Note : Cette histoire n'est pas terminée. Pour le moment, j'ai écrit 14 chapitres sur 37… Il y aura une coupure dans la publication au dixième chapitre (je vous jure il n'y aura pas de cliffhanger) pour que je puisse continuer d'avancer. Cette histoire a été mise en pause pendant des années mais je me suis remise à l'écrire grâce à vos commentaires donc faites vivre cette histoire, s'il vous plait, pour qu'elle puisse avoir une fin un jour !

Disclaimer : Rien ne m'appartient, ni Harry Potter, ni Hannibal (série), tout est à JK Rowling, Thomas Harris et Bryan Fuller.

Bêta-Reader : Chipuliara !

Série : Quelqu'un pour qui… Tome 3 : Quelqu'un pour qui revenir.

/ ! \ AVERTISSEMENTS / ! \ : Cette histoire est réservée à un public averti. Elle contient du slash (relations entre hommes). Il y a plusieurs sous-entendus sexuels et des relations sexuelles explicites. C'est un Dark!Harry et un Dark!A-peu-près-tout-le-monde. Les personnages sont donc OOC et plutôt timbrés. Présence de Violences physiques et morales, Cannibalisme, du gore, du drame, de l'humour noir (voir très noir…) et d'un langage vulgaire.

Il n'y a pas besoin d'avoir vu la série Hannibal pour comprendre la fiction PAR CONTRE IL EST NÉCESSAIRE D'AVOIR LU LE TOME 1 et le TOME 2 POUR COMPRENDRE CETTE HISTOIRE !

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Chapitre 3

21 décembre 2017, 22h15, Poudlard, Ecosse

Le froid avait été à leur porte trois semaines plus tôt et il l'avait franchie sans hésitation aucune, dardant une aile immobile de fraîcheur sur leur douce patrie. L'hiver pouvait aller se faire voir, ses potes le vent glacial et la pluie tonitruante l'avaient pris de court. Presque plus aucun élève n'osait s'aventurer dehors à cause du temps pourri qui avait pris possession de l'Ecosse et même les plus courageux rechignaient à mettre le nez dans les jardins.

Les cours de botanique étaient maintenant redoutés par la plupart d'entre eux et les cours de vol étaient devenus une torture que bon nombre aurait préféré ne pas avoir à subir. Même Tim rechignait à y aller alors qu'il était un fan éperdu du professeur Dubois et qu'il semblait puiser sa force dans la solitude tranquille que lui offrait le parc habituellement.

Sortir à l'air libre, se risquer à fouler les brins verts brillant de givre la majeure partie de la journée, sentir le vent sur son visage et jouer avec ses cheveux, respirer la délicieuse odeur d'herbe fraîche – tout cela ne pouvait plus faire partie de ses petits plaisir coupables, devenant juste de délicieux souvenirs jusqu'au printemps prochain. Tim attendait avec impatience le retour des beaux jours – il ne demandait pas du soleil à outrance ou une chaleur pestilentielle, non, une simple journée grisâtre sans pluie et avec une température légèrement au-dessus de dix degrés Celsius lui suffisait largement.

C'était parce que le parc lui était inaccessible que Tim se retrouvait à déambuler comme une âme en peine dans les couloirs de Poudlard. Vides, les couloirs, devait-il peut-être préciser. Sûrement parce que le couvre-feu était passé depuis un quart d'heure. Enfin, Tim était content d'être seul – même s'il aurait largement préféré être dehors, les couloirs en pierre lui apportaient un infime apaisement qui touchait directement son âme. Il n'y avait que ses pas résonnant entre les murs qui réussissaient à le mettre un peu mal à l'aise – il avait l'impression que tout le château pouvait l'entendre et que Jones ne tarderait pas à lui tomber dessus pour le punir de braver les règles de Poudlard.

Tim se força à respirer profondément pour essayer de se remettre les idées en place. Jones n'avait aucune raison de le trouver dans les méandres du château et il doutait que le concierge ne perde son temps à vagabonder dans l'école en espérant tomber sur des élèves rebelles. Il ne devait pas y avoir trente-six mille élèves à braver le couvre-feu. Depuis la rentrée, lui-même n'avait jamais osé mettre un doigt de pied hors de leur salle commune quand vingt-deux heures sonnaient. Il doutait fortement que d'autres auraient trouvé l'envie soudaine de sortir de leur chaud et douillet dortoir.

La grande preuve : il avait invité Andreas au cas où il aurait voulu braver le règlement mais le rouquin préférait visiblement son lit et sa couette plutôt que de se promener sans but dans un château désert. Tim n'en blâmait pas son ami. Sans son envie d'être un peu seul, il aurait préféré se glisser sur le matelas confortable et s'endormir après de longues heures à avoir observé les fonds du lac noir. Mais il avait eu envie de sortir, de marcher seul avec ses pensées.

Depuis qu'il ne pouvait plus sortir dans le parc, il ne se sentait pas très bien. Son ventre se tordait souvent, sa tête se pressait désagréablement, ses doigts le démangeaient, sa peau se hérissait de chair de poule et ses jambes tremblaient. Le pire arrivait quand il se trouvait au stade de Quidditch. Les nausées devenaient presque des vomissements et si Andreas ne l'avait pas emmené rapidement au dortoir la dernière fois pour qu'il puisse se reposer, il était presque sûr qu'il se serait évanoui sous la douleur aiguë qui pulsait dans sa tête. Le seul moment où il se sentait bien – où il n'avait ni frissons, ni répulsion, ni douleur – c'était quand il était dans son lit, les yeux fixés sur la fenêtre près de lui.

C'était bizarre. Andreas l'avait pressé plus d'une fois d'aller voir l'infirmier, Mr Keegan – mais il n'avait pas voulu y aller. Ce n'était pas grand-chose – chiant, handicapant quotidiennement mais peu important, ni grave. Sans doute un virus, ça passerait, Tim en était sûr. Il ne savait juste pas quand exactement il verrait une amélioration mais il ne doutait pas un instant que ça irait mieux prochainement. Ce n'était qu'une question de temps et Tim avait appris à être patient.

Un frisson le parcourut des pieds à la tête quand un courant d'air froid s'engouffra dans le couloir du premier étage. Il se décida à rentrer, pensant que sa rébellion avait suffisamment durée pour une première fois. Peut-être que la prochaine fois, il resterait plus longtemps – s'il se sentait suffisamment en forme pour pouvoir survivre au lendemain sans mourir de fatigue bien sûr.

Pour le moment, il devait traverser ce maudit couloir glacial pour trouver les escaliers qui le mèneraient au rez-de-chaussée. A partir de là, il pourrait traverser sur la pointe des pieds le grand hall et pousser doucement la porte en bois qui l'enverrait directement aux cachots, en priant mentalement pour que les gonds ne gémissent pas au mouvement lent. Ensuite, le trajet jusqu'à la salle commune serait une promenade de santé et il se laisserait tomber avec joie dans son lit pour dormir de tout son saoul – et surtout pour profiter de ce moment pour apprécier sa tête non douloureuse, ou son ventre stable.

Perdu dans ses pensées concernant la douce chaleur que lui promettait son lit trop longtemps abandonné, il prit un moment à réaliser qu'il entendait des voix. Sourcils froncés, Tim se figea soudainement, se demandant si des gens se rapprochaient de lui ou s'ils partaient dans l'autre sens. C'était bien sa vaine… La première voix lui était familière et il ne lui fallut qu'une petite seconde pour réaliser qu'elle appartenait au Professeur Molnar – la seconde lui était inconnue mais elle était trop faible pour qu'il puisse véritablement l'entendre.

Ses sourcils se froncèrent un peu plus quand il remarqua qu'elle provenait de la salle de Défense et que le ton de la conversation semblait doucement mais sûrement monter. Regardant autour de lui comme s'il avait peur de se faire prendre, Tim hésita à se rapprocher pour écouter son professeur. Peut-être vaudrait-il mieux passer son chemin ? Non ? C'était sans doute le plus raisonnable, mais Tim était trop – beaucoup trop – curieux pour son propre bien. A pas de loup, il marcha vers la porte entrouverte de la salle de cours et se pencha pour observer.

