui murmure, un petit courant d'air

Si tu as froid je peux te passer ma veste, me répond-il

Non, non tout va bien, merci, je lui souris et me retrouve une nouvelle fois submergée par une grande chaleur face à son charme ravageur.

Je me demande soudainement si je ne vais pas devenir trop dépendante de lui alors que je ne le connais que très peu. Ce n'est pas ce que je veux, jusqu'ici aucun homme n'est parvenu à retenir mon attention très longtemps et encore moins à saisir mon cœur, mais je crains bien qu'Ash n'y parvienne trop rapidement et qu'effrayer par ce que je pourrais ressentir pour lui dans le futur, il ne prenne peur et s'en aille, tout comme ma mère des années auparavant.

La journée se termine, malgré l'attirance qu'Ash et moi avons l'un pour l'autre, nous somme silencieux et attendons le bon moment pour prendre le temps de se parler.

Nous retournons tous en classe, Irène et moi sommes dans chaque cours ensembles au vu du fait que nous souhaitons nous diriger vers des formations commerciales, car nous souhaitons toutes les deux avoir un poste dans l'entreprise de mon père. Ash semble également nous accompagner sauf dans le cours de droit.

Nous profitons donc d'être entre filles durant ce cours pour parler.

- « Je ne comprends pas trop la raison qui me pousse à être aussi ouverte avec ce gars... » je sors, à Irène, décontenancée.

- « Franchement je n'ai aucune explication, mais essaie de ne pas te braquer et le repousser, qui sait, peut-être que c'est simplement passager... » me répond-elle

- « Même si je ne pense pas » ajoute-t-elle en chuchotant et regardant dans le vide.

Je la fixe interdite, quelque chose ne va pas aujourd'hui. Je la connais depuis aussi loin que je puisse me souvenir mais jamais je ne l'ai connue aussi ouverte face à un inconnu, mais surtout jamais elle n'a paru aussi différente. La phrase lâchée plus tôt ce matin me reviens en tête et je décide de lui en parler :

- « Dis ce matin, tu as dit quelque chose qui m'aurait paru banal si ce n'est que tu as toi-même eu l'air choquée de ce que tu disais. Aujourd'hui est le commencement de ce qui ne fut jamais terminer il y a des siècles. Qu'est-ce que ça veut dire ? » je rigole, « Tu nous la fait voyante ? »

Irène reste silencieuse et son visage se ferme, elle a l'air totalement éprouvée et je me demande ce qui peut bien peser sur les épaules de cette fille insouciante. Je me sens coupable, je pensais simplement plaisanter sans pour autant m'attendre à une réelle problématique. Au moment où je vais m'excuser, elle parle :

- « Je fais des rêves étranges ces temps, je suis constamment sous l'eau, quelque chose m'y retiens et j'ai beau hurler, personne ne m'entend et le pire c'est que je ne me noie pas, je suis simplement sous l'eau... dans le vide, personne autour, aucune vie.. »

Je me tends dès ses premiers mots. Car actuellement il nous arrive la même chose, mais au contraire de moi, Irma est impactée dans son humeur, cela lui pèse. Mais il m'est difficile de comprendre car même si je les vis depuis des années, ils ont toujours été uniquement des songes pour moi, dû à mon subconscient plein d'imagination. Cependant pour elle, cela avait une autre signification, donc je ne dis rien et attends de voir si elle va continuer afin de comprendre où allait nous mener cette conversation. Je la regarde et ses jolis yeux sont baissé et fixe son bureau son petit nez retroussé est froncé, les plis entres ses sourcils montrent sa concentration et sa bouche est serrée en une ligne fine et ses mains sont crispées. Je l'observe et attend toujours.

