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Mardi 21 février 2006

Le couloir de l'hôpital était bondé. Un nombre incalculable de sorciers et de sorcières, tous inquiets pour l'état de santé de Neville Londubat, s'amassait encore aujourd'hui à Sainte Mangouste.

Ici, les murs étaient blanchis à la chaux et le sol en linoléum usé par des années d'utilisation. Il y avait aussi ces lampes fluorescentes presque aveuglantes qui clignotaient par moments au-dessus des têtes, et qui jetaient des ombres inquiétantes sur les visages tendus des personnes présentes.

Hermione, prostrée dans un coin, entendait les chuchotements anxieux, les sanglots étouffés et les prières silencieuses, ce qui n'arrangeait en rien l'écœurement qu'elle éprouvait. Le pire était cette odeur d'antiseptique mêlée à celle de la maladie qui flottait dans l'air, la rendant nauséeuse par-dessus le marché.

Une semaine, oui, une semaine que tout ce cirque durait, et selon elle, les gens en faisaient bien trop ! Si seulement ils connaissaient la vérité... Ils ne rendraient pas l'atmosphère aussi lugubre, lourde et pesante. Et quand bien même, comment pouvaient-ils tous continuer à s'amasser ici, les uns contre les autres, comme cherchant réconfort dans la présence de l'autre, alors qu'il était sorti d'affaire ? Alors oui, évidemment que son état était dramatique, mais il n'était pas mort, ou pire, un fugitif avec à ses trousses une armée d'Auror prête à en découdre.

Oh non, d'ailleurs, si on faisait abstraction de son infirmité, il avait plutôt la grande forme depuis quelques jours. Plus qu'elle en tout cas, c'était d'ailleurs étonnant.

Quoique, en y réfléchissant... pas tant que ça... Neville devait certainement maintenant penser qu'il n'y avait plus aucun obstacle les concernant tous les deux. Elle le voyait chaque jour depuis son réveil, jubilant d'avoir réussi un coup de maître. Éliminer le rival pour ravir sa belle, lui avait-il susurré à l'oreille pas plus tard qu'hier, avant de continuer et de lui dévoiler la vérité une fois les oreilles trop pendues absentes.

C'était d'ailleurs pour cette raison qu'elle était encore présente, même après avoir découvert toute cette manigance. Neville avait fait en sorte que... alors le monde pensait que... donc elle pensait qu'il fallait que... et qu'il n'y avait plus d'espoir pour...

Jamais elle n'aurait dû laisser s'installer cette relation. Elle se savait pas amoureuse, mais il avait été si rassurant et présent tandis qu'elle vivait une énigme avec Severus...

Au final, sa présence dans cet hôpital, et son silence même après les vérités de Neville, n'étaient clairement et purement que de la résignation avec un soupçon de culpabilité. Et puis il y avait cet énorme vide dans la poitrine qui lui dévorait la force de contrer cette histoire d'amour tragico-romantique qu'on lui imposait et inventait.

Si seulement Neville n'avait pas...

Mais qu'est-ce qui lui avait pris, nom d'un chaudron, de prononcer son nom à tout bout de champ à son réveil ? Et cette demande en mariage absurde lorsqu'elle était entrée dans la chambre, devant tout le personnel comme témoin ?

Par Merlin, voilà que ces regards impatients mais attendris du personnel braqués sur elle la hantaient de nouveau. Il fallait qu'elle sorte... maintenant... avant que les gros titres de la presse ne lui reviennent aussi en-tête.

D'un pas rapide, Hermione quitta cette partie de couloir avant d'en emprunter un autre bien moins bondé. Cela ne l'empêcha pas de se faire alpaguer par un groupe de sorcières, calepin en main :

"Miss Granger, attendez, avez-vous conclu une date pour le mariage ?"

Des journalistes, encore... Depuis que Neville était de nouveau bavard, lui et elle faisaient les choux gras de la presse, si bien qu'il lui était impossible dorénavant de se déplacer librement.

Hermione ne prit même pas la peine de ralentir sa course et s'engouffra dans le dédale de marches, non sans avoir manifesté son agacement en faisant claquer le double battant.

"Qu'ils aillent tous se faire voir... "laissa-t-elle échapper aux bords des larmes.

La situation l'avait rendue bien trop sensible et fragile. Ce n'était plus vivable et elle le réalisa là, dans ces escaliers interminables. Ses yeux humides obstruèrent rapidement sa vue, et des larmes se mirent à creuser ses joues.