Molnar était debout devant son bureau, les fesses appuyées contre le bord lisse du meuble, les jambes croisées au niveau des chevilles et les mains occupées par un morceau de miroir. Son pied battait un rythme rapide, tentant visiblement de ne pas laisser exposer sa colère – mais Tim pouvait la lire sur son visage. Il ne savait pas ce que lui avait dit son interlocuteur, ni comment ils pouvaient se parler à travers un putain de miroir mais Tim pouvait facilement dire que Molnar allait bientôt exploser. La voix masculine de l'autre s'éleva faiblement dans la pièce sans qu'il ne puisse distinguer ce qu'il lui disait mais Molnar leva les yeux au ciel, soupirant doucement pour se calmer.

- Si vous voulez vraiment que je vous récupère cette putain de baguette au fond de ce putain de lac, il va falloir me payer plus cher. Je ne sauterai pas là-dedans pour une poignée de foutus gallions.

L'autre répondit calmement – enfin Tim pensait qu'il était calme et qu'il acceptait la demande du professeur parce que les épaules de ce dernier se détendirent sensiblement.

- Marché conclu. Je plongerai pour cinq fois la somme convenue, c'est honorable. Cependant, si je puis me permettre, Monsieur, je ne mettrais pas un seul pied dans cette putain d'eau tant qu'il fera aussi froid !

Le monsieur résonna comme une insulte. Tim se décida à bouger quand l'autre parla à travers le miroir, sa voix devenant plus forte – tellement qu'il réussit à discerner ses paroles.

- Vous allez surtout vous maniez le cul, Molnar, parce que pour quinze mille gallions je pense que vous pouvez braver le froid pendant trois petites heures histoire de récupérer cette putain de baguette. Je vous suggère de vous bouger parce que si je ne la récupère pas dans six semaines au plus tard, vous pouvez dire au revoir à la récompense…

Tim s'éloigna à petits pas, le cœur au bord des lèvres. Cet homme… il exultait une colère froide qui lui retournait le ventre et le faisait frémir de peur. Il devait s'éloigner le plus vite possible, retourner au dortoir, réfléchir à ce qu'il avait entendu, en parler à Orphy et à Andreas. Ils auraient sans doute une idée de ce qu'il devait faire, ils auraient une réponse peut-être à toutes les questions qu'il se posait.

Il allait partir en courant pour mettre le plus de distance possible entre lui et Molnar quand il entendit l'inconnu finir sa phrase :

- … et accessoirement à votre putain de vie inutile.

Tim n'attendit rien d'autre, n'entendit rien d'autre. Les mots glacés résonnaient sous son crâne alors que ses jambes se mettaient en mouvement inconsciemment. Les yeux écarquillés, le cœur battant la chamade dans sa poitrine, il courut comme si sa vie en dépendait – et peut-être que c'était le cas. Les escaliers furent vite avalés et il ne fit pas attention alors qu'il traversait le grand hall pour rejoindre la salle commune des Serpentards.

Molnar le suivait peut-être. Jones l'avait peut-être entendu.

Peu importait vraiment. Tant qu'il entrait dans la salle commune, qu'il grimpait dans son dortoir et se cachait sous sa couette, tout irait bien. Vue comme il courrait comme si les chiens de l'enfer étaient à ses trousses, il y avait peu de chance pour que le professeur de Défense – pas-si-professeur-que-ça – ou que le concierge puissent le rattraper. Et sans preuve, ils ne pourraient pas savoir que c'était lui qui se baladait dans les couloirs. Et s'ils ne savaient pas, alors il était sauvé. C'était aussi simple que ça.

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22 décembre 2017, Bibliothèque, Poudlard, Ecosse, 15h21

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La matinée s'était plutôt bien passée – dans le genre, « comme d'habitude ». Rien de nouveau sous le soleil, ou aurait dû-t-elle dire, sous la pluie d'Ecosse. Hélia avait subi les cours avec concentration, bien que son esprit était déjà tourné vers les vacances qui se profilaient à l'horizon. Le Poudlard Express arriverait le lendemain matin en gare de Pré-Au-Lard et ils arriveraient le soir même à Londres. Elle n'arrivait pas à retenir l'excitation qui gagnait son corps : bientôt elle allait revoir sa mère, son père.

Ils lui avaient manquée, surtout parce qu'elle était terriblement seule ici. Tim avait été sympa, Weasley et Orphéus aussi, mais elle ne voulait pas s'incruster dans leur petit groupe déjà bien huilé. Elle parlait avec Tim quand il lui posait des questions ou quand il s'installait à sa table pour discuter, pour lui tenir compagnie. Mais elle ne ferait pas le premier pas – jamais. Elle l'avait fait, avant, mais plus jamais. Elle ne comprenait pas bien pourquoi Tim voulait tellement d'elle à ses côtés et, même si c'était agréable, elle n'était pas prête à lui donner quelque chose d'aussi important que sa confiance – pas encore en tout cas, même si sa résolution commençait à doucement s'effriter face à la persévérance de Tim à l'intégrer dans son groupe d'amis.

Quoi qu'il en fût, demain, elle retrouverait ses parents, son manoir, sa chambre, sa tranquillité. Loin de Tim et de sa bouche qui ne semblait jamais être silencieuse en sa présence. Loin de Weasley et ses sourires en coin repentant qu'il lui offrait dans la salle commune. Loin d'Orphéus et ses saluts légers qu'il lui lançait dès qu'ils se croisaient dans les couloirs. Elle avait hâte d'y être, même si… Même si elle savait qu'elle regretterait très vite leur présence diffuse tout au long de sa journée.

Ils n'étaient pas là tout le temps, ils ne lui parlaient pas comme si elle était une de leurs amis, mais Merlin seul savait à quel point elle aimait leur existence colorée et régulière qui réchauffait sa vie. Ce n'était pas vraiment une bonne journée si Hélia n'avait pas reçu un petit geste hésitant de la part de Weasley ou si elle n'avait pas entendu la voix forte d'Orphéus au bout d'un couloir ou si Tim ne lui avait pas demandé si elle voulait l'accompagner à la bibliothèque. La tranquillité morne du manoir lui serait bénéfique, pas de doute, mais pour combien de temps ?

C'était pour ça… C'était pour ça sans doute qu'elle se trouvait ici, à la bibliothèque, alors qu'elle aurait dû se trouver dans son dortoir à faire ses valises pour le grand départ du lendemain matin. C'était pour ça, sans aucun doute possible. Pour quelles autres raisons sinon aurait-elle perdu son temps ici alors qu'aucune de ses affaires n'avait été préparée ? Elle ne voyait pas d'autre explication : elle commençait doucement mais surement à apprécier ces débiles de Hamilton, Weasley et David. Elle était totalement perdue…

Alors, quand elle avait vu Tim agripper Orphéus et Andreas comme si sa vie en avait dépendue, les yeux regardant à droite, à gauche, derrière son épaule avec urgence, elle n'avait pas pu s'empêcher d'être curieuse et elle les avait suivis jusqu'à la noble et prestigieuse bibliothèque de Poudlard. Il n'y avait personne – il n'y avait jamais personne le vendredi après-midi. Seules les premières années étaient libres et la plupart d'entre eux préparait leurs affaires pour retrouver leur foyer.

Elle se cachait dans une des allées de l'immense pièce, assez près de la table des garçons pour les entendre discuter mais suffisamment loin pour ne pas être repérée. Au cas où, elle avait attrapé un livre au hasard pour avoir un semblant d'alibi – quelque chose à propos des Licheurs ou un truc comme ça, même si elle aurait été incapable de dire ce que c'était comme créature. Elle se pencha en avant, comme si ce simple geste pouvait l'aider à mieux entendre leur conversation.

- … je t'assure ! chuchotait agressivement Tim.

A travers les rangées de livres, Hélia pouvait le voir se pencher frénétiquement vers ses amis. Il avait le visage pâle, les yeux un peu écarquillés par, semblait-il, l'excitation. Elle espérait que c'était de l'excitation parce que sinon cela ressemblait beaucoup à de la peur et Hélia n'était pas sûre que ce fût une bonne chose tant Tim paraissait maître de ses émotions habituellement. Elle tendit l'oreille, cherchant à capter leurs mots murmurés.

- Attends, attends, l'arrêta posément Orphéus de sa voix calme. Tu dis que le professeur Molnar est en fait une sorte de mercenaire qui cherche une… baguette ? Pour un nombre important de gallions ?

- Pour quinze milles gallions ! s'écria Tim en essayant de garder une voix basse pour que la bibliothécaire ne les mette pas dehors.