- « J'ai peur de dormir, me dit-elle enfin, parce que j'ai l'impression que cela va arriver, je ne sais pas quand, ni comment, mais je suis certaine que c'est ce qui se passera »

-Irma? Mais c'est un simple rêve, pas la réalité, lui dis-je, tu ne peux pas logiquement te retrouver dans l'eau sans rien autour de toi et surtout être capable d'y respirer. Détends-toi. Est-ce que quelque chose t'angoisse ces temps ? les examens ? Une disp... »

- Elyon, me stoppe-t-elle brusquement, je n'ai aucun problème dans ma vie en général. C'est arrivé récemment et je le sens au fond de moi, je le sais et j'en suis certaine, quelque chose arrive et ça me fait peur à un point...

Je ne sais pas quoi lui dire car son angoisse me parait démesurée. Qu'est-ce qui peut bien lui donner cette impression. Mais une pensée fugace me prend, et si elle avait raison ? Les rêves que je fais me paraissent également très vrais, ils me hantent et me tiennent éveillée, je les vis même sous ma douche... Quelque chose arrive et nous ne sommes pas prêtes.

- « Quoiqu'il arrive, on est ensemble et c'est la seule chose qui importe. Tout ce qui arrive nous l'affrontons ensemble comme par le passé »

Elle me regarde les yeux remplis de larme, et sourit doucement, je lui tends la main entre l'espace qui sépare nos pupitres et la serre doucement en lui rendant timidement son sourire.

Après ce petit moment émotionnel, nous avons replongé dans le cours de droit aussi ardu qu'ennuyant. Le professeur nous donne 10 pages à écrire sur le droit du travail en se basant sur une situation réelle. Je soupire déjà sachant qu'entre l'entrainement de football et les répétitions de chant pour l'organisation caritative de mon père, je serais lessivée. Nous sortons du cours en rigolant et en se poussant et rejoignons nos amis qui se trouvent au fond du couloir sombre de cet établissement. Je cherche Ash du regard, mais ne le trouve pas directement. Légèrement déçue, je sors du bâtiment, c'est la fin de la journée et je suis épuisée et un peu chamboulée par les évènements.

Le ciel qui était dégagé, s'est couvert d'un voile gris. Il pleuvra dans les prochains jours à mon avis. Je continue d'avancer en direction de ma voiture et me tourne afin de demander à mes amies si l'une d'elle souhaite passer la soirée chez moi, quand je croise le regard de Madame Dodge à l'une des fenêtres des salles de cours. Elle me regarde férocement et avec une haine qui me laisse perplexe. Nous ne nous connaissons pas, que me veut-elle. Je lui lance mon plus beau sourire et me détourne d'elle pour m'adresser à mes camarades.

- « qui compte venir chez moi ce soir ? je demande »

- Cette fois nous rentrons, me réponde à l'unisson Hay-Lin et Sia, nos parents ne vont plus accepter que nous rentrions à pas d'heure en semaine.

- Moi j'ai un devoir à terminer et une présentation pour lundi prochain, donc les 5 prochains jours, on ne se verra qu'en cours les filles, ajoute Cornelia

Les autres déclinent également. Nous nous disons au revoir et nous dirigeons chacune à nos véhicules.

J'ouvre la voiture, m'y assois et regarde si Castiel est là, cet idiot est constamment en retard, donc une règle simple avait été émises entre nous. Je l'attendais au plus 15 min et au-delà, il trouvait seul le moyen de rentrer. Je sors mon portable que j'ai laissé toute la journée dans mon sac et fait rapidement le tour de mes réseaux sociaux. A part apprendre qu'Amélie et Keylan d'anciens élèves allaient devenir parents, rien de bien beau. Je regarde ensuite mes messages reçus et vois que Sarah m'a expliqué où elle avait laissé le repas et m'indique de ne surtout pas laisser mon père le surmené se coucher sans manger. Je souris à cela car chaque jours elle prend soins de chacun de nous et ce depuis aussi longtemps que je puisse me souvenir. Je soupire, d'ici un mois exactement, Castiel et moi allons fêter nos dix-huit ans. L'année prochaine, finit le lycée. Chacun ferait les choix qui façonneront toute notre vie et nos carrières. Je ferme les yeux et laisse une larme couler, le temps défile tellement vite..