Incapable de les retenir, Hermione manqua de tomber sur la dernière marche et se rattrapa sur la porte de sortie qui s'ouvrit avec fracas sur l'extérieur bondé. Ses larmes encore présentes ne l'empêchèrent pas d'apercevoir la foule gigantesque amassée devant l'hôpital et rapidement, une multitude de flash finit par l'aveugler complètement, l'empêchant définitivement de bouger.

Il était fou de penser qu'ils étaient tous présents pour elle, et pourtant, au vu des questions qui fusèrent, cela semblait bien être le cas.

"Miss Granger, s'il vous plaît, pouvez-vous nous informer aujourd'hui sur l'état de santé de Neville Londubat, votre fiancé, n'est-ce pas ?" lança un premier au loin.

"Miss Granger, le professeur Londubat, maintenant infirme, pourra-t-il garder son poste d'après vous ?" osa un autre à l'opposé.

"Allez-vous pouvoir vous-même reprendre le vôtre tout en vous occupant de lui ?" lâcha encore un autre, la faisant fulminer. Voilà qu'on la prenait pour une aide de vie maintenant...

"Peut-être avez-vous des suggestions concernant les adaptations à apporter pour faciliter la reprise de son poste ? Vous pourriez ainsi reprendre tous les deux ensemble vos emplois."continua-t-il sans même apercevoir la fureur dans son regard.

"Et votre mariage ?", héla une autre plus loin. "Avez-vous choisi le château de Poudlard pour l'échange de vos vœux ?", acheva une femme de sa voix grinçante et insupportable. "Le parc pour la cérémonie, et la grande salle pour la réception ?", continua-t-elle sans attendre. "Saviez-vous que Célestina Moldubec se proposait d'animer votre soirée dansante ? Du jazz à un mariage, vous ne trouvez pas cela trop classique et un tantinet ennuyeux ? Ne préférez-vous pas les Bizarr' Sisters, pour vous rappeler à tous les deux vos années d'études communes ?", "Personne n'a oublié vos efforts concernant l'amélioration des conditions de vie des elfes de maisons. Avez-vous à ce jour une alternative pour la confection du buffet ? D'ailleurs... buffet... ou service à table ? ... thème... couleur ? ... mix... magique... moldu ? ...? ... Votre famille...?"

Hermione n'écoutait plus, les mots se mélangeaient et les quelques bribes qu'elle parvenait à accrocher n'avaient aucun sens. Plus rien n'avait de sens. Plus depuis...

"N'avez-vous pas peur d'organiser un tel événement alors même que Severus Snape est toujours en cavale ?"

... Severus.

Hermione refit surface comme si quelqu'un venait de la secouer et dirigea son regard sur l'homme qui venait de poser sa question plus fort que les autres.

L'homme, ravi d'avoir attiré son attention, continua : "À ce propos, que savez-vous des fouilles effectuées depuis des jours dans les décombres des parties basses et accidentées du château ? Nous savons de source sûre que votre ami Harry Potter supervise la mission. Vous a-t-il divulgué quelque chose ? Ont-ils enfin une piste ? La traque de Severus Snape est-elle sur le point de prendre fin ? Le ministre de la magie a évoqué le baiser du détraqueur pour sa condamnation. Le saviez-vous ?"

C'en fut trop. Son corps entier transpira de peur tandis qu'on lui apprenait ces nouvelles. Elle avait suivi le jeu de Neville, parce qu'ainsi, Severus vivait ce qu'il avait toujours souhaité : vivre en paix. Mais si Harry dirigeait les opérations, alors Severus était en danger.

Un frisson désagréable lui glaça l'échine si bien que, prise d'une douleur aiguë jusqu'à la nuque, elle en ferma les yeux. C'est alors que le silence tant attendu se fit. Elle en apprécia la saveur un court instant, sûrement pas assez longtemps comme elle l'aurait aimé. Seulement, maintenant, il était temps qu'elle mette un terme à toute cette mascarade.

Après une grande inspiration, gonflée par la détermination et l'envie de rétablir la vérité, Hermione rompit le silence et l'attente des journalistes d'une voix claire et forte :

"Veuillez noter que les déclarations que je m'apprête à vous faire sont la stricte vérité et m'ont été racontées par nul autre que Neville Londubat. Je suis prête à réitérer chacune de mes prochaines paroles sous Véritaserum s'il le faut."

Le silence était complet, tous étaient suspendus à ses paroles, plumes dégainées et en lévitation, prêtes à retranscrire ses paroles sur parchemins.