Hélia faillit en lâcher son livre. Rien que ça ? Ce n'était pas une petite somme – c'était un montant qui aurait fait pâlir d'envie n'importe quel sorcier. Même son père aurait été bouche bée devant une telle récompense. Et surtout… tout ça pour une simple baguette ? C'était un objet qui devait posséder une grande importance pour l'homme qui avait engagé Molnar – une grande importance émotionnelle ou physique – parce que personne n'aurait mis autant d'argent pour une vulgaire baguette. N'est-ce pas ? Non. Personne n'aurait dépensé une telle fortune pour un foutu morceau de bois.

- C'est impossible, chuchota Weasley en fronçant les sourcils, la ramenant à la conversation en cours.

- Visiblement si.

Elle n'arrivait pas à en croire ses oreilles. C'était pour cela, alors, que le professeur Molnar tournait régulièrement autour du lac d'une façon horriblement louche ? Tout s'expliquait, bien qu'elle avait encore du mal à concevoir que quelqu'un était suffisamment fou pour mettre quinze mille gallions en jeu pour retrouver une baguette engloutie.

Les garçons gardèrent le silence un petit moment – ils se regardèrent, se demandant clairement ce qu'ils devaient faire maintenant que l'information était dans leurs mains. Allaient-ils prévenir la directrice ? Devaient-ils appeler les Aurors ? Le dire à quelqu'un ? Hélia n'était pas sûre qu'on les croirait. Après tout, c'était une histoire un peu invraisemblable et carrément tirée par les cheveux. Qui pourrait réellement admettre qu'un professeur de Défense était en réalité un mercenaire payé pour retrouver une baguette cachée au fond du Lac Noir ? C'était incroyable. Ça ressemblait presque à une mauvaise blague.

- Il faut que je descende dans ce lac, reprit Tim d'une voix ferme et décidée.

- Il faut que nous descendions dans ce lac, reprit Orphy comme si son ami venait de dire quelque chose de stupide.

- Et comment vous voulez faire ça ?

Cachée derrière ses rangées de bouquins, Hélia, inconsciemment, commença à faire la liste des ouvrages qui pourraient les aider dans leur entreprise. Pas qu'elle voulait spécialement leur apporter ses connaissances mais elle avait l'impression que, sans elle, ils se contenteraient de sauter dans le lac sans moyen pour respirer et qu'ils finiraient par se noyer comme des Boursouffles stupides. Elle leva les yeux au ciel en les imaginant et elle secoua la tête devant tant de bêtise.

- Il nous… Il nous faudrait un sort, reprit Weasley. Un truc qui nous permettrait de descendre dans le lac sans mourir noyer.

- Le plus simple serait encore une potion à boire ou un bonbon à mâcher, râla un peu Orphy avec un soupir dans la voix.

A travers les livres, Hélia vit Tim tapoter doucement la surface de la table pour attirer l'attention de ses comparses. Visiblement, il s'était calmé depuis le début de cette conversation. Son visage avait repris des couleurs, ses yeux avaient cessé leurs mouvements incessants, sa respiration était posée.

- Nous avons jusqu'à début février, l'homme a été clair avec Molnar, il devait se débrouiller pour récupérer la baguette avant ça. Et croyez-moi, Molnar n'était pas très chaud pour braver le froid et plonger dans l'eau glaciale. Il attendra sans doute le dernier moment pour y aller et quand ça sera le cas, il sera étonné parce qu'il n'y aura plus de baguette. Nous avons quelques semaines pour trouver un moyen pour respirer sous l'eau. S'il existe un navet népalais ou une soupe roumaine pour nous aider à atteindre le fond de ce foutu lac alors nous devons le savoir et le trouver.

Un navet népalais ou une soupe roumaine, Hélia ne savait pas si ça existait mais elle avait entendu parler de la Branchiflore et ça, elle était sûre que ça pourrait leur servir. Elle n'avait plus qu'à retrouver le livre qui parlait de cette plante, faire des recherches un peu plus poussées et montrer tout cela à Tim – l'air de rien pour ne pas lui faire savoir qu'elle les avait espionnés et surtout parce que… elle ne voulait pas les aider plus que ça. Et puis ça lui éviterait de s'ennuyer pendant les vacances. Au moins comme ça, elle avait quelque chose à faire.

S'éclipsant discrètement, elle se faufila à travers les étagères pleines à craquer de grimoires sans se faire voir par les trois garçons qui continuaient de parler d'un possible navet népalais qui pourrait résoudre tous leurs problèmes. Levant les yeux au ciel, Hélia sortit de la bibliothèque en s'efforçant de ne pas secouer la tête de dépit. Vraiment, que feraient-ils sans elle ?

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7 janvier 2018, Poudlard, Ecosse, 17h12

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La bibliothèque de Poudlard était presque vide en ce dimanche après-midi. Ce qui était plutôt normal si l'on considérait que c'était le dernier jour des vacances de Noël – quels genres d'élèves s'aventureraient dans cette grande, dans cette immense pièce feutrée un dimanche et le dernier des vacances de surcroit ? Installé à une table dans un coin reculé, Tim se posait exactement la même question. Qui d'assez sain d'esprit s'enfermerait ici, plutôt que de traîner tranquillement avec ses amis dans les salles communes des différentes maisons ?

Personne. Personne de sain d'esprit. Il n'était pas sain d'esprit, ni Andreas, ni cette fille dans un coin qui avait été là chaque jour – tout comme eux. Il avait eu l'impression de passer chaque minute des vacances assis sur cette putain de chaise dure. Ce qui avait un peu été le cas. Jour après jour, ils s'étaient obstinés à venir se terrer entre ces grandes étagères blindées de bouquins, espérant trouver des réponses, des solutions qui les aideraient à descendre au fond de ce putain de lac immense.

Sans résultat. Sans un seul foutu résultat.

Tim soupira lourdement en se retenant de toutes ses forces pour ne pas laisser sa tête tomber sur la table. Ça n'aurait pas été très élégant de reprendre les cours avec une bosse sur le front – pas qu'il cherchait à être élégant ou pas. C'était juste qu'il n'avait pas envie qu'on le regarde bizarrement. Au lieu d'écrabouiller son front contre le bois lisse du meuble qui soutenait au moins trois cent mille grimoires, il se contenta de soupirer de nouveau, tout en se tournant vers son ami installé à ses côtés. Andreas repoussa le livre qu'il feuilletait en grommelant quelque chose d'incompréhensible, passa une main lasse dans ses mèches rousses et finit par relever les yeux vers lui, dépité.

- C'est sans espoir…

Ouais, lui aussi pensait qu'il n'y avait aucune chance pour qu'ils trouvent quoi que ce fût qui les aurait aidés à contrer les plans de Molnar. Ils avaient cherché pendant quinze jours, presque non-stop, sans succès. Sans aucun foutu succès. C'était fou quand même. Ils avaient lu un nombre incalculable de choses, d'informations hyper intéressantes mais qui ne les aideraient pas dans le cas présent. Parfois – souvent – Orphy s'était joint à eux et à trois, même s'ils étaient allés plus vite, ils n'avaient pas été plus victorieux pour autant.

Tim regrettait même par moment d'avoir entendu la conversation entre son professeur et l'homme du miroir. Sans eux, sans sa curiosité, il aurait pu passer de bonnes vacances – tranquilles, festives et agréables. Loin, très loin de la bibliothèque et de ses grimoires poussiéreux qui ne leur avaient apportés qu'un mal de crâne insupportable. Il n'avait pas eu le temps de se reposer et les cours reprenaient le lendemain… Les cours allaient être chiants à suivre et il allait être sur les nerfs – parce qu'ils n'avaient pas trouvé de solution, parce que la date butoir approchait dangereusement, parce qu'ils ne savaient toujours pas l'importance de cette baguette cachée au fond de ce putain de lac.

- Est-ce que tu ne penses pas qu'il faudrait aller le dire à quelqu'un ? chuchota Andreas.

Tim hésita à lui répondre. Lui aussi avait pensé que prévenir un adulte serait peut-être la solution qu'ils recherchaient depuis le début mais une voix dans sa tête lui murmurait que les adultes avaient tendance à ne jamais le croire. Ils avaient tendance à faire confiance à leurs semblables mais admettre qu'un enfant savait quelque chose qu'ils ignoraient ? Quelque chose d'important ? Non, impossible.

Prêt à ouvrir la bouche pour lui expliquer son point de vue, Tim sursauta de surprise quand un gros livre atterrit brusquement sur la table. Il eut tout juste le temps d'enlever ses doigts avant qu'ils ne se fassent écraser par l'énorme grimoire. Relevant rapidement les yeux vers leur assaillant qui avait failli lui aplatir les doigts, Tim ne put empêcher un de ses sourcils de se hausser à la vue qui s'offrait à lui. Ce n'était pas un mais une assaillante – une amie qui avait failli lui arracher la main.

- Désolée, dit Hélia sans paraître un instant véritablement désolée.

Elle avait même l'air plutôt amusée, pensa Tim en observant le coin de sa bouche légèrement relevé – sauf si c'était une simple contracture, difficile à dire avec le digne masque des Malfoy qu'elle essayait de maintenir en toutes circonstances. Lui souriant simplement parce qu'il savait qu'elle n'était pas du tout chagrinée de l'avoir presque rendu manchot et surtout parce qu'il savait qu'il n'obtiendrait rien d'autre de sa part, Tim l'invita à s'asseoir près d'eux. Elle ne le fit pas.

- Comment se sont passées tes vacances ? demanda-t-il.

- Mieux que les vôtres visiblement, répondit-elle, sarcastique, en laissant ses yeux gris balayer la table recouverte de papiers, de livres et de notes. Qu'est-ce que vous cherchez ?

Tim échangea un regard avec Andreas, ne sachant pas s'il pouvait lui avouer ce qu'ils savaient vis-à-vis de Molnar. Il voulait vraiment, après tout, il voulait pouvoir un jour la considérer comme une vraie amie mais ce n'était pas juste de la happer dans leur histoire de baguette engloutie, de professeur-mercenaire et de possible complot.

- Enfin peu importe, ajouta-t-elle rapidement en remarquant leur bref coup d'œil. Je n'ai pas trouvé de navet népalais ou de soupe roumaine qui pourrait t'aider à respirer sous l'eau mais il y a la branchiflore. C'est une plante qui…

Attendez… Quoi ? Comment pouvait-elle être au courant ? Comment pouvait-elle savoir qu'ils recherchaient quelque chose, n'importe quoi, qui les aiderait à descendre au fond du lac ? Elle… Tim eut un sourire attendri en la regardant. Toujours debout près de leur table, les mains volant sur l'ouvrage qu'elle feuilletait rapidement pour trouver la bonne page, elle ne les regardait pas un instant, concentrée qu'elle était sur sa recherche – comme si elle ne voulait pas vraiment les aider mais qu'elle s'y sentait obligée.

D'une main hésitante il attrapa son poignet, s'attendant presque à être rejeté violemment. Mais Hélia se contenta de se figer des pieds à la tête, comme si elle n'avait pas l'habitude d'être touchée et qu'elle ne savait pas comment réagir à ce contact soudain. Elle releva les yeux très, très lentement, et il put y voir toute sa perplexité et sa surprise.

- Merci, dit-il simplement en pressant le délicat poignet entre ses doigts.

Elle avait fait des recherches pour eux – sans doute avait-elle passé une grosse partie des vacances à feuilleter des bouquins à la recherche de cette plante dont ils n'avaient jamais entendu parler. Elle avait pensé à eux, à leur problème – Merlin seul savait comment elle pouvait être au courant de ça mais ça importait peu, tout ce qui comptait vraiment, c'était qu'elle avait trouvé quelque chose, qu'elle le leur expliquait comme si ce n'était rien alors que c'était tout et qu'elle venait de leur sauver la vie.

- Merci beaucoup, Hélia.

Sourcils froncés, elle le regardait comme si elle ne comprenait pas pourquoi il la remerciait aussi gentiment et Tim eut envie de crier contre les gens et leurs préjugés stupides qui les empêchaient de voir la fille sympa qui se cachait derrière le masque des Malfoy. Si les autres étaient moins bêtes, s'ils avaient moins peur des différences, Hélia aurait pu avoir des amis. Elle aurait pu se faire accepter et ne pas être surprise de recevoir une étreinte ou simplement de l'aide.

Elle ne voulait pas s'attacher, il pouvait comprendre ça. Lui non plus ne le voulait pas. S'attacher à des gens, c'était risquer de souffrir – mais la vie n'était pas faite pour être vécue dans la solitude. Tim était prêt à s'ouvrir même si ça voulait dire souffrir plus tard – il ne serait pas comme Orphy, il ne pouvait pas être pote avec tout le monde, mais il pouvait s'habituer à avoir à ses côtés son meilleur ami, Andreas et Hélia. C'était plus d'amis qu'il n'en avait jamais eu jusqu'ici et c'était déjà un énorme pas en avant. N'est-ce pas ?

- C'est rien, dit-elle moins sèchement qu'elle l'aurait sans doute voulu.

Le sourire de Tim s'agrandit un peu plus quand il remarqua qu'elle n'enleva pas son poignet, se contentant de tourner les pages de sa main libre, comme si de rien n'était. C'était mignon, bien qu'un peu triste. Elle repartit dans ses explications : la branchiflore c'était une plante qui permettait de respirer sous l'eau pendant un temps limité, elle venait d'un bassin méditerranéen mais il ne fallait pas trop lui en demander non plus. Elle savait juste qu'elle agissait aussi sur l'anatomie de celui qui l'avalait : les mains et les pieds devenaient palmés et des branchies apparaissaient sur le côté du cou.

Tim ne savait pas s'il avait vraiment envie de se transformer en une sorte de poisson bizarre mais il n'avait pas trop le choix, le temps leur manquait pour apprendre des sorts qui pourraient leur servir et ils n'avaient pas trouvé de potions qui pourraient les aider dans leur tâche. Il ne restait donc plus que la branchiflore… Bien qu'ils devaient encore en trouver. Où est-ce qu'ils pourraient en avoir ?

- C'est bien joli tout ça et honnêtement, je te félicite Malfoy pour avoir trouvé ça, commença Andreas, mais où est-ce qu'on pourrait en trouver trois ? Je ne pense pas que ça pousse dans la serre du Professeur Badock…

Hélia haussa les épaules, repoussant ses longs cheveux blonds dans son dos, comme si ça ne la concernait pas plus que ça et ce fût pour ça que lorsqu'elle ouvrit la bouche, Tim s'attendait presque à ce qu'elle sorte une réplique sarcastique comme quoi ce n'était pas ses affaires. Et pourtant…

- Pas trois, quatre…

- Ça ne change rien !

- Si, ça change que je vous accompagne…

Sourire toujours aux lèvres, Tim les regarda se chamailler en enlevant doucement ses mains du poignet d'Hélia. Un sentiment de paix grandit en lui, même si son ventre le tiraillait de plus en plus – il était bien là, avec ses deux camarades qui deviendraient bientôt, du moins il l'espérait, de véritables amis. C'était reposant de se sentir entouré, de faire partie d'un groupe – même si la solitude restait tout de même plus apaisante encore. Ça changeait, ça faisait du bien. Il se demanda comment Hélia voulait faire pour les accompagner alors qu'elle ne savait pas nager… il se souvenait encore comment elle avait failli se noyer en début d'année.

- Peut-être… Peut-être que le professeur Greengrass en a dans sa réserve ? Ça serait logique non ? proposa-t-il en essayant de réfléchir à ce qu'il avait pu voir dans l'armoire à ingrédients.

Ses deux compagnons se tournèrent vers lui vivement, coupant court à leur petite dispute. Tim aurait pu en rougir s'il n'avait pas autant de maitrise de lui-même. Cependant, il resta brave, affrontant courageusement les yeux gris et le regard bleu qui le scrutaient avec attention. Il s'attendait à ce qu'ils disent quelque chose, qu'il lui dise « ouais bonne idée » ou au contraire « comment tu as pu penser un truc pareil » mais ils continuaient de le fixer comme s'ils doutaient de son intelligence.

- Quoi ?

- C'est… c'est plutôt logique oui, se reprit Hélia en hochant la tête plusieurs fois.

Oh… C'était donc ça ! Ce n'était pas de son intelligence qu'ils doutaient mais de la leur ! Le petit sourire qui avait disparu des lèvres de Tim réapparut, beaucoup plus supérieur que le précédent.

- Comment j'ai fait pour ne pas y penser… dit-elle en se retenant visiblement de laisser tomber sa tête contre la table.

- C'est pas grave, Hélia, ça arrive tu sais ? se moqua Tim gentiment en lui tapotant brièvement l'avant-bras. Tout le monde ne peut pas être aussi intelligent que moi…

Visiblement ce n'était pas la bonne chose à dire même pour rigoler. Parce que Hélia se redressa soudainement, un sourcil haussé, clairement dédaigneuse et tout en le regardant bien dans les yeux, elle lui dit :

- Alors j'espère pour toi, monsieur-je-suis-le-plus-intelligent, que tu as pensé aux créatures aquatiques parce que tu comptes sauter dans un lac noir, je te rappelle, et que je ne te suivrais pas si je sais que je peux être attaquée par un strangulot.