"Bien, le professeur Neville Londubat est le seul coupable de son état. Il a lui-même défié le professeur Severus Snape en duel après que je lui ai appris vouloir le quitter parce que j'entretenais une liaison avec ce dernier."

Hermione fut interrompue par des exclamations choquées, mais ne se démonta pas et poursuivit :

"Severus Snape n'a montré aucune envie de se battre, bien au contraire, puisqu'il a continué le brassage de sa potion ignorant délibérément la véhémence de son collègue. C'est à cet instant, vexé de ne pas être écouté, que Neville Londubat a attaqué en traître Severus Snape. Coup de chance pour l'un mais pas pour l'auteur du sort, l'attaque perfide d'arrache-jambe a ricoché sur le chaudron en question tandis que Neville Londubat, dans sa fureur, continuait de lancer des sorts d'explosion et de jet de flamme."

Une fois de plus, Hermione fut interrompue dans ses déclarations par des exclamations de stupéfaction. Elle entendit certains dire qu'ils ne croyaient pas à son histoire, d'autres s'exclamer que ça ne les étonnait pas, rappelant Ô combien Londubat n'avait jamais eu de chance lorsqu'il s'agissait de chaudron. Il était temps de reprendre son discours avant de ne plus être écoutée :

"S'il vous plaît, laissez-moi terminer !" déclara-t-elle plus fort, tout en balayant du regard les visages pour s'assurer qu'elle avait leur attention.

C'est alors qu'elle croisa le regard de sa directrice, Minerva McGonagall. Pourtant en retrait, Hermione ne vit plus qu'elle. Sous son chapeau, son sourire en coin n'était pas des plus discrets, elle était d'ailleurs la seule semblant être ravie du revirement de situation. Derrière ses lunettes, son regard l'incita à poursuivre et elle appuya cette impression d'un hochement de tête l'invitant à reprendre.

Ce qu'elle fit, avec davantage d'assurance :

"Si à ce jour Neville Londubat se retrouve infirme, c'est de sa seule faute et de son propre sortilège. Par chance, le sort a été amoindri par le ricochet et lui a seulement fait perdre l'usage et non ses membres dans leur entièreté. La suite reste à deviner puisque Neville Londubat, celui qui m'a conté toute l'histoire, a finalement perdu connaissance après cela. Mais il n'est pas difficile d'imaginer Severus Snape l'évacuer des cachots qui, en proie aux flammes, menaçait de les tuer tous les deux. J'imagine qu'il n'est pas nécessaire de vous expliquer pourquoi ce dernier a préféré prendre la fuite ; vous n'avez même pas daigné lui laisser une once de présomption d'innocence. Il savait pertinemment qu'il ferait un bon coupable, quoiqu'il dise ou fasse, puisque vous n'attendiez rien de moins pour le condamner."

Les voix de la foule se firent entendre de nouveau. Seulement, cette fois, Hermione ne chercha pas à les décrypter. Elle avait dit ce qu'elle avait à dire. Il était seulement temps de clôturer le tout et de s'enfuir elle aussi.

"J'oubliais!" Toutes les têtes se tournèrent de concert vers elle. "J'imagine qu'il est inutile de vous annoncer qu'aucun mariage n'est et n'a été prévu. J'ai terminé."

Hermione quitta le devant de la foule et tenta de se frayer un chemin tandis que les questions fusèrent de nouveau. Certains la croyaient, d'autres semblaient sceptiques. Certains curieux commençaient à vouloir en savoir plus sur sa liaison avec Severus, d'autres semblaient rager qu'elle ait pu faire une chose pareille, mais elle s'en fichait. Rien ne comptait plus maintenant que de le retrouver.

La foule enfin dépassée, elle s'engouffra dans une ruelle déserte et ne perdit plus de temps en transplanant jusqu'au portail gigantesque, l'entrée principale des terres de Poudlard.

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[Qui c'est qui revoilà ? C'est bien moi :D ... bon je vais pas vous faire un dessin, la vie fait qu'il y a des hauts des bas ... j'ai longtemps eu du bas, un gros burn-out en faite... Mais voilà je reviens sortie d'affaire après un séjour au Cambodge. ( oui oui oui moi et ma ptite famille). C'est le genre d'expérience qui fait beaucoup relativiser et qui m'a fait comprendre que mes problèmes ne sont pas vraiment des problèmes.

Je remercie tout ceux qui ont laissé un petit mot ! Sans vous je crois que je n'aurai jamais eu l'envie de reprendre. ]