Et dans toute sa gloire de Sang-Pur arrogante, Hélia se détourna d'eux, laissant son grimoire sur la table, ouvert sur la page de la branchiflore. Pourtant se furent plus les mots qu'elle avait lancés que sa sortie mélodramatique qui laissèrent derrière eux un silence pesant. Un silence à couper au couteau et qui ne se brisa pas, même lorsque la porte de la bibliothèque se referma un peu plus fort qu'elle n'aurait dû. Un silence qui dura, dura et dura encore – entre échanges de regards un peu blasés, un peu défaitistes, un peu frustrés.

- Putain de merde…

Ouais, ça résumait plutôt bien la situation.

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15 janvier 2018, Poudlard, Cachots, 17h20

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La cloche venait de sonner la fin de la journée. Tim attendit que tous les autres élèves se soient levés pour aller poser leurs affaires avant d'en faire de même, regroupant difficilement tous les ingrédients dont il n'avait pas eu besoin pendant ces deux dernières heures. Son cœur battait fort dans sa poitrine, sûrement parce qu'il paniquait un peu à l'idée de ce qu'il allait faire très bientôt.

Il n'avait pas l'habitude de voler des adultes – ça allait même totalement à l'encontre de tout ce à quoi il pensait. Qui d'assez sain d'esprit voudrait prendre le risque de passer pour un petit voleur de pacotille ? Pas lui en tout cas, mais Tim n'avait pas vraiment le choix – théoriquement il l'avait mais dans son esprit, il ne pouvait pas imaginer un instant ne pas faire ce qu'il avait prévu. Mais pourquoi faisait-il ça d'ailleurs ? Pourquoi se sentait-il obligé de faire ça ? Uniquement parce qu'il n'avait pas confiance en Molnar ? Seulement parce qu'il avait envie de voir cette fameuse baguette qui valait visiblement des milliers de gallions ? Parce qu'il ne pouvait pas s'éloigner du lac sans ressentir un tiraillement douloureux dans son ventre ?

Oui. Oui, pour toutes ces raisons et bien d'autres encore. Depuis qu'il avait entendu la discussion entre son professeur et l'homme du miroir, Tim ne pouvait s'empêcher de vouloir à tout prix descendre dans le lac pour faire un pied de nez à Molnar et savoir à quoi ressemblait cette fameuse baguette magique engloutie. La curiosité était un vilain défaut, il le savait, mais tant pis. Peu importait les créatures aquatiques qui risquaient de lui mettre des bâtons dans les roues. Peu importait la peur qu'il ressentait à l'idée de descendre au fond du lac, lui qui ne savait pas vraiment nager. Peu importait qu'il devait maintenant voler un adulte pour réussir dans sa quête.

Il voulait aller au bout de ses idées – c'était peut-être inconscient de sa part, sans doute aurait-il dû prévenir sa directrice de maison mais il ne le… sentait pas vraiment. C'était instinctif, un truc au fond de son ventre qui lui disait de se débrouiller, que tout irait bien, qu'il n'avait pas besoin d'un adulte pour s'en sortir. De toute façon, il était orphelin depuis des années maintenant et il n'avait jamais ressenti le besoin l'aide d'un adulte. Mme Katleen n'était pas vraiment le genre d'adulte à aller voir pour régler un problème et les autres dames s'occupaient généralement des tous petits en priorité. Tim s'était toujours débrouillé seul – et si ce n'était pas vraiment tout seul, c'était en compagnie d'Orphy. Aujourd'hui, il avait non seulement son meilleur ami pour l'accompagner dans sa tâche mais aussi Andreas et Hélia. Qui aurait besoin d'un adulte quand il était autant soutenu par ses amis ?

Les jambes tremblantes de stress, Tim s'arrêta devant l'armoire à ingrédients, ses yeux balayant les étagères rapidement à la recherche de ce qu'il cherchait. Ça faisait quelques temps maintenant qu'ils scrutaient la réserve mise à la disposition des étudiants par le professeur Greengrass à la recherche de cette fameuse plante qui permettait de respirer sous l'eau : la branchiflore. Ils savaient que Greengrass en possédait mais il était rare qu'elle ne les mette dans l'armoire au fond de la classe – sans doute parce qu'elle les sortait uniquement quand les autres années s'en servaient.

Aujourd'hui, Tim savait qu'il en trouverait, certainement cachés dans un coin sombre du meuble pour ne pas attirer l'attention – il avait entendu des septièmes années en parler alors il se doutait que le professeur Greengrass les avait préparées pour eux. Il ne lui restait plus qu'à en prendre une poignée et le tour serait joué. C'était plutôt simple dans les faits, restait plus qu'à voir comment il se débrouillait pour la pratique.

Derrière lui, ses camarades rangeaient leurs affaires, plus ou moins bruyamment. Il jeta un bref regard par-dessus son épaule, soupirant de soulagement quand il vit la chevelure flamboyante d'Andreas devant le bureau du professeur – le cachant partiellement et détournant l'attention de Greengrass le temps qu'il puisse faire… ce qu'il avait à faire. Rapidement, il se dépêcha de ranger ses ingrédients non utilisés, observant plus attentivement les étagères à la recherche de la branchiflore. Son souffle se coupa dans sa gorge quand il ne la remarqua pas, supposant qu'il s'était trompé, qu'il n'avait pas bien entendu et qu'il devrait attendre une prochaine fois pour voler la plante. Il eut envie de jurer et de taper du pied comme un gosse hargneux parce qu'il avait pris son courage à deux mains, il avait réussi à se traîner jusque là, il avait fait le plus gros du travail sur lui pour finir cette partie désagréable – et tout ça pour rien…

Gonflant les joues de dépit, Tim allait se détourner pour rejoindre précipitamment sa place quand un petit bocal attira son attention. Il dut se mettre sur la pointe des pieds pour bien voir, s'appuyant légèrement sur une étagère déjà bondée, espérant de tout son cœur qu'elle ne s'écroulerait pas sous son poids. Une exclamation de surprise faillit lui échapper mais il pressa très, très fort les lèvres pour l'empêcher de sortir de sa bouche. Et pourtant… Merlin seul savait à quel point il était soulagé.

Elles étaient là, tranquillement posées dans un bocal simplissime. Une dizaine de petites plantes enchevêtrées ressemblant étrangement à des queues de rats grises. Ça paraissait visqueux, pas vraiment appétissant. Tim retint une grimace, clairement dégouté. Est-ce qu'il allait vraiment devoir manger ça ? Beurk ! Malgré tout, il tendit le bras, essayant tant bien que mal d'atteindre le bol pour attraper ce petit truc dégueu, sans tout casser autour.

Ses doigts se refermèrent autour d'un morceau et il se demanda comment il allait pouvoir en subtiliser quatre sans que cela ne se remarque. Parce que… hm… Il n'y en avait qu'une dizaine. A peine. Tim les compta rapidement. Huit. De ce qu'il pouvait voir, il y en avait huit. S'il en volait quatre, il n'en resterait plus que la moitié et le professeur Greengrass le remarquerait obligatoirement – déjà un seul ça risquait d'être repéré rapidement. Que devait-il faire ? Son cœur se mit à battre à un rythme effréné dans sa cage thoracique, ses genoux faiblirent, ses mains tremblèrent. Merde, il commençait à paniquer. Et ce n'était jamais bon quand il paniquait.

Il était meilleur que ça pourtant. Il n'aimait pas paniquer, ça embrouillait le cerveau et empêchait les pensées importantes et utiles. Se forçant au calme, il inspira doucement et souffla lentement, expulsant l'air de ses poumons jusqu'à ce qu'ils les sentent se rétracter dans son corps, jusqu'à ce que sa tête redevienne lucide et clair, jusqu'à ce que ses jambes cessent de trembler. Une idée, maintenant – et une bonne de préférence. Il n'y avait pas trente-six mille solutions de toute façon : soit il prenait toutes les branches qu'il devait en une seule fois au risque d'attirer inutilement l'attention du professeur, soit il n'en prenait qu'une à la fois jusqu'à ce qu'ils en aient suffisamment.

Rapidement, Tim ramena à lui son bras tendu, le poing serré autour de la petite branchiflore qui humidifiait sa paume de main. Il la glissa dans sa poche, l'air plus décontracté qu'il ne l'était en réalité. Il espérait que le mot « voleur » ne venait pas juste d'apparaître sur son front – comme une malédiction pour les petits malins qui essayaient de duper le professeur Greengrass. Mais il n'y avait aucun regard tourné vers lui, aucun signe qui montrait qu'il avait été vu la main dans le bocal.

Marchant rapidement vers sa paillasse, il rassembla ses affaires précipitamment, faisant fi de ses membres tremblotants, attrapa son sac et le jeta sur son épaule. Dans sa poche, la plante visqueuse semblait peser une tonne mais il continua, adressant un bref signe à Andreas quand il passa devant lui pour lui faire comprendre que c'était bon, qu'il pouvait lâcher la jambe à Greengrass et le rejoindre dehors. Le rouquin baissa légèrement le menton en signe d'acquiescement et Tim sortit de la salle de classe.

Il allait devoir dire aux autres son plan pour les branchiflores, leur apprendre que c'était trop risqué de les piquer d'un seul coup mais que, petit à petit, ils pourraient en prélever suffisamment pour descendre tous ensemble dans le lac. Ce n'était peut-être pas l'idéal parce que Molnar pouvait passer à l'action n'importe quand mais c'était la seule solution. Du moins du point de vue de Tim, et si les autres n'étaient pas contents, ils pouvaient voler leur propre branchiflore la prochaine fois.

- Hey Tim ! le héla la voix familière d'Orphy au bout du couloir.

Il se tourna vers lui, remarquant la silhouette d'Hélia à ses côtés, un peu en retrait et indéniablement silencieuse. Il leur sourit, raffermit sa prise autour de la bandoulière de son sac et s'avança vers eux, espérant qu'Andreas ne mettrait pas trop de temps pour les rejoindre. Pas qu'il n'avait pas envie de se répéter mais… si, en fait, il n'avait pas envie de se répéter. Il se déplaça vers eux, Orphy passant un bras autour de ses épaules quand il arriva près d'eux et Tim glissa un regard vers Hélia pour la voir incliner la tête sur le côté, interrogatrice. Il sentait que les questions n'allaient pas tarder, surtout quand Orphy pressa son épaule, s'appuyant plus largement contre lui. C'était la position qu'il adoptait souvent quand il voulait demander quelque chose d'important à quelqu'un.

Heureusement pour lui, la porte de la salle se rouvrit peu de temps après et Andreas en sortit, trébuchant dans sa précipitation pour les rejoindre. Il avait un sourire qui lui mangeait une partie du visage, visiblement fier de lui, d'avoir réussi à détourner l'attention du professeur suffisamment longtemps pour que Tim puisse faire sa petite affaire en douce.

- N'aies pas l'air aussi content, Weasley, tout le monde aurait pu le faire, marmonna Hélia

- Peut-être mais c'est moi qui l'ai fait ! la nargua Andreas en lui tirant la langue.

- Alors mon pote, tu les as ? questionna Orphy comme s'il se fichait complètement de la petite querelle des deux autres.

Et c'était sans doute le cas parce que ce n'était pas rare de les voir se lancer quelques piques, bien que généralement ce n'était jamais bien méchant. Tim se tourna vers son meilleur ami, sourire aux lèvres devant cette amitié étrange qui commençait à se tisser entre les deux autres Serpentards.

- Hmm… Comment dire ça…

Son hésitation eut le mérite d'attirer l'attention de tout le monde. Tous les yeux se tournèrent vers lui, inquisiteurs pour certains, interrogateurs pour la plupart.

- Tu ne les as pas, c'est ça ? T'as pas pu le faire ? demanda Orphy comme s'il savait depuis le début qu'il était un lâche.

- Hé ! s'exclama-t-il faussement en colère et frappant le flanc de l'autre orphelin. J'ai pu le faire, c'est pas le problème. J'avais dit que je le ferais et je tiens toujours mes promesses, tu devrais le savoir, Orphéus.

Le petit sourire en coin qui se dessina sur les lèvres de son pote lui apprit qu'il n'avait jamais douté de lui – ou alors, ce n'avait été qu'un très bref instant et qu'il n'en pensait pas un mot de toute façon. Tim secoua la tête, déjà fatigué d'être en leur compagnie. Ils étaient gentils, adorables, ils étaient les meilleurs amis qu'il n'aurait jamais pu espérer avoir et il ne les aurait échangés pour rien au monde mais ce qu'ils pouvaient être fatiguant parfois – souvent.

- Alors, c'est quoi le problème ?

- Ouais c'était quoi ton « comment dire ça » ? l'imita Andreas plutôt correctement.

- Il y en avait huit.

Sa voix raisonna dans le couloir, comme s'il avait crié alors que son ton n'avait été qu'à peine plus fort qu'un murmure. Ses yeux balayèrent ses amis, notant leur réaction. Visiblement, Hélia avait compris où il voulait en venir – il savait qu'elle était la plus intelligente – contrairement aux deux autres. Orphy avait levé un sourcil, attendant clairement la suite, un « et alors ? » marqué au fer rouge sur son visage perplexe – foutu Gryffondor qui ne connaissait pas la subtilité. Et Andreas… Andreas le regardait simplement, se demandant peut-être ce qui lui avait pris si longtemps si au final il n'avait rien volé.

- Eeet ? craqua Orphy, exaspéré quand le silence s'étira.

- Et je n'allais pas en prendre quatre quand il n'y en avait que huit dans ce foutu bocal. Elle nous aurait cramé direct. On veut être discrets, pas que l'histoire de voleur de branchiflore remonte jusqu'aux oreilles de Molnar.

- Hmmm… Pas con… chuchota Andreas.

Tim secoua la tête, se détacha d'Orphy pour se mettre en route vers un bureau d'étude surveillé. Ils allaient être en retard s'ils continuaient ainsi et le professeur Thomas, en charge ce soir là, n'aimait pas les retardataires.

- Du coup t'en as pris combien ? demanda Orphy dans son dos.

- Une seule. On en reprendra la prochaine fois que Greengrass en remettra dans l'armoire. On devrait pouvoir en rassembler quatre, j'ai entendu dire que les septièmes années en utiliseraient régulièrement les deux prochaines semaines.

Il marchait devant le groupe, s'attendant à ce que ses amis le rattrapent à tout moment – il ne marchait pas bien vite, laissant ses petites jambes le porter à travers les couloirs du château. Il aurait dû se concentrer sur ce qu'il allait devoir travailler en étude surveillée, réfléchir aux devoirs qu'il avait à faire mais son esprit était totalement concentré sur la petite plante dans sa poche. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait réellement fait ça. Il avait volé un truc à un adulte et il n'avait pas été pris la main dans le sac. La chance du débutant sans doute. Mais peu importait vraiment – il avait réussi c'était le principal. Il n'aurait pas dû être aussi fier de lui pour un crime si bas et pourtant… Merlin seul savait à quel point, intérieurement, il rayonnait de fierté.

- La prochaine fois c'est moi qui m'en occupe, se dévoua Hélia et s'il lisait correctement en elle, elle semblait le proposer un peu à contrecœur

Il se demanda vaguement comment réagirait son père si elle se faisait prendre et il allait proposer de s'en occuper une nouvelle fois mais un mouvement dans la périphérie de son champ de vision retint toute son attention. Il se stoppa net, ne se préoccupant pas du corps d'Andreas qui bouscula le sien. Merde, est-ce que… est-ce que c'était Molnar ? Est-ce qu'il était vraiment dans le parc ? Et pourquoi était-il si proche du lac ? Putain de merde !

- On doit y aller ! dit-il précipitamment.

- Quoi ? demanda Hélia.

- Molnar ! Il va aller chercher la baguette ! C'est maintenant !

- Putain, marmonna Orphy.

Ils n'avaient qu'une seule branchiflore, ils n'avaient pas décidé de comment se débarrasser des êtres de l'eau au cas où, ils ne savaient pas où se trouvait la baguette. Ils étaient perdus. Mais Tim comptait bien empêcher leur mercenaire de professeur d'atteindre son but. Cependant… Cependant peut-être qu'il allait avoir besoin d'aide finalement. D'une aide un peu plus forte que de celle de quatre pauvres premières années.

- Andreas est-ce que… Est-ce que tu peux aller prévenir ta mère ? Je pourrais pas… Je pourrais pas l'arrêter tout seul…

Le rouquin hocha précipitamment la tête et il partit en courant avant qu'on ait eu le temps de dire « Quidditch ». Tim allait lui aussi se mettre en route quand la voix de son ami résonna à l'autre bout du couloir : « ne fais rien de stupide Tim, je reviens vite avec de l'aide ». Ouais. Ouais, il ne ferait rien de stupide. Promis. Tout ce qu'il comptait faire, c'était sauter dans un lac noir, combattre des êtres de l'eau et empêcher son professeur de dérober une baguette. Ce n'était pas stupide, c'était courageux. Non ?

Laissant son sac tomber sur le sol, il commença à courir aussi vite qu'il le pouvait, sa main tenant la poche qui contenait la précieuse petite plante. Il entendait Hélia et Orphy se précipiter derrière lui, cherchant à le rattraper mais l'adrénaline donnait des ailes et il avait l'impression de voler vers le parc, directement vers le lac de Poudlard.

- Tim ! Attends !

Il regarda par-dessus son épaule, croisant le regard inquiet de son meilleur ami et il lui sourit pour le rassurer. Tout irait bien. Tout devait bien aller. Il lui fit un clin d'œil alors que son cœur donnait l'impression qu'il allait exploser dans sa poitrine tant le stress, la peur et l'espoir étaient grands. S'il n'avait pas été aussi concentré sur son objectif, surement se serait-il écroulé sur le sol, le souffle coupé par tant d'émotions.

Le lac fut soudainement devant lui – il avait avalé la distance en un temps record. Et il prit un petit moment pour s'arrêter sur la berge, se demandant s'il devait se déshabiller. Il ne savait déjà pas très bien nager, ça serait pire avec ses vêtements non ? Hochant la tête pour lui-même, il commença à enlever sa robe de sorcier, son pull, sa chemise, sa cravate, ses chaussures, ses chaussettes et finalement il enleva aussi son pantalon. En sous-vêtement sur la berge, il s'exposa au froid comme un guerrier, même s'il sentait sa peau se hérisser de chair de poule face au vent impitoyable qui soufflait sur lui avec force. Puis, réalisant qu'il avait laissé la branchiflore dans sa poche, il s'agenouilla près de la pile de vêtement. Il ressemblait à un idiot, à moitié nu, cherchant désespérément dans ses poches pour trouver une plante dégueu… Mais ni Hélia, ni Orphy ne firent de remarque. Heureusement.

Il finit par trouver ce qu'il cherchait et, avant de le regretter, il la mit dans sa bouche et avala. Un haut le cœur secoua son corps et il essaya de ne pas vomir quand la petite boule gluante glissa le long de sa gorge avec lenteur. C'était horrible mais il ne s'attendait pas à ce que ce fût bon – après tout, rares étaient les ingrédients de potions qui étaient agréables en bouche. Mais il n'avait pas de temps à perdre. Molnar n'était plus visible, ayant déjà plongé dans l'eau trouble.

- Fais attention à toi, chuchota Hélia.

Il se retourna à demi vers elle, observant son visage pâle, ses yeux inquiets et sa main qui avait agrippé celle d'Orphy comme un noyé s'accrocherait à une bouée. Tim hocha la tête, sérieux. Il ferait attention, tout comme il essaierait de ne rien faire de stupide jusqu'à ce qu'un adulte compétent arrive à la rescousse.

- Reviens vite, supplia Orphy.

Et une nouvelle fois Tim acquiesça en silence. Il n'était pas sûr de pouvoir parler de toute façon, sa gorge était serrée et il sentait que la branchiflore commençait à faire effet, jouant sur son métabolisme pour lui permettre de respirer sous l'eau très prochainement. Il reviendrait, de toute façon, il ne pouvait pas abandonner ses nouveaux amis. Il reviendrait même si c'était la dernière chose qu'il devrait faire – mais il ne pensait pas que Molnar serait assez stupide pour s'en prendre à un enfant et il arriverait à se débarrasser des êtres de l'eau, après tout, il était un Serpentard, il saurait se débrouiller.

Il leur fit un clin d'œil. Puis, il se tourna vers le lac, prit une grande inspiration et plongea.

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Andreas courait à travers le château comme s'il avait les chiens de l'enfer à ses trousses. Ce qui n'était pas vraiment le cas mais c'était tout comme. Tim comptait sur lui pour trouver de l'aide et Merlin seul savait à quel point le lac noir pouvait être dangereux pour un garçon de onze ans donc Andreas courrait aussi vite qu'il le pouvait pour que Tim ne soit pas – trop – en danger.

Il n'avait jamais eu autant de responsabilité sur les épaules qu'à ce moment précis. C'était presque insoutenable mais étrangement valorisant. Il avait toujours été protégé de tout par sa mère – elle l'avait soigneusement pris sous son aile pour qu'il ne subisse jamais d'outrage quel qu'il fût. La vie n'avait été qu'un long fleuve tranquille, enfermé dans une sorte de bulle en cristal qui l'avait toujours plus ou moins défendu contre les préjugés qu'entrainait son nom de famille.

Sa mère l'avait protégé, constamment, d'absolument tout. Tellement qu'il n'avait jamais vraiment eu d'amis – il avait bravé sa timidité pour parler avec Tim et Orphéus dans le train et ça avait été libérateur. Pour la première fois depuis des années, il avait des amis, il faisait partie d'un groupe et Merlin, c'était cool. Il n'avait jamais eu l'occasion de se faire des camarades, de créer des liens. Sa mère avait demandé au professeur Thomas de devenir son précepteur, le confinant d'abord chez eux, puis finalement à Poudlard quand elle avait compris qu'il serait plus simple de simplement emménager à l'école.

Il avait toujours été le petit prince de sa maman, un garçon gâté sans être pourri jusqu'à la moelle et reconnaissant pour ce qu'il avait. Elle l'avait soutenu à chaque moment de sa vie, le mettant sur un piédestal pour qu'il soit suffisamment en hauteur pour que personne ne le tire vers le bas – et restant à ses côtés, constamment pour qu'elle puisse le rattraper s'il tombait. Il avait été celui qui se reposait sur les autres comme chaque enfant devait pouvoir le faire en présence d'adultes qui tenaient à lui. Personne n'avait un jour compté sur lui autant que Tim le faisait aujourd'hui – personne n'avait un jour ne fût-ce que compté sur lui comme Tim le faisait aujourd'hui. Et Merlin, ça faisait du bien même si c'était terrifiant.

Le bruit de ses pas résonnait dans les couloirs vides de l'école. C'était impressionnant de voir qu'à certaines heures, l'immense château pouvait être totalement désert de vie, comme si personne ne vivait entre ses murs en pierre. Petit, il avait trouvé ça effrayant – la solitude donnait l'impression à son cerveau enfantin que les monstres pouvaient se former plus facilement. Aujourd'hui… Aujourd'hui c'était légèrement moins angoissant, bien que légèrement problématique – parce que ça voulait dire qu'il était vraiment seul et que s'il ne trouvait pas rapidement sa mère, il risquait de perdre l'ami qu'il avait appris à beaucoup apprécier.

Son cœur battait fort dans sa poitrine, tellement qu'il retentissait à ses oreilles comme s'il battait directement contre ses tympans. Pourtant, il ne s'arrêta pas une seconde, gravissant les marches rapidement, traversant les couloirs aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Finalement, après ce qui lui parut un temps interminable, il se retrouva devant la gargouille trop moche qui protégeait l'accès au bureau de sa mère.

- Andy Candy ! haleta-t-il ne prenant même pas le temps de reprendre son souffle après sa course effrayée.

Le temps pressait. Tim avait déjà dû plonger dans le lac maintenant et il se battait surement avec les créatures marines à l'heure actuelle. Il devait faire vite, tant pis si ses poumons menaçaient de s'embraser ou que son cœur risquait d'exploser sous l'effort. Il devait sauver son pote, c'était tout ce qui comptait. Ses sourcils se froncèrent quand il remarqua que la gargouille ne faisait pas de pas de côté, ne le laissant pas passer dans l'escalier en colimaçon qu'elle cachait derrière elle.

- Andy Candy ! dit-il plus fermement plus, plus fortement aussi comme si la gargouille ne lui cédait pas le passage parce qu'elle ne l'avait pas bien entendu.

Les yeux de la stupide statue clignèrent brièvement avant qu'elle ne redevienne totalement immobile – prouvant qu'elle l'avait entendu mais qu'elle ne bougerait pas. Et ça, ça ne voulait dire qu'une seule chose : sa mère n'était pas dans son bureau. Putain de merde. Pour une fois qu'il avait vraiment besoin d'elle, elle ne pouvait pas simplement surgir devant lui pour l'aider. C'était trop demandé ? Visiblement oui puisque personne ne se matérialisa devant lui pour lui proposer un peu de soutien.

Andreas ne perdit pas de temps, tourna les talons et détala aussi vite qu'un lièvre. Il devait trouver quelqu'un. N'importe qui. Un autre professeur. Le professeur Greengrass peut-être. Elle était, après tout, leur directrice de maison et elle leur devait assistance. Mais où serait-elle ? Dans son bureau aux cachots ? Ou dans la Grande Salle en étude surveillée ? Il n'avait pas retenu les plannings des professeurs en surveillance… ça aurait pu être utile dans le cas présent. Enfin tant pis. Le plus sage était sans doute de se diriger vers la Grande Salle directement pour trouver un professeur, n'importe lequel. Mais… mais alors tous les élèves sauraient qu'il se passait quelque chose – un truc qui ne fallait sans doute pas que ça se sache.

Putain… comment devait-il faire ? Andreas s'arrêta en haut des marches menant au hall, le souffle court, les mains sur ses genoux pour reprendre son souffle. Il sentait que s'il ne se décidait pas bientôt, s'il attendait encore permettant au stress de monter comme de la lave dans son corps, la frustration ferait bientôt surface et il aurait envie de pleurer de rage – parce que merde quoi, son ami risquait sa vie dans un lac pourri pour combattre un professeur corrompu qui voulait une foutue baguette magique. C'était nul, ça craignait et il avait l'impression d'être totalement dépassé, de ne pas être à la hauteur.

Si tu te sens comme ça, imagine comment doivent se sentir Hélia et Orphéus… Ils devaient être en train de se ronger les sangs, ne pouvaient rien faire d'autre que de regarder la surface du lac en attendant que Tim refasse surface. Ils devaient se sentir atrocement inutile alors que lui avait quelque chose à faire, quelque chose qui pouvait changer la donne. Il ne lui restait plus qu'à prendre une décision et vite – descendre dans les cachots pour essayer de trouver Astoria Greengrass ou débouler dans la Grande Salle au risque de créer une émeute.

Les deux solutions présentaient autant de pours que de contres mais il préférait aller chercher sa directrice de maison. Même si les cachots étaient plus loin que la Grande Salle, il pourrait exposer tout le problème sans craindre que la réputation de l'école n'en pâtisse. Il ne voulait pas que sa mère se fasse lyncher par des parents pas contents qu'un mercenaire ait été engagé comme professeur. Et il pouvait courir vite, très vite, et puis Tim lui avait promis de ne rien faire de stupide – il avait intérêt de tenir sa promesse sinon il allait le tuer de ses propres mains.

Bien déterminé à trouver le professeur Greengrass le plus vite possible, Andreas commença à dévaler les marches, hésitant à les avaler deux par deux pour voler jusqu'aux cachots avec la rapidité d'un hippogriffe. Mais la peur de trébucher, de s'ouvrir le crâne et de tomber inconscient avant d'avoir trouvé de l'aide pour Tim l'obligea à la prudence. Son pied droit toucha à peine le sol du grand hall quand une ombre surgit sur sa gauche, aussi soudainement qu'un ouragan et il sursauta, se retenant à la rambarde pour ne pas glisser.

- Professeur Thomas ! cria-t-il avant d'avoir pu se retenir.

L'homme ne semblait pas l'avoir vu, courant vers la sortie avec un empressement qui rivalisait avec une urgence non feinte. Ses mains étaient serrées en poing le long de son corps et ses pas étaient grands, rapides. Sa robe noire volait autour de lui, semblable à un étendard sur un champ de bataille volant en rythme avec sa démarche précipitée.

- Je n'ai pas le temps ! haleta le professeur en se retournant à peine vers lui.

Mais son visage devait montrer toute sa détresse parce que Thomas s'arrêta soudainement, son regard passant de porte – menant vers le parc – à lui plusieurs fois avant qu'il ne focalise toute son attention sur lui, clairement partagé.

- Andreas ? Quelque chose ne va pas ?

Il hocha précipitamment la tête, sauta en bas des marches et s'avança rapidement vers le professeur d'Histoire de la Magie. Sans réfléchir, il posa sa main sur l'avant-bras de l'adulte, pressa doucement et commença à le tirer urgemment vers la porte. Il ne savait pas où en était Tim mais il devait à tout prix y aller maintenant – M. Thomas serait l'homme de la situation, il pourrait aider son ami, il n'en doutait pas un instant.

- Professeur, il faut y aller, vite !

L'adulte se laissa traîner derrière lui – même si Andreas savait parfaitement qu'il aurait pu ne pas bouger d'un pouce s'il l'avait voulu.

- Que se passe-t-il ?

- Tim… Molnar… Lac… bredouilla le rouquin en continuant de tirer sur le bras de son professeur.

- Quoi ? Andreas, redites-moi ça doucement et clairement. Et arrêtez de me tirer comme ça !

Dean s'arracha à sa prise mais il ne s'arrêta pas, continuant sa route à grandes enjambées vers le parc. Andreas se pressa à ses côtés, courant presque pour rester à sa hauteur – et il essaya de reprendre sa respiration pour expliquer le problème à son professeur.

- C'est Tim, Professeur ! Il faut que vous l'aidiez. Molnar est descendu dans le lac parce qu'il recherche une baguette et Tim l'a suivi pour l'en empêcher. Vous devez l'aider, Monsieur, parce que je ne suis pas sûr que Tim survive dans le lac noir…

Il y avait tellement de danger – le calamar géant, les strangulots, les selkies, les merrows, les sirènes et Molnar, par Merlin ! Et Tim était dedans, tout seul, attendant que l'aide arrive pour le sauver. Oh Salazar… Andreas espérait de tout son cœur qu'il n'avait pas besoin d'être sauvé.

- Hamilton est dans le lac ? Avec Jin ? Oh par les couilles de Gryffondor…

Andreas était presque sûr que le professeur Thomas n'avait pas voulu qu'il entende la dernière partie qui lui avait échappé mais il ne releva pas, se contentant de faire semblant de ne pas avoir entendu son juron. Le professeur abandonna son pas pressé pour adopter une petite foulée urgente. Andreas peina à le suivre mais il ne le perdit pas de vue, restant à une faible distance jusqu'à ce que le lac rentre dans leur ligne de mire.

Il vit Hélia et Orphy serrés l'un contre l'autre, scrutant le lac avec attention et Andreas sentit son cœur se serrer d'angoisse. Tim n'était pas revenu. Tim était encore en bas, seul, peut-être désespéré, peut-être blessé. Par Merlin… S'il-vous-plaît, faîtes qu'il n'ait rien. Les pas de courses de Thomas ralentirent jusqu'à ce qu'il s'arrête complètement, à peine essoufflé par son petit footing improvisé.

- Miss Malfoy, Monsieur David qu-

Un bruit attira toutes les attentions. Le professeur Thomas se stoppa en plein milieu de sa question, les yeux écarquillés de surprise. Et il y avait de quoi être surpris. C'était d'ailleurs une des émotions principales qu'on pouvait lire sur tous les visages présents autour du lac. Ça, et le soulagement.

Parce que devant eux, Tim avait surgi du lac aussi soudainement qu'un orage un soir d'été – trempé de la tête aux pieds, le souffle court, Tim était étendu sur la berge, s'accrochant désespérément aux brins d'herbe sous lui pour éviter de retomber dans les eaux troubles qui engloutissaient toujours ses jambes. Il avait du mal à respirer, toussant à cracher ses poumons. Il avait l'air mal en point mais Andreas ne pouvait ressentir qu'une seule chose : du pur soulagement. Parce que son ami allait bien. Parce qu'il ne semblait pas particulièrement blessé. Parce qu'il n'avait pas failli dans sa mission. Parce que tout irait bien finalement. Parce qu'il avait réussi. Et parce qu'il était vraiment très fier de lui.

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Bon je sais je suis en retard... J'ai loupé la publication du mois de décembre. Je suis partie en vacances et après il y a eu les fêtes. Bref, je suis désolée ! Vous aurez un deuxième chapitre qui arrivera en janvier normalement ;)

En attendant n'oubliez pas de me laisser votre avis

Belle et heureuse année à vous les gens, coeur sur vous :)